magazine - Com`Sup l`ecole supérieure de communication et publicité

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magazine - Com`Sup l`ecole supérieure de communication et publicité
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EDITORIAUX
I
Le Mot du directeur
par Azzeddine Lazrak
l est des moments dans la vie où il suffit de fermer les yeux, de ne penser
à rien et de savourer ces petites gorgées de bonheur qui vous pénètrent et
vous transportent dans des rêveries bienfaisantes aussi loin que votre imaginaire vous permettra de voyager. Il en est ainsi de l’artisan ou de l’artiste à
la fin du dernier geste qui achève son œuvre.
On dit que l’accouchement est une délivrance. Et la délivrance appelle au repos
du corps, de l’âme et de l’esprit.
C’est l’état dans lequel je me suis retrouvé à la lecture de la version finale de
Casanostra juste avant impression.
Cet instant de grâce où l’on se dit en son for intérieur, que la mission de formateur
pour laquelle ces centaines de jeunes et leurs parents vous ont fait confiance,
mérite bien son qualificatif de noble.
Forger des personnalités, construire des avenirs, donner confiance, transmettre
les Humanités, tels sont les objectifs de Com’Sup, une école de la vie aussi.
Un grand Merci à tous les Comsupiens ayant participé à cette belle aventure de
Casanostra. Un Merci renouvelé à leurs professeurs et au personnel administratif
de l’établissement, qui insufflent depuis des années cette énergie créative qui
mène nos lauréats à ce qu’ils sont aujourd’hui.
Bonne lecture à tous et bon vent à Casanostra !
2 • CASANOSTRA• juillet 2014
L’édito de la rédaction
C’est une très belle aventure humaine qui s’est jouée en 2014 à Com’Sup. Ce magazine est le
témoignage de la richesse des échanges qui ont présidé à sa confection. Quand nous avons relevé
le challenge de lancer Casanostra, notre objectif était triple.
Un magazine étudiant
Il fallait d’abord et avant tout nous situer dans la droite ligne de nos missions premières, celles d’un
établissement agréé de l’enseignement supérieur, pionnier du secteur de la publicité et de la communication. Ainsi fallait-il mettre en valeur les compétences, savoirs et savoir-faire de nos jeunes
tout en montrant notre capacité à développer leur aptitude à affronter le monde du travail, notamment en élevant leur niveau d’exigence à l’égard d’eux-mêmes et de leur travail. Le magazine que
vous avez entre les mains est ainsi le reflet d’une génération de comsupiens, futurs cadres dans
les secteurs de la communication, de la publicité et des médias. Il est le reflet de leur créativité, de
leurs passions, coups de coeur et coups de gueules aussi.
Un travail citoyen
Cette génération, et c’était notre second objectif, illustre l’implication citoyenne de nos jeunes dans
la vie de leur cité. Le choix de la ville de Casablanca comme thème du magazine s’est ainsi imposé
en écho au discours royal d’octobre 2013 faisant de la gestion de Casablanca, la capitale économique, un bien sombre bilan et engageant les forces vives de la ville à se mettre en branle. C’est
ce qu’à notre niveau nous avons fait. Mais il s’agissait aussi pour nous de nous inscrire dans une
démarche qui appréhende le lien politique comme une relation, non plus passive ou à sens unique,
mais à double sens entre, d’un côté, l’autorité publique et, de l’autre, le citoyen, fut-il jeune et
rebelle.
Le reflet de notre diversité
Au final, Casanostra, c’est notre Casa, celui des étudiants de Com’Sup et, partant, d’une certaine
jeunesse de notre ville, optimiste et porteuse d’espoirs, à la fois pour elle-même et pour notre pays.
Casanostra se veut aussi à l’image de notre ville, un foyer de diversité, loin des dogmatismes. C’est
une Casablanca ouverte sur le monde que nous avons voulu montrer, avec ses contradictions, son
côté obscur, le luxe qui y côtoie la misère, mais aussi l’effervescence et l’énergie qui y règnent, les
success stories qui s’y tissent et les rêves qui y deviennent réalités. Casanostra c’est aussi votre
Casa, celle à qui, grâce la lecture de ces pages, vous aurez peut-être envie de déclarer votre
flamme ou votre colère. Amis lecteurs, amis casablancais, nous attendons vos réactions !
Souleïman Bencheikh, journaliste & enseignant à Com’Sup
CASANOSTRA• juillet 2014 • 3
22
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OURS
Rédaction en chef
Souleïman Bencheikh
Rédaction
Samah Aboumadi (M1), Denisia Adjobi (M1), Leïla Belfkih
(M1), Mona Ben Bella (M1), Zineb Bennouna (L3), Dounia
Bouderbala Idrissi (L3), Amina Boumediane (L3), Asmae
Bourchachene (M1), Soukaïna Choukri (L3), Manal El Bachiri (L1), Sanaa El Othmani (M1), Nouhaïla Hraïche (L3), Ghita
Ibnou Jala (L3), El Mehdi Kamal (M1), Majda Kanouni (L1),
Zakaria Lahmidi (M1), Samia Lazrak (L1), Othman Marine
(M1), Rim Moutaouil (M1), Sara Ouafir (M1), Souha Ouassale (M1), Zineb Rajmy (L3), Mohamed Safadi (L3), Sofia
Skandre (L3), Salma Sodki (L3), Siham Zerrad (M1)
Photos
Hayat Zaïkh (L3)
Conception graphique
Chafik Aaziz
Infographie
Yassine Tiwit Idrissi (M1), Boutaïna Zerouali (M1)
Remerciements
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L’équipe de Casanostra remercie chaleureusement toute l’équipe de Com’Sup (corps enseignant et administration) pour avoir rendu possible la réalisation de ce magazine ainsi que
tous les étudiants qui, sans avoir signé d’article dans ce premier numéro, ont contribué à
sa confection par leurs idées et propositions
souvent pertinentes et originales.
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4 • CASANOSTRA• juillet 2014
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Sommaire
LE MOT DU DIRECTEUR par Azzeddine Lazrak 2
L’ÉDITO DE LA RÉDACTION par Souleïman Bencheikh
3
SOMMAIRE4
À LA PAGE
Casa en bref... par Zineb Rajmy (L3)
6
Zoom. Derb Omar, nouveau China Town, par Majda Kanouni (L1)
Reportage. Le marabout et l’île aux mystères, par Manal El Bachiri (L1)
Témoignage. Une Ivoirienne à Casa, par Denisia Adjobi (M1)
Confidences. Juif et Casaoui, par Othman Marine (M1)
Enquête. Derb Ghallef, paradis de l’informel, par Mohamed Safadi (L3)
Têtes d’affiches. Ces Casaouis d’ailleurs, par Soukaïna Choukri & Ghita Ibnou Jala (L3)
Phénomène. Slam sur la ville, par El Mehdi Kamal (M1)
Tendance. Narguilé et café chicha, par Samia Lazrak (L1)
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DANS LE VISEUR
Filmo. Une ville et des oeuvres, par Salma Sodki (L3)
Rétro. Une médina aux origines méconnues, par Zakaria Lahmidi (M1)
Portfolio. Casa en images, par Hayat Zaïkh (L3)
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CONSO
Guide. Casa en 3 jours, par Amina Boumediane (L3)
Ambiance. Casa by night, par Zineb Bennouna & Nouhaïla Hraïche (L3)
Bonnes adresses. Où sortir à Casa ? par Dounia Bouderbala Idrissi & Sofia Skandre L3)
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DÉCALAGES
Coups de coeur
- Derb Sultan mon amour, par Souha Ouassale (M1)
- L’incroyable quartier des Habous, par Leïla Belfkih (M1)
- Mon coin de paradis, par Samah Aboumadi (M1)
- Nuit magique à la mosquée, par Rim Moutaouil (M1)
Coups de gueule
- Jungle urbaine, par Sara Ouafir (M1)
- Une fontaine pas comme les autres, par Sanaa El Othmani (M1)
- Dans la rue tu marcheras, par Asmae Bourchachene (M1)
- Casa l’khanza, par Souha Ouassale (M1)
- Khettaf, trafic à haut risque, par Othman Marine (M1)
- Magie noire à Sidi Abderrahmane, par Mona Ben Bella (M1)
Le dico du Casaoui, par Siham Zerrad (M1)
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CASANOSTRA• juillet 2014 • 5
A LA PAGE
En BREF
Discours
Notre roi parle de Casa !
A l’occasion de l’ouverture de la troisième
année de l’actuelle législature, le souverain s’est attardé sur la situation actuelle
de la ville blanche, finalement pas si
blanche que ça.
« Casablanca est la ville des disparités sociales
les plus criantes, où se côtoient les catégories
riches et les classes pauvres. C’est la ville des
gratte-ciel et des bidonvilles. C’est le centre de
la finance et des affaires mais aussi de la misère, du chômage et d’autres maux, sans parler
des déchets et des ordures qui en ternissent la
blancheur et entachent la réputation ». L’auteur
de ces propos pour le moins virulents n’est autre
que le roi Mohammed VI dans son discours du
11 octobre 2013. Déphasage social, problèmes
de gouvernance et pollution, Casablanca est en
effet LA ville à critiquer !
En faire un pôle financier international requiert,
selon le roi, la consolidation des règles de
bonne gouvernance, la mise en place d’un
cadre juridique approprié, la formation de ressources humaines hautement qualifiées ainsi
que l’adoption de techniques et de méthodes
de gestion modernes, des atouts que Casablanca ne détient malheureusement toujours
pas. « En un mot, le problème dont souffre la
capitale économique tient essentiellement à
un déficit de gouvernance », a résumé le roi.
Après avoir insisté sur l’importance du rôle joué
par les conseils communaux, le roi Mohammed VI est revenu sur les grands problèmes
que connaît Casablanca. Luttes intestines au
sein du conseil de la ville, disparités sociales,
bidonvilles et amoncellement de déchets, des
éléments qui «ternissent la réputation» de la
métropole économique et en font la ville de
toutes les contradictions. Pour résumer l’origine des maux de la ville, le souverain a été on
ne peut plus clair : « Le problème dont souffre
la capitale économique tient essentiellement à
un déficit de gouvernance ». Comme toujours,
force est de constater que les propos du roi ont
été suivis d’effets : la ville s’est mise en branle
pour répondre aux attentes du souverain.
En partenariat avec DVV International, Institut de la Coopération
Internationale de la Confédération Allemande pour l’Éducation
des Adultes, Com’Sup a l’honneur d’annoncer la création
de l’Université Pour Tous de Casablanca.
L’éducation tout au long de la vie est un droit universel reconnu par l’ONU.
Azzeddine Lazrak
6 • CASANOSTRA• juillet 2014
Gouvernance
Un nouveau wali, un nouveau
pari
Succédant à Mohammed Boussaid, lui-même
promu ministre, Khalid Safir est le nouveau wali
de la région du Grand Casablanca. Conformément aux hautes instructions du souverain
Mohammed VI, Safir a la lourde mission de donner une nouvelle dynamique à la ville de Casablanca « en vue de renforcer la positionnement
de la ville comme locomotive de l’économie du
pays et pôle de rayonnement économique national et continental. Né le 13 décembre 1967 à
Settat, Safir est titulaire d’un diplôme d’ingénieur
de l’Ecole Polytechnique de Paris. Entre 1993 et
2006, il a occupé plusieurs postes au sein des
ministères de l’Equipement et des Finances,
avant d’être nommé en 2006 gouverneur de la
préfecture des arrondissements d’Al Feda Mers
Soltane, puis gouverneur de la préfecture des
arrondissements de Casa-Anfa en janvier 2009.
Mohamed Mjid est décédé le 20 mars 2014 à
Rabat à l’âge de 97 ans. Celui qui avait pris les
rênes de la FRMT pendant 45 ans est surtout
connu pour avoir permis la naissance et le succès du Grand prix Hassan II de tennis, ainsi
que pour la mise en place de structures solides
pour le tennis. En 2009, il a quitté la présidence
de la FRMT pour se consacrer à des actions
sociales à travers sa fondation M.J.I.D (Fondation Marocaine pour la Jeunesse, l’Initiative et
le Développement). C’est à travers cette fondation qu’il a contribué à la lutte contre les inégalités sociales. Les funérailles de Mohamed
Mjid ont donné lieu à un large et émouvant
hommage qui a réuni le monde de la politique,
des affaires, de l’associatif et du sport.
Transport
Le tram sur les rails
Voilà plus de 18 mois que la ville blanche
s’est dotée d’un nouveau moyen de trans-
Disparition
Mohamed Mjid, un pan d’histoire
Le monde du sport et, plus particulièrement, celui du tennis marocain est en
deuil. Mohamed Mjid, ex-président de la
Fédération Royale Marocaine de tennis est
décédé.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 7
A LA PAGE
En BREF
port en commun, le tramway. Une petite
révolution dans le quotidien de nombreux
Casablancais.
Casablanca compte aujourd’hui plus de quatre
millions d’habitants. Ce nombre assez consistant fait que la circulation routière dans la capitale économique est excessivement dense :
voitures de particuliers, bus et taxis en tout
genre constituent à eux seuls un désordre et
des bouchons à en haïr la conduite. Les travaux du tramway qui auront duré 18 mois ont
fait le malheur des automobilistes : bouchons
et pollution plus importants, Casablanca était
devenu un chantier infernal. Mais, depuis le 12
décembre 2012, l’essentiel des désagréments
est dépassé. Les premiers usagers semblent
satisfaits, même si le tram n’a pas manqué de
faire des victimes. Au cours des 13 premiers
mois de sa mise en service, quelque 180 accidents ont été recensés pour la seule ville de
Casablanca, soit une fréquence de 0,8 accident tous les 10.000 kilomètres parcourus par
les rames. Il a fallu que les Casablancais s’habituent à la machine géante pour que la tempête se calme quelque peu. Tant et si bien que,
pour beaucoup, le tram est devenu aujourd’hui
un moyen de transport indispensable.
Foot
L’aigle vert a pris son envol
Décembre 2013, une bonne partie de la
population marocaine attend l’événement
sportif de l’année : la coupe du monde des
clubs est organisée au royaume et le Raja
Club Athletic y participe.
Voilà treize ans que les aigles verts n’avaient
plus participé à la coupe du monde des clubs.
En une semaine, du 11 au 18 décembre, les
Rajaouis auront affronté les Néo-zélandais
d’Auckland city, le club mexicain de Monterrey
8 • CASANOSTRA• juillet 2014
et l’Atletico Mineiro. Trois rencontres dont les
Rajaouis sont sortis vainqueurs, faisant la joie
des milliers de supporters du club et de tous
les Marocains. Samedi 21 décembre avait
lieu la dernière confrontation de la compétition mettant aux prises, en finale, nos rajaouis
nationaux et le champion d’Europe en titre, le
Bayern de Munich. Les Allemands ont finalement remporté le titre de champions du monde
2013 sur un score de 2 à 0. Le Raja termine
vice champion, une place plus qu’honorable.
Le club casablancais est devenu la première
équipe marocaine à réaliser un tel exploit, faisant la fierté et le bonheur de millions de Marocains.
Corniche
La vague de l’année
Les restaurants et clubs de la Corniche se souviendront longtemps de l’année 2014, qui a vu
de violentes tempêtes s’abattre sur leurs installations, occasionnant d’importants dégâts.
Communément (et incorrectement) appelées
tsunami, d’énormes vagues d’environ 7 mètres
ont inondé la côte casablancaise, une petite
catastrophe due à des vents forts qui ont soufflé sur les côtes atlantiques. Les habitants de
la Corniche et de la côte se sont réveillés les
pieds dans l’eau. A Ain Diab, les employés des
restaurants, hôtels et cafés ont vécu une nuit
épouvantable. De nombreux dégâts matériels
ont été constatés, mais fort heureusement
aucune perte humaine n’est à déplorer.
Equipe nationale
Sauvons nos Lions !
L’ancien international marocain Badou Zaki
est désormais le nouvel entraîneur de l’équipe
nationale de football. Une bonne nouvelle pour
la plupart des supporters des Lions de l’Atlas.
Outre Badou Zaki, le staff encadrant l’équipe
nationale se compose désormais de Mustapha Hajji et Saïd Chiba, les deux entraîneurs
adjoints, Khalid Fouhami, entraîneur des gardiens de but, Aziz Bouderbala, directeur sportif, et Mhammed Fakher, entraîneur de l’équipe
locale. Cette équipe de choc nous rappelle le
bon vieux temps, notamment le beau jeu développé par le Maroc à la Coupe du monde 1998
et la CAN 2004 où les Lions de l’Atlas sont
parvenus en finale de la coupe d’Afrique des
Nations avant de s’incliner face au pays organisateur, la Tunisie. Un exploit que tous les Marocains d’ici et d’ailleurs gardent en mémoire et
qui contraste avec le désamour que vit l’équipe
nationale d’aujourd’hui. Le Maroc sera le pays
hôte de la prochaine CAN en janvier 2015. Les
supporters en seront d’autant plus exigeants à
l’égard de leur équipe nationale. Pourvu que
les Lions ne nous déçoivent pas.
