2002 - Accueil

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2002 - Accueil
*Titre : *Journal de l'année (Paris. 1967)
*Titre : *Journal de l'année
*Éditeur : *Larousse (Paris)
*Date d'édition : *1967-2004
*Type : *texte,publication en série imprimée
*Langue : * Français
*Format : *application/pdf
*Identifiant : * ark:/12148/cb34382722t/date </ark:/12148/cb34382722t/date>
*Identifiant : *ISSN 04494733
*Source : *Larousse, 2012-129536
*Relation : * http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34382722t
*Provenance : *bnf.fr
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Cet ouvrage est paru à l’origine aux Editions Larousse en 2003 ;
sa numérisation a été réalisée avec le soutien du CNL.
Cette édition numérique a été spécialement recomposée par
les Editions Larousse dans le cadre d’une collaboration avec la
BnF pour la bibliothèque numérique Gallica.
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Chronologies
et
Analyses
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
2
Janvier
1
UE
Arrivée de l’euro
Les pièces et les billets en euro entrent en circulation dans 12 pays de l’Union européenne. Selon
Wim Duisenberg, président de la Banque centrale
européenne (BCE), le passage à l’euro fiduciaire
s’opère « de façon très harmonieuse, au-delà de nos
attentes ». En quelques jours, le basculement en
euros des distributeurs de billets européens – plus de
200 000 machines – est achevé. Les transactions en
euros se situent à 75 % environ aux Pays-Bas, à plus
de 50 % en Allemagne, en Grèce et au Luxembourg,
et à plus de 25 % en Belgique, en France, en Italie
et en Autriche. Selon la BCE, « la demande de billets
de banque en euros a été très forte durant ces tout premiers jours de passage à l’euro fiduciaire » et, « en conséquence, une légère pénurie de petites coupures en euros
a été observée au niveau local ». À la fin de l’année
2001, plus de 6,5 milliards de billets en euros, représentant une valeur de 134 milliards d’euros, soit près
de la moitié de la valeur des billets nationaux en circulation, et plus de 37,5 milliards de pièces en euros,
pour un montant total de quelque 12,4 milliards
d’euros, avaient été fournis dans le cadre de la préalimentation, rappelle la BCE. Dans le même temps, le
retrait des devises nationales a commencé, la circulation des billets nationaux étant passée en un an de
380 milliards d’euros le 1er janvier 2001 à 270 milliards
d’euros au 1er janvier 2002. En réussissant son entrée à
peu près en douceur, l’euro fiduciaire a surmonté un
défi logistique sans précédent dans l’histoire, grâce
à plusieurs années de préparation mais aussi au prix
d’une facture élevée, évaluée entre 0,3 % et 0,8 % du
PIB de la zone euro.
L’Europe se met à l’euro
Monnaie unique adoptée par douze des
quinze pays de l’Union européenne, l’euro
est devenu réalité le 1er janvier 2002,
célébrée dans la liesse au même titre que
le Nouvel An. Tir de feux d’artifice, queue
aux distributeurs de billets : l’enthousiasme
consumériste des Européens pour leur nouvelle monnaie s’est affirmé avec force.
Les Européens ont réveillonné sous le signe de
l’euro dans les douze pays de l’Union européenne qui avaient choisi de renoncer à leurs
monnaies nationales pour adopter la monnaie
unique à compter du 1er janvier. Coïncidant
avec le passage à la nouvelle année, le « basculement » dans l’euro a été célébré partout avec
enthousiasme et parfois avec faste, comme en
Espagne qui accédait le même jour à la présidence tournante de l’Union. Partout, les fêtards
du Nouvel An ont fait la queue devant les distributeurs de billets pour être les premiers à palper les nouveaux billets quand sonneraient les
douze coups de minuit.
« Europhoria »
L’enthousiasme des Européens n’avait nullement
été émoussé par les préparatifs orchestrés en
vue de faciliter le passage à l’euro. Outre les campagnes d’information visant à préparer l’opinion
publique à la monnaie unique depuis son entrée
en service, le 1er janvier 1999, les autorités des
pays concernés avaient anticipé le basculement
d’une quinzaine de jours en mettant en vente
des sachets renfermant les nouvelles espèces.
Ces « kits » d’euros proposant l’éventail complet
des nouvelles pièces pour une valeur d’environ
15 euros étaient destinés à familiariser les Européens avec leur nouvelle monnaie avant sa mise
en circulation. Le succès de la campagne a dépassé toutes les espérances : 53,3 millions de ces
sachets ont été vendus du 14 au 18 décembre
2001 dans les douze pays de la zone euro et une
nouvelle série de kits d’une valeur totale d’un
milliard d’euros a dû être éditée avant la fin de
l’année. L’apparition des billets, le 1er janvier à
0 heure, s’est opérée sans problème majeur. Excepté quelques fausses notes rapidement corrigées en Autriche ou en Italie, les distributeurs de
billets ont été en mesure de répondre à la forte
demande.
Passé l’« europhoria » du Jour de l’An – nom donné au grand spectacle offert par Madrid en hommage à l’euro –, les habitudes ont mis quelque
temps à s’établir dans la pratique quotidienne
au cours de la période de transition durant laquelle l’euro s’est trouvé en concurrence avec
les monnaies nationales. Faisant pour l’occasion
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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office de banquiers, les commerçants, qui devaient en principe rendre la monnaie en euros,
ont souvent préféré s’épargner des calculs en
continuant à faire circuler les anciennes devises.
Préparés par de multiples campagnes et par le
double affichage du prix des produits des mois
auparavant, aidés par la distribution d’innombrables convertisseurs, les consommateurs se
sont pourtant emmêlés quelque peu dans les
conversions. Mais d’une manière générale, l’opération s’est déroulée mieux que prévu. Ainsi, en
France, plus de 90 % des paiements en espèces
s’effectuaient dans la nouvelle monnaie quinze
jours après sa mise en circulation. Les bas de
laine se sont vidés d’autant plus vite que le fisc
a su se montrer relativement discret concernant
les sommes économisées au fil des ans et réinjectées dans le circuit. Cette adoption rapide de
l’euro a provoqué des phénomènes d’engorgement dans le circuit de recyclage des pièces et
des billets en francs, refondues pour les unes,
« trouillotés » pour les autres. Ainsi, le franc et
les autres monnaies nationales avaient presque
disparu de la circulation avant même l’échéance
du délai de souffrance qui leur avait été accordé
– le 17 février à minuit pour le franc, la Banque
de France remboursant les pièces jusqu’au 17 février 2005 et les billets jusqu’au 17 février 2012.
Dans ce climat d’euro-enthousiasme, la nostalgie des anciennes monnaies nationales n’a
guère eu l’occasion de s’exprimer, même de la
part des Allemands, pourtant très attachés au
mark, ou des Grecs, qui se flattaient de posséder la plus ancienne monnaie d’Europe avec la
drachme. Le passage à l’euro s’est même déroulé
sans actes de banditisme notables comme des
attaques de fourgons de transport de fonds ou
l’apparition de contrefaçons. Il est vrai que les
forces de l’ordre avaient été mobilisées et que les
nouveaux billets bénéficient d’un haut degré de
protection, garanti par sept « verrous » – papier
teinté, hologrammes, fil métallique... – qui les
rendent difficilement falsifiables.
« L’Union européenne dans vos mains »
Les autorités des pays de la zone euro pouvaient donc se féliciter des bonnes conditions
de passage à la monnaie unique, exalté comme
une victoire de l’Europe et une preuve de la
justesse de l’orientation adoptée à Maastricht
en 1992. Dénoncé parfois pour ses résonances
monétaristes, le mot d’ordre de la Commission
européenne, « L’euro, c’est l’Union européenne
dans vos mains », a rencontré un certain écho
dans les trois pays membres de l’Union mais non
de la zone euro – le Royaume-Uni, le Danemark
et la Suède. Convaincus par les premiers pas de
la monnaie unique, les Suédois semblent sur le
point de se laisser convaincre et les Danois sont
également tentés de réviser leur « non » à l’euro.
Quant aux Britanniques, après avoir affiché un
« euro-scepticisme » de rigueur, ils commenceraient à trouver quelques attraits à l’euro, qui
pourraient faire pencher la balance en sa faveur
lors du référendum que prévoit d’organiser dans
les deux ans à venir le gouvernement de Tony
Blair.
GEORGES CHEVRON
LA GENÈSE DU LOGO
L’idée d’une monnaie unique européenne
est née en 1974. C’est le ministre luxembourgeois Arthur Eisenmenger qui a donné forme à cette utopie, faisant déjà figurer sur son prototype de billet la bannière
bleue étoilée d’or qui l’orne aujourd’hui et
même le logo €. Ce projet dormira dans les
placards de Bruxelles jusqu’à janvier 1996,
date à laquelle le président de la Commission européenne de l’époque, Jacques Santer, proposera le logo € comme symbole
de l’euro, sans en mentionner l’inventeur.
S’écrivant facilement, le logo € est une
transcription de la lettre grecque epsilon,
première lettre du mot Europe. Les deux
lignes parallèles qui le barre horizontalement symbolisent la stabilité de la monnaie unique tout en évoquant les logos du
dollar et du yen.
4
Argentine
Dévaluation du peso
Le ministre argentin de l’Économie annonce la dévaluation de 29 % du peso – le dollar américain valant
désormais environ 1,4 peso –, mettant fin à la parité
qui liait la monnaie argentine au dollar depuis 1991.
À l’origine, la parité du peso avec le dollar avait permis de rompre avec une inflation à trois chiffres et
d’attirer les capitaux étrangers, mais cette nouvelle
donne a fini par nuire aux exportations de la deuxième économie d’Amérique latine, au profit de son
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voisin le Brésil. L’Argentine tourne ainsi la page du
dollar et de l’économie de marché qui ont fondé la
politique du pays depuis dix ans et s’apprête à entamer une difficile renégociation de sa dette publique
de 141 milliards de dollars (155 milliards d’euros)
avec le Fonds monétaire international, qui a cessé ses
versements en décembre. Le Congrès argentin a approuvé la « loi d’urgence économique » du nouveau
président Eduardo Duhalde qui proposait cette dévaluation, accordant au gouvernement les pouvoirs
exceptionnels qu’il demandait pour deux ans afin de
redresser l’économie en faillite. Cinquième président
argentin en deux semaines, l’ancien sénateur péroniste Eduardo Duhalde, ancien vice-président de Carlos Menem, a été désigné par le Congrès pour terminer le mandat de son prédécesseur, Fernando de La
Rua, jusqu’en 2003. Il s’engage à mettre en oeuvre un
nouveau modèle économique pour sortir son pays
de la crise.
5
Italie
Démission du ministre des Affaires
étrangères
Le ministre des Affaires étrangères Renato Ruggiero
démissionne à la suite du différend l’opposant à des
membres du gouvernement au sujet du passage à
l’euro. MM. Berlusconi et Ruggiero décident « d’un
commun accord et dans l’intérêt du pays d’interrompre
la collaboration gouvernementale qu’ils avaient tous
deux jugée importante, utile et par-dessus tout positive ». C’est la première démission depuis la formation
il y a huit mois du gouvernement de centre droit de
Silvio Berlusconi. Elle ne devrait pas passer inaperçue
au niveau international, Renato Ruggiero, ancien
président de l’Organisation mondiale du commerce,
étant considéré comme la caution de crédibilité du
Premier ministre.
Proche-Orient
Nouvelles tensions
Quatre Israéliens et deux Palestiniens sont tués au
terme d’une fusillade dans une attaque du Hamas
d’un poste militaire israélien dans le sud de la bande
de Gaza. Les brigades Ezzedine al-Qassam, bras armé
du Hamas, ont revendiqué cette attaque, qui met
un terme à un mois de calme relatif dans les violences israélo-palestiniennes et suscite de nouveaux
doutes sur les chances de réussite de la médiation
américaine pour aboutir à une trêve. Israël a par
ailleurs demandé l’arrestation d’un proche d’Arafat,
Fouab Choubaki, trésorier du Fatah, dans l’affaire du
Karine A, bateau iranien récemment intercepté en
mer Rouge avec 50 tonnes d’armes et d’explosifs.
Le 10, la branche armée de l’organisation intégriste
Jihad islamique annonce la fin de sa trêve, décrétée
le 25 décembre.
7
France
Adieux d’Yves Saint Laurent à la mode
Yves Saint Laurent, âgé de soixante-cinq ans, annonce son départ de sa maison de couture, lors d’une
conférence de presse au siège historique d’YSL, avenue Marceau à Paris. Ému, le grand couturier s’est
borné à lire un communiqué devant les journalistes
dans lequel il exprime de nombreux remerciements
ainsi que sa « gratitude » à François Pinault, patron du
groupe Pinault-Printemps-Redoute qui contrôle YSL.
Yves Saint Laurent avait fondé la maison de haute
couture portant son nom en 1962 avec Pierre Bergé.
En quatre décennies de création, il aura révolutionné
la mode féminine.
Yves Saint Laurent :
un point c’est tout
S’exprimant symboliquement devant les
journalistes le lundi 7 janvier 2002 au 5,
avenue Marceau à Paris, siège historique de
sa maison de couture, Yves Saint Laurent
a annoncé sa décision de mettre fin aux
activités de l’entreprise qu’il a créée il y a
quarante ans.
Le visage grave, la voix chargée d’émotion, le
couturier s’est borné à lire – sans quitter son
texte des yeux – un communiqué dans lequel il a
dit « adieu à ce métier (qu’il) a tant aimé ».
Après avoir remercié ses maîtres Dior, Schiaparelli ou Chanel, il a affirmé être « très fier que
les femmes du monde entier portent des tailleurs-pantalons, des smokings, des cabans,
des trench-coats ». Avouant être passé « par
bien des angoisses, des enfers », il a « connu
la peur et la terrible solitude. Les faux amis
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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que sont les tranquillisants et les stupéfiants.
La prison de la dépression et celle des maisons de santé. De tout cela, un jour, je suis
sorti, ébloui mais dégrisé ». Yves Saint Laurent
a conclu par un « Je ne vous oublierai pas »,
avant de quitter la salle acclamé par l’assistance
debout.
La fin d’une génération de couturiers
Pierre Bergé, le P-DG d’Yves Saint Laurent Haute
Couture, assure que le retrait d’Yves Saint Laurent est le fait de « sa volonté seule ». Une
manière de démentir tout conflit avec le propriétaire de la maison de haute couture François Pinault et de confirmer les propos d’Yves
Saint Laurent : j’ai voulu « remercier également M. François Pinault et lui exprimer ma
gratitude pour me permettre de mettre harmonieusement un point final à cette merveilleuse aventure et qui a cru comme moi que la
haute couture de cette maison devait s’arrêter avec mon départ ». Un départ qui marque
la fin d’une génération de couturiers, alors que
la haute couture, appellation exclusivement
parisienne, a perdu la moitié de ses adhérents
depuis une dizaine d’années, passant de 24 en
1987 à 11 aujourd’hui, avec la défection d’YSL.
Le dernier officiellement agréé est Jean-Paul
Gaultier, à l’automne 2001 : Pierre Bergé estime
que « la haute couture vit ses derniers jours.
La haute couture est faite pour accompagner
un art de vivre qui a connu son apogée avant
la guerre et après la guerre, qui a connu
grâce à Christian Dior, Chanel et Saint Laurent un renouveau considérable, mais cet
art de vivre n’existe plus ». La cessation de
l’activité d’YSL entraîne une recomposition de
l’activité d’une maison qui emploie quelque
150 personnes après l’éclatement du groupe
en deux entités en 1999. Depuis, Yves Saint
Laurent Couture, qui regroupe le prêt-à-porter
et les parfums, est la propriété de Gucci (détenu à 53,2 % par Pinault-Printemps-Redoute,
contrôlé par François Pinault via sa holding
Artémis). Yves Saint Laurent Haute Couture,
présidé par Pierre Bergé, est la propriété d’Artémis. La dégradation des relations entre les
actuels propriétaires de la griffe et les fondateurs historiques de la maison de haute couture
et l’opposition de style entre le couturier Yves
Saint Laurent et l’Américain Tom Ford, créateur
du prêt-à-porter Saint Laurent Rive Gauche,
étaient les raisons avancées pour expliquer le
départ du maître.
Le maître de couture
L’aventure YSL a débuté en 1954. Cette annéelà, Yves-Mathieu Saint Laurent, né dix-huit ans
plus tôt à Oran, est récompensé par le Secrétariat de la laine. L’année suivante, il rejoint
les studios de Christian Dior en tant qu’assistant-modéliste. Dès 1957, il succède à celui
qu’il considère comme son « maître », décédé
brutalement. Sa première collection, chez
Dior, en 1958 est un succès. Quatre ans plus
tard, en 1962, Yves Saint Laurent et Pierre Bergé créent leur propre maison de couture. La
réussite est immédiate : le pantalon féminin
pour le jour s’impose. En 1968, année symbolique, la saharienne constitue une nouvelle
étape révolutionnaire pour ce couturier qui
se targue d’habiller les femmes avec des vêtements d’homme, leur donnant alors la liberté
et l’aisance qui leur fait défaut pour gravir les
échelons du pouvoir. Très ouvert par ailleurs sur
le monde de l’art, Yves Saint Laurent crée une
multitude de décors et de costumes pour des
spectacles, des pièces de théâtre et des films.
L’actrice Catherine Deneuve, avec laquelle il
collabore souvent, devient son ambassadrice
de coeur. Héritier du style Chanel et légataire
artistique de Christian Dior, Yves Saint Laurent
est élu en 1972, déjà, « plus grand couturier du
monde » par le magazine américain Harper’s
Bazaar. C’est qu’il a osé bouleverser la mode
en accompagnant l’émancipation de la femme,
voire celle d’une époque. Abolissant la stricte
frontière séparant le vêtement de l’homme et
celui de la femme, il a « inventé » le style androgyne dédié à la femme avec son fameux tailleur-pantalon ou son smoking féminin, fixant
avant tout le monde les canons précurseurs de
la mode unisexe. Le tailleur-pantalon, mais aussi la robe trapèze, la saharienne, le caban, les
transparences jalonnent un parcours couronné
de succès où le couturier a libéré la mode et
bousculé les conventions. En 1983, le couturier
entre dans le Petit Larousse et le Metropolitan
Museum de New York lui consacre la rétrospective la plus importante jamais accordée à un
couturier de son vivant : « Yves Saint Laurent :
vingt cinq ans de création ». Mais le créateur
révolutionnaire tire, avec classe, sa révérence à
soixante-cinq ans. « Je n’ai qu’un regret, ne
pas avoir inventé le jean... », a-t-il dit un jour.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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« Chanel a libéré la femme, Saint Laurent
lui a donné le pouvoir », affirme Pierre Bergé.
Il a permis « aux femmes de conquérir ce
que la société réserve le plus souvent aux
hommes : la liberté et l’assurance que donne
le vêtement ».
MADELEINE QUÊ
UNE ACTIVITÉ DÉFICITAIRE
Alors que Yves Saint Laurent crée, Pierre
Bergé instaure un empire financier avec
l’ouverture de 110 boutiques, mais aussi
la mise au point de nombreux accessoires
et produits dérivés de luxe et celle de
quelques-uns des plus grands parfums
du monde : « Y », « YSL pour homme »,
« Opium », « Jazz », « Kouros », « Champagne I ». Pourtant, la griffe Yves Saint Laurent Haute Couture, contrôlée par François
Pinault depuis 1999, est une activité déficitaire, comme toutes les maisons de ce
secteur qui constituent autant de vitrines
prestigieuses et des boîtes à idées du prêtà-porter. Et pour arranger le tout, les relations entre Yves Saint Laurent, l’artiste, et
François Pinault, le mécène, n’ont pas tou-
jours été idylliques.
10
France
Fin du débat sur l’arrêt Perruche
Les députés adoptent à la quasi-unanimité la proposition de loi du député Démocratie libérale JeanFrançois Mattéi complétée par l’amendement du
gouvernement sur l’indemnisation des handicaps
congénitaux. Ce texte, qui stipule « nul ne peut se
prévaloir d’un préjudice du seul fait de sa naissance »,
casse la jurisprudence de l’arrêt Perruche en interdisant à un enfant né avec un handicap congénital
de réclamer une indemnisation du seul fait de sa
naissance. Le 17 novembre 2000, la Cour de cassation avait accordé le droit d’obtenir personnellement
réparation au jeune Nicolas Perruche, né polyhandicapé des suites d’une rubéole chez sa mère pendant
la grossesse. Cet arrêt confirmé par deux fois par la
haute juridiction avait soulevé la désapprobation des
professionnels de la naissance et des associations de
parents. L’amendement indique donc qu’un enfant
né handicapé ne pourra pas réclamer réparation
pour faire reconnaître un préjudice ni intenter une
action en justice contre ses parents. En revanche, les
parents d’un enfant handicapé pourront se retourner
contre le médecin qui n’aurait pas décelé un handicap durant la grossesse des suites d’une « faute
caractérisée ».
11
Allemagne
Stoiber contre Schröder
L’ultraconservateur Edmund Stoiber devient le
candidat de l’opposition CDU-CSU face au chancelier social-démocrate Gerhard Schröder aux
législatives allemandes du 22 septembre 2002. Sa
principale rivale, la présidente de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) Angela Merkel, annonce
en effet qu’elle se retire de la course, reconnaissant son échec dans la bataille qu’elle menait
depuis plusieurs semaines contre le leader du
parti bavarois de la CSU. Les derniers sondages
soulignaient l’avantage qu’aurait la CDU-CSU à
battre campagne sous la bannière d’Edmund
Stoiber, fort de son bilan économique en tant
que chef du gouvernement régional de Bavière.
C’est la deuxième fois que la CSU impose à la CDU
son candidat à la chancellerie, après Franz-Josef
Strauss en 1980.
France
Prison ferme pour Bernard Bonnet
Le tribunal correctionnel d’Ajaccio condamne
l’ancien préfet de Corse Bernard Bonnet à trois ans
d’emprisonnement, dont un an ferme. Ce dernier
est reconnu coupable d’avoir ordonné en février
1999 d’incendier clandestinement des paillotes
construites illégalement sur le domaine public maritime. M. Bonnet fait immédiatement appel de la décision du tribunal, laquelle reste toutefois en deçà des
réquisitions du procureur de la République qui avait
demandé quatre ans, dont trois ferme, contre le haut
fonctionnaire. Les deux autres principaux prévenus
dans l’affaire des paillotes, le colonel Henri Mazères,
ancien commandant de la gendarmerie en Corse,
et Gérard Pardini, ex-directeur de cabinet du préfet,
décident aussi de faire appel après avoir été chacun
condamnés à deux ans et demi de prison, dont six
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
7
mois ferme, et à deux ans d’interdiction de leurs
droits civiques et civils.
12
Pakistan
Mesures anti-islamistes
Islamabad interdit cinq mouvements islamistes, dont
le Lashkar-e-Tayyaba (Armée de Médine) et le Jaishe-Mohammed (Armée de Mahomet), considérés
par New Delhi comme les instigateurs de l’attaque
meurtrière du 13 décembre contre le Parlement
indien. L’Inde salue les nouvelles mesures contre
le terrorisme frontalier du Cachemire annoncées
par le président pakistanais Pervez Mucharraf mais
demande qu’elles prennent effet immédiatement.
Des deux côtés de la frontière, la mobilisation des
troupes est actuellement la plus importante depuis
la dernière guerre indo-pakistanaise en 1971.
France
Le Conseil constitutionnel annule les
dispositions contre le licenciement
Le Conseil constitutionnel censure un article de la
loi de modernisation sociale qui définit plus strictement la notion de licenciement économique dans
le Code du travail, estimant qu’il aurait retardé des
« réorganisations inéluctables et conduit ainsi à plus
de licenciements ». Cet article interdisait les licenciements pour motif économique sauf en cas de diffi-
cultés sérieuses, de mutations technologiques ou
de réorganisation indispensable à la sauvegarde de
l’entreprise. Le gouvernement « prend acte » de cette
décision qui « ne met nullement en cause la réforme
d’ensemble des procédures de licenciements collectifs ».
En revanche, le Conseil juge conforme à la Constitution l’ensemble des dispositions améliorant l’information et renforçant les prérogatives des instances
représentatives des salariés quant aux projets de restructuration de l’entreprise.
14
France
Démission du juge Halphen
Le juge Éric Halphen, quarante-deux ans, annonce
qu’il a demandé sa « mise en disponibilité » à la chancellerie. Le 4 septembre 2001, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris avait dessaisi le juge
Halphen du dossier des HLM de Paris, qu’il instruisait
depuis sept ans. Elle avait également annulé pour
vice de forme une convocation de Jacques Chirac
comme témoin. Éric Halphen dénonce une « justice
à deux vitesses » et explique qu’il a décidé de parler
pour « défendre son honneur : Faire savoir que j’ai été
calomnié et que mon instruction sur l’affaire des HLM a
été sabotée. On m’a mis des bâtons dans les roues tout le
temps. On a sans cesse voulu m’empêcher d’enquêter. »
Il accuse aussi certains magistrats : « Toutes les annulations de l’affaire des HLM sont à mes yeux totalement
infondées. Il faut bien comprendre que la procédure
pénale n’est pas une science exacte. La chambre de l’instruction fait ce qu’elle veut. Dans les dossiers terroristes,
elle fait des contorsions pour faire tenir les enquêtes.
Dans les dossiers financiers, et en particulier avec moi,
c’est l’inverse. Certains juges, auxquels on a attribué des
idées politiques qui ne sont pas celles du président de
la chambre de l’instruction, ont été comme moi systématiquement maltraités. Dans ce genre d’affaire, la
chambre de l’instruction examine le dossier davantage
en fonction du juge qui l’a instruit que par rapport à son
contenu. »
Le P-DG de la Société générale
en garde à vue
Daniel Bouton, président-directeur général de la Société générale, est placé en garde à vue dans le cadre
de l’enquête sur un réseau de blanchiment francoisraélien. Six cadres de la banque, poursuivis au « titre
de leurs fonctions », ont déjà été mis en examen
dans cette affaire par la juge d’instruction parisienne
Isabelle Prévost-Desprez. La magistrate enquête sur
un réseau de blanchiment d’argent entre la France
et Israël : des chèques volés en France, pour la plupart dans des boîtes aux lettres, ont été endossés
dans des banques israéliennes ou des territoires
palestiniens et réglés par des banques françaises.
La justice reproche aux banques de ne pas surveiller le traitement des chèques au sein des chambres
de compensation des organismes bancaires. Daniel
Bouton affirme que la Société générale a respecté les
procédures bancaires habituelles et regrette que les
services de police et les banquiers ne coopèrent pas
plus étroitement dans la lutte contre le blanchiment.
Commerce
L’OMC déboute les États-Unis
Un comité d’appel de l’Organisation mondiale du
commerce (OMC) se prononce contre la législation
américaine accordant plusieurs milliards de dollars
d’allégements de charges fiscales aux entreprises
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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américaines qui opèrent à l’étranger. Cette législation a été signée par le président Bill Clinton en
novembre 2000, déclenchant immédiatement une
levée de boucliers au sein de l’Union européenne.
Celle-ci avait alors menacé les États-Unis de sanctions douanières d’un montant de 4 043 milliards de
dollars au cas où l’OMC jugerait ces aides illégales.
Dans leur communiqué de ce lundi, les Quinze ont
appelé les États-Unis à se mettre en conformité « une
fois pour toutes » avec les règles de l’OMC. L’Organisation mondiale du commerce s’est déjà prononcée trois fois contre les mesures américaines qui
accordent des exemptions d’impôts aux entreprises
exportatrices.
15
UE
Un nouveau président pour le
Parlement
L’Irlandais Pat Cox, quarante-neuf ans, président du
groupe libéral, succède à Nicole Fontaine, du Parti
populaire européen, au terme de son mandat de
deux ans et demi, à la présidence du Parlement européen. Il l’emporte face à son adversaire socialiste,
le Britannique David Martin. L’Irlandais est élu au
troisième tour de scrutin avec une majorité absolue
de 298 voix contre 236 pour l’Écossais David Martin, un proche du Premier ministre britannique Tony
Blair. L’eurosceptique Jens-Peter Bonde, un nationaliste danois, qui s’était maintenu au troisième tour, a
recueilli 33 voix. Pour la première fois en cinquante-
deux ans d’existence du Parlement de Strasbourg,
l’élection de son président a donné lieu à une véritable bataille politique entre la droite et le centre
d’un côté, et les socialistes et les Verts de l’autre. La
quasi-totalité des partis de l’assemblée avait présenté un candidat.
16
Proche-Orient
Le chef du FPLP arrêté par les
Palestiniens
L’Autorité palestinienne annonce l’arrestation à
Ramallah du chef du Front populaire de libération
de la Palestine (FPLP), Ahmed Saadat, qui avait
revendiqué l’an dernier l’assassinat d’un ministre
israélien d’extrême droite. Cette arrestation est
survenue quelques heures après l’assassinat de
deux automobilistes israéliens sur des routes de
Cisjordanie. Le FPLP avait revendiqué l’assassinat
en octobre dernier de Rehavam Zeevi, ministre
israélien du Tourisme. Récemment, Israël avait
annoncé que Yasser Arafat ne serait pas autorisé
à quitter Ramallah – où le leader palestinien est
de fait assigné à résidence depuis la fin de décembre – tant qu’Ahmed Saadat n’aurait pas été
mis sous les verrous. Dans un communiqué, le
FPLP indique que l’arrestation de son chef risque
de déboucher sur une « guerre politique totale »
entre l’Autorité palestinienne et l’ensemble des
Palestiniens. De leur côté, le Djihad islamique et
le Hamas s’apprêtent à intensifier leurs attaques
contre Israël. Le 18, après qu’un kamikaze palestinien a tué six Israéliens dans une salle de mariage
à Hadera, dans le nord d’Israël, Tsahal envoie des
chars à Ramallah et bombarde la ville de Tulkarem,
détruisant le siège du gouvernement à Tulkarem.
L’homme a blessé trente personnes à l’arme automatique en plein centre de Jérusalem avant d’être
abattu. Un autre homme tire à l’arme automatique
dans les rues de Jérusalem-Ouest avant d’être
abattu, blessant quatorze personnes, tandis que
le mouvement de la résistance islamique (Hamas)
annonce qu’il mènera une « guerre totale » contre
les soldats et colons israéliens, répondant ainsi à
la mort de quatre de ses militants au cours d’une
opération commando de Tsahal à Naplouse (Cisjordanie). Le 29, Tsahal opère une incursion à Artas
(Cisjordanie), au sud de Bethléem, deux jours après
un attentat-suicide commis par une jeune femme
palestinienne dans le centre de Jérusalem. Depuis
le début de la deuxième Intifada, il y a seize mois,
plus de 30 hommes, dont un Arabe de nationalité
israélienne, se sont fait exploser en Israël, faisant
des dizaines de morts et des centaines de blessés.
17
France
La loi sur la Corse censurée
Le Conseil constitutionnel censure l’article premier
de la loi sur la Corse, qui attribuait un pouvoir législatif
aux élus insulaires. Saisi par les députés et sénateurs
de l’opposition, le Conseil constitutionnel – dont sept
des neuf membres sont classés à droite – n’a censuré
qu’une seule disposition de la loi sur la Corse, mais
une disposition de taille. Les autres dispositions du
texte ont été validées. L’article premier « méconnaisdownloadModeText.vue.download 11 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
9
sait les dispositions constitutionnelles qui dressent
limitativement les cas de délégation » du pouvoir
législatif, soulignent les juges constitutionnels dans
leur communiqué. La Constitution n’autorise en effet
un tel transfert que dans quatre cas : le référendum,
les ordonnances, l’attribution de pouvoirs exceptionnels au chef de l’État et le transfert de compétences
à un territoire d’outre-mer. En refusant de donner à
l’Assemblée de Corse le pouvoir d’adapter les lois, les
Sages ont annihilé la clé de voûte du processus de
Matignon. Conformément à la Constitution, Jacques
Chirac dispose d’un délai de quinze jours pour promulguer la loi sur la Corse, ce qu’il fait le 22 : « Au
terme du processus d’élaboration de la loi sur la Corse »,
indique un communiqué du Président, « l’île, dotée de
compétences nouvelles et de moyens propres à assurer son développement économique, social et culturel,
reste pleinement ancrée dans la République. C’est ce que
j’avais demandé à plusieurs reprises. »
18
Madagascar
Manifestation à Antananarivo
Plusieurs dizaines de milliers de partisans du candidat de l’opposition Marc Ravalomanana manifestent
dans le calme à Antananarivo, capitale de l’île de
Madagascar. Ils dénoncent une tentative du gouvernement de falsifier les résultats du premier tour
de l’élection présidentielle. Un mois après le premier
tour de scrutin du 16 décembre, les résultats officiels
ne sont pas encore publiés. Selon des résultats provisoires, M. Ravalomanana, maire d’Antananarivo, a
recueilli 46,56 % des voix, contre 40,56 % au président sortant, l’amiral Didier Ratsiraka. L’opposition
multiplie les manifestations de protestation contre
les résultats provisoires qui, en cas de validation, en-
traîneraient un second tour entre le président Ratsiraka et Marc Ravalomanana. Ce dernier prétend avoir
remporté suffisamment de suffrages – près de 53 %
– pour être élu dès le premier tour et, accusant son
adversaire de lui voler sa victoire, refuse un second
tour. Le 28 et le 29, 500 000 à un million de personnes
répondant à un appel à la grève générale lancé par
Marc Ravalomanana défilent, toujours dans le calme,
dans les rues d’Antananarivo. Ce dernier appelle à la
tenue de manifestations quotidiennes jusqu’à ce qu’il
soit déclaré vainqueur.
L’incroyable imbroglio malgache
La Grande Île de l’océan Indien a connu
une situation quasiment inédite pendant
les six premiers mois de l’année 2002. Un
interminable bras de fer s’est joué entre le
président sortant, Didier Ratsiraka, et son
adversaire de la présidentielle de décembre
2001, Marc Ravalomanana.
Le 16 décembre 2001, les Malgaches se
rendent aux urnes pour choisir leur chef de
l’État. Ils doivent départager six candidats. Mais
l’élection se joue en fait entre deux hommes :
le sortant Didier Ratsiraka, au pouvoir pendant
vingt-cinq ans avec une courte interruption
de 1993 à 1998, et Marc Ravalomanana, prospère homme d’affaires et maire de la capitale,
Antananarivo.
Un long dépouillement
Comme toujours, le dépouillement du premier
tour est long, très long, à Madagascar. Plus vaste
que la France, la Grande île est pauvre en infrastructures de communication. Plusieurs semaines
sont donc généralement nécessaires pour réunir les résultats. Cette fois, il ne faudra pourtant « que » quinze jours pour que le ministère
de l’Intérieur les annonce : 46,44 % pour Marc
Ravalomanana, contre 40,61 % pour Didier Ratsiraka. Officiellement, un deuxième tour est donc
nécessaire pour départager les deux hommes. Il
n’aura jamais lieu. D’après ses décomptes, M. Ravalomanana remporte l’élection au premier tour
avec près de 52 % des voix.
Qui a raison ? Qui a tort ? Nul ne le saura. Chacun s’accuse mutuellement de fraude. De plus,
les résultats officiels sont également contestés
par un consortium d’observateurs indépendants. Ce qui conforte le maire d’Antananarivo
dans son exigence d’obtenir une confrontation
des procès verbaux recueillis par les deux camps
pour départager les candidats. Didier Ratsiraka
s’y oppose, arguant du fait que la procédure
n’est pas prévue par la Constitution qui laisse à
la seule Haute Cour constitutionnelle (HCC) le
soin de proclamer les résultats définitifs. Sauf
que l’opposition la soupçonne de rouler pour le
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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chef de l’État sortant. Se considérant désormais
comme le président élu, Marc Ravalomanana
lance alors ses partisans dans la rue et appelle,
mi-janvier, à une grève générale largement suivie dans la capitale, où il compte de nombreux
soutiens. Chaque jour, pendant plusieurs semaines, des dizaines de milliers de ses partisans
se réunissent dans le centre ville pour réclamer
la reconnaissance de sa victoire.
Didier Ratsiraka n’a aucunement l’intention
d’obtempérer. Marc Ravalomanana décide alors
de s’autoproclamer chef de l’État, le 22 février,
devant des milliers de partisans réunis dans un
stade d’Antananarivo, en présence d’anciens
hauts magistrats et en présence des représentants du clergé, qui lui sont largement acquis.
L’initiative est mal accueillie à l’extérieur. Le
secrétaire général de l’Organisation de l’unité
africaine, l’Ivoirien Amara Essy, médiateur de la
crise, et la France condamnent ce qu’ils considèrent comme une tentative de coup de force.
Le maire d’Antananarivo n’en a cure. D’autant
que la loi martiale, décrétée les jours suivants
par Didier Ratsiraka, n’est tout simplement pas
appliquée par une armée qui refuse d’autant
moins de tirer sur les partisans de Ravalomanana
qu’elle lui est à 80 % fidèle.
Deux présidents
Le pays se retrouve, de facto, avec deux présidents. Le sortant Didier Ratsiraka s’installe dans
son fief de Toamasina, principal port du pays,
d’où il espère amorcer sa contre-offensive. Fort
du soutien implicite de l’OUA, il espère parvenir
à récupérer le pouvoir en entamant le blocus
de la capitale, enclavée dans les hautes terres.
Il compte également sur les gouverneurs qui lui
sont encore fidèles dans cinq des six provinces
du pays et à qui il ordonne de tout faire pour
résister à l’avancée des soldats fidèles à Marc
Ravalomanana.
Au fil des semaines, la pénurie commence à
gagner la capitale et, d’une manière générale,
la situation économique de l’île devient catastrophique, alors que de nombreuses entreprises
doivent fermer leurs portes. Les tentatives de
médiations se multiplient. Le 18 avril, Marc Ravalomanana et Didier Ratsiraka se rencontrent
à Dakar, sous l’égide du président sénégalais
Abdoulaye Wade et de plusieurs autres dirigeants africains. Ils signent un texte qui prévoit le recomptage des voix et un référendum
si aucune majorité absolue ne se dégage en
faveur d’un des candidats. En fait, quelques
jours plus tard, la Haute Cour constitutionnelle,
dont certains membres ont été remplacés par
d’autres plus favorables à Marc Ravalomanana,
proclament les résultats définitifs du scrutin du
16 décembre. C’est désormais le tour de Didier
Ratsiraka de dénoncer une cour aux ordres du
nouveau « président ». Les craintes d’une guerre
civile se confirment, alors que les troupes de
Marc Ravalomanana entreprennent de prendre
les principales villes du pays, dont Mahajanga,
un port stratégique au nord-ouest de l’île, Antsiranana, à l’extrême nord, et Toliara, au sud. D’où
une nouvelle initiative du président sénégalais
et de son homologue gabonais Omar Bongo,
qui convoquent littéralement les deux ennemis à Dakar le 8 juin. La rencontre aboutit à un
compromis bancal, qui prévoit l’organisation
d’élections législatives anticipées avant la fin de
l’année. À l’évidence, cette solution ne résout
pas la crise.
Sur le terrain, les forces de Marc Ravalomanana
progressent. Mi-juin, ses hommes prennent le
port de Mahajanga, ouvrant une voie importante
d’approvisionnement vers la capitale. Au même
moment, Didier Ratsiraka quitte précipitamment
son fief pour Paris. On le croit en exil. C’est mal le
connaître. Le 19 juin, une équipée militaire est
dévoilée. Douze mercenaires français, recrutés
par le camp Ratsiraka, sont stoppés à Dar Es Salam, en Tanzanie, alors qu’ils tentent de se rendre
sur la Grande Île, à bord d’un Falcon 900. Trois
jours plus tard, le président malgache obtient,
malgré tout, le soutien de l’organe de prévention
des conflits de l’OUA. Refusant de trancher entre
Ratsiraka et Ravalomanana, celui-ci propose la
tenue d’un référendum pour les départager. En
fait, les dés sont déjà jetés.
CHRISTOPHE CHAMPIN
RECONNAISSANCE INTERNATIONALE
Le 26 juin, lors de la fêle de l’indépendance
organisée par le nouveau régime, tous
les pays occidentaux, à l’exception de la
France, sont représentés par leurs ambassadeurs, ce qui vaut, de facto, reconnaissance. Campée jusqu’ici dans une neutralité, interprétée à Madagascar comme un
soutien à Didier Ratsiraka, Paris ne tarde
pas à leur emboîter le pas. En revanche,
l’OUA maintient sa position. Lors de son
sommet, du 8 au 11 juillet, à Durban, l’ordownloadModeText.vue.download 13 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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ganisation panafricaine refuse à nouveau
de reconnaître le régime d’Antananarivo.
Mais Didier Ratsiraka a déjà quitté le pays,
pour les Seychelles, puis la France, cette
fois pour y vivre en exilé. La victoire de
Marc Ravalomanana est totale.
22
Colombie
Le processus de paix préservé
La guérilla colombienne des FARC et le gouvernement colombien s’engagent à signer un cessez-lefeu le 7 avril, évitant ainsi la rupture des pourparlers
de paix engagés depuis trois ans. L’accord a été paraphé par le haut-commissaire colombien à la paix, Camilo Gomez, et le porte-parole des Forces armées révolutionnaires de Colombie, Raul Reyes, à Los Pozos,
dans l’enclave démilitarisée des FARC, à 700 km au
sud de Bogota. Grand comme la Suisse (42 000 km2),
ce territoire situé dans une zone stratégique du sud
du pays avait été placé sous le contrôle des FARC en
janvier 1999 afin d’instaurer le début du processus
de paix. Cet accord est intervenu juste avant la fin
de l’ultimatum fixé par le président Andrés Pastrana,
pour aboutir à une relance des négociations, suspendues depuis le 17 octobre dernier par les FARC. Faute
d’accord, le chef de l’État devait annoncer la fin de
la zone démilitarisée détenue par les FARC, et par là
même la mort du processus de paix pour tenter de
mettre fin à trente-sept ans d’une guerre civile qui a
fait 200 000 morts.
Russie
Suppression d’une chaîne
indépendante
Le ministre russe des médias Mikhail Lesine supprime
les émissions de TV6, la plus grande chaîne indépendante de Russie, dont les journalistes avaient refusé
d’abandonner leur patron Boris Berezovsky, homme
d’affaires controversé et vif critique du Kremlin. Le
directeur de TV6 Evguéni Kiseliov a fait part de pressions du gouvernement. Il a raconté que lorsque la
plus haute cour de Russie avait ordonné la dissolution
de TV6, le 11 janvier dernier, le ministre des médias
avait appelé son directeur exécutif pour lui proposer
un marché : les journalistes pouvaient rester à l’antenne à condition de couper tout lien avec Berezovsky. Sous la pression, Kiseliov a accepté de remettre
la licence de la chaîne dans une lettre au ministre.
Cela aurait permis aux journalistes qui dirigent TV6
de demander une nouvelle licence, sans Berezovsky.
Mais Evguéni Kiseliov a ensuite envoyé une nouvelle
lettre au ministre dans laquelle il revenait sur sa décision. Peu après son annonce, les huissiers arrivaient
au ministère des médias pour demander que l’ordre
de justice soit exécuté et que TV6 disparaisse des
ondes. La justice russe avait ordonné la fermeture
de TV6 après une plainte déposée par son actionnaire minoritaire Lukoil-Garant, un fonds de pension
appartenant au géant pétrolier russe Lukoil, qui exigeait la fin de la station au prétexte qu’elle n’apportait
pas de bénéfices. TV6 est dirigée par un groupe de
journalistes venus de NTV, une chaîne indépendante
reprise en main l’an dernier par le géant Gazprom.
Certains ont affirmé que la chaîne payait ainsi pour
ses critiques du Kremlin et sa couverture de la guerre
en Tchétchénie. Le principal actionnaire de TV6 est le
magnat Boris Berezovsky, qui a perdu les faveurs du
Kremlin et qui vit à l’étranger pour échapper à des
accusations de corruption.
23
France
Grève largement suivie des médecins
généralistes
L’UNOF (Union nationale des omnipraticiens de
France), premier syndicat de généralistes, appelle les
praticiens à fermer leur cabinet pendant 24 heures.
Elle est rejointe par de très nombreux syndicats de
spécialistes. Le taux de grévistes a atteint entre 70
et 90 %, selon les régions. Les négociations avec la
Caisse primaire d’assurance maladie (CNAM) sont au
point mort. La ministre de l’Emploi et de la Solidarité
Élisabeth Guigou appelle les représentants de l’Union
nationale des omnipraticiens de France à reprendre
les négociations entamées le 10 janvier dernier avec
la CNAM pour parvenir à un compromis, refusant une
nouvelle fois de reprendre elle-même les discussions
en s’abritant derrière la loi : « C’est à la CNAM de négocier les rémunérations, mais moi je m’occupe de tout
le reste. » Depuis le début du mouvement de grève
des gardes entamé le 15 novembre 2001, l’UNOF demande que les consultations de base soient portées
à 20 euros et les visites à domicile à 30 euros, ce qui
représente une enveloppe globale de 1,38 milliard
contre 732 millions d’euros sur trois ans proposés de
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
12
son côté par la Caisse primaire d’assurance maladie
pour revaloriser les honoraires des médecins.
24
France
Décès de Pierre Bourdieu
Le sociologue Pierre Bourdieu décède à Paris à
l’âge de soixante et onze ans. Directeur d’études
à l’École des hautes études en sciences sociales
(EHESS), élu au Collège de France en 1981, où il
occupait la chaire de sociologie, il était considéré
comme celui qui a renouvelé la sociologie à partir
des années 1960 et comme l’un des grands penseurs de la société contemporaine. Il réunit autour
de lui une école sociologique dont la revue Actes
de la recherche en sciences sociales, fondée en 1975,
fut la vitrine. Dans les années 1990 et à partir des
grèves de l’automne 1995, il s’est engagé publiquement aux côtés des mouvements de contestation de la mondialisation.
25
Inde
Nouveau test d’un missile nucléaire
New Delhi procède au tir d’un missile balistique
de moyenne portée à capacité nucléaire de classe
Agni II, c’est-à-dire un engin capable de transporter
une bombe nucléaire sur 700 km. Il a été lancé depuis l’île de Wheeler au large des côtes de l’État indien d’Orissa au-dessus de la baie du Bengale. Alors
que la crise avec le Pakistan au sujet du Cachemire
bat son plein, le gouvernement indien déclare que
cet essai était prévu de longue date et n’a, en conséquence, aucune signification politique. Depuis une
attaque-suicide le 13 décembre 2001 contre le Parlement indien attribuée par New Delhi à des milices
islamistes du Pakistan, des centaines de milliers de
soldats indiens et pakistanais équipés de missiles
balistiques, de chars et appuyés par l’aviation se
font face à la frontière entre les deux pays. Les autorités gouvernementales pakistanaises réagissent
au test indien en estimant qu’il est « préjudiciable »
et rappelle que le Pakistan est prêt à se défendre
contre toute agression. Pour sa part, le gouvernement britannique de Tony Blair « regrette » l’essai
indien, estimant que celui-ci donne « de mauvais
signaux dans cette région et au-delà ». Une opinion
partagée par le gouvernement français, qui estime
pour sa part que le tir du missile n’est « certainement
pas le signal le plus heureux dans le contexte régional
actuel ».
27
Tennis
Capriati et Johansson champions en
Australie
L’Américaine Jennifer Capriati (no 1 mondiale), tenante du titre et âgée de vingt-cinq ans, remporte,
après avoir sauvé quatre balles de match, sa troisième victoire dans un tournoi du grand chelem
en battant la Suissesse Martina Hingis (no 3) 4-6,
7-6 (9/7), 6-2, en 2 heures 10 minutes, dans la finale
du simple dames des Internationaux d’Australie à
Melbourne. Chez les hommes, le Suédois Thomas
Johansson (no 16) bat en finale le Russe Marat Safin
(no 9) 3-6, 6-4, 6-4, 7-6 (7/4), en 2 heures et 53 minutes. C’est le premier titre majeur pour ce joueur
de vingt-sept ans, dont ses deux quarts de finale
à l’US Open, en 1998 et 2000, étaient jusque-là les
plus belles prestations en grand chelem. Sa victoire
met fin à la traversée du désert du tennis suédois,
depuis le deuxième succès de Stefan Edberg à
l’US Open en 1992. Le dernier Suédois vainqueur à
Melbourne était Mats Wilander en 1988, année de
l’ouverture de Melbourne Park.
28
France
Hausse des statistiques de la
délinquance
Les directeurs généraux de la police Patrice Bergougnoux et de la gendarmerie Pierre Steinmetz
indiquent que la délinquance en France a augmenté de 7,69 % en 2001, franchissant, pour la
première fois, la barre des quatre millions de faits
constatés. L’an dernier, les services de police et
de gendarmerie ont recensé 4 061 792 crimes et
délits contre 3 771 849 un an plus tôt. Si chacune
des quatre grandes catégories de crimes et délits
(vols, atteintes aux personnes, infractions économiques et financières, autres, dont stupéfiants) est
orientée à la hausse, la plus importante (+ 9,86 %)
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
13
est celle des « atteintes aux personnes ». Les statistiques 2001 de la délinquance confirment et
amplifient un phénomène apparu en 2000 : la
« rurbanité » de la délinquance, qui s’exprime
de plus en plus dans les zones périurbaines,
voire rurales. L’augmentation du nombre de faits
constatés par la seule gendarmerie (11,89 %) est
ainsi près du double de celle enregistrée par les
services de police (6,23 %).
Sport
Fin de Prost Grand Prix
À moins de deux mois de l’ouverture du Championnat du monde 2002, le tribunal de commerce de Versailles prononce la mise en liquidation de l’écurie de
formule 1 Prost Grand Prix, placée en redressement
judiciaire depuis le 22 novembre dernier. L’entreprise du quadruple champion du monde présentait
une dette de 30,5 millions d’euros. Prost Grand Prix
emploie 200 salariés. Une procédure de reclassement est lancée. Alain Prost avait fondé son écurie
en 1997, laquelle n’a pas remporté la moindre course
en quatre saisons, tant avec le motoriste Peugeot
qu’avec Ferrari, son fournisseur actuel.
30
États-Unis
Mise en garde de Bush
À l’occasion de son premier discours sur l’état de
l’Union devant le Congrès et le peuple américains, le
président George W. Bush assure que des « dizaines
de milliers de terroristes menacent toujours l’Amérique ».
Il entend mobiliser son pays contre deux fléaux : le
terrorisme et la récession, deux de ses principaux
chevaux de bataille. Des « dizaines de milliers de terroristes menacent toujours l’Amérique », soutenus, selon
la vision du président américain, par une dizaine de
pays qui « abritent des terroristes » ainsi que par « une
sphère diabolique » de trois autres pays – l’Iran, la Corée du Nord et l’Irak – qui cherchent à s’approprier
des armes de destruction massive. Près de cinq mois
après les attentats du 11 septembre, le chef de la
Maison-Blanche appelle tous ces pays à éradiquer le
terrorisme : « S’ils ne le font pas, l’Amérique le fera », promet-il, avant de plaider pour une augmentation de
50 milliards de dollars (58 milliards d’euros) du budget de la défense américaine et pour le doublement
du budget de la sécurité intérieure à 38 milliards de
dollars (44 milliards d’euros).
