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Commentaires

Transcription

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ques. Turlu Tursu joue sur base de répertoires
traditionnels européens et orientaux mais en
laissant éclater ces musiques vers des frontières invisibles entre les genres musicaux : jazz,
rock, trad, folk… L’excellente basse de Nicolas
Dechêne nous emmène parfois aux confins
de ce qu’un Les Claypool peut faire tandis
que l’accordéon (chromatique) étire les références en tous sens comme pour montrer que
chaque musique peut dévoiler plus d’un paysage. Il reste quelques péchés de jeunesse qui
distraient l’écoute. Mais la force de l’ensemble
l’emporte dans la plupart des pièces.
Etienne Bours
ACTORES ALIDOS
CANTI DELLE DONNE SARDE
FinisTerre AD0651C - www.finisterre.it - Durée : 45’21
19,80 € chez CD Mail - Tél. 01 30 75 11 55
de son chant, de la sensualité et une intention qui parle au peuple, avec sa chair.
Frissons sont au rendez vous, et ce fado
“carriche” qu’elle affectionne est touchant,
elle invite même sa famille à participer à cet
album au milieu de la guitare de Marcio
Pacheco et d’une guitare basse qui apporte
du renouveau à cette pratique, un beau
morceau “Sou do fado, sou fadista” saura
peut être vous charmer ?
cére envers son intêret pour Picasso !) mais
si la musique est aussi pour vous un espace
d’abandon, de voyage, achetez “Negriluz” de
Bernardo Sandoval (lui, ne vend que 2000 ex
mais je suis sûr que les chiffres n’influent pas
sur vos goûts) récit de son voyage au Bénin
où il a été à la rencontre des racines africaines
du flamenco en provenance d’orient, lieu de
départ des premiers “manouches”.
À FIL DE CIEL
FolkClub Ethnosuoni ES 5345
[email protected] - Durée : 51’41
P
as facile de définir le climat musical très
arrangé, plutôt “world” de ce CD (sans
rien de péjoratif). Voix et instruments sont
habilement et bellement maniés, l’ensemble est peaufiné avec talent et beaucoup
de sérieux. Sans dire qu’il y a là quelque
chose de convenu, peut-être est-ce que ça
manque un peu d’inattendu… Mais le tout
demeure très agréable à écouter.
JABIER MUGURUZA
ABENDUAK 29
L
Claude Ribouillault
PIVARI TRIO COMPAGNIA DEL
MAGGIO DI FRASINORO
LA TERRA CHE MI PORTA
Resistencia RESCD180 - Durée : 41’29
C
hanteur basque, Jabier Muguruza n’est pas
à son premier essai ; ce disque est son huitième. Voix, accordéon et guitare suffisent pour
tracer la sente sur laquelle il déroule ses textes.
Délicatement, tendrement même, il parle de la
vie, des gens, de l’amour, de la mort, de l’art.
Les paroles sont traduites dans le livret – et
c’est indispensable de les lire pour entrer dans
cet univers de sobriété. C’est une chanson qui
effleure le monde, l’air de ne pas y toucher. Ça
passe dans une certaine monotonie mais une
fois le disque terminé, il en reste des traces en
vous. C’est ça la chanson qui a quelque chose à
dire. Et heureusement ça existe encore.
Etienne Bours
DIEGO EL CIGALA
PICASSO EN MIS OJOS
Sony 82876719032 - Dist. BMG - Durée : 37’40
Marc Genest
SVART KAFFE
TRETÅR
Nomis NMCD 03
Durée : 57’15 - Dist. : CDA [email protected]
ANA MOURA
KEEP MY LIFE IN YOUR HAND
Word Village - 468038
Dist. Harmonia Mundi - Durée : 45’28
V
19,05 € chez CD Mail - Tél. 01 30 75 11 55
oilà une jeune fadiste qui s’ignorait
pendant longtemps mais maintenant
qui respire avec cet art au profond d’ellemême. Dans la lignée d’Amalia, elle a
accepté le lourd héritage du fado et se réfère au monument du genre, lui ressemble un
peu même par son timbre sombre et puissant, son authenticité. Son charisme a fait
parler d’elle et elle enregistre son premier
disque en 2003 grâce à Jorge Fernando.