Violence
Agresse-moi si tu peux
Ces derniers mois, la ville blanche a vu naître
une nouvelle appellation pour un phénomène
pas si nouveau que ça : « le Tcharmil ». Les
« Mcharmlines » nous agressent dans la rue
munis de toutes sortes d’armes blanches. On
peut les reconnaître à leur aspect vestimentaire, leur coupe de cheveux, leur mobylette ou
encore leur regard menaçant. La nouveauté du
phénomène Tcharmil réside dans le fait qu’il a
été mis en scène sur les réseaux sociaux, plusieurs jeunes n’hésitant pas à poser en photo
armés de sabres, exhibant montres de luxe et
autres objets de leurs rapines. Enfin alertées,
les autorités de Casablanca n’ont pas tardé à
réagir en procédant à des centaines d’interpellations parmi la jeunesse désoeuvrée de la
capitale économique.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 9
A LA PAGE
Zoom
Derb Omar
un nouveau China Town
Après avoir conquis une grande partie du monde, la Chine se lance
à l’assaut du Maroc. A Casa, le quartier Derb Omar est devenu un
véritable China Town
Majda Kanouni
à cause des camions de transport de marchandises stationnés de chaque côté de la rue.
Idem sur les accès environnants. En effet, la
présence des commerçants chinois ne passe
pas inaperçue. M. Kuan Ti est un commerçant
qui vend des pull-overs à 70 DH l’unité au prix
de gros. Ses clients entrent et sortent, avec
ou sans paquets, et surtout toujours dans une
atmosphère agréable. Là, un homme, certainement un habitué, entre et se fait livrer huit
colis d’une vingtaine de pièces chacun. « Je
me procure ce dont j’ai besoin dans ce marché
pour la qualité et le prix des articles », explique
Abdellah, qui vient d’Agadir, décidément satisfait de son fournisseur chinois.
La darija en prend un coup !
Casablanca, Derb Omar, un mercredi aprèsmidi. La « rue des chinois » est surchargée
d’une clientèle qui est constituée essentiellement de grossistes. Les voitures qui s’y
aventurent ont du mal à se frayer un passage
10 • CASANOSTRA• juillet 2014
M. Wei est un vendeur installé a Derb Omar
depuis 10 ans déjà. Il vend des écharpes et
des sacs. Assis devant son écran, il attend calmement. Un client entre. Il s’informe sur le prix
d’un cartable pour petite fille : « C’est 35 DH au
détail », lui répond-il. C’est le type de phrases
que les commerçants chinois apprennent
par cœur. Le client souhaite bénéficier d’une
réduction. Mais cette fois-ci, il lui répond en
arabe et en français avec un geste de la main
pour tenter de faire comprendre que ce prix est
plus abordable que chez le revendeur du coin
Le prix est leur principal
avantage
obligé d’appliquer une marge. Avant de son
client ne prenne congé, M. Wei explique que
les paiements se font en liquide, que ce soit
pour un achat en gros ou au détail, mais que
des facilités peuvent être accordées aux gros
clients fidèles.
Toujours dans la même rue se trouve
une petite boutique qui est en fait la
porte d’accès à une « Kissariya »
occupée presque en totalité par
des vendeurs chinois. C’est un
ancien bâtiment, aux murs blancs
et aux portes en forme d’arcades,
typiquement marocain. Des commerçants sont installés dans
des locaux spacieux tandis
que d’autres se débrouillent
de petites places sur le passage. Ici, les commerçants
chinois sont aidés par des
employés marocains. Evidement, aucune transaction n’est
effectuée sans l’accord du
patron. En effet, ce personnel
est chargé de montrer la marchandise aux clients mais aussi
de jouer les interprètes.
De l’autre côté de la place Annasr se trouve la
rue Mohamed Lakrik. A l’entrée, par le boulevard de Strasbourg, des affiches en mandarin
annoncent la couleur. Des présentoirs trônent
dans la rue, jonchés de marchandises : chaussures de sport, du mobilier, des sacs à mains,
des rideaux, des nappes, des accessoires et
autres bricoles d’intérieur. Tous ces produits
viennent de Chine. Force est de constater que
la foule des acheteurs est nombreuse. Dans
ce marché, elle afflue par deux portes principales tous les jours de 8h30 à 17h sauf
le dimanche. Les porteurs vont et viennent
pour charger des camions provenant de
tout le pays.
Si ce marché est en croissance et a tant
de succès, c’est principalement grâce
aux prix que les chinois proposent.
Les prix défient en effet toute
concurrence. Anas, la vingtaine,
est employé dans un magasin qui
propose des rideaux, grâce à un
ami déjà intégré dans ce milieu. Il
explique : « La marchandise que
proposent les Chinois est de l’imitation, c’est pour cela qu’elle est
bon marché. On a des clients qui
viennent de tout le pays exprès pour
ça. Ces rideaux coûtent 800 DH chez
un tailleur alors qu’ici c’est 120 DH.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 11
A LA PAGE
Reportages
Vu le niveau du pouvoir d’achat, les clients
n’ont pas le choix ». Un homme, venu se faire
livrer une vingtaine de paires de chaussures à
45 DH l’unité précise que n’importe qui peut se
chausser à ce prix, même si la qualité n’est pas
toujours bonne. Il précise également que tout
le monde y trouve son compte, que ce soit le
commerçant chinois, le détaillant ou grossiste
et le consommateur.
Respect total des règles fixées
par leur communauté
Malgré le fait que les discussions soient longues et animées, les mots sont limités. Les
Chinois ne se séparent jamais de leur fameux
sourire qui, malencontreusement, ne permet
pas aux Marocains de lire leurs sentiments ou
leur état d’esprit. Il semble néanmoins que les
Chinois ont établi des relations cordiales avec
leurs clients. Certains d’entre eux se font même
appeler par des prénoms marocains comme
Mohamed ou encore Youssef. « Les vendeurs
chinois à Derb Omar sont totalement intégrés
dans la société, mais ils ont quand même
gardé leurs coutumes et traditions. Quelques
fois, ils se retrouvent en petit groupes pour se
12 • CASANOSTRA• juillet 2014
divertir », raconte Kamal, un employé.
Dans le quartier, on a l’impression que les
affaires ne s’arrêtent jamais. Mais les règles
sont strictes qu’ils se sont eux-mêmes fixées
sont strictes : à 17h, les Chinois ferment boutique. A cette heure précise, au marché, un
vieil homme se met héler les commerçants :
« Serbiw, lkhamssa hadi ». Les locaux gérés
par les Marocains restent ouverts tandis que
ceux des Chinois ferment. Ces derniers retournent alors à leurs occupations et se mêlent
aux passants, certains d’entre eux prennent
leur voiture, d’autres achètent des fruits chez
les marchands ambulants installés dans la rue.
Tous partent dans la bonne humeur.
A LA PAGE
Reportages
Le marabout
et l’île aux mystères
Sidi Abderrahmane est une petite île sur la corniche d’Aïn Diab. Son
histoire, liée à celle d’un marabout, est entourée de mystère. A deux
pas de l’ultra moderne Morocco Mall, Sidi Abderrahmane est une
des destinations les plus courues du monde de la sorcellerie.
Manal El Bachiri
île, priant jour et nuit pour assouvir sa soif de
piété. Il fut si généreux et serviable, qu’on décida de lui bâtir une maison sur son île. Le saint
homme, préférant dormir à la belle étoile, refusa d’y loger, amoureux qu’il était de la nature
et du grand air. Dès lors, sa demeure devint
une maison d’accueil pour tous les pèlerins.
« Sidi Abderrahmane » mena une vie d’ascète
et de recueillement. Il refusait le luxe. Après sa
Accroché à un rocher au milieu de l’eau, peint
en blanc et posé sur l’océan entre la rive et le
large au bord de l’océan atlantique, l’île de Sidi
Abderrahmane dénote dans le paysage. Histoires et légendes entretiennent et alimentent
le mystère du lieu. Qui fut ce « Sidi Abderrahmane » dont les gens viennent de loin rechercher la « baraka » ? L’histoire de ce lieu reste
approximative. Selon certains, Sidi Abderrahmane, un homme aux pouvoirs surnaturels
était originaire de Bagdad. Selon d’autres,
c’était un homme pieux et solitaire qui aimait
le contact avec la mer et se serait retiré sur
cette île afin de fuir un monde trop cruel pour
un saint homme. C’est ainsi qu’il vécut sur son
14 • CASANOSTRA• juillet 2014
mort, le nombre des pèlerins se multiplia. Des
maisons furent construites aux abords de son
petit mausolée. La légende raconte aussi que
Sidi Abderrahmane avait le pouvoir de marcher
sur l’eau et pouvait ainsi voyager à travers des
mondes accessibles à lui seul. Mythe ou réalité
historique quelque peu déformée ? Peu importe finalement à partir du moment où le visiteur de l’île aux mystères sait éviter les pièges
de la sorcellerie et du charlatanisme.
Diseuses de bonne aventure
Aux abords du site, on rencontre d’abord des
marchands ambulants qui proposent pêlemêle des bougies, de l’eau de fleurs d’oranger,
de l’encens, bref tout le bric-à-brac des produits que réclament parfois les « chawwafat ».
Passées le pont et les marches qui mènent
à Sidi Abderrahmane, le visiteur se retrouve
d’emblée dans une ambiance très particulière :
des hommes et des femmes âgés chantent et
dansent au rythme d’une musique « gnawa » ;
des filles prient devant l’océan leur hjab jeté
à l’eau ; des poules déplumées flottent dans
l’océan ; et un petit groupe de touristes semble
comme perdu au milieu de cette faune ; de
nombreuses femmes, assises au pied de leur
porte, observent les passants. De temps à
autre, elles engagent la conversation et proposent des petits morceaux de métal disposés
dans des paniers. Il s’agit en fait des fameuses
voyantes et ces minces plaques de plomb font
office de porte-bonheurs. On peut même, pour
les personnaliser, y faire graver son nom.
Malika nous ouvre sa porte. C’est une femme
pâle âgée de 40 ans. Elle propose ses services de voyante dans une petite pièce sombre
4 mètres sur deux, une sorte de petit salon
marocain à la décoration désuète, une petite
table trônant au milieu et une petite cuisine
cachée dans le coin. Malika ne manque pas
une occasion d’expliquer la valeur de son travail à toute personne qui franchit la porte, pas
peu fière de son don qui lui permet de détecter
leurs problèmes et d’en trouver la solution avec
un langage différent du nôtre. En l’occurrence,
l’ « ordonnance » de la voyante est claire :
prendre une douche dans l’océan, s’arroser de
sept vagues, puis revêtir un hjab protecteur qui
éloignera le mauvais sort.
En tout état de cause, malgré la misère et les
rumeurs sur les diseuses de bonne aventure et
autres sorcières jeteuses sorts, le lieu possède
une authenticité et un charme tous particuliers,
un de ces lieux qui contribue le plus à l’identité
multiple de Casablanca.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 15
A LA PAGE
Témoignage
Une Ivoirienne à Casa
Quand une jeune ivoirienne, future Com’Supienne, débarque dans la capitale
économique, la rencontre ne peut qu’être fructueuse. Récit
Denisia Adjobi
A Abidjan, je nourrissais depuis longtemps
l’envie de terminer mes études de communication hors de mon pays. Mon amie
d’enfance, Anna, dont les parents voyagent
énormément, m’avait parlé de son nouveau
pays d’accueil et de cette ville qu’elle aime
tout particulièrement, Casablanca. Cette
ville, je la connaissais déjà, mais pas suffisamment. C’est Anna qui m’a réellement
donné l’envie de la découvrir. Quand elle me
parlait de sa vie à Casablanca, elle avait des
étoiles dans les yeux : shopping, plage, sorties nocturnes... Casa bouge et sait séduire
les jeunes venus d’ailleurs. Je voulais néanmoins me faire ma propre idée et vivre mon
expérience casablancaise.
Bienvenue à Casa
Il est 6h00 du matin et j’arrive à casa. Ouf
! Le voyage fut épuisant mais grâce à Dieu
me voila arrivée à l’aéroport Mohammed
V. J’effectue toutes les formalités d’usage
avant de sortir au grand air : et là stupeur,
une brise d’une fraîcheur nouvelle pour moi
est venue me caresser la peau et les cheveux alors que dans le même temps mes
yeux étaient éblouis par la luminosité très
spéciale de ce « pays froid au soleil chaud ».
Décidément, j’avais vraiment quitté ma Côte
d’Ivoire natale.
Ici, tout est nouveau, réellement nouveau,
mais à « cœur vaillant rien d’impossible ».
16 • CASANOSTRA• juillet 2014
Les cours ont bien débuté et tout se déroule
comme prévu, mis à part la difficulté à trouver à logement. J’effectue plusieurs visites.
Tantôt, l’appartement est délabré mais assez abordable dans un quartier comme le
Maârif, tantôt le prix est exorbitant mais le
logement coquet à Gauthier ou Bourgogne
par exemple.
Aaah ! Le parcours d’un étudiant à Casablanca est semé d’embûches… Une fois trouvé le
fameux appart’, il faut aussi que je m’organise, que je m’installe dans une certaine routine qui permettra de tirer le meilleur de mes
cours. Je rentre parfois tard de l’école en
raison des nombreux embouteillages. Toute
épuisée par le trajet en taxi, il faut malgré
tout que je me fasse à manger. Cuisiner
tous les jours est nouveau pour moi, mais
je m’habitue. Novice dans ce pays, je dois
aussi être capable de repérer les endroits
stratégiques : supermarchés, marchés, boutiques de fringues, etc. Mon séjour à Casa
ne fait que commencer mais, déjà, il promet
d’être instructif ! Malgré les difficultés, j’espère vraiment pouvoir m’épanouir dans cette
ville de contrastes, carrefour entre l’Afrique
et l’Europe.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 17
A LA PAGE
Confidences
Juif et Casaoui
Né dans le quartier Gauthier, près du centre-ville de Casablanca,
Yossi Hanouna est un juif marocain de 24 ans. De par ses
origines, il est sans doute plus marocain que 97% de la
population du pays, cela n’est pourtant pas l’avis de toutes les
personnes qu’il côtoie chaque jour. Voici quelques bribes de la vie
du jeune homme.
Othman Marine
« Oui, je parle couramment arabe, m’a-t-il
répondu avec une voix lente et volontairement
désabusée, le sourire aux lèvres. Je suis Casaoui qu’est ceque vous croyez ? ». En effet, on
a tendance à l’oublier, mais les juifs casablancais n’ont rien d’exotique. Yossi habite avec ses
parents dans un bel appartement, situé dans
une impasse à Gautier. Son frère ainé Yan au
passé tumultueux étudie la « débrouille » à
Paris ce qui lui réussit plutôt bien, et sa sœur
Rebecca, la plus jeune de la fratrie, fréquente le
lycée hébraïque Maimonide. Yossi quant à lui,
n’a pas toujours été brillant à l’école, enfant dissipé et hyperactif, il a arrêté ses études dans ce
18 • CASANOSTRA• juillet 2014
même lycée Maimonide avant la terminale pour
travailler avec Dany, son père. Celui-ci possède
un magasin d’emballage très réputé à Derb
Omar. Il a donc formé son fils au métier pour se
préparer une petite retraite bien méritée.
L’immeuble dans lequel vivent les Hanouna
est presque entièrement habité par des cousins plus ou moins proches de la famille. Les
juifs marocains sont effectivement très attachés à leur communauté et font perpétuellement en sorte que ses membres évoluent
dans des conditions aussi confortables que
possible. Yossi m’a néanmoins fait remarquer
que la nouvelle génération,
la sienne, se détache peu
à peu de cette pratique,
« communautariste dans le
sens positif », ce qu’il trouve
dommage. « Nous sommes
une minorité au Maroc. Il est
vrai que les juifs souffrent de
moins en moins de racisme,
et qu’à Casablanca les gens
sont particulièrement modernes et ouverts
d’esprit… Mais il faut tout de même rester soudé comme l’ont toujours été nos parents, et nos
ancêtres avant eux. Cela vaut pour toutes les
minorités dans le monde, pas seulement pour
les juifs, car comme me le disait mon grandpère : L’étoile solitaire brillera tant qu’elle le
voudra, elle ne sera qu’un point blanc dans le
ciel noir. Mais quand ses semblables la soutiendront, cela donnera de belles constellations
qui émerveilleront et inspireront les âmes qui
les contempleront ».
Yossi se dit fier d’être casablancais. Il adore
la ville dans laquelle il a passé toute son
enfance et s’estime heureux d’avoir des amis
formidables, de toutes les cultures et de toutes
les origines. « On prend un verre ensemble,
on rigole, on sort, on voyage… Mon meilleur
ami, Saad, est musulman mais ça ne l’a jamais
empêché d’assister aux repas de Shabbat avec
moi depuis qu’on est gosses ». On se permet
des blagues sur nos peuples respectifs car, à
mon avis, ça ne fait que consolider les liens
entre nos cultures du moment que la haine n’y
est pas. D’ailleurs, à chaque fois qu’on désire
voyager avec les potes, il faut que l’un d’eux se
tourne vers moi pour me dire : ‘’Eh le feuj , c’est
toi qui va gérer le budget pour le voyage ou
quoi !’’, ce qui est loin de me rendre fou de rage
puisque je sais qu’au fond, on s’apprécie et on
se respecte énormément. Je trouve que Casablanca, de par les nombreuses cultures qui
la composent, est un endroit particulièrement
accueillant pour les juifs. Il faut quand même
avouer que par moments, il m’arrive de sentir
des regards trahissant une certaine haine de la
part de gens que je ne connais pas. Lorsque je
porte une kippa, ou que je sortais de la synagogue avec mon grand-père quand j’étais plus
jeune. C’est dû à un manque de communication de la part de nos deux peuples, bien évidemment, et à une incompréhension résultant
de l’amalgame fait entre juifs et sionistes. Il est
avéré, et totalement compréhensible que les
Marocains sont très solidaires avec la Palestine et éprouvent une aversion non-dissimulée
pour les Israéliens. Le rôle de la jeune communauté juive au Maroc est, selon moi, de veiller
à ce que cet amalgame soit mis de côté, - ce
qui est heureusement le cas de plus en plus de
nos jours - car nous sommes Marocains, nous
chérissons le Maroc et nous espérons vivre en
harmonie parmi cette multitude de cultures qui
fait la force et le charme de la ville de Casablanca ».
