1 Mode au XVIIIe siècle par Fabrice Conan

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1 Mode au XVIIIe siècle par Fabrice Conan
Mode au XVIIIe siècle par Fabrice Conan
La mode est à la France, ce que les mines du Pérou sont à L’Espagne Colbert
Louis XIV et sa famille vers 1715 –Wallace collection
Le siècle de Louis XIV fut un siècle de raideur de l'étiquette et donc du costume, le XVIIIe siècle s'en émancipe. Les dames de la
cour commencent à rivaliser d'élégance avec les hommes qui jusque là avait le costume le plus ornementé. En même temps le
siècle aspire à plus d'intimité et de confort.
L’Enseigne de Gersaint – Watteau L'une des tenues les plus prisées du début du siècle est la "robe volante" inspirée du
déshabillé de la fin du règne de Louis XIV. Cette robe est composée d'un corsage à plis larges tombant des épaules jusqu'au sol
et d'un jupon rond. Elle semble confortable (bien que portée sur un corset) mais absolument indécente pour paraître à la cour.
Voici une représentation de la robe volante par Watteau dans L'enseigne de Gersaint, 1720. Il a donné son nom au plis du dos
dits "plis Watteau" sans en être l'inventeur pour autant.
Robe pompadour Lyon
France 1750 costume institut (Met)
Robe à la Française – 1750/60 Galliera Satin liseré, soie grise et verte, doublure, taffetas rayé, soie verte et violette,
applications de chenille en soie verte.
Souvent associée au nom du grand peintre Antoine Watteau, la robe dite à la française est la tenue féminine la plus
caractéristique de l’élégance sous Louis XV. Elle se singularise par la construction de son dos, animé par une double série de
grands plis plats, prolongés au sol par une traîne. Elle se porte sur une jupe réalisée le plus souvent dans la même étoffe. Le
corsage, ajusté au buste, est pour cette robe fermé par des compères, pièces de tissu attenantes aux bords de la robe et
boutonnées. Les parements de manches, dits en pagode, sont arrêtés au coude et ornés de deux volants festonnés. La robe à la
française se porte sur un corps à baleines, sorte de cuirasse rigidifiée de baleines qui transforme le buste en un triangle posé sur
la pointe, les hanches sont élargies par le panier, armature de joncs ou de métal. Cette robe à la française résume à elle seule
l’esthétique Rococo pour qui la beauté est nécessairement dynamique : à l’ondoiement des fleurs de l’étoffe, aux applications
sinueuses de la chenille de soie sur le corsage, correspond le balancement du panier lorsque la femme se déplaçait
Pompadour Boucher robe verte 1756 –Berlin A la cour, pendant toute la période, c'est la "robe à la française" qui triomphe
jusqu'à la Révolution. Malgré son nom, elle est portée dans toute l'Europe (y compris en Angleterre). Cette robe se compose de
la robe à proprement parler, d'une jupe (sorte de jupon apparent) et d'une pièce d'estomac triangulaire portée sur le thorax et
l'abdomen. La silhouette est modelée par un corset et des paniers. La robe de cour est soutenue par des paniers très larges, qui
lui donnent sa forme caractéristique, mais fort peu pratique.
Mantua v 1740 Victorian Albert Londres
Robe cour anglaise v 1750 - Metropolitan
France 1775 - Metropolitan permanence pour la Cour. Tenue codifiée
Mariage royal - Edwige Elisabeth Charlotte de Holstein - Gottorp, Femme du Prince Karl belle-sœur roi Gustave III de Suède,
1774 – goût européen
Robe à la Française v 1785 Metropolitan coupe Watteau, rayure entre en mode
Panier pour robe à la Française – Metropolitan
Jupon v 1795, ancien couvre lit – Metropolitan
Jarretières v 1790 et chaussures tissus v 1750 – Met
Eventail et châtelaines
Boucles d’oreille Metropolitan
Gants dentelle, soie, Barbe pour coiffure v 1750 - Metropolitan
Gravure robe de cour au 18e
Tablier
Fronces
Robe à la Française d’étiquette à Fontainebleau 1783
Gravure Dupin robe d’une duchesse pour une présentation à la cour
Victoire 1788 Labille-Guiard Versailles Astuces pour transformer les robes
Gravures Tenues plus simples v 1778 Recherche de simplicité. Les aristocrates commencent à s'inspirer du style vestimentaire
des roturiers. Les dames de cour portent, dans l'intimité, des tenues champêtres librement inspirées des femmes du peuple. La
robe devient plus simple, elle est portée avec une veste courte appelée casaquin ou caraco. La pièce d'estomac est remplacée
par des "compères", deux rabats de tissu un peu moins contraignants, attachés par des boutons ou des agrafes à l'ouvertures
frontales de la robe.
