MALAISIE

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APPARTENANCE RELIGIEUSE
Musulmans 56,6%
Religion traditionnelle chinoise 18,4%
Chrétiens 8,9%
Catholiques 4,5% / Protestants 3,5% / Anglicans 0,9%
Hindous 6,3%
Bouddhistes 5,3%
Animistes 3,5%
Autres 1%
SURFACE
329 758 Km²
POPULATION
27 565 821
RÉFUGIÉS
85 754
DÉPLACÉS
---
En principe, la Constitution de la Malaisie reconnait la laïcité de l’Etat et, à
l’article 11, protège et garantit le droit inviolable à la liberté religieuse. Cependant,
l’Islam reste la religion officielle, et il existe un système juridique double, qui
légalise les tribunaux islamiques (les tribunaux de la charia) et leur accorde
des pouvoirs étendus en leur permettant d’intervenir dans différents domaines.
Les tribunaux islamiques n’ont théoriquement aucun pouvoir décisionnel sur
les non-musulmans. Cependant, les tribunaux peuvent trancher des questions
concernant le mariage, les successions, le divorce, la garde des enfants, les rites
funéraires et d’autres questions qui finissent par intéresser également les nonmusulmans, provoquant des affrontements interreligieux. La charte fondamentale
de l’État prévoit des restrictions à la pratique religieuse. Si l’on tient également
compte des lois ordinaires et politiques répressives, cela finit par limiter la liberté
religieuse – parfois de manière évidente et massive – en particulier en ce qui
concerne les doctrines stigmatisées comme "hérétiques" par l’Islam. Au total,
56 interprétations de la foi musulmane sont considérées comme "déviantes".
Selon les autorités, elles représentent un danger "pour la sécurité nationale"
et pourraient diviser la communauté islamique. On compte parmi les groupes
interdits les ahmadis, les islamailiah, les chiites et les bahá’ís.
Limites légales à la liberté religieuse
La Constitution réserve au gouvernement fédéral et aux gouvernements des
différents États qui composent le pays le pouvoir de "contrôler ou restreindre
la diffusion de différentes doctrines ou religions, auprès des personnes qui
professent la religion musulmane". Elle définit également l’ethnie malaise
comme musulmane. En général, les tribunaux civils transfèrent aux tribunaux de
la charia – les tribunaux islamiques – la compétence pour les affaires relatives
aux conversions de l’Islam à une autre religion, lesquels sont peu enclins à
juger favorablement ce type de conversions. Les musulmans n’ont pas le droit
de se convertir à une autre religion que l’Islam, mais l’inverse est permis. Les
fonctionnaires des administrations centrales et locales surveillent les activités de
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culte, influencent parfois le contenu des sermons, utilisant ainsi les mosquées
pour diffuser des messages politiques, et interdisent à certains imams de parler
publiquement dans les lieux de culte.
Il existe une tendance à considérer l’Islam comme supérieur aux autres religions
reconnues par la loi.
Les minorités sont généralement libres de pratiquer leur religion. Cependant, il y
a eu ces dernières années un nombre croissant de plaintes relatant un transfert
progressif de compétences des juridictions civiles aux tribunaux islamiques.
Le phénomène touche en particulier la législation relative à la famille, lorsqu’un
litige oppose un musulman à un non-musulman. Pour les minorités, il y a encore
des limitations à la liberté du culte et d’expression de la foi, ainsi que des
restrictions à l’exploitation de leurs biens propres, terres et biens immeubles.
Ces restrictions portent aussi sur les publications chrétiennes en malais –
avec l’affaire controversée du mot "Allah" pour désigner le Dieu chrétien – et
l’interdiction du prosélytisme des non-musulmans auprès de la communauté
islamique. Des rapports indiquent qu’il existe encore des abus et discriminations
fondés sur l’appartenance religieuse, la foi professée ou la pratique d’un culte.