La vie quotidienne de Yossi ressemble, à
quelques détails près, à celle de n’importe
quel Casablancais. Conscient du patrimoine
historique millénaire dont il est l’héritier, et
conjuguant parfaitement bien celui-ci avec la
modernité et le cadre social auxquels aspire
tout jeune de son âge, il réussit à mener une
vie équilibrée dans un quartier qu’il affectionne,
dans une ville qu’il idolâtre et dans un pays auquel il est attaché par des liens ancestraux et
indestructibles.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 19
A LA PAGE
Enquête
Derb Ghallef
au paradis de l’informel
Dans les villes du Maroc et particulièrement à Casablanca, le
nombre élevé de petits métiers et des activités de rue qui se
développent frappe souvent l’observateur. Le bazar de l’informel
Derb Ghallef est l’un des lieux phares de ce type d’activités.
Mohamed Safadi
Derb Ghallef a beaucoup évolué. La joutia
d’avant 1982 et celle d’aujourd’hui ont des
configurations différentes. Dans la première, il
y avait quelque 700 locaux, aujourd’hui 1387
commerçants sont répartis entre la joutia ellemême (938 commerces), le marché Salam, dit
de Selk car entouré de barbelés (449) et les
ferrachas (128) qui étalent régulièrement leurs
marchandises et qui sont bien connus de la
commune. Sans oublier ceux qui gravitent
autour de la joutia en attendant un changement
de statut.
Après l’incendie de 1982, la plupart des commerçants installés auparavant à Sid El Khadir
20 • CASANOSTRA• juillet 2014
se sont retrouvés sans commerce. La préfecture, répondant aux ordres de Driss Basri, leur
a donné l’autorisation de s’installer pour une
durée de 8 à 10 ans sur des terrains alors inoccupés. Mais ce semblant de législation a été le
prélude à de nombreuses fraudes. « Une véritable anarchie s’est installée à Derb Ghallef »,
lance un riverain excédé.
Désordre et efficacité
Beaucoup de personnes pensent que Derb
Ghallef n’est que le temple de l’informel, pourtant, la réalité est sensiblement différente. Ce
souk casablancais est un véritable carrefour
pas encore de programme
officiel de destruction ou
de réaménagement. Tous
les projets concernant Derb
Ghallef butent en en effet sur
la question du déplacement
des commerçants et de leur
dédommagement, ainsi que
sur le problème de la propriété du terrain, appartenant
à de riches particuliers qui le
louent à la commune pour un
prix dérisoire.
où se croisent les circuits formels et informels.
Clientèle et fournisseurs sont souvent issus
de circuits de distribution structurés, les paiements sont parfois adossés au système bancaire et la moitié au moins des commerçants
est connue du fisc puisqu’elle s’acquitte de la
patente.
Derb Ghallef s’est fait une réputation à part, par
rapport aux autres souks. Certains marchands
n’hésitent pas à le comparer aux grandes surfaces structurées. « Dans la Joutia, on trouve
des produits de marque avec plus d’options et
beaucoup moins cher qu’à Marjane », se vante
un vendeur de paraboles.
En attendant, pour maintenir
un semblant d’ordre dans ce
vaste chantier informel, les autorités casablancaises mènent une guerre farouche aux
vendeurs ambulants sur les trottoirs du souk,
pour le plus grand plaisir des riverains qui se
plaignent d’une circulation infernale. Un nettoyage de printemps dont les Casablancais
sont désormais coutumiers mais qui ne met
pas en danger leur Derb Ghallef, ce temple de
la débrouille et du dépannage.
Alors, comment un souk qui se jouent de la
ligne de fracture entre secteurs formel et informel et, qui plus est, non raccordé au réseau
électrique peut-il être aussi performant ? Le
désordre de la jotya n’est qu’une apparence.
Grâce à une répartition sans faille des tâches
et à une optimisation maximale du « système D », les vendeurs arrivent à cohabiter tout
en se livrant une guerre des prix sans merci.
Mais les jours de Derb Ghallef sont peut-être
comptés. Plusieurs élus de la ville ont déjà
manifesté leur volonté de faire disparaitre
le célèbre marché. Pour autant, il n’existe
CASANOSTRA• juillet 2014 • 21
A LA PAGE
Têtes d’affiches
Ces Casaouis d’ailleurs
De nombreux Casablancais ont rencontré le succès à l’étranger tout en
gardant intact leur lien à leur ville d’origine. Portraits choisis
Soukaina Choukri et Ghita Ibnou Jala
Gad Elmaleh – L’icône
incontournable du rire
D’origine juive marocaine, Gad Elmaleh affirme
sa fibre artistique depuis son plus jeune âge.
A partir de 2001, sa notoriété ne cesse d’augmenter avec le franc succès que remporte son
deuxième one-man-show: « La Vie Normale ».
En 2003, il explose l’écran dans Chouchou, le
travesti romantique qui adore les sushis. Au fil
des années, il est devenu une des figures les
plus importantes du patrimoine culturel marocain. Dans la plupart de ses sketchs, il ne cesse
d’évoquer et de rappeler le lien fort qui l’unit aux
habitants et à la ville de Casablanca. En 2007, il
est élu « personnalité la plus drôle de France ».
Asmaa Lamnawar –
La diva du Maghreb
C’est l’une des étoiles les plus prometteuses du
chant non seulement marocain mais du reste
du monde arabe. Ses premiers pas se réalisent
avec la chanson «Angham» en 1995. Sa par-
22 • CASANOSTRA• juillet 2014
ticipation à l’Opéra du Caire en 2002 est une
opportunité majeure dans sa carrière car celleci va marquer son avènement dans le monde
des voix unanimement reconnues dans les
pays arabes. En 2008, elle signe avec la grande
maison de production Rotana. Asmaa a également effectué des tournées et des concerts
en Egypte, où son talent est remarqué par les
critiques musicaux et le public des mélomanes.
Arthur – L’animateur
spectaculaire
Célèbre présentateur de télévision, celui qui est
connu sous le nom de scène Arthur a fait ses
débuts comme animateur radio sur différentes
stations. Au cours d’une carrière très prolifique,
il présente notamment sur TF1 « Les Enfants
de la télé », son programme phare. Dès 2001,
Arthur est propulsé au poste de vice-président
de la société de production Endemol France.
Aujourd’hui bien connu du grand public, il s’est
récemment lancé dans l’humour en montant
son premier one man show « Arthur en vrai »,
où il parle de sa ville natale, Casablanca, de
son spectacle, de Gad Elmaleh, et de sa tante.
Sa tournée terminée, il anime désormais un
nouveau talk-show à la télévision « Ce soir
avec Arthur » qui est un réel triomphe.
Alber Elbaz – Le Woody Allen de
la couture
Alber Elbaz est l’un des créateurs les plus
en vogue du 21e siècle. Cet enfant du Maroc
puise son inspiration dans sa ville natale,
Sofia Essaïdi – La Cléopâtre
marocaine
Sofia Essaïdi accède à la notoriété après sa participation à la saison 3 de la Star Academy française, où elle atteint le stade des demi-finales.
Elle devient par la suite, auteur-compositeur-interprète et comédienne. En 2007, elle interprète
le rôle principal dans le spectacle musical Cléopâtre, la dernière reine d’Égypte. En 2010, Sofia
est élue artiste féminine francophone de l’année
aux NRJ Music Awards à Cannes et meilleure
actrice aux Jeunes talents pour sa prestation
dans le film Aïcha. En 2012, elle fait partie du
jury de l’élection de Miss France.
Arié Elmaleh – L’acteur
talentueux
Casablanca, et son pays d’adoption, Israël.
Nommé directeur artistique de Lanvin en octobre 2001, il donne à sa marque l’élégance,
la sobriété, la fluidité et la poésie qui sont la
griffe des collections modernes et structurées
à travers lesquelles il veut raconter une histoire. Alber a collaboré avec de prestigieuses
personnalités du monde de la confection, Guy
Laroche et Pierre Bergé, notamment. C’est un
workaholic assumé qui travaille même pendant
les vacances et les fêtes. Il habille des femmes
pragmatiques, pratiques et rêveuses, dans des
vêtements qui n’entravent pas.
A l’instar de son frère Gad Elmaleh, Arié découvre très jeune sa vocation de comédien.
L’acteur décroche son premier rôle dans le
court-métrage Point d’interrogation. Il se fait
d’abord connaitre du grand public grâce à sa
prestation dans les pubs SFR dont il devient
CASANOSTRA• juillet 2014 • 23
A LA PAGE
Têtes d’affiches
l’égérie. Il participe ensuite au triomphe cinématographique de son frère Gad, Chouchou,
dans lequel Arié incarne le neveu du héros. En
2006, Arié va jouer dans le film, L’École pour
tous. Sa prestation lui vaudra d’être nommé
aux César comme « meilleur espoir masculin ». En septembre 2013, il intègre l’équipe de
l’émission Le Grand Journal sur Canal+.
Noureddine Naybet – Star du foot
Noureddine Naybet fut l’un des meilleurs arrières centraux africains. Comme défenseur,
il musela les meilleurs attaquants africains,
européens et mondiaux. Déjà talentueux et
besogneux, il est vite repéré par l’Étoile de
Casablanca, où il ne reste qu’une semaine
avant de rejoindre le Wydad de Casablanca.
Mais c’est en Espagne qu’il fera le plus parler
de lui. Il devient l’un des piliers et capitaine de
La Corogne. Sous son ère, le club atteint des
sommets et remporte plusieurs championnats
d’Espagne. Naybet reste international jusqu’en
2006 avec 115 sélections assorties de 4 buts
faisant de lui le joueur marocain le plus capé
de l’Historien.
Hicham Arazi – Magicien des
courts
Hicham Arazi est l’un des joueurs de tennis
les plus connus au Maroc, qui a particulièrement marqué les années 1990 et 2000. Enfant
24 • CASANOSTRA• juillet 2014
doué, il entame une carrière professionnelle
précoce et se fait remarquer dans plusieurs
compétitions internationales comme le tournoi
de Sparkassen Trophy Cassa di Risparmio ou
les Masters Series de Monte-Carlo. En 1997, il
remporte le trophée Hassan II de tennis. Surnommé « le magicien des courts » par les médias, il est également connu pour ses terribles
revers à une main. Peu réputé pour ses aces,
il donne néanmoins beaucoup d’effet à la balle,
un peu à la manière de Rafael Nadal.
Adel Taârabt – L’enfant terrible
du ballon rond
C’est aujourd’hui un des footballeurs marocains les plus talentueux. Il occupe actuellement le poste de milieu de terrain de l’AC Milan
prêté par les Queens Park Rangers. Taârabt
fait l’unanimité dans ce club de seconde division anglaise. Doté de très grandes aptitudes
techniques, Taârabt est rapide, adroit et agile.
Son talent indéniable est malheureusement
trop souvent gâché par un caractère de cochon
et une grande arrogance, qui font qu’il n’est pas
toujours le bienvenu en équipe nationale, luimême s’en excluant parfois.
Dounia Batma – Moroccan
success story
Considérée comme étant une artiste engagée
en matière de libertés individuelles, Fatym
Layachi a fait l’objet de plusieurs faits marquants
qui ont fait couler beaucoup d’encre, le film
Marock en 2006, mais aussi un film censuré en
2011, une séance photo « Art propre » dans la
décharge à ordures de Mediouna ou encore une
couv’ du défunt magazine Zyriab où elle s’est
affichée avec un caleçon pour hommes.
Houda Saâd – La diva de la
musique arabe
Dounia Batma est une chanteuse marocaine qui
s’est fait connaître dans le monde entier comme
le runner-up de la première saison d’Arab Idol.
Elle a gagné le cœur de millions de personnes,
notamment dans les pays arabes. Parmi ses
performances les plus notables son interprétation de Darrat El Ayam de Oum Kaltoum, pour
laquelle elle a reçu les éloges unanimes du
jury. Le 24 mars 2014, elle a malheureusement
échoué sur la dernière marche du podium face
au candidat égyptien Suleiman Carmen.
Fatym Layachi – Une
marockaine dans le vent
Fatym Layachi débute sa carrière avec le film
Une histoire d’amour de Hakim Nouri en 2002.
Issue d’une famille d’artistes, Houda Saâd est
une voix qui résonne dans les cieux de la musique arabe. Sa voix et son visage lui ont permis de se faire remarquer lors de sa participation au concours de chant marocain « Noujoum
El Ghad », produit par la chaîne 2M. Grace à sa
voix douce, la talentueuse chanteuse a participé à la version arabe de the X-FATOR dont elle
est sortie victorieuse. Aujourd’hui Houda Saâd
écrit et compose elle-même de nombreuses
chansons pour d’autres artistes.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 25
A LA PAGE
Phénomène
Slame sur la ville
De Chicago à Casablanca, les mots n’ont plus de frontières.
Le slam, un genre artistique et poétique à portée sociétale à ses premiers
adeptes marocains.
El Mehdi Kamal
Le slam – le terme signifie en anglais « claquer »
ou « lancer violemment » – vient des Etats Unis,
de Chicago plus précisément. Il apparaît dans
les années 1980, un moment de souffle, de sincérité. Pas d’artifice, pas de masque. Un texte
original, pas de costume, pas d’accessoire, pas
de musique. Trois minutes de performance pour
un corps, une voix et des mots. Tous les sujets
peuvent être abordés, dans n’importe quel style,
à condition d’utiliser ses propres textes. Pour
l’anecdote, le slam est né d’une idée du poète
« Marc Kelly Smith » en 1986. Cet écrivain issu
de la working class de Chicago animait des soirées de lecture de poèmes, et jugeant celles-ci
trop ennuyeuses, a souhaité les redynamiser, tout
en nourrissant une vision non-élitiste de la poésie.
En 1987, les rencontres slam sont relayées dans
le Chicago Magazine et deviennent le grand
événement de la ville. Le phénomène se propage rapidement dans tout le pays et connaît
un grand succès. Depuis, des compétitions sont
régulièrement organisées à échelle nationale
dans de nombreux pays autres que les USA
(France, Royaume-Uni, Suède...), ce qui atteste
de la vivacité du mouvement. Au fil du temps,
le mouvement est resté relativement peu connu
en dehors du milieu underground. Mais, grâce à
l’intérêt des journalistes Tony Award et Paul Devin
qui collaborèrent avec le slameur Saul Williams,
grand champion du Nuyorican Poetry Café de
Brooklyn et vainqueur de la compétition nationale
de Portland en 1996, le slam se popularise. Enfin
26 • CASANOSTRA• juillet 2014
reconnu, ses influences sont plus variées que jamais : les artistes s’inspirent de rythmes hip hop,
flamenco, de blues pour les mélodies.
Le Slam de Mustapha
Au Maroc, la scène du slam en est certes encore
à ses balbutiements. Mais elle a déja sa figure de
proue. Mustapha Le Slameur, de son vrai nom
Mustapha Boukrouna, est un ancien chanteur
marocain de reggae, né à Casablanca en 1981.
Après avoir pris ses distances de la scène artistique, Steph Raggaman est ainsi de retour dans
la peau d’un autre personnage. Témoin de son
temps et de la société dans laquelle il évolue, ce
jeune slameur mystérieux s’inspire de son parcours insolite pour condamner, provoquer, repro-
vision et ses pensées plutôt que son physique
et son look. D’ailleurs, l’artiste signe ses travaux
d’un nœud de papillon, fidèle en cela à Wendell
Berry qui expliquait que « l’idée du slam n’est
pas de créer des stars, ni même de glorifier le
poète, mais de servir la communauté ».
cher et même se moquer dans une ironie et une
satire sans égale.
C’est cette même morosité et cette impression
de colère désespérée qu’on retrouve chez
Grand Corps Malade, et qu’on rencontre chez
Mustapha accompagnée de paroles bien pesées, aux sens profonds et scannant la société
de consommation dans laquelle nous sommes
entraînés. Maîtrisant à un grand niveau l’art
du Spoken Word, Mustapha ne laisse pas ses
auditeurs indifférents à ses coups de gueule
poétiques. La scène du Slam se fait encore rare
au Maroc, un avantage en faveur du « Slam de
Mustapha » comme leader casablancais du
mouvement. A l’opposé du star system, Mustapha explique qu’il préfère mettre en valeur sa
L’artiste sort son premier album intitulé « SLAM
3LIKOUM » composé de 12 titres, enregistrés
avec des fonds sonores, sound effect, qui nous
introduisent dans l’univers du Slameur et produisent dans notre imagination une série de
représentations ouvrant le débat sur nos pensées, nos actions… Le plus difficile dans un
slam est de rester simple, un art que « Le Slam
De Mustapha » maitrise parfaitement bien dans
ses textes.