31
Brésil
Forum de Porto Alegre
Le 2e Forum social mondial, premier grand rendezvous des opposants au néolibéralisme depuis les
attentats du 11 septembre, s’ouvre à Porto Alegre.
Les organisateurs de cette grand-messe des antiDavos espèrent démontrer qu’au-delà d’actions
ponctuelles et de la protestation ou de la révolte
pure et simple, comme à Seattle (États-Unis) en décembre 1999 (contre l’OMC), il est possible de « souder plusieurs centaines d’organisations disparates pour
réfléchir à des propositions alternatives à travers le dialogue ». Outre l’économie mondiale « repensée à partir
du social », les attentats du 11 septembre, la paix et la
crise argentine sont au centre des débats de Porto
Alegre. Vedette de la première édition du Forum,
en 2001, le militant antimondialisation et syndicaliste paysan français José Bové a fait le déplacement
ainsi que trois candidats à l’élection présidentielle
– l’ancien ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement, le député Vert de la Gironde Noël Mamère
et le représentant trotskiste de la Ligue communiste
révolutionnaire (LCR) Olivier Besancenot. Par ailleurs,
les organisateurs du Forum ont refusé d’accueillir des
organisations liées au terrorisme, en particulier l’ETA.
« Un autre monde est possible »
New York accueillait, du 31 janvier au
3 février 2002, l’élite de l’économie et des
finances mondiales dans le cadre du Forum
économique international, organisé jusquelà à Davos. Au même moment, Porto Alegre
avait donné rendez-vous aux détracteurs de
la mondialisation pour la deuxième édition
de son Forum social international.
Tétanisés par les attentats du 11 septembre
2001, qui les a forcés à mettre un bémol à
leurs diatribes anti-américaines et à ménager
les États-Unis engagés dans une guerre totale
contre le « Mal », les mouvements antimondialisation ont gardé un temps un profil bas. Le
climat sécuritaire était peu propice à de vastes
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
14
mobilisations telles que Gênes en avait connu
en juillet, lors du sommet de l’OMC. Mais cette
bienveillante discrétion a vite atteint ses limites,
soulignées par la politique unilatéraliste de
l’administration Bush. L’attitude de celle-ci, arcboutée sur ses seules préoccupations militaires
et stratégiques, a rapidement ranimé les vieilles
hostilités.
Le symbole de New York
Le Forum économique international de New
York a donc été l’occasion pour les détracteurs
du nouvel ordre mondialisé de battre le rappel
des troupes. D’autant que le choix de New York
pour cette 31e édition de ce grand rendez-vous
mondial du gotha économique et financier revêtait une dimension de symbole. Il était plus tentant de porter la lutte contre la mondialisation
au coeur même de la capitale de la finance mondiale, siège des grands temples du FMI ou de la
Banque mondiale, que sur les alpages de Davos.
Pourtant, alors que l’immense terrain vague où
s’élevaient les tours jumelles du World Trade
Center demeurait comme une plaie béante au
coeur de Manhattan, il eut été maladroit d’y
organiser un contre-sommet, dont d’éventuels
dérapages risquaient de se retourner contre les
anti-mondialisation. Prévenues, les autorités
new-yorkaises avaient développé un dispositif
de sécurité impressionnant autour de l’hôtel
Waldorf Astoria où se réunissaient les hôtes du
sommet.
Plutôt que de croiser le fer à New York, les militants anti mondialisation ont préféré se donner
rendez-vous au sud du Brésil. Pour la deuxième
année consécutive, la ville de Porto Alegre relevait le défi de la mondialisation triomphante
en accueillant un Forum social international
consacré aux luttes contre le libéralisme et le
libre-échangisme, et proclamant qu’« un autre
monde est possible ». Créé et organisé par une
municipalité qui expérimente la démocratie participative sous la conduite du parti des Travailleurs, le Forum de Porto Alegre s’est imposé, dès
sa deuxième édition, comme une institution de
l’antilibéralisme. À quelques mois des élections
présidentielles brésiliennes, mais aussi française,
le forum de Porto Alegre s’est même laissé aller à
quelques mondanités. Sa réunion a donné lieu à
de véritables opérations de relations publiques
de la part de personnalités venues chercher au
Brésil la caution des leaders de la lutte contre la
globalisation libérale comme José Bové.
Dialogue de sourds
Au-delà des mots et des symboles pourtant, ces
deux forums concomitants n’auront pas vraiment contribué à développer ce fameux dialogue Nord-Sud qui figure en toile de fond de
toutes les grandes rencontres internationales.
Si, de New York à Porto Alegre, la relation entre
les pays du Nord et ceux du Sud a été au centre
des discussions, c’est un dialogue de sourds qui
résonnait d’un bout à l’autre du continent américain. Tandis que New York, on réaffirmait sa foi
dans la mondialisation libérale, en se contentant
de la souhaiter « plus sociale et plus juste », on
redisait à Porto Alegre son attachement à la taxe
Tobin, au commerce équitable, à l’effacement
de la dette des pays pauvres ou encore à la lutte
contre les OGM. Ces discours diamétralement
opposés convergeaient pourtant pour critiquer
le Fonds monétaire international, placé au banc
des accusés à New York comme à Porto Alegre,
bien que sur des chefs d’accusation radicalement différents. Pour les participants du Forum
social de Porto Alegre, la faillite économique
de l’Argentine voisine est un exemple parmi
d’autres des erreurs du FMI que certains, comme
le Français Jean Pierre Chevènement, ont appelé à supprimer. Si cette proposition n’a pas
été sérieusement prise en considération par les
ténors de l’économie et de la finance mondiale
réunis à New York, les modes d’intervention du
gendarme financier du monde ont été âprement
discutés à partir du même exemple de l’Argentine, qui a survécu grâce aux perfusions du FMI
jusqu’au mois de décembre 2001 avant de s’effondrer dès l’arrêt des aides internationales. Les
États-Unis, dont dépend en grande part le FMI,
ne veulent plus entendre parler des plans de
sauvetage qui, de l’Asie au Mexique, ont marqué
la décennie 1990. Et si l’administration Bush est
décidée à bousculer les règles de fonctionnement du FMI, c’est dans le sens d’un plus grand
libéralisme encore et en fonction des seuls intérêts stratégiques des États-Unis. La preuve de
cette orientation avait été donnée par la nomination, le 1er septembre 2001, comme numéro
deux du FMI de l’économiste ultraconservatrice
Anne Krueger, favorable au renforcement de la
sélection dans l’octroi des aides.
GARI ULUBEYAN
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
15
LA GAUCHE FRANÇAISE SE REFAIT UNE
VIRGINITÉ
Alors que Laurent Fabius représentait la
France au Forum économique mondial de
New York, la majorité plurielle, en ordre
dispersé, soignait son image de gauche
sociale au Forum de Porto Alegre et au
Forum des élus locaux qui le précédait. Ce
pas de deux relevait de l’exercice d’équilibriste pour le premier secrétaire du Parti
socialiste, François Hollande, qui représentait un Lionel Jospin souvent critiqué pour
avoir abdiqué ses idéaux socialistes face
à la mondialisation. Il s’est pourtant affiché sans état d’âme aux côtés de « Lula »,
président d’honneur du parti des Travailleurs et candidat à la prochaine élection
présidentielle du Brésil, ainsi qu’au côté
du maire de Porto Alegre, Tarso Genro.
D’autres représentants de la gauche française, traditionnelle ou critique, comme le
républicain Jean-Pierre Chevènement, le
Vert Noël Mamère ou encore le trotskiste
Olivier Besancenot, sans oublier le maire
socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, ou
encore le maire communiste de Saint-Denis, Patrick Braouzec, se sentaient plus à
l’aise pour courtiser les élus locaux brésiliens ou encore José Bové, hôte de marque
du Forum social. Au point que Porto Alegre
a pris l’allure d’une antichambre de la campagne électorale française.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
16
Février
5
France
Fin de cavale pour Schuller
Après sept ans de fuite, Didier Schuller est interpellé
à Roissy peu après son arrivée en provenance de
Saint-Domingue et incarcéré à la prison de la Santé.
L’ancien conseiller général RPR des Hauts-de-Seine
est impliqué dans l’affaire des HLM de ce département. Il est mis en examen pour « abus de biens
sociaux, trafic d’influence, recel et complicité »
par le juge d’instruction Philippe Vandingenen en
charge de l’enquête sur la gestion de l’Office. Dans
un entretien au Monde, Didier Schuller affirme qu’il
« ne rentre pas pour balancer untel ou untel, mais seulement pour (se) défendre et sortir du piège [...] Je ne
reviens pas pour régler des comptes mais pour rendre
des comptes », ajoute-t-il. L’ancien directeur général de l’office HLM des Hauts-de-Seine, qui faisait
l’objet d’un mandat d’arrêt international délivré en
juin 1995, a préféré revenir volontairement de République dominicaine où il avait trouvé refuge.
7
France
La croissance revue à la baisse
La Commission économique de la nation, réunie
au ministère des Finances, revoit à la baisse les prévisions de la croissance française pour 2002. Selon
elle, la croissance se situerait entre 1,4 % et 1,6 %
du PIB. Le budget 2002 tablait sur une croissance à
2,25 % - 2,5 %. En 2003, en revanche, la croissance
française devrait se situer dans une fourchette allant
de 2,8 % à 3,2 %, conforme aux prévisions précédentes du gouvernement. Cette révision de la croissance oblige le gouvernement à revoir l’hypothèse
de déficit public 2002. Cette révision du déficit public qui correspond aux déficits cumulés de l’État,
de la Sécurité sociale et des collectivités locales
est une mauvaise nouvelle pour le gouvernement,
qui souhaitait arriver à l’équilibre de ses finances
publiques en 2004. Dans un rapport rendu en décembre dernier, l’INSEE prévoyait que la croissance
française devrait être « proche de la stagnation au
quatrième trimestre de 2001 et au premier trimestre
de 2002 ». La stagnation de la croissance française
s’explique par une conjoncture internationale particulièrement déprimée et aggravée par le choc des
attentats du 11 septembre.
9
Algérie
Le chef du GIA abattu
Le chef du Groupe islamique armé, Antar Zouabri, est
tué lors d’un accrochage avec les forces de sécurité
alors qu’il était encerclé avec deux de ses compagnons à Boufarik, localité située à 25 kilomètres au
sud d’Alger. Il était considéré comme une des figures
emblématiques de la nébuleuse de l’islamisme armé.
Plusieurs fois donné pour mort, il était un des islamistes les plus recherchés d’Algérie. En mai 1997, un
an après qu’il eut pris la direction du GIA, sa tête avait
été mise à prix pour environ 67 000 euros. Partisan
d’une stratégie « d’embrasement général » pour renverser le régime militaire algérien, Antar Zouabri rejetait en bloc la politique d’amnistie, dite de « concorde
civile », proposée par le président Abdelaziz Bouteflika. Il était tenu pour responsable de nombreuses
tueries perpétrées récemment en Algérie qui ont
causé la mort de quelque 150 civils depuis le début
de l’année.
Grande-Bretagne
Mort de la princesse Margaret
La princesse Margaret, soeur de la reine Élisabeth II
d’Angleterre, décède à l’hôpital King Edward VII des
suites d’une « nouvelle attaque d’apoplexie ». Elle était
âgée de soixante et onze ans. Dans les années 50,
sa romance malheureuse avec le conseiller royal et
ancien pilote de la RAF Pete Townsend, un homme
divorcé, avait nourri les échos dans le monde entier.
En 1978, son union avec Anthony Armstrong-Jones,
devenu lord Snowdon, avait été dissoute au bout
de dix-huit ans, marquant ainsi le premier divorce
dans l’entourage immédiat de la reine. Le 15, la princesse est incinérée à la suite d’une cérémonie dans
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
17
l’enceinte du château de Windsor en présence de la
reine mère.
11
France
Jacques Chirac candidat à sa propre
succession
Lors d’une visite à Avignon, Jacques Chirac, répondant à une question, déclare : « Oui, je suis candidat. »
Il prend ainsi au dépourvu les observateurs politiques, qui estimaient que le chef de l’État entendait
demeurer président à part entière le plus longtemps
possible, en tout cas, jusqu’aux 15 et 16 mars, dates
du sommet européen de Barcelone. Le 14, dans un
sondage Ipsos, Jacques Chirac gagne quatre points
à 27 % dans les intentions de vote pour le premier
tour de l’élection présidentielle, tandis que Lionel
Jospin progresse de deux points à 23 %. Derrière le
président et le Premier ministre, les autres principaux
candidats reculent ou stagnent.
12
Justice
Milosevic devant le Tribunal pénal
international
Slobodan Milosevic, l’ancien président yougoslave,
comparaît devant le tribunal pénal international pour
l’ex-Yougoslavie (TPI) pour génocide et crimes contre
l’humanité durant les guerres de Bosnie et du Kosovo. Il a été le premier chef d’État en exercice inculpé
de crimes de guerre par le TPI créé en 1993. Quelque
66 chefs d’accusation tous passibles de la prison à
perpétuité ont été retenus contre M. Milosevic, considéré comme l’instigateur des déplacements forcés et
des massacres de non-Serbes pour créer une Grande
Serbie ethniquement « pure ». Le procès devrait durer plus d’un an car l’accusé est soupçonné d’avoir,
en treize ans au pouvoir, commis tous les crimes que
le tribunal pénal international peut juger. L’ancien
président yougoslave, qui assure sa propre défense,
estime que le TPI n’a pas de légitimité et dénonce
une nouvelle fois, dans sa déclaration liminaire, la
responsabilité de l’Occident dans les atrocités commises en ex-Yougoslavie.
Sport
Patinage : scandale aux jeux
Olympiques
Marie-Reine Le Gougne, la juge française de la compétition des couples de patinage artistique remportée par le couple russe Elena Berezhnaya-Anton
Sikharulidze aux JO de Salt Lake City, est accusée
par ses confrères d’avoir subi des pressions « pour
agir d’une certaine façon », c’est-à-dire faire gagner
les Russes. Ces derniers l’avaient emporté par cinq
voix contre quatre face aux Canadiens Jamie SaleDavid Pelletier, alors que Sikharulidze avait commis
une faute à la réception de son double axel. MarieReine Le Gougne aurait voté en faveur des Russes
pour venger la défaite des danseurs français face
aux Canadiens en finale du Grand Prix de patinage à
Kitchner, en décembre. Didier Gailhaguet, le chef de
mission de la délégation française aux JO de Salt Lake
City, qui a révélé l’affaire, dément toute implication
de la Fédération française des sports de glace dans
cette affaire : « Ce qui est vrai, c’est que Marie-Reine a
subi des pressions qui l’ont poussé dans un certain sens.
Des personnes proches des juges ont mal agi et mis sous
pression une personne intègre et émotionnellement fragile. Je pense qu’elle a été quelque part manipulée », at-il déclaré. La juge française Marie-Reine Le Gougne
soutient de son côté qu’elle a subi des pressions
pour placer les Russes en première position et met
en cause sa fédération. La Fédération internationale
de patinage (ISU) et le Comité international olympique décident finalement d’attribuer une deuxième
médaille d’or au couple canadien Jamie Sale-David
Pelletier. Mme Le Gougne est suspendue par l’ISU.
Le 19, le président de la Fédération internationale de
patinage annonce qu’un nouveau système de notation pourrait rapidement remplacer l’ancien système.
Le terrorisme d’État en procès
à La Haye
Au moment où le terrorisme d’Al-Qaida
est érigé en fléau mondial, et alors que
des polémiques naissent au sujet du type
de justice à appliquer aux membres de ce
réseau prisonnier des Américains, s’ouvre
à La Haye le procès d’un autre terrorisme
– d’État celui-là — incarné par Slobo-
dan Milosevic. Le parallèle n’est pas que
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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conjoncturel tant, en matière de justice, le
mal et son traitement paraissent intimement liés.
Défait aux élections législatives d’octobre
2000, arrêté à Belgrade en avril 2001
puis transféré à La Haye en juin de la même
année, Slobodan Milosevic comparaît, à partir
du 12 février 2002, devant le Tribunal pénal
international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Il y
est inculpé, depuis octobre 2001, de crimes de
guerre et de crimes contre l’humanité pour les
exactions commises sous son autorité par les
forces serbes en Croatie, en 1991 et 1992. Depuis mai 1999, il est accusé des mêmes crimes
pour les opérations conduites au Kosovo en
1999. Il est de plus inculpé, depuis novembre
2001, de crime de génocide pour la campagne
d’épuration ethnique menée par les Serbes
en Bosnie de 1992 à 1995. Dans ce dernier
cas, Slobodan Milosevic est accusé d’avoir
« planifié, ordonné, commis ou de toute autre
manière aidé et encouragé à planifier, préparer ou exécuter la destruction, en tout ou partie, des groupes nationaux, ethniques, raciaux
ou religieux musulmans et croates de Bosnie,
comme tels ».
Un ordre mondial gouverné par le droit
« Aujourd’hui, comme jamais auparavant, nous
voyons la justice internationale en action »,
affirme le procureur du TPIY, Carla Del Ponte,
dans sa déclaration préliminaire. L’ancien président yougoslave est le premier chef d’État à répondre de crimes perpétrés contre son peuple.
Et l’événement fera certainement date, comme
l’a fait le précédent historique du procès des
dirigeants nazis à Nuremberg, en 1945 et 1946,
et comme le fera à son tour, en juillet 2002,
l’acte fondateur que doit constituer l’entrée en
vigueur de la Cour pénale internationale (CPI).
La comparution de Slobodan Milosevic devant
le TPIY légitime l’existence de ce tribunal spécial créé par l’ONU en mai 1993 – qui se serait
discrédité à ne juger que des exécutants –, tout
comme elle justifie la création d’un tribunal à
compétence universelle – si Slobodan Milosevic peut être jugé, pourquoi pas les autres dirigeants criminels de par le monde. Le procès qui
s’ouvre à La Haye contribue ainsi à l’émergence
d’un ordre mondial gouverné par le droit, non
pas le droit des États ni même seulement le
droit international, mais aussi et surtout cet
ensemble de règles universelles réunies sous la
dénomination de « droits de l’homme ». Il est
d’autant plus déplorable qu’au même moment
les États-Unis, qui ont pressé la Yougoslavie de
livrer Slobodan Milosevic au TPIY et qui exigent
toujours le transfèrement de ses comparses, se
rendent coupables d’un déni de justice à l’égard
des membres d’Al-Qaida qu’ils détiennent, en
niant leur statut de prisonniers et en les vouant
à une justice d’exception.
Car l’homme possède des droits, qu’il soit newyorkais ou taliban, qu’il s’appelle « Muhamed
Hazdarevic, 52 ans, blessé par balles dans le dos
et à la poitrine en voulant cultiver un carré de
légumes à Slatinski Put 5, au nord de Sarajevo,
le 25 juin 1993 », l’une des quelque cinquante
victimes de snipers répertoriées dans l’acte
d’accusation du TPIY, ou qu’il s’appelle Slobodan Milosevic. Le Tribunal a très scrupuleusement veillé aux conditions de déroulement du
procès, qui doit durer au moins deux ans, et
notamment au respect des droits de la défense.
L’accusé, quant à lui, a choisi une stratégie de
rupture, conseillé en coulisses par l’avocat
Jacques Vergès. Il conteste la légitimité du TPIY
et entend assurer seul sa défense. Face à cette
attitude, le Tribunal a décidé de s’entourer de
trois amici curiae – des « amis de la cour »
–, sortes d’experts juridiques de haut rang à
l’impartialité garantie, chargés notamment de
l’éclairer sur la pertinence juridique des arguments politiques invoqués par l’accusé.
La lutte « antiterroriste » de Milosevic
Slobodan Milosevic dénonce un « procès politique » et s’affiche comme une « victime [qui]
se trouve en position d’accusé ». Concernant le
conflit du Kosovo, examiné en premier par le
Tribunal, il accuse l’Armée de libération du Kosovo et les bombardements de l’OTAN d’être les
véritables responsables de l’exode des Kosovars,
« baptisé “déportation” ». Il qualifie l’action de
Belgrade au Kosovo de « lutte antiterroriste » qu’il
rapproche de l’opération américaine en Afghanistan. Et il accuse le Tribunal de viser, à travers
sa personne, le peuple serbe. Moins à l’aise, il nie
toute participation de la Serbie aux conflits qui
ont déchiré la Croatie et la Bosnie-Herzégovine.
Mais, exploitant habilement les points faibles
des « vainqueurs », il s’étonne d’être accusé de
crimes qui remonteraient à l’époque où il était le
négociateur reconnu par la communauté internationale des accords de paix de Dayton, et il indownloadModeText.vue.download 21 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
19
dique son intention de convoquer à la barre des
témoins les dirigeants occidentaux, au premier
rang desquels Bill Clinton, Jacques Chirac, Tony
Blair, Gerhard Schröder et Kofi Annan. Le Tribunal ne devra-t-il pas aussi, sans renverser l’accusation, relever les failles de l’attitude occidentale
à l’égard du drame yougoslave avant 1999, au
nom du même droit qui permet aujourd’hui de
juger Slobodan Milosevic ?
ALAIN POLAK
LA COUR PÉNALE INTERNATIONALE
Signé à Rome par 120 pays en juillet 1998,
le traité créant une Cour pénale internationale (CPI), a recueilli, le 11 avril 2002,
les 60 ratifications nécessaires à son entrée en vigueur. Celle-ci doit intervenir le
1er juillet. À l’étude depuis le lendemain
de la guerre, le projet d’une autorité pénale mondiale a resurgi dans les années
1990 à l’occasion des conflits meurtriers
survenus en Yougoslavie et au Rwanda,
pour lesquels la mise en place de tribunaux spéciaux est venue pallier les
défaillances de la communauté internationale. Les organisations de défense des
droits de l’homme ont dès lors mené un
combat incessant en faveur de l’instauration d’une cour pénale sans limites
géographiques. Des intérêts nationaux
très divers, et parfois opposés, sont finalement venus à bout des résistances des
États membres du Conseil de sécurité de
l’ONU, qui craignaient une diminution de
leurs prérogatives internationales. Saisie
par un État partie au traité, la CPI jugera
les crimes de guerre, crimes contre l’humanité, génocides et agressions commis
par des ressortissants ou sur le territoire
des États parties au traité. Ces conditions sont levées en cas de saisine par le
Conseil de sécurité. Ce dernier peut demander à la CPI de suspendre ses travaux
pendant douze mois ; cette demande est
renouvelable. Les États-Unis, la Russie, la
Chine, le Japon, l’Inde, le Pakistan, Israël
et les pays arabes – à l’exception de la
Jordanie – n’ont pas ratifié le traité de
Rome.
13
États-Unis
Bush menace l’Irak
Selon des responsables de la Maison-Blanche, cités par le Washington Post, le président américain
George W. Bush veut renverser Saddam Hussein, au
pouvoir en Irak, avant la fin de son propre mandat,
soit en janvier 2005. Les États-Unis envisagent plusieurs options contre le régime de Saddam Hussein,
d’une guerre du Golfe II à une simple campagne
de bombardements en passant par une opération
secrète de déstabilisation. L’objectif serait de mettre
fin au régime de Saddam Hussein et d’éliminer les
armes destruction massive que l’Irak est soupçonné
détenir. Les principales cibles seraient la défense aérienne, les bâtiments gouvernementaux, les centres
de commandement militaire et les sites présumés de
production ou de stockage d’armes de destruction.
Selon les responsables de la Maison-Blanche, il y a
de nombreuses raisons de renverser Saddam Hussein, notamment le fait qu’il cherche activement à se
procurer des armes nucléaires, qui, selon eux, risqueraient de se retrouver dans les mains de groupes terroristes du Moyen-Orient. La menace d’une invasion
pourrait forcer Saddam Hussein à autoriser le retour
des inspecteurs en désarmement de l’ONU.
14
France
Décès de Geneviève de GaulleAnthonioz
Geneviève de Gaulle-Anthonioz, nièce du général
de Gaulle, décède à Paris à l’âge de quatre-vingtun ans. Résistante de la première heure, déportée à
Ravensbruck et ancienne présidente du mouvement
ATD-Quart-Monde, Geneviève de Gaulle-Anthonioz,
après toute une vie de combat contre l’exclusion et
la pauvreté, parvient en avril 1996 à faire entendre
sa voix au Parlement. Devant les députés, elle plaide
pour ceux « dont la souffrance vaut moins que la nôtre »
en faisant une déclaration de guerre à la précarité
devant un hémicycle unanime. La loi sur la cohésion
sociale a été adoptée le 9 juillet 1998.
René Teulade mis en examen
L’ancien ministre socialiste René Teulade, suppléant
de François Hollande et président d’honneur de la
Mutuelle de retraite de la Fonction publique (MRFP),
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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est mis en examen par le juge d’instruction JeanPaul Albert dans le cadre de l’enquête sur la gestion de la Mutuelle. Il est poursuivi pour « abus de
confiance ». L’actuel président et ancien trésorier de
la Mutuelle Pierre Teulé-Sensacq, le vice-président
délégué Norbert Attali et le secrétaire Jacques Fleurotte ont également été mis en examen pour « abus
de confiance ». Ils sont soupçonnés d’avoir bénéficié
d’avantages liés à leur fonction. Pierre-Yves Morin,
ancien directeur financier, est quant à lui poursuivi
pour « complicité d’abus de confiance ». René Teulade, qui a été président de la MRFP de 1974 à 1992,
en est aujourd’hui le président d’honneur. Créé en
1949, l’organisme compte 470 000 adhérents dont il
gère le complément de retraite. Selon un rapport de
l’Inspection générale des affaires sociales, qui date de
1999, la Mutuelle a pris en charge les loyers et taxes
des appartements d’une partie des administrateurs.
18
Moyen-Orient
Nouveau cycle de violences
Un nouvel attentat est perpétré à Jérusalem, faisant
deux morts et un blessé. Une voiture piégée a explosé à la sortie sud-est de la ville. Le leader palestinien
Yasser Arafat renouvelle son appel à un cessez-le-feu,
tandis qu’en signe de bonne volonté la police palestinienne arrête deux Palestiniens accusés d’avoir tué
le ministre israélien du Tourisme Rehavam Zeevi le
17 octobre dernier. Ariel Sharon avait posé l’arrestation des assassins de son ministre en préalable à l’assouplissement des mesures de confinement prises
contre Yasser Arafat, bloqué à Ramallah.
20
France
Jospin candidat
Dans une « déclaration aux Français » transmise à
l’Agence France-Presse depuis son domicile, le Premier ministre annonce qu’il brigue la présidence de
la France. « Je souhaite restaurer l’esprit de responsabilité, fondement de l’autorité. J’entends placer la responsabilité au coeur de l’action publique, la promouvoir
dans notre société à tous les niveaux », écrit le Premier
ministre. « Il faudra présider autrement », ajoute-t-il.
« Le président de la République doit présenter un projet
au pays, prendre des engagements et les respecter. Il faut
un président actif, qui donne de grandes orientations et
travaille à leur mise en oeuvre avec le gouvernement. »
22
Israël
Sharon pour la création de « zones
tampons »
Lors d’une allocution diffusée à la radio et à la télévision israéliennes, Ariel Sharon annonce qu’il va instaurer des zones-tampons entre Israël et les Palestiniens pour « assurer la sécurité des citoyens israéliens,
où qu’ils demeurent ». Le principe de ce projet avait
déjà été approuvé par le Cabinet israélien. On ignore
si ces zones se situeraient du côté israélien ou palestinien de la ligne séparant l’État hébreu de la Cisjordanie. Ariel Sharon, qui s’exprimait peu après de nouveaux tirs de missiles israéliens sur des installations
de la sécurité palestinienne à Gaza et Rafah, dans le
sud de la bande de Gaza, qui ont fait une vingtaine
de blessés, a reconnu que les temps n’étaient « pas
faciles ». Il a appelé le peuple israélien à la patience
et assuré qu’il ferait « tous les efforts pour éviter une
escalade qui ne dégénère en guerre totale ». Depuis le
début de l’Intifada, fin septembre 2000, 1 272 personnes ont trouvé la mort, dont 973 Palestiniens et
276 Israéliens. Le 28, dans un communiqué commun, les États arabes du Golfe et les pays de l’Union
européenne estiment que la paix au Proche-Orient
nécessite un État palestinien viable aux côtés « d’un
État d’Israël vivant en sécurité et pleinement reconnu ».
Cette déclaration intervient dans le contexte du plan
de paix saoudien, qui propose une normalisation des
relations israélo-arabes en échange d’un retrait israélien total des territoires occupés.
Pakistan
Mort de David Pearl
Le Département d’État américain confirme le décès
du journaliste du Wall Street Journal qui avait été
enlevé par des extrémistes musulmans lors d’un reportage au Pakistan. Selon deux hauts responsables
américains, le FBI a obtenu une cassette vidéo reçue
par le consulat américain à Karachi attestant la mort
de David Pearl. Le journaliste avait disparu à Karachi
le 23 janvier dernier après avoir organisé un entretien
avec le chef d’une faction islamiste supposée liée au
réseau terroriste Al-Qaida d’Oussama Ben Laden et
à Richard Reid, arrêté en décembre dernier, qui est
soupçonné d’avoir voulu faire sauter des explosifs
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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dans ses chaussures à bord d’un vol Paris-Miami. La
police pakistanaise arrête plusieurs suspects, dont
Ahmad Omar Said Sheikh, un militant islamiste qui
reconnaît avoir organisé l’enlèvement de David Pearl
pour protester contre la décision du Pakistan de participer à la coalition antiterroriste aux côtés des ÉtatsUnis après les attentats du 11 septembre.
Madagascar
Marc Ravalomanana s’autoproclame
président
Marc Ravalomanana, maire d’Antananarivo, se proclame président de la République devant quelque
100 000 partisans réunis au stade municipal d’Antananarivo. Il prête serment après qu’un magistrat a
annoncé sa victoire dès le premier tour de l’élection
le 16 décembre dernier, avec 52,15 % des voix contre
35,67 % à l’actuel président Didier Ratsiraka. Cette
proclamation est immédiatement jugée illégale par
le président du Sénat. Paris condamne « la tentative
de coup de force » et l’« autoproclamation », de même
que l’Organisation de l’Unité africaine et l’Assemblée
parlementaire de la Francophonie. En s’autoproclamant président, Marc Ravalomanana tente de mettre
fin à deux mois de contestation électorale. Il accuse
le parti au pouvoir d’avoir truqué le scrutin présidentiel du 16 décembre au profit du président Didier
Ratsiraka. Le 26, Marc Ravalomanana annonce qu’il
choisit pour Premier ministre Jacques Sylla, un avocat
et ancien ministre des Affaires étrangères, lui confiant
la tâche de former un gouvernement aussi vite que
possible. Le 28, le président malgache sortant Didier
Ratsiraka décrète la loi martiale dans toute l’île. Il déclare qu’il a pris cette décision en raison des grèves
nationales qui ont « dévasté notre économie ». Selon
lui, ces grèves de protestation coûtent au pays l’équivalent de 12 millions de dollars (14 millions d’euros)
par jour. En vertu des pouvoirs que lui confère la loi
martiale, le président Ratsiraka limoge M. Ravalomanana de son poste de maire de la capitale et le
remplace par un général de l’armée. Paris appelle
au dialogue et estime que « la solution politique à
Madagascar passe par le suffrage universel, sous une
forme à déterminer par les Malgaches eux-mêmes ».
Angola
Mort de Jonas Savimbi
Le rebelle angolais Jonas Savimbi est tué lors de
combats dans la province de Moxico (Sud-Est), en se
battant contre les forces gouvernementales de Luanda. Ce « combattant de la liberté », âgé de soixantesept ans, avait consacré sa vie à lutter pour le pouvoir
dans ce pays riche en pétrole et en diamants, d’abord
contre la puissance coloniale portugaise, puis contre
les différents régimes communistes. On estime que
la guerre civile angolaise a fait un demi-million de
morts et chassé de leurs maisons quatre millions de
personnes, soit un tiers de la population. Un conflit
que Jonas Malheiro Savimbi n’a pas su arrêter lorsqu’il
l’aurait pu pendant les années 90, reniant alors trois
accords de paix.
Colombie
Enlèvement d’une candidate à la
présidence
L’ancienne sénatrice Ingrid Betancourt, candidate
à la prochaine élection présidentielle en Colombie,
est enlevée par des rebelles des FARC (Forces armées
révolutionnaires de Colombie) alors qu’elle faisait
route vers San Vicente de Caguan, une ville qui venait
d’être reprise par les troupes gouvernementales aux
rebelles. Le ministre de l’Intérieur Armando Estrada
fait savoir que le gouvernement recherche l’ancienne
sénatrice et fait le maximum pour sécuriser la région.
Le volcan colombien
Élu en août 1998 sous le signe de l’espoir et
de la pacification, le président Andres Pastrana s’apprête à céder la place sans être
parvenu à démontrer que la négociation,
telle qu’il l’a menée, pouvait apporter des
solutions à la crise qui secoue le pays. La
violence n’épargne aujourd’hui plus aucune
province, touchant les campagnes comme
les grandes villes, dont la capitale Bogota,
et paralysant l’économie.
Lancé en août-septembre 1999 sous le patronage des États-Unis, le « plan Colombie » de
lutte contre le trafic de drogue et contre la rébellion armée a d’ores et déjà échoué, selon le bilan
établi sur place par l’ambassadeur américain.
La production et le trafic de cocaïne, d’héroïne
et d’autres drogues n’ont pas diminué, bien au
contraire. Selon l’ONU, les surfaces consacrées à
la coca ont augmenté de 60 % en 2001, en dépit
de la politique d’éradication prônée par le plan
Colombie, et le pays exporte toujours 80 % de
la cocaïne consommée dans le monde. Les mesures du plan Colombie n’ont fait qu’entraîner
une augmentation des prix et donc des profits
des trafiquants, qui ne sont pas tous colombiens.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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Et les expérimentations biologiques préconisées
pour détruire les plantations de coca, comme
les fumigations ou les champignons parasites,
constituent aujourd’hui une menace sérieuse
pour l’agriculture du pays.
3 685 personnes tuées en 2001
Mais c’est la généralisation de la violence qui
présente les conséquences les plus désastreuses.
Les chiffres des meurtres, des disparitions, des
règlements de compte et des représailles atteignent des proportions inquiétantes. Pour la
seule année 2001, 3 685 personnes ont été tuées.
Les négociations entre le gouvernement et la
guérilla menées entre novembre 1998 et février
2002 n’y ont rien fait. La rupture d’un dialogue
biaisé, dont chacune des parties savait qu’il déboucherait sur une inévitable confrontation militaire, a démontré l’impossibilité pratique d’une
réconciliation entre deux adversaires qui n’ont
d’autre but que la liquidation de l’autre. Devenue une réalité quotidienne en Colombie, la
guerre civile risque de plus de se transformer en
conflit régional. La guerre civile, l’économie et le
trafic de drogue sont étroitement imbriqués. Les
Forces armées révolutionnaires colombiennes
(FARC), qui comptent de 17 000 à 20 000 combattants, accusent le pouvoir d’avoir vendu le
pays aux intérêts économiques et stratégiques
américains en échange de leur contribution à la
modernisation de l’armée colombienne en vue
d’anéantir la rébellion. Accusées par les ÉtatsUnis de profiter des revenus de la drogue, les
FARC dénoncent à leur tour le soutien apporté
par le gouvernement à la formation paramilitaire
d’extrême droite de l’Autodéfense unie colombienne (AUC), forte de 7 000 à 9 000 hommes,
dont les liens avec les trafiquants de drogues,
les gros propriétaires terriens et l’armée ne sont
plus un secret. L’AUC, qui s’est toujours opposée
à la négociation avec les FARC, serait devenue,
selon des statistiques officielles, le principal artisan de la violence sur le plan national et le principal responsable des déplacements massifs de
population à l’intérieur du pays.
Une issue militaire à la crise ?
Depuis quinze ans, plus de trois millions de personnes – près de 200 000 au cours de la seule
année 2001 –, principalement des femmes et des
enfants, ont dû fuir leurs villages pour échapper
aux représailles de la guérilla. Leurs terres et
leurs biens ont été récupérés par les gros propriétaires et les paramilitaires. Aux menaces sur
la vie des personnes déplacées s’ajoute donc
la précarité de leur situation économique. Les
déplacements ne concernent plus seulement
le territoire colombien. Des milliers de réfugiés
tentent de gagner les pays voisins, l’Équateur,
le Venezuela ou le Brésil. Ces pays renforcent
leur contrôle militaire aux frontières, par crainte
d’infiltration de guérilleros, interrompant ainsi
les circuits commerciaux traditionnels et ruinant
l’économie régionale.
Aux effets d’une inégalité exceptionnelle de la
distribution des richesses s’ajoutent, depuis le
milieu de l’année 1998, les conséquences d’une
récession sans précédent qui a frappé l’économie jusqu’en 2000. Le programme d’ajustement
proposé par le FMI et appliqué par le gouvernement n’a pas réussi à redresser la situation, bien
au contraire. Cette situation a renforcé le rejet
par la population, y compris par les Indiens de
la forêt amazonienne, des entreprises étrangères
implantées dans le pays. Le chômage et le sousemploi frappent à présent plus de la moitié de la
population active, et 80 % des salariés gagnent
moins de 270 euros par mois. Sur 43 millions
d’habitants que compte le pays, plus de 27 millions ne disposent que d’environ 2 euros par
personne et par jour pour survivre. Le mécontentement se généralise et l’idée que seule une
issue militaire à la crise est envisageable gagne
du terrain.
PABLO F. LUNA
L’OTAGE MONNAIE D’ÉCHANGE
Ingrid Betancourt a été enlevée par les
FARC en février, alors que le gouvernement
colombien venait de mettre un terme aux
négociations avec la guérilla. Elle avait
voulu devancer le président Andres Pastrana et les représentants de l’armée et
atteindre la première la ville de San Vicente
del Caguán, symbole de la reconquête militaire des territoires contrôlés par la guérilla. Connue pour ses coups politiques
et médiatiques, la candidate à l’élection
présidentielle comptait sur cet exploit
pour faire remonter dans les sondages sa
cote jusque-là au plus bas – 0,2 %. Pour
les FARC, elle représentait une « pêche
miraculeuse ». Ingrid Betancourt appartient, avec des ministres, d’autres parlementaires et des officiers de l’armée, à un
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
23
groupe d’otages que les FARC ont proposé
d’échanger contre des dirigeants guérilleros emprisonnés et l’adoption d’une loi
générale sur les prisonniers de guerre. La
guérilla a accordé un délai d’un an à l’État
colombien pour satisfaire ses exigences.
Diplômée de l’Institut d’études politiques
de Paris, mariée à un fonctionnaire du Quai
d’Orsay dont elle a depuis lors divorce,
ancienne élue du Sénat colombien, Ingrid
Betancourt possède la double nationalité.
Elle est l’auteur de la Rage au coeur, bestseller en France avec plus de 120 000 exemplaires vendus, dans lequel elle dénonce
la corruption de la classe politique colombienne, ce qui ne lui a pas valu que des
amis dans son pays d’origine.
24
Sport
Fin des JO d’hiver
Les XIXe jeux Olympiques d’hiver à Salt Lake City
s’achèvent sur la victoire (5-2) du Canada sur les
États-Unis en finale du tournoi de hockey sur glace,
après deux semaines de compétitions marquées par
le scandale du patinage et trois cas de dopage avérés.
Ces Jeux se sont déroulés dans un climat délétère : les
Russes, indignés par le partage de leur médaille d’or
dans l’épreuve des couples du patinage artistique et
leur interdiction de participer au relais 4 × 5 km fond
en raison des soupçons de dopage pesant sur Larissa
Lazutina et Olga Danilova (finalement déclarées positives à la darbepoetine), n’ont cessé de dénoncer la
« chasse aux sorcières » menée, selon eux, par les
Américains, accusés d’hégémonisme. Sans l’intervention personnelle du président du CIO, Jacques
Rogge, les relations russo-américaines auraient bien
pu tourner au fiasco et les Jeux se terminer sans les
Russes, ces derniers ayant un temps menacé de boycotter la fin des épreuves. Sur le plan sportif, c’est une
jeune Croate de vingt ans, Janica Kostelic, qui a été
l’étoile de ces Jeux, enlevant quatre médailles (un
record en ski alpin), dont trois en or (géant, combiné,
slalom). Le héros masculin est le Norvégien Ole Einar
Bjoerndalen, vainqueur de quatre titres en autant de
courses disputées dans le biathlon. Le Norvégien est
ainsi devenu le deuxième athlète le plus titré lors des
mêmes Jeux, à une longueur du patineur de vitesse
américain Eric Heiden, quintuple médaillé d’or à Lake
Placid en 1980. Le Finlandais Samppa Lajunen, vingtdeux ans, s’est contenté d’un triplé en combiné nordique, offrant à son pays ses premières médailles d’or
dans la discipline depuis 1948. Le Norvégien Kjetil
Andre Aamodt a, lui, enlevé deux nouvelles médailles
d’or (combiné et super-G). Il totalise désormais sept
médailles olympiques, en plus des dix qu’il compte
en Championnat du monde – un palmarès record en
ski alpin, avec 34 médailles dont 10 en or. Au classement des nations, les Américains ont battu leur pré-
cédent record (13 médailles) et devancé les Russes
(4es, avec 16 médailles, dont 6 en or). L’Allemagne,
première nation avec ses 12 titres et 35 médailles, a
réussi les plus beaux Jeux de son histoire et battu le
record de médailles remportées au cours d’une seule
et même édition des jeux Olympiques. La France,
avec quatre titres et 11 médailles, a elle aussi amélioré son précédent record (9 médailles en 1968 à Grenoble) et termine à la sixième place du tableau final.
France
Bayrou « invité » surprise de l’UEM
Alors que l’Union en mouvement tient sa convention nationale à Toulouse pour mettre fin à « l’esprit
de division » et élaborer un « projet » pour les élections
législatives, le candidat de l’UDF à la présidentielle
François Bayrou vient plaider en faveur de la « diversité » de l’opposition devant une salle tout acquise à
Jacques Chirac. « Entre les deux tours (...), nous aurons
besoin les uns des autres », affirme-t-il devant une salle
hostile. Peu avant sa venue à Toulouse, François Bayrou avait réaffirmé que « Jacques Chirac ne peut pas
à lui tout seul représenter les sensibilités différentes de
l’opposition. L’UEM est une très mauvaise idée. »
26
UE
Adoption : les homosexuels déboutés
La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH),
basée à Strasbourg, condamne la France sur un point
de procédure pour « procès inéquitable » dans une
affaire de refus d’accepter l’adoption d’un enfant par
un homosexuel célibataire. En revanche, sur le fond,
elle donne tort au plaignant, Philippe Fretté, au nom
de « la marge d’appréciation des autorités de chaque
État » dans un arrêt du Conseil d’État concernant
l’adoption des enfants par des homosexuels. La Cour
juge que le refus d’adopter ne constitue pas une violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale. Elle estime que, « dans une affaire comme celle de
l’espèce où les questions délicates soulevées touchent à
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
24
des domaines où il n’y a guère de communauté de vues
entre les États membres du Conseil de l’Europe [...], il faut
laisser une large marge d’appréciation aux autorités de
chaque État, qui sont en prise directe et permanente
avec les forces vitales de leur pays et donc en principe
mieux placées qu’une juridiction internationale pour
évaluer les sensibilités et le contexte locaux ». Cette
décision intervient à la suite d’une plainte contre le
gouvernement français déposée pour « discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ». Philippe Fretté,
quarante-sept ans, enseignant à Paris, célibataire et
homosexuel, souhaitait adopter un enfant mais s’est
vu refuser son agrément par l’administration, qui
avait argué de « ses choix de vie » et de « l’absence de
référence maternelle », malgré un rapport de l’Aide
sociale à l’enfance très favorable.
28
UE
Le futur de l’Europe en chantier
La Convention sur l’avenir de l’Europe entame officiellement ses travaux qui doivent mener à l’adoption d’une Constitution européenne. Sous la présidence du Français Valéry Giscard d’Estaing, les
105 membres de 28 nationalités différentes ont en
effet pour tâche de définir les règles de fonctionnement d’une assemblée, théoriquement consultative,
mais que beaucoup considèrent déjà comme constituante. « Vous détenez le pouvoir dont est investi tout
organe politique : celui de réussir ou celui d’échouer.
D’un côté, le gouffre béant de l’échec. De l’autre, la porte
étroite du succès », a déclaré l’ancien président de la
République en s’adressant à l’ensemble des représentants composant la commission.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
25
Mars
1
Afghanistan
Nouvelle offensive américaine contre
Al-Qaida
Des bombardiers B-52 et des hélicoptères de combat
américains lancent une offensive dans les reliefs de
l’est de l’Afghanistan, dans les montagnes de Shahe-Kot, dans la province de Paktia à la frontière avec
le Pakistan, où des combattants taliban et d’Al-Qaida
sont supposés se cacher. Quatre à cinq mille de ces
hommes se trouveraient encore en Afghanistan,
selon les estimations afghanes et américaines. Le 18,
l’opération s’achève après plus de deux semaines de
bombardements intenses et de combats au sol qui
ont mobilisé 2 000 soldats afghans et américains. La
traque est cependant loin d’être finie. « Il nous reste
un long chemin à parcourir », indique toutefois la
porte-parole du Pentagone Victoria Clarke, notant
qu’il restait des poches de fuyards taliban et d’AlQaida dans plusieurs provinces du sud et de l’est de
l’Afghanistan, ainsi qu’au Pakistan. Les chiffres divergent quant au nombre de membres d’Al-Qaida mis
hors de combat. Les résultats de cette opération rappellent ceux de l’offensive contre Tora-Bora (Est), en
décembre dernier. Durant un mois, les avions américains avaient frappé le complexe de grottes tandis
que leurs alliés afghans au sol tentaient de déloger
les combattants d’Al-Qaida. Les troupes de la coalition n’avaient ensuite trouvé que quelques corps
inertes et fait peu de prisonniers. Les autres avaient
fui et gagné le Pakistan.
2
Italie
La rue contre Berlusconi
Plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestent dans le centre de Rome pour dénoncer la
politique du gouvernement de centre droit de Silvio Berlusconi et montrer l’unité du centre gauche.
L’objet initial de la manifestation était de protester
contre un projet de loi destiné à assouplir les modalités de licenciement. Silvio Berlusconi s’est dit peu
impressionné par la démonstration. « La majorité
des citoyens savent comment distinguer l’amour de la
haine, et ils préfèrent l’amour », a-t-il lancé. Le 11, l’opposition de centre gauche lance sa campagne contre
les conflits d’intérêt du président du Conseil, Silvio
Berlusconi, en réunissant quelque 10 000 manifestants devant les locaux de la Rai à Rome et plusieurs
milliers d’autres dans le reste du pays. Silvio Berlusconi est le propriétaire des trois principales chaînes
de télévision privées du pays, concurrentes directes
de la Rai. Les dirigeants de l’entreprise publique étant
nommés par le pouvoir politique, le chef du gouvernement se trouve dès lors en mesure de contrôler
également la radio-télévision d’État. Ces nouvelles
manifestations de l’opposition interviennent alors
que la loi sur les conflits d’intérêt, censée régler la
situation née de l’arrivée au pouvoir du magnat des
médias, a été adoptée le 28 février par la Chambre
des députés, malgré le boycott de la gauche, et doit
être prochainement débattue au Sénat.
3
Suisse
« Oui » à l’adhésion à l’ONU
Après l’avoir refusée il y a seize ans (75,7 % de non),
les Suisses votent par référendum pour l’adhésion à
l’ONU, à une majorité de 54,6 %. Le scrutin a été très
serré au niveau des cantons puisque 12 ont voté pour
et 11 contre. Les six cantons romands ont voté oui. Le
canton de Genève, qui abrite le siège européen de
l’ONU, a donné la plus forte majorité favorable avec
66,9 % de oui, devant Neuchâtel (65,2 %), Bâle-Ville
(64,1 %), Vaud (63,5 %), Jura (63,1 %). Viennent ensuite
les cantons de Zurich (59,8 %), Fribourg (59,2 %), BâleCampagne (58,8 %), Berne (56,4 %), Zoug (55,2 %),
Soleure (52,9 %), Lucerne et Valais (51,5 % chacun).
La Confédération va devenir le 190e État membre
des Nations unies. Le 16 mars 1986, tous les cantons
avaient dit non.
La Suisse entre dans le monde
Réalisant que les inconvénients de la
neutralité dépassaient les avantages de
l’« union » avec les autres « nations »
du monde, les Suisses ont approuvé par
référendum l’adhésion de leur pays à l’ONU.
Cet événement historique indique que
l’économie de la globalisation l’emporte
désormais, dans ce pays de banques interdownloadModeText.vue.download 28 sur 380
JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
26
nationales et de traditions locales, sur
l’idéologie du nationalisme.
À l’automne, la Suisse est devenue le
190e pays membre de l’Organisation des
Nations unies. Siège de nombreuses agences
spécialisées de l’ONU, auxquelles elle participe
activement et qu’elle finance généreusement,
la Suisse s’était toujours refusée à adhérer à l’Organisation, où elle ne disposait que du simple
statut d’observateur. Elle partageait ainsi avec
le Vatican la particularité de se situer hors du
concert des nations.
Abandonnant l’enclos catholique romain à son
sort très particulier, les Suisses ont approuvé, le
3 mars, l’adhésion de leur pays à l’ONU, lors d’une
votation qui a vu le « oui » l’emporter par 54,7 %
des suffrages. Le taux de participation a atteint
57,5 % – un record pour ce type de consultation.
En revanche, la seconde condition exigée pour
que le résultat soit valide n’a été satisfaite que
d’extrême justesse : en effet, une faible majorité
de 12 cantons sur 23 ont voté « oui ».
Une adhésion avantageuse
Restée neutre durant le conflit, la Suisse n’a pas
rallié, en 1945, la structure créée par les « vainqueurs ». Elle est demeurée à l’écart des tensions Est-Ouest de la guerre froide, comme des
tensions Nord-Sud qui ont prolongé la décolonisation, offrant ainsi un terrain diplomatique
aux diverses parties en cause. Mais ce rôle est
allé diminuant, tandis que croissait celui de l’enceinte internationale, par le biais notamment de
ses missions de paix. Si être membre de l’ONU
continuait à heurter la sensibilité de nombreux
Suisses, ne pas l’être commençait à sérieusement
handicaper Berne, pour son image comme pour
son influence. Comme on le faisait remarquer
dans les couloirs du palais de verre de New York,
l’adhésion de la Suisse à l’ONU était plus avantageuse pour la Suisse que pour l’ONU. Cette
dernière y verra surtout satisfaite sa vocation de
principe à l’universalité. En mars 1986, les résultats de la première votation organisée en Suisse
sur le sujet avaient été marqués par le rejet de la
proposition par trois électeurs sur quatre, tous
les cantons se dressant dans un même refus.