Enfin en ce qui concerne les fêtes traditionnelles et les jours fériés, le dimanche –
traditionnellement associé à la fête chrétienne – reste, malgré les polémiques,
le jour officiel de repos dans les territoires fédéraux et dans 10 des 13 états
composant le pays, contrairement à ce qui a lieu dans les pays musulmans
du Moyen-Orient. Les seules exceptions sont les états de Kedah, Kelantan et
Terengganu, où le week-end se situe les vendredis et samedis. De nombreux
jours fériés sont officiellement reconnus et célébrés. Parmi eux, les fêtes
musulmanes de Hari Raya Puasa, Hari Raya Haji et l’anniversaire de Mahomet,
le Wesak bouddhiste, les fêtes hindoues de Deepavali et de Thaipusam, le Noël
chrétien, et dans les états de Sabah et Sarawak le Vendredi Saint.
Rapports diplomatiques entre le Saint-Siège et la Malaisie
En ce qui concerne la communauté catholique, l’événement le plus important
de 2011 a été l’établissement de relations diplomatiques entre le Saint-Siège et
Kuala Lumpur, officialisées le 27 juillet, quelques jours après la visite au Vatican du
Premier Ministre Najib Bin Abdul Razak. Le Saint-Siège et la Malaisie, "désireux
de promouvoir des liens d’amitié mutuelle" ont convenu d’établir des relations
diplomatiques, selon ce qui résulte de la visite du Premier Ministre malaisien à
Benoît XVI à la mi-juillet. Le document du Vatican précise que les relations seront
du plus haut niveau possible, c’est-à-dire d’une part une Nonciature apostolique
du Saint-Siège et d’autre part une ambassade de Malaisie.
Au lendemain de la rencontre entre le Pape et Najib Bin Abdul Razak, un
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communiqué avait été diffusé, évoquant des "pourparlers amicaux" au cours
desquels "l’évolution positive des relations bilatérales a été mentionnée, et il a
été convenu d’établir des relations diplomatiques entre la Malaisie et le SaintSiège".
Au moment de l’officialisation des relations, l’agence Fides a interrogé le Père
Lawrence Andrew sj, prêtre à Kuala Lumpur et ancien directeur du Herald
Malaysia, hebdomadaire catholique influent de l’archevêché de la capitale. Le
père Lawrence a confirmé qu’avoir un Nonce apostolique stable à Kuala Lumpur
pourrait avoir des conséquences très positives sur l’Église et sur l’ensemble
de la communauté chrétienne, parce que "cela permettra d’améliorer la
communication entre le gouvernement et l’Église. Par ailleurs, cela représente,
pour nous chrétiens, la possibilité de devenir visiblement une grande banque
morale, c’est-à-dire un point de repère en matière de moralité, de diffusion et de
sauvegarde des valeurs, de lutte contre la corruption, les abus et autres maux
qui affligent la vie nationale". L’Église, a ajouté le prêtre, "continuera à être ellemême, à proclamer la vérité, à défendre les valeurs fondamentales telles que la
dignité de la personne et la liberté religieuse. De cette manière, nous voulons
contribuer au développement du pays". Les plus importantes questions qui nous
concernent – poursuit-il – demeurent posées : l’usage du terme Allah de la part
des non musulmans ; la libre circulation des Bibles ; la bataille pour l’élimination
de la peine de mort ; le respect de la liberté et des droits humains fondamentaux
sans aucune discrimination."
Église et ONG contre la condamnation à mort d’une catholique malade
mentale
Fin juillet, la rubrique Vatican Insider du quotidien italien La Stampa a évoqué
l’engagement de l’Église et de plusieurs organisations non gouvernementales
pour sauver une jeune catholique d’origine indonésienne, qui risque la peine de
mort. Wilfrida Soik croupit actuellement dans une prison malaisienne, accusée du
meurtre de son employeuse, un crime pour lequel elle pourrait être condamnée
à la peine de mort. Plusieurs ONG indonésiennes et malaisiennes se sont
mobilisées pour sa défense, ainsi que l’Église indonésienne d’Atambua (diocèse
de la partie occidentale de l’île de Timor, d’où la jeune fille est originaire). L’affaire
présente en effet un certain nombre d’ambiguïtés, et est aggravée par le fait que
la jeune fille est handicapée mentale, et dans le passé avait déjà été victime de
la traite des êtres humains. L’Église catholique d’Atambua, grâce à l’intervention
personnelle de Mgr Dominikus Saku, a signalé le cas à la "Commission des
droits de l’homme" d’Indonésie, et s’est employée à obtenir la grâce de Wilfrida
et son retour chez elle.