S’affranchissant des règles de la rime et de la
prose, loin de tout enjeu littéraire, Mustapha
entreprend un projet de taille et se livre à l’expérience du Spoken Word, pour partager avec le
grand public les mots de ses maux, dans une
lecture décalée du monde actuel. En mariant
poésie et spectacle interactif, le slam est le
terrain d’expression idéal pour tous les poètes
et toutes les formes de poésie. Il touche tous
les publics, bien au-delà des cercles littéraires
classiques.
En réalité, il n’y a pas assez d’événements consacrés au slam à Casablanca. Parmi les rares
scènes présentes, celle de la Fondation ONA
qui organise en partenariat avec l’AEFE (Agence
pour l’Enseignement Français à l’Étranger) une
scène SLAM, chaque année, avec les lycéens
de Lyautey et Massignon dans le cadre du projet d’action pédagogique pilote. Chaque année
toujours, la G38’ (Génération 3br w 8dr [hder])
organise pour sa part « Slam f l’batoirs », unopen
mic qui laisse à chacun le loisir de s’exprimer.
L’association de lutte contre la corruption, Transparency Maroc, a également déjà organisé des
ateliers slam sous le thème « Paroles Urgentes »
ainsi que la Villa des Arts.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 27
A LA PAGE
Tendance
Narguilé et café chicha
Malgré les dangers que peut procurer la chicha, avec ses bouffées parfumées
qui ont un effet euphorique, filles et garçons branchés renouent avec la
coutume des Orientaux.
Samia Lazrak
Le narguilé est une mode qui draine beaucoup
de jeunes au Maroc. Il y a une dizaine d’années,
on ne voyait la chicha que dans des scènes de
films égyptiens et syriens. Aujourd’hui, elle est
là, dans nos cafés et nos maisons. Le tabac
parfumé à la menthe, à la pomme, à la réglisse… conquiert les jeunes, notamment dans
les grandes villes. La vogue de la pipe à eau a
débuté à Alger et dans d’autres grandes villes
algériennes il y a de cela une dizaine d’années.
Plusieurs facteurs ont boosté sa propagation,
dont la xénophilie des Algériens et l’ouverture
sur l’économie de marché notamment. A Casablanca, ce sont les salons de thé les plus branchés qui servent la « renguila ».
Visite guidée
L’odeur de la chicha donne jusqu’au coin de la
rue. La porte d’entrée est opaque. Quelques
jeunes sont assis au comptoir. Il est 18
heures, le salon affiche complet. La music
khaliji est bien évidement au rendez-vous.
Une fumée dense remplit la salle sombre
légèrement éclairée. La majorité des présents
sont jeunes. Ils sont réunis en petits groupes
autour de petites tables surmontées d’une
pipe. Parmi eux, une petite assemblée composée de quatre garçons et trois filles papote.
Rania, 23 ans, fume la chicha depuis deux
années. Ce sont ses amies qui l’on initiée
aux plaisirs du narguilé. « On se donne ren-
28 • CASANOSTRA• juillet 2014
dez-vous ici presque toutes les semaines »,
précise-t-elle.
Questionnée sur la réaction de ses parents
vis-à-vis de sa nouvelle habitude, elle
confie qu’ils ne sont pas au courant. « Je
ne leur ai pas dit parce que justement je ne
sais pas comment ils risquent de réagir », se
justifie-t-elle. Son amie Nadia, son aînée
de 2 ans, explique quant à elle que
ses parents sont au courant et n’y
trouvent aucun inconvénient. « Je
les ai simplement convaincus que ça
n’affecte pas la santé », explique-t-elle.
Yassine, lui, un jeune comptable de 26
ans, déjà fumeur « classique », trouve
dans la « renguila » un charme à part. « La
cigarette s’apprécie individuellement,
le narguilé, par contre, s’apprécie en
groupe », avance-t-il. Et d’ajouter :
« Rien ne vaut un rassemblement
autour d’un narguilé, il égaie nos rencontres ». Ses amis abondent tous dans
le même sens. « Personnellement, je ne
prends jamais le narguilé seul, pourtant
j’en ai un à la maison », révèle à son tour
Hassan, un fonctionnaire de 27 ans.
Les narguilés sont en vente dans
beaucoup de petits locaux
à
Casablanca,
surtout
ceux spécialisés dans les articles traditionnels,
notamment à Bab Marrakech. Les prix peuvent
varier entre 150 et 1000 DH. Ceux destinés à
la décoration, par contre, peuvent coûter beaucoup plus cher, notamment les antiquités. Un
vendeur d’articles traditionnels à Bab
marrakech révèle qu’il fait l’essentiel
de son chiffre d’affaires pendant le
mois sacré du ramadan. Durant
cette période, les narguilés se
vendent comme des petits
pains. A tel point qu’ « il est
quasiment impossible d’en
trouver sur le marché à la
fin du mois de ramadan »,
assure-t-il.
Du plaisir à l’addiction
Que ce soit dans les salons et les cafés ou dans les demeures familiales, la
chicha fait des ravages auprès des jeunes
filles marocaines. Fumeuses et non fumeuses
de cigarettes sont attirées par la joie des bouffées parfumées. La vision qu’a la société du
narguilé semble différente de celle qu’elle a de
la cigarette. Assia, une assistante de production dans une compagnie privée nous confie
que sa famille a adopté la nouvelle mode.
Après les présentations, Assia commence à
nous expliquer comment fonctionne la pipe à
eau. « Vous avez besoin de trois éléments pour
pouvoir l’utiliser », commence-t-elle. « Le narguilé en tant qu’appareil, le charbon et le tabac,
qu’on nomme m’aâsal et il faut remplir le bocal
avec de l’eau bien entendu », poursuit-elle. Aussitôt le narguilé préparé, Assia tire la première
bouffée. La fumée a un parfum de réglisse...
Mais malgré les apparences, le narguilé est
aussi une mode qui tue. Beaucoup de jeunes
semblent méconnaître les dangers de la
chicha. Certains ignorent que les délicieuses
bouffées parfumées ne sont rien d’autre que du
tabac aromatisé. Ahmed, un vendeur de pipes
à eau âgé de 18 ans, grand fan de narguilé,
CASANOSTRA• juillet 2014 • 29
Tendance
Femmes d’Alger dans leur appartement, 1834, Eugène Delacroix, 180 × 229 cm, Musée du Louvre
A LA PAGE
s’étonne d’apprendre que le m’aâssal qu’il fume
est du tabac. Il refuse d’admettre cette vérité
en répétant : « Ce ne sont que des arômes ». Il
est très surpris lorsqu’on lui montre sur la boîte
l’indication : « Le tabac nuit à votre santé ».
Samir, un étudiant en médecine de 23 ans,
affirme, quant à lui, qu’il ne fume plus de cigarettes depuis un an, mais qu’il ne peut s’empêcher de s’adonner au plaisir du narguilé. « Il
n’est pas aussi nuisible pour la santé que les
cigarettes », avance-t-il. Cette opinion n’est
pas partagée par Azzedine, un consommateur
régulier. « Je sais que ça nuit à ma santé, mais
je ne peux pas m’en passer », avoue-t-il.
Pour mettre un terme à cette confusion concernant les effets de la fumée de la chicha sur la
santé, on s’est adressé au docteur Zerrouk
Chigara, médecin généraliste exerçant à Bir
Khadem. Ce dernier souligne que le narguilé
30 • CASANOSTRA• juillet 2014
a les mêmes effets néfastes que la cigarette
avec une portée euphorisante en plus. Le
m’aâssel, ainsi, contient des euphorisants, ce
qui explique la joie que procure sa consommation. Ce médecin a, en outre, assuré que l’utilisation de la chicha au bout d’un certain temps
provoque une dépendance au même titre que
les autres tabacs.
Le rapport de l’Organisation mondiale de la
santé (OMS) concernant les effets néfastes du
narguilé donne froid dans le dos. Cette nouvelle forme de tabagisme expose ses consommateurs à une plus grande quantité de fumée
que les cigarettes classiques. « Une séance
d’un fumeur de narguilé peut donc l’exposer
à un volume de fumée correspondant à celui
émis par un nombre de cigarettes compris
entre 40 et 100 », atteste le rapport de l’OMS.
Décidément, du plaisir au danger, il n’y a souvent qu’un pas !
DANS LE VISEUR
filmo
Une ville et des œuvres
Rien de mieux pour apprivoiser Casablanca que de se familiariser avec les
films qui en ont fait leur personnage principal. Sélection.
Salma Sodki
Ali Zaoua, prince de la rue
Comment ils ont atterri là,
après quel séisme familial,
ce n’est pas la question. Ils
ne sont plus de nulle part.
Ils sont de la rue...
Il n’a jamais été fier de sa
maman, ni de son travail, c’est
pour cela que Ali décide de
quitter son foyer et rejoindre
une bande de sans-abris. On
scrute leurs regards durs,
leurs visages couturés de
cicatrices. On dirait des baroudeurs qui ont déjà fait plusieurs guerres. Mais, du haut
de leurs 10, 12, 14 ans, pas
plus, ils nous mettent au défi
de les démasquer : ces lutins
en loques qui hantent les rues
de Casablanca appartiennent
à une autre galaxie, et ils ne
laisseront personne dire que
c’est l’enfer. Ali n’avait qu’une
seule ambition : partir... Il veut
devenir navigateur et faire le
tour du monde à la recherche
de « l’île aux deux soleils ».
Dans une bagarre avec une
autre bande de clochards, Ali
est tué d’une pierre sur la tête,
cet Ali Zaoua qui ne cessera
plus de hanter ses copains (
Kwita, Omar et Boubker). Ses
amis ont décidé de lui rendre
hommage et l’enterrer comme
un prince. Chercher des
vêtements convenables, de
l’argent, prévenir la famille...
pour reconstruire le rêve d’Ali :
trouver l’ile aux deux soleils.
Réalisateur : Nabil Ayouch
Acteurs principaux : Said
Taghmaoui, Mounïm Kbab,
Hicham Moussoune, Mustapha Hansali
Date de sortie : mars 2001
32 • CASANOSTRA• juillet 2014
Casanegra... l’ombre de la
ville blanche
Deux bad boys, deux loosers, la nuit, le spleen, la
pauvreté, les rues noirs de
Casablanca la blanche, le
chômage... un réalisme que
l’on a rarement vu dans le
cinéma marocain.
De la violence, des scènes un
peu osées, un langage cru,
du sexe... L’histoire met en
scène deux jeunes chômeurs,
des paumés d’une vingtaine
d’années qui vivent de petites
combines et rêvent d’Europe,
d’argent et de sexe. Mais
le personnage principal du
film, c’est Casablanca et son
centre-ville de style art déco,
vestige de l’époque coloniale.
Le film parle de deux amis qui
veulent s’en sortir à n’importe
quel prix. Karim emploie des
enfants vendeurs de cigarettes au détail, mais rêve de
réussite et de respect. Adil a
trouvé la solution miracle à
tous ses problèmes: « acheter » un visa et un contrat de
travail pour émigrer en Suède,
dont il rêve à travers une
carte postale. « Casanegra »
représente le côté sale de la
capitale économique, la ville
pas si blanche que cela, c’est
aussi l’espoir suscité par les
lumières de l’autre Casa où
vivent les notables et les bourgeois. Le film est comme un
miroir de la société marocaine
où le réalisateur montre le
pays tel qu’il est, non tel qu’on
veut nous faire croire qu’il est...
Réalisateur :
Lakhamari
Noureddine
Acteurs principaux : Anas
El Baz, Omar Lotfi, Mohamed Benbrahim, Ghita Tazi,
Driss Roukhe
Date de sortie : 24 décembre 2008
Marock, l’amour impossible
nous ne devrions pas toujours
donner la priorité à la religion.
L’histoire d’amour entre une
jeune fille musulmane et un
jeune homme juif est une
réalité qui remet en question
les normes culturelles et religieuses qui enferment les juifs
dans l’altérité.
Réalisatrice : Laila Marrakchi
Le film marocain qui porte
atteinte à « la dignité du
Maroc et des Marocains »
selon le secrétaire général
du syndicat du théâtre marocain, Mohamed Hassan El
Joundi
Rita, 17 ans, à quelques
mois du bac, traîne avec ses
copines sur l’immense toit en
terrasse de la luxueuse villa
de ses parents, en écoutant
David Bowie et en retardant
le moment des révisions. Très
entourée, Rita ne manque de
rien. Sans complexe, c’est une
jeune fille moderne qui sort
en mini-jupe, fume et boit en
cachette de ses parents... et
tombe amoureuse. Mais l’heureux élu s’appelle Youri, il est
juif, et ce n’est pas tout à fait
du goût de ses parents ; encore moins de son frère, Mao,
qui depuis quelque temps
s’adonne intensément à la
prière. La tolérance religieuse
est un enjeu important dans
le film. Le message est que
Acteurs principaux : Morjana Alaoui, Matthieu Boujenah, Assaad Bouab
Date de sortie : mai 2006
Zéro, quand l’agneau veut
devenir un lion
Le policier looser solitaire,
soumis à son supérieur hiérarchique et vivant avec son
père handicapé dans Casablanca.
Amine Bertale est un flic, son
nom est ZERO. Mais ZERO ne
l’est pas que de nom. Au-delà
de ce qualificatif désobligeant,
c’est l’incarnation de la vie
CASANOSTRA• juillet 2014 • 33
DANS LE VISEUR filmo
insensée et vide d’un flic peu
ordinaire aux prises avec son
alcoolisme et son complexe
d’infériorité ; surtout hanté par
des peurs qui trouvent leurs
sources dans un passé tumultueux. Fils d’un ancien agent
des forces auxiliaires devenu
agressif, presque dépressif
parce que cloué dans un fauteuil roulant et d’une mère quasi-inconnue, ZERO passe son
temps à arpenter les rues et
les bars mal famés et bruyants
de Casablanca en compagnie
de sa seule amie, Mimi, une
jeune prostituée. Sa vie de
flic encore moins reluisante
se résume à enregistrer des
plaintes à longueur de journée et à rendre des comptes
à ses supérieurs sur les activités extra liées à leur vie de
mafia. Mais cette vie passive,
sans but et raison, bascule
lorsqu’elle croise le chemin de
Aïcha Baidou à la recherche
de sa fille engloutie dans une
Casablanca pervertie par l’argent. La rédemption est-elle
au bout du chemin ?
Réalisateur :
Lakhmari
Casa By Night, enfants dans
un monde d’adultes...
Noureddine
Acteurs
principaux :
Younes Bouab, Mohamed
Majd, Sonia Okacha
Date de sortie : décembre
2012
34 • CASANOSTRA• juillet 2014
Une fille de 14 ans sacrifie
sa vie pour sauver celle de
son petit frère de 9 ans qui
souffre d’une cardiopathie
cyanogène.
Le petit Hicham Ayach, neuf
ans, atteint d’une cardiopathie cyanogène, doit se faire
opérer d’urgence. Sa mère,
Zahra compte ses économies. L’argent dont elle dispose ne peut couvrir les frais
de l’intervention chirurgicale,
dont le montant s’élève à
vingt cinq mille dirhams. Pour
trouver cet argent, Kalthoum,
la sœur de Hicham, décide
de sortir dans la rue affronter
le terrible «Casablanca by
night». La jeune fille a moins
de quinze ans lorsqu’elle
découvre la face obscure de
la capitale économique, une
expérience qui la change à
jamais.
Réalisateur :
Derkaoui
Mustapha
Acteurs principaux : Samira Nour, Aziz Al Hattab,
Rajaa Mouncif, Zakaria Atiffi
Date de sortie : 05 mars
2003
Les chevaux de Dieu, ou les
chroniques d’un kamikaze
d’Allah. Ils se préparent donc
pour une série d’attentats-suicides prévus à Casablanca.
Le film est inspiré du traumatisme provoqué par des opérations kamikazes qui avaient
causé des dizaines de morts
à Casablanca le 16 mai 2003.
Réalisateur : Nabil Ayouch
Acteurs principaux : Abdelhakim Rachid, Abdelilah
Rachid, Ahmed Elidrissi El
Amrani
Dans un bidonville proche
de Casablanca, une famille
pauvre tente de survivre,
avec un père dépressif et
une mère écrasée par les
tâches quotidiennes.
Date de sortie : février
2013
Tarek, le plus jeune des
enfants, est surnommé
« Yachine » (en référence à
son idole, le footballeur russe
Lev Yachine), Il est âgé de 10
ans et vit avec sa famille dans
le bidonville de Sidi Moumen
à Casablanca. Sa mère, Yemma, dirige comme elle peut
toute la famille. Au cours d’un
séjour en prison,Hamid, 13
ans, petit caïd du quartier et
protecteur de Yachine est gagné à la cause des islamistes
radicaux. Il finit par convaincre
Yachine et ses copains, Nabil
et Fouad, de le rejoindre. Un
imam, Abou Zoubeir, assure
leur préparation physique,
spirituelle et mentale. Un jour,
il leur annonce qu’ils ont été
élus pour devenir des martyrs
CASANOSTRA• juillet 2014 • 35
DANS LE VISEUR
RETRO
Habous, un quartier aux
origines méconnues
On le croirait tout droit sorti d’un conte des milles et une nuit. On
y voit une architecture arabo-mauresque des plus réussies et des
plus pittoresques. Le quartier des Habous est pourtant beaucoup
plus récent qu’il n’y paraît.