Cette initiative avait eu pour principale conséquence de fédérer les militants nationalistes au
sein de l’Action pour une Suisse indépendante
et neutre (ASIN), fondée en juin de la même année sur l’initiative de Christoph Blocher, leader
populiste de l’Union démocratique du centre
(UDC). L’ASIN se propose de « préserver l’indépendance, la neutralité et la démocratie directe
de la Suisse ». Elle s’est notamment illustrée en
militant avec succès pour le rejet des votations
relatives à l’adhésion du pays à l’Espace économique européen, en décembre 1992, et à la
création d’un contingent de « casques bleus »
suisses en juin 1994. Durant la campagne en vue
de la votation de mars 2002, l’ASIN a défendu la
théorie selon laquelle la neutralité et la souveraineté populaire suisses sont incompatibles avec
l’appartenance à l’ONU.
Que d’autres pays neutres comme l’Autriche, la
Suède, l’Irlande ou la Finlande soient membres
de l’ONU et que la souveraineté des États
membres soit inscrite dans la charte de l’Organisation n’y font rien. Selon les nationalistes,
le droit de veto des membres permanents du
Conseil de sécurité, et singulièrement des ÉtatsUnis, menace la liberté des Suisses de décider
des affaires publiques sur la place du village !
Lors de sa venue en Suisse, où il devait présenter
les arguments en faveur de l’adhésion du pays à
son organisation, le secrétaire général adjoint de
l’ONU a été accueilli par des affiches proclamant
« Oui à la Croix-Rouge et à la paix. Non à l’ONU et
à la guerre » qui l’ont laissé sans voix.
Évolution de la doctrine de la neutralité
Pourtant, depuis la fin de la guerre froide et plus
précisément depuis le début des années 1990, la
doctrine de la neutralité suisse a évolué. En août
1990, la Confédération a adopté des mesures
d’embargo économique contre l’Irak à la suite
d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU
et, en juin 1992, elle a fait de même à l’encontre
de la Yougoslavie, dans les mêmes circonstances.
Avant même ces conflits emblématiques, Berne
s’était associé, à titre individuel et sans obligation juridique, à certains embargos sur les
armes décidés par le Conseil de sécurité, notamment à rencontre de la Rhodésie en 1966 ou
de l’Afrique du Sud en 1977. Depuis les années
1990, la Suisse a systématiquement appliqué les
sanctions adoptées par le Conseil de sécurité, y
compris les sanctions militaires assimilées à des
mesures juridiques visant à rétablir la paix et la
sécurité au nom de la communauté internationale. Les milieux d’affaires suisses avaient largement financé la campagne des partisans de l’adhésion à l’ONU. Ils craignaient à juste titre que
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
27
l’image d’un pays arc-bouté sur son pré carré ne
gêne leur parfaite intégration au processus de
mondialisation en cours. Mais la mondialisation
ne concerne pas que l’économie. C’est ainsi que
la prochaine entrée dans le monde de la Suisse
marque autant la victoire de l’universalisme que
la défaite du nationalisme.
GÉRARD SANIER
LES ADHÉSIONS À L’ONU
Les États membres originaires :
Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Belgique, Biélorussie, Bolivie, Brésil, Canada, Chili, Chine, Colombie,
Costa Rica, Cuba, Danemark, Égypte, Équateur, États-Unis, Éthiopie, France, Grèce,
Guatemala, Haïti, Honduras, Inde, Iran,
Irak, Liban, Liberia, Luxembourg, Mexique,
Nicaragua, Norvège, Nouvelle-Zélande,
Panamá, Paraguay, Pays-Bas, Pérou, Philippines, Pologne, République dominicaine,
Royaume-Uni, Salvador, Tchécoslovaquie,
Turquie, Ukraine, URSS, Uruguay, Venezuela, Yougoslavie (1945).
Les adhésions marquantes :
Islande, Suède (1946) ; Pakistan (1947) ;
Israël (1949) ; Indonésie (1950) ; Autriche,
Espagne, Irlande, Italie, Portugal (1955) ;
Japon (1956) ; RFA, RDA (1973).
Les adhésions les plus récentes :
Liechtenstein, Namibie (1990) ; Corée du
Sud, Corée du Nord, Estonie, États fédérés de Micronésie, îles Marshall, Lettonie,
Lituanie (1991) ; Arménie, Azerbaïdjan,
Bosnie-Herzégovine, Croatie, Géorgie, Kazakhstan, Kirghizistan, Moldavie, Ouzbékistan, Saint-Marin, Slovénie, Tadjikistan,
Turkménistan, (1992) ; Andorre, Érythrée,
Macédoine, Monaco, République tchèque,
Slovaquie (1993) ; les Palaos (1994) ; Kiribati, Nauru et Tonga (1999) ; Tuvalu (2000).
4
Proche-Orient
Nouvelle escalade de la violence
Quatre attaques palestiniennes – dont un attentatsuicide à Jérusalem qui a fait dix victimes israéliennes
– coûtent la vie à 22 Israéliens et 12 Palestiniens
ont été tués au cours de ripostes de Tsahal dans
les camps de réfugiés palestiniens. Israël augmente
la pression militaire « sur l’Autorité palestinienne et
les organisations de la terreur palestinienne », avec
pour objectif « d’arrêter la terreur palestinienne ». En
réponse à l’attentat-suicide de Jérusalem, des hélicoptères israéliens tirent quatre missiles sur le quartier général des forces de sécurité palestiniennes et
sur un atelier à Bethléem ; en Cisjordanie, des chars
israéliens canonnent un bureau des renseignements
palestiniens près de Salfit au sud de Naplouse et
des tirs de mitrailleuses israéliens visent un poste
de contrôle de la sécurité palestinienne près de
Ramallah. Les responsables palestiniens dénoncent
un engrenage incontrôlable de la violence, mais en
imputent la responsabilité aux Israéliens.
Yougoslavie
Ibrahim Rugova président du Kosovo
Le leader albanophone modéré de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), Ibrahim Rugova, est élu à
la présidence de la province par le Parlement multiethnique, lequel désigne aussi un Premier ministre
et dix ministres dans le cadre de l’autonomie du
Kosovo prévue depuis juin 1999. Ibrahim Rugova à
la présidence partagera donc le pouvoir avec le Premier ministre Bajram Rexhepi, issu du Parti démocratique du Kosovo (PDK) d’Hashim Thaci, l’ancien
leader de l’UCK. La désignation du président et du
Premier ministre par le Parlement, qui s’est prononcé par 88 voix contre 3, avec 15 abstentions,
est le résultat de l’accord politique conclu par la
LDK et le PDK pour mettre fin à des mois d’impasse
depuis les élections de novembre dernier. L’accord
de partage du pouvoir permet à la LDK de nommer les ministres des Finances, de l’Éducation, de
la Culture, des Transports et des Communications,
tandis que le PDK prend à sa charge le Commerce
et les Services publics. L’Agriculture revient à la coalition serbe et les portefeuilles de l’Environnement
et de la Sécurité sociale à l’Alliance pour l’avenir du
Kosovo. La Santé est confiée aux autres minorités
représentées, qui détiennent un total de 13 sièges
au Parlement. Le Kosovo, sous administration de
l’ONU depuis 1999, a ainsi fait un nouveau pas vers
l’autonomie. « Nous travaillerons ensemble pour un
Kosovo libre, démocratique, pacifique, prospère et indépendant », a déclaré Ibrahim Rugova, en demandant à la communauté internationale de recondownloadModeText.vue.download 30 sur 380
JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
28
naître l’indépendance de la province pour accélérer
son intégration dans l’Europe.
6
États-Unis
Acier : mesures de protection
Le président George W. Bush décide d’imposer des
taxes de 8 à 30 % sur plusieurs types d’acier importés, dans le cadre d’un plan de trois ans destiné à
aider l’industrie américaine de l’acier. Une trentaine
d’aciéries ont fait faillite ces dernières années aux
États-Unis tandis que le prix de l’acier chutait, et
la question pourrait peser dans les élections au
Congrès en novembre. L’Union européenne s’élève
contre cette mesure, tandis que Jacques Chirac dénonce « la décision protectionniste » des États-Unis et
souhaite que « l’Europe réagisse vigoureusement et de
manière unie à cette décision » qui est « contraire aux
règles de l’Organisation mondiale du commerce ». « La
décision américaine de prendre le chemin du protectionnisme est un revers majeur pour le système commercial mondial », déclare, pour sa part, le commissaire européen chargé du Commerce Pascal Lamy.
Le 17, l’UE dépose deux recours devant l’OMC,
demandant des consultations avec les États-Unis.
Le règlement de l’organisation prévoit la possibilité pour ses membres de prendre des mesures de
rétorsion à rencontre d’un autre pays qui pratiquerait une politique protectionniste. Le 27, l’Europe, en
riposte à la décision américaine de taxer ses importations d’acier, fixe à son tour une liste de 15 catégories d’acier auxquelles seront appliqués des tarifs
douaniers de 14,9 à 26 % quand elles dépassent
un quota fixé. Pour adopter ces mesures de sauvegarde, la Commission européenne fait valoir que ses
importations d’acier ont augmenté de 18 % depuis
1998 alors que celles des États-Unis ont chuté de
33 % sur la même période.
7
Irlande
Statu quo sur l’IVG
Le « non » l’emporte avec 51 % des suffrages au référendum sur l’avortement visant à autoriser l’interruption de grossesse lorsque la vie de la mère est en
danger. L’avortement est interdit en Irlande, sauf cas
exceptionnels. Le texte soumis à référendum prévoyait de durcir cette législation actuelle : s’il avait
été voté, les intentions suicidaires d’une femme
n’auraient plus en effet été considérées comme un
motif d’autorisation d’avortement.
8
Israël-Palestine
Nouveaux affrontements
Un nouveau raid de l’armée israélienne entraîne l’un
des bilans les plus sanglants depuis seize mois : au
moins 33 Palestiniens, dont un haut responsable
de la Sécurité palestinienne, le général Ahmed
Mefraj, ont été tués en Cisjordanie et dans la bande
de Gaza. L’État hébreu riposte ainsi à l’attentat-suicide commis la veille par un militant du Hamas qui
a réussi s’infiltrer dans la colonie juive d’Atzmona
(bande de Gaza) où il a tué cinq étudiants israéliens
et blessé 19 autres avant d’être abattu par l’armée.
Yasser Arafat demande « une intervention immédiate
des États-Unis pour faire cesser les massacres de l’armée israélienne ».
9
France
Réouverture du tunnel du Mont-Blanc
Trois ans après l’incendie du 24 mars 1999 qui avait
fait 39 morts, le passage entre la France et l’Italie
est à nouveau accessible aux véhicules légers. En-
viron 1 500 opposants à cette réouverture se sont
regroupés devant la mairie de Chamonix pour défiler jusqu’à la rampe d’accès à la galerie à l’appel de
l’Association pour le respect du site du Mont-Blanc
(ARSMB). Le ministre des Transports Jean-Claude
Gayssot annonce une réouverture prochaine du
tunnel aux véhicules de moins de 19 tonnes. Mais
cette décision est loin de satisfaire les Italiens : Silvio Berlusconi demande aux autorités françaises de
rouvrir le tunnel à tous les camions en rappelant
les engagements en ce sens déjà pris par la France.
Le 27, la France et l’Italie se mettent d’accord sur la
réouverture de principe du tunnel du Mont-Blanc,
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
29
« d’ici l’été, aux poids lourds, sans toutefois fixer de
date précise. »
9
États-Unis
Pour un retour aux armes nucléaires
tactiques
Un document confidentiel révèle que les États-Unis
souhaitent se doter de nouvelles armes nucléaires
tactiques. Une liste de sept pays qui pourraient être
des cibles potentielles a été établie. Cette liste recoupe celle des États de l’« axe du mal » qu’a évoqué
George W. Bush dans son dernier discours sur l’état
de l’Union.
10
Zimbabwe
Élection présidentielle contestée
Le président sortant Robert Mugabe est réélu à la
tête du pays qu’il dirige depuis vingt-deux ans. Selon le décompte officiel, Robert Mugabe a obtenu
1 685 212 voix contre 1 258 758 à son rival le leader de l’opposition Morgan Tsvangirai, soit 56,2 %
des suffrages, contre 41,9. Son élection provoque
aussitôt de vives réactions au Zimbabwe et dans
le monde. Rejetant les résultats, Morgan Tsvangirai
accuse le pouvoir de fraudes électorales massives.
Le ministre britannique des Affaires étrangères Jack
Straw déclare que Robert Mugabe a gagne au prix
d’une « campagne systématique de violence et d’intimidation conçue pour atteindre un objectif : le pouvoir
à tout prix ». De son côté, le Quai d’Orsay a annoncé
que l’élection ne pouvait être considérée comme
« libre et juste ». Le ministre sud-africain des Affaires
étrangères Walter Kansteiner appelle à des sanctions
ciblées contre le président Mugabe. Les observateurs
sud-africains envoyés sur place ont en revanche jugé
ces résultats légitimes dans leur rapport intermédiaire. Les observateurs norvégiens estiment, eux,
que ces élections ont été faussées.
Le dernier baroud de Mugabe
Le président zimbabwéen a raté une
occasion de quitter le pouvoir en douceur,
alors que son pays traverse la plus grave
crise économique et sociale depuis l’indépendance. Réélu en mars, au terme d’une
élection très contestée, Robert Mugabe a
poursuivi sa campagne de répression politique et sa réforme agraire contestée.
L’espoir d’un règlement de la crise que
connaît le Zimbabwe depuis près de trois
ans, s’est amenuisé en 2002. Robert Mugabe,
soixante-dix-huit ans au pouvoir depuis 1980,
a certes remis son mandat jeu. Pour la première
fois en vingt ans de règne absolu de son président, le Zimbabwe aurait donc pu connaître une
alternance démocratique à la tête du pays. Mais
la présidentielle des 9 et 10 mars n’a, en réalité,
été qu’une formalité pour le vieux président,
puisque tout avait été mis en place pour lui assurer une victoire contre son principal challenger :
Morgan Tsvangirai.
Répression
Dans les mois qui ont précédé la présidentielle,
le gouvernement a accentué la répression contre
l’opposition. Dans les provinces, des miliciens,
recrutés parmi la foule des jeunes chômeurs, ont
été déployés, multipliant les exactions ou les intimidations. Ce fut particulièrement le cas dans
les régions du centre du pays, qui soutiennent
traditionnellement le parti au pouvoir, mais qui
risquaient de pencher pour l’opposition. Par ailleurs, les autorités ont refusé d’accréditer les organisations non gouvernementales locales, qui
se proposaient de participer à la surveillance des
élections. Quant aux observateurs de l’Union européenne, ils ont finalement jeté l’éponge, après
l’expulsion du chef de leur délégation, laissant
aux seules équipes venues des pays de la région,
ainsi que celles dépêchées par l’Organisation
de l’unité africaine (OUA), le soin de vérifier la
conformité du scrutin. Pour parfaire son dispositif, le gouvernement avait fait voter, à la fin de
l’année 2001, une loi extrêmement stricte sur la
presse, visant essentiellement les médias indépendants et les journalistes étrangers, accusés
de comploter contre le régime, pour le compte
de la Grande-Bretagne, bête noire du régime.
À la veille du scrutin des 9 et 10 mars, une réelle
tension régnait au Zimbabwe. La crainte d’une
guerre civile, en cas de victoire trop ostensible
du président sortant, a même été évoquée. Il n’en
a rien été, malgré le score de Robert Mugabe,
56,2 % contre 41,9 % pour Morgan Tsvangirai.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
30
Face à un pouvoir maîtrisant tous les rouages de
l’appareil répressif, l’opposition a préféré éviter
un bain de sang. Difficile également d’imaginer
un arbitrage de l’armée en faveur des adversaires du pouvoir, comme ce fut le cas en février
2000 au Sénégal pour l’actuel président Wade.
Quelques mois plus tôt, les autorités avaient
pris soin d’offrir de grasses augmentations de
soldes aux militaires. De plus, une partie de
l’armée profite largement de la présence d’un
fort contingent en République démocratique du
Congo, qui soutient le président Kabila contre
les rebelles du Rassemblement congolais pour la
démocratie (RCD-Goma), pour se livrer à toutes
sortes de trafics, auxquels le MDC a promis de
mettre fin.
Un résultat contesté
Malgré un score très contesté, et non reconnu
par les partenaires occidentaux du pays, les observateurs de l’OUA, comme ceux de la Communauté de développement de l’Afrique australe,
ont validé les résultats du scrutin. Les voisins du
Zimbabwe ont préféré éviter une confrontation
avec le président Mugabe, soit parce qu’ils craignaient de se retrouver un jour à sa place, soit
parce que, comme le Sud-Africain Thabo Mbeki,
ils préféraient ménager leur opinion intérieure.
Le Zimbabwe a en effet entamé une réforme
agraire très controversée, début 2002, qui vise à
redistribuer de manière accélérée 70 % des meilleures terres, toujours dans les mains de fermiers
blancs. Or, celle-ci est plutôt bien perçue par le
petit peuple noir sud-africain, alors que le pays
de Nelson Mandela connaît un problème similaire, voire plus criant encore.
La situation au Zimbabwe n’en inquiète pas
moins l’ensemble de la région, dont le front en
faveur de Robert Mugabe a fini par se fissurer.
Fin mars, le sommet du Commonwealth, organi-
sation qui regroupe les anciennes colonies britanniques, a décidé de suspendre l’ex-Rhodésie
pour un an, avec, au bout du compte, le soutien
de l’Afrique du Sud. Ironie de l’histoire, dans les
années 60 et 70, le régime proche de l’apartheid
de Ian Smith, contre lequel Robert Mugabe avait
pris le maquis, avait aussi subi de fortes pressions du Commonwealth.
Le président Thabo Mbeki et son homologue
nigérian Olusegun Obasanjo ont été chargés
d’une médiation pour trouver une issue à cette
interminable crise. Mais le vieux dirigeant n’a
pas assoupli sa position. Des pourparlers, entamés en avril avec l’opposition, ont été reportés
sine die. Quant à la réforme agraire, elle a été
durcie. Soucieux de contredire ceux qui l’accusent de l’avoir lancée pour des raisons purement électorales, Robert Mugabe en a même fait
son dernier combat. Menacés par les miliciens
du parti au pouvoir, prétendument « anciens
combattants de l’indépendance », de nombreux
fermiers d’origine européenne ont préféré fuir
le pays. Mais les paysans noirs qui les ont remplacés n’ont pas pour autant bénéficié du soutien du pouvoir. Installés, parfois de force, sur
des parcelles, sans obtenir les moyens de faire
davantage que de l’agriculture de subsistance,
certains « réinstallés » ont même préféré retourner dans leurs villages.
CHRISTOPHE CHAMPIN
UNE PRESSE MUSELÉE
Dernière voix dissidente, la presse a également payé lourdement les dérives du
régime Mugabe. Début juin, le journaliste
Andrew Meldrum, correspondant du quotidien britannique The Guardian et du
service anglais de Radio France Internationale, a été arrêté avec deux confrères du
seul quotidien indépendant du pays, The
Daily News. À l’origine de cette affaire :
une erreur de ce journal qui avait affirmé
qu’une femme avait été décapitée par des
militants de la ZANU-PF, dans le sud du
pays. Information finalement démentie par
la direction du Daily News. Trop tard pour
Andrew Meldrum et les deux journalistes
du quotidien.
11
France
Les médecins dans les rues de Paris
Quelque 25 000 médecins et professionnels de la
santé défilent dans la capitale pour dénoncer la politique actuelle de santé. Ils réclament des revalorisations d’honoraires, l’arrêt d’une politique de gestion
« purement comptable » des dépenses de santé, de
meilleures conditions de travail et une refonte de
leurs relations avec les caisses d’assurance-maladie.
Les syndicats de généralistes demandent que le tarif
des consultations de base soit porté à 20 euros, et à
30 euros pour les visites à domicile. Le ministre de la
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
31
Santé Bernard Kouchner se déclare « prêt à recevoir
les médecins », mais tient à rappeler que « les négociations ont déjà eu lieu » et qu’« on ne peut pas faire tout
d’un seul coup ».
13
Proche-Orient
L’ONU reconnaît un État palestinien
Le Conseil de sécurité adopte la résolution 1397 sur
le Proche-Orient qui pour la première fois mentionne
« la vision d’une région dans laquelle deux États, Israël et la Palestine, vivent côte à côte à l’intérieur de
frontières reconnues et sûres ». Le vote a été acquis
par 14 voix pour, la Syrie, qui occupe un siège non
permanent au Conseil, s’étant abstenue. Ce sont les
États-Unis qui avaient proposé cette résolution, la
première sur le Proche-Orient depuis octobre 2000.
En outre, la résolution « exige la fin immédiate de
tous les actes de violences, ce qui inclut toutes les
formes de terreur, de provocation, d’incitation et de
destruction ».
14
UE/Yougoslavie
Création de la Serbie-Monténégro
En marge du sommet européen de Barcelone, le président de la fédération de Yougoslavie Vojislav Kostunica et son homologue le président du Monténégro
Milo Djukanovic présentent aux Quinze leur accord
pour créer un nouvel État, la Serbie-Monténégro.
L’accord signé à Belgrade prévoit que la Yougoslavie
de Slobodan Milosevic, créée en 1992, laisse la place
à un nouvel État, formé pour au moins trois ans de la
Serbie et du Monténégro.
France
Rapport Debray sur l’enseignement des
religions
Le philosophe Régis Debray rend public le rapport
commandé en décembre 2001 par le ministre de
l’Éducation nationale Jack Lang sur « l’enseignement
du fait religieux dans l’école laïque ». Il y propose que
soit enseigné le « fait religieux » à l’école afin de combler les « lacunes » des écoliers en matière religieuse.
Il annonce la création d’un institut de science des
religions à Paris en relation avec l’École pratique des
hautes études. Pour l’écrivain, engagé, « traditions
religieuses et avenir des humanités sont embarqués
dans le même bateau. On ne renforcera pas l’étude
du religieux sans renforcer l’étude tout court ». Mais
« l’esprit de laïcité ne devrait rien avoir à redouter ».
L’étude de son principe doit précéder celle du religieux, affirme le rédacteur du rapport.
15
Le sommet européen consacré aux réformes économiques s’ouvre à Barcelone. Les Quinze affirment
l’objectif défini en mars 2000 à Lisbonne de faire de
l’Union européenne « l’économie la plus compétitive
du monde » à l’horizon 2010. Le principal enjeu de
ce sommet est d’obtenir un accord de la France sur
une libéralisation totale des marchés du gaz et de
l’électricité. Une série de manifestations sont organisées en marge du sommet par les mouvements
antimondialisation pour protester contre les projets
européens de libéralisation des marchés financiers et
de l’énergie. Le 16, un texte de compromis est adopté
par les 15 pays de l’Union européenne sur l’ouverture
à la concurrence en 2004 des marchés de l’électricité
et du gaz. Cette libéralisation « maîtrisée » et « progressive » ne concernera dans un premier temps
que les professionnels, les particuliers étant exclus
de l’accord. La France obtient les garanties qu’elle
souhaitait sur la protection des services publics, notamment une directive-cadre sur les principes régissant les « services d’intérêt général ». Jacques Chirac a
rappelé que les services publics « constituent l’un des
fondements » du pacte républicain français car ils préservent l’égalité entre le citoyens, qu’ils habitent « à
Ussel ou à Paris ».
UE
Sommet européen à Barcelone
18
Portugal
Défaite des socialistes
Les 8,5 millions d’électeurs portugais donnent la victoire aux conservateurs du Parti social-démocrate
(PSD) – 40,12 % des suffrages – sur les socialistes
– 37,85 % – aux élections, scrutin provoqué par la
démission du Premier ministre socialiste Antonio Guterres le 17 décembre dernier après l’échec de sa formation aux élections municipales. Le PSD n’obtient
pas la majorité absolue au Parlement et devra donc
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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entrer en négociations avec le Parti populaire (extrême droite) : le PSD remportant 102 des 230 sièges
du Parlement et le Parti populaire 14, ces deux partis
bénéficient de la majorité absolue. Le Parti socialiste,
qui avait remporté les précédentes élections législatives, présidentielle et européennes et était aux
affaires depuis six ans, se trouvait dans une posture
défensive depuis les élections municipales.
20
Zimbabwe
Suspension du Commonwealth
Le Zimbabwe du président Robert Mugabe est
suspendu de tous les conseils du Commonwealth
pour une durée d’un an : selon le Premier ministre
australien John Howard, président de la troïka des
dirigeants du Commonwealth, les observateurs du
Commonwealth ont conclu que le scrutin qui avait
conduit à la réélection du président zimbabwéen
Robert Mugabe n’avait pas autorisé la libre expression des souhaits de l’électorat et avait été émaillé de
violences. Aucun représentant gouvernemental du
Zimbabwe ne pourra donc prendre part à une réunion du Commonwealth pendant un an. En outre,
tous les programmes d’assistance technique autres
que ceux destinés à rétablir la stabilité politique sont
suspendus.
Italie
Un assassinat revendiqué par les
Brigades rouges
Le groupe d’extrême gauche Brigades rouges revendique l’assassinat dans le centre de Bologne du professeur Marco Biagi, conseiller du ministre du Travail
et auteur de propositions visant à faciliter les licenciements. Ces propositions de réformes sur l’emploi ont
été dénoncées par de nombreux partis de gauche,
estimant qu’elles accorderaient trop de liberté aux
employeurs pour licencier des salariés sans justification. Le 23, quelque deux millions de personnes
défilent à Rome à l’appel des syndicats pour manifes-
ter contre la réforme des conditions de licenciement
proposées par le gouvernement de Silvio Berlusconi
et contre le terrorisme, après l’assassinat de Marco
Biagi.
Les Brigades rouges hors saison
Les Brigades rouges sont réapparues sur
la scène publique italienne à l’occasion
du conflit, certes syndical, mais avant tout
politique, qui mobilise tous les opposants
au gouvernement de Silvio Berlusconi
contre le projet de réforme du statut des
travailleurs. Leur lutte n’est pourtant plus
en phase avec les nouveaux axes de protestation de la société italienne.
Le 19 mars 2002, le professeur Marco Biagi a
été tué par trois hommes armés alors qu’il
rentrait chez lui, à Bologne, après une journée de
cours à l’université de Modène où il enseignait le
droit du travail. Il ne disposait d’aucune protection particulière en dépit des menaces de mort
qu’il avait reçues. Cet universitaire avait autrefois
été proche de la coalition de centre gauche de
l’Olivier. Aux affaires de 1996 à 2001, celle-ci a
cédé la place à l’union des droites dirigée par Silvio Berlusconi. Quelques mois avant son assassinat, Marco Biagi s’était rapproché du nouveau
pouvoir, devenant le principal conseiller du ministre des Affaires sociales, Roberto Maroni, l’un
des fondateurs de la Ligue du Nord. L’escorte
policière fournie à Marco Biagi lui avait été retirée en décembre dernier à la suite de l’entrée en
application d’un plan de redéploiement des policiers au profit de la lutte contre la petite délinquance. Le gouvernement savait pourtant que
le professeur était menacé. Le secrétaire d’État
au Travail, Maurizio Sacconi, avait demandé aux
journalistes, quelques semaines avant l’assassinat, de ne pas nommer le conseiller du ministre
dans leurs articles sur le conflit social en cours :
« Si vous citez Marco Biagi, vous le condamnez à mort », avait-il prévenu.
Le rebond spectaculaire des syndicats
Le professeur Biagi était indirectement à l’origine de ce conflit social. C’est lui qui avait préconisé la suppression de l’article 18 du statut
des travailleurs, objet de l’intense polémique
qui oppose depuis lors le monde syndical au
gouvernement. Sous la pression de l’association
patronale de la Confindustria, l’un de ses plus fidownloadModeText.vue.download 35 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
33
dèles soutiens électoraux, Silvio Berlusconi a fait
de l’abolition de cet article 18 le symbole de sa
politique sociale. Le pouvoir pas plus que l’opposition ne s’attendaient à une réaction aussi vive
de la part du monde du travail. Un pourcentage
non négligeable de travailleurs n’avait-il pas
voté, quelques mois plus tôt, pour les partis de la
droite populiste et antisyndicale ? La popularité
de Silvio Berlusconi dans les sondages n’étaitelle pas à son zénith ? L’opposition de gauche,
contestée par les intellectuels et nombre de ses
électeurs, n’était-elle pas promise à une longue
traversée du désert ?
Voilà pourtant des semaines que la résistance à
l’abolition de l’article 18 fournit au monde syndical l’occasion d’un rebond spectaculaire. Le
23 mars, une manifestation nationale contre le
projet gouvernemental, organisée à l’appel de
la puissante centrale CGIL, a mobilisé quelque
3 millions de personnes, offrant au pays son plus
grand rassemblement de rue depuis la Libération. Le 16 avril, une grève générale sans précédent depuis 1982 a paralysé le pays. En quelques
semaines, le secrétaire de la CGIL, Sergio Cofferati, est devenu le dirigeant le plus populaire de la
gauche, et l’adversaire le plus dangereux de Silvio Berlusconi à l’horizon des élections de 2006.
Le gouvernement a tenté d’utiliser l’assassinat
de Marco Biagi pour essayer de désamorcer la
mobilisation populaire. Quelques jours avant la
manifestation du 23 mars, Silvio Berlusconi a mis
en cause l’attitude des opposants, « digne de la
guerre civile [...] qui a armé la main des assassins » du professeur Biagi. Les syndicats ont réagi
en couplant leur lutte sociale à une puissante
dénonciation du terrorisme, ce qui a encore élargi leur audience.
Un retour aux « années de plomb » ?
L’assassinat de Marco Biagi marque-t-il un retour
aux « années de plomb » des décennies 1970 et
1980 ? Le terrorisme était déjà réapparu en 1999,
alors que la coalition de l’Olivier était au pouvoir. L’assassinat de Massimo D’Antona, lui aussi
conseiller du ministre du Travail de l’époque, et
qui étudiait la réforme du droit de grève dans
les services publics, avait été revendiqué par les
« Brigades rouges pour la construction du parti
communiste combattant ». Celui de Marco Biagi
porte la même signature et les deux hommes
ont été tués par le même revolver. Les Brigades
rouges n’ont jamais fait de distinction entre
la droite et la gauche réformiste. À leurs yeux,
Massimo D’Antona comme Marco Biagi, figures
symboliques d’intellectuels « au service du capital », méritaient la mort. Le temps où les Brigades
rouges, alliées à d’autres groupes extrémistes,
comptaient plusieurs centaines de militants
clandestins armés et des milliers de sympathisants dans les usines et les universités est pourtant révolu. La loi sur les repentis et la répression
policière ont eu raison de leur organisation.
L’enlèvement puis l’assassinat du Premier ministre Aldo Moro en 1978 ont constitué à la fois
le point culminant de son action et le début de
son déclin. Aussi cette résurgence des Brigades
rouges semble-t-elle intervenir hors saison. Si le
mouvement lancé par un groupe d’étudiants de
la faculté de sociologie de Trente en 1970 continue d’agir sur le terrain politique, il paraît totalement marginalisé : l’extrême gauche italienne
combat principalement la mondialisation. Rien
ne rapproche aujourd’hui les manifestants antimondialisation et les Brigades rouges, pas même
les bavures policières survenues lors des manifestations de Naples et de Gênes, en 2001. Si le
combat contre le terrorisme n’est pas gagné, les
Brigades rouges ne sont plus aujourd’hui considérées en Italie comme un problème politique,
mais comme un problème de police. Police qui,
en l’occurrence, s’avère assez peu efficace : trois
ans après le meurtre de Massimo D’Antona, les
enquêteurs ne disposent d’aucune piste sérieuse, tout comme pour celui de Marco Biagi.
LUCIANO BOSIO
LA RÉFORME DE L’ARTICLE 18 EN CAUSE
Auteur d’un « livre blanc » sur la flexibilité du travail, Marco Biagi préconisait la
réforme du statut des travailleurs qui fixe
depuis trente ans le cadre général des
relations de travail dans les entreprises.
L’article 18 de ce statut, notamment, stipule que tout licenciement doit avoir une
unique « juste cause ». Si le salarié estime
avoir été injustement licencié, il peut déposer un recours en justice et, si sa plainte
est justifiée, obtenir sa réintégration dans
l’entreprise. Quelques centaines de travailleurs seulement bénéficient chaque
année de cette disposition qui est absente
des Codes du travail de la plupart des
pays européens. Estimant que la suppression de cette clause faciliterait la gestion
de la main-d’oeuvre et le développement
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
34
de l’emploi dans les petites entreprises,
Marco Biagi prônait son élimination dans
toutes les sociétés de moins de quinze
salariés.
26
UE
Le système Galileo concurrent du GPS
Les ministres des Transports de l’Union européenne
réunis à Bruxelles décident à l’unanimité de lancer
le système de navigation et de positionnement par
satellite Galileo, pour mettre fin au monopole du
Global Positionning System (GPS) contrôlé par les
Américains. Le coût total du projet est estimé entre
3,2 milliards et 3,6 milliards d’euros, jusqu’à sa mise en
service prévue en 2008. En décembre 2001, six États
(Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Suède
et Danemark) avaient demandé un nouveau report
de la poursuite du financement de Galileo. Galileo
doit être plus précis et plus fiable que le Global Positionning System, tout en étant interopérable avec
lui, pour permettre aux utilisateurs de combiner les
informations fournies par les deux systèmes et arriver
à une précision encore meilleure.
27
France
Fusillade lors d’un conseil municipal à
Nanterre
Huit élus sont tués et 19 autres blessés par un
homme, Richard Durn, âgé de trente-trois ans, qui
a ouvert le feu sur l’assemblée du conseil municipal
de la ville de Nanterre avant d’être finalement maîtrisé par des élus. Demandeur d’emploi, Richard Durn
pratiquait le tir sportif dans un club de La GarenneColombes (Hauts-de-Seine), possédait un permis de
détention d’arme et n’était pas connu des services
de police. Il aurait déclaré aux enquêteurs qu’il « voulait une dernière fois exister avant de mourir » en tuant
des gens. Le 28, interrogé au quai des Orfèvres, il se
jette du quatrième étage de la Brigade criminelle à
Paris, où il était en garde à vue. Il avait auparavant
reconnu avoir « froidement et sciemment tué » les huit
élus franciliens. Tout cela « est inacceptable » et « s’il y a
eu des dysfonctionnements avérés, des sanctions seront
prises », a assuré sur France 2 le ministre de l’Intérieur
Daniel Vaillant.
29
Palestine
Le QG d’Arafat investi
Des parachutistes israéliens prennent d’assaut le
quartier général de Yasser Arafat à Ramallah en Cisjordanie. C’est la plus importante opération jamais
lancée contre le siège de l’Autorité palestinienne à
Ramallah. Yasser Arafat se déclare prêt à « mourir en
martyr » plutôt que de se rendre. Un responsable
du gouvernement israélien a qualifié les bâtiments
entourant le bureau de Yasser Arafat d’« infrastructure
terroriste ». Selon ce responsable, Israël entend isoler
Yasser Arafat dans ses bureaux mais ne compte pas
s’en prendre à lui physiquement ni l’arrêter.
30
Grande-Bretagne
Décès de la reine mère
La reine mère Élizabeth, mère d’Élizabeth II d’Angleterre et grand-mère du prince Charles, décède à
l’âge de cent un ans au Royal Lodge de Windsor. Sa
dépouille est transférée à la Chapelle royale de tous
les Saints, dans le grand parc du château de Windsor.
La reine mère jouissait d’une grande popularité et
avait su pérenniser la monarchie britannique. Durant
les bombardements allemands de la Seconde Guerre
mondiale, la reine et son époux, le roi George VI,
avaient noué des liens de solidarité avec leurs sujets
et gagné ainsi la loyauté sans faille d’une génération.
Et son courage en ces circonstances avait amené
Hitler à la qualifier de « femme la plus dangereuse du
monde ».
Queen Mum, ultime vestige d’un
empire disparu
L’« Union Jack » en berne sur Buckingham
Palace, le grand tocsin de la cathédrale
Saint-Paul résonnant pendant une heure,
des bouquets de fleurs par milliers devant
les grilles du château de Windsor, les journaux entourés d’un liseré noir : le 30 mars
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
35
2002, le palais a annoncé que « Queen
Mum » s’était éteinte « tranquillement »
des suites d’une mauvaise infection des
bronches.
Rentré précipitamment de vacances, le
prince Charles s’est dit « dévasté » par le
décès de Queen Mum, à laquelle le Parlement a
rendu hommage en séance spéciale. Le Premier
ministre, Tony Blair, a de son côté salué « l’élégance, le sens du devoir et l’appétit de vivre
[...] qui faisait partie de la fibre du pays » de
la grand-mère préférée des Britanniques. La
reine mère Élisabeth s’est éteinte dans son sommeil au château de Windsor, à l’âge de 101 ans.
Sa dernière apparition publique remontait au
mois de février, lors des funérailles de sa fille
cadette, la princesse Margaret. Sa fille aînée, la
reine Élisabeth II d’Angleterre, était à ses côtés
au moment de son dernier soupir. Son éternel
sourire accompagné de petits mouvements de
tête, ses couvre-chefs légendaires et ses tenues
pastel, jaune pâle ou rhododendron, d’un kitsch
parfait, resteront dans la mémoire de tous les
Britanniques. « Dernier lien avec un passé
révolu », « ultime vestige d’un empire disparu », selon la presse, elle incarnait la droiture des
« Royal ». Sa disparition contraint la monarchie à
réfléchir à son devenir. Elle n’était pas seulement
une reine mais le symbole d’un monde, d’une
culture, d’un ordre constitutionnel. Pour le journal le Monde, le décès de Queen Mum tourne
symboliquement une page de l’histoire contemporaine du Royaume-Uni, marquée par deux
guerres et la décolonisation : « Sa mort referme
un cycle historique qui a vu défiler, dans un
décor fastueux, six souverains, seize Premiers ministres, deux guerres mondiales, l’effondrement du plus grand empire de tous les
temps, le retour de l’Angleterre en Europe. »
La petite duchesse écossaise
Les gros titres de la presse britannique et internationale rivalisent d’hommages et de petits
mots, saluant le courage, l’humour, la simplicité,
le sens de la responsabilité incarnés par la reine
mère. Lointaine descendante de Macbeth, Élisabeth Bowles-Lyon était née dans une famille
aristocrate écossaise très unie, dont elle était
l’avant-dernier des huit enfants. Elle offrit son
premier sourire aux Londoniens en 1923, le jour
où elle épousa « Bertie », le prince Albert George,
duc d’York, second fils du roi George V, un ami
d’enfance. Quoique étrangement assorti – elle
était curieuse et malicieuse, lui plutôt timide
et gauche –, le couple vécut des jours heureux
et le bonheur d’Élisabeth rayonna sur la Cour.
Première femme à intégrer le clan des Windsors
sans être de sang royal, elle se réjouissait que
son époux – « Dieu merci » – ne soit pas roi. Elle
s’adapta facilement à son destin princier. Deux
enfants naquirent de cette union : Élisabeth en
1926, Margaret quatre ans plus tard. À la mort
du roi George V, en 1936, Édouard VII, son fils
aîné, monta sur le trône. Mais il abdiqua un an
plus tard pour pouvoir épouser une jeune Américaine divorcée. En 1937, George VI était couronné roi. À ses côtés, Élisabeth s’employa à lui
donner la carrure d’un monarque. Le patriotisme
de celle-ci, pendant la Seconde Guerre mondiale, explique en grande partie son immense
popularité. Lors du « blitz » de 1940, six bombes
touchèrent le palais de Buckingham sans inquiéter « Lady Courage » qui se refusa à quitter les
lieux et à envoyer ses deux filles au Canada, se
félicitant de « pouvoir enfin regarder en face
l’East End », quartier particulièrement dévasté
de la capitale. Prenant ses aises avec un protocole pour le moins rigide, le couple royal visitait régulièrement les quartiers bombardés de
Londres. Tandis qu’Hitler considérait Élisabeth
comme la femme « la plus dangereuse d’Europe », Churchill avouait avec humour son admiration pour elle : « J’étais prêt à lui donner Big
Ben. » Lorsque George VI mourut, en 1952, celle
qui devint du même coup la reine mère – titre
jusque-là inconnu – passa le flambeau à sa fille
Élisabeth II.
Une certaine idée de la monarchie
Les drapeaux des monuments publics sont restés en berne jusqu’au 9 avril, date des obsèques
et fin du deuil national. Le cercueil de la reine
mère, qui n’a pas bénéficié de funérailles d’État,
reposera avec celui de son mari dans la chapelle
Saint-George du château de Windsor. Selon les
mots de l’archevêque de Cantorbéry, elle constituait « un élément précieux de la vie nationale ». Décrite comme l’archétype des valeurs
victoriennes, cette femme « conventionnelle »
était le symbole de la monarchie traditionnelle.
Même les tabloïds les plus antiroyalistes ne
s’étaient jamais risqués à s’attaquer au symbole
qu’elle incarnait.
Seuls quelques commentateurs avaient osé
dévoiler ses penchants dépensiers et sa petite
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faiblesse pour le gin tonic. L’annonce du déficit de 4 millions de livres de ses finances avait
fini par filtrer. Élisabeth avait été la première à
comprendre l’importance de l’image pour la
monarchie. Certains lui reprochaient d’ailleurs
d’en jouer. Pour elle, « la monarchie était la
profession la plus ardue dont les membres ne
peuvent échapper à leur destin ». C’est pourquoi, après avoir béni l’union du prince Charles,
son petit-fils préféré, et de Lady Diana, elle avait
reproché à cette dernière de ne pas se plier aux
devoirs de la fonction. Eurosceptique notoire,
elle s’était opposée à toute modernisation du
système monarchique, qu’il s’agisse de l’ouverture au public du palais de Buckingham ou de
l’assujettissement du souverain à l’impôt. On
la disait proche en idées du parti conservateur.
Sa disparition assombrit encore un peu plus le
jubilé de l’accession au trône d’Élisabeth II, pourtant organisé en grande pompe pour affermir la
place de la monarchie au coeur de la nation.
CÉLINE CABOURG
! QUEEN MUM ! EN DATES
– 4 août 1900 : naissance d’Élisabeth
Bowes-Lyon.
– 26 avril 1923 : Élisabeth épouse Albert,
duc d’York, futur George VI.
– 21 avril 1926 : naissance de sa fille Élisabeth, future Élisabeth II.
– 21 août 1930 : naissance de sa fille
Margaret.
– 10 décembre 1936 : abdication
d’Édouard VIII.
– 12 mai 1937 : George VI est couronné roi.
– Septembre 1940 : début du « blitz », le
bombardement de Londres par l’aviation
allemande.
– 6 février 1952 : mort de George VI ; Élisabeth est veuve à 51 ans.
– 4 août 2000 : Élisabeth fête son
centenaire.
– 9 février 2002 : décès de la princesse
Margaret.
– 30 mars 2002 : décès de Queen Mum.
– Juin 2002 : fêtes du jubilé de la reine
Élisabeth II.
31
Israël
Vagues d’attentats-suicides
Un kamikaze palestinien âgé de vingt-deux ans se
fait exploser dans un café bondé de Tel-Aviv, blessant
29 personnes. L’attentat est revendiqué par les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, une milice liée au Fatah
de Yasser Arafat. Il s’agit du troisième attentat-suicide
en quatre jours, après celui de Netanya revendiqué
par le Hamas et celui de Jérusalem revendiqué par
les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa. Cet attentat « est
la poursuite d’une campagne de meurtres » visant les
Israéliens partout, a déclaré le porte-parole du gouvernement israélien.
France
Nouvelle vague d’attentats antisémites
Les portes de la synagogue du quartier de Cronenbourg, à Strasbourg, sont incendiées à l’aide d’hydrocarbures. Une autre synagogue est incendiée à Marseille au coeur d’un ensemble HLM et entièrement
détruite par le sinistre. Une école juive de Sarcelles
dans le Val-d’Oise est visitée par un ou des intrus qui
ont commis des déprédations relativement importantes. Joseph Zrihen, vice-président du Conseil
représentatif des institutions juives de France (CRIF),
déclare qu’il faut « du courage de la part des hommes
politiques et de la part du public pour prendre la défense
d’une communauté qui est agressée dans sa vie, dans
sa réalité quotidienne. Ce courage, c’est maintenant
qu’il faut le manifester, pas parce que nous sommes
en campagne électorale, mais parce que c’est un acte
qui touche au fondement même de la République ». Le
lendemain, le Premier ministre Lionel Jospin reçoit
le président du Conseil représentatif des institutions juives de France Roger Cukierman. Le Premier
ministre rappelle à cette occasion les mesures de
sécurité renforcées prises par son gouvernement
afin d’assurer aux Juifs de France une réelle protection contre la recrudescence des actes antisémites.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
37
Avril
1
Pays-Bas
Légalisation de l’euthanasie
Un an après son adoption par le Parlement néerlandais, le 10 avril 2001, l’euthanasie devient légale
aux Pays-Bas. Le texte avait été voté par 104 voix (les
trois partis gouvernementaux, sociaux-démocrates,
libéraux et réformateurs) contre 40 (les chrétiens-
démocrates et les partis de la droite religieuse).
L’euthanasie était tolérée aux Pays-Bas depuis vingt
ans mais restait illégale. Les Pays-Bas deviennent
ainsi le seul pays au monde à autoriser les « interruptions de vie ». Des conditions strictes entourent
cette pratique qui, si elles ne sont pas respectées,
conduiront les médecins devant la justice : en particulier, le patient doit se trouver dans une situation
médicale désespérée et endurer des souffrances
insupportables ; le médecin doit avoir acquis la
conviction qu’il s’agit d’une demande délibérée et
bien réfléchie du patient ; il doit pratiquer l’acte
d’interruption de vie ou d’aide au suicide avec toute
la rigueur médicalement requise.
4
États-Unis
Appel de Bush au retrait israélien des
villes palestiniennes
Le président américain George W. Bush décide
de dépêcher son secrétaire d’État Colin Powell
au Proche-Orient pour désamorcer l’escalade de
la violence, dans le cadre d’un nouveau plan du
président américain destiné à mettre fin au bain
de sang israélo-palestinien. Le chef de la diplomatie américaine doit s’entretenir avec le Premier
ministre israélien Ariel Sharon, le prince héritier
Abdallah d’Arabie saoudite, le président égyptien
Hosni Moubarak et le roi Abdallah II de Jordanie.
Une rencontre avec le président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat n’est pas prévue. Washington
a néanmoins réaffirmé son soutien à Israël au nom
du droit à l’autodéfense. S’accusant mutuellement
de compromettre les efforts de paix, l’Autorité palestinienne exige devant le Conseil de sécurité de
l’ONU le retrait israélien des villes de Cisjordanie,
tandis que l’État hébreu fait valoir que les attentats
suicide doivent cesser immédiatement. Avant son
départ, Colin Powell appelle Israël à entamer « dès
que possible ou sans délai » le retrait des territoires
palestiniens.
France
Record de candidats à la présidentielle
Le Conseil constitutionnel valide 16 candidatures
à l’élection présidentielle des 21 avril et 5 mai prochains. Seize candidats ont réuni dans les délais
requis les 500 parrainages nécessaires pour briguer
les suffrages des Français. Il s’agit, dans l’ordre établi
par tirage au sort effectué par le Conseil, de Bruno
Mégret, Corinne Lepage, Daniel Gluckstein, François
Bayrou, Jacques Chirac, Jean-Marie Le Pen, Christiane Taubira, Jean Saint-Josse, Noël Mamère, Lionel
Jospin, Christine Boutin, Robert Hue, Jean-Pierre
Chevènement, Alain Madelin, Arlette Laguiller et
Olivier Besancenot. Ces 16 candidatures représentent un record absolu pour une élection présidentielle. Le précédent record datait de 1974, avec
12 candidats. Ni la candidature de Charles Pasqua
ni celle de Nicolas Miguet, le président du Rassemblement des contribuables français (RCF), n’ont été
retenues par le Conseil constitutionnel.
Selon le Conseil constitutionnel, pas moins de
35 personnes ont obtenu au moins un parrainage,
dont les 16 candidats validés.
6
Rugby
Le Grand Chelem pour le XV de France
Grâce à sa victoire (44-5) sur l’Irlande à Saint-Denis,
le XV de France de rugby remporte le Grand Chelem
dans le Tournoi des Six-Nations. C’est le septième
Grand Chelem de l’histoire de l’équipe de France de
rugby après ceux de 1968, 1977, 1981, 1987, 1997 et
1998.
France
Manifestations pro-palestiniennes et
pro-israéliennes
Des milliers de militants pro-palestiniens et pro-israéliens manifestent en France pour défendre leurs
positions relatives à la situation au Proche-Orient et,
seule revendication commune, dénoncer les actes
racistes et antisémites. Les premiers répondent à
l’appel de plusieurs organisations : l’Union des étudownloadModeText.vue.download 40 sur 380
JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
38
diants palestiniens en France, l’association FrancePalestine, le Mouvement contre le racisme et pour
l’amitié entre les peuples (MRAP), le Parti communiste, la CGT, la Ligue des droits de l’homme (LDH),
la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) ou
encore les Verts. Les seconds répondent à l’appel
d’une trentaine d’associations représentatives de la
communauté juive, sous l’égide du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). À Paris – mais aussi à Nantes (1 500), à Marseille (1 500),
à Grenoble (2 000) –, quelque 18 000 personnes
ont manifesté pour soutenir le peuple palestinien,
réclamer le retrait de l’armée israélienne de toutes
les villes occupées en Cisjordanie ou encore la rupture des relations commerciales et militaires entre
l’Union européenne et Israël.
8
Allemagne
Faillite du groupe Kirch
Le géant de l’empire des médias fondé par le magnat Leo Kirch, soixante-quinze ans, est déclaré
en état de cessation de paiements par un tribunal de Munich. La procédure de mise en faillite ne
concerne que KirchMedia, qui contrôle des chaînes
de télévision privées, un important catalogue de
films et des droits de retransmissions sportives. Le
groupe Kirch, qui via ses autres filiales contrôle une
télévision à péage et détient une participation dans
le quotidien à gros tirage Bild ainsi que les droits
de la formule 1, a accumulé une dette de quelque
6,5 milliards d’euros relative à ses déboires dans la
télévision payante. Le poids de KirchMedia dans
la dette totale de la holding était de 2,1 milliards
d’euros à la fin du troisième trimestre l’an dernier.