Parlant de cette affaire à l’agence Fides, Charles Hector Fernandez, avocat
Les catholiques, entre ombres et lumières
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catholique à Kuala Lumpur et responsable de l’Association "Malaysians Against
Death Penalty and Torture (MADPET, Malaisiens contre la peine de mort et
la torture)", a assuré que l’association "ferait son maximum pour l’aider". Il a
également expliqué que "selon la loi malaisienne, en cas de meurtre, le juge
est tenu de prononcer la peine de mort. Il s’agit là d’un des thèmes qui nous
occupent, et nous demandons que cette loi soit modifiée de manière à ce que
le juge puisse au moins avoir le choix de commuer la peine de mort en prison à
perpétuité, en fonction des circonstances.
En août, dans une interview publiée par Free Malaysia Today, l’évêque catholique
de Melaka-Johor, Mgr Paul Tan Chee, s.j., a accusé les politiciens malaisiens
d’avoir encouragé à la haine interreligieuse, contrairement à ce que ressentent
et pensent les citoyens ordinaires, qui ne veulent pas se diviser pour des raisons
religieuses. La controverse sur l’utilisation du terme "Allah" pour désigner le
Dieu de la Bible, l’interdiction de la Bible en langue vernaculaire et la prétendue
conspiration chrétienne pour affaiblir le statut de l’Islam dans le pays sont des
questions qui ont créé des problèmes entre les chrétiens et le gouvernement. Le
prélat a également rappelé un récent cas de conflit interreligieux, qui a eu lieu
la semaine avant les déclarations à la presse : l’incursion du Selangor Islamic
Religious Department (JAIS) dans une église, suite à une dénonciation d’après
laquelle plusieurs musulmans auraient assisté à un repas qui y avait lieu.
Bien que le raid ait suscité des critiques de tous côtés, le conseiller exécutif
pour les affaires religieuses de l’État, Hassan Ali, a déclaré qu’il s’agissait d’un
cas de prosélytisme chrétien à l’encontre de musulmans. En réponse, Mgr Paul
Tan Chee a déclaré à AsiaNews : "L’affaire est très simple. Si les accusations
sont confirmées, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que les chrétiens
rectifient les choses et s’excusent. Dans le cas contraire, je réclame un démenti et
des excuses." Et commentant les paroles du directeur du JAIS, Marzuki Hassan,
selon qui le raid avait pour but de protéger les intérêts des musulmans, l’évêque
a répondu : "Je crois que les intérêts des musulmans seront mieux protégés si
leurs représentants disent la vérité, sans faire d’hypothèses alarmistes". Et il a
ajouté : "Mais si quelqu’un veut partager notre foi, nous n’hésiterons pas à le faire,
parce que nous croyons que la foi peut être proposée, mais pas imposée". Enfin,
selon Paul Tan, les politiciens sont responsables des nombreuses controverses
ayant récemment impliqué la foi chrétienne. "C’est à cause de la manipulation et
de la duplicité des politiciens, qui sont en quête des voix des personnes crédules
et ignorantes", a dit l’évêque.
Quelques semaines plus tard, à la mi-septembre, le site Ucanews a relancé le
communiqué de la Catholic Lawyers Society of Malaysia (société des avocats
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catholiques de Malaisie), qui a accueilli favorablement, mais en même temps
avec circonspection, le projet gouvernemental d’abolition du controversé
Internal Security Act (ISA), lequel prévoit entre autres la possibilité de détention
sans procès. Le Premier Ministre Najib Razak a souligné que l’amendement
serait adopté prochainement par le Parlement, et pour le président des avocats
catholiques, il s’agit d’un "pas dans la bonne direction" parce que dans le passé
"cette loi avait été utilisée pour faire taire les voix de la dissidence". "Il est temps
– conclut-il – que le gouvernement abroge cette loi draconienne" et toutes les
règles qui violent les droits de l’homme, la liberté de pensée et la liberté de
religion.