Zakaria Lahmidi
En le voyant et en
se baladant dans
ses ruelles, on
penserait que le
quartier renferme
des siècles d’histoire, des siècles
d’événements. Un quartier qu’on pourrait affilier à l’époque où le royaume du Maroc, ou
plutôt l’empire chérifien s’est trouvé imprégné
de culture arabo-andalouse et du génie des
architectes arabes. On pourrait penser nombre
de choses concernant ce joyau architectural,
mais la vérité le concernant est pour le moins
déroutante.
Pour situer le contexte historique et social de
la construction du quartier
des Habous, il faut revenir
en 1915. Cette année a marqué un tournant concernant
la ville de Casablanca. La
ville blanche a renoncé à
son statut de villégiature
en décidant de devenir
une ville industrielle. Les
usines sortent de terre, le
port de Casablanca prend
forme, les offres de travail
deviennent nombreuses, les
36 • CASANOSTRA• juillet 2014
villages commencent à se vider et la conquête
de la future capitale économique commence.
Exode rural
Les miséreux liquident leurs lopins de terre et
leurs biens pour se diriger vers le rêve casablancais où, d’après les rumeurs, l’argent coule
à flots et le travail à portée de mains. Cette
vague de migration ne se passe pas comme
prévu. Sans toit, les nouveaux arrivants se
retrouvent obligés de faire avec les moyens du
bord en se construisant des lits de fortune. Ils
dorment à la belle étoile et se déversent en flots
réguliers sur les quartiers de Casablanca. Le
problème casablancais commence à prendre
forme. La construction du quartier des Habous
apparaît alors comme une solution.
En effet, les expatriés français, voyant d’un
mauvais œil l’affluence de ces nouveaux
SDF dans leur ville, commencent à se sentir
menacés et se voient mal cohabiter avec ces
« maures » aux mœurs étranges. Tout ceci
pousse le résident général de l’époque, le
maréchal Hubert Lyautey, soucieux d’éviter
les frictions entre musulmans et chrétiens, à
construire un quartier où les indigènes seront
circonscrits dans les limites d’un périmètre éloigné de la ville européenne. Mais un problème
menace la réussite de ce projet : les fonds ne
suivent pas et une pénurie foncière bloque la
construction de cette zone d’enclavement indigène. Comble de l’ironie, la solution au problème foncier viendra
des mains d’un juif du nom de
Haim Bendahan. Les Marocains
de l’époque refusent d’une façon
catégorique cette donation hébraïque. Lyautey, tout en sachant
que c’est dans ce « petit » bout
de terre de quatre hectares que
se trouve son salut, demande
audience auprès du sultan pour
influencer les pouvoirs religieux,
permettre l’acceptation de ce don
et ainsi commencer les travaux.
Le sultan réussit à les convaincre,
le projet peut enfin prendre forme.
Le quartier s’appellera Habous, revendiquant
ainsi fièrement son identité musulmane,
comme pour faire oublier qu’il était à l’origine la
propriété d’un juif marocain.
Tradition et modernité
En voyant l’architecture et la beauté des lieux,
on pourrait parier que c’est la main et le génie
d’un architecte arabe ou marocain qui ont des-
siné le quartier : avec ses ruelles étroites, sa
vaste place entourée de boutiques et flanquée
de tours, sa belle voie principale, sa rue de
commerces bordée d’un élégant portique à
arcades avec boutiques d’où l’on sort pour se
retrouver dans la grande place centrale autour
de laquelle se regroupe grande mosquée, bain
maure et bazars. Mais la vérité est autre, pas
de main arabe, pas de style maure, une touche
et une main française,
une main du nom d’Albert
Laprade. Cet architecte
français a réussi un coup
de maître en parvenant
à créer et à dessiner une
nouvelle ville dans le style
et la beauté d’une ancienne
médina.
Laprade a conservé le
charme d’une médina traditionnelle tout en utilisant
par touches discrètes des
matériaux de construction modernes. Ainsi,
les poutres où les insectes se logeaient sont
remplacées par du béton armé, les cabinets
d’aisance sont reliés au tout-à-l’égout et, pour
couronner le tout, le quartier est doté d’électricité et relié au réseau téléphonique. Si bien
qu’aujourd’hui le quartier Habous est l’un des
seuls endroits de Casablanca qui a su garder
son authenticité et son empreinte d’antan malgré des propriétaires sans scrupules qui enlaidissent le quartier en changeant les façades et
en ôtant l’âme rustique de cet endroit.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 37
DANS LE VISEUR Portfolio
Hayat Zaïkh
Cette horloge a vu le jour
au début du 20ème siècle
sous le protectorat français avant d’être démolie
à l’Indépendance puis
récemment reconstruite.
« Lmagana » est actuellement l’un des principaux
points pour se repérer au
centre-ville.
Le bâtiment du ciméma Rialto est un des
plus beaux exemples de l’architecture art
déco qui donne à Casablanca un charme si
particulier.
38 • CASANOSTRA• juillet 2014
Le Matin est l’un des plus anciens hôtels
de Casablanca. Sa façade mêlant art déco
et architecture traditionnelle est reconnaissable entre toutes.
Le fameux complexe Zafzaf, un lieu
culturel de prestige en plein quartier
Maârif.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 39
DANS LE VISEUR Portfolio
Une magnifique vue sur le
boulevard Lalla Yacout très
animé la nuit.
Le boulevard Abdelmoumen est
l’un des axes routiers les plus
fréquentés de la capitale économique. La bourse de Casablanca ainsi que certains grands
hôtels et entreprises prestigieuses se situent à quelques
encablures du renommé marché
de Derb Ghallef.
40 • CASANOSTRA• juillet 2014
Une vue panoramique du centre ville
de Casablanca à
partir du Sky 28, au
28ème étage des
Twin Towers.
Depuis l’inauguration du tramway, le
centre-ville de Casablanca a changé de
visage : plus moderne
et aménagé pour les
piétons, il donne à la
capitale économique
un cachet de ville
moderne.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 41
CONSO
GUIDE
Casa en 3 jours
Connaître Casablanca peut prendre des années. Mais il est également
possible d’en découvrir les plus beaux endroits pour les personnes de
passage. C’est pour cela que nous avons pensé à concocter un programme
de 3 jours regroupant les activités et les lieux les plus intéressants à visiter.
Amina Boumediane
Premier jour
Apprivoiser la ville
Médina
ration traditionnelle et séduisante datant du XVIIIème
Siècle. Son emplacement offre une vue panoramique sur le port de Casablanca et l’océan Atlantique, une escale incontournable à Casablanca.
Sacré cœur
Toute simple et entourée d’une muraille, l’ancienne médina contraste fortement avec la ville
nouvelle qu’est devenue Casablanca. Le charme
de la médina réside dans son histoire, la beauté
de son décor ainsi que ses ruelles étroites peuplées de commerçants et d’artisans, le lieu parfait
pour des touristes désireux d’apprivoiser la ville...
Sqala
Un tour à l’Eglise du Sacré Cœur ne serait pas de
refus pour rester dans l’ambiance de l’architecture
originale. Ce lieu est, historiquement, le principal
sanctuaire catholique de la ville de Casablanca.
Construite en 1930, l’architecture de cette église
mêle gothique, art-déco et nature grâce à l’immense jardin qui l’entoure. Aujourd’hui, ce lieu
plein d’histoire accueille des manifestations et
expositions culturelles.
Place des pigeons
Une pause gourmande s’impose ensuite à La
Sqala Café Maure. Adossée à l’Ancienne Médina,
La Sqala Café Maure est un restaurant à la déco-
42 • CASANOSTRA• juillet 2014
Pour finir sa journée en beauté, une visite de la
place des pigeons est conseillée. Appréciée par
tous les Casablancais, la place Mohammed V
dites « des pigeons » est une jolie esplanade où
l’on peut se détendre en savourant une confiserie ou du pop-corn tout en admirant la fontaine.
Un savant mélange d’influences mauresques et
modernes, à l’image de la ville blanche.
Deuxième jour
Entre tradition et modernité
Habous
Pour bien entamer sa 2ème journée, le quartier des
Habbous est l’idéal. Situé derrière le palais royal,
le quartier offre l’un des visages les plus pittoresques de Casablanca. Cet endroit rassemble
de nombreux bazars et commerces d’artisanat
proposant une panoplie de produits venus de
tous le Royaume, de quoi s’offrir un souvenir de
cet endroit alliant tradition et modernité.
Mosquée Hassan II
divers loisirs et activités tels que le shopping en
magasins, la dégustation de bons plats à l’étage
avec une surprenante vue sur mer, le partage de
moments conviviaux au sein du parc d’attraction
«Adventure Land» ou encore l’admiration de la
superbe fontaine musicale au rez-de-chaussée.
Troisième jour
Culture et farniente
Les Abattoirs
Fermés en 2002, les anciens abattoirs de Casablanca sont devenus une fabrique à vocation culturelle et artistique. L’originalité du lieu et son immensité ont fait des abattoirs de Casablanca un lieu
d’art, de partage et d’expositions pour les artistes
en herbes ou d’autres, confirmés. Une véritable
bouffée d’air frais pour la créativité et l’originalité à
visiter absolument.
Plage de la Corniche
Pour continuer dans les visites marquantes de la
métropole, la mosquée Hassan II en fascinera plus
d’un. Située sur la corniche en front de mer, ce lieu
est une merveille de l’architecture contemporaine.
Alliant tradition et modernité, la mosquée Hassan II
concilie admirablement la technologie de pointe de
ses installations et l’artisanat marocain sculpté sur
ses immenses murs. Une merveille de l’architecture arabo-musulmane.
Morocco Mall
Pour faire bronzette en été, nous préconisons
un tour à la plage de la ville ou, mieux, une petite
virée dans la banlieue sud, à Dar Bouazza, où
vous pourrez déguster du bon poisson dans les
nombreux restaurants qui y ont pignon sur rue.
A votre retour dans la fureur casablancaise, une
belle marche s’imposera sur la corniche afin de
contempler le coucher du soleil ou vous attabler
dans l’un des cafés situés en bord de mer, histoire de clôturer cette visite de Casablanca avec
de belles images plein les yeux.
Pour clôturer sa journée en beauté, une virée
au Morocco Mall est recommandée. Plus grand
centre commercial d’Afrique, ce lieu propose
CASANOSTRA• juillet 2014 • 43
CONSO
Ambiance
Casa by night
Casablanca est sans aucun doute une des villes les plus
cosmopolites du Maroc, un vrai bonheur pour les amateurs de
découvertes et de sorties nocturnes. Visite guidée des lieux les plus
branchés de la capitale économique.
Nouhaila Hraiche & Zineb Bennouna
Casablanca la nuit cache son effervescence
sous un calme apparent. Vers 22h30, les boulevards se vident comme par enchantement, les
automobilistes se font plus rares, les premiers
fêtards vont à la conquête des boites de nuit qui
connaissent un commerce florissant, celui d’un
bonheur éphémère. Il faut dire que la métropole
casablancaise a tous les arguments pour faire la
joie des rois de la nuit : discothèques, lounges,
cabarets, des lieux où l’argent est souvent claqué avec frénésie, mais dans des ambiances
très diverses.
Cabestan, les pieds dans l’eau
Un espace résolument design et épuré avec une
vue imprenable sur l’Atlantique.
Ce lounge bar très select ne cesse de connaître
de belles transformations pour mieux accueillir
sa clientèle très exigeante qui fait d’ailleurs de
lui l’un des endroits les plus prisés de la capitale
économique. Sauf que le Cabestan est aussi
situé près d’un des plus vieux bidonvilles de
Casablanca. Un contraste qui illustre les fortes
disparités sociales de la capitale économique
marocaine : à la porte du Cabestan, les Porsche
Cayenne et autres bolides narguent des riverains souvent choqués par l’étalage d’un luxe qui
leur est inaccessible.
Cabestan : 90, boulevard de la Corniche.
44 • CASANOSTRA• juillet 2014
Bodega, Gipsy Night
Un univers où tout le monde se retrouve dans
une ambiance festive avec une touche typiquement espagnole. Un endroit où l’on se retrouve
entre amis, en famille ou en amoureux, qu’il
s’agisse d’un enterrement de vie de jeune fille,
d’un anniversaire de cinquante ans de mariage,
du dîner de fin d’année d’une grande entreprise
ou d’un simple repas entre amis. A la Bodega
un dîner se termine souvent par quelques pas
de danse endiablée jusqu’à 2 heures du matin.
Bodega : 129, Rue Allal Ben Abdellah.
Le Brooklyn, à l’Américaine.
Une brise de Brooklyn, la presque île new yorkaise, souffle sur Casa. Il s’agit d’un nouveau
concept au Maroc, un mélange entre ambiance
cosy et « branchitude ». Le Brooklyn est surtout
peuplé de jeunes cadres dynamiques, attirés
par l’endroit coloré et chaleureux. Dans une ambiance « lounge » ou « deep », les clients sont
en jeans, T-shirt, oubliant totalement la rigidité
du dress code à l’entrée, le tout rappelle New
York et l’on se sent presque voyager. L’art urbain
y est présent, une « American touch » que l’on
retrouve aussi bien dans le décor que dans la
cuisine ou la musique.
Brooklyn Bar : 56, boulevard de la corniche.
Manhattan, ambiance orientale
Le Manhattan est un lieu très couru des soirées
casablancaises. Comme son nom ne l’indique
pas, il s’agit d’un cabaret oriental. L’ambiance
y est incomparable. A l’entrée, un videur en
costume accueille la clientèle en souriant. A
l’intérieur, l’ambiance est purement libanaise. A
chaque table, des filles dansent. Les clients ravis
glissent de généreux billets de banque dans l’interstice de leur décolleté. Ici, pas de sentiments,
pas de scrupules, les filles n’ont qu’une idée en
tête : pousser les clients à la consommation.
Manhattan : 16, rue de la Mer noire ex Bayonne.
Le Bao, little Africa …
Situé en bord de mer sur la Corniche de Casablanca, le Bao est la seule et unique boîte de
nuit à la thématique tropicale. Dans un cadre
exotique et chaleureux, ce lieu possède une
capacité d’accueil de plus de 800 personnes en
quête de sons et rythmes africains : au menu,
zouk, salsa, reggae, coupé-décalé ou encore
du R&B. Le Bao ouvre ses portes à partir de
minuit jusqu’au lever du soleil pour des soirées
qui font plonger les fêtards dans une ambiance
de convivialité entre quelques rares Marocains
et de nombreux subsahariens.
Le Bao : Boulevard de la Corniche, Miami Beach.
Le B-Rock, Casa underground…
Besoin d’un coin décontracté et rock’n’roll ?
Le B-Rock vous attend. Chaque semaine, cet
endroit vous propose un programme diversifié
de groupes de musique. Ouvert à partir de 19
heures et jusqu’à minuit, vous pouvez y commencer votre soirée en prenant
un verre ou en mangeant un
morceau devant une scène qui
reçoit des groupes confirmés
et des artistes en herbe. Vous
pourrez vous-même vous laisser
tenter par les soirées spéciales
karaoké, à moins que vous n’optiez pour une partie de billard ou
de babyfoot au beau milieu d’une
déco fun et décontractée.
B-rock : 55, boulevard de la
Corniche Aïn Diab.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 45
CONSO
Ambiance
Le Village, Gay friendly
Situé sur la corniche, ce complexe se compose
d’un cabaret, d’une discothèque et d’une salle
de billard, le tout traversé par un long couloir. Le
Village est surtout connu pour être le coin privilégié où se donnent rendez-vous les homosexuels
de la ville pour y passer des soirées libertines et
sans tabous. La maxime qui vous accueille dès
l’entrée « Si vous êtes gay ou bi et que vous en
êtes fiers » donne le ton et annonce d’emblée la
couleur : hétéro s’abstenir.
Le Village : 11, boulevard de la corniche.
Paris Paris, un cabaret à la
mode…
Ancien Art’s club, situé près de la Corniche, Paris Paris fait vibrer la scène par des spectacles
genre folie bergère, french cancan et toute la
panoplie. Au menu, la gastronomie française
reste unique. Cet endroit sert du jamais vu sur
46 • CASANOSTRA• juillet 2014
une scène casablancaise, un concept qui a fait
ses preuves et qui a rencontré un franc succès
auprès de la population des fêtards casablancais. Devenu l’un des coins huppés et les mieux
fréquenté de la ville, Paris Paris ouvre ses porte
à partir de 20h jusqu’à 2h30 du matin.
Paris Paris : Boulevard de la Côte d’émeraude.
Comment vas-tu ?
‫الباس ؟‬
I’m fine
‫ كتبحث عىل مدرسة‬،‫هذي واحد السيدة رغم االنشغال املهني ديالها‬
،‫ وملا لقات هاذ املؤسسة‬.‫عليا كتكون فـ التواصل واإلشهار بثالثة اللغات‬
.‫اتصلت يف الحني بولدها املوجود يف رحلة مع األصدقاء ديالو‬
‫ألو املهدي ؟‬
… ‫ألو ؟‬
Oui Mehdi
‫ مهن ال راديو‬، Le marketing ،‫اإلشهار‬
‫ اإلس رتاتيجية‬، l’événementiel ،‫والتلفزة‬
،‫ الوساطة الثقافية‬،‫الرقمية‬
‫ دابا ميكن ليك‬...