Nouvelle Egérie de l’art compliqué du fado,
à la voix pénétrante et moderne, un souffle
nouveau prend. Une vérité naturelle un peu
nonchalante, mais pénétrante, se dégage
vart Kaffe, nous envoie des nouvelles
de Suède, et d’à côté, et elles nous sont
apportées par un facteur bien familier : JeanPierre Yvert (accordéon, flûtes harmonique et
sanza), présent depuis l’origine du groupe,
qu’il a contribué à cimenter. Normal, c’est le
seul qui sache choisir les croissants à tremper
dans ce Café Noir. Moi, je les adore garnis de
saumon fumé ! C’est bon comme un Halling !
D’ailleurs celui de la plage 13, concocté
par JPY, est d’une belle saveur. Le sucre de
ce Café, c’est sans doute Louise Schultz
(violon et chant) dont la présence marque le
trio, autant par ses qualités d’instrumentistes
que par la densité de ses compositions. Le
troisième larron, Simon Stålspets (guitare,
mandole, guimbarde harmonica…) c’est un
peu comme “la goutte” que l’on verse en
fond de tasse, avec ses intrusions folk-rock
ou bluegrass. La surprise, l’invention, et le
choix judicieux de mélodies composées ou
traditionnelles, participent au plaisir que l’on
éprouve à l’écoute de ce CD.
H
emållt est un trio “familial” composé
de : Mia Gunberg Ådin (violon, chant),
Anders Ådin (guitare, vielle à roue, chant) et
Christer Ådin (mandole, mandoline, accordéon, voix…). La présence d’une vielle
en musique suédoise pourrait surprendre
à priori, mais l’instrument se prête bien
aux airs de la côte ouest, région qui va
de Göteborg à la frontière norvégienne.
Des chants, des airs de danses dont des
polskas rythmées par le chien de la vielle,
quelques emprunts aux voisins, norvégiens
et “shetlandais”, tout ce répertoire est
joliment orchestré, avec le souci de restituer
au mieux le timbre de chaque instrument,
car parmi les musiciens se trouve l’un
des meilleurs luthiers suédois en mandole,
bouzouki et guitares, Christer Ådin (de chez
Ådin & Ekvall). Musiques en famille, pour
une aventure suédoise un peu renouvelée.
Jacques Leininger
EST
HARRI STOJKA GIPSY SOUL
GARUDE APSA
Gego Tonwarren H- 291.2 - [email protected]
Tél. +43 (0)1 419 96 93
Jacques Leininger
CAOÍMHÍN VALLELY
STRAYAWAY
CVCD001
www.caoimhinvallely.com - Durée : 45’53
E
Maria Rossi
S
19,28 € chez CD Mail - Tél. 01 30 75 11 55
Folkclub EthnoSuoni ES5348
www.folkclubethnosuoni.com - Durée : 47’18
mouvant. Délicieux. Chants et musiques
des saisons de l’homme comme celles
de la nature. Un voyage dans le calendrier
civil et liturgique. Une vraie belle sincérité ; une intention parfaitement intègre et
authentique. Il est tout à fait possible de ne
pas accrocher dès la première écoute. Ce fut
mon cas, je l’avoue. Or, si l’on persiste, ça
peut devenir une véritable drogue… et ce fut
également mon cas. Une musique qui donne
envie de rencontrer les gens qui la font.
Sjelvar SJECD 20 - Durée : 47’07 - www.sjelvar.com
Emmanuelle Lejeune
Claude Ribouillault
es photos du digipack ont un côté “spectacle soigné” qui suggère une présence
scénique un tantinet folklorisée. Mais quelle
force ! Il est vrai qu’on est plus habitué à des
voix sardes masculines (mise à part Elena
Leda). Ici, chants à répondre et polyphonies s’enrichissent de 4 voix étonnantes et
originales, timbrées (vibrato étonnant de la
voix principale !), accompagnées d’Orlando
Mascia, au diato, aux launeddas, à la guimbarde, au triangle, à la petites flûte…). Un
ensemble qui devrait intéresser très vite la
plupart des festivals. Pas de folklore nivelé
donc, mais un vrai concert qui, s’il est mis
en place avec une rigueur qui pourrait laisser
un peu plus de place au côté sauvage, est
néanmoins plein de relief.