Le 30 novembre 2011, fête de Saint André, a été une journée festive pour toute
la communauté catholique malaisienne, laquelle a célébré l’ordination d’Andrew
Wong, âgé de 43 ans, originaire d’Ipoh, et membre de la Congrégation des
disciples du Seigneur (CDD). C’est ce qu’a rapporté le Herald Malaysia en
soulignant que les personnes qui n’avaient pas trouvé de place dans l’église ont
suivi la cérémonie sur un écran placé à l’extérieur. La dernière ordination dans
la paroisse Saint-Michel avait eu lieu 22 ans plus tôt, lorsque Michael Cheah est
devenu prêtre.
La célébration eucharistique, bilingue, a été présidée par l’évêque de Penang,
Mgr Antony Selvanayagam, et concélébrée par le Père Philip Tan Chong Men,
provincial de la CDD, et Mgr Stephen Liew, curé de Saint Michel. 49 prêtres ont
assisté à l’ordination, ainsi que de nombreux religieux et religieuses.
Cependant, l’agence Fides a révélé quelques jours avant Noël un cas de
violation de la liberté religieuse : le 15 décembre, deux églises de Klang, une
banlieue de Kuala Lumpur, ont reçu une note de la police qui demandait les
noms et des détails concernant les personnes censées chanter les chants de
Noël, parce que, selon la police, une autorisation préalable des forces de l’ordre
était nécessaire pour pouvoir chanter des chants de Noël dans les églises et
les maisons. Les fidèles ont fait valoir que cette demande était "absurde et
inacceptable". "Il s’agit d’une interprétation restrictive des règles en vigueur – a
déclaré un porte-parole catholique – en ce qui concerne l’exercice des activités
religieuses et la liberté religieuse. La police est dans la confusion la plus totale, et
après des manifestations de chrétiens, les représentants du gouvernement ont
démenti la nécessité de ces autorisations". Mgr Paul Tan Chee Ing, évêque de
Melaka-Johor et Président de la Conférence épiscopale, a déclaré que de telles
restrictions feraient du pays "presque un État policier", si les agents continuent
de formuler de telles "exigences bureaucratiques".
Des experts en politique malaisienne voient des raisons politiques derrière des
incidents de ce genre. Le Premier Ministre Najib Razak avait soulevé dans la
société civile l’espoir d’une nouvelle ère de réformes, lorsqu’il a décidé d’abroger
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une série de lois largement détestées, comme la loi sur la sécurité intérieure
(ISA), introduite en Malaisie après l’indépendance de la Grande-Bretagne en
1957. Selon les promesses du gouvernement, le texte aurait dû être remplacé
en 2011 par une nouvelle loi, conçue pour aligner la Malaisie sur les normes
internationales. Le gouvernement s’était prononcé en ce sens pour rassurer la
population, après les manifestations organisées par le mouvement "Bersih 2.0"
(ce qui signifie "propre"), à Kuala Lumpur en juillet dernier, et qui invoquaient "la
transparence et le droit". Un nouveau projet de loi appelé "Peaceful Assembly
Bill", qui réglemente l’exercice du droit de réunion et de manifestation et a été
approuvé par la chambre basse du Parlement, prévoit au contraire de donner
plus de pouvoirs au gouvernement et à la police pour effectuer des contrôles
préventifs, ce qui a suscité des protestations dans la société civile ainsi que parmi
les minorités religieuses, réunies au sein du Council of Buddhism, Christianity,
Hinduism, Sikhism and Taoism. La mesure prévoit en effet expressément que "les
lieux de culte fassent partie des endroits où des rassemblements ne pourront
pas avoir lieu". Selon Teresa Mok, Secrétaire National du Parti de l’Action
Démocratique, les nouvelles règles constituent "un abus de pouvoir de la part
des autorités" et "une tentative de violer la liberté religieuse".