Les banques créancières doivent à présent négocier avec des investisseurs potentiels un vaste plan
de restructuration de KirchMedia. Détenteur d’une
majorité de contrôle dans le diffuseur ProSiebenSat.1 Media, le groupe de Leo Kirch est un des deux
principaux opérateurs privés du marché télévisuel
allemand, avec son concurrent RTL Group, détenu
par Bertelsmann AG. Ajoutées à la télévision à
péage Première, en grande difficulté, les six chaînes
nationales du groupe Kirch réunissent un quart des
téléspectateurs allemands.
9
Irak
Suspension des exportations de pétrole
Sadaam Hussein annonce dans un discours télévisé que l’Irak gèle ses exportations de pétrole pour
trente jours ou jusqu’à ce qu’Israël se retire des territoires palestiniens. Le pompage du brut irakien vers
l’étranger par le terminal turc de Ceyhan et celui
d’Al-Bakr sur le Golfe, les deux terminaux d’exportation du pétrole de l’Irak sous embargo, est aussitôt
suspendu. Après cette annonce, le cours du pétrole
Brent grimpe en flèche à Londres, à 27,35 dollars
contre 26,65 USD à l’ouverture à la corbeille et
25,99 dollars à la clôture précédente.
11
Proche-Orient
Mission impossible pour Colin Powell
Le chef de la diplomatie américaine Colin Powell se
rend au Proche-Orient pour tenter de ramener la
paix entre Israéliens et Palestiniens. Mais au terme
de dix jours de pourparlers, il n’annonce aucun résultat réel. Il dit toutefois avoir reçu du Premier ministre israélien Ariel Sharon l’assurance d’un retrait
israélien des territoires occupés en Cisjordanie dans
quelques jours. Mais le secrétaire d’État américain
a également demandé à l’Autorité palestinienne
d’« agir et ne pas simplement condamner le terrorisme avec des mots. Israël doit poursuivre ses
retraits, et tous les pays arabes doivent se montrer à
la hauteur de leurs responsabilités ». Quant à Yasser
Arafat, qui a rencontré Colin Powell à Ramallah, il a
réitéré sa demande d’un retrait immédiat des Israéliens des territoires palestiniens. Au vu des dernières
actions de Tsahal, un apaisement entre les deux parties semble donc bien hypothétique.
Tunisie
Attentat contre une synagogue
Une explosion devant la plus vieille synagogue
d’Afrique, sur l’île tunisienne de Djerba, fait 13 victimes, dont trois qui ont succombé à leurs blessures.
L’explosion d’un camion-citerne a coûté la vie à huit
Allemands, à quatre Tunisiens (dont le chauffeur
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
39
du camion-citerne qui s’est écrasé contre la synagogue) et à un Français. La thèse de l’attentat est
une « certitude ». Cette thèse est étayée par des
« preuves techniques » sur la nature de la citerne
montée sur le véhicule qui a explosé, ainsi que sur
la nature du produit que contenait cette citerne et
sur les circonstances de l’explosion.
Venezuela
Coup d’État militaire
Après trois jours de violentes manifestations d’opposants dans les rues de Caracas, le président Hugo
Chavez est contraint de démissionner après l’intervention de l’état-major de l’armée. Il avait remporté
la présidentielle de 1998 avec le soutien des partis de
gauche et s’était engagé à combattre la corruption et
à améliorer le sort de la population. Le président de
la fédération des chambres de commerce du pays,
Pedro Carmona, décrète la fin immédiate de la grève
générale lancée le 9 à l’appel des syndicats pétroliers
et des plus grandes entreprises du pays. Les syndicats de la puissante industrie pétrolière entendaient
protester contre la nouvelle direction du groupe Petroleos de Venezuela – monopole d’État qui fournit
au pays 80 % de ses devises. Mais après 24 heures à
la tête de l’État, Pedro Carmona, sous la pression de
la rue, remet à son tour sa démission, l’armée ayant
cette fois basculé en faveur de Chavez.
Un président sous surveillance à
Caracas
Réélu en 2000 à la tête du Venezuela sur
la base d’un programme de lutte contre la
corruption et la pauvreté, Hugo Chavez,
victime d’un putsch avorté, dirige un pays
plus polarisé et divisé que jamais.
« Il n’y a aucun risque de coup d’État militaire contre moi. Zéro ! » assurait le chef de
l’État vénézuélien Hugo Chavez dans un entretien accordé au Monde fin février. Moins de deux
mois après cette déclaration, le 11 avril, des gradés de l’armée sont pourtant venus quérir l’exlieutenant-colonel au palais présidentiel de Miraflorès pour « négocier » avec lui sa démission,
à la suite d’affrontements meurtriers qui ont
opposé « pro- » et « antichavistes ».
Hugo Chavez, ex-putschiste repenti, réélu triomphalement pour six ans en 2000, a-t-il, ce jourlà, été déposé par une coalition de « nantis »,
autoproclamés « société civile », soutenus
par l’Église catholique et les principaux médias
privés du pays (voir encadré), avec la complicité d’une partie de l’armée, ou bien a-t-il payé
quatre années d’un exercice brouillon du pouvoir qui ont vu sa cote de popularité fondre de
80 à 40 % ?
L’armée, colonne vertébrale de l’État
Propulsé en 1998 à la tête du quatrième producteur mondial de pétrole, dans un contexte
de vide politique marqué par le rejet des deux
partis traditionnels (l’Action démocratique et la
Copei), le « comandante » Chavez électrise les
foules en prônant l’avènement d’une révolution
« bolivarienne » censée mettre fin à la corruption et à la pauvreté qui frappe les deux tiers des
ménages vénézuéliens. Pour y parvenir, le nouveau président, arrivé au pouvoir sans véritable
parti, ne peut s’appuyer que sur une poignée
de fonctionnaires de haut rang, sur les masses
qu’il tente d’organiser en créant des milliers de
« cercles bolivariens » et surtout sur l’armée, qui
devient la colonne vertébrale de l’État.
Le régime chaviste n’en devient pas plus répressif. Il promulgue même une Constitution
d’avant-garde, adoptée par référendum en
1999. En revanche, le verbe chaviste est polarisateur, qui ne cesse d’accuser les oligarques et
autres latifundios de freiner les indispensables
réformes socio-économiques. De populaire,
Chavez devient populiste et perd du temps,
alors que, en 1999-2000, le Venezuela engrange
les bénéfices de son activisme au sein de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP).
Or Chavez choisit l’automne 2001, au moment
où la manne pétrolière commence à s’effriter,
pour signer une cinquantaine de décrets-lois
élaborés sans débat démocratique, qui renforcent l’interventionnisme étatique dans l’économie en amorçant une (timide) réforme agraire et
en modifiant le régime des investissements pétroliers. Dénonçant un projet « collectiviste »,
Fedecamaras et la CTV organisent, avec succès,
une première grève générale. En février 2002,
alors que le marasme économique s’aggrave,
Chavez laisse flotter le bolivar, qui perd un tiers
de sa valeur. Les appels à la démission du président vénézuélien se multiplient, commencent
à être relayés par des militaires de haut rang,
mais sans le dissuader de reprendre en main Petroleos de Venezuela (PDVSA) en expurgeant la
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
40
compagnie publique pétrolière de son président
et de la plupart de ses administrateurs. Ce dernier événement va précipiter une chute qui sera
brève : le lendemain du putsch, le président de
Fedecamaras, Pedro Carmona, prend la tête d’un
gouvernement provisoire composé d’oligarques
« profondément attachés à l’État de droit »,
qui s’empressent néanmoins de dissoudre l’Assemblée nationale et de déclencher une vague
de répression souvent brutale contre les proches
du président déchu.
Erreur fatale : l’armée, faisant volte-face, exige
le rétablissement de l’ordre constitutionnel, et
sous la pression de la rue M. Carmona doit démissionner. Rentré à Caracas sous les vivats de
ses partisans, Hugo Chavez est officiellement
rétabli dans ses fonctions le 14 avril.
La main des États-Unis ?
Certains soupçonnent les États-Unis d’avoir
encouragé les putschistes vénézuéliens, d’autant que George W. Bush a fait nommer début
2002, au poste de sous-secrétaire d’État chargé
des Affaires latino-américaines, le controversé
Otto Reich, malgré l’opposition du Congrès qui
lui reproche son implication dans le scandale
Iran-Contra. L’indépendance affichée par Hugo
Chavez en matière de politique étrangère ne
peut que déplaire à Washington : réactivateur de
l’OPEP (sans jamais cesser, toutefois, de garantir
l’approvisionnement pétrolier des États-Unis,
dont le Venezuela est le troisième fournisseur),
principal soutien du régime castriste, hôte de
Saddam Hussein ou du colonel Kadhafi, le chef
de l’État vénézuélien refuse également de soutenir le projet nord-américain de zone de libreéchange des Amériques, comme la lutte antidrogue sur le sous-continent (symbolisée par
le plan Colombie) : on le soupçonne d’ailleurs
d’entretenir des liens avec les FARC, principale
guérilla colombienne. Toutes ces « bonnes »
raisons ne peuvent, pour autant, excuser les
ambiguïtés de l’administration Bush au cours
de la crise vénézuélienne. M. Chavez à peine
destitué, alors que tous les pays de l’Organisation des États américains (OEA), à l’exception
du Salvador et des États-Unis, ont dénoncé le
putsch et reconnu la légitimité du président
élu, Otto Reich puis l’ambassadeur américain
au Venezuela, Charles Shapiro, se sont entretenus avec le fugace « président intérimaire »
Carmona, afin, ont-ils précisé, de le dissuader de
dissoudre l’Assemblée nationale. Le retour à la
présidence de M. Chavez n’a pas mis fin à la crise
politique vénézuélienne. Ceux qui ont organisé
ou soutenu le putsch n’entendent pas relâcher
la pression, fût-ce en explorant, cette fois, des
voies plus démocratiques, comme l’organisation
d’un référendum révocatoire. La société vénézuélienne n’en paraît pas moins polarisée, les
pauvres accusant les riches de conspirer contre
« leur » président démocratiquement élu. Les
rumeurs de coups d’État se succèdent et tous
(Hugo Chavez compris ?) s’interrogent : combien
de temps l’armée restera-t-elle encore chaviste ?
EMMANUEL CHICON
PETITES MANIPULATIONS MÉDIATIQUES
Les médias audiovisuels vénézuéliens ne
brillent pas par leur déontologie. Au plus
fort des émeutes du 11 avril, les chaînes
de télévision privées Radio Caracas Television, Globovision, Venevision et Televen
ont continué à retransmettre des images
rassurantes du marché de Caracas où l’on
voyait quelques Vénézuéliens souriants
faire paisiblement leurs courses dominicales. En revanche, elles ont couvert
minute par minute les manifestations qui
ont conduit à la destitution de Hugo Chavez et célébré avec un enthousiasme très
militant le départ du chef de l’État abhorré.
Et, quand la situation s’est retournée en sa
faveur, les mêmes chaînes ont préféré programmer des « telenovelas ». Les radios
n’ayant pas mieux couvert les événements,
les Vénézuéliens, pour s’informer, ont donc
été obligés d’écouter la station colombienne Telemundo International.
16
Italie
Grève générale
Pour la première fois depuis près de vingt ans, l’Italie est paralysée par la grève générale organisée par
les syndicats – les trois grandes confédérations syndicales du pays, la CGIL proche des communistes,
la CISL catholique et l’UIL de centre gauche – pour
protester contre la réforme de la législation du travail
proposée par le gouvernement de Silvio Berlusconi,
notamment le projet visant à accroître la flexibilité
du marché du travail via une modification de la loi
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
41
sur les licenciements. Malgré la forte mobilisation
des Italiens, le président du Conseil italien fait savoir
qu’il entend poursuivre les réformes décriées par les
syndicats, tout en proposant à ces derniers la réouverture du dialogue social.
France
Changement à la tête de Canal +
Pierre Lescure, le président de Canal + et l’un de
ses créateurs historiques, est remplacé par Xavier
Couture, jusque-là directeur de l’antenne de TF1,
sur décision du président de Vivendi Universal JeanMarie Messier. Pierre Lescure, âgé de cinquante-cinq
ans, a été le premier directeur des programmes de
Canal + à sa naissance en 1984, avant de devenir son
directeur général en 1986 et d’être nommé P-DG
du Groupe Canal + en 1994. Sous son impulsion, le
groupe Canal + est devenu le premier groupe de télévision à péage en Europe avec plus de 14 millions
d’abonnés et a lancé le premier bouquet de télévision numérique en Europe (CanalSatellite). X. Couture « aura comme mission prioritaire de mener à bien le
redressement rapide et durable de Canal + Groupe ». Ce
remplacement soudain provoque la colère des salariés de la chaîne cryptée, qui expriment leur soutien à
l’ex-numéro deux de la chaîne. Le 24, les actionnaires
de Canal + Groupe, réunis en assemblée générale,
approuvent la nomination de Xavier Couture. Ils
conservent leur confiance à Jean-Marie Messier, qu’ils
maintiennent à la tête de Vivendi Universal. Accumulant un recul de 38 % depuis le début de l’année, le
titre du groupe français de communication est malmené en Bourse à la suite de rumeurs sur la cession
de certaines activités du groupe, notamment Vivendi
Environnement. Le 26, l’assemblée générale des actionnaires de Canal + vote la révocation de Pierre Lescure et son remplacement par Dominique Farrugia,
directeur général délégué chargé des programmes.
« J’ai accepté la proposition que m’a faite Jean-Marie
Messier de me nommer président de Canal + SA. Fort
des garanties que j’ai reçues tant sur l’indépendance
de la chaîne que sur la pérennité de ses contenus et la
volonté de garder Canal + telle qu’elle est, j’ai décidé
de continuer à vivre avec vous cette belle aventure »,
déclare l’ex-Nul.
Pays-Bas
Démission du gouvernement
Après la publication d’un rapport de l’Institut néerlandais de documentation sur la guerre (NIOD)
mettant gravement en cause le rôle des dirigeants
néerlandais dans la chute de Srebrenica en Bosnie
en 1995, le gouvernement de Wim Kok, chef d’une
coalition de centre gauche, démissionne en bloc.
Cette démission se produisant un mois avant les
prochaines élections législatives, elle ne devrait pas
affecter notoirement la vie politique du pays. Le rapport du NIOD atténue la responsabilité des Casques
bleus néerlandais chargés de protéger l’enclave
musulmane, mais il met en cause les hommes politiques accusés d’avoir envoyé les soldats dans une
« mission impossible ». Après la prise de Srebrenica par
les forces serbes de Bosnie, plus de 7 500 musulmans
ont été exécutés ou ont disparu.
18
Afghanistan
L’ex-roi Zaher Chah rentre à Kaboul
Après vingt-neuf années d’exil en Italie, l’ancien roi
d’Afghanistan Mohammed Zaher Chah, dont le règne
fut interrompu par une révolution de palais en 1973,
rentre dans son pays. Nombre de ses compatriotes
espèrent que son retour historique contribuera à
stabiliser ce pays ravagé par des années de guerre
et divisé en groupes ethniques et tribaux rivaux ;
il pourrait également réconforter les Pachtounes,
ethnie dont étaient issus la plupart des talibans, et
renforcer le gouvernement intérimaire dirigé par
Hamid Karzaï, également pachtoune. Le ministre
afghan des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah,
affirme quant à lui que le rôle du souverain sera « de
promouvoir l’unité et la stabilité » du pays. Au mois de
juin, Mohammed Zaher Chah devra convoquer la
« Loya Jirga », assemblée traditionnelle qui nommera
le futur gouvernement du pays.
21
France
Présidentielle : premier tour surprise
Jacques Chirac obtient 19,41 % des voix, et JeanMarie Le Pen 17,19 %, au premier tour de l’élection
présidentielle. Lionel Jospin est exclu du second tour
après avoir recueilli 15,85 % des suffrages. Il devance
Arlette Laguiller (5,82 %), Jean-Pierre Chevènement
(5,39 %) et Noël Mamère (5,31 %). Lors d’une intervention à son atelier de campagne, le candidat sociadownloadModeText.vue.download 44 sur 380
JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
42
liste juge le résultat du premier tour « profondément
décevant » et annonce qu’il quitte la vie politique.
Hongrie
Victoire de la gauche aux législatives
Les socialistes hongrois (MSZP) menés par Peter
Medgyessy remportent, avec leurs alliés du centre
gauche (SZDSZ), 198 sièges sur 386 au Parlement,
soit dix de plus que les conservateurs (Fidesz) de Viktor Orban, le Premier ministre sortant. Pour ce second
tour des élections législatives, les électeurs ont préféré, à 51,3 %, l’alliance du SZDSZ et des socialistes
au Fidesz, qui n’a récolté que 48,7 % des voix. Le taux
de participation atteint est de 71 % des 8,1 millions
d’électeurs inscrits, un chiffre encore jamais égalé
depuis 1990. C’est le quatrième scrutin libre dans le
pays depuis le retour de la démocratie. Ce résultat
confirme celui du premier tour qui a vu l’opposition
socialiste devancer de justesse la coalition de droite
(42,03 % contre 41,11 %). Peter Medgyessy s’engage
à réconcilier la nation et « à être le Premier ministre de
10 millions de personnes. Il y a 10 millions de personnes
importantes en Hongrie, quel qu’ait été leur vote. » Le
thème fédérateur sur lequel il devrait s’appuyer, c’est
l’Europe : les socialistes veulent accélérer les négociations d’adhésion avec Bruxelles. Le futur chef du gouvernement devra également rétablir de bons rapports avec les pays voisins, notamment la Roumanie
et la Slovaquie, que la tentation nationaliste de Viktor
Orban vis-à-vis de la minorité hongroise avait irrités.
22
Vatican
Le pape condamne la pédophilie
Devant les cardinaux américains, réunis au Vatican
pour discuter du scandale des affaires de pédophilie
qui secouent l’Église catholique américaine depuis
janvier dernier, le pape déclare que la pédophilie
est « considérée à juste titre par la société comme un
crime ». Soulignant qu’il n’y a « pas de place dans la prêtrise et la vie religieuse » pour ceux qui font du mal aux
enfants, Jean-Paul II exprime sa « profonde solidarité
aux victimes et à leur famille où qu’elles puissent être ».
Les cardinaux américains acceptent la mise en place
d’une procédure spéciale pour détraquer les prêtres
coupables d’abus sexuels sur des mineurs.
Le pape sévit contre le clergé
pédophile
Suscitant l’indignation de l’opinion américaine, les scandales liés aux pratiques
pédophiles de certains prêtres catholiques
ont contraint le Vatican à sortir de sa
réserve traditionnelle concernant les questions de discipline ecclésiastique.
Le scandale des prêtres pédophiles a fait
naître, outre-Atlantique, une vague d’indignation qui risquait de ternir durablement le
prestige de l’Église catholique. L’avalanche de
plaintes visant des membres du clergé ne permettait plus à ce dossier de rester confiné dans
le secret des confessionnaux. La menace qui
commençait à peser sur la hiérarchie a contraint
le Vatican à sortir de sa réserve canonique pour
annoncer des mesures disciplinaires contre ses
brebis galeuses.
Une complaisance coupable
Depuis le scandale provoqué fin février, à Boston, par la condamnation à dix ans de prison
d’un prêtre défroqué, John Geoghan, pour
pédophilie, l’Église ne pouvait rester à la traîne
de la justice des hommes. Elle se devait de traduire en actes les propos du pape Jean-Paul II,
qui a souvent dénoncé les prêtres ayant « trahi »
leurs engagements, et exprimé sa compassion
pour leurs victimes. D’autant qu’après avoir feint
de tout ignorer, le cardinal Bernard Law, archevêque de Boston, diocèse le plus touché par le
scandale, a finalement livré à la justice les noms
de 80 prêtres accusés d’abus sexuels sur des
enfants. Cette politique de transparence adoptée par le cardinal Law, l’un des hommes les plus
proches du pape aux États-Unis, n’a cependant
pas eu les effets escomptés par la hiérarchie
américaine. Les enquêtes ont révélé que plusieurs autres membres de l’épiscopat avaient
couvert des agissements pédophiles, y compris
chez des prêtres récidivistes comme Paul Shanley, accusé d’agressions sur 26 enfants. L’archevêque de Boston, que beaucoup pressaient de
démissionner, n’est donc pas seul en cause pour
cette complaisance coupable. Des accusations
downloadModeText.vue.download 45 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
43
visent l’archevêque de Los Angeles, Mgr Roger
Mahony, celui de New York, le cardinal Edward
Egan, ou encore l’archevêque de Milwaukee,
Mgr Rambert Weakland.
Recevant à Rome, le 13 avril 2002, Mgr Wilton
Gregory, président de la conférence épiscopale des États-Unis, Jean-Paul II avait réaffirmé
sa solidarité avec les responsables diocésains
contraints au secret, tout en prônant une ligne
de fermeté. Celle-ci s’est traduite, le 24 avril, à
l’issue de deux jours de réunion des treize cardinaux américains autour du pape et de la curie romaine au Vatican, par l’adoption d’un plan sans
précédent dit de « tolérance zéro ». Toutefois, les
moyens d’application de cette « tolérance zéro »
aux membres du clergé coupables de ce « péché épouvantable » dénoncé par le pape lors
de la réunion n’ont satisfait qu’en partie l’épiscopat américain. Ils ont également déçu l’opinion
américaine qui réclamait des sanctions plus
fermes comme l’exclusion automatique du sacerdoce des prêtres pédophiles, dès la première
faute. Le plan du Vatican n’envisage en effet
l’exclusion qu’en ultime recours, au terme d’une
« procédure spéciale » comprenant un examen
au cas par cas. Cette nouvelle approche de la
discipline sacerdotale exclut toutefois d’étouffer
les scandales en procédant à la simple mutation
des prêtres suspects, une pratique facilitant la
récidive qui avait été pour beaucoup dans l’exaspération des fidèles. Ces mesures marquent une
évolution certaine pour une Église arc-boutée
sur un droit canon qu’elle répugne à modifier.
Un code de conduite sévère
De retour aux États-Unis, les cardinaux américains étaient chargés de présenter à leurs
évêques ainsi qu’à l’opinion le compromis élaboré au Vatican, tout en tentant de remettre de
l’ordre dans les rangs d’un clergé décimé par le
scandale – près de 250 suspensions ou démissions ont été enregistrées depuis le début de
l’année. Après Mgr Anthony O’Connel, évêque
de Palm Beach (Floride), le 8 mars, puis Mgr Rambert Weakland, l’archevêque de Milwaukee,
le 24 mai, tous deux accusés d’agressions
sexuelles, c’était au tour de l’évêque de Lexington, Mgr Kendrick Williams, de voir sa démission
acceptée par le pape, le 11 juin.
Dans le droit-fil des mesures adoptées à Rome,
la conférence plénière annuelle des 300 évêques
américains, réunie le 14 juin à Dallas, a entériné une nouvelle « Charte pour la protection
des enfants et des jeunes ». Celle-ci impose un
code de conduite sévère, sans toutefois prévoir
l’exclusion systématique des prêtres pédophiles.
Les prêtres délinquants, même coupables d’une
faute isolée, seront passibles d’une sanction qui
aura les mêmes effets que l’exclusion, sans être
aussi déshonorante ni aussi complexe sur le
plan institutionnel : il leur sera interdit de porter
l’habit et d’exercer le moindre ministère public
ou la moindre fonction pastorale les mettant en
contact avec des jeunes. De leurs fonctions, ils
ne conserveront donc que le titre. Leur exclusion
éventuelle n’interviendra qu’au terme d’une procédure qui devra recevoir l’aval de Rome.
Cette politique qui doit être mise en oeuvre dans
les 195 diocèses du pays est destinée à purger
les rangs du clergé sous le regard vigilant des
laïques et de leur justice avec lesquels l’Église
entend collaborer étroitement pour restaurer
sa crédibilité. Les victimes et les parents de victimes, mais aussi les 65 millions de catholiques
américains, attendent avec impatience la mise
en application du document pastoral de Dallas :
un précédent texte sur le même sujet, adopté en
1992, n’avait eu aucun effet.
GARI ULUBEYAN
LA ! TOLÉRANCE ZÉRO !
Malgré les pressions de l’opinion, Rome a
rejeté, dans son plan de « tolérance zéro »
en six points adopté le 24 avril 2002, le
principe d’une exclusion automatique
d’un prêtre accusé de pédophilie, au prétexte que l’on ne peut sanctionner de la
même manière les prêtres objets d’une
première plainte et les récidivistes. Mais
la procédure spéciale conduisant à une
exclusion « entrera en jeu pour écarter du
sacerdoce les prêtres ayant commis des
violences sexuelles sur des mineurs, ainsi
que ceux dont leur évêque considère qu’ils
peuvent être un danger pour les enfants »,
indique le plan du Vatican. La question du
célibat obligatoire des prêtres n’a pas été
abordée durant les débats, les participants
estimant d’ailleurs qu’« il n’y a pas de lien
scientifiquement établi entre le célibat et la
pédophilie ».
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
44
24
France
Acquittement de Patrick Dils
La cour d’assises du Rhône acquitte Patrick Dils,
âgé de trente et un ans, qui avait été condamné à
deux reprises, à perpétuité puis à vingt-cinq ans de
prison, pour le meurtre de deux enfants en 1986 à
Montigny-lès-Metz (Moselle). À l’issue de son réquisitoire, l’avocat général François-Louis Coste n’avait
demandé ni peine, ni acquittement. Dans leur plaidoirie, les deux avocats de la défense, Mes Bertrand
Becker et Jean-Marc Florand, ont relevé l’absence
d’éléments accusateurs contre leur client : pas de
mobile, pas d’explication. Sans les aveux de l’accusé,
rien ne pouvait permettre de le confondre. Évoquant « les faux aveux » de Patrick Dils, ils ont montré
leur incohérence avec les événements objectifs du
dossier et démontré que l’accusé avait donné des
précisions qu’il aurait pu lire dans les journaux. Son
acquittement ouvre désormais la voie à une nouvelle
instruction judiciaire pour tenter de désigner, seize
ans après les faits, le véritable coupable du double
meurtre de Montigny-lès-Metz.
25
Pays-Bas
Le général serbe Ojdanic se rend au TPI
L’ancien commandant de l’armée fédérale yougoslave, le général Dragoljub Ojdanic, en provenance
de Belgrade, se livre au Tribunal pénal international
de La Haye, qui l’a inculpé de crimes de guerre. Âgé
de soixante ans, le général était à la tête des forces
yougoslaves lors de la répression serbe menée dans
la province du Kosovo en 1998-1999, au cours de
laquelle 80 000 albanophones furent déplacés et
des milliers d’autres tués. Il fait partie des six suspects
qui ont annoncé qu’ils acceptaient de se rendre au
TPI plutôt que de risquer une possible arrestation et
une extradition. Parmi les six suspects figurent notamment l’ancien vice-Premier ministre yougoslave
Nikola Sainovic et l’ancien chef des Serbes de Croatie
Milan Martic, ex-président de la République autoproclamée de la Krajina serbe (RSK). Cédant à la pression
américaine, le gouvernement yougoslave a publié
une liste de 23 Serbes inculpés par l’instance de La
Haye, auxquels Belgrade avait adressé un ultimatum
pour qu’ils se livrent volontairement.
26
Allemagne
17 morts dans un lycée
Un ancien lycéen d’Erfurt, ville du centre de l’Allemagne, âgé de dix-neuf ans, revient dans l’établissement dont il a été expulsé quelques semaines
auparavant et abat 17 personnes, avant de se donner
la mort. Les victimes sont treize enseignants, une
secrétaire, deux lycéennes et un policier. Ce chiffre
de 17 morts égale le triste record du massacre de la
maternelle de Dunblane, en Écosse, où un déséquilibré avait tué 15 enfants et leur maîtresse le 13 mars
1996, avant de se suicider.
28
Russie
Mort du général Alexandre Lebed
Alexandre Lebed, âgé de cinquante-deux ans, gouverneur de la région de Krasnoïarsk en Sibérie depuis
1998, meurt à l’hôpital des suites de blessures subies
dans un accident d’hélicoptère survenu dans sa province. Il était considéré comme le principal artisan de
la fin de la première guerre de Tchétchénie (19941996). Ancien candidat à l’élection présidentielle
russe, il était arrivé troisième, avec 15 % des voix, lors
du scrutin de 1996 qui avait vu la réélection de Boris
Eltsine.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
45
Mai
1
France
Mobilisation contre Le Pen
Environ 1,3 million de personnes défilent dans le
calme dans toute la France contre l’extrême droite,
reléguant au second plan le succès (10 000 participants) du défilé annuel du Front national à Paris en
l’honneur de Jeanne d’Arc. Défaite lors du premier
tour du scrutin présidentiel du 21 avril, la gauche
prend sa revanche dans la rue et ne manque pas de
souligner l’absence de la droite républicaine dans la
mobilisation anti-Le Pen.
5
France
Réélection de Jacques Chirac
Le président sortant Jacques Chirac est réélu avec
82,21 % des voix face à Jean-Marie Le Pen (17,79 %)
au second tour de l’élection présidentielle. Président
le mieux élu de l’histoire de la Ve République, Jacques
Chirac doit cette écrasante victoire, plus large que les
prévisions des derniers sondages, à la situation politique inédite créée par la présence surprise du président du Front national au second tour. Son score s’explique par la mobilisation citoyenne contre l’extrême
droite observée depuis le 21 avril, qui a fait reculer
l’abstention. Entre les deux tours, la participation a
gagné près de neuf points. L’abstention s’est établie
à 19,24 %, contre 28,4 % au premier tour. Jean-Marie Le Pen, qui n’était, lui, soutenu que par son rival
d’extrême droite Bruno Mégret, n’est pas parvenu à
faire mieux que le total des voix d’extrême droite au
premier tour (19,4 %). Plébiscité par les électeurs de
droite, mais aussi par ceux de gauche, Jacques Chirac
assure avoir « entendu » et « compris » le message des
électeurs. Il s’engage à exercer son second mandat
« dans un esprit d’ouverture et de concorde ». La victoire de la droite devra être confirmée les 9 et 16 juin
prochains aux élections législatives, où la gauche,
absente du second tour présidentiel, espère prendre
sa revanche.
Une présidentielle hors norme
Le choc. Le traumatisme. Le séisme. Il
est 20 heures, ce 21 avril, radios et télés
annoncent les résultats du premier tour
de la présidentielle : Jean-Marie Le Pen est
en seconde position. Le président du Front
national se retrouve face à Jacques Chirac
au second tour.
Lionel Jospin, arrivé troisième, est éliminé.
Distancé de 194 558 voix seulement (sur
28 502 455 suffrages exprimés) par le leader de
l’extrême droite. Sept ans plus tôt, en 1995, alors
que la gauche malmenée par les affaires était au
plus bas, Jospin avait réussi l’exploit de se hisser en tête du scrutin, devant Jacques Chirac et
Édouard Balladur !
Dans le pays, c’est la consternation. Les Français
ont la gueule de bois. Pour la première fois, un
candidat d’extrême droite dispute en finale la
magistrature suprême à un candidat de la droite
républicaine. Pour la première fois depuis 1969
et le duel entre Pompidou et Poher, la gauche est
exclue de la compétition. Son candidat, Lionel
Jospin, Premier ministre sortant, est « remercié »
par les électeurs. La « malédiction » de Matignon qui veut qu’aucun chef de gouvernement
sortant (de Chirac en 1988 à Balladur en 1995)
n’accède à l’Élysée, se vérifie à nouveau. Mais, en
avril 2002, de façon peu glorieuse.
Les adieux de Jospin
Victime de la multiplication des candidats au
sein de la majorité plurielle qu’il avait pourtant
créée en 1997, de l’effondrement du Parti communiste et de la poussée de l’extrême gauche,
de la trahison – du moins le juge-t-il ainsi – de
son « ami » Jean-Pierre Chevènement, et enfin
d’une campagne peu enthousiasmante, voire
décevante et ponctuée de couacs, Lionel Jospin
annonce le soir même son retrait de la vie politique. « J’assume, dit-il la voix blanche, pleinement cet échec et j’en tire les conclusions en
me retirant de la vie politique après l’élection
présidentielle. » Rien encore sur un appel à voter Chirac pour le second tour. Ses proches, tout
aussi K.-O. debout que lui, le feront pourtant,
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
46
eux. Au Paquebot, nom donné au siège du FN
à Saint-Cloud, les lepénistes jubilent et veulent
croire à l’impensable. À l’Élysée et au Tapis rouge,
les locaux de campagne du candidat-président,
l’inquiétude se mêle à la joie face à cette donne
politique inédite. Certes, Chirac sera élu le 5 mai
(ce n’était pas acquis d’avance dans un duel face
à Jospin). Mais quel score pour Le Pen ? Déjà les
rues de Paris, de Lille, de Strasbourg et de la plupart des grandes villes de France sont envahies
par des milliers de jeunes hurlant leur refus de
l’extrémisme, de l’exclusion et de la haine.
Le sursaut républicain
Jacques Chirac, qui n’avait pas imaginé une seule
seconde se retrouver face à Jean-Marie Le Pen,
endosse du coup pendant l’entre-deux-tours les
habits du père de la nation. Après son septennat
manqué, il sait que, à soixante-neuf ans, cette
élection hors norme lui donne l’occasion de se
rattraper, de se forger un destin. Légitimement
et naturellement, il se fait donc le champion
des valeurs républicaines et démocratiques face
à ce qu’il appelle la « force brute ». Il fustige
l’« intolérance » et la « haine », refuse de débattre à la télévision avec son adversaire, prône
la « France unie » et assure qu’il a entendu et
compris le message adressé par les Français, le
21 avril. À l’exception de l’extrême gauche et,
un temps, du silence assourdissant de Lionel
Jospin (« La France n’est pas pré-fasciste »,
se justifie-t-il), syndicats, partis de gauche, associations rallient le « républicain Chirac ». Entre
le 21 avril et le 5 mai, date du second tour, pas
un jour sans manifestations de rue contre JeanMarie Le Pen. L’apogée est atteint le 1er mai. Plus
de 1 300 000 personnes manifestent dans la
dignité à travers la France à l’occasion de la fête
du Travail pour crier leur désarroi, leur honte et
leur colère. À Paris, ils sont plus de 400 000 au
coude-à-coude entre République et Nation.
Combien d’entre eux, qui ce jour-là brandissent
le drapeau tricolore, chantent la Marseillaise
et redécouvrent la devise nationale « Liberté,
Égalité, Fraternité », ont déposé un bulletin dans
l’urne, le 21 avril ? Qu’importe ! La campagne de
l’entre-deux-tours se transforme en un référendum pour la République et ses valeurs.
Chirac plébiscité
5 mai 2002. 20 heures. Les Français poussent un
ouf de soulagement. Comme pour se rattraper
de leur attitude du 21 avril, ils se sont déplacés en masse pour voter. Le taux d’abstention
chute de 8 points, à 20,29 %. Et ils plébiscitent
la démocratie : Jacques Chirac obtient 81,96 %
des suffrages exprimés, et Jean-Marie Le Pen,
seulement 18,04 %. Certes, le candidat du FN est
à un étiage élevé, il gagne même 500 000 voix
par rapport au premier tour. Mais l’essentiel est
préservé : les Français, dans un sursaut républicain, ont fait barrage à l’extrémisme. C’est une
claque sévère pour un Le Pen qui s’était mis à
rêver. De son QG du Tapis rouge à Paris, Chirac
confesse son « émotion », parle d’« un moment
exceptionnel » mais refuse tout triomphalisme.
Élu avec les voix de droite et de gauche (près
de 12 millions), il salue la France qui « comme
toujours, dans les moments difficiles, sait se
retrouver sur l’essentiel ». Il évoque un « choix
fondateur, un choix qui oblige ». Dans la foulée, le président se rend place de la République
à Paris où l’attend une foule hétéroclite composée de militants de droite et de gauche. « J’ai
compris votre appel pour que la République
vive », leur lance-t-il.
Après cette élection hors norme, Jacques Chirac,
reconduit à l’Élysée pour cinq ans, nomme à l’hôtel Matignon un inconnu pour les Français, JeanPierre Raffarin, sénateur de la Vienne et président de la région Poitou-Charentes. À lui, selon
son expression, d’être à l’écoute de « la France
d’en bas ». Celle qui, inquiète de l’Europe et de
la mondialisation, n’a plus vraiment de repères
et se considère comme abandonnée par ses
dirigeants. Celle qui, par son vote ou son absten-
tion, a provoqué le séisme du 21 avril. Au nouveau Premier ministre aussi de mener la bataille
des législatives du mois de juin et de participer
à la création du parti du président, afin d’assurer
le triomphe de la « Chiraquie ». Un triomphe au
goût amer pour certains.
Les raisons d’un séisme
1. Les effets pervers de la cohabitation
Jacques Chirac et plus encore, bien sûr, Lionel
Jospin sont les victimes de ce système qui fait
coexister à la tête de l’exécutif un président d’un
bord avec un Premier ministre de l’autre. Résultat : les deux hommes sont sortis usés de la plus
longue cohabitation de l’histoire, cinq ans. Et
Jospin, plus exposé par sa fonction à Matignon
que le chef de l’État, est apparu comme le véritable « sortant ». Chirac-Jospin, Jospin-Chirac,
les Français les ont mis dans le même sac sur le
thème : où est la différence ? De 1997 à l’avantdownloadModeText.vue.download 49 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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veille du scrutin, il est vrai, le chef de l’État s’est
peu opposé à son Premier ministre, et inversement. De quoi alimenter chez les Français, depuis longtemps sceptiques sur leur classe politique, une certaine confusion et un surcroît de
désenchantement.
2. La multiplication des candidatures
Conséquence de la cohabitation et de l’usure
des deux « grands » : un nombre record de petits
candidats à la présidentielle. Au total, ils sont
seize à concourir ! De François Bayrou à Alain
Madelin, à droite, en passant par Jean-Pierre
Chevènement et la radicale Christiane Taubira, à
gauche. Un double risque : la dispersion des voix
et une abstention élevée. Le pire est à venir. Il
survient. Le 21 avril, jour du premier tour, le taux
d’abstention est de 28,40 %. Un nouveau record.
Jacques Chirac ne recueille que 19,41 % des suffrages (le plus faible score pour un président sortant), et Lionel Jospin, 15,85 %. À eux deux, ils
ne totalisent qu’un quart des votants. Du jamais
vu ! Ce résultat traduit le malaise de la société
française à l’égard de ses politiques. L’offre ne lui
convient pas. Et elle le dit, soit en boudant les
urnes, soit en se tournant vers les partis populistes ou protestataires. L’extrême droite (JeanMarie Le Pen et Bruno Mégret) atteint 19,2 % des
suffrages, et l’extrême gauche (Arlette Laguiller
de LO, Olivier Besancenot de la LCR et Daniel
Gluckstein du parti des Travailleurs), 10,44 %. Un
véritable camouflet pour les partis traditionnels.
3. Les « couacs » de la campagne Jospin
De « Mon projet n’est pas socialiste », lors de
sa première intervention télévisée en tant que
candidat, à « Chirac est vieilli et victime de
l’usure », lâché en plein ciel devant des journalistes dans le vol retour de la Réunion, en passant
par les zizanies d’une équipe de campagne qui
le coupe des réalités, Jospin déçoit militants et
sympathisants. Enfermé dans un jargon technique, ciblant les classes moyennes, s’autocongratulant sans cesse de son bilan, il pèche par
excès d’orgueil, fait (comme si le premier tour
était déjà acquis) une campagne de second tour
en oubliant de rassembler d’abord son camp, et
s’attire les foudres du pape du socialisme. « Parler des ouvriers et des classes populaires, ce
n’est pas dire des gros mots », tonne Pierre
Mauroy. Les Français, eux, s’interrogent. Où est
le souffle ? Où est le projet pour le pays ? Où est
le rêve ? Et si, pensent-ils, Jospin n’avait qu’une
seule ambition : en découdre avec Jacques
Chirac ?
4. L’éclatement de la majorité plurielle
Elle avait contribué à la victoire de Lionel Jospin
aux législatives de 1997, elle a signé sa défaite en
2002. En inversant le calendrier électoral (la présidentielle avant les législatives), Jospin a payé
au prix fort son concept de majorité plurielle.
Chacun, du PC aux Verts, a d’abord et surtout
voulu défendre son drapeau. Quitte à critiquer
leur bilan commun. L’autonomie grandissante
de Jean-Pierre Chevènement et même de la radicale (et surprenante) Christiane Taubira a fait le
reste. Sans ces deux concurrents qui n’existaient
pas en 1995, Jospin accédait au second tour.
5. L’effondrement du PC et la percée de l’extrême
gauche
Avec 3,37 % des suffrages exprimés, Robert
Hue décroche le pire score jamais enregistré
par le Parti communiste et le met au bord de la
faillite financière. Le PC, allié traditionnel du PS,
n’est plus qu’une force d’appoint agonisante. Il
est établi que l’électorat populaire a changé de
camp et ne se reconnaît plus dans un parti sans
véritable idéologie et lié à une gauche embourgeoisée. Ces déçus grossissent les rangs des supporteurs de Le Pen. Mais si Le Pen en récupère
beaucoup il ne rafle pas toute la mise : une partie de l’héritage communiste revient, en effet, à
l’extrême gauche. Ses deux champions, l’inoxydable Arlette Laguiller pour Lutte ouvrière et le
jeune postier Olivier Besancenot pour la Ligue
communiste révolutionnaire, réunissent à eux
deux plus de 10 % des suffrages. Et, fait historique, ils sont devant le candidat du Parti communiste. Arlette Laguiller est même un temps
créditée à elle seule de 10 % des intentions de
vote ! Sans doute y a-t-il là un phénomène de
mode initié par les fameux « bobo » (les bourgeois bohèmes). Il n’empêche : ces votes pour
des mouvements protestataires qui rêvent toujours du « Grand Soir » traduisent là encore l’inadéquation de l’offre politique des partis traditionnels. Et l’incompréhension qui s’établit entre
les Français et ceux qui les gouvernent.
6. La résurrection de Le Pen
On le donnait mort politiquement après son
échec aux élections européennes de 1999. On
l’imaginait difficilement candidat à la présidentielle après ses ennuis judiciaires. Et le voilà qui
resurgit !
Sur le fond, il n’a pas changé. Mais il affiche un
nouveau « look » plus rassurant, un discours plus
consensuel et policé et, surtout, a en main un
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
48
thème de campagne utilisé par Jacques Chirac
pour mettre en difficulté les socialistes trop
« angéliques » en la matière : l’insécurité. En faisant de l’insécurité un des axes forts de ses discours, le président-candidat à son corps défendant « dédouane » le leader d’extrême droite. Or
surfer sur les peurs des Français, Jean-Marie Le
Pen connaît. Il excelle même depuis longtemps
dans l’exercice, d’autant qu’il aura été servi par
une actualité particulièrement porteuse relayée
avec une certaine complaisance par plusieurs
médias. Son fonds de commerce est assuré. Il
fera florès.
BERNARD MAZIÈRES
LE MYTHE DU TROISIÈME HOMME
Ils se voyaient en haut de l’affiche, jouer
les trouble-fête dans la cour des grands et
incarner une alternative crédible au duel
présidentiel trop longtemps programmé
à l’avance entre Jacques Chirac et Lionel
Jospin. Ils, ce sont le souverainiste JeanPierre Chevènement et le centriste François Bayrou.
À soixante-trois ans, l’ancien ministre de
l’Intérieur de Lionel Jospin se veut un des-
tin. Farouche défenseur de la République
et de ses valeurs, souhaitant, selon son
expression, « turbuler le système », il a
pour ambition de rassembler les républicains des « deux rives ». Ceux qui, à droite
comme à gauche, refusent la mondialisation et les abandons de souveraineté. Son
discours gaullien plaît. En janvier, à trois
mois du premier tour et alors que Jacques
Chirac et Lionel Jospin ne se sont pas
encore déclarés, les sondages le créditent
même de 14 % d’intentions de vote. Las. Le
phénomène fera long feu. Renvoyant dos
à dos tout au long de sa campagne Chirac
et Jospin, flanqué de supporteurs hétéroclites (allant des gaullistes historiques aux
amis de Charles Pasqua), il n’obtiendra
que 5,33 % des suffrages. Un échec.
À cinquante ans, le président de l’UDF
François Bayrou veut prendre date. Et, au
lendemain du premier tour, négocier son
ralliement au président élu. Qu’il soit de
droite ou de gauche. Raté ! Premier des
candidats à se déclarer, il fera longtemps
campagne dans l’indifférence. Refusant
l’hégémonie chiraquienne et soucieux de
se différencier pour exister, il s’en prend
plus souvent à Chirac qu’à Jospin. Résultat : il trouble ses troupes. Décrochant
à l’arrivée 6,84 % des suffrages, il sauve
l’honneur (et les finances) de son camp.
Mais, compte tenu du duel Chirac-Le Pen
au second tour, il n’a rien à monnayer. Et
abandonne toute ambition d’être le pivot
de la nouvelle majorité.
6
France
Raffarin Premier ministre
Le président Jacques Chirac nomme Jean-Pierre Raffarin au poste de Premier ministre. Ce dernier, âgé
de cinquante-trois ans, est quasi inconnu du grand
public. Président de la Région Poitou-Charentes et
sénateur du plus petit parti de la droite, Démocratie
libérale, il n’a exercé qu’une seule fonction ministérielle – il fut chargé des PME dans le gouvernement
d’Alain Juppé entre 1995 et 1997. Ancien directeur
du marketing des cafés Jacques Vabre et de la société
Bernard Krief Communication, Jean-Pierre Raffarin a
longtemps alterné parcours en entreprise et vie publique. Entré en 1976 dans le cabinet du secrétaire
d’État au Travail manuel Lionel Stoléru, où il était en
charge de la communication, il est devenu en 1988
le plus jeune président de Région de France, en succédant à René Monory à la tête du conseil régional
de Poitou-Charentes. Le gouvernement constitué,
non sans difficulté, par le Premier ministre comprend
21 ministres et ministres délégués et 6 secrétaires
d’État. Les principaux postes sont occupés à l’Intérieur par Nicolas Sarkozy, aux Affaires sociales par
François Fillon, à l’Économie et aux Finances par Francis Mer, à l’Éducation par Luc Ferry, au Quai d’Orsay
par Dominique de Villepin, à la Défense par Michèle
Alliot-Marie, à l’Équipement par Gilles de Robien,
à l’Environnement par Roselyne Bachelot. Philippe
Douste-Blazy, président du groupe UDF à l’Assemblée nationale, a décliné l’offre du poste de ministre
de l’Éducation nationale et annoncé son intention de
rester maire de Toulouse. Parmi les autres absences,
on note celle de Jean-Louis Debré, qui reste maire
d’Évreux (Eure).
Pays-Bas
Assassinat de Pim Fortuyn
À neuf jours des élections législatives, le candidat
d’extrême droite Pim Fortuyn est assassiné à HilverdownloadModeText.vue.download 51 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
49
sum (20 km au sud-est d’Amsterdam). L’assassin, un
militant des droits des animaux dont les motivations
restent obscures, est interpellé. Le gouvernement
néerlandais décide de maintenir la date des élections législatives. C’est la première fois dans l’histoire
moderne des Pays-Bas qu’un homme politique est
assassiné.
8
Pakistan
Mort de 11 techniciens français
Un attentat suicide contre un autobus devant l’hôtel
Sheraton de Karachi fait 14 morts, dont 11 ressortissants français, et 23 blessés, dont 12 Français. Les
victimes françaises travaillaient sur différents projets
près de la zone portuaire de Karachi pour la Direction de la construction navale (DCN), une entreprise
publique française dépendant de la Direction générale de l’armement (DGA). Le porte-parole du gouvernement pakistanais qualifie l’explosion d’« acte
de terrorisme » destiné à terroriser les ressortissants
étrangers présents au Pakistan. L’acte n’est pas revendiqué, mais il impliquerait le réseau Al-Qaida et des
groupes islamistes radicaux, hostiles à la politique
proaméricaine du président pakistanais Pervez Moucharraf. En janvier dernier, ce dernier a interdit cinq
mouvements islamistes, dont la plupart avaient des
liens avec l’organisation d’Oussama Ben Laden.
Des Français dans le chaudron
pakistanais
L’attentat de Karachi montre que les
États-Unis ne sont pas l’unique cible du
« terrorisme international » et que le Pakistan voisin d’un Afghanistan aujourd’hui
« pacifié » abrite des groupes extrémistes
très actifs en dépit de sa politique antiterroriste affichée.
En avril, l’explosion d’un camion devant la
synagogue de Djerba, en Tunisie, avait causé
la mort de plusieurs touristes allemands. Après
que les autorités tunisiennes eurent finalement
entériné la thèse de l’attentat, la piste Al-Qaida
avait été évoquée, provoquant l’irruption du
terrorisme islamiste sur la scène allemande. Le
8 mai, un autre acte terroriste a tué quatorze
personnes, dont onze Français, à Karachi. Une
voiture piégée a percuté un car de la marine
pakistanaise dans lequel avaient pris place des
ingénieurs et techniciens français qui venaient
de quitter leur hôtel. Employés de la direction de
la construction navale de Cherbourg dépendant
du ministère de la Défense, ceux-ci travaillaient
à la base navale de Karachi dans le cadre d’un
contrat de vente de sous-marins français au
Pakistan.
L’hypothèse Al-Qaida
Cet attentat est le troisième qui vise des étrangers au Pakistan en peu de temps. En janvier, le
journaliste américain du Wall Street Journal,
David Pearl, avait été enlevé à Karachi avant
d’être assassiné par ses ravisseurs ; et en mars,
un attentat suicide avait fait cinq morts dans
le temple protestant du quartier diplomatique
d’Islamabad, tuant une diplomate américaine et
sa fille. Cette fois, il ne s’agit plus d’Américains,
mais de Français. Ainsi la France renoue-t-elle à
son tour avec la menace terroriste. Paris – après
Berlin – qui s’était simplement montré jusque-là
« solidaire » des États-Unis, se trouve en effet
directement confronté, pour la première fois
depuis le 11 septembre 2001, au terrorisme
islamiste. Car l’hypothèse de la responsabilité
du réseau Al-Qaida d’Oussama Ben Laden dans
l’attentat de Karachi est défendue par la police
pakistanaise comme par les autorités militaires
françaises. La France était-elle expressément visée ? Rien ne permet de l’affirmer. Les auteurs de
l’attentat ont certainement agi en fonction de la
vulnérabilité d’une cible représentée par des ressortissants étrangers dépourvus de protection
particulière et se déplaçant à heure fixe entre
leur hôtel et leur lieu de travail. Que ceux-ci aient
été occidentaux et citoyens d’un pays membre
de la coalition antiterroriste internationale était
suffisant. Qu’ils aient de plus participé à l’amélioration de l’arsenal militaire d’un État récemment
rallié à la cause américaine augmentait encore
la charge symbolique de l’attentat. Car celui-ci,
probablement exécuté par des extrémistes pakistanais liés de près ou de loin à Al-Qaida, visait
autant l’Occident que le régime même du président Pervez Moucharraf.