A l’anglaise Le succès de ce genre de tenue est à mettre en parallèle avec la vague d'anglomanie de l'époque. L'Angleterre a
une forte influence sur la mode masculine française pendant tout le XVIIIe siècle et commence à influencer la mode féminine à
partir de 1770. Le goût (très anglais) pour la promenade inspire la "robe retroussée dans les poches" : les pans de la jupe sont
relevés dans les poches latérales de la robe puis drapés dans le dos pour donner une plus grande liberté de mouvement.
Casaquin chasse v 1730 – palais Galliera – application passementerie Ce type de corsage ajusté au buste, à longues basques,
est appelé casaquin. Il est souvent représenté sur des portraits féminins liés à la chasse. La préciosité de son ornementation
semble le destiner plutôt aux festivités des retours de chasse ou à ces moments de semi-apparat comme les repas ou les
promenades en compagnie distinguée. Ce costume a une provenance connue, l’illustre maison de Ligne, propriétaire du
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château de Beloeil en Belgique, autrefois en terre d’Empire. Cette maison noble est une des plus anciennes et des plus
prestigieuses d’Europe, forte de titres nombreux : chevalier de la Toison d’or, prince de Ligne et du Saint-Empire. Ce casaquin
aurait pu appartenir à Elisabeth Alexandrine de Salm, mère de Charles-Joseph de Ligne (1735-1814), décédée en 1739 à 37 ans.
Charles-Joseph, homme de guerre, courtisan célèbre dans toute l’Europe évoque dans ses mémoires l’importance de la chasse
à Beloeil, chasse à courre, chasse au loup : enfant, il recevait quatre sous de son père à chaque pièce de petit gibier ramenée à la
maison.
Casaquin coton fleuri jusque 1790 – Metropolitan prisé jusqu’à l’Empire
Les belles marchandes Almanach historique proverbiale et chantant 1784 Musée Arts déco Paris
Diffusion des modes : les revues. Ici Les marchandes de modes, ou vers l’écueil le vaisseau se brise –
Lieu de rencontre (début de Melle Lange = Du Barry)
Poupée de mode v 1760 – Victorian Albert
La dissémination de la mode suit celle des idées. Daniel Roche.
Nouvelle mode devenue « globale » avec importance des marchands de mode à Paris.
La couturière – gravure idem Ne pouvait tenir commerce, mais arrive bientôt la modiste
Marie-Jeanne dite Rose Bertin – Janinet Waddesdon Manor Original de Trinquesse
Age d’Or des perruquiers parfumeurs comme Léonard
Evènements influent : naissance du dauphin en 1781, Marie-Antoinette éperd partie cheveux, on crée des coupes basses dites A
l’enfant, Du Barry était déjà apparue en chignon naturel a la cour.
Mode des bonnets – 1778 En 1774 inoculation de Louis XVI, marchandes de modes créent un pouf a l’inoculation : soleil se
levant (le nouveau roi) et le serpent d’Esculape entourant un olivier (paix).
Robe a la bostonienne, à la Philadelphie, 1784 bonnet à la Figaro
La comtesse de Matignon paie Beaulard marchand de mode réputé 24 000 Livres/an pour une coiffure nouvelle chaque jour
Potemkine envoie des express roulant jour et nuit pour ramener de Paris une paire de chaussure de bal pour sa maîtresse
Les poufs sont le « pinacle » du marchand de mode. Illustration carrosse vis à vis.
Petite-maîtresse et petit-maître sont les formules pour parler d’une fashion victime.
Polonaise 1780/85 Metropolitan A cette mode succède celle de la "robe polonaise" : l'arrière de la jupe est remonté à l'aide de
cordon puis divisé en trois partie drapées. Ce nom étrange ne veut pas dire que la mode venait de Pologne mais fait allusion au
premier partage de la Pologne en trois en 1772.