HEMÅLLT
HIN HÅLES HARDEVAG
N
N
ouvel album du grand chanteur de
flamenco, Diego “El Cigala” a vendu 60
000 de son précédent cd aux cotés de Bebo
Valdés. Avec “Picasso en mis ojos” quelques
pures plages de flamenco cotoient musique
cubaine, salsa où jazz, ceci avec la virtuosité que lui a reconnu “Camaron” De La Isla,
tout autant que Tomatito ou Paco de Lucia ;
aussi tango, bulerias, rumba, fandangos sont
joués. Mais de surprises ? point. De créations ?
point. Il est désolant que, comme la plupart
de ses confréres, Diego ne se remette en
question, ose se tromper, nous surprenne,
guette autre chose que les chiffres de ventes,
et la démonstration technique. A contrario
d’un Bernardo Sandoval, qui transmet dans
sa musique sa quête des racines du flamenco
en allant en Afrique, en Inde, découvrir et
expérimenter ce “blues” qu’est le flamenco :
cri du coeur. Le flamenco s’est enfermé
dans une image et démarche intransigeante
voire intégriste, que Diégo exploite et dont
Bernardo tente de s’évader ; et je préfère les
évadés aux musiques trop évidentes. Vous
ne pouvez être déçu par “Picasso en mis
ojos” (quoique je doute de l’approche sin-
21,95 € chez CD Mail - Tél. 01 30 75 11 55
é dans une famille de musiciens bien
connue d’Irlande du Nord, Caoimhín
(prononcez Kevin) Vallely est le jeune frère
de Cillian (Lúnasa) et de Níall (Nomos, Karan
Casey) et il y a plusieurs années déjà qu’il a
fait son trou dans la musique traditionnelle
puisqu’il est passé par divers groupes dont
North Cregg et Nomos et qu’il a accompagné une foule de musiciens reconnus (K.
Casey, A. Kelly ou M. Ó Súilleabháin). Tout
récemment encore, il publiait avec son frère
Níall l’excellent album Buílle. (1) C’est sous
son propre nom cette fois qu’il récidive avec
“Strayaway”. Caoimhín est un multi instrumentiste accompli puisqu’il excelle aussi bien
au tin whistle qu’au fiddle ou au piano. Mais
c’est ce dernier instrument qu’il a choisi de privilégier ici, lui accordant une place qu’il n’a pas
souvent dans la musique traditionnelle. Et les
musiciens qui l’accompagnent, Níall et Cillian
évidemment mais également B. Morrissey au
bodhrán, P. Meehan à la guitare et M. Leahy
aux percussions, ne sont là que pour soutenir
Caoimhín dans ses œuvres. Le répertoire irlandais habituel défile avec ses jigs, hornpipes,
reels et mélodies dans une interprétation tout
à fait originale dont la démarche s’apparente
quelque part à celle d’un Didier Squiban pour
la Bretagne. Audacieux et novateur.
Philippe Cousin
C
e tribut à la culture musicale Rom est
à mon avis beaucoup plus convaincant
que le tribute to swing du même Harri
Stojka. Dédié au 60ème anniversaire de la
libération des camps nazis (le titre veut dire
“larmes cachées”), ce CD ambitieux est
présenté dans un très beau packaging et
un livret qui se déplie avec les textes des 15
chansons en romanès et en anglais. Harri
Stojka a réuni autour de lui une fine équipe :
2 merveilleuses chanteuses, Ivana Ferencova
et Matilda Leco, Ivan Ruiz Machado, contrebasse, Metin Meto, percussions, Heimo
Wiederhofer, batterie et Geri Schuller,
piano, arrangements, avec une kyrielle d’invités (accordéon, cymbalum, violoncelle…)
selon les titres. Le propos d’H. Stojka n’est
pas de répéter indéfiniment la tradition
mais de l’enrichir en l’ouvrant à toutes les
imfluences ; 3 traditionnels (dont Rupuni,
plus connu par ici sous le titre Johnny tu
n’es pas un ange) mais surtout de solides
compositions originales (rythmes souvent
endiablés mais aussi ballades) ; Harri ou
Gerri Schuler en signe les musiques et Ivana
les paroles la plupart du temps et c’est une
réussite (cf. Romale romale par exemple
avec ses parties d’accordéon et de violon
inspirées). Les arrangements de Gerris sont
soignés, le groupe tourne bien avec percus
en avant, basse qui ronfle et interventions
brillantes et judicieuses de la guitare d’Harri,
beaucoup plus dans son élément ici que
dans le contexte swing manouche (cf. sur
tscheiori par exemple). Ivana, voix un peu
nasillarde et Matilda, voix claire et pure se
partagent les titres et interviennent ensemble sur quelques-uns, l’une en lead, l’autre
par ses contrechants, laissant toujours de la
place à de belles envolées instrumentales ;
bref, une démarche innovante pour un
folklore vivant ; un très beau disque !