... ، GRH
‫ت ّب ع الدراسة ديالك فاإلشهار‬
: ‫والتواصل بثالثة اللغات‬
‫ إنجليزية‬،‫ عربية‬،‫فرنسية‬
،d’accord ،‫وخا‬
‫ آلوالدة‬ok
‫خصك تجي‬
‫باش تتسجل‬
Mes études
en 3 langues ?!!
‫إوا آش قلتي‬
‫آملهدي ؟‬
Trilingue !!!
‫تبارك الله عليك آماما‬
Quelle communication !!!
‫هذه مدرسة جابت‬
‫الجديد! كتفتح باب كبري‬
!! ‫لدخول زمن العوملة‬
Com’Sup
‫ميكن يل ندرسهم بثالثة‬
‫ديال اللغات !؟ وشكون‬
‫هذ كامل األوصاف ؟؟‬
Une nouvelle section trilingue
Fidèle à sa vocation d’anticipation dans le domaine de la formation, Com’Sup ouvrira à la rentrée 2014-2015, parallèlement
à la section francophone, une section trilingue : Français – Arabe – Anglais.
Cette nouvelle section répond à un besoin croissant de ressources humaines et de profils multilingues dans les différents
secteurs de la communication et des médias – publicité, marketing, gestion des ressources humaines, événementiel,
audiovisuel, journalisme, stratégie web, médiation culturelle, ingénierie de projet, management… La section trilingue suit
le programme du 1er cycle en langue française avec des enseignements spécifiques en sciences humaines, culture générale, étude des civilisations, expression écrite et orale, conception/rédaction, dispensés en langues anglaise et arabe.
Les étudiants pourront ainsi, dès la première année de leur formation en communication et en étude des médias, apprendre
à maîtriser les concepts, vocabulaires et subtilités plurilinguistiques qui leur permettront de s’intégrer efficacement dans
la mouvance de la mondialisation.
18, rue Bachir Al Ibrahimi - Quartier Bel Air - Casablanca – Maroc
Tél : 05 22 47 30 67 / 05 22 49 11 63 - Fax : 05 22 48 07 79 - E-mail : [email protected]
w w w. c o m s u p . m a
Etablissement d’Enseignement Supérieur Privé
autorisé par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Formation des Cadres et de la Recherche
Scientifique (MESFCRS) sous le N° 111/96
CONSO
Bonnes adresses
Où sortir à Casa ?
La capitale économique marocaine est sans aucun doute une
des villes les plus branchées et festives du pays. Petit aperçu des
endroits où il fait bon être vu.
Dounia Bouderbala Idrissi et Sofia Skandre
Un moment de détente
après le travail ?
Le top 3 des after-works
CHESTER’S : « Allure new yorkaise »
Les after-work sont la nouvelle tendance à
Casa. Le concept est simple; pourquoi attendre
23h minuit pour faire la fête, faisons la après le
bureau. A côté du Bd d’Anfa, grands murs de
briques blanches à la New yorkaise avec un
intérieur épuré et des lumières tamisantes.
L’endroit révèle un way of life assez spécial,
les gens debout autour du bar en train de parler de différents sujets confondus, c’est beau à
voir et à vivre. Le restaurant propose des plats
succulents, de grands classiques de la cuisine
internationale avec une prédominance pour la
French Touch.
La musique vous incitera sans doute à prolonger
votre apéro dans une ambiance conviviale de
club décontractée avec un temps suspendu entre
les 70’s et les 90’s. Un cadre fun et un accueil
chaleureux pour une sortie nocturne design.
3 rue Abou Farraj Al Asbahani, 20410 Casablanca, Morocco - TEL: 0522 94 12 82
FENCE : « Guetho chic »
Le Bistro américain Fence débarque en force
avec son cadre chic et tourné vers l’univers des
arts urbains. Un package de services interminables; terrasse semi ouverte, grande bibliothèque, sous airs d’atelier new yorkais, le Fence
consacre ses espaces à votre détente.
48 • CASANOSTRA• juillet 2014
Pour les gourmands, une carte généreusement
inspirée des US inédite et healthy, la créativité
de la cuisine de Fence valorise les produits du
marché. Fromages du monde, pais home made
et préparations fraiches pour des assiettes gourmandes et consistantes.
On recommande le home-made burger, au
véritable cheddar, un pur plaisir. Cette nouvelle
adresse atypique comblera une clientèle exigeante, fidèle à la musique pointue et au bon
gout, c’est la combinaison parfaite pour passer
un bon moment unique à Casablanca
124, rue Nahass Nahaoui, ex - rue Pelvoux
TEL: 05 22 23 28 54
BACCO E VENERE : « Le Molto bene casablancais »
L’Italie débarque en plein centre de Casablanca,
à Gauthier, Bacco e Venere est le nouveau restaurant italien qui ne tardera pas à devenir votre
coin after work idéal après une sacré journée
de travail. Des produits uniques, des recettes
simples; classiques mais bien maitrisées, sont
à votre disposition pour vos plus folles envies
italiennes.
Délectez-vous d’excellentes pizzas au feu de
bois, des pâtes parfaitement « al dente », de la
vraie mozzarella, une superbe assiette de charcuterie venue tout droit d’Italie, des tiramisus à
tomber et des cheese cakes encore meilleurs
qu’à New York. Un espace loft sui reflète l’état
d’esprit de la clientèle cosmopolite et avant
gardiste, un lieu dynamique, contemporain et
chaleureux.
Des plats exquis et généreux, le service est excellent et cerise sur le gâteau, les prix sont très
corrects, alors, qu’attendez-vous pour y aller et
faire l’expérience vous-même, vous ne serez
pas déçu !
50, avenue Hassan Souktani, Casablanca,
Maroc
TEL: 05 22 27 41 73
Où dormir ?
Le top 3 des hôtels et chambres
d’hôtes
SOFITEL TOUR BLANCHE : « La tour
blanche à l’honneur »
A proximité de l’océan, au bord de la médina,
le 5 étoiles Casablancais est un mélange d’élégance française moderne et d’authenticité marocaine. L’Hôtel s’élève sur 24 étages, offrant ainsi
une vue imprenable, mettant à la disposition de
sa clientèle sélective 141 chambres et 30 suites
au design innovant, conjuguant confort, modernité et luxe.
Le bien-être n’est pas laisser au hasard, ne manquer pas le sublime « SoSpa » et « SoFit »; le
Sofitel Tour Blanche offre 600 m2 entièrement
dédiés au corps et à l’esprit. Savourez une cuisine française contemporaine à L’arabesque
ou en encore les saveurs asiatique de L’atelier
d’Orient en passant par l’indispensable Bar
Casart, champagne ou café pour toute heure du
jour et de la nuit.
Cet établissement sophistiqué est un extraordinaire pour vos soirées; le Penthouse de 250m2
sur le toit est destiné pour des événements
privés uniques. A proximité de l’océan, au bord
de la médina, les suites offrent un service et un
panorama inégalé à Casablanca. Luxe, bienêtre et modernité créative sont au rendez-vous.
Rue Sidi Belyout ? Quartier: Centre-Ville
TEL : 05 22 45 62 00
LE LIDO THALASSO AND SPA : « Au temple
du bien-être »
L’ex Riad Salam, situé sur la corniche en plein
cœur de Casablanca à quelques minutes de la
prestigieuse Mosquée Hassan 2, du complexe
commercial Anfa Place et du Morocco Mall
devenu aujourd’hui Le Lido Thalasso and SPA.
Cet éden du bien-être dispose de 187 chambres
et suites spacieuses et offre un cadre idéal
pour tous types d’événements. Pour les purs
moments de détente et de relaxation, l’institut de
thalassothérapie invite ses hôtes à profiter d’une
large sélection de soins.
Sa vue magnifique sur mer et son design moderne, vous mène aux jardins tropicaux pour
une détente extrêmes. La cuisine marocaine est
au rendez-vous pour éclater vos papilles, ainsi
que des menus adaptés à un régime alimentaire
particulier sont également disponibles.
Il est également situé à 20 minutes de route de
l’aéroport de Casablanca-Anfa et à 5 minutes
en voiture de la gare de Casa Port. Un must a
essayé !
Bd de la Corniche, Quartier : Aïn Diab
TEL: 05 22 39 13 13
CHAMBRE D’HOTE DAR DIAFA : « Le luxe
traditionnel »
Une élégante décoration marocaine, une maison familiale mixant le style moderne et la
finesse traditionnelle marocaine dans un cadre
chaleureux tout en étant discret.
Situé en périphérie de Casablanca, ce B&B
(Bed and Breakfast) est destiné aux amoureux
de la découverte et de l’originalité. L’établissement dispose d’une piscine et d’un salon marocain avec vue sur le jardin, Toutes les chambres
du Dar Diafa sont décorées de façon traditionnel qui évoque la culture marocaine, chaque
chambre dispose d’un coin salon et d’une salle
de bains privatives avec baignoire ou douche.
Des visites et des excursions peuvent être organisées pour découvrir la ville et ses environs.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 49
CONSO
Bonnes adresses
La cuisine fait maison, tout en saveur et en
finesse qui n’a rien à envier à certains grands
restaurants et au rendez-vous. Des transferts
aéroport sont disponibles sur réservation et en
supplément, le centre-ville est accessible en
20 minutes à pied et 24 minutes de route de la
plage d’Ain Diab.
45 lot Lina Sidi Maarouf - 20000 CASABLANCA -TEL : 06 61 32 48 24
Envie d’un dîner savoureux?
Le top 3 des restos
MAI THAI : « Paradis asiatique »
Qu’elle soit épicée ou plutôt douce la cuisine
Thaïlandaise est très demandé dans le monde
entier. Harmonieusement combinée, décor très
bon goût, personnel agréable; le Restaurant MAI
THAI est un véritable voyage pour les amoureux
des saveurs asiatiques.
Après Rabat et Marrakech, l’enseigne gastronomique plante ses baguettes à Casablanca dans
une villa ensoleillée au cœur du quartier Anfa, le
chef et son équipe, venus du Mandarin Oriental
de Bangkok proposent jusqu’à 2h du matin, le
top de la gastronomie thaïe avec une nuance
parfaite que promettent les recettes asiatiques
en sauces, en agrément et accompagnements,
aux sons des mix électro house du DJ résident.
Habillé de bois, de cuivre et de corian, ce lieux
branché se présente pour toutes les formes de
compagnie, un petit paradis si vous souhaitez
vous y rendre en famille ou en amoureux.
Un cadre buddha bar, des touches évasif et électrique ne passent pas inaperçues et permettent
d’avoir une réelle sensation de dépaysement.
408, bd Driss Slaoui - ex Témara ang. Av. de
Bourgogne - TEL: 06 62 15 83 01
50 • CASANOSTRA• juillet 2014
LE 25 CASABLANCA : « Raffinement à la
française »
Décoration épurée et glamour, fraichement rénovée, l’ex Maison Blanche est vêtue d’une nouvelle cape, sous le nom du 25 Casablanca, l’ancien bar est devenu un lieu chic grâce au Chef
parisien Thierry Hernandez et ses acolytes.
Cette pure merveille propose des saveurs méditerranéennes, une cuisine française savoureuse
et recherchée, le comble; des cocktails insolites
en spray et sorbets succulents, le tout dans une
atmosphère chic, décontractée et exclusive.
Vous trouverez un accueil et un service professionnel et discret digne d’un grand palace parisien pour vos repas d’affaires, vos sorties entre
amis, ou mieux, en amoureux.
Un beau coup de cœur pour cette adresse résolument parisienne en plein Casablanca.
Rue Ali Bnou Abi Taleb -ex Cdt Lamy ang. Bd.
Med Abdou -Quartier: Parc de la Ligue Arabe
TEL : 05 22 27 64 76
LOUBNANE : « Saveurs orientales »
Faisant partie intégrante de la Villa Blanca, le
Loubnane est le premier restaurant libanais de
la ville blanche. Décor harmonieux et feutrée,
face à la mer, ce restaurant gastronomique
vous fait découvrir à travers ses spécialités libanaises, les saveurs et la culture d ‘un pays aux
multiples facettes.
Cet établissement crée par le célèbre chanteur
compositeur libanais Ramy Ayach, vous invite
à la découverte de l’éternel Liban dans tous
ses états, du gastronomique a l’artistique; avec
une ambiance animée sur fond de musique
orientale.
Le cadre du restaurant Loubnane est agréablement contemporain. Il s’inspire des tons chauds
du Liban pour habiller fauteuils, murs et objets de
décoration. ce restaurant est un monument de la
gastronomie libanaise tellement appréciée, on y
déguste tous les classiques: hommos, chawarma,
mechwi.
Il propose aussi de la livraison à domicile et
un service traiteur pour vos précieuses cérémonies.
Bd de la Corniche, c/o Hôtel Villa Blanca
Quartier : Aïn Diab - TEL : 05 22 36 93 70
Une pause gourmande ?
Le top 3 des pâtisseries et
salons de thé
LADUREE : « Le légendaire français »
Le légendaire fabriquant des douceurs françaises a enfin décidé d’ouvrir ses portes au
Maroc, un atterrissage si longuement attendu
par tous ceux qui ont fantasmé sur ce nom, à
chaque fois que des mots magiques comme
macaron ou encore Chocolat sont prononcés.
LADUREE met tout son talent et son savoir-faire
pour vous proposer ses plus belles compositions, ces pâtisseries fines, ainsi que ses pièces
montées admirables délicieuses majestueuse et
incomparable aux couleurs délicates et de différentes tailles.
Avis aux amoureux des douceurs françaises de
saveurs authentiques et des arômes fin prenez
cette adresse et faite en un exclusif programme
solitaire en amoureux ou en famille LADUREE
au Morocco Mall.
Morocco mall Bd la corniche AIN Diab
TEL : 05 22 87 79 13
FAUCHON : « Le luxe a désormais son
adresse »
Implanté au cœur d’Anfa, le premier magasin
Fauchon au Maroc dévoile les nouveaux codes
graphiques et architecturaux de la marque, alliant la puissance d’un grand écrin, le concept
fauchon pose sa griffe, mêlant glamour et exubérance.
Éclatant, contemporain, ce tout nouveau maga-
sin, évoquant également une généreuse bonbonnière, offre un parcours entièrement dédié
au plaisir des sens, dans le pur chic parisien.
Entre l’espace lounge, le restaurant et sa terrasse, l’adresse présente une capacité d’accueil
de 126 places assises. Aujourd’hui, à Casablanca, Fauchon est une invitation à découvrir
sa vision de l’art de vivre à la française à travers
des créations de pains, viennoiseries, pâtisseries, thés, cafés, confitures, foies gras, chocolats, confiseries, compositions cadeaux.
Une adresse très gourmande à l’occasion des
diners et déjeuner professionnels les coffrets
repas fauchon signe l’élégance de vos repas
d’affaire
Adresse: 21 Bv Moulay Rachid, ANFA
TEL : 05 22 95 09 11 / 05 22 95 09 19.
FREDERIC CASSEL : « Rendez-vous des
fashionistas »
Envie de glaces et de sorbets ? De goûters sous
la tonnelle, de pique-niques en forêt ? Pas de
doute, les beaux jours sont là !
Et avec eux leur cortège de saveurs qui vous
rappellent les vacances, le soleil, l’été... Autant
d’instants privilégiés que vous avez hâte de
retrouver !
Frédéric Cassel revisite les grands classiques
et compose des desserts inattendus, plaisirs
éphémères d’une saison, nés de l’inspiration du
moment. Ses créations sont une invitation à la
tentation, une palette de couleurs et de saveurs
irrésistibles.
Attenante au boulevard Moulay Rachid, la
grande terrasse de Frédéric Cassel saura enchanter tous les amateurs de mets délicieux.
Venez déguster les succulentes pâtisseries offertes par les chefs. C’est aussi le rendez-vous
de toutes les fashionistas qui viennent exhiber
le dernier sac signé ou chaussures à la mode.
Un service traiteur est également disponible.
8 bd Moulay Rachid, Casablanca
TE L: 05 22 94 93 82
CASANOSTRA• juillet 2014 • 51
DECALAGES
Coup de cœur
Derb Sultan
mon amour
Casablanca est une ville où les classes sociales sont moins
cloisonnées qu’ailleurs dans le pays. La culture de la ville est née de
ce grand mélange. Pourtant, chaque quartier à son âme.
Souha Ouassale
Le quartier Racine, c’est mon enfance, mais
Derb Sultan, c’est mon amour. J’ai vécu mon
enfance au quartier Racine, dans la rue Michel
Ange, un quartier calme, moderne, où habitent
des petites familles modèles, où on oublie
notre « darija », où on ne s’exprime qu’en français, où on ne connait presque pas ses voisins
tellement l’indifférence est la règle. A partir de
20h00 plus une mouche n’y passe.
Ce quartier ne me ressemble pas. La chanceuse famille de mon père habitait à Derb
Sultan. J’ai toujours envié mes cousins. A
chaque fois qu’on leur rendait visite, c’était un
grand jour pour moi, je rencontrais mon sultan, mon héros, ce « derb » où je me sentais
plus chez moi, en sécurité, où les « Oulad Derb » prenaient ma défense
comme de vrais frères, où les voisins
sont unis comme les membres d’une
même famille, où tous partagent leurs
peines et leurs joies, où les portes
des maisons sont ouvertes, où je me
sens partout chez moi.