Discriminations antichrétiennes
Entre persécutions ouvertes et petits épisodes d’abus ou de marginalisation,
la communauté chrétienne malaisienne témoigne de sa foi avec courage et
détermination.
En mars 2011, la controverse concernant la publication de la Bible en malais a refait
surface. Cette publication avait été bloquée par le gouvernement en raison d’une
polémique – qui a traîné pendant des années à travers des procédures judiciaires
ayant donné raison aux chrétiens – concernant l’utilisation du mot "Allah" pour
désigner le Dieu chrétien. La plus grande organisation chrétienne locale a pris
position, en déclarant "en avoir assez" du refus du gouvernement d’autoriser la
distribution de quelques dizaines de milliers de Bibles. L’organisation soutient
qu’il s’agit d’un affront à la liberté religieuse. La protestation est plutôt rare et
a été réalisée par la Fédération chrétienne de Malaisie. C’est aussi un signe
de l’impatience croissante des minorités religieuses concernant ce différend.
Le président de la Fédération, Mgr Ng Moon Hing, a déclaré que les autorités
bloquaient 30.000 exemplaires de la Bible en malais dans un port de l’île de
Bornéo. Il s’agit de la dernière tentative faite par les chrétiens pour importer des
Bibles, en particulier d’Indonésie ; les tentatives précédentes ont toutes échoué
alors qu’il n’y a pas de problème pour les éditions en anglais. En décembre 2009,
un tribunal avait décidé que les chrétiens avaient le droit constitutionnel d’utiliser
le mot "Allah". Le gouvernement a fait appel de la décision, mais aucune date n’a
été fixée pour l’audience. La décision de justice de janvier 2010 avait causé des
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tensions momentanées et la colère des musulmans extrémistes. Onze églises ont
été attaquées. L’église catholique a réédité un dictionnaire latin-malais, vieux de
400 ans, pour prouver l’ancienneté de l’usage du mot "Allah", au sens chrétien,
dans le pays.
La discrimination n’affecte pas que les textes religieux, mais dans un pays à
forte majorité musulmane, les femmes sont également victimes d’intolérance
religieuse et sociale. En mars 2011, le site Persecution.org a raconté l’histoire
d’une avocate chrétienne qui n’a pas obtenu l’autorisation de plaider auprès des
tribunaux musulmans chargés d’appliquer la charia. Victoria Jayaseele Martin a
déclaré que son désir était de pouvoir représenter des clients non-musulmans
appelés à comparaitre devant un tribunal islamique, pour leur assurer une
défense équitable. Et cela parce qu’un nombre croissant de procès intentés
devant ces tribunaux implique aussi des non-musulmans. La Malaisie a deux
systèmes juridiques parallèles. Le système "laïc" s’occupe des non-musulmans,
tandis que la charia régit les questions concernant la majorité musulmane du
pays.
Victoria a attaqué en justice la décision d’un Conseil religieux selon laquelle
tous les avocats intervenant devant les tribunaux islamiques devaient être
musulmans. Cependant, un juge de Kuala Lumpur lui a donné tort. L’avocate
soutient que cette décision est inconstitutionnelle et fera appel devant une
juridiction supérieure. En Malaisie, le système judiciaire islamique se concentre
sur les problèmes liés à la famille : la polygamie, le divorce et la garde des
enfants. En 2010, le gouvernement malaisien a pour la première fois admis qu’il
y ait des femmes juges dans ses tribunaux islamiques, accueillant la demande
des "sœurs en Islam".
La querelle sur les Bibles a pris fin au début du mois d’avril, comme le confirme
AsiaNews, qui rapporte la décision du gouvernement de Kuala Lumpur d’autoriser
l’importation et l’impression de Bibles dans n’importe quelle langue. Les autorités
ont garanti aux chrétiens qu’aucun numéro de série ou marque particulière
n’aurait à être apposé sur les Bibles importées. Ces décisions font partie d’une
solution en 10 points au litige concernant les Bibles en langue malaise. Le
gouvernement a annoncé qu’il n’y aurait aucune condition à l’importation ou à
l’impression locale de Bibles dans les États de Sabah et Sarawak, afin de tenir
compte de l’importance des communautés chrétiennes présentes dans ces États.