Francis Couvreux
BLOWERS FROM THE BALKANS
CLASSIC HISTORIC RECORDINGS
OF WIND INSTRUMENTS
Topic 586983 - Durée : 78’12
25,81 € chez CD Mail - Tél. 01 30 75 11 55
I
l est réjouissant de découvrir de nouvelles
éditions d’enregistrements dits historiques ; en ce qui concerne ce CD, les plus
anciens remontent en 1906, les plus récents
sont sortis en 1950. Le tout atteste de
la manière de jouer de musiciens qui ne
disposaient évidemment pas des moyens
techniques d’enregistrement tels que nous
les connaissons aujourd’hui. Le disque suit
la découpe suivante : musique de style
roumain, musique paysanne, musique de
clarinette grecque, musique de café grecque ottomane : Classification très singulière
où tout (où peut s’en faut) ce dans quoi on
peut souffler est représenté : musique de
fanfare, flûtes, cornemuse, taragote, du plus
sonore au plus intimiste. On portera une
attention particulière à la partie grecque
composée d’une douzaine de pièces où la
clarinette trouve une couleur sonore séduisante, une ornementation très développée,
des échelles modales remarquables et une
couleur orchestrale qui peuvent servir de
modèle à qui souhaite s’emparer de ces
répertoires.
Jean-Patrick Hélard
TOPOLOVO ORCHESTRA
BELINTASH
Gega New GD 148 - www.geganew.com
Tél. 04 93 44 77 61
entre est et ouest, entre chrétienté orthodoxe
et islam, où tous les ferments ont inséminé
les routes, c’est que rien ne s’y est vraiment
arrêté, ni ne s’y pose vraiment. Vous suivez
mes Thraces ? Dans ce pays où l’on secoue
la tête de bas en haut pour dire non, et
latéralement pour dire oui, tous les repères
se perdent. Y compris l’orientation. Alors ce
n’est pas forcément un hasard qu’un frénétique baladin occidental nommé Emmanuel
Frain y débarque pour perfectionner son
treujennn-gaol bas-breton avec le répertoire
local et y apprendre le biniou du crû nommé
“gaida”. Sauf que la bouture a pris à un point
quasi familial, et que tout ce beau monde en
a fait un fromage. Enfin, un truc un peu plat,
d’aspect seulement, qui fait du bruit audible
quand on le tourne dans le bon sens, et
frénéticophore quand on le met dans le bon
appareil. Alors cette bizarre osmose au nom
d’un lieu mythologique fondateur national,
“Belintash”, cette savante “chopska” de vrais
musiciens bretons barrés bulgares (Callac,
Frain, Hervieux, Molard, Roger), cet étonnant
répertoire qui vous trimbale au bout du CD
en vous laissant croire qu’on est encore au
début, cette remarquable précision et force
d’interprétation de chacun des bougres à
clarinette, à soufflet, à anche, à cheval, et à
voiture ! De toute façon, tant pis pour tout
le monde, il y a eu si peu de CD tirés (quand
on vous dit que c’est n’importe quoi !), qu’il
doit déjà ne plus en rester à vendre et que
les exemplaires circulant sous la burka (je me
trompe peut-être de Turkestan ?) se vendent à
prix d’or noir au marché de Redon… Pressés
là-bas, érigé en gloire nationale (en plus, ce
sont des étrangers qui jouent nos ziques…),
et vendus de chaque bord, malgré les contrôles douaniers… Et si la mafia était derrière
cette odieuse spéculation ? Tant mieux pour
nous, heureux propriétaires d’un exemplaire !