Les mouvements islamistes extrémistes se sont
multipliés au Pakistan ces dernières années
grâce à la bienveillance – voire à l’aide – de
l’armée et des services spéciaux. Ils fournisdownloadModeText.vue.download 52 sur 380
JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
50
saient un vivier de « soldats de l’islam » prêts
à intervenir dans les conflits à fort substrat
religieux qui agitent l’Afghanistan ou le Cachemire. Les entrepreneurs fortunés du grand port
du Sud financent notamment les 845 écoles
coraniques de la ville qui enseignent à quelque
225 000 étudiants une interprétation rigoriste
du djihad, qui le réduit à un combat à mort
contre les ennemis de l’islam, sur fond de
lutte « sectaire » entre sunnites et chiites. Ces
madrasa et les mosquées qu’elles alimentent
sont intimement liées aux mouvements extrémistes. La position d’Islamabad à leur égard a
sensiblement évolué à la suite des attentats du
11 septembre et de l’intervention américaine
en Afghanistan. Le président Moucharraf a vu
dans son ralliement à la lutte antiterroriste
l’occasion d’ouvrir son pays à l’Occident tout en
imposant son pouvoir sur l’armée et les services
spéciaux, qui demeurent les piliers du régime
pakistanais.
En janvier, il a annoncé une série de mesures
visant à renforcer le contrôle de l’État sur l’activité des madrasa et des mosquées. Par ailleurs,
cinq groupes extrémistes engagés dans le
djihad ont été interdits. La dissolution de ces
mouvements, associée au retour d’Afghanistan
des combattants pro-talibans et à la fermeture
des camps d’entraînement, a conduit à une
dispersion des djihadistes en groupuscules
plus difficiles à détecter. Une aubaine pour AlQaida... Rien ne dit, par ailleurs, que certains
secteurs de l’armée ou des services spéciaux ne
continuent pas à jouer leur jeu personnel sur
l’échiquier politique. Le Pakistan est un chau-
dron et l’attentat de Karachi n’est certainement
pas le dernier du genre.
La maîtrise retrouvée du domaine
réservé
Cet attentat a donné l’occasion au président
Jacques Chirac, tout juste réélu, de montrer qu’il
avait retrouvé l’entière maîtrise de son « domaine réservé ». Ainsi, c’est « à la demande du
chef de l’État » que la nouvelle ministre de la
Défense, Michèle Alliot-Marie, a été envoyée au
Pakistan. Le 13 mai, lors des obsèques des onze
victimes à Cherbourg, le président Chirac a trouvé des accents dignes de son homologue américain pour affirmer : « Il ne peut y avoir de sanctuaire pour les terroristes. C’est un combat
que nous avons engagé et que nous poursuivrons sans relâche, en France et à l’étranger.
[...] Ce combat, c’est celui de la démocratie
et de la liberté. C’est celui de la France, de
l’Europe, des États-Unis et de leurs alliés. »
GÉRARD SANIER
LA FRANCE AU SERVICE DE LA MARINE
PAKISTANAISE
C’est dans les années 1970 qu’Islamabad
a demandé à la France de l’aider à constituer une flotte de sous-marins susceptibles de contrecarrer la puissance navale
indienne. Le Pakistan a tout d’abord pris
livraison de bâtiments de seconde main
avant de passer commande, dans les années 1980, de sous-marins à propulsion
classique de la classe Agosta. Deux exemplaires ont été livrés dans un premier
temps, puis trois autres commandés en
1994 dans une version plus moderne baptisée Agosta-B, en vue d’être livrés entre
1999 et 2004. Ce dernier contrat a été accusé d’avoir été conclu à perle pour maintenir le plan de charge des arsenaux français, et de forts soupçons de corruption
s’y rattachent. Il prévoyait que le premier
de ces sous-marins serait construit par la
DCN de Cherbourg, mais que les suivants
seraient assemblés à Karachi. Il incluait le
« service après-vente » et la formation des
équipages.
9
Daghestan
Attentat antirusse
Une mine explose au cours d’une cérémonie de
commémoration de la victoire alliée sur l’Allemagne
nazie, célébrée dans la ville de Kaspiisk, dans la république du Daghestan, voisine de la Tchétchénie. Les
autorités font état de 34 morts (19 militaires et 15 civils, dont 12 enfants) et 150 blessés. Le Daghestan
est le théâtre de fréquents attentats à la bombe et
de troubles liés à la guerre dans la province voisine
de Tchétchénie. En 1996, une explosion dans une
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
51
résidence de gardes-frontières russes avait déjà fait
68 morts à Kaspiisk.
11
Football
Grave incident au Stade de France
Le coup d’envoi de la finale de la Coupe de France
de football qui oppose Lorient à Bastia est retardé de
20 minutes à cause de sifflets lancés apparemment
par des supporteurs corses contre la Marseillaise.
Indigné par cet affront « inadmissible et inacceptable »
fait à l’hymne national, Jacques Chirac quitte la tribune présidentielle et exige des excuses de la Fédération française de football (FFF). Le président du
Sporting Club de Bastia, François Nicolaï, présente lui
aussi ses excuses au chef de l’État. Cet incident rappelle celui qui s’était produit dans le même stade lors
du match amical France-Algérie du 6 octobre dernier, quand une partie des supporteurs de l’Algérie
avait sifflé la Marseillaise, avant d’envahir la pelouse
à la 76e minute, provoquant l’interruption du match.
Cinéma
Décès d’Yves Robert
Le cinéaste Yves Robert décède à l’âge de quatrevingt-un ans. On lui doit des succès populaires
comme la Guerre des boutons (1961), le Grand Blond
avec une chaussure noire (1972) et le Retour du grand
blond (1974), et deux adaptations de Marcel Pagnol,
la Gloire de mon père (1990) et le Château de ma mère
(1992). Il expliquait avoir un point commun avec le
romancier : « J’ai été un petit garçon ébloui de bonheur,
ébloui de vivre. » Dans son dernier film, MontparnassePondichéry (1993), il était à la fois derrière et devant la
caméra, aux côtés de Miou-Miou.
15
Pays-Bas
Succès de la droite et des populistes
Écartés du pouvoir en 1994, les chrétiens-démocrates
(CDA) remportent les élections législatives aux PaysBas. Crédités de 43 sièges sur les 150 que compte
l’Assemblée – un gain de 14 sièges –, ils deviennent
la première force politique du pays. La Liste Pim
Fortuyn (LPF), dont l’existence remonte à quelques
mois, se place en deuxième position, avec 26 sièges.
Le parti du Travail (PvdA) du Premier ministre sortant Wim Kok et le Parti libéral (WD), membre de la
coalition de centre gauche au pouvoir, obtiennent
23 sièges chacun – une perte de 22 sièges pour la
formation du chef du gouvernement et de 15 sièges
pour le WD. Les Verts conservent 11 sièges, et le Parti
réformateur (D66), 7 sièges.
Europe : des populismes émergent
de la crise de la nation
L’entrée de membres de la Liste Pim Fortuyn
au gouvernement néerlandais et la présence
de Jean-Marie Le Pen au second tour de
l’élection présidentielle française ont été
les deux coups de semonce « populistes »
des scrutins de l’année en Europe. Mais
partout sur le continent, des mouvements
politiques sécuritaires, anti-immigrationnistes, très eurosceptiques, s’éveillent.
« Mais je couche avec eux, moi, monsieur ! »
C’est par cette phrase que Pim Fortuyn, défunt leader de la liste éponyme des élections
législatives néerlandaises du 15 mai, répondit
un jour à un délégué syndical qui l’accusait de
ne pas connaître les travailleurs marocains dont
il préconisait l’expulsion. Surgi de nulle part, Fortuyn, dandy charismatique de cinquante-quatre
ans à l’homosexualité affichée, avait su exprimer,
lors du scrutin municipal du mois de mars précédent, les angoisses d’une large partie de l’électorat pour obtenir 34 % des voix à Rotterdam. Peu
avant les législatives, il continuait de surfer sur
les remous provoqués par son discours, brocardant l’insécurité, l’immigration et la construction
européenne avec un succès croissant.
« Neutraliser les méchants »
Assassiné dans des conditions mystérieuses une
semaine avant les élections du 15 mai, il laissait
son parti y remporter un triomphe pour devenir
la deuxième formation politique du pays. Avec
26 sièges à la nouvelle chambre basse, la liste
orpheline Pim Fortuyn entrait au gouvernement
sur la base d’un programme ouvertement réactionnaire et pourtant étrangement populaire.
« On l’a tué parce qu’il parlait notre langage »,
murmurait-on dans la foule anonyme qui était
venue lui rendre un ultime hommage en sa
somptueuse villa de Rotterdam.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
52
Chez les intellectuels, chez les analystes politiques, on appelle ce phénomène du « populisme ». Sans savoir au juste, d’ailleurs, comment le définir. On estime généralement que le
populisme se situe franchement à droite, voire
à l’extrême droite. Pour le politologue Guy Hermet, auteur de Populismes dans le monde
(Fayard, 2001), le mot désigne « avant tout
un style politique, plus précisément un style
antipolitique », qui se résume à un « refus de
la complexité des affaires publiques ». Pour
le populiste, ajoute-t-il, tous les problèmes
peuvent être « résolus immédiatement » :
il « suffit de neutraliser les méchants ». En
ce sens, l’insécurité, l’immigration, l’euroscepticisme, voire l’europhobie, constituent trois
variations sur un même thème, celui de la
peur de l’altérité au sens large : peur du voisin de palier, considéré comme un agresseur
potentiel ; hostilité à l’égard du résident étranger, perçu comme un parasite dans les États
providences que les pays européens se sont
construits au lendemain de la Seconde Guerre
mondiale ; peur enfin devant l’Union européenne, cette entité bruxelloise au fonctionnement bureaucratique qui menace prétendument l’indépendance des nations et, à travers
elle, leur souveraineté populaire.
Faire vibrer la corde de l’identité
nationale
En Europe, les législatives néerlandaises sont
le deuxième coup de semonce politique du
printemps. Quelques semaines auparavant, le
21 avril, le chef du Front national, Jean-Marie Le
Pen, avait réussi à se hisser au second tour de
l’élection présidentielle française, avec un score
inespéré de 17,19 %. Le verbe toujours sulfureux,
mais sur un ton légèrement assagi, il avait su
mobiliser sur des thèmes similaires un électorat
morose, déprimé par une campagne électorale
sans relief. Ailleurs en Europe, la situation était
tout aussi inquiétante. En Autriche, le Parti libéral autrichien (FPÖ) du fils de militant nazi Jörg
Haider continuait de participer à la coalition
gouvernementale du chrétien conservateur Wolfgang Schlüssel. En Italie, le très médiatique Premier ministre Silvio Berlusconi comptait toujours
dans son gouvernement des membres de l’Alliance nationale de Gianfranco Fini, descendante
du Mouvement social italien néofasciste, ainsi
que de la xénophobe Ligue du Nord d’Umberto
Bossi. Dans presque tous les pays de l’Union, un
mouvement « populiste » émergeait (voir encadré). En dehors de l’Union, le Mouvement pour
une Slovaquie démocratique du turbulent Vladimir Meciar arrivait en septembre, avec 19 % des
voix, en tête des élections législatives. Même la
très tranquille Suisse voyait, dès 1999, l’Union
démocratique du centre de Christoph Blocher
devenir la première formation politique du pays.
Les racines du mal, semble-t-il, sont profondes.
L’engouement pour les partis populistes répond
à une logique irrationnelle où quelques tribuns
sans réel programme, mais adeptes du « parler
vrai », parviennent à redonner un sens à la politique. Leur émergence électorale est paradoxale
dans la mesure où, en France comme aux PaysBas, elle fait chuter des gouvernements qui n’ont
pas démérité sur le strict critère des résultats socio-économiques. Mais les « populistes » savent
faire vibrer la corde nationale à un moment où la
perte d’influence des nations européennes dans
le monde est patente, et où la législation européenne prend une importance croissante dans
les droits nationaux.
La construction européenne est d’ailleurs bien
le sujet qui effraie les peuples et fâche les
partis. Preuve en est l’absence quasi totale de
débat sur ce sujet, pourtant crucial, lors des
différents scrutins nationaux de l’année. Preuve
en est aussi, en septembre, le départ fracassant
du FPÖ de la coalition gouvernementale autrichienne, après avoir refusé toute caution autrichienne d’un élargissement à l’est de l’Union
européenne. Dans ce contexte, il apparaît
urgent de songer à déplacer, progressivement,
la souveraineté des peuples européens : de
nations en perte de vitesse et aux visées parfois antagonistes, celle-ci serait transférée vers
le Parlement européen. Ce que résume l’éditorialiste Alexandre Adler : « Cette autorité que
les populistes cherchent partout dans notre
continent ne pourra être qu’européenne.
Quand un vrai gouvernement parlera à
Bruxelles, les populismes et les antimondialismes rentreront dans leurs nids. »
BENJAMIN BIBAS
2004 : UNE COALITION POPULISTE ?
Jörg Haider, leader autrichien du KPÖ,
a des idées. Pour les élections européennes de 2004, a-t-il confié au quotidien
allemand Handelsblatt (Düsseldorf), il se
verrait bien à la tête d’un parti baptisé
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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« Nouvelle Europe » et regroupant tous les
mouvements sécuritaires et europhobes
du continent. En Belgique, Haider est en
pourparlers avec le Vlams Blok, parti
néofasciste flamand dont le leader, Philip
Dewinter, a obtenu 33 % des voix lors du
dernier scrutin municipal à Anvers. En
Italie, il négocie avec la Ligue du Nord
d’Umberto Bossi. Au Danemark, il discute avec le parti du Peuple danois de Pia
Kjaersgaard, troisième formation du pays
et soutien de la coalition gouvernementale de droite. Limitation de l’immigration, lutte contre la criminalité, promotion
de la famille et défense de l’identité des
peuples européens contre la technocratie
de Bruxelles devraient former les grandes
lignes de leur projet.
16
France
Les gendarmes passent à l’Intérieur
Nicolas Sarkozy annonce que le ministère de l’Intérieur est désormais responsable de l’emploi des services de la gendarmerie nationale « pour l’exercice de
ses missions de sécurité intérieure ». Il définit les missions de ces services autres que celles qui sont relatives à l’exercice de la police judiciaire, il détermine
les conditions d’accomplissement de ces missions et
les modalités d’organisation qui en résultent. Cette
maîtrise de la gendarmerie révèle une volonté de
mettre en place un grand ministère de la sécurité
intérieure.
17
France
Condamnation de l’Église de
scientologie
Le tribunal correctionnel de Paris condamne à
8 000 euros d’amende la section Île-de-France de
l’Église de scientologie pour violation de la loi Informatique et libertés. La section était poursuivie par un
ancien adepte qui continuait à recevoir du courrier
de l’Église de scientologie, malgré ses demandes de
radiation du fichier de cette association. Décidée à
faire appel de la décision du tribunal, elle dénonce
un « complot politico-judiciaire ».
18
Inde/Pakistan
Nouvelles tensions au Cachemire
Dans un discours à ses troupes postées à la frontière
pakistanaise au nord du Cachemire, à l’origine du
conflit entre l’Inde et le Pakistan, le Premier ministre
indien Atal Bihari Vajpayee annonce « l’heure d’un
combat décisif ». La tension entre les deux nations
a fortement augmenté depuis le 14, à l’occasion
d’un nouvel attentat au Cachemire indien, attribué
par New Delhi aux militants pakistanais, qui a fait
35 morts. Depuis, des duels d’artillerie opposent les
forces postées de part et d’autre de la frontière. Après
plusieurs semaines d’accrochages, les deux pays sont
au bord de la guerre, chacun des camps massant ses
troupes sur la frontière de la région controversée du
Cachemire. Depuis la partition du sous-continent
indien en 1947, New Delhi et Islamabad se disputent
cette province himalayenne habitée par une majorité de musulmans. Après deux années de guerre,
l’ONU avait réussi à imposer une partition de la zone,
donnant 63 % du territoire cachemiri à l’Inde et 37 %
au Pakistan, sans toutefois parvenir à régler son statut. Deux résolutions des Nations unies, de 1948 et
1949, prévoyaient la tenue d’un référendum d’autodétermination, mais celui-ci a toujours été rejeté
par le gouvernement indien en raison du soutien
que le Pakistan apporterait aux groupes armés islamistes indépendantistes cachemiris. Les présidents
américain George W. Bush et russe Vladimir Poutine
pressent l’Inde et le Pakistan de s’engager dans une
désescalade.
Imbroglio persistant au
Cachemire
L’Inde et le Pakistan ont été au bord d’un
quatrième conflit aggravé par le risque
nucléaire. Si la médiation de la communauté internationale a permis d’éviter le pire,
le sort du Cachemire reste encore incertain.
Le conflit récurrent qui oppose au Cachemire
l’Inde et le Pakistan remonte à 1947. Les États
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princiers ont dû choisir, à cette date, leur rattachement à l’un ou l’autre des deux pays nés de la
partition des Indes britanniques. Le maharadjah
du Cachemire, en optant pour l’Inde, a provoqué
le premier conflit indo-pakistanais, qui a abouti
en 1949, sous l’égide de l’ONU, à l’établissement
d’une ligne de cessez-le-feu (LOC), devenue,
depuis, une frontière qui sépare de facto l’Azad
Cachemire (Cachemire libre) et les « Territoires
du Nord », sous contrôle pakistanais, de l’État
indien du Jammu-et-Cachemire.
Une « sale guerre »
Indiens et Pakistanais n’ont jamais, pour autant,
voulu transformer la LOC en frontière de jure et
ils s’y s’ont affrontés militairement en 1965, 1971
et 1999, en s’accusant mutuellement d’occuper
un territoire sur lequel se sont cristallisées deux
conceptions différentes de la nation. Le Pakistan
considère que le Cachemire, qui compte 80 % de
musulmans, aurait dû lui revenir en totalité. Pour
l’Inde, ce territoire conforte, au contraire, le fondement « séculariste » de la République indienne
qui ne s’est pas constituée comme État hindou, mais multiculturel et multiconfessionnel.
Théâtre d’affrontements militaires entre les deux
frères ennemis, le Cachemire est aussi engagé,
depuis 1989, dans une « sale guerre » opposant formations terroristes et forces de sécurité
indiennes. Menée au départ par des groupes armés cachemiris indépendantistes, l’insurrection
anti-indienne au Jammu-et-Cachemire a été progressivement contrôlée par des organisations
basées au Pakistan, telles que l’Harkat-UI-Ansar
ou le Lashkar-i-taiba, soutenues par les services
secrets militaires d’Islamabad (l’ISI) et proches
de la mouvance islamiste radicale pakistanaise.
Ce sont précisément les attentats imputés à ces
commandos entraînés dans l’Azad Cachemire
qui ont conduit l’Inde et le Pakistan au bord d’un
quatrième conflit armé, aggravé par la menace
nucléaire, à la fin du printemps 2002.
L’ombre portée du 11 septembre
Car l’intervention des États-Unis en Afghanistan,
consécutive aux événements du 11 septembre,
a donné un tour nouveau à la question du Ca-
chemire. À la tête d’un Pakistan devenu un allié
essentiel des Américains dans leur lutte contre
les talibans et les réseaux Al-Qaida, le généralprésident Pervez Moucharraf ne peut plus prétendre combattre le terrorisme en Afghanistan
et ignorer dans le même temps celui qui sévit
au Cachemire indien. Dans un discours historique à la nation prononcé le 12 janvier, le chef
de l’État pakistanais a affirmé que, désormais, le
Pakistan n’autoriserait « plus que son sol soit
utilisé pour des actes terroristes contre qui
que ce soit » et s’est engagé à mettre un terme
de façon « permanente » et « vérifiable » aux
« infiltrations transfrontalières ». Pour autant,
Moucharraf n’entend pas abandonner la cause
du Cachemire et a réitéré la position classique
pakistanaise, qui consiste à apporter « un soutien moral, politique et diplomatique aux Cachemiris », et à appeler à la reprise du dialogue
avec le voisin indien ainsi qu’au respect d’une
résolution des Nations unies datant de 1948 et
que n’a jamais appliquée New Delhi : la tenue
d’un référendum d’autodétermination pour le
peuple cachemiri. Pour sa part, le chef de l’État
pakistanais s’est dit prêt à reprendre les négociations avec le Premier ministre indien, Atal Bihari
Vajpayee, au sommet sur la sécurité régionale
d’Almaty en juin, au plus fort de la mobilisation
militaire des deux pays. Cette proposition a toutefois été rejetée par New Delhi, au motif qu’Islamabad aurait juste changé de « langage » sur
le terrorisme. Certes, les autorités pakistanaises
dénoncent désormais systématiquement tout
attentat terroriste frappant des civils au Cachemire indien. Elles ont de même procédé, début
2002, à l’arrestation de près de 2 000 militants
islamistes pakistanais (dont le chef du Lashkari-taiba)... avant de les relâcher après enquête. De
surcroît, Islamabad refuse d’extrader une vingtaine de terroristes que lui réclame New Delhi.
La fragile position de Pervez
Moucharraf
En fait, le sort des Cachemiris, dont les rangs
sont plus divisés que jamais entre indépendantistes, pro-pakistanais et pro-indiens, dépend
plus que jamais des évolutions politiques au
Pakistan et en Inde, tous deux traversés par des
crises internes que leurs gouvernements respectifs pourraient être tentés d’« externaliser ». Depuis qu’il est arrivé au pouvoir en 1998, le parti
nationaliste hindou (BJP), dont est issu l’actuel
Premier ministre indien, perd toutes les élections
régionales, au point que M. Vajpayee, considéré
comme un modéré, a dû faire des concessions à
l’aile « dure » de son parti en nommant vice-Premier ministre Lal Krishna Advani, l’un des plus
farouches opposants à une reprise du dialogue
avec le Pakistan sur la question du Cachemire.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
55
En outre, la brusque montée de la tension au Cachemire au printemps a permis de faire oublier
les émeutes intercommunautaires qui ont visé
les musulmans du Gujerat, État indien voisin du
Pakistan, et pour lesquelles la responsabilité du
gouvernement local BJP est directement engagée. Côté pakistanais, Pervez Moucharraf est aux
prises avec un terrorisme interne attribué aux
extrémistes islamiques, qui cherchent à le punir
de son soutien à la lutte antiterroriste américaine et l’accusent de trahir la « cause nationale » que représente le Cachemire. En outre, il
n’est pas impossible que les « djihadistes » pratiquant le terrorisme transfrontalier aient fini par
s’affranchir de la tutelle de leurs mentors de l’ISI
et du haut commandement de l’armée pakistanaise. La réponse à cette question est d’autant
plus essentielle que M. Moucharraf s’apprête
à institutionnaliser le rôle de l’armée dans la
conduite de la politique pakistanaise en créant
un Conseil national de sécurité où siégeraient les
hauts responsables militaires...
EMMANUEL CHICON
UNE MOSAÏQUE DE STATUTS POLITIQUES
Le Cachemire couvre un territoire de
220 000 km 2 et est peuplé de 14 millions
d’habitants. Les deux tiers, qui vivent du
côté indien, se répartissent entre la vallée
de Srinagar, le district du Jammu, au sud,
en majorité hindoue, ceux du Ladakh et de
Leh, à l’est, bouddhistes, et celui de Kargil,
musulman chiite. Après avoir été placés
sous l’administration directe de New Delhi
en raison de l’insurrection cachemirie,
les districts indiens peuvent de nouveau
élire leurs députés à l’assemblée du Jammu-et-Cachemire ainsi qu’au Parlement
indien depuis 1996. Au nord de la ligne de
contrôle, les 85 000 km 2 de territoires placés sous contrôle pakistanais regroupent
l’Azad Cachemire, en majorité sunnite,
et les « Territoires du Nord », chiites. Ces
territoires ne bénéficient pas des droits et
de la représentation dont jouissent les provinces pakistanaises. L’Azad Cachemire
possède un gouvernement et un président,
tous deux placés sous complète tutelle
pakistanaise. Quant aux « Territoires du
Nord », où se développent des mouvements autonomistes, ils sont également
gouvernés par Islamabad, assisté d un
conseil sans véritable pouvoir.
19
Timor-Oriental
L’indépendance enfin
Après plus de trois siècles de colonisation portugaise
et vingt-quatre années d’occupation indonésienne,
avant d’être placé deux ans et demi sous administration onusienne, le Timor-Oriental devient une nation
à part entière. Son président, élu démocratiquement,
est José Xanana Gusmao. La cérémonie d’indépendance accueille notamment le président portugais Jorge Sampaio, le Premier ministre australien
John Howard, ainsi que la présidente indonésienne
Megawati Sukarnoputri, qui fut longtemps opposée à l’indépendance du territoire. Cette dernière a
accepté d’être présente malgré les violentes critiques
émises par les durs du régime indonésien.
Irlande du Nord
Victoire du Sinn Féin
Le Premier ministre sortant Bertie Ahern remporte
largement les élections législatives en Irlande du
Nord après l’écrasante victoire de son parti, le Fianna Fail. S’il manque de peu la majorité absolue à la
Chambre des députés (Dail), son parti de centre droit
obtient 80 des 166 sièges de l’assemblée, contre 77
aux élections de 1997. Les Démocrates progressistes
– parti conservateur composante de la coalition gouvernementale sortante – remportent huit sièges, soit
quatre de plus. Bertie Ahern estime que la reconduction de cette alliance est « plus probable que toute autre
solution ». Il s’engage à former un gouvernement fort
et stable pour les cinq prochaines années. Pour Charlie McCreevy, ministre des Finances dans l’équipe de
Bertie Ahern, « il est évident que l’opinion apprécie l’approche économique du gouvernement actuel » : grâce
à des finances présentant un excédent record, fruit
de huit années d’une croissance sans précédent, le
ministre a en effet pu réduire l’impôt sur le revenu
et augmenter les dépenses publiques. De son côté,
Michael Noonan, le dirigeant du principal parti d’opposition, le Fine Gael, démissionne après l’annonce
de la plus grave défaite électorale jamais subie par
son parti en soixante-dix ans (31 sièges au lieu de
54). Autre grand déçu de ce scrutin, le Parti travailliste
(Labour) n’obtient que 21 sièges, comme en 1997. Le
Sinn Féin, le bras politique de l’Armée républicaine
irlandaise (IRA), qui entend désormais devenir une
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56
force politique crédible en Irlande même, obtient
pour sa part cinq sièges, contre un seul en 1997.
23
Vatican
Jean-Paul II en Bulgarie
Arrivé la veille en Bulgarie pour la première visite
papale jamais effectuée dans ce pays orthodoxe,
Jean-Paul II déclare au président bulgare qu’il n’a jamais cru que son pays était à l’origine de la tentative
d’assassinat dont il a été victime en 1981. Bien que la
Bulgarie ne compte que 80 000 catholiques – dont la
plupart vivent dans la région de Plovdiv, deuxième
ville du pays – pour une population de 8 millions
d’habitants, ce séjour intéresse une partie de la population qui aimerait que le pays soit blanchi de l’accusation d’avoir trempé dans la tentative d’assassinat
commise par Mehmet Ali Agça, un ressortissant turc
qui avait blessé Jean-Paul II sur la place Saint-Pierre.
Par manque de preuves, la justice italienne a acquitté
trois membres présumés des services secrets bulgares qui étaient soupçonnés de complicité avec Ali
Agça. Le voyage du souverain pontife s’inscrit dans
le grand projet papal de réconcilier orthodoxie et
catholicisme.
24
États-Unis/Russie
Accord sur le désarmement
Après plusieurs mois de négociations, le président
américain George W. Bush et son homologue russe
Vladimir Poutine signent à Moscou un accord historique qui prévoit de réduire des deux tiers, d’ici à
dix ans, les arsenaux nucléaires des États-Unis et de
la Russie, soit la plus importante réduction jamais
consentie par les deux pays. En 2012, Washington et
Moscou ne posséderont plus que 1 700 à 2 200 ogives
chacun, contre environ 6 000 actuellement pour les
États-Unis et 5 500 pour la Russie. Le nombre d’ogives
sera alors dix fois moindre qu’au plus fort de la guerre
froide. Les ogives ne sont toutefois pas détruites,
mais voient leurs moyens de transport démantelés.
Cet accord représente non seulement la plus importante réduction de l’arsenal nucléaire stratégique de
l’histoire mais peut-être aussi la dernière. L’administration Bush a clairement fait savoir qu’elle n’avait pas
l’intention de négocier d’autres réductions avec la
Russie, justifiant cette décision par la fin de la guerre
froide et les changements des données militaires et
économiques.
Le désarmement en trompe-l’oeil
Les États-Unis et la Russie ont signé, pour
la première fois depuis 1993, un accord
de désarmement qui scelle leurs nouvelles
relations. Entérinant un état de fait, celuici restaure l’image de la Russie et permet
aux États-Unis de se consacrer à la lutte
contre les nouvelles menaces internationales. Ce triomphe de la realpolitik s’opère
au détriment de l’Europe et de la défense
des droits de l’homme.
« Enterrer la guerre froide » : tel est l’objectif
affiché de l’accord de désarmement nucléaire
« historique » qu’ont signé à Moscou, le 24 mai
2002, le président américain George W. Bush et
son homologue russe, Vladimir Poutine. L’exhortation prête à sourire, tant la guerre froide a été
de nombreuses fois enterrée depuis la chute du
mur de Berlin, en novembre 1989. C’est d’ailleurs symboliquement par la capitale allemande
que le président américain a entamé sa tournée
européenne qui devait ensuite le conduire à
Moscou. Devant le Bundestag, le 23 mai, il a déclaré en substance qu’après les combats contre
le nazisme et le communisme, la lutte contre
le terrorisme était le prochain enjeu auquel
les États-Unis et les Européens – Russie incluse
cette fois-ci – allaient être associés. Le président
russe n’avait pas dit autre chose, à cette même
tribune, quelques jours après les attentats du
11 septembre, en affirmant : « Nous ne nous
sommes pas libérés de stéréotypes et de clichés issus de la guerre froide. Mais la guerre
froide est terminée. [...] Le monde est devenu
beaucoup, beaucoup plus compliqué. »
Désarmer selon ses besoins
En cours de négociation depuis cinq mois, l’accord signé par les présidents Bush et Poutine est
le plus ambitieux jamais conclu par les deux plus
grands États nucléaires du monde. Il prévoit de
diminuer d’environ des deux tiers, sur dix ans, le
nombre de têtes nucléaires stratégiques opérationnelles possédées par chacun des deux pays,
qui s’élève aujourd’hui à quelque 6 000 ogives.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
57
Les traités de réduction des armements stratégiques Start I et Start II, signés en 1991 et 1993,
devaient en principe laisser aux États-Unis et à la
Russie, à l’échéance prévue de 2003, entre 3 000
et 3 500 têtes nucléaires. Contrairement aux
précédents, le traité signé le 24 mai, qui n’aurait
été qu’un simple accord sans l’insistance des
Russes, tient en trois pages. Plus qu’un traité de
désarmement nucléaire entre deux adversaires,
il constitue un cadre à la liberté de deux alliés
de désarmer selon leurs besoins : les têtes nucléaires concernées pourront être détruites ou
stockées. Le montant du budget de la Défense
de la Russie – 5 milliards de dollars, à comparer
aux 380 milliards de dollars du budget militaire
américain – ne permet pas à Moscou d’entretenir des forces de dissuasion nucléaire surdimensionnées. Les Américains, quant à eux, lorgnent
vers des technologies beaucoup plus sophistiquées pour pallier la faillite des règles jusque-là
admises de la dissuasion et faire face aux nouveaux défis que représentent à leurs yeux le danger terroriste et la menace des « États voyous »
nés de la prolifération nucléaire. Le très onéreux
bouclier antimissile en cours de développement
constitue l’une de ces réponses.
Le désarmement occupe désormais une place
accessoire dans la « nouvelle relation stratégique » entre les États-Unis et la Russie définie
dans la déclaration commune signée à Moscou
par George W. Bush et Vladimir Poutine en plus
du traité nucléaire. Ce texte établit entre les
deux pays un « partenariat » qui vise notamment à « faire progresser la sécurité, la stabilité et l’intégration économique », à « affronter
ensemble les défis globaux » et à « aider à résoudre les conflits régionaux ». Dans ce cadre,
Washington et Moscou, « déjà alliés dans le
combat contre le terrorisme international »,
sont convenus de poursuivre leur coopération
en Afghanistan et de l’étendre « en Asie centrale et dans le Caucase méridional ». Cette
zone d’influence autrefois exclusivement russe
comprend la Tchétchénie, la mer Caspienne et
ses enjeux pétroliers ainsi que la Géorgie, où des
instructeurs américains forment déjà les troupes
locales à la lutte contre le « terrorisme ».
La Russie dans la « cour des grands »
Cette nouvelle alliance russo-américaine maintient la Russie dans la « cour des grands » et
replace l’héritière de l’URSS sur un pied d’égalité
avec les États-Unis, non plus dans un face-à-face
mais côte à côte. En plus de bénéfices politiques,
la Russie espère tirer de cette position de substantiels avantages financiers – un des points
annexes de la déclaration commune concerne
son adhésion à l’OMC. Tirant un trait définitif
sur la guerre froide, les États-Unis, de leur côté,
adaptent leur rôle de gendarme du monde à la
conjoncture en y associant leur adversaire d’hier
qui n’a plus grand-chose à leur refuser – Moscou
a ainsi fait preuve d’une grande discrétion au sujet de la sortie des États-Unis du traité ABM, qui
sera effective en juin. Les droits de l’homme font
quelque peu les frais de cette convergence dans
la lutte contre le terrorisme international. Si les
droits des minorités ont été évoqués par George
W. Bush au sujet de la Tchétchénie, la situation
intérieure de la Russie, où la démocratie souffre
encore de nombreuses entraves, n’a fait l’objet
d’aucun commentaire particulier. Quant à l’Europe, autrefois au centre de la rivalité entre les
deux grands, elle apparaît aujourd’hui en marge
de leur alliance, réduite au rôle de figurante. Cela
constitue un bienfait pour sa tranquillité et un
coup dur pour son influence.
GÉRARD SANIER
LA RUSSIE ET L’OTAN
Le Conseil permanent conjoint (PJC)
OTAN-Russie est mort. Vive le Conseil
OTAN-Russie qui doit le remplacer, comme
le prévoit l’accord signé le 28 mai à Rome
lors du sommet de l’Alliance atlantique. En
mai 1997, la création du PJC était venue
compenser l’élargissement de l’OTAN à
la Pologne, la Hongrie et la République
tchèque. Cet instrument de gestion commune des crises est resté une coquille
vide. Le Conseil OTAN-Russie dédommagerait-il Moscou du nouvel élargissement
de l’Alliance à d’anciens pays du pacte de
Varsovie, programmé pour novembre ? Les
temps ont changé et les domaines d’action
du nouveau Conseil ont été étendus : gestion des crises, mais aussi lutte contre le
terrorisme, non-prolifération, maîtrise des
armements, défense contre les missiles
de théâtre, recherche et sauvetage en
mer, coopération militaire et réforme de
la défense, plans civils d’urgence face aux
menaces et défis nouveaux. Les Dix-Neuf
conserveront leur totale liberté d’action.
Lorsqu’un dossier risquera de provoquer
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
58
des objections de la part de Moscou, il ne
sera pas abordé en Conseil OTAN-Russie,
ce qui permettra de contourner le droit de
veto dont dispose chacun des membres.
26
Colombie
Élection d’Alvaro Uribe
Le candidat de la droite dure colombienne, Alvaro
Uribe, est élu président de Colombie avec une large
majorité, 52,8 % des voix contre 31,8 % à Horacio Serpa, le rival le plus sérieux d’Uribe, ancien ministre de
l’Intérieur. Partisan de la manière forte contre la guérilla, Alvaro Uribe avait mis en avant la loi et l’ordre et
apparaissait comme le mieux placé pour succéder au
président sortant Andrés Pastrana, dont la politique
d’ouverture à l’égard des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a échoué. En vertu de
la Constitution colombienne, l’actuel chef de l’État,
arrivé au terme de son mandat unique de quatre ans,
ne pouvait se représenter.
Cinéma
Palmarès : Polanski, Palme d’or
Présidé par David Lynch, le jury du 55e Festival de
Cannes attribue la Palme d’or au cinéaste franco-polonais Roman Polanski pour un film rempli d’humanisme et d’émotion : le Pianiste est tiré de l’histoire
vraie de Wladyslaw Szpilman, un brillant pianiste juif
polonais (interprété par Adrien Brody), qui échappe
à la déportation en s’évadant du ghetto de Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale, puis parvient à survivre grâce à l’aide d’un officier allemand.
L’Homme sans passé, du Finlandais Aki Kaurismaki,
reçoit le prix hiérarchiquement suivant, le Grand Prix
du jury. Le prix d’interprétation masculine revient à
l’acteur belge Olivier Gourmet, pour son rôle dans
le Fils des frères Luc et Jean-Pierre Dardenne, et le
prix d’interprétation féminine, à la Finlandaise Kati
Outinen pour l’Homme sans passé d’Aki Kaurismaki.
Le Palestinien Elia Suleiman reçoit le prix du jury pour
Intervention divine, et l’Américain Michael Moore, le
prix du 55e anniversaire (spécialement créé pour l’occasion) pour son documentaire Bowling for Columbine. Le film du Britannique Ken Loach, Sweet Sixteen,
obtient le prix du scénario, décerné à Paul Laverty, et
le prix de la mise en scène revient à égalité à PunchDrunk Love du jeune Américain Paul Thomas Anderson et à Ivre de femmes et de peinture du Sud-Coréen
Im Kwon-taek.
Tunisie
Référendum-plébiscite
Le référendum portant sur la réforme de la Constitution tunisienne, qui permettra essentiellement
au président en exercice Zine el Abidine Ben Ali de
briguer un quatrième mandat de cinq ans lors des
élections prévues en 2004, recueille 99,52 % de
« oui » : sur les 3 644 845 votants, 3 462 177 ont voté
en faveur de la réforme. Celle-ci prévoit le renouvellement sans limite des candidatures à la présidence de
la République, actuellement limité à trois mandats, et
repousse de soixante-dix à soixante-quinze ans l’âge
limite du candidat à la magistrature suprême. Réélu
en 1999 avec plus de 99 % des suffrages, le président
Ben Ali, soixante-cinq ans, voit ainsi s’ouvrir la possibilité de briguer encore deux autres mandats. C’est
le premier référendum organisé dans le pays depuis
son indépendance en 1956.
28
Italie
Sommet de l’OTAN avec Poutine
« Surmontant cinquante années de divisions et une
décennie d’incertitudes », les 19 pays membres de l’Alliance atlantique acceptent officiellement la Russie
en tant que « partenaire », lors du sommet organisé
près de Rome entre l’Alliance atlantique et son exennemie. Les 20 dirigeants concernés, réunis sur la
base aérienne italienne de Pratica di Mare, ont ratifié
l’accord destiné à instaurer officiellement un nouveau conseil, qui remplacera une instance consultative créée en mai 1997 : la Russie bénéficiera d’une
autorité accrue par rapport à celle qu’elle avait précédemment. Mais son engagement sera limité à certains secteurs, dont la gestion des crises régionales,
des opérations de maintien de la paix ou encore des
exercices militaires conjoints.
29
France
Notat quitte la présidence de la CFDT
Lors du 45e congrès de la CFDT organisé à Nantes,
Nicole Notat abandonne ses fonctions de secrétaire générale au profit de François Chérèque, quadownloadModeText.vue.download 61 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
59
rante-six ans, élu par la commission exécutive de
l’organisation. Ancienne institutrice, Nicole Notat,
âgée de cinquante-quatre ans, a succédé à Jean
Kaspar le 20 octobre 1992 et a été confirmée à ce
poste au congrès de Montpellier en 1995. En dix ans,
elle a conforté la CFDT dans un rôle de syndicat de
négociation et de réforme plutôt que d’opposition.
François Chérèque, ancien éducateur spécialisé et
secrétaire général de la fédération Santé-Sociaux de
la CFDT de 1996 à 2001, devrait tenter de conserver
la même ligne.
30
Algérie
Victoire du FLN
Le Front de libération nationale (FLN), ancien parti
unique, dirigé par le Premier ministre Ali Benflis, obtient la majorité absolue, avec 199 sièges sur 389, aux
élections législatives. Ali Benflis, secrétaire général
du FLN et chef du gouvernement, souligne que son
parti ne mettra pas fin à l’expérience de « la coalition
gouvernementale ». Il déclare que le pays a besoin
« de la conjugaison des efforts de la classe politique »
pour la gestion des affaires du pays et qu’« aucun
parti ne recèle en lui la capacité de régler seul la crise
multiforme que connaît le pays et d’en éliminer les effets
néfastes sur l’économie et la société ». Le scrutin a été
marqué par une faible participation : 46,09 % (contre
67 % en 1997), le taux d’abstention le plus élevé
enregistré lors d’une consultation nationale depuis
l’indépendance en 1962. Les trois partis islamistes
recueillent près de 20 % des suffrages exprimés, mais
n’obtiennent que 82 députés, une perte de 21 sièges.
Le RND est le grand perdant de la consultation électorale. Avec seulement 48 députés élus, il perd 107
des 155 sièges qu’il détenait. La consultation a été
marquée par de violents incidents qui ont fait au
moins un mort et trois blessés en Kabylie, une région
où le scrutin a été massivement boycotté. Plusieurs
partis politiques, dont le Front des forces socialistes
(FFS, berbériste), le Rassemblement pour la culture
et la démocratie (RCD, berbériste) et le Mouvement
démocratique et social (MDS), ont quant à eux boycotté cette « mascarade électorale ».
Football
Début du Mondial
La XVIIe Coupe du monde de football débute par une
cérémonie au World Cup Stadium de Séoul en Corée
du Sud – la compétition est coorganisée avec le Japon. Situé dans le quartier de Sangamdong (ouest
de Séoul), ce stade uniquement dédié au football
est le plus grand d’Asie, avec une capacité totale de
65 856 spectateurs. En match d’ouverture, les Bleus,
privés de Zinedine Zidane blessé lors d’un match
amical gagné 3-2 contre la Corée du Sud quelques
jours plus tôt, rencontrent le Sénégal. Les champions du monde en titre, qui n’avaient plus perdu
dans cette compétition depuis leur demi-finale au
Mexique en 1986, s’inclinent 1-0 face à une équipe
sénégalaise très offensive. Ils devront absolument
battre l’Uruguay le 6 juin, puis le Danemark le 11,
leurs autres adversaires du groupe A, pour espérer
franchir le premier tour.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
60
Juin
3
Inde/Pakistan
Conférence au Kazakhstan sur le
Cachemire
Le président pakistanais Pervez Moucharraf et le Premier ministre indien Bihari Vajpayee participent à la
conférence sur la sécurité régionale en Asie qui réunit à Almaty, au Kazakhstan, les responsables de seize
pays. Ils admettent qu’il est « nécessaire de reprendre le
chemin du dialogue, qui est la seule option saine dans
l’environnement dangereux de l’Asie du Sud ». Les deux
pays affirment qu’ils ne feront pas usage de la puissance nucléaire pour régler leur différend sur le Cachemire. Bihari Vajpayee déclare que l’Inde et le Pakistan
doivent travailler ensemble pour s’assurer que les
militants islamistes ne traversent pas la frontière afin
d’attaquer les troupes indiennes. En signe d’apaisement, Islamabad et New Delhi retirent leurs navires de
guerre envoyés en mer d’Arabie.
4
Angleterre
Jubilé de la reine
La Grande-Bretagne entame le Jubilé d’or, quatre
jours de festivités, de musique et de fêtes de rue
– avec une procession du couple royal à travers
Londres en carrosse doré, une messe à la cathédrale Saint Paul, une démonstration aérienne de la
Royal Air Force –, pour célébrer les cinquante ans
de règne d’Élisabeth II. 12 000 spectateurs, sélectionnés par tirage au sort, assistent sur les pelouses
du palais de Buckingham à un concert de musique
classique. Le lendemain, c’est un concert rock
qui accueille d’autres privilégiés sur les pelouses
royales. Le Jubilé d’or, loin d’être le flop redouté par
les autorités royales, rencontre un grand succès à
travers le royaume et prouve l’attachement des Bri-
tanniques pour leur souveraine.
5
Israël
Attentat suicide meurtrier
Un attentat suicide contre les passagers d’un bus
fait 18 morts, dont le kamikaze, et une cinquantaine de blessés à Megiddo, près de Haïfa, dans le
nord du pays. En représailles, des hélicoptères et
des chars israéliens pilonnent Djénine (Cisjordanie), dont est originaire le kamikaze. L’attentat, le
plus meurtrier depuis l’opération militaire israélienne « Rempart » le mois dernier en Cisjordanie,
est revendiqué par le Djihad islamique, qui déclare
avoir agi à l’occasion du 35e anniversaire du début
de la guerre des Six-Jours en 1967.
9
France
Un premier tour des législatives
favorable à la droite
L’Union pour la majorité présidentielle (UMP) arrive
largement en tête du premier tour des élections
législatives avec environ 35 % des voix. Elle pourrait
obtenir à elle seule la majorité absolue, la « vraie »
majorité que le président Jacques Chirac appelle
de ses voeux. Les chiraquiens ont su mobiliser son
électoral sur leur thème de campagne, le rejet de la
cohabitation. À droite, l’UDF de François Bayrou pâtit
de ce vote « utile » : ses candidats n’obtiennent que
3,6 % des suffrages. Le Parti socialiste en recueille
27,5 %, soit deux points et demi de plus qu’au premier tour de 1997. Le PCF tombe à 5 % (9,94 % en
1997) ; les Verts, à 3 %. Le Pôle républicain de JeanPierre Chevènement est inexistant (0,7 %). Avec
11,5 %, le Front national n’a pas retrouvé les 17,19 %
des voix de Jean-Marie Le Pen au premier tour de
l’élection présidentielle. Les candidats d’extrême
droite joueront néanmoins les arbitres entre la droite
et la gauche dans une vingtaine de circonscriptions,
contre 76 en 1997. Le taux d’abstention atteint un
niveau record sous la Ve République, à 35,58 %. Sur
4 scrutins législatifs à deux tours depuis 1981, le taux
d’abstention était en moyenne à 31,77 % au premier
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
61
tour et à 29,12 % au second tour. Ce taux sans précédent rapprocherait ce premier tour des élections
cantonales (38 à 39 % d’abstentions) et des municipales (34 à 35 %).
11
Football
La France éliminée du Mondial
Malgré le retour de Zinedine Zidane, rétabli de sa
blessure contre la Corée du Sud en match amical,
l’équipe de France est battue 2-0 par le Danemark.
Ce résultat, succédant à sa défaite contre le Sénégal (1-0) et à son match nul contre l’Uruguay (0-0),
entraîne son élimination de la Coupe du monde dès
le premier tour de la compétition.
12
Afghanistan
H. Karzaï reconduit à la tête de l’État
Le chef du gouvernement intérimaire Hamid Karzaï est élu à la tête de l’exécutif par la Loya Jirga, le
grand conseil traditionnel qui doit dessiner l’avenir
politique de l’Afghanistan. Hamid Karzaï était pratiquement assuré d’emporter cette élection après le
retrait de ses deux principaux concurrents, l’ancien
roi Mohammed Zaher Chah et l’ancien président
et chef de l’Alliance du Nord Burnahuddin Rabbani. Les 1 575 délégués, dont 200 femmes, lui ont
accordé 81 % de leurs suffrages : il a reçu le soutien
des représentants de sa communauté ethnique
– il est né à Kandahar dans le clan pachtoune
des Popalzaï –, mais aussi celui de nombreuses
minorités dont les Tadkiks, qui faisaient généralement jusque-là l’amalgame entre Pachtounes
et talibans. Président du gouvernement intérimaire depuis décembre dernier, Hamid Karzaï doit
conduire l’Afghanistan à des élections générales
dans les deux ans. Son gouvernement, dominé par
les hommes de l’Alliance du Nord, coalition antitalibans du commandant Massoud, ayant pacifié la
région de Kaboul, il lui reste encore à étendre son
autorité à l’ensemble du pays.
14
Madagascar
Fin de la crise politique ?
Arrivé à bord d’un avion fourni par le gouvernement français, le président sortant Didier Ratsiraka
se réfugie à Paris. Selon la télévision malgache
publique, l’ancien chef d’État aurait finalement
choisi l’exil, mettant ainsi un terme à la crise politique qui secoue le pays. L’île, déchirée entre deux
gouvernements et deux armées, est en proie à
une guerre civile larvée entre partisans de Didier
Ratsiraka et de Marc Ravalomanana à la suite de la
présidentielle du 16 décembre dernier aux résultats
contestés. Marc Ravalomanana a été investi après
un nouveau décompte des suffrages, rejeté par le
président sortant. Depuis, Didier Ratsiraka a créé un
gouvernement dans la ville portuaire de Toamasina,
tandis que Marc Ravalomanana a pris le contrôle
de la capitale, Antananarivo. Le 22, une réunion de
l’Organisation de l’unité africaine (OUA) consacrée
à la crise politique malgache préconise l’organisation de nouvelles élections dans l’île et la mise en
place à la tête du pays d’un gouvernement neutre
de transition jusqu’à la résolution du différend entre
le président élu Marc Ravalomanana et l’ancien chef
d’État Didier Ratsiraka.
15
République tchèque
Législatives : le centre gauche en tête
Les élections législatives sont marquées par la victoire
relative des sociaux-démocrates (centre gauche). Le
Parti social-démocrate (CSSD), dirigé par Vladimir Spidla, remporte 70 des 200 sièges de la chambre basse
du Parlement, devant le Parti démocratique civique
(ODS, droite), crédité de 58 sièges. Le Parti communiste recueille 41 sièges, et la coalition de centre droit
de l’Union démocrate-chrétienne (KDU-CSL) et de
l’Union de la liberté (US), 31 sièges. Vladimir Spidla exclut de former une coalition de gouvernement avec
les communistes. Il envisage de conclure un accord
avec la coalition de centre droit, ce qui lui permettrait
de détenir 101 sièges, soit la majorité absolue. Son
parti se dit prêt à faire des concessions pour favoridownloadModeText.vue.download 64 sur 380
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62
ser l’entrée de la République tchèque dans l’Union
européenne, accusant l’ODS de paralyser les mesures
visant à atteindre les critères européens.
16
France
Législatives : majorité absolue pour la
droite
Au second tour des élections législatives, les partis
de la majorité présidentielle rassemblent 52,76 % des
suffrages contre 45,33 % pour la gauche et 1,89 %
pour l’extrême droite, sur l’ensemble de la France
métropolitaine. 39,23 % de l’électorat s’est abstenu.
Sur 577 sièges (555 en France métropolitaine et 22
outremer), la droite compte 399 députés au sein de
la nouvelle Assemblée, dont 355 pour l’UMP, 29 UDF,
2 DL, 2 RPF, 1 MPF et 10 divers droite ; la gauche
en obtient 178 – 140 PS, 21 PCF, 7 PRG, 6 divers
gauche, 3 Verts et un indépendantiste martiniquais.