Goût extérieur des années 1780
Tissus légers et rayures fin 18e - Metropolitan
Marie-Antoinette – Vigée Lebrun -1783 – Washington Marie-Antoinette met à la mode ses tendances venues d'Angleterre.
Son goût pour la nature se manifeste dans la création du Hameau de la reine, où elle aime se vêtir d'une simple robe de coton
avec un chapeau de paille. Elle apprécie particulièrement la chemise en mousseline blanche, style qui fut baptisé "chemise à la
reine" en 1775. Par son étoffe comme par sa coupe, la chemise à la reine marque une transition vers la robe à taille haute du
Directoire
Repeinte en 1783 Petit Trianon Couleur suif des cheminées de Londres. Couleurs ventre de puce (marron clair a gris) opéra
brûlé, caca dauphin marron jaune, nacarat orange doré)
Chemise de coton Galliera – Détail Polignac – Vigée Le brun caraco dit de Gaulle
Mme Elisabeth et Comtesse de Provence –Vigée – Versailles mode campagnarde affaire de la Rosière de Salençy
1761 Nouvelle Héloïse Rousseau condamne maquillage et excès de toilettes, Du Barry abandonne le Fard,
1766 Mme de Genlis parle de la Rosière 1769 Favart
1773 le Seigneur Dauré s’octroie le droit de choisir la rosière
1774 procès au parlement vice du noble et vertu paysanne
1774 Grétry
Marie-Antoinette en amazone 1788 Adolf Ulrik Wertmuller -Versailles
Marie Antoinette – Louis Auguste Brun de Versoix – Versailles chasse avec chiens, moins souvent après ses grossesses
Promenade à Longchamp –v1760 St Aubin – Carnavalet Aspect relatif du décontracté
Couple en promenade entre 1725 et 50 Metropolitan
Mélite- 1786 – Nicolas Dupin d’après Louis Joseph Watteau MBA Boston In galerie des modes et costumes Français La
Blonde Mélite se promenant le midi au Palais-Royal… vêtue d’une robe anglaise et d’un chapeau à la Devonshire
Robe à l'anglaise 1784-87 Metropolitan
Autoportrait – Rose Adélaïde Ducreux – 1791 Metropolitan
Robe à l’anglaise rayée rose et blanc
Magasin des modes nouvelles françaises et anglaises – ap Duhamel Defraine 1789 Bib Nal d’Ecosse-Edinburgh et Redingote
femme 1790 Los Angeles county
Marie Antoinette dans le parc de Trianon – François Dumont v 1778 col part
Gravure mode a la Lévite en 1781, relancée après reprise d’Athalie 1770 mariage Louis A6, robes droites, châle en col, écharpe
à la taille
Comtesse Catherine Skavronskaia – 1790 Jacquamart-André
Magasin des modes nouvelles françaises et anglaises – ap Duhamel Defraine 1786 Bib Nale D’Ecosse – Edinburgh mode a la
Circasienne, cheville dégagée en principe
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La Belle Poule – et Mousseline bordure indienne coiffure dite La Fuite combat de la Belle Poule conte l’Arethusa, le 17 juin
1778 au large de Plouescat,
La Longchamp 1779 – Nicolas Dupin – MBA Boston d’après Claude-Louis Desrais suite d’habillements à la mode : nouvelle
robe dite à la Longchamp, retroussée avec des nœuds d’amour et des glands garnie de paillettes et ornée d’une ceinture a la
Lévite ; elle est couverte d’une seconde robe de gaze mouchetée.
Costume inventé par Sarrazin, costumier de nos seigneurs princes frères du roi.
Dame en robe à la Turque – v1790 – Greuze, Los Angeles county muséum Manches courtes et longue traine.
En 1718 Lady Mary Worthley Montagu rentre de l’ambassade de son Mari à Constantinople, elle introduit des robes à la turque,
très choquantes sur le moment, mais prisées à la fin du siècle
Les robes de deuil, demi-deuil échappent aux coupes de mode.
Le costume masculin
Gravure costume homme
La mode masculine était beaucoup plus chargée et développée que la mode féminine au XVIIe siècle. Elle se fait un peu plus
discrète au XVIIIe siècle et semble se rééquilibrer par rapport à la mode féminine pour obtenir des couples visuellement plus
harmonieux.