Bent dderb
Quand une « hdia » passait, tout le
monde la suivait et cela nous amusait beaucoup. Pendant ramadan,
cette bonne ambiance était décu-
52 • CASANOSTRA• juillet 2014
plée. Films d’action avant le « ftour », puis nuit
blanche jusqu’au « shour ». Même les enfants
avaient le droit de rester dans la rue. Les petites filles jouaient à l’élastique pendant que les
garçons tapaient dans un ballon ou rivalisaient
aux billes. La plupart de ces enfants vivaient
dans des familles aux revenus plus que limités,
pourtant, ils respiraient le bonheur.
A chaque fois que je visitais Derb Sultan, je faisais ce même constat. Peu importe finalement
que mon « derb » soit moins coquet que Gauthier. Et même moins sûr et sécurisé qu’hier,
j’aime toujours mon sultan, je me sens chez moi
dans toutes ses ruelles et rien de cela ne changera jamais.
L’incroyable quartier
des Habous
Casablanca est un mélange de traditions et d’ultra modernisme, elle
revêt aujourd’hui une importance majeure pour le monde des affaires.
Cité commerçante et ville industrielle, la métropole a hérité d’un
riche patrimoine et le quartier des Habous en est la preuve.
Leïla Belefkih
Quand j’ai envie de voyager dans le temps et
de me changer les idées, c’est le grand quartier des Habous qui m’accueille toujours à bras
ouverts. Pas besoin de talons ni de maquillage,
ce quartier simple et unique à mon goût m’offre
joie et bonheur à chaque fois. D’après mon
grand-père, c’est la seule médina construite
par les Français du temps du protectorat.
Aujourd’hui elle regroupe plusieurs boutiques
d’artisans marocains: poteries, travail du cuir,
tapis... et en cherchant un peu on peut aussi
trouver d’étonnants objets d’art déco. Ce qui
change des autres boutiques de la ville, c’est
qu’ici tout est fait à la main. Tout, dans le
quartier des Habous, rappelle nos traditions
ancestrales et notre pratique religieuse multiséculaire : mosquées, bains maures, souks,
kissariattes et écoles. Mais ce qui me pousse à
aimer encore plus se quartier, c’est la propreté
et la sécurité qui le caractérisent... C’est assez
compréhensible, étant donné que le quartier
des Habous se situe à un jet de pierre du palais
royal et de son mechouar.
Quand l’envie me prend, je peux rester des
heures et des heures à marcher dans les petites ruelles harmonieusement combinées à de
grandes arcades en pierre. Toutes les maisons
se ressemblent, avec de grandes portes marron
où trône la main de Fatima. L’endroit balance
entre le pittoresque et le décor hollywoodien.
Mon grand-père me disait toujours que les architectes français ont voulu conserver tous les
éléments caractéristiques d’une médina traditionnelle. En tout cas, que vous soyez touriste
de passage ou Casaoui authentique, il y a peu
de chances que vous ne tombiez pas sous le
charme de cet endroit magique.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 53
DECALAGES
Coup de cœur
Mon coin de paradis
Je suis casablancaise dans l’âme et c’est mon petit coin
de paradis que je vous invite à visiter.
Samah Aboumadi
Casablanca. La plus grande ville du Maroc, la
capitale économique. La ville où se côtoient
toutes les différences, toutes les régions, toutes
les inégalités, du plus riche au plus pauvre. Mais
malgré les contrastes, il y règne une certaine
chaleur humaine qui apaise les coeurs.
J’habite au centre-ville, dans un appartement
situé dans un des plus magnifiques lieux de
Casablanca. Moi quand j’ouvre ma fenêtre,
une légère brise traverse ma chambre ; elle fait
tressaillir tous mes membres et me procure le
réconfort qui permettra d’affronter ma rude journée d’études.
Je contemple la mosquée Hassan II de ma fenêtre, tellement belle avec sa somptueuse architecture, surplombant l’océan dont le bleu azur
m’apaise. Pour la petite minorité qui ne connait
pas ce monument, voici une brève présentation : la mosquée Hassan II est la troisième plus
grande du monde, la plus vaste du Maghreb, elle
possède un minaret d’une hauteur de 201 m, le
plus haut du monde. Un toit ouvrant de grande
dimension, permet, selon le vœu du roi Hassan
II, de relier cet édifice à l’air, considéré comme
l’un des trois éléments bénéfiques à la vie, avec
la terre et l’eau. Symboliquement, la mosquée
Hassan II est ainsi un pont entre le ciel, la terre et
l’océan. Conçue par l’architecte Michel Pinseau,
elle a été édifiée par le groupe français Bouygues, la maîtrise d’ouvrage ayant été assurée
par le ministère de l’Intérieur; à l’époque dirigé
par Driss Basri.
54 • CASANOSTRA• juillet 2014
De la mosquée à la corniche
J’ai l’avantage d’habiter près de la mosquée depuis ma plus tendre enfance. Les soirs d’été, je
longe la corniche en voiture de chez moi jusqu’au
Morocco Mall. J’en profite pour respirer l’air frais
et observer les piétons. En famille, en couple ou
entre amis, les Casablancais ont fait de la corniche un lieu incontournable de la capitale économique. Bousculades, drague, mendicité, on y
voit tout. Ici, place aux loisirs : simple promenade,
café plus ou moins chic, « pop corn » made in
America ou « kbal » bien de chez nous, il y en a
pour tous les goûts. En général, je scrute aussi
les voitures, des carrosses les plus luxueux aux
charrettes les plus vétustes.
Pendant le mois de ramadan, la côte casablancaise s’anime de façon très particulière. Le soir
après lftour, la mosquée est prise d’assaut par
les musulmans venus faire leur prière. Les voitures sont stationnées un peu partout dans une
jolie pagaille. Les enfants issus des familles les
plus modestes en profitent pour se faire un peu
d’argent en assurant un petit service de gardiens
de voitures.
Après la prière, la foule se dirige souvent en
grande majorité vers la corniche. La nuit promet
alors d’être longue. Embouteillages, bruits de
klaxons, fous rires, disputes, c’est justement ce
qui fait le charme de Casablanca, une ville qui
dégage une énergie débordante.
Nuit magique à la mosquée
Erigée sur l’eau, la mosquée impressionne par la démesure de ses
proportions et la finesse de son exécution. Mais elle est aussi un lieu
que se sont approprié les Casablancais.
Rim Moutaouil
L’ornementation sculptée qui couvre sa façade en
marbre est faite d’entrelacs évoquant les minarets
mérinides. Les pans de zellige qui décorent le
sommet sont de couleur verte et blanche, couleurs symbolisant la tolérance et la paix.
La mosquée Hassan II m’impressionne encore
plus lors de la nuit du destin. C’est un véritable
spectacle spirituel : des dizaines de milliers de
fidèles venus de tout le Maroc mais aussi de
l’étranger sont là pour apaiser leur coeur, attirés par ce lieu symbolique et par son imam de
renom. Au Maroc, dès l’entame du ramadan,
tous les regards se tournent vers la mosquée
Hassan II, une destination spirituelle qui bat
tout les records d’affluence durant ce mois
sacré, notamment en cette 27ème nuit, communément appelée « Laylatou Al-Qadr » ou
nuit du destin. Cette année encore le scénario
est le même : la mosquée de la capitale économique est envahie bien avant l’appel à la prière
d’al-ichaa et le début des tarawihs.
A la mosquée Hassan II, il n’y a pas que les
fidèles venus se recueillir. Sur l’esplanade don-
nant sur la plage règne en effet une tout autre
ambiance. C’est a peine si on entend la voix
du « rossignol mes minbars » diffusée par les
haut-parleurs du minaret, pourtant si proche et
surplombant l’atlantique. Ici, jeunes et moins
jeunes, tournés vers l’océan ténébreux, profitent de la brise tout en papotant de divers sujets pas toujours liés au ramadan ou a la prière.
Près de ces flâneurs, quelques marchands
profitent de cette soirée très spéciale pour faire
de bonnes affaires.
La mosquée fait également l’affaire du centre
national de transfusion sanguine. Chaque soir
de ramadan en effet, une trentaine de volontaires font don de leur sang auprès des équipes
médicales mobiles présentes sur place. Mais
en cette 27ème nuit, les fidèles sont retenus
par la très longue prière d’Al-Kazabri, qui ne
prend fin qu’un peu avant 23 heures. Une
prière rythmée d’intenses moments d’émotions qui apaisent mon coeur. Une sensation
de bien être m’envahit. Ma ville, c’est aussi ces
moments simples de sérénité et de plénitude.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 55
DECALAGES
Coup de gueule
Jungle urbaine
Le calvaire d’une automobiliste
Sara Ouafir
7h52 : Je sors de la maison, et me dirige vers
ma voiture. Mon sac à coté, je démarre et laisse
le moteur chauffer un moment tout en cherchant
ma station préférée, Luxe Radio.
quelques minutes, le temps d’arriver au rondpoint Chevrolet, qui sépare mon petit village du
grand Casablanca. Un rond-point qui marque le
début de mon calvaire quotidien.
8h02 : Déjà 10 min que la voiture chauffe, je
peux y aller. J’accélère légèrement et me dirige
vers la sortie de ma résidence, la bien nommée
Central Park. En sortant de ma petite banlieue
chic, j’ai la chance de contempler le magnifique
paysage dressé juste en face, la belle et grande
forêt de Bouskoura, ornée de magnifiques eucalyptus, au dessus, un soleil divin éclairant ce
merveilleux tableau, et pour combler le tout, un
tout aussi radieux taxi blanc venant me rappeler
que je suis bel et bien au Maroc, et non à New
York. Je roule en profitant de ce doux décor,
mais ce moment de pure béatitude ne dure que
8h13 : Je prends la voie qui mène à la route
d’El Jadida. Tout en me préparant à trouver une
vague de voitures alignées les unes derrière les
autres à des kilomètres du feu rouge, attendant
leur fameux tour de passage. Le rouge a beau
passer au vert des dizaines de fois, les voitures
n’avancent que de quelques centimètres.
56 • CASANOSTRA• juillet 2014
8h21 : Toujours bloquée, je joue avec mon téléphone, je me connecte sur Facebook, regarde
les nouveautés sur Instagram, en attendant que
dieu fasse quelque chose. Les voitures devant
moi avancent enfin, mais à très lente allure, je
les suis. Comme un troupeau de moutons atten-
dant le signe de leur berger, nous attendons l’accord de notre maitre : le feu rouge, ou vert, on ne
sait pas, avec toute cette zizanie orchestrée par
nos chers citoyens, les lois et les règles ne sont
pas toujours valables.
8h31 : Je franchis enfin ce premier feu, je dépasse Marjane, et comme chaque matin, je me
pose la fameuse question : dois-je continuer tout
un trottoir jusqu’à la transformer en sandwich.
8h45 : Toujours au feu rouge et le cours de
M. Bencheikh commence dans exactement 15
minutes. Je commence à perdre patience, je
zappe sur Hit Radio, et c’est sur une parodie
débile de Cheb Khaled que je tombe, chantée
par l’idole de tous les Marocains: l’animateur
Momo sort ses tripes. Je zappe encore, et ne
trouvant pas mieux, j’opte finalement pour ma
propre musique et branche ma clef USB.
I’M ON THE HIGHWAY TO HELL… ON THE
HIGHWAY TO HELL…
Je suis bien sur la route de l’enfer. Bercée par
cette chanson qui n’est pourtant pas des plus
harmonieuses, je dépasse le dernier feu et
atteins enfin Brahim Roudani, dernier bouchon,
dernier feu rouge, dernière ligne droite.
droit ou prendre le raccourci Oasis ? La question
hautement rhétorique trotte pendant quelques
secondes dans ma tête, et comme chaque matin, je finis par prendre la décision de passer par
la route d’El Jadida.
8h35 : En plein boulevard, entre les klaxons qui
me percent les oreilles, les bus qui se heurtent
contre les voitures et ces taxis infernaux qui s’arrêtent en pleine route pour déposer ou prendre
quelqu’un, j’arrive à peine à m’y retrouver. Je
cherche le feu des yeux, je ne le vois pas, les
bus et les camions le cachent, oui, parce qu’à
Casa, les camions sont autorisés à rôder en
ville. Rois de la jungle, ils se croient tout permis.
Percuter les voitures et brûler les feux n’est pas
chose grave pour eux. Ces grosses bêtes détiennent l’art de pouvoir serrer une voiture contre
8h54 : Je n’ai plus que 6 minutes pour arriver
à Com’sup. La musique exerçant sa magie, le
reste du chemin est très fluide. A 80 à l’heure, je
fonce vers le tunnel, esquive les quelques motos
qui me gênent, évite deux ou trois piétons, brûle
le dernier feu rouge et à la même allure, comme
dans un jeu de Xbox , je « drift » à gauche et
prends la ruelle du Studio.
9h00 : Pile à l’heure. Reste encore à trouver une
place. Mais c’est sans compter l’éternel problème
de stationnement à Casablanca. Après quatre
tours de pâté de maison, une place se libère enfin.
9h11 : 11 min de retard. Je me dis en mon
fort intérieur que ce n’est pas si grave que ça.
J’ouvre la porte, pas de prof à l’horizon, je l’ai
échappé belle. Je me glisse entre des étudiants
anormalement calmes, puis j’entends : « Que
désirez vous Mlle Ouafir ? » timidement je réponds au prof « m’assoir Monsieur » et il me dit :
« Le journalisme ne permet aucun retard Mlle ».
Le mardi ne comprenant aucun autre cours, me
revoilà au volant de ma fidèle voiture… direction
Bouskoura.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 57
DECALAGES
Coup de gueule
Une fontaine pas
comme les autres
La place des pigeons est l’un des plus grands symboles patrimoniaux de
Casablanca. Tous les bidaouis la connaissent. Gardera-t-elle pour autant sa
valeur historique et affective après son déplacement ?
Sanaa El Othmani
Casablanca est une ville en chantiers, pour
laquelle sont prévus d’innombrables projets. Et,
comme de juste, un workshop a été mis en place
afin de détruire la fontaine de la place des pigeons
et la remplacer par une autre devant le palais de
justice. A sa place, un grand théâtre « Casarts »
sera construit. Des associations œuvrant pour la
sauvegarde du patrimoine comme « Casamémoire » ont pris part au débat sur le sujet. « Nous
comptons juste déplacer l’actuelle fontaine pour
qu’elle soit plus visible et située exactement au
centre des administrations qui vont l’entourer »,
explique le président de cette association, l’architecte Rachid Al Andaloussi. Le but est de transformer cette place qui était un lieu de pouvoir en un
lieu de culture par excellence.
La place dite « des pigeons » n’est d’autre que
la place Mohamed V, centre administratif de
la ville blanche. Elle fut baptisée successivement « grande place », « place de la victoire »,
« place Lyautey », « place administrative »,
« place des Nations unies » pour enfin s’appeler
« place Mohamed V ». Tout autour se trouvent
58 • CASANOSTRA• juillet 2014
les bâtiments administratifs les plus importants :
la préfecture, le tribunal, la poste et la banque
Al Maghrib. Placée bien au centre, la fontaine
s’anime selon les heures : musique classique
arabe, asiatique faisant danser les jets d’eau et
s’illuminant de couleurs diverses. Un spectacle
agréable pour grands et petits.
En tant que Casablancaise qui aime sa ville, j’ai
beaucoup de souvenirs sur cette place. Quand
j’étais enfant, j’y allais souvent avec mes parents.
Je pouvais rester des heures à jouer, à courir
après les pigeons et à les nourrir, et surtout regarder le beau spectacle des jets d’eau qui à ce jour
continue de m’éblouir. A chaque fois que je passe
par là, impossible de ne pas m’arrêter quelques
instants pour regarder les enfants jouer et voir
dans leurs yeux et dans leurs sourires tout le plaisir que je ressentais quand j’étais petite.
J’aurais bien aimé qu’ils trouvent une autre solution que de détruire cette place. Avec la disparition de cette place, ou plutôt son déplacement,
c’est tout un pan de mon histoire qui s’envole, ce
sont des souvenirs qui s’évanouissent.
Dans la rue tu marcheras
Asmae Bourchachene
Mains baladeuses, regards insistants, paroles
humiliantes… partout dans le monde le harcèlement sexuel est la cause de nombreux dégâts.
Les Casablancaises en savent quelque chose.
Dans la rue, au travail, à l’école, au lycée ou à
l’université, le harcèlement sexuel bat son plein.
Et ce qui fait le plus mal au cœur, c’est que tout
le monde semble trouver ça normal.
Etre femme au Maroc ne signifie pas la même
chose qu’en France ou en Europe. Ici l’espace
public ne vous appartient pas. La rue est un
milieu hostile, peuplé d’ennemis qui manifestent
des intentions agressives. Celles qui comme
moi arpentent les rues s’en rendent compte tous
les jours avec un harcèlement incessant: sifflements, klaxons et mecs franchement lourds – de
l’ado boutonneux, au vieillard vicieux en passant par le costard cravate hypocrite – qui nous
suivent pendant votre trajet et nous abordent de
manière crue. Le pire, c’est ce sentiment de vulnérabilité qui nous envahit. On en vient à penser
que sous une burqa la vie serait plus belle, mais
quand on atteint ce stade, la vie
n’est
souvent déjà plus si rose.