L’ancienne Assemblée comptait 245 députés de
droite et apparentés (135 RPR, 67 UDF, 43 DL), contre
314 députés de gauche et apparentés (248 PS, 35 PC,
31 groupe Radical-Citoyens-Verts), et 5 non inscrits,
soit 564 sièges (577 députés avaient été élus en 1997,
mais 13 sièges étaient restés vacants depuis en raison notamment d’entrée au Sénat ou de décès). C’est
la première fois depuis 1981 qu’un parti détient à lui
seul la majorité absolue à l’Assemblée. Après le Sénat,
la majeure partie des 22 Régions, le Conseil constitutionnel, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et la
nouvelle majorité absolue à l’Assemblée, le chef de
l’État Jacques Chirac dispose à présent de tous les
leviers institutionnels. Le Premier ministre Jean-Pierre
Raffarin est reconduit dans ses fonctions pour choisir
ses ministres. Si son nouveau gouvernement n’offre
pas de changements parmi les grands ministères, de
nouveaux ministres délégués et secrétaires d’État y
font leur entrée : Nicole Fontaine (Industrie), Noëlle
Lenoir (Coopération et Francophonie), Claudie
Haigneré (Recherche et Nouvelles Technologies),
Christian Jacob (Famille), Marie-Thérèse Boisseau
(Personnes handicapées), Dominique Bussereau
(Transports et Mer). La quasi-totalité des 27 ministres
et secrétaires d’État du précédent gouvernement
Raffarin est reconduite. Toutefois, le ministre délégué
aux Affaires européennes Renaud Donnedieu de
Vabres, mis en examen pour blanchiment d’argent et
pour infraction à la loi sur le financement des partis
politiques dans l’affaire du financement occulte de
l’ex-Parti républicain, a remis sa démission.
Le triomphe de la droite
chiraquienne
Une droite chiraquienne triomphante, une
gauche décapitée, des extrêmes renvoyés
dans leurs chapelles, et une abstention
massive, les législatives des 9 et 16 juin
n’ont pas été une session de rattrapage
pour l’ex-majorité plurielle de l’équipe
Jospin.
Lassés par la longue séquence électorale,
quatre tours de scrutin en moins de deux
mois, estimant que, après la réélection de
Jacques Chirac à l’Élysée le 5 mai, l’essentiel
est fait et qu’il vaut mieux donner, activement
ou passivement, sa chance à la droite, les Français disent « non » à toute nouvelle forme de
cohabitation.
Certes, après l’avertissement du 21 avril, ils ne
font pas preuve d’un grand civisme. Le « sursaut
républicain » du second tour de la présidentielle
a fait long feu. Une nouvelle fois, des records
d’abstention sont battus (35,58 % le 9 juin et
39,23 % le 16). Sans doute, aussi, les politiques
n’y mettent pas du leur : 8 446 candidats en
lice pour 577 circonscriptions ! Il n’empêche,
sans surprise, comme toujours sous la Ve République, les électeurs donnent à l’homme qu’ils
viennent d’élire à l’Élysée, un mois plus tôt, la
majorité qu’il réclamait. Et quelle majorité ! La
droite obtient 399 députés sur 577 dans la nouvelle Assemblée, dont 370 pour le seul parti du
président, et 29 pour les centristes de François
Bayrou. Du jamais vu.
L’Assemblée qui a surgi des urnes le 16 juin est,
bien sûr, légitime. Mais elle est aussi trompeuse.
Légitime, car les Français, c’est certain, ont voulu
que cela change. Ils ne veulent plus de la cohabitation. Et après cinq ans de gauche, ils donnent
sa chance à la droite. À elle de les séduire.
Trompeuse, car les taux d’abstention lors du
premier et du second tour ont atteint des seuils
inégalés sous la Ve République. Déjà, parce que
les deux champions des deux partis dominants
dans l’hémicycle, Jacques Chirac pour l’UMP et
Lionel Jospin pour le PS, n’ont intéressé ou sédownloadModeText.vue.download 65 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
63
duit à eux deux qu’un petit tiers des électeurs
inscrits. De quoi rendre prudente, ou tout au
moins modeste, la classe politique. Le fossé qui
existe entre elle et la population n’est pas prêt
d’être comblé.
Chirac superstar
Jacques Chirac, si longtemps bousculé, malmené et parfois méprisé jusque dans son propre
camp, démontre une fois de plus qu’en politique rien n’est acquis. Personne ou presque ne
lui accordait de crédit avant la présidentielle. Il
est élu pour cinq ans à l’Élysée, quitte à passer
pour un « miraculé ». Et, par le biais de l’Union
pour la majorité présidentielle (UMP), le grand
parti de droite qu’il a imposé à ses partenaires
(à l’exception d’un petit carré de centristes menés par Bayrou), le voilà, lui le néo-gaulliste, qui
dote le pays d’une grande formation de centre
droit comme l’Europe en connaît de Londres à
Berlin, de Madrid à Rome. Cinq ans après l’épisode catastrophique pour son camp de la dissolution ratée de 1997, c’est une résurrection.
Sans doute, au soir des résultats, la « chiraquie »
affiche-t-elle un triomphe modeste. C’est dans
l’air du temps. Nommé au lendemain de la présidentielle à Matignon, Jean-Pierre Raffarin ne
se veut-il pas le champion de la « France d’en
bas » ? Mais cette modestie affichée n’est là que
pour mieux savourer une victoire sans appel :
la droite chiraquienne détient désormais tous
les leviers de commande de l’État, à l’Élysée, au
Sénat et à l’Assemblée nationale. Elle a bénéficié
du net recul du Front national, du tassement du
PC et de l’extrême gauche et des contradictions
d’un PS qui était prêt à cohabiter demain après
avoir si longtemps pourfendu ce système.
La gauche orpheline
Les socialistes, encore (et pour longtemps) traumatisés par le coup de tonnerre du 21 avril,
orphelins de Lionel Jospin, sans boussole et
désarmés face à la bonhomie du nouveau chef
de gouvernement, Jean-Pierre Raffarin, qui ne
donne pas de prises, perdent bien sûr des ténors. La plus symbolique étant Martine Aubry,
maire de Lille, piégée par « ses » 35 heures,
mesure phare du précédent gouvernement,
mais ressenties (et souvent à juste titre) par les
salariés les plus défavorisés comme une perte
de pouvoir d’achat. Aubry est détrônée dans
le Nord par un jeune clerc de notaire inconnu,
Sébastien Huyghe (32 ans). Autres victimes de la
bataille électorale, Raymond Forni, le président
sortant de l’Assemblée nationale, Pierre Moscovici, ministre des Affaires européennes, battu de
justesse dans le Doubs, et une bonne partie de
la « génération Jospin », celle qui l’avait porté à
Matignon en 1997. Mais le PS qui, il y a encore
deux mois, se voyait au pouvoir et se distribuait
déjà les postes, sauve quand même les meubles.
Certes, tout un pan de l’électorat populaire
(et notamment ouvrier) lui tourne toujours le
dos, ne comprenant ni ses priorités ni son discours. Il n’empêche : les socialistes réalisent un
score (25,64 %) pratiquement identique à celui
de 1997 et décrochent avec le petit parti des
radicaux de gauche 147 élus. Le scénario catastrophe de 1993 (une cinquantaine d’entre eux
seulement reconduits) est évité. Mais tout est
à reconstruire. Un programme, d’abord, le leur,
celui que portait Lionel Jospin et qui a été rejeté
en bloc par les Français, il y a un mois et demi.
La gauche plurielle, ensuite. Un souvenir. Elle
a volé en éclats. Avec 21 députés, le Parti communiste conserve de justesse un groupe, mais
Robert Hue, son président, est battu. Les Verts,
avec trois élus, divisent par deux leur perfor-
mance de 1997, et Dominique Voynet, leur leader, est évincée. Quant à l’inclassable Jean-Pierre
Chevènement, il paie son aventure élyséenne : il
est balayé dans son fief historique de Belfort –
là encore son tombeur est un jeune inconnu. Et
tous ceux qui se réclamaient de lui et de son Pôle
républicain sont éconduits. Face à ce désastre
électoral, PC, Verts et même chevènementistes
ne veulent plus entendre parler, pour l’heure,
d’un grand parti de gauche, à l’image de ce qui
se passe à droite. L’argument est simple : plus
question de tomber sous la coupe d’un PS trop
hégémonique. Résultat : chacun joue perso. Et
tant pis si, avec cette attitude, tous se mitonnent
une longue cure d’opposition.
Le Pen rate son pari
En 1997, lors des législatives, le Front national
avait provoqué 76 triangulaires, offrant ainsi à la
gauche une quarantaine de députés et... la majorité absolue dans l’hémicycle. Cette fois, fort
de son succès du 21 avril et plus matamore que
jamais, Jean-Marie Le Pen, lui-même non candidat, assure que son parti sera en mesure de se
maintenir « dans probablement 350 circonscriptions ». Certes, il sait que ce scrutin majoritaire uninominal à deux tours, la multiplication
des candidats et le risque d’une forte abstention
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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ne lui sont pas favorables. Mais il veut toujours
tabler sur l’exaspération des Français à l’égard de
leur classe politique traditionnelle. Raté ! Avec
11,5 % des voix au soir du premier tour, le FN,
– dont les 577 candidats sont tous ou presque
de parfaits inconnus – est loin de confirmer le
score de son leader (17,19 %) au premier tour de
la présidentielle. Mieux : il est en recul par rapport aux législatives de 1997 de plus de quatre
points et ne peut se maintenir que dans 37 circonscriptions de gauche comme de droite. Et
Jacques Chirac étant intervenu deux fois dans la
campagne pour mettre en garde les candidats se
réclamant de lui contre toute tentative de « flirt »
avec l’extrême droite, la discipline républicaine
prévaut. Aucun lepéniste n’est élu. Pour le vieux
leader du Front national, la gifle est sévère. Seule
consolation pour lui : la mise en orbite de sa fille
Marine, trente-quatre ans. Elle fait un bon score
dans le Pas-de-Calais, et apparaît de plus en plus
comme une héritière crédible pour prendre la
succession de son père à la tête de la formation
d’extrême droite.
À l’opposé de l’échiquier politique, l’extrême
gauche ne fait pas meilleure figure. Eux aussi victimes du vote utile, crédités de 10,44 % des voix
lors du premier tour de la présidentielle, les amis
d’Arlette Laguiller (Lutte ouvrière) et d’Olivier
Besancenot (Ligue communiste révolutionnaire)
sont marginalisés. Ils ne recueillent que 2,76 %
des suffrages. Les électeurs qui se sont déplacés
ne se défoulent plus. Et ils les renvoient à leurs
études.
Les défis de Raffarin
C’était la carte secrète de Jacques Chirac au
lendemain de sa réélection, le 5 mai. Nommé
Premier ministre dans la foulée de la présidentielle alors que tout le monde attendait Nicolas
Sarkozy, reconduit dans ses fonctions le 17 juin,
l’inconnu Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la
Vienne et président de la Région Poitou-Charentes, fait pendant la campagne un sans-faute.
Un « simple directeur de cabinet de Jacques
Chirac », comme le qualifient ses détracteurs ?
Peut-être. Mais il ne faut pas se fier à son apparence de président de comices agricoles.
L’homme est habile, formé à l’école de Valéry
Giscard d’Estaing. Issu de la France profonde,
ce libéral à la rondeur pompidolienne et à l’affichage discret atteint son objectif : avec son gouvernement ouvert à la société civile, son sens de
la communication et des formules (jeune, il s’est
occupé du marketing des cafés Jacques Vabre),
il rassure la « France d’en bas ». À la veille du
premier tour des législatives, sa cote de popularité atteint 60 % d’opinions positives. Avec la
détermination de Jacques Chirac et la complicité
active d’Alain Juppé, il impose (à l’exception de
quelques irréductibles centristes fidèles à François Bayrou) le label unique d’Union pour la
majorité présidentielle à toutes les autres formations de droite. À l’automne, le RPR de Michèle
Alliot-Marie et Démocratie libérale d’Alain Madelin se sabordent pour se fondre dans le grand
parti chiraquien.
Problème : Raffarin aura-t-il les moyens (et les
épaules) pour répondre aux attentes des Français, exprimées le 21 avril ? Sans doute, dès sa
nomination à Matignon, des efforts significatifs
et visibles sont réalisés dans la lutte contre l’insécurité, l’une des premières préoccupations des
électeurs, grâce au zèle de son ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy. Les effectifs dans la police
et la justice sont renforcés. Sans doute aussi la
baisse de 5 % par an de l’impôt sur le revenu
pendant cinq ans est-elle effective dès 2002
ainsi que l’assouplissement des 35 heures. Mais,
à l’horizon, se profilent des dossiers sensibles :
les retraites, la diminution des effectifs dans la
fonction publique, les revalorisations salariales...
Autant de sujets qui mobilisent des syndicats en
embuscade.
Comment réformer le pays sans provoquer une
explosion sociale ? Comment tenir les promesses
du candidat Chirac alors que la conjoncture économique est plus maussade que prévue ? C’est
l’équation que doit résoudre le Premier ministre.
Elle comporte un double risque : réformer à la
hussarde comme l’avait fait Alain Juppé en son
temps, et c’est le spectre des grandes grèves de
1995 qui surgit ; prendre son temps, différer les
décisions, et c’est l’accusation d’immobilisme
qui le guette. Raffarin est en première ligne.
« Être Premier ministre vous fait mener une
vie de chien », confie-t-il. Mais il sait qu’il doit
la mener pour ne pas décevoir des électeurs de
plus en plus exigeants et qui n’en font qu’à leur
tête, rejetant sans préavis ce qu’ils ont porté au
pouvoir hier.
BERNARD MAZIÈRES
UN HÉMICYCLE CHIRAQUIEN
Jacques Chirac l’avait rêvé on 1997, il le
réalise en 2002 : obtenir pour son parti,
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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l’Union pour la majorité présidentielle
(UMP) qui pourrait s’appeler la « Maison
bleue », et dont il a confié les clés à Alain
Juppé, une majorité écrasante à l’Assemblée nationale. Sans doute, dans le passé,
sous la Ve République, y a-t-il eu une droite
ultra dominante dans l’hémicycle. Mais,
jamais, un seul et même parti n’a disposé
d’un tel nombre d’élus (370 sur 577) pour
une législature, sans avoir à partager
le pouvoir avec une autre formation de
droite.
En effet, si, en 1993, l’actuelle majorité
atteint son plus haut niveau en nombre
de sièges (472 sur 577), le RPR doit partager les bénéfices avec l’UDF : 257 députés néo-gaullistes et 215 centristes
et libéraux. Vingt-cinq ans auparavant,
lors des élections anticipées de 1968, les
électeurs apeurés par les événements de
mai, donnent au général de Gaulle une
chambre bleue : 387 élus de droite sur
un effectif total de 487 députés. Mais, là
encore, les gaullistes doivent partager.
Ils « ne sont » que... 293. Toujours avec le
général de Gaulle, quand celui-ci revient
au pouvoir en 1959, les députés gaullistes
sont 206. Mais il y a 117 indépendants et
paysans ainsi que 64 centristes dans une
Chambre qui comprend 576 députés. La
pire année pour la droite fut 1981, année
arrivée au pouvoir de François Mitterrand.
Elle est alors réduite à 88 députés RPR et
62 UDF sur un effectif total de 491.
LE NOUVEL HÉMICYCLE
– 71 femmes, soit neuf de plus qu’en 1997
(35 en 1993).
– 177 députés sont élus pour la première
fois. 400 ont déjà appartenu à l’Assemblée,
dont 331 à la précédente.
– 53 ans et dix mois, c’est l’âge moyen des
députés (54 ans et trois mois en 1997).
– Quatre groupes socioprofessionnels sont
représentés. Les fonctionnaires (189) sont
les plus nombreux. Ils sont suivis par les
professions libérales et indépendantes
(159), les retraités et sans profession (118)
et, enfin, les salariés du secteur privé (111).
18
Israël
Attentat meurtrier à Jérusalem
Un attentat suicide contre un autobus fait 20 morts,
dont le kamikaze, et 55 blessés à Jérusalem. L’attentat, le plus meurtrier commis à Jérusalem depuis six
ans, est revendiqué par le Hamas. L’Autorité palestinienne le condamne en soulignant qu’il servira
à Israël de « prétexte » à « une escalade dans son
agression » contre les Palestiniens. Ce nouvel attentat
suicide, qui intervient à quelques jours de la présentation d’un nouveau plan de paix américain pour la
région, conforte les partisans de la clôture de sécurité
qu’Israël a commencé d’ériger entre l’État hébreu et
la Cisjordanie. Le 20, une nouvelle attaque suicide à
la bombe fait 8 morts et une quarantaine de blessés
à Jérusalem. Ce nouvel attentat intervient alors que
les représailles israéliennes dans les Territoires y ont
déclenché une nouvelle vague de violence.
France
Juppé président de l’UMP
Le Conseil des fondateurs de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP) élit l’ancien Premier ministre
Alain Juppé (RPR) à la tête de la nouvelle formation
unique de la droite. M. Gaudin (DL) en devient le
président délégué, et le député-maire de Toulouse
Philippe Douste-Blazy (UDF), le secrétaire général.
L’UMP se dote également de structures provisoires
chargées de préparer les Assises nationales qui
doivent officiellement donner naissance au nouveau
parti dans la deuxième quinzaine du mois d’octobre.
19
France
Bové en prison
Le porte-parole de la Confédération paysanne José
Bové se présente aux portes de la prison de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), où il doit purger une
peine de trois mois de prison pour le démontage du
McDonald’s de Millau en 1999. Cette action de protestation contre la surtaxation à 100 % par les ÉtatsUnis de certains produits français en représailles au
maintien de l’embargo par l’Union européenne sur
le boeuf aux hormones américain a provoqué des
dégradations estimées à environ 110 000 euros. José
Bové doit purger le reliquat de sa peine, soit deux
mois et 10 jours. Le porte-parole de la Confédération
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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paysanne a, en effet, déjà passé 20 jours en détention provisoire. Il dépose une requête devant la Cour
européenne des droits de l’homme pour faire reconnaître l’« état de nécessité » lors des faits, « qui est un
peu l’équivalent de la légitime défense ». Après trois
jours d’incarcération, il entame un jeûne qu’il compte
mener jusqu’au 14 juillet.
21
Espagne
Sommet de l’UE
Les dirigeants des Quinze sont réunis au sommet
européen de Séville. Ils doivent entériner un plan
espagnol sur la gestion commune des frontières extérieures de l’UE et discuter de la « coopération avec
les pays tiers pour combattre l’immigration illégale »,
et de l’opportunité de prévoir des sanctions à rencontre des États jugés insuffisamment coopératifs.
À l’issue du sommet, les Quinze adoptent un plan
d’action pour lutter contre l’immigration clandestine,
qui comprend une série de mesures sur la gestion
des flux migratoires, le contrôle des frontières extérieures de l’Union, l’harmonisation du droit d’asile et
la coopération avec les pays d’origine. L’idée de sanc-
tions automatiques pour les pays en développement
qui ne coopéreraient pas pour lutter contre l’immigration clandestine est abandonnée. Les Européens
devaient préférer à cette politique de sanctions une
approche incitative consistant à encourager les pays
qui luttent contre les flux l’immigration illégale vers
l’Europe. Les Quinze confirment leur engagement
de conclure d’ici à la fin de l’année les négociations
avec la Hongrie, la Pologne, la République tchèque,
la Slovaquie, les trois pays Baltes, Chypre, Malte et la
Slovénie. Ils promettent de régler d’ici au mois de novembre leur différend sur l’extension de la politique
agricole commune (PAC) et des fonds structurels aux
nouveaux États membres. Par ailleurs, l’Irlande annonce son intention d’organiser un second référendum à l’automne 2002 sur la ratification du traité de
Nice, après un premier rejet du traité par les électeurs.
24
États-Unis
Bush réclame le départ d’Arafat
Le président américain George W. Bush met gravement en cause le président de l’Autorité palestinienne, conditionnant la création d’un État palestinien au départ de Yasser Arafat. Il appelle les
Palestiniens à se doter de dirigeants « nouveaux et
différents », « non compromis avec le terrorisme »,
et à adopter des réformes démocratiques. Il souhaite l’organisation d’élections d’ici à la fin de l’année
pour élire un Parlement doté de vrais pouvoirs, et la
rédaction d’une Constitution. Yasser Arafat répond
que « c’est aux Palestiniens seuls qu’il incombe de
choisir leurs dirigeants ». Selon le New York Times et
le Washington Post, George W. Bush a décidé d’appeler à écarter Yasser Arafat du processus de création
d’un État palestinien après avoir obtenu des informations de ses services de renseignements prouvant
que le leader palestinien a autorisé le versement de
20 000 dollars aux Brigades des martyrs d’Al-Aqsa,
responsables des derniers attentats à Jérusalem.
25
France
Debré au perchoir
L’ancien ministre de l’Intérieur Jean-Louis Debré est
élu président de l’Assemblée nationale, lors de la
première séance publique de la 12e législature. Il recueille 342 voix sur 507 suffrages exprimés au second
tour de scrutin. Au premier tour, il avait devancé, avec
217 voix, son rival de la majorité Édouard Balladur, qui
avait récolté 163 voix. Ses adversaires du second tour,
la socialiste Paulette Guinchard-Kunstler et la communiste Muguette Jacquaint, ont obtenu respecti-
vement 142 voix et 21 voix. Le nouveau locataire du
luxueux hôtel de Lassay, chantre de la « proximité », a
promis d’« exercer une présidence impartiale », « attentive », « accessible et disponible », en souhaitant
que l’hémicycle soit « la caisse de résonance » de la
société française dans les cinq prochaines années.
Canada
Sommet du G8
Les chefs d’État des pays membres sont réunis au
sommet du G8 qui s’ouvre à Kananaskis, au Canada.
Ils doivent aborder les questions concernant principalement l’économie mondiale et le développement, la lutte contre le terrorisme et la mise en place
d’un nouveau partenariat avec le continent africain.
À l’issue du sommet, les Huit concluent deux accords
pour lutter plus efficacement contre le terrorisme :
l’un sur la sécurisation des excédents russes de plutonium militaire, l’autre sur la sécurité des transports.
L’accord sur la sécurisation vise à éviter qu’un matédownloadModeText.vue.download 69 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
67
riau sensible ne tombe entre les mains des terroristes
pour la fabrication d’une bombe nucléaire.
Finances
Le scandale WorldCom affecte les
Bourses
La Commission américaine des opérations de
Bourse (SEC) engage des poursuites pour fraudes à
l’encontre de WorldCom devant un tribunal fédéral
de New York. Cette action en justice intervient après
l’annonce de la fraude comptable spectaculaire
du deuxième fournisseur de télécommunications
longue distance aux États-Unis. WorldCom est accusé d’avoir dissimulé frauduleusement 3,8 milliards
de dollars de pertes. WorldCom s’ajoute à la liste des
sociétés frappées par les scandales comptables qui
ont ébranlé la confiance des petits porteurs dans la
Bourse et provoqué une kyrielle de plaintes par les
actionnaires. Un audit interne a fait apparaître que
« certains transferts » transformant des coûts ordinaires en dépenses d’investissements « n’ont pas été
effectués en vertu des principes comptables généralement acceptés ». Selon l’enquête menée sur ces
irrégularités, les transferts en question s’élevaient à
3 055 millions de dollars en 2001 et à 797 millions de
dollars au premier trimestre de 2002. Comme pour
Enron, le cabinet d’audit Arthur Andersen, qui a été
chargé de l’audit des comptes financiers de World-
Com pour l’exercice 2001 et le premier trimestre
2002, est de nouveau compromis. Les déboires
d’entreprises vedettes des télécoms, comme WorldCom, et des médias, comme Vivendi, accroissent la
défiance des investisseurs à l’égard de ces secteurs.
Les marchés financiers internationaux sont affectés,
atteignant des chutes équivalentes à celles enregistrées après les attentats du 11 septembre.
27
France
Audit sur les finances publiques
L’audit des finances publiques de la France, commandé par le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin après
cinq années de gouvernement de gauche, révèle un
déficit qui atteindrait, en 2002, entre 2,3 % et 2,6 %
du PIB, soit une hausse de près d’un point par rapport aux prévisions du gouvernement Jospin. Les
deux magistrats de la Cour des comptes chargés de
l’audit, Jacques Bonnet et Philippe Nasse, estiment
l’ensemble des déficits publics (État, Sécurité sociale
et collectivités locales) entre 34,1 et 38,5 milliards
d’euros à la fin de l’année. Le choix d’une fourchette
s’explique par les incertitudes qui pèsent sur le produit de l’impôt sur les sociétés. Cette dégradation des
comptes est attribuée pour les deux tiers à un dérapage des dépenses et pour un tiers à de moindres
recettes. Elle va contraindre l’État à restreindre ses dépenses. Néanmoins, le gouvernement maintient son
engagement de baisser de 5 % l’impôt sur le revenu
dès cette année.
28
Théâtre/cinéma
Décès de François Perier
Le comédien de théâtre et acteur de cinéma François Perier décède à l’âge de quatre-vingt-deux ans.
Il avait interprété une centaine de rôles au cinéma,
dont le Samouraï de Jean-Pierre Melville ou Police
Python 357 d’Alain Corneau, et quelque 80 pièces de
théâtre, comme les Mains sales de Jean-Paul Sartre ou
Bobosse de Marcel Achard. De son vrai nom François
Pillu, François Perier était né le 10 novembre 1919 à
Paris. Sorti en 1937 du Conservatoire national d’art
dramatique après être d’abord passé par le cours Simon, il s’est illustré sur les planches, notamment dans
Tartuffe de Molière en 1959 et en 1984, ou le Diable et
le bon Dieu (1968-1970) de Jean-Paul Sartre et Equus
de Peter Shaffer en 1976. Sa carrière théâtrale a été
marquée par son amitié avec Sartre, dont il disait
qu’il avait été « un modèle et un maître ». Commandeur des Arts et des Lettres, il avait reçu le grand prix
national du théâtre en 1977 et un Molière d’honneur
en 1988 ainsi que le British Film Academy Award en
1956. François Perier laisse deux biographies : Profession menteur (1989) et Mes jours heureux (1994).
29
Corées
Affrontement maritime entre Coréens
Une bataille navale oppose des bâtiments nord- et
sud-coréens en mer Jaune à l’ouest de la péninsule,
les premiers étant entrés dans les eaux territoriales
de la Corée du Sud : cinq marins sud-coréens sont
morts, 20 autres sont blessés. Un patrouilleur sudcoréen a sombré lors de l’affrontement, tandis qu’un
navire nord-coréen en feu a été remorqué en dehors
des eaux territoriales sud-coréennes. Il s’agit du plus
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sérieux incident entre les deux Corées depuis trois
ans. Les deux pays se sont rejeté mutuellement la
responsabilité de ce grave accroc à l’armistice alors
qu’une amorce de rapprochement est tentée depuis
deux ans. Cet incident est un camouflet au président
sud-coréen Kim Dae-jung, dont les tentatives de réconciliation avec le Nord communiste, n’ont, jusqu’à
présent, donné que des résultats symboliques. Il survient après plusieurs incursions nord-coréennes ces
derniers mois.
30
Football
Le Brésil, champion du monde
Le Brésil remporte la Coupe du monde de football
par 2 à 0 grâce à une erreur du gardien allemand Oliver Kahn et à deux buts de Ronaldo à la 67e et à la
79e minute. Grâce à ce succès obtenu au Japon, le
Brésil porte ainsi à cinq son total de titres mondiaux,
devant l’Allemagne et l’Italie, trois fois championnes.
La Seleçao a d’ailleurs réalisé un parcours de rêve
dans ce XVIIe Mondial : sept victoires en autant de
matchs, la meilleure attaque (18 buts) et le meilleur
buteur, Ronaldo (8 buts). En match de classement
pour la troisième place, la Turquie bat la Corée du
Sud 3-1.
États-Unis
Non à la CPI
Le gouvernement américain revient sur son adhé-
sion au projet de Cour pénale internationale (CPI).
Les États-Unis ont été l’un des sept États – avec, notamment, la Russie, la Chine et Israël – à voter contre
le statut de la Cour pénale internationale à Rome en
juillet 1998. Ils ne soutiennent la création de juridictions pénales supranationales que si elles naissent
d’une résolution du Conseil de sécurité. N’ayant
pas obtenu à Rome que le Conseil de sécurité ait le
contrôle effectif de la Cour, les États-Unis cherchent
depuis à garantir une immunité totale pour leurs
ressortissants face à la nouvelle juridiction internationale. L’épreuve de force met Washington en opposition directe avec ses alliés de l’Union européenne,
qui figurent tous parmi les 74 pays ayant ratifié le
traité de Rome (1998), acte fondateur de la CPI.
Ce sont les pays européens, et au premier chef la
Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France, qui ont
pesé d’un poids déterminant pour la création de
la CPI. Ce sont eux également qui devraient contribuer pour la plus grande part à son budget. Créée
le 11 avril dernier, la CPI, qui siège à La Haye, au
Pays-Bas, entre en vigueur officiellement le 1er juillet.
Désormais, tout auteur de génocide, de crimes de
guerre ou de crimes contre l’humanité, qu’il soit chef
d’État, simple soldat ou particulier, peut tomber sous
la juridiction de la Cour, si la justice nationale dont il
relève s’avère impuissante à le juger.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
69
Juillet
1
Allemagne
Collision aérienne
Un avion de ligne russe Tupolev 154 des Bashkirian Airlines et un avion-cargo Boeing 757 de
la société DHL se percutent au-dessus du lac de
Constance, à quelque 220 km au sud de Francfort.
Les deux appareils volaient à une altitude d’environ 12 000 m lorsqu’ils ont été pris en charge par le
centre de contrôle aérien de Skyguide à Zurich. Il se
sont heurtés alors qu’ils effectuaient une manoeuvre
de descente identique : le pilote de l’appareil russe
avait tardé à suivre les instructions des contrôleurs au
sol. L’accident a fait 71 victimes, dont 52 enfants. Les
débris des deux appareils ont été éparpillés sur une
région de 25 à 30 km autour du lieu de l’accident. Selon les enquêteurs allemands, celui-ci serait dû à une
erreur des aiguilleurs de Skyguide : les instructions
données au Tupolev par le contrôleur aérien suisse
étaient en contradiction avec les instruments d’alerte
de l’appareil russe, qui indiquaient de prendre de
l’altitude.
France
Messier quitte Vivendi
Le P-DG de Vivendi Universal (VU) Jean-Marie Messier
donne sa démission après que la presse a fait état de
manipulations comptables douteuses. Son successeur est Jean-René Fourtou, jusqu’alors vice-président du groupe pharmaceutique franco-allemand
Aventis. « Je pars pour que le groupe reste », déclare
Jean-Marie Messier, qui défend toujours sa stratégie
d’acquisitions et de recentrage de VU sur les communications. La dette du deuxième groupe mondial de
communication est d’au moins 30 milliards d’euros :
17 milliards pour les médias et la communication, et
14 milliards pour Vivendi Environnement. Avant le
départ de son P-DG, l’action du groupe affichait son
plus bas niveau historique à 13,90 euros à Paris, cumulant une perte de 35 % en cinq journées de Bourse.
Le titre a perdu les deux tiers de sa valeur en un an.
Jean-Marie Messier entendrait négocier en échange
de son départ une enveloppe de 18 millions de dollars, soit trois fois son salaire de 2001 augmenté des
primes. Il avait indiqué il y a quelques mois qu’un
patron limogé par son entreprise ne devait pas toucher d’indemnités. Sa démission fait immédiatement
remonter le cours de l’action Vivendi à la Bourse de
Paris à 16 euros. Le 19, le cabinet juridique américain
Wolf Haldenstein Adler Freeman & Herz LLP annonce
que des actionnaires américains de VU ont engagé
une action en justice contre le groupe et son ex-P-DG
Jean-Marie Messier. Le 29, une association d’actionnaires de VU dépose une plainte contre X à Paris avec
constitution de partie civile pour « faux et usage de
faux » et « répartition de dividendes fictifs ». Les plaignants estiment avoir été abusés par des commentaires boursiers qui ont artificiellement augmenté le
cours des actions VU. Par ailleurs, la Commission des
opérations de Bourse (COB) ouvre une enquête sur
la qualité de l’information financière de VU depuis
janvier 2001.
Vivendi : une saga de l’année
L’année 2002 a été marquée par plusieurs
grandes déroutes d’entreprises : crise des
secteurs de la communication (WorldCom.,
Alcatel, France Télécom, notamment) ou
stratégies contredites par l’évolution de
l’économie, voire par des conduites frauduleuses de la direction (Enron).
Depuis les années 90, les grands groupes
avaient privilégié, pour financer leur développement, le recours aux marchés boursiers
plutôt que les emprunts traditionnels auprès des
banques. Or, en deux ans, les Bourses du monde
entier ont vu leurs cours s’effondrer d’au moins
30 %. C’est dans ce contexte que doivent se comprendre les déboires du groupe Vivendi Universal et de son très médiatique patron, Jean-Marie
Messier.
Rarement, en France tout au moins, les difficultés d’une grande entreprise ont été autant
suivies par la presse. Cela s’explique à la fois
par l’intense exposition aux médias qu’a longtemps recherchée Jean-Marie Messier et par les
activités très grand public du groupe (cinéma,
musique, télévision), dont la nature franco-américaine ne pouvait, par ailleurs, que réveiller de
vieilles méfiances des deux côtés de l’Atlantique.
Depuis le milieu des années 90, Jean-Marie Messier était devenu la star incontestée du milieu
patronal français. Jeune quadragénaire, brillamment diplômé de l’École polytechnique et
de l’ENA, ancien du cabinet Balladur où il avait
piloté en 1986-1987 les privatisations, puis passé
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
70
par la banque internationale Lazard Frères, J2M
avait imposé à Paris comme à New York son
image de battant moderne et transfrontières.
Après avoir succédé au mythique Guy Dejouany
à la tête de la Générale des eaux, no 1 mondial
du traitement des eaux, il entend très vite transformer cette grande entreprise traditionnelle en
un groupe international axé sur la communication : en quelques années, le groupe rebaptisé
Vivendi fera cohabiter les activités liées à l’environnement avec celles du téléphone (CégetelSFR), de la télévision (Canal +), de l’édition et de
la culture grand public (absorption d’Universal
musique et cinéma, en 2000).
L’ensemble est alors considéré comme le deuxième groupe de communication au monde
(après l’américain AOL-Warner). Fort d’un tel succès, J2M ne cesse d’occuper la une des médias,
alors que chaque semaine ou presque on annonce une nouvelle acquisition par son groupe.
Chronique d’une chute annoncée
Les choses commencent à se gâter en 2001
quand les cours de Bourse se dégradent durablement. Dans le même temps, on s’aperçoit que
Canal +, qui pendant près de quinze ans a gagné beaucoup d’argent, commence à en perdre
(achats non rentables à l’étranger, changement
du paysage audiovisuel avec la multiplication
des chaînes thématiques, explosion des droits
de retransmission des matchs de football). Par
ailleurs, l’arrivée de Barry Diller, un « tycoon » de
l’industrie cinématographique américaine, à la
tête du pôle cinéma d’Universal, pousse certains
à se poser des questions sur le contrôle réel que
J2M exerce sur Universal, la perle du groupe.
La crise éclate au grand jour le 17 décembre
2001, quand Jean-Marie Messier déclare à New
York que « l’exception culturelle franco-française est morte ». Lui qui avait jusque-là très
bien su se concilier les bonnes grâces du personnel politique hexagonal, de droite comme
de gauche, va se l’aliéner d’un coup, au moment
même où s’ouvre la campagne de l’élection présidentielle. Chacun s’inquiète de l’allégeance de
J2M aux Américains, d’autant que Canal + est
une des sources importantes de financement
du cinéma français. La valeur du titre Vivendi
ne cesse de chuter et on commence à se poser
des questions sur la situation financière réelle
du groupe. Le scandale Enron a sensibilisé l’opinion sur ce qu’on appelait jusqu’alors la comptabilité « créative », c’est-à-dire trop souvent une
comptabilité masquant habilement les pertes.
C’est alors que se déclenche, en mars 2002, la
crise à Canal +. Les pertes de la chaîne cryptée
apparaissent dans toute leur ampleur, ce qui
pousse le dirigeant de Vivendi Universal à se séparer brutalement de son patron charismatique,
Pierre Lescure. Le Monde multiplie les unes
alarmantes sur la situation financière du groupe.
On apprend bientôt que les principaux chefs
d’entreprise français s’inquiètent de la situation de Vivendi, estimant que celle-ci risque de
nuire à la crédibilité de la place de Paris. Claude
Bébéar, patron d’Axa et figure tutélaire du grand
patronat français, prend discrètement la tête
d’un mouvement anti-Messier. Le conseil d’administration de VU, qui avait jusque-là suivi son
président, commence à douter. Bernard Arnault,
le patron de LVMH, démissionne de son poste
d’administrateur. Jean-Marie Messier est poussé
à la démission le 1er juillet. Il est remplacé à son
poste par Jean-René Fourtou, ancien président
de Rhône-Poulenc et du groupe pharmaceutique franco-allemand Aventis.
Les leçons d’une crise
L’action de Vivendi a alors perdu 90 % de sa
valeur et l’endettement du groupe est estimé
à 20 milliards d’euros. Trois leçons peuvent
cependant être tirées de l’affaire Vivendi :
– le recours massif aux marchés financiers incite
les groupes à l’élargissement continu (ce qui
pousse à la hausse du cours du titre et permet plus
facilement des rachats par échanges d’actions),
au risque d’oublier les réflexes de prudence, surtout quand la tendance boursière est à la baisse ;
– le système des stock-options peut pousser les
dirigeants à une gestion à court terme, susceptible de dégager des profits rapides, mais souvent
au détriment du développement de l’entreprise ;
– les conseils d’administration n’ont pas un
mode de fonctionnement ni des moyens suffisants pour leur permettre de contrôler de suffisamment près les agissements de la présidence.
XAVIER LAROCHE
LE LIVRE EST À VENDRE
Des le mois de septembre 2002, JeanRené Fourtou annonce la vente du pôle
édition de Vivendi pour contribuer au
renflouement du groupe. Ce pôle estimé
à 3 milliards d’euros, comprend un volet
américain (avec le grand éditeur scolaire
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
71
Houghton Mifflin) et un volet français
(avec un pôle scolaire et universitaire :
Nathan, Bordas, Armand Colin, etc., un
pôle de dictionnaires : Larousse et Robert,
et un pôle de littérature générale : Laffont,
Plon, Perrin, la Découverte, Press Pocket,
etc.). La classe politique s’émeut à l’idée
que des pans essentiels du savoir français,
que l’éditeur du général de Gaulle (Plon)
soient ainsi menacés. Trois fonds d’investissements américains, associés à des établissements et à des éditeurs français (Le
Seuil, La Martinière, Dargaud et le groupe
Lefebvre), sont sur les rangs, face au
groupe Lagardère. Le 23 octobre, la solution Hachette finit par s’imposer.
2
Sport
Premier tour du monde en ballon en
solitaire
Après cinq tentatives infructueuses, le milliardaire
américain Steve Fossett, âgé de cinquante-huit ans,
boucle son tour du monde en ballon en solitaire,
à bord du « Spirit of Freedom », en franchissant la
longitude 117, ligne d’où il était parti le 18 juin, de
Northam, dans l’ouest de l’Australie. L’aérostier amé-
ricain a parcouru 31 266 km depuis son départ. C’est
le premier homme à réaliser cet exploit en solitaire.
En mars 1999, le pilote suisse Bertrand Piccard et son
copilote britannique Brian Jones avaient accompli ce
périple en duo au-dessus de l’hémisphère Nord.
3
France
Le grand oral de Raffarin
Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin fait devant
l’Assemblée nationale une déclaration de politique
générale empreinte de prudence et de précautions.
Le Premier ministre est resté flou sur le sujet explosif de la réforme des retraites, programmée pour le
premier semestre 2003, en évoquant des « revenus
d’épargne » pour éviter de prononcer l’expression
taboue de fonds de pension. Il fait référence à un
« service garanti » en cas de grève dans le secteur public au lieu d’un service minimal. Il annonce que tous
les fonctionnaires partant à la retraite ne seront « pas
systématiquement remplacés », mais ajoute que les
effectifs seront accrus dans certains secteurs. Il promet une « ouverture progressive » du capital d’EDF
et de GDF, tout en précisant que ces deux entreprises
resteront dans le secteur public. Il ne s’engage pas
précisément sur la baisse d’un tiers de l’impôt sur le
revenu promise par Jacques Chirac. La prudence du
Premier ministre s’explique par la conscience d’avoir
une « obligation de résultat », selon la formule utilisée
au soir du second tour des législatives.
Madagascar
La France reconnaît le nouveau
président
La France reconnaît officiellement Marc Ravalomanana comme président de la République de Madagascar par la voix du ministre des Affaires étrangères
Dominique de Villepin, qui indique « la volonté de la
France de prendre toute sa part pour aider Madagascar à sortir de la crise ». Au cours des derniers jours,
plusieurs pays, dont les États-Unis, l’Allemagne et la
Grande-Bretagne, ont reconnu le gouvernement
de Marc Ravalomanana. L’élection présidentielle de
décembre dernier avait plongé Madagascar dans
une crise politique après l’annonce des résultats du
premier tour de la présidentielle du 16 décembre.
Le chef de l’opposition Marc Ravalomanana avait
contesté les chiffres officiels, qui auraient entraîné un
second tour, arguant qu’il avait remporté le scrutin
dès le premier tour. Cette élection contestée avaient
occasionné une division du pays entre les deux leaders malgaches, le président sortant Didier Ratsiraka
et le président proclamé Marc Ravalomanana, sou-
tenu chacun par une partie de l’armée. Ce dernier a
prêté serment au mois d’avril après un recomptage
des voix rejeté par D. Ratsiraka.
4
France
Non-lieu général dans l’affaire du sang
contaminé
La cour d’appel de Paris rend un non-lieu général dans le troisième volet du sang contaminé, qui
porte sur le scandale des produits sanguins infectés par le virus du sida, laissés trop longtemps en
circulation dans le courant de l’année 1985. Plus de
4 000 transfusés et hémophiles ont été infectés par
le VIH avant le retrait des produits. Le premier volet,
ouvert en 1994, concernait le docteur Michel Garetta,
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
72
à l’époque directeur du Centre national de la transfusion sanguine (CNTS). Le deuxième volet mettait en
cause trois ministres : Laurent Fabius, Georgina Dufoix et Edmond Hervé. Deux directeurs de cabinets
ministériels, des conseillers, des responsables de la
santé publique et des médecins, dont de nouveau le
docteur Garetta, étaient poursuivis dans le troisième
volet dit « non ministériel » de l’affaire. En rendant un
non-lieu général, la décision de la cour d’appel de
Paris élimine les deux autres formes principales d’action visant les protagonistes : un renvoi devant une
cour d’assises ou un renvoi devant un tribunal correctionnel, position soutenue par le parquet général.
Les avocats de la défense avaient plaidé « le non-lieu,
à la fois sur la base d’éléments factuels du dossier et au
regard de la loi sur les délits non intentionnels ». La nouvelle loi sur les délits non intentionnels, promulguée
le 10 juillet 2000, rend plus difficiles les poursuites en
cas de faute involontaire, s’il y a un lien indirect entre
la faute commise et le dommage subi.
6
Afghanistan
Assassinat du vice-président
Le vice-président et ministre des Travaux publics
Haji Abdul Qadir, d’origine pachtoune, est assassiné
à Kaboul par des tireurs qui ont pris la fuite. Il avait
joué un rôle de premier plan dans la chute du régime
taliban à la fin de l’année 2001. Après le ministre de
l’Aviation civile et du Tourisme Abdul Rahman, tué
le 14 février à l’aéroport de Kaboul par une foule de
pèlerins musulmans rendus furieux par l’annulation
de leur départ pour La Mecque, Haji Abdul Qadir
est le second ministre assassiné depuis la chute des
talibans.
Espagne
XIVe conférence sur le sida à Barcelone
La XIVe conférence internationale sur le sida s’ouvre
à Barcelone. Les débats portent sur l’état d’avancement de la recherche scientifique en matière de
médicaments, notamment en ce qui concerne les
vaccins, les nouveaux traitements et la simplification
des thérapies antirétrovirales. L’épidémie progresse
rapidement dans le monde en l’absence quasi totale
de traitement dans les pays pauvres, qui comptent
plus de 90 % des cas de sida. Cette maladie tue une
personne toutes les 11 secondes. Et une nouvelle
contamination intervient toutes les 6 secondes. À
Barcelone, un nouveau traitement pour lutter contre
le sida est présenté : une étude menée par le Pr Scott
Hammer, chercheur au Columbia University College
of Physicians and Surgeons de New York (États-Unis),
démontre que, en utilisant une multithérapie à base
de deux inhibiteurs de la protéase, on améliore considérablement l’état des malades. La production des
inhibiteurs de la protéase étant « meilleur marché »
que les médicaments existants, ce traitement pourrait être une des solutions pour soigner les sidéens
des pays pauvres.
Tennis
Hewitt et Serena Williams vainqueurs à
Wimbledon
Après son succès sur la terre battue parisienne de Roland-Garros un mois auparavant, l’Américaine Serena
Williams (no 2 mondiale), âgée de vingt ans, remporte
son premier titre à Wimbledon en dominant en finale
7-6 (4), 6-3 sa soeur Venus (no 1), son aînée de deux
ans, qui a remporté les deux dernières éditions.
Il s’agit du troisième match entre les deux soeurs en
finale d’un tournoi du Grand Chelem en dix mois.
Chez les hommes, Lleyton Hewitt justifie son rang de
numéro 1 mondial en battant facilement l’Argentin
David Nalbandian en finale 6-1, 6-3, 6-2. Il rejoint ainsi
la légende des Australiens vainqueurs à Wimbledon,
le dernier étant Pat Cash en 1987.
8
France
Pourvoi en cassation contre le non-lieu
du sang contaminé
Le procureur général de Paris Jean-Louis Nadal forme
un pourvoi en cassation contre l’arrêt de la chambre
d’instruction de la cour d’appel qui a accordé un
non-lieu général dans le volet non ministériel de
l’affaire du sang contaminé. Les médecins ou conseillers ministériels, qui ont bénéficié du non-lieu général de la chambre d’instruction, étaient poursuivis
pour avoir prescrit ou distribué en 1985 des produits
sanguins contaminés par le virus du sida. « L’analyse
juridique de l’arrêt [...] a révélé l’existence de moyens de
cassation fondés sur l’insuffisance ou la contradiction
de motifs ou le défaut de réponse aux demandes des
parties. » Jean-Louis Nadal répond ainsi au ministre
de la Justice Dominique Perben, qui s’était ému de
la douleur des familles représentées par l’Association
française des transfusés (AFT). Ce pourvoi du parquet
général ouvre la possibilité d’un nouveau procès si
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
73
la chambre criminelle de la Cour de cassation casse
l’arrêt de la chambre d’instruction de la cour d’appel
de Paris. Toutefois, la Cour peut estimer que l’analyse
de la chambre d’instruction est pertinente et qu’un
autre procès n’a pas lieu d’être.
9
États-Unis
Bush : plus d’éthique dans le capitalisme
George W. Bush s’engage à Wall Street à « mettre fin
à l’ère du trucage des comptes, de la dissimulation de la
vérité et de la violation de la loi » et propose de durcir
les sanctions contre les dirigeants d’entreprise indélicats. En outre, il recommande des peines de prison
plus longues pour les dirigeants d’entreprise coupables d’irrégularités et annonce la création d’une
commission spéciale de lutte contre la fraude des
responsables de société. La prise de position du président américain est dictée par la multiplication récente des scandales (Enron, Arthur Andersen, WorldCom, Xerox, Merck), qui menace de « miner la reprise
économique » : « J’appelle à une nouvelle éthique de la
responsabilité individuelle dans le milieu des affaires ;
une éthique qui augmentera la confiance des investisseurs, rendra les employés fiers de leur entreprise et permettra de regagner la confiance du peuple américain »,
a-t-il ajouté.
10
Anthropologie
Découverte du plus vieil ancêtre de
l’homme
La revue Nature annonce la découverte par une mission franco-tchadienne le 19 juillet 2001 des restes
d’un hominidé, vieux de six à sept millions d’années.
Ces restes, comprenant un crâne et des fragments
de mâchoire inférieure, sont bien conservés. Ils ont
été mis au jour dans le nord désertique du Tchad,
à Toros-Menalla, à 800 km au nord de la capitale,
par une équipe travaillant sous la responsabilité de
Michel Brunet, professeur de l’université de Poitiers
et directeur de la Mission paléoanthropologique
franco-tchadienne (MPFT). Cet hominidé dénommé
Sahelanthropus tchadensis (homme du Sahel tchadien), le plus ancien représentant connu de la lignée
humaine et proche des derniers ancêtres communs
chimpanzé-homme, a reçu le surnom de « Toumaï »
(« Espoir de vie » en langue goran), que les habitants
du désert du Djourab entourant le site de la découverte donnent aux enfants nés avant la saison sèche.
Un nouvel ancêtre tchadien
Il a été découvert ou Tchad en juillet 2001,
mais la publication de cet événement, dans
la revue Nature, pouvait bien attendre une
année supplémentaire : Sahelanthropus tchadensis serait en effet vieux de quelque sept
millions d’années...
Cet âge vénérable en ferait aujourd’hui le plus
ancien fossile préhumain mis au jour. Qui
plus est, sa découverte vient confirmer la remise
en cause, déjà amorcée, de la théorie selon laquelle le berceau de l’humanité se situerait en
Afrique de l’Est. Avec lui, Homo sapiens hérite
d’un nouveau prétendant au titre d’ancêtre
originel.
Longtemps théâtre de guerre, le Tchad sera-t-il
bientôt connu comme le berceau d’un « espoir
de vie » ? Toumaï – « Espoir de vie » dans la langue
goran parlée dans la région – est le surnom donné aux fragments fossiles de ce nouveau « plus
ancien ancêtre de l’homme » qui ont été découverts dans le désert du Djourab, au nord du pays.
Plus précisément sur le site de Toros-Menalla,
exploité par la mission paléoanthropologique
franco-tchadienne dirigée par Michel Brunet,
membre du CNRS et chercheur à l’université de
Poitiers. Désireux de rompre avec l’environnement du site voisin de Koro-Toro qu’il occupait
précédemment et où règne une intense activité de fouille, Michel Brunet a fait le choix du
secteur de Toros-Menalla. Il décrit le décor dans
lequel il a travaillé comme une « zone d’une
platitude désolante, rompue seulement par
des dunes de sable qui voguent au gré des
vents ». L’emplacement d’un site n’est jamais le
fruit du hasard, encore moins celui d’un caprice.