THE ROUGH GUIDE TO THE MUSIC
OF BALKAN GYPSIES
World Music Network RG1159
Dist. Harmonia Mundi - Durée : 66’19
C
14,60 € chez CD Mail - Tél. 01 30 75 11 55
e CD présente différentes générations
de musiciens des Balkans : en Roumanie,
Serbie, Bulgarie, Albanie, Macédoine, Grèce,
Arménie. L’énumération, si elle peut paraître
fastidieuse, propose néanmoins des destinations possibles pour les futurs collecteurs qui
ne manqueront certainement pas de trouver
de nouveaux fleurons ; encore qu’il faille se
presser avant que tout ne sombre dans une
“worldmusicalisation “qui en gommera définitivement toutes particularités. Pour preuve, les
D. J’s commencent à s’implanter au sein d’ensembles qui n’en demandaient pas tant. Dans
la sélection présente, tout n’est pas du meilleur
goût et la prétendue démonstration de virtuosité factice en trouve un redoutable exemple
dans la prestation de Felix Lajko avec la fanfare
de Markovic. Ce désastre est sauvé par d’autres
titres, voir par exemple le dernier air du Taraf
de Metropulitana, (Taraf du métro) parfois
titré “Sandala “. On ne peut que se réjouir de
l’initiative consistant à publier des pièces tirées
de vinyles ; il reste encore beaucoup de trésors
à tirer du sommeil des archives.
Jean-Patrick Hélard
NABILA
LUME LUME
Arion ARN64688 - Durée : 53’35
21,15 € chez CD Mail - Tél. 01 30 75 11 55
MUSIQUES POPULAIRES
HONGRIE
Ocora C600013
Dist. Harmonia Mundi - Durée : 56’20
L
14,60 € chez CD Mail - Tél. 01 30 75 11 55
es enregistrements ont été réalisés entre
1960 et 1995 et s’articulent selon une
découpe ayant fait ses preuves avec Bartok ;
Transdanubie, Hongrie du Nord et Grande
Plaine Hongroise. Le commentaire du livret
s’empare d’une citation bartokienne sur l’inéluctable métamorphose des musiques populaires. Quitte à convoquer le compositeur et
collecteur, il serait nécessaire de se rappeler
les objectifs qu’il assignait à la collecte des
musiques traditionnelles en Hongrie, c’est-àdire d’être révélatrices de l’identité nationale.
Ces préoccupations sont d’un autre âge, de
même la trame qui sous-tend les multiples
pièces présentées. Quant au répertoire, il est
en tout point conforme aux multiples publications déjà réalisées sur ce sujet.
ORIENTEXPRESSEN
AN UNFINISHED STORY
L
Jacques Leininger
Jean-Jacques Boidron
Jean-Patrick Hélard
es bougres ! Traduction littérale après
filtrage étymologique, les Bulgares ! De
ceux que la musique mâtinée turco-slave a
laissé dans une transe frénétique : on ne se
remet que lentement d’un tel galop dévastateur, aller-retour de surcroît, et le secret de
cette lenteur est justement une forme de rapidité quasi cathartique qui endiable clarinettes,
accordéons et un peu tout ce qui dépasse. On
définit pudiquement la musique bulgare sous
le vocable gentil de “virtuosité” érigée en
quête esthétique. Que du yaourt, tout cela,
du “kicelo mliako”, et encore, du Danone
à touristes ! La vérité de cette terre brassée
longuement et savamment entre nord et sud,
des chansons. Mais le “climat” est bien
restitué, avec brio et énergie, sensibilité et
mélancolie, au gré des musiques.
L
e répertoire du quartet couvre une aire
géographique large : Grèce, Serbie,
Bosnie, Roumanie, Macédoine, Bulgarie, et
s’attache à l’interprétation de pièces populaires. Autrement dit, l’ensemble ne cède pas
aux attraits d’une “tsiganisation “, mais fait
le choix de la sobriété, ce qui convient parfaitement au mode de jeu de chacun. Ce qui
frappe avant tout c’est la qualité de la voix
de Nabila, qui possède tout autant le grain,
l’intensité, une présence et une conviction
remarquables. Ces caractéristiques apportent à ce disque une touche de vérité qui lui
vaut les recommandations de trad’Mag.