Quand je suis arrivée en
France pour la première fois
j’ai d’abord eu l’impression
que tout le monde était
à poil dans la rue (il
faut dire
qu’en mai à Marseille c’est déjà l’été) : tant de
débardeurs et de mini-shorts ou mini-jupes
m’éblouissaient. Mais surtout, je me suis sentie
libre, complètement libre. Marcher dans la rue,
anonyme au milieu de la foule, me fondre dans
la masse, quel bonheur! Pouvoir parler à un commerçant sans qu’il s’imagine que je l’aguiche, regarder un homme dans les yeux sans penser que
je brave un interdit social… Bref avoir un rapport
décomplexé avec les hommes et ne pas avoir à
tous les considérer comme des obsédés sexuels.
Rien que ça…
Dans son roman Shamablanca, Sonia Terrab
a trouvé les mots pour décrire l’expérience que
vivent quotidiennement des milliers de Marocaines.
« Dans la rue, tu marcheras.
— Psst, psst zine, zwina, zine !!
— Juste un mot ma jolie, wallah, juste un ?!
— Laghzala, tu marches seule ? Mskina, ma
daha fik had, nji nawssek ana…
— Malek zwina ? Malek khayba? Malek
mnafkha ?
Dans la rue, tu marcheras. Juste marcher, sans qu’on te prête attention, sans
qu’on te dise que tu es belle ou moche,
marcher et être superbement
ignorée ». Et merci !
CASANOSTRA• juillet 2014 • 59
DECALAGES
Coup de gueule
Casa lkhanza
Notre ville blanche devient noire avec cette pollution qui, jour après jour, nous
étouffe ! Fumée de véhicules, mauvaises odeurs… Quelle horreur ! Casa
devient « khanza ».
Souha Ouassale
Ma ville est désespérément sale, c’est une réalité qu’il ne faut pas négliger. Cette saleté provient
de ses habitants aussi, de leur manque d’éducation et des conditions d’hygiène déplorables
dans lesquelles ils vivent parfois... Après ce
constat, j’ai commencé à observer les passants
et leurs attitudes, celui qui jette, après utilisation,
un bout de mouchoir, ou l’emballage d’un biscuit,
une limonade, enfin tout ce qui est jetable, mais
par terre, partout !
Je n’arrive pas à comprendre pourquoi on place
des sachets pleins d’ordures juste à côté d’un
arbre, on y voit peut-être un coin où tout passant doit laisser une trace. Où est la logique ?
Les parents sont censés donner l’exemple. Mais
quand une maman demande
à son enfant de jeter par terre
le bout de papier qu’il tient à
la main, que pense-t-elle sincèrement lui apprendre ?
Mais au-delà de l’incivilité
pollueuse de ses habitants,
Casablanca est aussi victime
de son succès. Les quartiers
résidentiels se sont rapprochés des usines et la capitale
économique est aussi devenue a ville la plus polluée du
royaume. D’après une étude
du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC),
une agence spécialisée de
l’Organisation mondiale de
la santé (OMS), la métropole
60 • CASANOSTRA• juillet 2014
détient le triste record national qui atteint parfois
les 100 μg/m3 alors que la norme européenne
accepte 40 μg/m3 au maximum. Elle dépasse
ainsi de 2,5 fois les standards internationaux.
La situation actuelle de ma ville me fait peur.
Si rien ne change, quel sera son sort dans
quelques années ? Et si la situation s’aggrave,
que sera le nôtre ?
Khettaf trafic a haut risque
C’est un fantôme qui sillonne la ville. Il n’a pas fière allure, mais sa
vitesse ferait pâlir d’envie les plus grands pilotes de F1. Intrépide
et dangereux, le khettaf est un requin blanc parcourant l’océan
casablancais à la recherche continuelle de proies.
Othman Marine
Ce n’est pas un animal, c’est un homme dans
une voiture. La comparaison n’a pourtant que
trop pertinence. Le khettaf est un chauffeur de
grand taxi au volant d’un vieux modèle Mercedes des années 1980 où, souvent, seule
la jante arrière est quelque peu épargnée par
les péripéties routières. Cependant, à la différence des grands taxis, ce transporteur clandestin, travaille dans l’illégalité absolue. Avec
lui, pas d’agrément ni d’homologation. Il roule
pourtant en toute impunité puisque l’un de
ses atouts est de compter de nombreux petits
flics ripoux parmi ses amis. Eux aussi
habitent d’ailleurs très souvent à la
périphérie de la ville.
Il est le cauchemar des parents qui ont eu
la malveillance d’acheter un deux roues à
leur enfant. La course effrénée du khettaf
ressemble au parcours des gangsters dans
les blockbusters américains. Le phénomène
est une nuisance évidente pour les piétons
comme pour les automobilistes, il n’est pourtant pas prêt d’être arrêté par les autorités.
Peut-être faut-il croire que le khettaf est un
mal nécessaire... que n’a pas encore résorbé
notre magnifique tramway !
Le khettaf racole sur les
routes. Il ne se contente
pas des 6 passagers
normalement tolérés, il
peut, sans compter le
conducteur, avaler
jusqu’à 8 malheureux voyageurs
qui ne demandent
qu’à rentrer chez
eux en déboursant le moins
possible. Il frôle
les automobilistes,
brûle les feux rouges.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 61
DECALAGES
Coup de gueule
Magie noire à Casablanca
« 9albi, tekhmami, bach yatini lah »
(mon cœur, ma pensée et ma destinée) : trois termes que
toute voyante qui se respecte répète à son client avant d’étaler
les fameuses cartes qui lui permettent de prédire l’avenir.
Sanae El Othmani
S’agissant de magie noire, Casablanca est bien
pourvue. La ville abrite en effet le mausolée de
Sidi Abderrahmane, un véritable repère de sorcellerie, un des plus réputés et les plus fréquentés de tout le Maroc.
Ce petit îlot désertique qui se dresse près des
côtes casablancaises accueille chaque jour des
dizaines de visiteurs, préoccupés par leur avenir personnel ou professionnel et espérant un
«miracle» ou des «solutions particulières» qui
relèvent du surnaturel.
Jeunes filles en quête d’un mari, épouses trompées, hommes souffrant d’impuissance ou à la
recherche d’un emploi, médecins qui veulent
plus de patients, cadres qui essaient de décrocher un poste convergent quotidiennement vers
le territoire du Saint patron de la ville de Casablanca. Tout le monde s’y met, tous victimes des
fkihs, chouaffa et cherifate qui prétendent avoir
des pouvoirs surnaturels, communiquer avec les
esprits et changer le destin.
Souvent, aux alentours de l’idole, des femmes
de tous âges et de toutes classes sociales
nagent toutes vêtues. Pour elles, se baigner
dans sept vagues de l’océan permet d’éloigner
le mauvais sort.
Il y a moins d’un an, pour profiter de la baraka du
«wali», il fallait se rendre sur l’île de Sidi Abderrahmane à heures fixes, car le passage n’était
possible qu’à marée basse. Aujourd’hui un pont
a été construit afin de relier le mausolée à la
route principale ce qui rend l’accès plus facile et
les visiteurs plus nombreux.
Ainsi, malgré tous les progrès que le Maroc a
pu réaliser et la période de développement que
nous vivons, la sorcellerie est toujours bien
ancrée dans nos mentalités. Pour le meilleur, et
souvent pour le pire !
62 • CASANOSTRA• juillet 2014
Dico
DECALAGES
Les mots du Casaoui
Toi lecteur, il faut que tu saches que tu ne seras jamais un véritable
Casaoui si tu ne parles pas comme un Casaoui. Voici quelques
termes qui font partie du jargon du vrai Casablancais. Si tu parviens
à te reconnaître là-dedans, c’est que tu es sur la bonne voie pour
devenir ZE BEST CASABLANCAIS EVER !
Siham Zerrad
a toi mon fils, viens me frapper
tant que tu y es. )
3CHIRI : Désigne la fraternité
entres potes.
AFINE : Expression pour
dire Salut, tu es où ? Quoi de
neuf ?
AMANA : Désigne quelqu’un
ou quelque chose de valeur
que l’on confie à une personne. Exemple : SAT, ghadi
nkhelli 3endek had l’AMANA,
thalli fiha meziane 3la man
rje3. (Fils, je vais te laisser ma
femme et prends en bien soin
le temps que je revienne).
BOUHEMROUN : Supporter
du widad.
BOUZEBAL : Vandales des
temps modernes, sauvageons
incultes, irrespectueux qui,
généralement, ne font pas
attention a leur hygiène.
CH’ARR : Terme utilisé pour
désigner un mauvais comportement avec les gens.
Exemple : nariiii, hadik sata
oulah 7ta CH’AAR, bkaliha
chwiya ou taklou belhadra.
(Cette fille est vraiment mauvaise, elle va le déchiqueter.)
DROGADO :
junkie
Grand
ERRDDA : Terme utilisé
pour désigner la bénédiction des parents, parfois utilisé ironiquement
lorsqu’un comportement
est déplacé. Exemple :
Errda a wldi, aji drebni
ma7edek hna. (Bénédiction
FHAMATOR : syn. KHIBRATOR, Toutes les personnes
qui croient détenir la science
infuse alors qu’elles
sont juste à côté de
la plaque. Exemple :
Ahe, hadak sat kan3arfou, fih lkhibra
bezzaf, grand
fhamator !
(Ouais,
je
connais
ce
type, il se prend
trop au sérieux,
grand blablateur)
FLANE : Terme
utilisé pour désigner
quelqu’un.
Exemple :
Flane
oueld flane (Untel,
fils d’untel) féminin de
FLANE, FLANA.
FOUROUROU : Terme
péjoratif désignant une
personne qui raconte
CASANOSTRA• juillet 2014 • 63
DECALAGES
Dico
des choses insensées, une
personne instable et schizophrène.
FTEKH : Rouler un joint.
GLISSA : Désigne un regroupement de personnes dans
un espace sympathique.
Exemple : Glissa meziana
a drari. (Sympathique le posage)
GRISSAJE : Agressions, phénomène très courant à Casablanca.
HAJ / HAJJA : Appellation
‘‘respectueuse’’ pour les personnes âgées, n’ayant pas
forcément accompli le pèlerinage. Exemple : LHajja, jebt
lik khedama jdida mziwna.
(LHajja, je t’ai ramené une
nouvelle bonne, qui est très
jolie.)
HDIDA : Voiture.
HMODA : Terme désignant
une personne voulant faire
de l’humour sans succès.
Exemple : Malek Hamed a
SAT ? (Pourquoi tu es si lourd
mec ?)
mobiles d’intervention, les
forces de l’ordre. Exemple :
Sat, 3endek, l’Hnach msserkline hna. (Mec, fais gaffe,
les flics rôdent par là)
IDDEK FIH : Expression signifiant un refus
catégorique de faire
quelque chose, ou de se
soumettre à quelqu’un.
Exemple : oulah la dertha, iddhoum fih. (Je
jure que je ne le
ferai pas…)
JRAD : Supporter du Raja
KILIMINI: Synonyme de weld
Danone, qui veut dire un fils
a papa, fragile et mbe3kek
(pleurnichard). On peut aussi
utiliser le verbe TKELMEN
Exemple : Baraka matkelmen
3lina, trejel m3ana. (Arrête de
faire ton fils à papa, sois un
homme !)
HNACH : Désigne les unités
64 • CASANOSTRA• juillet 2014
L3AKA :
Le
fric,
flouss
s7iha. Exemple :
Tle39ti a SAT,
Dewar m3aya. (Tu
as les moyens maintenant, passes moi un peu
de tune)
L3AWD : Métaphore qui
désigne le mâle par excellence, le tombeur de nanas.
Exemple : 3awd lil (cheval de
nuit)
L3IBA : Terme désignant une
chose non désignée. Un truc,
une chose. Exemple : jib lia
dak L3IBA. (Ramène moi ce
truc.)
L9ASS : Désigne la nourriture.
Lé’LLI : Argent en langage
familier : pognon, tune.
LHIMRI : Désigne la fringale.
Exemple : Fiya lhimri, nakoul
sba3 had sa3a. (J’ai tellement
faim que je suis capable d’avaler un lion.
N’MROD : A ne pas confondre
avec l’mroud qui désignent les
gendarmes. Adjectif désignant
une personne opportuniste,
prête à tout pour arriver à ses
fins, personne généralement
indigne de confiance.
NE9CH : Terme vaguement
utilisé pour désigner soit un
homosexuel ou soit un garçon
efféminé. Syn : Loulou, fih
La3ba, ki tkal, zouzou.
NCHERNI : Laisser tomber quelqu’un, ou poser un
lapin, on dit aussi : khelani
plaqua.
M9ETA3 lwra9 : Désigne une
personne folle à lier.
MRI9I : Désigne une personne LA3ALAKA, dont le
comportement est digne
de celui d’un beldoche.
N9I : Terme
désignant une
bonne idée
ou
bonne
initiative de
la part de
quelqu’un.
Exemple :
N9I
a
Sat, Fikra
meziana.
(Super bonne
idée mec, bravo)
NAYDA : Synonyme
de fête, de hayha ou de
bonnes nouvelles.
OMAR : Désigne l’argent
de la corruption. Terme
généralement utilisé par
les moniteurs d’autoécoles casablancaises.
Exemple : Bghiti tenja7
permis, Jibi m3ak
Omar
ou
matkhafch. (Tu
veux réussir
ton permis, ramène avec toi
Omar, - sous
entendu
une petite
s o m m e
d’argent et ne t’en
fais pas.)
PCHAKH :
Synonyme
de
WAW,
terme dési-
gnant quelque chose de merveilleux. Exemple : Pchakh 3la
décors
QTITA : Se dit d’une jeune et
jolie fille abordable. Exemple :
AFINE ALQTITA, pshhhpshhh, zine, pssst lbogossa,
khti, pssst hého lghzala, jamal
manchoufouch ?
RAMBO : Se dit d’une personne arrivée au summum de
la défonce. On dit, Jab Rambo, jab lK.O, wssel, pila.
SAT : terme spécifique utilisé
uniquement par le Casaoui
pour désigner un garçon. Le
féminin de SAT est SATA.
SIBA : Anarchie totale.
SKHAYFA : Adjectif désignant
une personne molle, passive
et rouillée, qui ne veut fournir
aucun effort. Syn. mde3da3,
md3ou9, cha7fane.
SMAR9EL : Terme généralement utilisé dans une conversation pour dire subtilement
à une personne ‘‘Ta gueule’’.
CASANOSTRA• juillet 2014 • 65
DECALAGES
Dico
Exemple : Chnou ? Réponse :
smar9el.
SMI9LI : Terme utilisé pour
décrire un froid glacial.
STOUN : Adjectif qui désigne
un bon moment ou quelque
chose de bien et d’agréable.
Plus la chose en question est
agréable, plus on prolonge le
« ou ». Exemple : Ousstad
majaych,
stouuuuuuuune.
(Le prof n’est pas venu, c’est
géniaaaaaaal !)
T3ANGUAR : Un terme qui
désigne une attitude de vantardise. On dit, Ki T3ENGUAR
3lina, Dayer fiha S7I7.
ler entre eux de
filles. Exemple :
Atjib
m3ak
titiz ? (Tu vas
ramener
avec
toi
des belles
gosses ?)
TKA’WéZ :
Glandage.
E x e m p l e :
baraka men
tka’wez,
jma3 rassek. (Arrête
de glander,
ressaisis toi)
WALID / WALIDA : Papa/
Maman.
WAYLI :
Expression
singulière
exprimant
étonnement et surprise.
XIDDA : Accidents
TRIFA : Beau
morceau (de
shit).
YA3 : Expression de
dégoût, saturation exemple :
Ya3 3la che3b ki dayer.
UHU : Se dit d’une
personne collante, on dit aussi
l7am rass.
Z3AMA : Synonyme d’audace.
TASSA : Tous les liquides
alcoolisés.
TBENDIKH : Terme signifiant
se prendre ou donner une
grosse tannée.
TBERGUIG : Venant du verbe
BERGUEG : Activité principale du Marocain. Synonyme
de l7edya (voyeurisme, commérage) entre les personnes,
tous âges confondus, sexes,
et mentalités.
TINIKRA : Terme se référant
à la paranoïa.
TITIZA : Synonyme de bogossa. Terme généralement
utilisé par les mecs pour par-
VEW : Se dit d’une personne
qui semble avoir perdu l’esprit.
Mssati, ou bien mbouwe9. On
dit : Rak vew a sat.
66 • CASANOSTRA• juillet 2014
ZBABEL : Signifie au sens
propre des tonnes de déchets.
Le terme est également utilisé
pour quantifier des sommes
ou des masses astronomiques. Exemple : Zbabel dial
lflouss (une tonne d’argent)
ZMER : Synonyme de ras-lebol.
KLEM EURO RSCG
KLEM EURO RSCG
Com’Sup a 18 ans ! 18 années durant lesquelles nous avons formé des communicants de talent dont les carrières sont
aujourd’hui notre grande fierté. 18 années durant lesquelles nous avons diversifié nos filières : Communication des
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