Il se détermine à l’aide de photos prises par
satellite, du témoignage des voyageurs et des
autres chercheurs de terrain.
Taung, Lucy, Abel, Toumaï
Michel Brunet connaît la région. En 1995 déjà,
sur le site de Koro-Toro, son équipe a mis au
jour un fragment de mâchoire d’Australopithecus bahrelghazali, surnommé Abel, le premier
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hominidé découvert en Afrique de l’Ouest, vieux
de 3 à 3,5 millions d’années. En 1924, la découverte en Afrique du Sud du crâne de Taung par
Raymond Dart avait permis d’asseoir la thèse
de l’origine africaine de l’humanité. Mais le
ramapithèque asiatique – qui s’avérera un vulgaire primate – passait encore, dans les années
1960, pour un plausible ancêtre de l’homme.
En 1982, huit ans après la découverte de l’Australopithecus afarensis Lucy dans le Hadar, en
Éthiopie, Yves Coppens formulait l’hypothèse
d’une « East Side Story » africaine fondée sur
la découverte d’autres restes d’hominidés dans
l’est du continent : l’élévation du rift, il y a 6 à
8 millions d’années, aurait coupé du reste du
continent cette région où l’environnement de
savane aurait forcé les hominidés à se redresser pour échapper aux prédateurs, d’où leur
station bipède. Mis au jour à quelque 2 500 km
de ce berceau présumé de l’humanité, l’australopithèque Abel était déjà venu perturber cette
théorie. Toumaï lui porte un coup fatal.
Le site de Toros-Menalla s’est révélé riche en
vertébrés fossiles. En plus du crâne enchâssé
dans une gangue de grès de Sahelanthropus
tchadensis, on y a trouvé de nombreux restes
d’animaux contemporains de celui-ci. Ce sont
ces restes qui ont permis de dater le crâne de
Toumaï. Le sol de la région, très érodé par le
vent, ne permet pas d’utiliser les méthodes de
datation géologiques classiques. C’est en comparant le degré d’évolution des restes animaux
trouvés sur place à celui d’autres fossiles animaux récoltés par ailleurs et appartenant à des
niveaux géologiques datés par radiochronologie
que l’on a pu préciser l’âge de Sahelanthropus
tchadensis. « Le chronomètre, c’est l’évolution », résume Patrick Vignaud, chargé au sein
de l’équipe de l’étude de la faune associée aux
restes de l’hominidé retrouvé. Le verdict a surpris les chercheurs : Toumaï afficherait près de
sept millions d’années au compteur ! Autre révélation, l’étude des restes animaux environnants
a permis d’identifier des espèces liées à la forêtgalerie et à la prairie de graminées autant qu’à
la savane arborée : l’habitat de savane ne serait
donc pas un facteur déterminant de l’apparition
des hominidés, comme la découverte d’Orrorin
tugenensis, vieux de six millions d’années, dans
un environnement arboré au Kenya, en 2001,
le laissait déjà présager. Mais le travail d’identification des fragments de Toumaï ne s’est pas
arrêté là. Pour tenter de lui trouver une famille,
il a fallu comparer Sahelanthropus tchadensis aux restes des autres hominidés découverts
jusqu’à présent, tant en Afrique qu’ailleurs. Une
autre surprise attendait les chercheurs au terme
de cette démarche comparative : Sahelanthropus tchadensis ne correspond à aucune autre
espèce décrite auparavant. Toumaï n’est notamment pas un australopithèque. Il est unique.
Prétendant au titre
Non content d’être l’un des plus anciens fossiles
préhumains découverts à ce jour, Toumaï incarnerait en outre un maillon original dans la longue
chaîne des Homo. Ses caractères, qui le différencient à la fois de la branche des grands singes et
de celle des chimpanzés, en feraient un prétendant au titre d’ancêtre originel de l’homme plus
crédible que les australopithèques, jusqu’alors
favoris. Mais « nous n’en sommes qu’au début
de cette histoire », commente Michel Brunet,
qui affirme seulement avoir « agrandi le berceau » de l’humanité. Démontrant tout à la fois
son sens de l’humour et sa capacité à adopter
un recul tout scientifique, Yves Coppens, qui a
cosigné l’article paru dans Nature, a quant à lui
déclaré : « Il faut savoir changer son fossile
d’épaule... »
GEORGES DE LA RESLE
GORILLE ? CHIMPANZÉ ? HOMINIDÉ ?
De Sahelanthropus tchadensis on possède
un crâne, deux fragments de mâchoire et
trois dents. Ça paraît peu : c’est énorme.
La forme de ses ossements a retenu l’attention de Michel Brunet. Ceux-ci présentent
« un ensemble de caractères primitifs et
dérivés qui permettent de considérer Toumaï comme proche du dernier ancêtre
commun aux chimpanzés et aux humains,
mais aussi comme l’ancêtre des hominidés
plus récents ». Les crêtes visibles sur le
crâne de Toumaï le rapprochent du gorille
et de la branche des grands singes. Toutefois, le volume crânien – environ 350 cm 3 –
est celui d’un chimpanzé. Mais ses petites
canines usées par la pointe, sa dentition
dépourvue d’espaces interdentaires et sa
haute face peu prognathe ne laissent aucun
doute sur son appartenance à la branche
des hominidés. De plus, sans pouvoir rien
affirmer en la matière, certains caractères
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
75
de la base du crâne apparaissent communs à ceux d’autres hominidés bipèdes.
11
Espagne/Maroc
Bras de fer pour l’îlot du Persil
Le Maroc annonce qu’un « poste de surveillance »
militaire est installé sur un îlot « dans le cadre de la
campagne de lutte antiterroriste et antiémigration
clandestine » dans la zone du détroit de Gibraltar.
Une poignée de gendarmes marocains occupent
ce rocher d’une superficie de 13,5 hectares, à 40 km
à l’est de Tanger, et à une dizaine de kilomètres de
l’enclave espagnole de Ceuta, en territoire marocain.
Or cet îlot, dénommé Persil en Espagne et Leila au
Maroc, appartient à l’Espagne depuis 1668, même
s’il est inhabité depuis quarante ans. Rabat estime en
avoir la souveraineté depuis 1956 et la fin du protectorat espagnol. Mais Madrid invoque un compromis
datant de la fin de ce protectorat, selon lequel les
deux pays s’engagent à ne pas l’occuper : l’installation des soldats marocains constitue donc un acte
« incompatible » avec le traité d’amitié et de coopération entre les deux pays. Le 17, l’Espagne déloge sans
violence les militaires marocains de l’îlot du Persil et y
installe plusieurs dizaines d’hommes. Les États-Unis,
qui font office de médiateur entre les deux pays,
déclarent que l’Espagne et le Maroc discutent d’un
retour au statu quo ante rompu par l’occupation de
l’îlot par les gendarmes marocains. Le 21, les soldats
espagnols quittent l’îlot au terme d’un accord, signé
sous le parrainage des États-Unis.
12
France/Grande-Bretagne
Accord franco-britannique sur Sangatte
Les ministres français et britannique de l’Intérieur
Nicolas Sarkozy et David Blunkett, annoncent que
le centre d’accueil de réfugiés de la Croix-Rouge
à Sangatte (Pas-de-Calais) fermera d’ici à la fin du
premier trimestre 2003. Un plan d’aide au retour
volontaire des réfugiés afghans, qui représentent
40 % des résidents de Sangatte, sera mis en oeuvre
par l’intermédiaire du Haut-Commissariat de l’ONU
pour les réfugiés (HCR) en concertation avec le gouvernement de Kaboul. En juin dernier, les Nations
unies ont offert d’aider Paris et Londres à résoudre
leur différend sur Sangatte. Situé près de l’entrée du
tunnel sous la Manche, le centre de la Croix-Rouge
héberge quelque 1 300 personnes d’une vingtaine
de nationalités différentes, dont la plupart tentent de
passer clandestinement outre-Manche. Depuis trois
ans, environ 35 000 personnes, principalement des
réfugiés clandestins kurdes irakiens et afghans, ont
transité par ce centre destiné à l’origine à offrir un
hébergement temporaire à des immigrés clandestins kosovars.
Maroc
Mariage royal
Le roi Mohammed VI du Maroc, âgé de trente-huit
ans, célèbre son mariage à Rabat avec la princesse
Salma Bennani, une informaticienne de vingt-quatre
ans. Cette dernière ne portera pas le titre de « reine »
mais celui de « princesse » et sera promue par « dahir » (décret royal) au rang d’« altesse royale », à l’issue
de la cérémonie de mariage. Celle-ci donne lieu à
deux jours de fête, avec notamment la cérémonie
traditionnelle de la « h’dia » (offrande) : des centaines
de Marocains se rendent en procession au palais
royal pour offrir des cadeaux à la mariée, symboles de
vie heureuse et de fécondité. Quelque 200 couples
de jeunes Marocains, de toutes catégories sociales
et originaires des seize provinces du royaume, se
marient en même temps que leur souverain dans
son palais.
Turquie
Crise politique
L’ex-ministre turc des Affaires étrangères Ismail Cem
démissionne du gouvernement de Bülent Ecevit et
annonce la création d’un nouveau parti politique,
concurrent du parti de la Gauche démocratique
(DSP) de l’actuel Premier ministre. Ismail Cem assure
que ce parti sera pro-occidental et s’appuiera sur
des principes sociaux démocrates et qu’il agira pour
mettre en oeuvre les réformes réclamées par l’Union
européenne. Cette démission intervient après celle
du responsable de l’Économie Kemal Dervis, architecte du programme de redressement économique
d’un pays frappé par la pire crise de son histoire. La
crise politique s’explique par les divergences au sein
du gouvernement sur les réformes indispensables à
la candidature turque à l’UE – abolition de la peine de
mort, reconnaissance des droits de la minorité kurde
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– et par l’aggravation de l’état de santé de Bülent Ecevit, âgé de soixante-dix-sept ans.
13
Inde/Pakistan
Attentat au Cachemire
Des militants islamistes lancent des grenades dans
un bidonville des environs de Jammu, capitale d’hiver du Jammu-Cachemire indien, tuant au moins
27 hindous et faisant au moins 35 blessés. C’est
l’attaque la plus meurtrière qu’ait connue la région
depuis celle du 14 mai contre une caserne, qui avait
fait 34 victimes. Ces derniers mois, les groupes islamistes luttant pour la sécession du Cachemire indien
prennent de plus en plus Jammu pour cible, alors
que la tension demeure entre l’Inde et le Pakistan.
14
France
Tentative d’attentat contre le président
Un jeune militant d’extrême droite tente d’assassiner
à la carabine Jacques Chirac pendant le défilé du
14 Juillet, en haut de l’avenue des Champs-Élysées,
avant d’être désarmé par des spectateurs. Le jeune
homme, Maxime Brunerie, âgé de vingt-cinq ans, est
membre du GUD (Groupe Union Défense) et de l’UR
(Unité radicale), mouvements étudiants d’extrême
droite, et « connu pour son appartenance à des mouvements néonazis et hooligans ». Il reconnaît les faits,
mais est déclaré pénalement irresponsable par les
experts psychiatriques.
16
France
Trichet renvoyé en correctionnelle
L’actuel gouverneur de la Banque de France JeanClaude Trichet, mis en examen depuis avril 2000
dans l’enquête sur le Crédit Lyonnais, est renvoyé
devant un tribunal correctionnel par le juge d’instruction Philippe Courroye en charge de l’affaire de
la faillite de la banque publique au début des années
1990. M. Trichet est soupçonné de présentation de
comptes inexacts et de diffusion de fausses informa-
tions dans le cadre de l’enquête sur le Crédit Lyonnais. Au moment des faits, Jean-Claude Trichet était
alors directeur du Trésor. Son renvoi en correctionnelle compromet ses chances de succéder à Wim
Duisenberg à la tête de la Banque centrale européenne. Le 31 mai dernier, le parquet de Paris avait
requis un non-lieu. Jean-Claude Trichet a toujours
contesté avoir contribué à cette faillite.
19
Football
Santini, nouveau sélectionneur des
Bleus
Jacques Santini, directeur technique de Lyon, est
nommé nouveau sélectionneur des Bleus, en remplacement de Roger Lemerre, écarté par le conseil
fédéral de la Fédération française de football. Il est
préféré aux trois autres candidats à ce poste : l’ex-adjoint de Roger Lemerre, René Girard, l’ancien sélectionneur du Japon, Philippe Troussier, et Raymond
Domenech, le sélectionneur de l’équipe de France
Espoirs. Sa priorité est de rebâtir une équipe de
France solide, après son élimination prématurée du
Mondial, avant les éliminatoires de l’Euro 2004 qui
commencent pour les Bleus le 7 septembre par un
déplacement à Chypre. Né en 1952, Jacques Santini a
joué à Saint-Étienne et conquis le titre de champion
de France 2002 avec l’Olympique lyonnais.
20
France/Russie
Tchétchénie : coup de main de Chirac à
Poutine
Lors d’une visite de travail en Russie, Jacques Chirac
donne acte à son homologue russe de sa volonté
déclarée de parvenir cette année à un apaisement
de la situation en Tchétchénie. M. Chirac souligne
que « la Tchétchénie fait partie intégrante de la Fédération de Russie, ce que personne ne peut contester. La
France condamne sans réserve tout acte terroriste quel
qu’il soit et qu’aucune cause ne peut justifier ». Évoquant
par ailleurs les grands problèmes de l’heure, les deux
présidents ont souligné « une convergence de vues
sur les perspectives qu’il convient de tracer » et une
« inquiétude » au sujet du conflit israélo-palestinien et
de la difficile stabilisation de l’Afghanistan. En ce qui
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
77
concerne la prolifération nucléaire, Paris et Moscou
estiment « nécessaire de renforcer les contrôles ».
21
États-Unis
Faillite de WorldCom
Un mois après avoir révélé le gonflement de ses
bénéfices de près de quatre milliards de dollars à
travers des comptes falsifiés, le géant américain des
télécommunications WorldCom se déclare en état
de banqueroute en se plaçant sous la protection du
« chapitre 11 » de la loi américaine sur les faillites.
Cette banqueroute, la plus importante de l’histoire
des États-Unis, est la dernière d’une série de faillites
et de scandales financiers révélés ces derniers mois.
Avec plus de 100 milliards de dollars d’actifs déclarés, la banqueroute de WorldCom serait près de deux
fois plus importante que celle d’Enron, le groupe de
courtage en énergie jusqu’ici détenteur du record
de faillite à l’automne dernier. WorldCom annonce
également le licenciement de 17 000 employés, soit
20 % de ses salariés.
Automobile
Schumacher égale Fangio
L’Allemand Michael Schumacher (Ferrari) remporte le
grand prix de France de formule 1. Il dispose désormais de 96 points au classement du Championnat du
monde et ne peut plus être rejoint. Il obtient donc
son cinquième titre, à six courses de la fin de la saison, égalant le record établi en 1957 par l’Argentin
Fangio. M. Schumacher a remporté 8 des 11 grands
prix déjà disputés cette année.
La faillite exemplaire de
WorldCom
La faillite record du groupe américain de
télécommunications WorldCom agit comme
un révélateur. Elle illustre les moeurs
indéfendables d’un certain capitalisme,
ainsi que l’illusion de certaines réussites
boursières fulgurantes. Mais par-dessus
tout, elle met en lumière les relations
ambiguës entre l’économie et la politique
aux États-Unis.
WorldCom fait pénétrer la Bourse dans l’ère
du gigantisme en matière de faillite. Le
21 juillet, le groupe s’est placé sous la protection
du chapitre 11 de la loi sur les faillites, signant la
plus grosse défaillance d’entreprise de l’histoire
économique mondiale. Enfoncés, le courtier en
énergie Enron et son dépôt de bilan de 63 milliards de dollars d’actifs, en décembre 2001 ! Premier opérateur mondial de services sur Internet
et deuxième opérateur américain de télécommunications longue distance, WorldCom « pesait » 107 milliards de dollars à Wall Street.
À cette différence près, Enron et WorldCom se
ressemblent beaucoup. Ainsi, les deux groupes
étaient des valeurs phares de la Bourse. L’engouement dont jouissait WorldCom avait permis
la multiplication par six de sa valeur en un an, de
juin 1998 à juin 1999, date à laquelle son cours
atteignait son plus haut niveau, à 64,5 dollars.
Comme Enron, WorldCom était au nombre de
ces start-up parties de rien, avec un génie des
affaires à leur tête – Bernard Ebbers dans le cas
de WorldCom –, qui parviennent rapidement aux
premiers rangs de leur secteur à coups d’acquisitions. Le petit opérateur né en 1983 à Clinton
(Mississippi) avait racheté de nombreux concurrents dans les années 1990, dont CompuServe
et surtout MCI en 1998. C’est ainsi que WorldCom réalise 35,20 milliards de dollars de chiffre
d’affaires, emploie 85 000 salariés, dispose de
20 millions d’abonnés dans le monde et, comme
Enron, présente un endettement record : 41 milliards de dollars. Aujourd’hui, l’action WorldCom
ne vaut plus que 9 cents et le montant réel de ses
actifs est estimé à 15 milliards.
Spéculer, escroquer...
Mais surtout, comme Enron et bien d’autres,
WorldCom trichait. Le 25 juin, deux mois après
s’être séparé de son P-DG, le groupe de télécommunications reconnaissait l’existence d’irrégularités comptables portant sur 3,85 milliards de
dollars, pour 2001 et le premier trimestre 2002,
sans lesquelles le groupe aurait affiché des
pertes pour ces exercices. En août, l’audit interne
révélera une fraude supplémentaire de 3,3 milliards de dollars pour la période 1999-2002.
Plus que l’éclatement de la « bulle » des valeurs
technologiques, cette faillite illustre surtout les
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
78
pratiques d’un certain capitalisme pour lequel
tous les moyens sont bons pour parvenir à sa
fin : le profit. S’exprimant le 16 juillet devant une
commission du Sénat américain, le président
de la Banque centrale, Alan Greenspan, déclarait : « La falsification et la fraude détruisent
le capitalisme et la liberté de marché, et plus
largement les fondements de notre société. »
Mais il reconnaissait aussitôt que « les hommes
ne sont pas plus cupides que par le passé. Ils
ont simplement beaucoup plus de possibilités
de l’être. » En effet, si les stock-options sont une
invention récente, les scandales financiers sont,
eux, aussi vieux que le capitalisme financier.
« La propension à escroquer et à être escroqué évolue de concert avec la propension à
spéculer, estime Charles Kindleberger, professeur au MIT. Les crises sont intimement
liées aux transactions qui poussent jusqu’à
leurs limites la loi et la morale. »
Un certain club de base-ball...
Aussi n’est-il pas étonnant que les mesures de
lutte contre la criminalité d’entreprise annoncées le 9 juillet par le président George W. Bush
devant un parterre de patrons réunis à Wall
Street n’aient pas eu l’effet escompté, notamment sur l’état des marchés boursiers, forts
déprimés. Prônant « une nouvelle éthique de
responsabilité dans le monde des affaires »,
le chef de l’exécutif a déclaré : « Le gouvernement ne peut pas faire disparaître le risque lié
aux investissements, mais il peut promouvoir
la transparence et assurer que les risques
sont honnêtes. Le gouvernement peut aussi
assurer que ceux qui bafouent la confiance du
peuple américain seront punis. » Pour que ces
déclarations d’intentions soient convaincantes,
il aurait fallu que les présidents successifs ne se
laissent pas convaincre par Wall Street et le Trésor de ne pas réformer les normes comptables
des entreprises américaines au motif que cela
risquait de faire baisser leur valeur boursière.
Il aurait surtout fallu que l’ancien homme d’affaires George W. Bush n’ait pas lui-même été
impliqué dans des affaires de prêts personnels
obtenus d’une société pétrolière dont il était
administrateur de 1986 à 1993, de revente d’actions à un taux avantageux, en 1990, deux mois
avant l’annonce par la société de résultats catastrophiques, ou encore de plus-values gigantesques sur la revente, en 1998, d’actions d’un
certain club de base-ball à la suite d’opérations
immobilières pour lesquelles l’argent public a
peut-être été utilisé à des fins privées... Sans parler de la position délicate du vice-président Dick
Cheney après que les autorités boursières ont
ouvert une enquête, en mai, sur d’éventuelles
manipulations dans les comptes de Halliburton,
première entreprise mondiale de recherche pétrolière, à l’époque où celui-ci en était le P-DG,
entre 1995 et 2000. À quatre mois des élections
de mi-mandat, les démocrates ont été ravis de
dénoncer un autre « axe du mal » que celui lié
au terrorisme international. C’est certainement
pourquoi, a contrario, George W. Bush, mal à
l’aise dans son rôle de chef d’entreprise – l’entreprise États-Unis chère au parti du « big business »
–, préfère, ces temps-ci, mettre en avant celui de
chef de guerre.
GEORGES CHEVRON
LA LOI SARBANES!OXLEY
À la suite des mesures annoncées par
George W. Bush, le Congrès a adopté à
l’unanimité, le 25 juillet, la loi SarbanesOxley contre la criminalité d’entreprise,
dont l’administration républicaine, le
patronat et même la SEC (la Securities
Exchange Commission) ne voulaient pas
entendre parler encore un mois plus tôt.
Ce texte est considéré comme le plus
important, dans le domaine, depuis celui
qui avait créé la SEC, en 1932. Cette loi
qui encadre strictement la profession de
commissaire aux comptes prévoit notamment la création d’un organisme indépendant de contrôle de cette profession,
placé sous la tutelle de la SEC et doté de
pouvoirs d’investigation et de sanction. La
loi aggrave les peines encourues en cas de
fraude et criminalise celle visant à tromper
les actionnaires. Elle oblige désormais les
directeurs généraux et les directeurs financiers des sociétés cotées à signer et certifier les comptes de celles-ci. Elle étend de
trois à cinq ans le délai de prescription des
fraudes d’entreprise. Enfin, elle protège
la transparence des activités de contrôle
financier des entreprises.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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23
Canada
Jean-Paul II aux JMJ
À Toronto, Jean-Paul II fait sa première apparition
officielle aux XVIIIes Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), rendez-vous bisannuel de la jeunesse
catholique. Accueilli par des dizaines de milliers de
pèlerins, il se présente comme un « pape âgé, avec
beaucoup d’années derrière lui mais avec un coeur
toujours aussi jeune », venu apporter le message du
Christ pour résister à ceux qui proposent une « joie
qui vient du plaisir superficiel et fugace des sens » et qui
se base sur l’argent, le succès, le pouvoir. Le pape
doit passer trois jours au Canada, première étape
de son 97e voyage en vingt-quatre ans de pontificat, qui se poursuivra ensuite au Guatemala et au
Mexique. Lors de la messe de clôture des JMJ, JeanPaul II déclare que les abus sexuels commis par des
prêtres provoquent « un profond sentiment de tristesse
et de honte », mais il appelle les jeunes catholiques à
soutenir l’immense majorité des ecclésiastiques qui
font le bien. C’est la première intervention publique
du souverain pontife sur le scandale des abus sexuels
aux États-Unis, déclenché en janvier dans l’archevêché de Boston.
Économie
Les Bourses en crise
De New York à Paris, de Londres à Tokyo, les Bourses
mondiales s’enfoncent dans la déprime avec la série
de scandales des comptes falsifiés et les mauvais ou
décevants résultats d’entreprises de renom. Après
neuf semaines de baisse quasi continue, le porteparole de la Maison-Blanche Ari Fleisher tente de
rassurer les marchés : « Quand on regarde les données,
les faits bruts, tous les économistes, qu’ils soient partiaux
ou impartiaux, diront que l’économie se développe solidement et que les fondamentaux sont bons, bien qu’il
y ait d’autres facteurs qui jouent. » Quant au gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet, il
estime que la crise boursière actuelle est aggravée
par des « mouvements qui paraissent excessifs », dans
un contexte de « croissance modérée et qui s’accélère
doucement ». La journée du 30 est marquée par une
euphorie qui gagne toutes les places boursières.
Wall Street clôture sur un gain de 477,749 points
(+ 5,41 %), soit le troisième gain en importance
de son histoire. La Bourse de Paris clôture sur une
progression record de 7,04 %, une hausse de pourcentage qui n’avait été dépassée qu’une seule fois
depuis la création du CAC 40 : en 1991, lors du lancement de l’offensive contre l’Irak.
France
La France condamnée dans l’affaire
Papon
La Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg condamne la France pour avoir privé Maurice
Papon d’un procès équitable, en l’ayant déchu de
son pourvoi en cassation parce qu’il ne s’était pas
constitué prisonnier, comme la loi le prévoyait en
1999. La Cour estime que, « compte tenu de l’importance que revêt le contrôle de la Cour de cassation en
matière pénale et de l’enjeu de ce contrôle lorsque
l’intéressé a été condamné à une lourde peine privative
de liberté, la déchéance du pourvoi est une sanction
particulièrement sévère au regard du droit à l’accès à
un tribunal garanti par l’article 6 » de la Convention
européenne des droits de l’homme : « Sans méconnaître l’extrême gravité des faits reprochés au requérant,
la circonstance qu’il ait été poursuivi et condamné pour
complicité de crimes contre l’humanité ne le prive pas
de la garantie des droits et libertés de la Convention ».
La Cour rappelle également « que le respect de la présomption d’innocence combiné avec l’effet suspensif du
pourvoi s’oppose à l’obligation pour un accusé libre de
se constituer prisonnier quelle que soit la durée, même
brève, de son incarcération ». Par conséquent, elle alloue à l’ancien fonctionnaire de Vichy la somme de
29 192,68 euros au titre des frais et dépens. Maurice
Papon a été condamné le 2 avril 1998 par la cour
d’assises de la Gironde à dix années de réclusion criminelle pour « complicité de crimes contre l’humanité ». Il s’est pourvu en cassation dès le lendemain
et a demandé le 17 septembre 1999 une dispense
de l’obligation de se mettre en état, c’est-à-dire de
se constituer prisonnier le veille de l’examen de son
pourvoi. Cette dispense lui a été refusée. Maurice
Papon s’est alors enfui en Suisse et n’était pas présent
devant le Cour de cassation, qui l’a par conséquent
déchu de son pourvoi le 21 octobre 1999. Arrêté
quelques jours plus tard, Maurice Papon est depuis
incarcéré à la maison d’arrêt de la Santé. Quoique
symbolique, la décision de la Cour européenne des
droits de l’homme donne aux avocats de l’ancien
secrétaire général de la préfecture de la Gironde de
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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nouvelles armes pour obtenir de la justice française
la remise en liberté de leur client.
France
Canal + reste français
Le nouveau président de Vivendi Universal (VU),
Jean-René Fourtou, renonce à vendre le groupe de
télévisions payantes Canal +. Le 12 juillet, le président
du Groupe Canal +, Xavier Couture, avait évoqué la
possibilité d’une vente du groupe. Le patron de VU
a néanmoins décidé de vendre toutes les filiales non
rentables de Canal + pour stopper ses pertes qui
atteignent 700 millions d’euros en 2001 et sont évaluées à 800 millions d’euros en 2002. Valorisé selon
les financiers à 4 milliards d’euros, le groupe serait
endetté à hauteur de 4,5 milliards d’euros.
Israël
Condamnation unanime d’un raid de
représailles
Un raid israélien sur Gaza déclenche une vague de
condamnations internationales. En éliminant le terroriste le plus recherché par Israël, chef de l’aile militaire
du Hamas, Tsahal a également provoqué la mort de
14 autres personnes, dont neuf enfants. Pour le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, « Israël a la responsabilité juridique et morale de prendre toutes les mesures
afin d’éviter la mort de civils innocents ». L’Union européenne dénonce une opération « disproportionnée »,
Paris condamne « fermement » cet acte « qui ne peut
en aucune façon contribuer à une solution », Bonn se
dit « horrifié » par l’« inacceptable » frappe israélienne
et Washington dénonce une « action lourdement maladroite (qui) ne contribue pas à la paix », notant qu’elle
a été menée « en sachant que des innocents périraient
en conséquence ».
26
France
Sarkozy en Corse
Lors de sa première visite en Corse, le ministre de
la Sécurité intérieure Nicolas Sarkozy proclame sa
volonté de faire entrer l’île de Beauté dans une « nouvelle époque » et appelle les Corses à abandonner les
« affrontements théologiques qui ne peuvent conduire
qu’à l’échec ». Il est rejoint sur l’île par Jean-Pierre
Raffarin, dont la visite surprise indique la nouvelle
dimension que le Premier ministre a décidé de donner au dossier corse.
Grèce
Démantèlement d’un réseau terroriste
Trois membres présumés du groupe terroriste
« 17 Novembre » sont emprisonnés et deux autres
sont inculpés par le service antiterroriste, pour participation à cette organisation « criminelle ». Après
la découverte de deux importantes caches d’armes
à Athènes au début de juillet, la police a arrêté et
inculpé jusqu’ici huit hommes pour participation
au groupe depuis 1983, dont un dirigeant présumé
de l’organisation, Alexandre Giotopoulos, un militant d’extrême gauche. Le groupe « 17 Novembre »,
qui tire son nom de la journée du soulèvement des
étudiants contre le régime des colonels, est responsable de 23 assassinats de personnalités grecques et
étrangères et d’une série d’attaques à la bombe ou
la roquette à Athènes depuis 1975. Iraklis Kostaris,
l’une des personnes arrêtées, est inculpé pour participation à quatre « homicides » et deux « tentatives
d’homicide ».
Russie
Moscou reconnaît les causes du
naufrage du Koursk
Après deux ans d’atermoiements, le gouvernement
russe reconnaît que le sous-marin nucléaire Koursk a
sombré le 12 août 2000, en mer de Barents, en raison
d’un dysfonctionnement interne – la fuite du carburant très volatil d’une des torpilles – provoquant la
mort des 118 marins se trouvant à bord. Depuis le début, les autorités russes avaient laissé entendre que
le naufrage avait été provoqué par une collision avec
un sous-marin étranger inconnu – l’OTAN avait placé
plusieurs bâtiments dans les parages pour surveiller
les manoeuvres russes – ou une mine de la Seconde
Guerre mondiale.
27
Ukraine
Catastrophe lors d’un meeting aérien
Un avion de chasse Soukhoi Su-27 s’écrase sur la
foule qui assiste à un meeting aérien à Lviv, dans
l’ouest de l’Ukraine. 60 spectateurs sont tués et 70
autres blessés. L’accident s’est produit alors que l’appareil effectuait une série de manoeuvres complexes,
à l’occasion des soixante ans d’une unité de l’armée
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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de l’air locale. Le Su-27 est en service depuis 1981. Sa
vitesse et sa manoeuvrabilité en avaient fait l’un des
fleurons de l’ex-armée de l’air soviétique.
28
Cyclisme
Armstrong gagne son 4e Tour de France
L’Américain Lance Armstrong s’impose pour la quatrième fois consécutive dans la Grande Boucle. Il
devance au classement général l’Espagnol Joseba
Beloki (Once) et le Lituanien Raimondas Rumsas
(Lampre). Le Français Laurent Jalabert (CSC Tiscali)
termine meilleur grimpeur (maillot à pois) pour la
seconde année d’affilée. Le meilleur coureur français,
David Moncoutié (Cofidis), termine 13e, à 21 minutes
et 8 secondes de Lance Armstrong.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
82
Août
1
France
Réévaluation du salaire des ministres
La commission mixte paritaire sur le collectif budgétaire réunissant députés et sénateurs augmente
nettement les salaires des ministres – celui du Premier ministre étant majoré de 50 % par rapport à
celui de ses ministres –, qui seront basés sur celui
des plus hauts fonctionnaires. En contrepartie,
ces salaires seront totalement imposables. Les
ministres devraient percevoir 160 000 euros bruts
par an contre 93 000 euros actuellement, somme
à laquelle s’ajoutaient les « fonds secrets » non
imposables. Ces derniers sont interdits depuis novembre dernier par le gouvernement Jospin suite
à la polémique de l’été dernier sur les billets d’avion
payés en espèces par Jacques Chirac entre 1988 et
1992. Devant le tollé soulevé par cette réévaluation
des salaires ministériels, le Premier ministre JeanPierre Raffarin déclare qu’il s’élève contre « l’initiative
prise par le Parlement » et précise que « l’action gouvernementale n’a pas pour ambition d’augmenter le
salaire des ministres ».
Le Conseil d’État contre l’extension de la
période de chasse
Le Conseil d’État annule partiellement les arrêtés
pris le 18 juillet par le ministre de l’Écologie et du
Développement durable Roselyne Bachelot, qui
augmentent d’environ sept semaines la période de
chasse aux oiseaux migrateurs et gibiers d’eau. Il
prononce la suspension partielle des arrêtés concernant la chasse aux colverts, canards et rallidés ainsi
que de celui concernant la chasse sur le domaine
public maritime en août. Cette période de chasse,
qui devait s’étaler, selon les espèces, du 3 août au
18 février, contrevenait, estime la plus haute juridiction administrative, à la directive européenne
de 1979 sur la protection des oiseaux. Ceux-ci ne
pourront être chassés qu’à partir du 1er septembre,
date fixée par le précédent gouvernement. Les arrêtés de la ministre de l’Écologie étaient contestés par
plusieurs associations de protection de l’environnement, notamment la Ligue pour la protection des
oiseaux, dont le président Allain Bougrain-Dubourg
avait déposé ce recours devant le Conseil d’État.
Libération de José Bové
Après quarante-quatre jours de détention correspondant à son reliquat de peine dans l’affaire des
dégradations commises en 1999 contre le restaurant McDonald’s de Millau (Aveyron), José Bové
quitte la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelonne (Hérault). Le leader de la Confédération paysanne avait été condamné à trois mois de prison
ferme en mars 2001 par la cour d’appel de Montpellier. Il avait déjà passé près de trois semaines en
détention provisoire et le reliquat a été ramené à
quarante-trois jours, notamment à la faveur d’une
grâce présidentielle de quinze jours le 14 juillet.
José Bové fait encore l’objet d’une condamnation
par la cour d’appel de Toulouse, le 20 décembre
2001, dans une autre affaire portant sur l’arrachage
de maïs transgénique dans le Sud-Ouest. Si la Cour
de cassation, qui doit se prononcer en septembre
2002, rejette son pourvoi, il devra purger quatorze
mois de prison ferme.
2
Irak
Invitation du chef des inspecteurs de
l’ONU
Saddam Hussein invite le principal inspecteur Hans
Blix et des experts en armement de l’ONU à venir
à Bagdad pour des pourparlers qui pourraient mener à une reprise du contrôle de l’arsenal du pays.
L’invitation irakienne intervient alors que la Commission des affaires étrangères du Sénat américain
doit statuer sur l’intervention militaire proposée par
George W. Bush. Le secrétaire général de l’ONU Kofi
Annan tente depuis plusieurs mois de convaincre
les autorités irakiennes de permettre la reprise des
inspections de l’arsenal du pays, après quatre années d’interruption. Les Nations unies ont imposé
des sanctions à l’Irak en 1990, après son invasion
du Koweït, sanctions qui ne seront pas levées tant
que les inspecteurs de l’ONU n’auront pas vérifié
la destruction des armes nucléaires, chimiques et
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
83
biologiques que l’Irak est accusée de développer
en secret.
3
Turquie
Des mesures pour adhérer à l’UE
Le Parlement turc vote l’abolition de la peine de
mort, l’attribution de davantage de droits à la communauté kurde – 12 millions en Turquie – ainsi que
des mesures en faveur de l’enseignement de langues
minoritaires, notamment le kurde, dans les écoles
du pays. Environ 50 détenus sont actuellement en
attente de leur exécution. La peine capitale sera remplacée par la prison à vie. La majorité des députés
turcs estime que ces mesures sont un préalable à
l’acceptation de la Turquie au sein de l’Union européenne. En effet, l’Union européenne engage la
Turquie à accélérer son évolution dans le domaine
des droits de l’homme, notamment en abolissant la
peine capitale et en donnant aux minorités du pays
les mêmes droits que la majorité pour passer du statut de candidat, dont elle jouit depuis 1999, à celui
de partenaire.
France
Adoption de la loi sur la justice
Les députés approuvent le texte du projet de loi
d’orientation et de programmation pour la justice.
Ce texte durcit le dispositif déjà proposé pour lutter
contre la délinquance des mineurs : suspension des
allocations familiales lorsqu’un enfant est placé dans
un centre fermé et six mois de prison et 7 500 euros
d’amende pour outrage à un enseignant. Outre ces
mesures, le projet crée des centres éducatifs fermés,
étend les possibilités de placement en détention
provisoire pour les 13-18 ans et instaure des sanctions pour les 10-13 ans. Il réforme sensiblement la
loi sur la présomption d’innocence et institue une
justice de proximité pour les petits litiges. Il accorde
en outre une rallonge budgétaire de 3,65 milliards
d’euros pour la justice.
4
Israël
Nouvelle flambée de violences
Un kamikaze se fait exploser dans un bus dans le
nord d’Israël, tuant neuf autres personnes et faisant
au moins 37 blessés. Cet acte terroriste provoque
de nombreuses violences et attaques en Israël et
dans les territoires palestiniens, qui font 18 morts en
24 heures. Au cours des vingt-deux derniers mois,
1 801 Palestiniens et 602 Israéliens ont été tués en
Israël et dans les territoires palestiniens. Tsahal continue sa politique de dissuasion des auteurs potentiels d’attentats suicide, en détruisant les maisons
familiales de kamikazes et de terroristes présumés
en Cisjordanie, tandis que, dans le but de contenir la
violence terroriste, une interdiction totale des dépla-
cements est appliquée dans le nord de la Cisjordanie.
Le 5, l’Assemblée générale des Nations unies, dans
une résolution approuvée par 114 voix contre quatre,
demande à l’État hébreu de mettre un terme aux incursions de Tsahal en Cisjordanie, ainsi qu’à tous les
« actes de violence, de terrorisme, de provocation, d’incitation et de destruction ».
6
Inde
Assassinats de pèlerins au Cachemire
Un groupe de séparatistes musulmans présumés
attaque un camp de pèlerins hindous installé à
280 km au nord de Jammu, capitale d’hiver du Jammu-et-Cachemire. Neuf personnes sont tuées et 27
autres blessées. Ces douze derniers mois, quelque
60 000 personnes ont été victimes des actions terroristes perpétrées par des séparatistes musulmans. Cet
incident pourrait relancer les tensions entre l’Inde et
le Pakistan, New Delhi tenant Islamabad comme responsable de cette attaque. L’État indien du Jammuet-Cachemire connaît un regain de violences depuis
que New Delhi y a annoncé la tenue d’élections régionales en septembre et en octobre prochains. Ces
élections à l’Assemblée régionale visent à apaiser les
tensions entre l’Inde et le Pakistan, qui se disputent la
province himalayenne du Cachemire.
7
Brésil
Aide massive du FMI
Le Fonds monétaire international (FMI) accorde un
nouveau prêt de 30 milliards de dollars dans le but
de contenir la crise économique qui frappe le pays.
Le FMI doit verser 6 milliards de dollars au Brésil
cette année et le reste en 2003. Les 24 milliards de
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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l’an prochain ne seront déboursés que si le Brésil
maintient son bénéfice budgétaire initial de 3,75 %
de croissance de son produit intérieur brut. Ce prêt
du FMI intervient alors que les États-Unis viennent
de concéder un prêt de 1,5 milliard de dollars à l’Argentine. Après une nette remontée, le real brésilien
reprend néanmoins sa chute, le 6, perdant 4,1 % de
sa valeur pour terminer au cours de 3,15 reals pour
un dollar. Pour les observateurs, cette tendance à la
baisse reflète l’incertitude des investisseurs quant à
la situation politique et à l’adhésion aux termes du
FMI des principaux candidats à la prochaine présidentielle brésilienne.
8
France
Mesures d’économie
Dans un contexte de déficit budgétaire accru et de
ralentissement de la croissance, le Premier ministre
Jean-Pierre Raffarin annonce plusieurs mesures
d’économie. En premier lieu, l’Exposition internationale prévue en 2004 en Seine-Saint-Denis est annulée. Des compensations financières sont envisagées
pour le département, notamment l’étude d’un nouveau projet centré sur la rénovation du musée de
l’Air et de l’Espace du Bourget. Par ailleurs, le ministre
de la Culture Jean-Jacques Aillagon plaide pour une
hausse d’environ 3 % de la redevance audiovisuelle
et une réforme de son mode de perception, qui permettrait à l’État d’encaisser 600 millions d’euros supplémentaires. En outre, Matignon lance un audit des
projets de liaisons ferroviaires, routières ou fluviales
lancés par le gouvernement Jospin : constatant que
beaucoup ont été « engagés, étudiés ou annoncés par
l’équipe précédente, sans que les financements nécessaires n’aient été garantis », le gouvernement rend
probable le report, voire l’annulation de certains de
ces projets.
10
Europe de l’Est
Inondations catastrophiques
Des pluies diluviennes s’abattent sur plusieurs pays
d’Europe de l’Est : durant deux semaines, les inondations noient sous leurs eaux plusieurs régions de la
Russie, de la République tchèque, de la Roumanie,
de la Bulgarie, de la Hongrie, de l’Allemagne et de
l’Autriche. La crue de la Vltava submerge Prague, obligeant 70 000 personnes à évacuer le centre historique de la capitale tchèque. Dans la seule Russie, on
compte 55 morts dans la station balnéaire de Chirokaïa-Balka, sur les côtes de la mer Noire. Les inondations, dont le coût est évalué à 20 millions d’euros,
ont fait 109 victimes dans toute l’Europe.
Athlétisme
Clôture des championnats d’Europe
Les Françaises du relais 4 × 100 m, médaillées de
bronze aux Mondiaux d’Edmonton, conservent
leur titre de championnes d’Europe à Munich,
tandis que leurs homologues masculins du relais
4 × 400 m obtiennent la médaille de bronze et leur
compatriote Ismail Sghyr, la médaille d’argent du
5 000 m. Quatre autres athlètes français ont remporté des médailles : l’or pour Muriel Hurtis (200 m),
Mehdi Baala (1 500 m) et Stéphane Diagana (400 m
haies) et le bronze pour Manuela Montebrun (marteau). Avec sept médailles, le bilan de la délégation
française correspond aux objectifs fixés en début
de compétition par le directeur technique national
Robert Poirier. Au classement des nations, la Russie,
avec sept médailles d’or, neuf médailles d’argent et
huit de bronze, devance la Grande-Bretagne (7 or,
1 argent et 6 bronze).
Inondations catastrophiques au
coeur de l’Europe
La rubrique météorologique a fait la une
des médias pendant le mois d’août, marqué
par des inondations catastrophiques dans
les bassins du Danube et de l’Elbe. Ces
crues ont constitué un test de solidarité
entre l’UE et les pays d’Europe centrale
frappés par les intempéries.
Les populations d’Europe centrale se souviendront longtemps de ce trop long pont du
15 août 2002, noyé dans les inondations catastrophiques provoquées par plusieurs jours de
pluies diluviennes... Abandonnant les rivages
orientaux de la mer Noire, ces orages d’une rare
violence s’étaient déplacés vers l’ouest, provoquant des dégâts en Roumanie avant de s’installer au centre de l’Europe et d’y déverser des
pluies torrentielles.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
85
Des chefs-d’oeuvre menacés
Très vite l’Autriche et la République tchèque,
ainsi que, dans une moindre mesure, le sud et
l’est de l’Allemagne, la Slovaquie et la Hongrie,
sont sous les eaux. Entre montagnes et collines,
les bassins du Danube et de l’Elbe, submergés
en amont, ont justifié pleinement leur appellation géographique de cuvette, retenant les eaux
que les fleuves déchaînés n’ont pu garder dans
leurs lits. La Vltava, affluent de l’Elbe qui traverse
Prague, enregistre une crue record, menaçant le
centre historique classé au patrimoine mondial
de l’Unesco de la capitale tchèque. Au plus fort
de la crue, dans la nuit du 13 au 14 août, le débit
du fleuve, qui avait déjà dépassé sa cote d’alerte
maximale, franchissait 5 000 m3 par seconde, soit
33 fois plus qu’en temps normal.
L’évacuation disciplinée de plus de 30 000 Pragois a évité les pertes en vies humaines dans la
capitale tchèque, mais les dégâts matériels sont
considérables, l’eau fragilisant les fondations
de nombreux édifices de la vieille ville, qui sont
autant de chefs-d’oeuvre de l’architecture et
dont certains s’effondreront sous la pression des
flots. Dans les campagnes, le bilan est plus lourd
encore, et les crues, qui ont gravement endommagé les infrastructures, ont tué 13 personnes,
moins toutefois que les crues catastrophiques
de Moravie qui, en 1997, avaient fait plus de
50 morts. Mais alors que le niveau des eaux commence à baisser en République tchèque, c’est
au tour des régions orientales de l’Allemagne
d’être touchées par les inondations, qui avaient
déjà durement éprouvé la région de Passau, sur
le cours supérieur du Danube, en Bavière. Gonflée par les eaux de ses affluents, l’Elbe poursuit
inexorablement son cours dévastateur vers le
nord, en direction de Hambourg, inondant sur
son passage la ville de Dresde, dans l’ex-RDA, où
elle franchit le seuil historique des 8,77 m de la
crue de 1845.
La Florence du Nord sous les eaux
Surnommée la Florence du Nord en raison de ses
richesses architecturales de la Renaissance et du
Baroque, entièrement restaurées après le déluge
de bombes de la Seconde Guerre mondiale,
Dresde se donne, bien malgré elle, des airs de
Venise, après avoir essuyé un déluge d’eau cette
fois qui a inondé le célèbre palais du Zwinger et
l’Opéra Semper.
Perdant de leur intensité à l’approche de l’embouchure de l’Elbe, bien plus loin au nord, les
crues, qui ont fait 13 morts en Allemagne, commencent à diminuer à partir du 20 août, laissant
partout le même spectacle de désolation : de
Budapest et Bratislava, relativement épargnées
par le Danube au sud, à la Thuringe et à la Saxe
en Allemagne, en passant par le nord et l’ouest
de l’Autriche, la décrue dévoile des paysages
dignes des pays de mousson, comme la Chine
(province du Yunnan), la Corée du Sud ou le
Népal, victimes d’ailleurs au même moment de
pluies et d’inondations catastrophiques qui font
des centaines de morts et des dégâts énormes,
mais semblent s’inscrire dans une logique climatique plus naturelle.
Un élan de solidarité
Dans une Europe centrale au climat continental,
alternant normalement des hivers froids et des
étés chauds et secs, ces catastrophes climatiques
suscitent la perplexité de la population mais
aussi des milieux scientifiques, moins prompts il
est vrai à les attribuer à un dérèglement général
du climat de la planète parfois trop hâtivement
mis sur le compte d’un effet de serre aux conséquences encore mal définies.
Alors qu’à Paris, par exemple, la municipalité
avait déversé du sable sur les quais de la Seine
dans le cadre de l’opération estivale « Paris
plage », les capitales du centre de l’Europe emplissaient des sacs de sable pour tenter d’endiguer les colères de leurs fleuves. Ces disparités à
l’échelle du continent européen, dont les régions
méridionales souffrent au contraire de la sécheresse, nourrissent les traditionnelles discussions
sur « la pluie et le beau temps ». Et, plus sérieusement, les querelles d’experts, qui ne peuvent
encore affirmer si la fréquence, la violence et la
systématicité de ces intempéries jusque-là qualifiées d’exceptionnelles, sont symptomatiques
d’un dérèglement climatique dû en partie au
réchauffement de la planète. Si tel est le cas, il
convient de définir la part de responsabilité des
activités humaines. Autant de questions qui allaient être débattues lors du sommet sur le « développement durable » à la fin du mois d’août à
Johannesburg.
La décrue allait sonner aussi l’heure des premiers bilans, marqués par des querelles d’experts en assurances cette fois, chargés d’évaluer
l’ampleur des dégâts. Elle sera aussi l’occasion
de mettre à l’épreuve la solidarité européenne
à l’approche de l’élargissement de l’UE aux pays
dont certains ont été durement touchés par ces
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
86
inondations, qui ont eu au moins le mérite de
rappeler que les fleuves sont un élément essentiel de la communication et du rapprochement
entre les peuples, pour le meilleur et pour le pire.
GARI ULUBEYAN
SOLIDARITÉ EUROPÉENNE
Pour répondre à l’ampleur des dégâts, estimés à 15 milliards d’euros en Allemagne et
de 2 à 3 milliards en République tchèque,
pays les plus touchés, le chancelier allemand Gerhard Schröder a réuni un sommet
anti-inondations à Berlin le 18 août avec
les responsables autrichien, tchèque et
slovaque. L’initiative a reçu l’aval du président de la Commission européenne, Romano Prodi, qui, après avoir visité certaines
des régions sinistrées déclarées « zone de
solidarité européenne », a accepté de verser une aide puisée notamment dans les
fonds structurels européens et destinée en
premier lieu à la remise en état des infrastructures détruites. Signe de cette solidarité européenne censée s’appliquer aussi
aux pays candidats, décision a été prise de
créer un fonds européen spécifiquement
consacré aux catastrophes. En Allemagne
même, les inondations ont donné lieu à un
élan de solidarité de l’Ouest vers l’Est.
12
Colombie
Proclamation de l’état d’urgence
Le président Alvaro Uribe déclare l’état d’exception.
Cet état d’exception, qui précède l’état de siège,
donne au gouvernement mission d’instaurer des
mesures pour tenter de faire face aux attaques des
rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), en accroissant les effectifs des forces
de sécurité et en levant les impôts pour financer cet
accroissement. Le président colombien envisage la
création d’une force comprenant un million de civils,
des « supporters » chargés d’informer l’armée et la
police sur les activités rebelles et paramilitaires. Sa
décision fait suite à l’explosion de violence qui a fait
115 morts depuis l’investiture de M. Uribe le 7 août
dernier : le jour même où s’est produite une attaque
au mortier, dont la responsabilité est attribuée aux
FARC, qui a fait 19 morts près du palais présidentiel.
Les FARC, le groupe de guérilla le plus important de
Colombie avec 17 000 hommes, ont mené pendant
trois ans des négociations de paix avec le précédent
président, Andres Pastrana, mais celles-ci ont été
rompues le 20 février dernier. Candidat de la droite
dure, Alvaro Uribe avait été élu sur la promesse de
contraindre à la paix les groupes armés de la guérilla
marxiste pour mettre fin à trente-huit ans de guerre
civile. Le 22, répondant à une offre de médiation proposée par le secrétaire général des Nations unies Kofi
Annan au lendemain de l’investiture présidentielle,
les FARC rejettent une participation des Nations
unies à un éventuel dialogue de paix entre la guérilla
et le gouvernement colombien.
Irak
Non au retour des inspecteurs de l’ONU
Le ministre irakien de l’Information Mohammed
Saeed al-Sahhaf rejette le retour en Irak des inspecteurs des Nations unies qui avaient quitté le pays en
1998 à la veille de frappes américano-britanniques.