Francis Couvreux
PADRAIG RYNNE
BYE A WHILE
www.padraigrynne.com - Durée : 40’09
D
’abord, il y a eu Turas. C’était il y a bien
longtemps, une bande de jeunes inconnus franchement talentueux, parmi lesquels
le son d’un concertiniste hors pair… Pádraig
Rynne était alors tout jeune. Quelques années
plus tard, tout feu tout flamme, ce fut Cían,
plus moderne, résolument accrocheur, où
l’on découvrait une nouvelle fois Pádraig
Rynne, concertiniste parmi les plus grands de
sa génération. C’était en 1999. Nous voilà en
2005, finies les œuvres de jeunesse ! A la suite
de Niall Vallely et de Mícheál O’Raghallaigh,
deux maîtres en la matière, Pádraig Rynne
enregistre à son tour l’un des plus beaux
albums de concertina. Largement attendu
par ses fidèles, l’album est une petite autoproduction enregistrée avec quelques amis,
parmi lesquels Tola Custy, Mirella Murray,
John Joe Kelly, et la présence (un peu timide
malheureusement) de John McSherry. Le tout
soutenu par Kevin Dorris au bouzouki, Paul
McSherry et Arty McGlynn à la guitare… Et
si vous étiez un amoureux inconditionnel de
Cían frustré par les intrusions du synthétiseur,
l’alchimie sera certainement à la hauteur de
vos rêves… Point d’arrière-pensées racoleuses
ici. Le répertoire, principalement trad, est souligné par des arrangements originaux, jetant
même un petit clin d’œil à Bothy Band sur
la jig Fisherstreet ! La dernière piste est à elle
seule un petit joyau. Pádraig Rynne explore le
répertoire irlandais avec une sensibilité et un
goût qui n’ont d’égal que ses éblouissantes
variations. Et qui a eu le privilège de le voir
en session sait de quoi cet enchanteur du
concertina est capable…
Anne Girard
Jean-Patrick Hélard
AMERIQUE
DU NORD
HURLAK
40°
Sjelvar SJECD 17 - Dist. CDA - Durée : 42’57
[email protected] - Big Bone OP106
Dist. O+ music - Durée : 42’35
3
A
0 ans de carrière pour ce groupe basé en
Suède, une longue et constante passion
pour les musiques des Balkans. Clarinette,
violon, accordéon, guitare, contrebasse et
percussions, accompagnent la voix du chanteur bosniaque, Hazim Bosnic, pour cet
enregistrement d’un concert en public, en
1996 au Mix Music Café de Stockholm. La
performance permet de mesurer le “métier”
de chaque musicien - lorsqu’il se lance dans
un solo - et la cohésion de l’ensemble. La
longévité dont a fait preuve Orientexpressen
témoigne de l’accueil fidèle du public, local
ou à l’étranger. On aurait souhaité un livret
plus étoffé, avec quelques pistes sur le sens
(le groupe fonctionne pas mal à l’énergie)
mais aussi climats plus apaisés, plus oniriques
(cf. “le blues des sables”). Ce souci d’ouverture et d’originalité est louable mais à trop
diluer toutes les couleurs musicales, le groupe
s’égare dans une fusion très tendance ; certes
ce melting pot musical peut bien sûr trouver
son public et le talent des musiciens n’est pas
en cause (excellent JC Rouet au violon) mais la
démarche a du mal à me convaincre !
20,54 € chez CD Mail - Tél. 01 30 75 11 55
près “Bucarest blues” en 2003, voilà le
2ème CD d’Hurlak, quartet composé de
Thierry Vaillot, guitare, leader et auteur des 10
titres du CD, Céline Roumet, guitare d’accompagnement, Eric Onillon, contrebasse et JeanChristophe Rouet, violon, avec deux invités
déjà présents sur le 1er CD : Christian Toucas,
accordéon, et Bijan Chémirami, percussions,
plus Norig au chant. T. Vaillot poursuit son
voyage imaginaire entre Europe centrale et
Andalousie, une sorte de trad du futur qui
appelle des images (cf. “le chant d’Elbasan”),
de folklore personnel réalisé à partir d’un brassage de différentes cultures : rythmes hypnotiques, accélération de tempo, traits virtuoses…
JERRY ROLL MORTON
THE COMPLETE LIBRARY
OF CONGRESS RECORDINGS
BY ALAN LOMAX
Rounder RR1888 - www.rounder.com
L
140,57 € chez CD Mail - Tél. 01 30 75 11 55
e premier musicien de jazz “collecté” ? Le
pianiste Jerry Roll Morton a en effet été
enregistré en 1938 par Alan Lomax : on peut
l’y entendre jouer sa musique, mais aussi la
commenter et raconter sa vie… Un document fascinant sur l’un des pionniers du jazz.
Rounder et la fondation Alan Lomax le mettent
à la disposition du public dans son intégralité
grâce à un coffret de huit CDs accompagné
Trad Mag N° 106 - Mars / Avril 2006
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