En revanche, il y aura une condition à l’importation et à l’impression de Bibles
dans la péninsule de Malaisie. La couverture de ces Bibles devra comporter une
croix et la mention "Publication chrétienne". Cette décision prend en compte les
intérêts de la communauté islamique, majoritaire dans la péninsule malaisienne.
Le gouvernement a également annoncé qu’aucune interdiction ou limitation ne
serait imposée aux personnes voyageant avec leurs Bibles entre la péninsule
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malaisienne et les États de Sabah et de Sarawak. À cet égard, le Ministère
de l’Intérieur a adopté une directive sur la Bible, et les fonctionnaires qui ne
l’appliqueraient pas feront l’objet de mesures disciplinaires. Le gouvernement a
également permis aux importateurs de prendre possession sans aucun frais des
35.100 Bibles bloquées à Kuching et à Port Klang.
Toujours en avril, le site Persecution.org a relaté les propos d’une organisation
extrémiste musulmane – rassemblant une vingtaine de groupes – qui a déclaré
le djihad aux "chrétiens extrémistes" qui défient et insultent l’Islam. À la base
de ces menaces, la sempiternelle question des Bibles en langue malaise, dont
la publication est décrite par les extrémistes comme un crime inacceptable et
impardonnable. Le porte-parole du groupe djihadiste a ajouté que les chrétiens
commençaient à constituer un "défi" pour l’État islamique, qui pourrait entraîner
son démantèlement et la perte de sa souveraineté.
Le 25 mai, le journal Malaysian Insider a rapporté les déclarations de certains
dirigeants musulmans selon lesquels les chrétiens et les autres minorités
religieuses avaient bénéficié d’un traitement trop préférentiel, et que leurs droits
"devraient être revus". Un des leaders du mouvement fondamentaliste Da’wah
Foundation Malaysia (Yadim) réclame même la "déportation" des non-musulmans,
qui auraient violé le "Pacte social", et réclame que les intérêts musulmans soient
protégés. Une déclaration similaire a été confirmée deux mois plus tard – le 22
juillet – à AsiaNews : l’utilisation de "Allah" pour désigner le Dieu des chrétiens,
doit cesser car cela peut provoquer la colère des musulmans. Cette prise de
position d’une éminente personnalité malaisienne islamique, Mohd Sani Badron,
dans un discours prononcé à Islamic Understanding Malaysia (IKIM) jette de
l’huile sur le feu dans le litige concernant la traduction en langue locale du terme
indiquant la divinité dans la Bible.
L’attaque de l’érudit musulman a eu lieu quelques jours après la rencontre
historique entre le Premier Ministre malaisien Datuk Seri Najib Razak et le Pape
Benoît XVI. Dans son ouvrage intitulé "Kontroversi Nama Khas ‘Allah’ Dalam
Konteks Pluralisme Agama", Badron, Directeur des études économiques et
sociales, a déclaré que "la mauvaise traduction du mot Dieu par Allah dans la
Bible en malais doit être abandonnée, parce qu’elle représente à tort les deux
religions comme égales." "La traduction de Dieu par Allah est gravement erronée.
Il faudrait une traduction correcte... Nous interprétons non seulement le mot,
mais aussi sa signification, laquelle est erronée et inexacte". Et il a ajouté : "Si
l’on examine le sens, le terme juste pour désigner Dieu dans le christianisme est
Tuhan, qui signifie également Éternel, et non Allah".
La polémique autour des conversions est devenue un problème national à la mioctobre, ainsi qu’il résulte d’un article du Malaysian Insider : Perils Mufti Junanda
Jaya, interrogé par la presse, a déclaré "illogique" l’affirmation selon laquelle
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plus de 250.000 musulmans de Malaisie avaient renoncé à la foi islamique. Selon
le chef religieux, tout prosélytisme devrait être arrêté, et les nouvelles faisant
état de conversions ne devraient pas être médiatisées, parce que le sujet est
bien trop "sensible" et que cela pourrait détruire l’image de la nation, "incapable
de protéger ses fidèles". Fin août, les chefs musulmans, avec la collaboration
d’associations de jeunes et de mouvements extrémistes, ont organisé une
manifestation de rue appelant 1 million de personnes à y participer pour défendre
l’intégrité de l’Islam en Malaisie.