Gilet d’homme ayant appartenu à Claude-Lamoral II (1685-1766), prince de Ligne et du Saint Empire Vers 1750 Galliera
Devant : gros de Tours liseré broché, soie bleu, fils de soie polychromes, fils d’argent doré. Boutons en bois recouverts de filé et
de paillons d’argent doré. Décor tissé à disposition. Dos et doublure : taffetas de soie bleu, et taffetas de soie blanc.
Ce gilet masculin, à manches, a appartenu au prince de Ligne et du Saint Empire. Il était le père de Charles-Joseph Lamoral
(1735-1814), 7e prince de Ligne, ami de la reine Marie-Antoinette, et célèbre mémorialiste. Ces princes d’Empire dont le
château se trouve à Beloeil, en Belgique actuelle, étaient reçus dans toutes les cours d’Europe.
L’histoire du décor textile de ce gilet est à la fois bien connue et mystérieuse. Le dessin s’apparente à celui d’une dessinatrice
anglaise, Anna Maria Garthwaite, qui travaillait pour les manufactures de soie installées dans le quartier londonien de
Spitalfields. Trois autres gilets au décor tissé analogue sont actuellement répertoriés, deux respectivement au Costume
Institute – Metropolitan Museum of Art à New York et au Palazzo Mocenigo à Venise et un dernier également au Palais Galliera.
Ce gilet du prince de Ligne et celui de Venise sont proches dans leur décor de fond et leur dessin de fleurs, plus charnu et
exubérant que sur le dessin anglais. Ces gilets constituent un ensemble exceptionnel de vêtements aristocratiques,
étonnamment quasi-identiques. Parmi eux, le gilet de Galliera sert désormais de référence en raison de sa provenance illustre
Le costume fabriqué en France pour le roi du Danemark vers 1765
"L'habit à la française" se compose d'une veste ou "habit" (appelé justaucorps au XVIIe siècle) dont la forme va progressivement
évoluer ainsi que d'un gilet qui est la pièce d'apparat la plus importante et d'une culotte. Dessous : une chemise blanche, un
jabot et des bas de soie complètent l'ensemble. Les pans de l'habit s’évasent vers l'arrière très haut sur le buste ce qui permet
de révéler les broderies du gilet, souvent plus recherchées que celle de l'habit et d'économiser du tissu sur l'avant du vêtement.
Wedding suit of Gustave III, 1766 - Stockholm
Duplessis comte Provence v1778 Versailles
Homme 1780 Espagne
Le costume masculin a des couleurs vives et est luxueusement brodé.
Même les boutons étaient recouverts de tissu brodé.
De nombreux ateliers de broderie se trouvaient à Paris. On utilisait des fil d'or d'argent et de soie, parfois des sequins.
Habit à la française 1780 - Metropolitan
Les gilets – Louis 15 galons et Louis 16 broderies
La broderie était effectuée avant la coupe, souvent à partir d'un catalogue de broderies dans lequel le client piochait selon son
goût. Les musées conservent encore aujourd'hui des pièces de tissus brodées mais jamais assemblées. Ici motif tissé en droguet
application broderies
Tenue équestre –milieu 18e - Metropolitan
Comme pour la mode féminine, mais beaucoup plus pour la mode masculine, l'influence anglaise est omniprésente. C'est à
cette époque que le fief de l'élégance masculine s'installe en Angleterre, ce qui reste très vrai aujourd'hui : l'élégance féminine
est française, l'élégance masculine est anglaise et il faut aller en Italie pour retrouver l'élégance des accessoires, en particulier
ceux en cuir : sac, gants, chaussures.
L'influence anglaise arrive surtout au milieu du siècle sous la forme de la redingote (qui sera uniformément adopter au XIXe
siècle). Il s'agit d'une veste à col à revers taillé dans un tissu de couleur unie. La redingote ou frac est portée en tenue de ville.
Comme pour la robe à l'anglaise, la redingote est considérée comme beaucoup moins formelle que l'habit à la française.
Gravure colorée Dupin un duc et pair vers 1789
Habit normé de Cour
Homme 1790 – Fantaisie Motifs
Boutons cheveux 1775, corne argent 1780 Metropolitan
Bas et Boucles Metropolitan
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