Le 1er décembre, le principal journal catholique du pays, le Herald Malaysia,
a rapporté les plaintes d’un certain nombre de parents chrétiens des zones
agricoles du Sarawak, où les enfants récitent des prières musulmanes en
revenant de l’école. Ils parlent d’une "tentative subtile" d’inculquer aux enfants
les enseignements et les préceptes de l’Islam afin de les convertir. "Beaucoup
de zones rurales", dit un parent, sont "à large majorité chrétienne, et la question
commence à devenir pesante." D’après la loi, les enseignants qui professent une
autre religion que leurs élèves ne doivent pas faire de prosélytisme ni transmettre
intentionnellement leurs croyances aux élèves.
Musulmans et fondamentalisme
Même en Malaisie, la vision fondamentaliste de l’Islam finit par influencer les
gens, et même les anniversaires et célébrations diverses sont perçus comme
des "symboles de l’occident" ou d’une morale corrompue. Par exemple, la fête
de la Saint Valentin, destinée aux amoureux, est jugée contraire aux principes
musulmans. Au cours des jours qui ont précédé le 14 février 2011, et le jour
de la fête lui-même, la communauté chrétienne a au contraire souligné que
l’événement était "commercial", qu’il n’avait pas de lien avec la foi et ne devait
pas devenir un prétexte pour des démonstrations "d’hostilité". Dans un talkshow intitulé "Saint Valentin : interdit par l’Islam", également posté sur YouTube,
les dirigeants musulmans ont donné l’ordre aux jeunes gens de ne pas célébrer
la Saint Valentin. Le gouvernement est également intervenu dans la campagne
contre le "piège" de la Saint-Valentin, tandis que des contrôles étaient effectués
dans de nombreux hôtels du pays afin d’éviter les relations "extra-conjugales".
Cette campagne remonte à 2005, quand a été émise une fatwa contre les
amoureux. La section "jeunes" du parti d’opposition Pan-Malaysian Islamic
Party a encouragé la répression des "activités immorales". Cependant, tous les
musulmans ne sont pas d’accord avec cette répression : Akmal Arrifin, musicien
âgé de 40 ans, considère cette interdiction comme un comportement "tribal", et
avertit qu’un Islam "moderne" ne peut pas autoriser cette répression.
AsiaNews relate également qu’à la fin de janvier 2012, l’extrémisme religieux
s’est abattu contre un poète saoudien considéré comme "blasphémateur".
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Arrêté pour ce motif par les autorités malaisiennes, il a ensuite été extradé
vers Djeddah où il risque la peine de mort. L’écrivain et poète saoudien Hamza
Kashghari avait quitté son pays pour éviter les menaces et le mandat d’arrêt
délivré par la magistrature de la capitale, Riyad, qui l’accusait d’avoir insulté le
prophète de l’Islam, Mahomet. Il a été arrêté à Kuala Lumpur et extradé vers
l’Arabie saoudite. De retour dans son pays, un procès pour outrage à la religion
musulmane l’attend. Le jeune homme avait été contraint de fuir et d’abandonner
son pays, suite à la controverse provoquée par un certain nombre de messages
concernant Mahomet, postés sur "Twitter" et jugés offensants.
Au moment de son arrestation, il tentait d’organiser un voyage vers un pays qui
lui donnerait asile, mais en Malaisie, les autorités l’ont arrêté et renvoyé dans
son pays, bien qu’il n’existe pas d’accord spécifique d’extradition entre les
deux pays. Cependant, la présumée offense à l’Islam a joué un rôle clé dans
la décision de le capturer et de le renvoyer chez lui. Un groupe Facebook, qui
s’est rapidement formé et compte huit mille membres, s’intitule "Nous exigeons
l’exécution de Kachgar Hamza". Il est très probable qu’il soit condamné à mort.

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