Le président américain George W. Bush, qui souhaite
la destitution du président Saddam Hussein, menace
Bagdad de recourir à une intervention armée s’il n’autorise pas la reprise des missions d’inspection.
18
Angleterre
Découverte tragique
La police britannique annonce que les deux corps
découverts dans un bois près du village de Soham,
dans le comté du Cambridgeshire, sont bien ceux de
Jessica Chapman et de Holly Wells, les deux petites
filles de dix ans disparues le 4 août dans le sud-est
de l’Angleterre. Un couple de suspects est interpellé :
Ian Huntley, vingt-huit ans, est gardien d’école, et
sa petite amie Maxine Carr, vingt-cinq ans, travaille
comme professeur assistante dans la classe de Holly
et Jessica à l’école primaire de Saint-Andrews à Soham. Il sont inculpés d’enlèvement et de meurtre.
Proche-Orient
Accord israélo-palestinien sur Gaza et
Bethléem
Les ministres israélien de la Défense Benyamin
Ben-Eliezer et palestinien de l’Intérieur Abdel Razak
Yehiyeh s’entendent sur « un arrêt immédiat de la
violence », adoptant le plan « Gaza d’abord » qui prévoit le retrait de l’armée israélienne de Bethléem et
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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de plusieurs secteurs de Gaza. Ce plan est un projet pilote, dans lequel les Palestiniens reprendront
le contrôle de la sécurité dans les zones évacuées
par l’armée israélienne et auront la responsabilité
d’éviter toute attaque anti-israélienne. À terme, les
Palestiniens escomptent que les troupes de Tsahal
se replient sur les positions qu’elles occupaient avant
le début de la seconde Intifada en septembre 2000.
Si ce retrait partiel de Tsahal prend effet, ce sera la
première fois depuis de longs mois que des négociations aboutissent. Mais l’opposition des mouvements
radicaux palestiniens, tels le Hamas ou le Djihad islamique, pourrait faire échouer l’accord. D’autant que,
sur le terrain, en Cisjordanie et à Gaza, la violence
continue. Le 25, Benyamin Ben-Eliezer annonce qu’Israël suspend l’application du plan « Gaza d’abord »,
tant que la situation de la sécurité dans la bande de
Gaza ne se sera pas améliorée.
France
Succès de Paris plage
Lancée le 21 juillet dernier, l’opération « Paris plage »
ferme ses portes. En créant quatre plages (deux de
pelouse et deux de sable) et en installant 22 cabines,
300 transats, 150 parasols et quatre buvettes, cette
opération a transformé les quais de la Seine en Riviera, avec ses activités sportives et balnéaires. « Paris
plage » a attiré « plus de deux millions » de touristes
et citadins, indique la Mairie de Paris, qui a déboursé
1,5 million d’euros pour cette opération. Celle-ci sera
reconduite l’an prochain, la municipalité précisant
toutefois qu’elle veillera à « prendre en considération
l’ensemble des remarques et suggestions émanant des
citoyens eux-mêmes, afin d’améliorer encore la qualité
du programme et des aménagements proposés ». Elle
estime en outre que la fermeture définitive des voies
sur berge à la circulation serait envisageable d’ici
« cinq à dix ans », à condition que la circulation automobile soit largement réduite. Ce à quoi concourt
le renforcement de l’offre de transports en commun à Paris et des transports de la banlieue vers la
capitale prévu dans le cadre des projets de la Ville de
Paris et du plan de déplacement urbain de la Région
Île-de-France.
19
Vatican
Fin de la visite papale en Pologne
Jean-Paul II achève son voyage – le dernier prévu
cette année à l’étranger – dans sa Pologne natale en
célébrant le 400e anniversaire du sanctuaire de Kalwaria Zebrzydowska, près de Cracovie. Il demande
à la Vierge Marie de lui donner la force de mener sa
mission jusqu’au bout, ce qui met fin aux rumeurs
annonçant sa démission – atteint de la maladie de
Parkinson, le pape, âgé de quatre-vingt-deux ans,
éprouve de plus en plus de difficulté à remplir les
devoirs de sa charge. La veille, Jean-Paul Il a célébré
à Cracovie, devant deux à trois millions de fidèles, la
plus grande messe en plein air jamais organisée en
Pologne.
Irak
Mort d’Abou Nidal
Le décès du chef du mouvement palestinien FatahConseil révolutionnaire, Sabri al-Banna, connu sous le
nom d’Abou Nidal, est révélé par le journal palestinien Al Ayya. Selon ce journal, le corps d’Abou Nidal
a été retrouvé, trois jours auparavant, dans son appartement à Bagdad. La mort aurait été causée par
plusieurs blessures par balles, mais la thèse du suicide est privilégiée. Âgé de soixante-cinq ans, Abou
Nidal était impliqué dans de nombreux attentats en
Europe dont celui de la rue des Rosiers à Paris en
1982. Le Fatah-Conseil révolutionnaire s’était séparé
de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP)
en 1974. Composée de divers comités politiques,
militaires et financiers, l’organisation est responsable
d’attentats terroristes ayant fait quelque 300 morts
dans une vingtaine de pays, notamment en Europe
entre 1970 et 1985. Abou Nidal a été condamné à
mort par l’OLP pour le meurtre d’Abou Iyad, le numéro deux de l’organisation palestinienne, en janvier
1991.
Afghanistan
Révélation de massacres de talibans
Le magazine américain Newsweek publie une note
confidentielle de l’ONU concernant des massacres
commis par l’Alliance du Nord, alliée de l’armée
américaine, dans le nord de l’Afghanistan pendant
la guerre de reconquête. Selon Newsweek, les enquêteurs des Nations unies ont découvert que des
centaines de prisonniers talibans capturés par les
troupes d’Abdul Rachid Dostom, l’un des chefs de
l’Alliance du Nord, ont été tués lors de leur transfert,
après la prise de Kunduz, dans le Nord, en novembre
dernier. L’enquête de l’ONU est fondée sur l’examen
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d’un charnier près de Shibergan, qui « contiendrait les
corps de talibans morts par étouffement ».
20
Mathématiques
Laurent Lafforgue, médaille Fields
Le Français Laurent Lafforgue, professeur à l’Institut des hautes études scientifiques (IHES) et âgé de
trente-cinq ans, reçoit la médaille Fields, la plus haute
distinction internationale en mathématiques, décernée tous les quatre ans lors du Congrès international
des mathématiciens, qui, cette année, est organisé
à Pékin, en Chine. La médaille est également remise
à l’Américain Vladimir Voevodsky, âgé de trente-six
ans, de l’Institute for Advanced Study de Princeton
(États-Unis), pour ses travaux en théorie des nombres
et géométrie algébrique. Laurent Lafforgue est récompensé pour ses travaux sur la correspondance
de Langlands. La correspondance, ou programme,
de Langlands est une série de conjectures énon-
cées en 1967 par le mathématicien canadien Robert
P. Langlands dans une correspondance de 17 pages
adressée à André Weil, mathématicien français installé aux États-Unis, frère de la célèbre philosophe.
Ces conjectures relient des parties a priori très différentes des sciences mathématiques : la théorie des
nombres, l’algèbre, l’analyse. Les mathématiciens se
sont emparés de ce programme et de nombreuses
recherches sont nées de ces conjectures. Depuis la
création de la distinction en 1936, 44 médailles Fields
ont été décernées, dont sept à des mathématiciens
français.
Chine
Graves inondations
L’état d’alerte est décrété dans la province du Hunan,
dans le sud-est de la Chine, où un grand lac, le lac
Dongting, bordé par la ville de Yueyang (600 000 habitants), menace de déborder. D’une superficie de
3 900 km 2, ce lac est ceinturé par 932 kilomètres de
digues. Pour empêcher que ne se reproduisent les
inondations catastrophiques des dernières années,
la Chine a investi des sommes considérables dans la
construction de digues et de systèmes de dérivation
près des principaux cours d’eau et des lacs. Depuis
le début de juin, les pluies torrentielles de la mousson ont fait un millier de morts cette saison en Chine,
dont plus de 200 dans le seul Hunan.
22
Espace
Atlas-5, une concurrente de la fusée
Ariane
Une nouvelle fusée américaine de la génération Atlas-5 place en orbite le satellite de communications
Hot Bird-6, pour le compte de la firme européenne
Eutelsat. D’un diamètre approchant les 4 m, Atlas-5
est dotée d’un moteur de fabrication russe. Elle remplace la génération des fusées Titan de Lockheed
Martin, largement utilisées par les militaires américains, notamment pour la mise en orbite d’un réseau
de satellites espions. Il s’agit de la plus grosse fusée
lancée de cap Canaveral depuis les Saturn 5-du programme Apollo qui avaient emporté des astronautes
sur la Lune jusqu’au début des années 1970.
Envol réussi pour Atlas-5
Le 21 août, les Américains ont procédé, depuis la base de cap Canaveral, au premier
tir du tout nouveau lanceur Atlas-5/401,
construit par Lockheed Martin et équipé en
son premier étage d’un moteur russe.
Représentant la nouvelle génération des fusées de type Atlas, en service depuis 1990, ce
lanceur a été inauguré par l’Union européenne,
dont il devait placer sur orbite le satellite Hot
Bird-6 d’Eutelsat. L’industrie spatiale américaine a opéré un retour en force sur le marché
très concurrentiel des lanceurs commerciaux de
satellites en procédant avec succès le 21 août,
depuis le pas de tir no 41 de cap Canaveral, au
lancement, initialement prévu le 12 août, de son
nouveau lanceur lourd de type Atlas-5/401.
Le dernier d’une prestigieuse famille
Dernier-né de la famille des fusées Atlas, qui
ont pris leur envol en 1990, ce lanceur est un
produit incontestablement américain, puisque
la construction en a été assurée par Lockheed
Martin sur une commande de l’US Air Force dans
le cadre du projet EELV (Evolved Expandable
Launch Vehicle : lanceur consommable de noudownloadModeText.vue.download 91 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
89
velle génération), finalisée en octobre 1998 par
un contrat d’un montant légèrement supérieur
à un milliard de dollars. Mais cet engin, qui inaugure une nouvelle lignée de lanceurs plus performants pour ce qui concerne la capacité d’emport,
est aussi le pur produit d’une mondialisation à
l’oeuvre aussi dans l’espace, puisque son premier
étage (27 m de long pour 3,8 m de diamètre) est
doté d’un moteur russe de type RD-180 combinant oxygène et kérosène, qui avait déjà fait ses
preuves sur l’Atlas-3A (premier vol en mai 2000)
et l’Atlas-3B (premier vol en février 2002). Par
ailleurs, autre marqueur de son identité internationale, l’Atlas-5/401 a été inauguré par l’opérateur européen Eutelsat pour placer en orbite son
satellite de communication Hot Bird-6, équipé
de 32 répondeurs en bandes Ku et Ka (canaux
pour l’Internet). Une première mission qui n’utilisera d’ailleurs pas le nouveau lanceur américain
au maximum de ses potentialités, puisque le
satellite européen qu’il emportait dans l’espace
ne pesait « que » 3,8 tonnes, alors que sa performance est de 4,9 tonnes. Organisé autour
de son premier étage équipé du moteur russe
Energomash, de l’étage Centaur équipé d’un ou
deux moteurs cryotechniques RL-10A4-2 (oxygène-hydrogène) et éventuellement de propulseurs d’appoint à poudre, le lanceur américain,
qui mesure 58,3 m de haut pour une masse de
333,3 tonnes, peut en effet mieux faire, et c’est
là tout son intérêt. Les performances de ce nouveau type de lanceurs sont de 3,0 à 8,6 tonnes
en orbite de transfert géostationnaire ou de 10,3
à 20,5 tonnes en orbite basse. Car Atlas-5, dont
la dénomination à trois chiffres énumère ses
signes distinctifs (le premier chiffre indique le
diamètre de la coiffe abritant la charge utile : 3,
4 ou 5 m ; le deuxième chiffre indique le nombre
de propulseurs à poudre ou boosters utilisés au
moment du décollage : entre 0 et 5 ; le troisième
chiffre, enfin, indique le nombre de moteurs de
type RL-10 équipant l’étage Centaur : 1 ou 2),
c’est toute une gamme de différents modèles
de lanceurs lourds qui vont sortir des ateliers
du constructeur américain et de ses partenaires
pour livrer une féroce concurrence aux autres
fusées à vocation commerciale ou militaire,
qu’elles soient russes, européennes, mais aussi
depuis peu chinoises et japonaises, qui prennent
la voie de l’espace, au rythme annuel de 78 à
83 tirs (2002). Et le nouveau lanceur américain
devait faire la démonstration de ses capacités
par un second vol d’Atlas-5 (modèle 401) prévu
en décembre avec un satellite canadien Nimiq-2
pesant 3,6 tonnes, puis en 2003 par le vol du
premier Atlas-5 modèle 500 doté cette fois de
boosters lui permettant de placer en orbite de
transfert géostationnaire un satellite Inmarsat-4
de 6 tonnes.
Un avenir assuré
Le carnet de commandes d’Atlas-5 s’en tient à
court terme à un quatrième contrat commercial
pour 2003, les militaires devant prendre le relais
avec une série de 7 tirs prévus en 2005. Mais
avec ce premier lancement, qui est le 61e succès
consécutif d’Atlas depuis neuf ans et confirme
la fiabilité de cette famille de lanceurs, l’avenir
d’Atlas-5 semble assuré. D’ici 2005, un total de
25 lanceurs, dont 7 Atlas-2 et 7 Atlas-3, doivent
être utilisés pour différentes missions, dont 44 %
à vocation commerciale, ouvrant de nouvelles
perspectives dans le secteur du transport spatial à la NASA. L’industrie spatiale américaine se
dote dans le même temps du nouveau lanceur
Delta-4 construit par Boeing, qui devait faire ses
débuts en octobre avec le satellite W-5 d’Eutelsat et pour lequel le Pentagone a passé quelque
21 commandes, sans négliger la fusée Proton,
qui effectuait son troisième vol de l’année le
22 août depuis le site kazakh de Baïkonour
avec à son bord le satellite de télécommunications Echostar-8 (4,6 tonnes). Argument non
négligeable en faveur de la nouvelle génération
de lanceurs américains, que ce soit Atlas-5 ou
Delta-4, ils sont 25 % moins chers que leurs prédécesseurs, soit environ 75 millions de dollars
contre 100 millions de dollars pour la version de
base. Pour le vol inaugural d’Atlas-5, il en aurait
toutefois coûté quelque 240 millions de dollars,
lancement compris, à l’opérateur.
Techniquement sur la même longueur d’ondes
désormais que leurs concurrents, singulièrement européens, les Américains entendent se
concentrer désormais sur la bataille dans le domaine des coûts, qui pourraient bien départager
les différents lanceurs qui tissent une toile de
satellites autour de la planète.
GEORGES CHEVRON
UN CONCURRENT DANGEREUX
POUR ARIANE!5
Le lancement d’Atlas-5 a pris l’allure d’un
défi ouvert à Ariane-5, qui sera envoyée
dans l’espace une semaine plus lard, le
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27 août, depuis la base de Kourou en
Guyane. Dominant ce secteur, Ariane-5
(AR513, vol 155) a, à cet égard, pleinement relevé le défi, en plaçant sur orbite
les satellites Atlantic Bird-1 d’Eutelsat et
MSG-1 d’Eumetsat, totalisant un poids de
5,7 tonnes. Elle devait même mouler les
enchères dans sa version Ariane-5/ESC-A,
dont le premier vol devait emporter en
octobre 4 modules de 2,8 tonnes, venant
s’ajouter aux satellites Stentor (2 tonnes)
et Hot Bird-7 (3,3 tonnes) pour obtenir la
charge utile considérable de 9,2 tonnes. De
telles performances montrent que le nouveau lanceur européen n’est pas franchement menacé par Atlas-5.
26
Afrique du Sud
Sommet de la Terre
Le Sommet des Nations unies sur le développement durable, ou conférence sur la Terre, s’ouvre à
Johannesburg, avec un appel du président sud-africain en faveur d’une action internationale concertée pour lutter contre la pauvreté et protéger les
ressources naturelles de la planète. Ce sommet est
la plus grande réunion jamais organisée par l’ONU.
D’une durée de dix jours, il réunit 5 730 délégués
de 189 pays, qui devront trouver des solutions pour
diminuer de moitié dans les années à venir le milliard
de Terriens qui n’ont pas accès à l’eau potable et les
deux milliards qui ne disposent pas de moyens sanitaires. Il s’est également fixé pour objectif de développer des projets spécifiques pour élargir l’accès
des pauvres à l’électricité et aux systèmes de santé,
de stopper la dégradation des terres agraires et de
protéger l’environnement au plan international.
Espagne
Suspension de Batasuna
Le juge espagnol Baltasar Garzon, le principal juge
antiterroriste espagnol, suspend les activités du parti
indépendantiste basque Batasuna et fait évacuer
ses sièges sociaux, notamment à Pampelune. Pour
justifier sa décision, le juge Garzon qualifie la ligne
politique de Batasuna de « complicité de crime contre
l’humanité ». Ses membres ne pourront pas se présenter aux élections municipales de mai prochain,
toutefois ses élus actuels pourront achever leur mandat. Cette suspension est édictée pour la durée de
l’enquête que le juge Garzon mène depuis quatre
ans sur les liens présumés entre les terroristes d’ETA
et les mouvements politiques et sociaux du Pays
basque espagnol. Le Code pénal espagnol prévoit la
suspension, d’une durée maximale de cinq ans, des
activités de toute association ou entreprise considérée comme la première étape avant leur interdiction
en tant qu’organisation illégale.
Le sommet de Johannesburg
Dix ans après Rio et l’apparition de la
notion de développement durable comme
principe directeur de politique internationale (croissance économique compatible
avec le respect de l’environnement et le
progrès social), le président sud-africain
Thabo Mbeki a inauguré le Sommet mondial
du développement durable à Johannesburg
le 26 août 2002.
Un agenda chargé, 195 pays présents, plus
de 100 chefs d’État, 7 000 ONG, des associations, de nombreux syndicats. Les représentants
de la société civile tiennent en « off » leur contresommet, espérant influer sur la rédaction du
texte final. Mais les regards sont tournés vers un
absent de taille : le président Bush n’a pas daigné
faire le voyage en Afrique du Sud et a dépêché
son secrétaire d’État Colin Powell.
Cette chaise vide laisse à l’Europe un rôle à jouer
dans le rééquilibrage des clivages Nord-Sud. Le
président Chirac l’a bien compris qui a décidé de
rester sur place deux journées entières et s’est fait
accompagner d’une des plus importantes délégations (trois ministres, une vingtaine d’élus). À
l’heure de la mondialisation, ces rendez-vous internationaux permettent d’entretenir la prise de
conscience d’une nécessaire coexistence dans
la gestion politique entre l’échelon global et le
local. Grande nouveauté, le secteur privé s’est
invité au sommet et les représentants des plus
grosses multinationales ont tenu à participer aux
débats. Les entreprises sont présentes partout,
sur les stands, dans les coulisses. Le Sommet de
la Terre a d’ailleurs été rebaptisé pour l’occasion
« Sommet mondial du développement durable,
des entreprises du monde entier ». De l’américain Coca-Cola au réassureur Swiss Ré, des Trois
Suisses à Monoprix, chacun rivalise de preuves
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
91
de bonne conduite pour gagner ses galons de
protecteur de l’environnement.
« De minces avancées depuis Rio »
Il faut dire que les attentes sont grandes. À
Rio en 1992, les différents États industrialisés
s’étaient engagés à respecter un certain nombre
de protocoles. Dix ans plus tard, les mêmes
sujets d’inquiétude sont inscrits à l’agenda de
Johannesburg : le réchauffement climatique, la
trop grande concentration de dioxyde de carbone dans l’air, les émissions de gaz à effet de
serre dans les pays riches toujours dix fois supérieures à celles des autres pays, 1 milliard d’individus privés d’accès à l’eau potable, 2 milliards
toujours sans électricité et le même nombre
vivant avec moins d’un euro par jour. L’écart
Nord-Sud continue à se creuser et l’aide au développement, qui aurait dû représenter 0,7 % de
l’effort financier consenti par les pays riches, ne
dépasse pas les 0,2 % du PIB. Les pays du Sud
refusent que l’aide soit conditionnée par le respect du principe de bonne gouvernance. Les
pays du Nord continuent de rester sourds aux
revendications formulées par les plus pauvres
qui souhaitaient notamment une disparition des
subventions agricoles dans les pays développés
afin de restaurer une certaine compétitivité de
leurs exportations.
« Tractations et points de blocage »
Les discussions traînent donc en longueur et les
pays peinent à trouver des compromis. Premier
désaccord de taille : le différend franco-amé-
ricain sur le protocole de Kyoto qui prévoit la
réduction de l’émission de gaz à effet de serre.
En 1997, le protocole avance des objectifs à atteindre : une réduction de 5,2 % des émissions
d’ici à 2008 pour retrouver le niveau des années
1990. En novembre 2001 à la conférence de
Marrakech, la plupart des pays riches tombent
d’accord sur la nécessité de limiter les émissions
de dioxyde de carbone. Tous, sauf les États-Unis
qui refusent de prendre le moindre engagement
dans ce sens. Or, pour être adopté et entrer en
vigueur, le protocole de Kyoto doit être ratifié
par 55 % des signataires représentant 55 % du
total des émissions. Les États-Unis, gros pollueurs, jouent la carte du blocage et l’ensemble
des signataires ne couvre que 35,8 % des émissions. Les Européens savent également faire la
sourde oreille, notamment quand on leur parle
de subventions agricoles. Jusqu’à la dernière minute, les discussions achoppent par ailleurs sur
la question de l’accès aux soins dans les pays en
développement et sur celle du droit des femmes
à l’avortement.
« Un bilan mitigé »
Après moult débats, un plan d’action est finalement adopté et une déclaration politique rédigée, mais les détracteurs pointent l’imprécision
des textes : les objectifs ne sont ni chiffrés ni
fixés à échéance. « La montagne Johannesburg a accouché d’une souris », commentent
les représentants de la société civile. Réunis dans
le groupe des 77, les 133 pays en voie de développement qui attendaient des engagements
concrets et des délais précis ne cachent pas leur
déception. Le 4 septembre, jour de « cérémonie funèbre », les représentants des ONG, qui
s’estiment supplantés par les acteurs privés,
défilent en noir, bâillonnés d’autocollants « plus
de sommet de la honte ». Unanimes, ils dénoncent la démission des États. « Johannesburg, ce
n’est pas Rio + 10 mais Rio – 10 », déplore
un militant écologiste regrettant « l’absence
de dates, de chiffres et d’objectifs concrets ».
D’importants points de blocage demeurent :
discussions interminables autour de l’interprétation du principe de précaution, positions très
évasives sur les énergies alternatives, décisions
minces sur le thème de la biodiversité (défense
des espèces, déforestation) et des ressources
naturelles. Pourtant, concernant la question du
climat, les avancées sont décisives. Plusieurs
pays, parmi lesquels le Canada et la Russie,
qui n’avaient pas ratifié le protocole de Kyoto,
s’engagent à le faire avant la fin de l’année. Mis
à part le différend qui a opposé le président du
Zimbabwe et le Premier ministre britannique
Tony Blair au sujet de la politique d’éviction des
fermiers blancs, le sommet n’a pas été émaillé
d’incidents diplomatiques majeurs. Le secrétaire des Nations unies Kofi Annan, jugeant que
l’attente et les espoirs placés dans ce sommet
étaient peut-être trop élevés, préfère s’en tenir
à une idée positive et reconnaît comme mérite
à la conférence d’avoir « généré de l’engagement politique » et retient une « impulsion à
soutenir ». Rendez-vous est fixé à 2012, pour
voir si oui ou non Johannesburg aura apporté
une contribution décisive.
CÉLINE CABOURG
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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JOHANNESBURG EN 5 POINTS
– Eau : réduire de moitié d’ici à 2015 la
proportion d’êtres humains privés d’eau
potable.
– Énergie : diversifier l’approvisionnement
énergétique en développant des technologies novatrices.
– Biodiversité : la réduction souhaitée
de l’appauvrissement de la biodiversité
nécessitera le déblocage de nouvelles
ressources financières et techniques en faveur des pays en voie de développement.
– Protocole de Kyoto : les États qui ont
déjà ratifié appellent ceux qui ne l’ont pas
encore fait à le faire en temps et en heure.
– Pauvreté : réaliser l’« objectif de la déclaration du millénaire de septembre 2000 » :
réduire la moitié d’ici à 2015 la population
mondiale qui souffre de la faim.
Batasuna : une interdiction à
risques
Suspension, interdiction : après des années
de mises en garde, la justice et la classe
politique espagnoles sont passées à l’acte
à l’encontre du terrorisme basque. Les
mesures qui visent Batasuna sont justifiées. Il reste que, dans une démocratie, la
répression d’un parti qui représente encore
localement 10 % des électeurs soulève
certaines questions.
C’était une bombe de trop. Le 4 août, l’explo-
sion d’une voiture piégée près d’une caserne
de la Guardia Civil, dans la station balnéaire très
fréquentée de Santa Pola, proche d’Alicante,
à une heure d’affluence, a tué deux personnes
et peut-être signé l’arrêt de mort de Batasuna.
Pas de membre des forces de l’ordre ni même
d’homme politique parmi les victimes : juste
un retraité et une fillette de six ans. La bombe
constituée de 50 kg d’explosif ne visait aucune
cible « politique » ou « militaire » ; aveugle et gratuit, l’attentat était destiné à tuer le maximum
de personnes, dans le cadre de la « campagne
d’été » de l’ETA dirigée contre les intérêts touristiques de l’Espagne. Avec le conseiller municipal
socialiste tué à Orio, au Pays basque, en mars, ces
deux morts portent à trois le nombre de victimes
de l’organisation armée clandestine depuis le
début de l’année. La classe politique espagnole
dans son ensemble et le gouvernement autonome basque ont condamné l’attentat et appelé
à des manifestations de protestation. À l’exception notable de la coalition indépendantiste Batasuna, considérée comme la « vitrine légale »
de l’ETA.
« Ordures humaines »
Le lendemain de l’attentat, des dizaines de
milliers d’Espagnols à travers le pays se sont
mobilisés une fois de plus contre l’ETA, démontrant ainsi l’isolement des extrémistes basques
et la profonde impopularité de leur stratégie.
Le même jour, aux obsèques des victimes, le
Premier ministre, José Maria Aznar, a qualifié d’« ordures humaines » les dirigeants de
Batasuna, « tout aussi responsables » du terrorisme que l’ETA, à ses yeux, en raison de leur
refus de condamner les attentats et de dénoncer
les exactions commises au nom de la lutte pour
l’indépendance du Pays basque. Mais, cette fois,
José Maria Aznar est passé des imprécations aux
actes. Mettant à exécution sa menace d’engager
une procédure d’interdiction de Batasuna si ce
dernier ne condamnait pas l’attentat de Santa
Pola, il a transmis à cet effet les pièces du dossier
au procureur général de l’État et a demandé au
Congrès des députés d’autoriser le gouvernement à saisir le Tribunal suprême. Le Premier ministre a agi en application de la nouvelle loi sur
les partis politiques adoptée en juin – et taillée
sur mesure pour Batasuna, estime-t-on généralement. Fruit du climat instauré par les attentats
du 11 Septembre, celle-ci permet d’interdire un
parti qui « soutient activement ou tacitement
le terrorisme ». L’absence de condamnation
d’un attentat terroriste vaut-elle soutien tacite ?
La justice aussi s’intéresse à Batasuna. Au terme
de cinq années d’enquête sur la nébuleuse de
mouvements entourant l’ETA, le juge antiterroriste Baltasar Garzon a gelé les comptes bancaires du parti basque, en juin. Le qualifiant de
« société écran » de l’ETA, il l’a estimé « civilement responsable » des dégâts occasionnés
par la guérilla urbaine que mènent diverses organisations de la jeunesse indépendantiste, tour
à tour interdites, sous l’égide de l’ETA.
Le 26 août, les actions politiques et judiciaires
conduites à l’encontre de Batasuna se sont
spectaculairement rejointes. Poursuivant sa démarche, le juge Garzon a ordonné la suspension
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
93
pour trois ans des activités politiques de Batasuna, en application de l’article du Code pénal
qui permet de faire ainsi cesser un délit présumé,
en l’occurrence celui de collusion avec l’ETA. En
conséquence, Batsuna a été sommé de fermer ses permanences et de s’abstenir de toute
manifestation politique ; ses élus ne pourront
plus exercer leur mandat qu’à titre individuel. Le
même jour, le Congrès des députés réuni en session extraordinaire a autorisé le gouvernement
à saisir le Tribunal suprême d’une demande d’interdiction de Batasuna. Seuls les élus du Parti
nationaliste basque (PNV), au pouvoir à Bilbao,
ont voté contre ; les nationalistes catalans de
Convergence et Union et les communistes se
sont abstenus.
Risques de dislocation
En démocratie, l’interdiction d’un parti politique
n’est jamais anodine. Celle-ci se justifie pleinement, politiquement, juridiquement et moralement. Batasuna aura beau continuer à dénoncer
la « dictature » de Madrid, personne ne niera le
fait que le Pays basque est certainement la région d’Europe qui bénéficie du plus large régime
d’autonomie possible, et que les institutions
européennes offrent toutes les garanties de
recours aux citoyens basques qui se sentiraient
opprimés. L’interdiction de Batasuna n’en pose
pas moins de nombreuses questions. Les affrontements causés par l’intervention de la police
basque contre les permanences du mouvement
indépendantiste, en application de la décision
du juge Garzon, ont illustré les risques de dislocation qui menacent une communauté à l’identité politique et sociale encore imparfaitement
constituée. Sur le terrain, la disparition de Batasuna ne va-t-elle pas faire de l’ETA la seule référence du mouvement indépendantiste radical ?
De quelle possibilité d’expression, en effet, disposeront désormais les électeurs de Batasuna ?
De plus, comme le demandait un représentant
du PNV : « Qui va-t-on mettre hors la loi après
le prochain attentat ? »
ALAIN POLAK
BATASUNA ET ETA
Euzkadi Ta Akatasuna (ETA) – « Patrie et
Liberté » – est créé en 1959 par des opposants aux conservateurs du Parti nationaliste basque (PNV). En décembre 1973,
il se distingue par l’assassinat de l’amiral
Carrero Blanco, président du gouvernement et successeur désigné de Franco. En
novembre 1975, la mort du caudillo ouvre
la voie à la démocratisation du pays. Coalition indépendantiste de l’extrême gauche
« patriote », Herri Batasuna (HB) – « Unité
populaire » – est créée en avril 1978 en
prévision de l’octroi d’un statut d’autonomie au Pays basque – il sera adopté par
référendum en octobre 1979. Soutenue par
l’aile dure de l’ETA, HB fait figure de « vitrine légale » de l’organisation clandestine.
Lors des premières élections régionales,
en mars 1980, les modérés du PNV remportent la majorité au Parlement basque,
qu’ils détiennent toujours. En octobre
1998, un mois après la proclamation par
l’ETA d’une trêve « illimitée », la coalition
Euskal Herritarok (EH) fondée par HB crée
la surprise en obtenant près de 18 % des
suffrages et 14 élus sur 75 aux élections
régionales. En mai 2001, seize mois après
la rupture de la trêve par l’ETA, EH perd la
moitié de ses représentants au Parlement
de Vitoria, plafonnant à 10 % des voix.
Selon le sociologue basque Javier Elzo,
« dans Batasuna, 30 000 à 50 000 militants approuvent les actions de l’ETA et
une minorité y collabore. Mais la majorité,
100 000 personnes environ, est contre et
25 000 autres changent d’opinion selon les
cas ».
30
France/Roumanie
Accord sur l’immigration clandestine
Le ministre français de l’Intérieur Nicolas Sarkozy
signe à Bucarest avec son homologue roumain Ioan
Rus un protocole sur la lutte contre « la criminalité organisée et la traite des êtres humains ». L’accord symbolise la « nouvelle politique de l’immigration » du ministre
français, qui fait de la Roumanie son premier champ
d’application. Il prévoit, à partir du 15 septembre, le
détachement de fonctionnaires de police français en
Roumanie afin d’assister les douaniers locaux dans
le contrôle des frontières. En aval, le protocole signé
par Nicolas Sarkozy et Ioan Rus définit les nouvelles
modalités d’expulsion – « de réadmission », selon le
jargon officiel – des Roumains en situation irrégulière
en France, soit ceux qui ont dépassé les trois mois au
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titre du séjour touristique. Selon Nicolas Sarkozy, sur
les huit premiers mois de 2002, 7,5 % des délinquants
interpellés (soit 580 personnes) dans la zone de la
Préfecture de Police de Paris (Paris et les Hauts-deSeine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne) sont
des Roumains. Les prochains partenaires annoncés
de la « nouvelle politique de l’immigration », désignés
par Nicolas Sarkozy, sont l’Afghanistan et le Mali.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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Septembre
2
France
Jacques Chirac au Sommet de la Terre
S’exprimant au Sommet de la Terre à Johannesburg,
Jacques Chirac plaide pour que les pays riches et les
pays du Sud admettent leur responsabilité partagée
pour sauver la planète et concluent « une alliance
mondiale » pour le développement durable. En outre,
il évoque une taxe mondiale pour financer le développement et préconise que les pays riches portent
l’aide au développement à 0,7 % de leur PIB dans les
dix ans afin d’éradiquer la pauvreté, l’un des « cinq
chantiers prioritaires » avec, selon le président de la
République, la ratification du protocole de Kyoto sur
les changements climatiques, la préservation de la
diversité biologique et culturelle, un changement
des modes de production et de consommation et
une « gouvernance mondiale » avec la création d’un
Conseil de sécurité économique et social et d’une
Organisation mondiale de l’environnement.
5
Afghanistan
Tentative d’attentat contre Hamid
Karzaï
Le président afghan Hamid Karzaï échappe à une
tentative d’assassinat : un garde en uniforme a ouvert
le feu sur sa voiture alors qu’il quittait la résidence du
gouverneur de Kandahar, Gui Agha Sherzaï, qui a
été blessé. Le président afghan se trouvait à Kandahar pour assister au mariage de son plus jeune frère,
Ahmed Wali Karzaï.
8
Népal
Offensive rebelle au Népal
La guérilla maoïste au Népal lance une attaque
d’envergure contre des postes de sécurité, au sudouest de Katmandou. Les rebelles, dont le nombre
est estimé à 4 000, visent le secteur de Sandhikharka
du district d’Arghakanchi, à environ 300 km au sudouest de la capitale népalaise. Cette attaque survient
au lendemain d’un raid meurtrier mené par un millier
de rebelles contre un poste de police de l’est du pays,
qui a fait 49 morts dans les rangs des forces de l’ordre.
Cette opération des maoïstes est la plus sanglante
depuis la levée de l’état d’urgence, le 28 août. Le
gouvernement envisage de rétablir ce dernier, mais
certains partis politiques s’y opposent à l’approche
des élections législatives, qui doivent débuter le
13 novembre et que les rebelles veulent torpiller. La
guérilla maoïste lutte depuis 1996 pour l’instauration
d’une république communiste au Népal.
9
Autriche
Crise politique
Le chancelier conservateur Wolfgang Schüssel (parti
du Peuple, centre droit) annonce qu’il ne lui est plus
possible de gouverner et présente en conséquence
la démission de son gouvernement en raison de la
grave crise qui secoue le parti de la Liberté (FPÖ), le
parti d’extrême droite – autrefois dirigé par Jörg Haider – avec lequel il partage le pouvoir. Le Parlement
pourrait être dissous le 19 septembre et de nouvelles
élections auront lieu avant la fin de l’année. Cette
crise intervient après que la vice-chancelière Susanne
Riess-Passer et le ministre des Finances Karl-Heinz
Grasser, tous deux membres du parti de la Liberté,
ont annoncé leur démission du gouvernement en
raison d’une crise interne au sein de leur formation.
Le président du groupe FPÖ au Parlement, Peter
Westenthaler, a lui aussi démissionné. Mme Riess-
Passer, qui dirige le FPÖ, estime que les désaccords
internes au sein de sa formation l’empêchent de
travailler efficacement au sein du gouvernement et
de la coalition au pouvoir. Ces démissions devraient
combler Jörg Haider, actuel gouverneur de la province de Carinthie, qui conteste l’action du gouvernement de coalition, notamment à propos du retrait
d’un projet de réforme fiscale.
France
Inondations meurtrières dans le Sud-Est
Des pluies diluviennes s’abattent pendant vingtquatre heures sur le Gard, le département le plus touché, l’Hérault, le Vaucluse, l’Ardèche et les Bouchesdu-Rhône, provoquant les crues du Vidourle, du
Gardon et du Rhône. Le réseau routier est paralysé, le
trafic ferroviaire interrompu, des dizaines de milliers
de foyers privés d’électricité, plus de 1 000 personnes
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hébergées dans des centres d’accueil. Une digue a
cédé dans la région de Sommières (Gard), entraînant d’importantes crues du Vidourle, de Sommières
jusqu’au Grau-du-Roi. Le bilan humain est lourd, avec
au moins 23 morts et une trentaine de disparus. Le
ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy annonce que
le montant des dégâts des inondations est évalué
à 1,2 milliard d’euros, dont 80 % pour le seul département du Gard. L’État devrait fournir une aide de
40 millions d’euros dans le cadre de la procédure de
calamité agricole et le fonds d’intervention et de sauvegarde de l’artisanat et du commerce sera mobilisé
pour compenser les pertes d’exploitation. La Région
Provence-Alpes-Côte d’Azur annonce pour sa part le
déblocage de 10 millions d’euros.
Le gouvernement autrichien met
fin à l’expérience populiste
Les dissensions profondes déchirant le
parti de la droite populiste associé aux
conservateurs au sein d’une coalition très
controversée au pouvoir à Vienne depuis
février 2000 ont eu raison du gouvernement
du chancelier Wolfgang Schüssel.
Sous la pression des radicaux de son parti
emmenés par Jörg Haider, la vice-chancelière Susanne Riess-Passer démissionne le 8 septembre, entraînant l’éclatement de la coalition.
Plutôt que de poursuivre en l’état l’expérience
aventureuse d’une alliance avec la droite populiste, le chancelier conservateur opte pour
de nouvelles élections législatives, fixées au
24 novembre.
La crise couvait depuis plusieurs mois à Vienne,
et était inscrite d’ailleurs dans l’acte de naissance même de la coalition associant depuis
février 2000 le parti conservateur ÖVP à la droite
populiste rassemblée sous la bannière du parti
de la Liberté (FPÖ, extrême droite). Régulièrement secouée par les frasques de Jörg Haider,
qui, depuis son poste de gouverneur de Carinthie, continuait à tirer les ficelles d’un parti dont
il a officiellement quitté la direction, la coalition
au parfum de scandale ne semblait tenir que
par l’obstination du chancelier conservateur
Wolfgang Schüssel, à l’origine de cette alliance
controversée. Pourtant, le chancelier n’aura pas
à se dédire, en revenant sur une décision politique qu’il s’est entêté à assumer, comme par
provocation, malgré l’opprobre international et
les menaces d’ostracisme qu’elle lui a valus.
Un FPÖ déchiré par des luttes intestines
Les dissensions internes du FPÖ, déchiré depuis
de longs mois entre un noyau radical résolument
à son aise dans l’opposition et une frange libérale et pragmatique, plus apte au compromis,
épargneront à M. Schüssel cet exercice d’autocritique, en réussissant là où avaient échoué
les gigantesques manifestations de rue de
l’opposition autrichienne et les pressions de la
communauté internationale : faire tomber un
gouvernement en perte de popularité en débarrassant au passage les conservateurs de partenaires devenus d’autant plus encombrants qu’ils
multipliaient les obstacles à la mise en oeuvre
des réformes. En présentant le 8 septembre sa
démission du gouvernement, pour se soustraire,
a-t-elle expliqué, aux pressions devenues insupportables de Jörg Haider et des radicaux du FPÖ
dont elle est pourtant la présidente en exercice,
la vice-chancelière allait provoquer l’éclatement
de la coalition au pouvoir. Comme le ministre
des Finances Karl-Heinz Grasser, lui aussi démissionnaire, dans le collimateur de J. Haider pour
ses positions plus modérées, elle avait refusé
obstinément d’honorer l’une des promesses
électorales du parti d’extrême droite, c’est-à-dire
la baisse des impôts à partir de 2003. Mme RiessPasser voulait éviter un congrès extraordinaire
du FPÖ qui aurait désavoué la ligne politique du
gouvernement sur ce point comme sur l’élargissement à l’Est de l’UE, soutenu par l’équipe gouvernementale et auquel les amis de M. Haider
sont farouchement opposés. Mais les dissensions
étalées par le parti populiste étaient devenues
« difficilement supportables pour l’opinion
publique », selon M. Grasser qui a soutenu la
vice-chancelière tout au long de cette crise dont
le chancelier Schüssel refusera qu’elle se règle
par un compromis permettant le maintien de la
coalition. Car après le départ du gouvernement
de ses deux ténors, le FPÖ comptait encore cinq
ministres et secrétaires d’État, dont celui en
charge de la défense. Le chancelier avait donc
la possibilité de remanier son gouvernement
en acceptant deux candidats ministres proposés par J. Haider, qui tablait d’ailleurs sur un tel
scénario pour imposer plus efficacement sa politique dans le gouvernement. Mais déjouant les
attentes du leader populiste, et prenant de court
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
97
une opposition sociale-démocrate qui misait sur
un prolongement de la crise débouchant sur des
élections anticipées au printemps 2003, au lieu
de l’automne 2003, comme le prévoyait le calendrier électoral, M. Schüssel optera pour l’autre
solution, qui consistait à présenter la démission
de son équipe au président Thomas Klestil et à
précipiter l’échéance.
La fin d’une expérience aventureuse
Il s’exécutera dès le 9 septembre, signant du
même coup la fin de l’alliance avec la droite
populiste pour laquelle il n’exprimera d’ailleurs
aucune sorte de remords. Après avoir suscité
un tollé en Autriche et en Europe pour avoir été
le premier responsable politique de l’UE à faire
entrer au gouvernement une formation incluant
des éléments d’extrême droite, il se flatte désormais d’être le premier à avoir interrompu cette
expérience à haut risque. Avec une certaine discrétion, certes, car si M. Schüssel compte bien
engranger les dividendes de cette rupture, dont
il rejette d’ailleurs la responsabilité sur M. Haider, lors des élections fixées au 24 novembre,
il n’exclut pas de s’allier à nouveau au FPÖ si ce
dernier choisit une ligne plus modérée. Dopé
par des sondages qui, après avoir sanctionné
son gouvernement, soulignent l’adhésion de
l’opinion à sa décision d’anticiper le scrutin,
le chancelier se déclarait en tout cas prêt à se
soumettre à l’épreuve des urnes, même si la
nostalgie de l’époque plus sereine de la grande
coalition entre socialistes et conservateurs commence à se fait sentir dans l’électorat. L’ambition
du chancelier semble toutefois peu compatible
avec les exigences de l’opposition de gauche,
qui rechigne à revenir à une grande coalition
avec ses anciens partenaires conservateurs de
l’ÖVP s’ils ne se sont pas choisis un autre chef de
file. Disposant depuis des mois d’une cote stable
de 35 %, les socialistes du SPÖ sont sensibles à
d’autres précédents que ceux dont se réclame
le chancelier sortant, suivi peu après par les
conservateurs néerlandais, en divorce eux aussi
avec leurs éphémères partenaires populistes :
envisageant une coalition avec les Verts, crédités de 12 à 14 %, ils comptent bien profiter du
renversement de tendance observé depuis peu
en Europe et espèrent rééditer dans les urnes
l’exploit des socialistes suédois et allemands.
ULYSSE GARO
LE FPÖ TENTE DE REMONTER LA PENTE
En chute libre dans les sondages, le FPÖ
est le grand perdant de la crise qui a causé
l’éclatement d’une coalition sur laquelle
comptait J. Haider pour « révolutionner »
la société. Après avoir fait son deuil de
ses ambitions de chancelier, le leader
populiste renonçait le 14 septembre à la
présidence du FPÖ, confiée en mai 2000 à
Mme Riess-Passer. M. Haider a ainsi boudé
le congrès du FPÖ qui devait trancher, le
21 septembre, entre les radicaux, favorables à une ligne nationaliste dure, et les
pragmatiques, désireux de poursuivre la
coopération avec la droite classique. Ces
derniers l’ont emporté, avec l’élection, par
92 % des délégués, de Mathias Reichold,
un ancien proche de M. Haider devenu
modéré. L’élection à la tête du FPÖ, qu’il
entend transformer en un parti libéral, de
cet agriculteur de Carinthie, ministre des
Transports, est censée resserrer les rangs
du parti dans la perspective du scrutin de
novembre.
11
Pakistan
Arrestations de membres d’al-Quaida
L’armée américaine annonce l’arrestation d’un
homme soupçonné de financer les talibans ou le
réseau al-Qaida d’Oussama Ben Laden au cours de
l’opération « Champion Strike » menée dans la province de Paktika dans le sud-est de l’Afghanistan, à
la frontière avec le Pakistan. Au moins huit autres
personnes sont appréhendées et un important stock
d’armes saisi. Au Pakistan, cinq hommes suspectés d’appartenir au réseau al-Qaida et arrêtés par la
police pakistanaise à Karachi sont remis aux ÉtatsUnis. Parmi eux figure Ramzi ben Al-Shaiba, qui avait
déclaré dans une interview accordée à la chaîne qatariote al-Jazira être l’un des coordinateurs des attentats du 11 Septembre. Par ailleurs, la police italienne
interpelle 15 ressortissants pakistanais soupçonnés
d’appartenir au réseau al-Qaida d’Oussama Ben Laden. Ces arrestations ont lieu à Caltanissetta, localité
du centre de la Sicile. Ces hommes devraient être
inculpés pour association subversive et association
ayant pour objectif une entreprise terroriste internationale. Depuis les attentats commis aux États-Unis,
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
98
l’Italie apparaît comme la principale base logistique
d’al-Qaida en Europe.
12
France
Démission de Michel Bon
Le président de France Télécom présente sa démission au gouvernement français lors d’un conseil
d’administration de l’opérateur public, détenu à 55 %
par l’État français. Malgré une progression de 10 % de
son chiffre d’affaires, France Télécom affiche pour le
premier semestre une perte record de 12,18 milliards
d’euros. Le ministre de l’Économie et des Finances
Francis Mer déclare que le successeur de Michel Bon
sera désigné au début d’octobre. Le ministre délégué
au Budget et à la Réforme budgétaire Alain Lambert
annonce que la solution d’une recapitalisation de
France Télécom sera étudiée avec le nouveau management. Il estime cette recapitalisation à 15 milliards
d’euros, sans que « l’opération ne passe sur le budget
de l’État ».
États-Unis
Bush à l’ONU
Dans un discours prononcé devant l’Assemblée
générale des Nations unies, le président américain
George W. Bush dénonce les violations du droit international perpétrées, selon lui, par Bagdad, et fixe cinq
conditions au régime de Saddam Hussein sans lesquelles « une action est inévitable » : « retirer ou détruire
immédiatement et sans conditions toutes ses armes de
destruction massive, tous ses missiles longue portée et
tous les matériels les accompagnant » ; « mettre immédiatement fin à tout soutien au terrorisme et agir pour
le supprimer » ; « cesser les persécutions contre la population civile » irakienne ; « régler les contentieux restant
de l’invasion du Koweït » ; « mettre fin immédiatement
au commerce illicite en dehors du programme pétrole
contre nourriture » supervisé par l’ONU.
14
Athlétisme
Nouveau record du 100 mètres
L’Américain Tim Montgomery, âgé de vingt-sept ans,
bat le record du monde du 100 mètres sur la piste du
stade Charléty, à Paris, lors de la finale du Grand Prix.
Parcourant la distance en 9 secondes 78 centièmes,
il améliore d’un centième le record détenu par son
compatriote Maurice Greene depuis 1997.
France
Cinq pompiers morts au feu
Cinq pompiers de la 5e brigade affectés à la caserne
Champerret, dans le XVIIe arrondissement de Paris,
sont victimes de deux explosions successives lors
d’une intervention anodine dans une chambre de
bonne à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Les deux
locataires de la chambre sont interpellés.
15
Suède
Victoire des sociaux-démocrates aux
législatives
La gauche arrive largement en tête des élections
législatives avec 53 % des suffrages et 191 mandats
sur 349, contre 43,8 % à l’opposition de droite. À eux
seuls, les sociaux-démocrates, dont le gouvernement
minoritaire bénéficiait jusqu’à présent du soutien
au Parlement du parti de Gauche (ex-communiste)
et des Verts, recueillent 40 % des voix (+ 3,6 points)
et 144 sièges (+ 13). « C’est un succès fantastique », a
commenté le Premier ministre social-démocrate sortant Göran Persson. Le parti de Gauche recule à 8,4 %
(– 3,6 points) et 30 mandats (– 13) tandis que les Verts
recueillent 4,6 % des voix (+ 0,1 point) et 17 mandats
(+ 1). L’opposition de droite, qui avait présenté une
plate-forme commune, recueille 43,8 % des suffrages
et 158 mandats, 1 de moins que dans la législature
sortante. Grands perdants du scrutin, les conservateurs, avec 15,1 % des voix, n’ont plus que 55 sièges
(– 7,8 points, – 27 sièges). Le taux de participation a
été le plus faible depuis les années 1950 : seulement
79 % des électeurs se sont déplacés.
L’indémodable modèle suédois
Les législatives du 15 septembre ont
accordé une victoire écrasante aux
sociaux-démocrates, dont le chef de file,
Göran Persson, a été reconduit à la tête
d’un gouvernement de coalition qui peut se
passer de l’appui des Verts. Cette victoire
doit être mise à l’actif du Premier ministre,
qui a déployé tous ses efforts pour ranimer
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
99
le modèle social suédois, toujours en vogue
auprès des électeurs.
Au-delà, cette victoire marque le reflux de
la vague conservatrice qui avait emporté
les gouvernements sociaux-démocrates dans
nombre de pays de l’UE et constitue un bon présage pour la gauche allemande, qui se soumettait à l’épreuve des urnes le 22 septembre.
La rose rouge n’est pas fanée
Rompant le cycle des défaites qui tendaient
à déplacer vers la droite le centre de gravité
politique de l’UE, les sociaux-démocrates suédois ont remporté une éclatante victoire lors
des législatives du 15 septembre. Forts de plus
de 40 % des suffrages, les sociaux-démocrates,
conduits par le Premier ministre sortant, Göran
Persson, ont montré que les revers électoraux
essuyés par les partis de gauche au pouvoir dans
un certain nombre de pays européens, où ils ont
été emportés par une vague conservatrice charriant parfois des relents populistes, n’avaient rien
d’une fatalité. Contre tous ceux qui « traitent les
sociaux-démocrates de démodés », G. Persson
a démontré magistralement que la rose rouge
qu’ils se sont choisie pour emblème ne s’est pas
fanée, en Suède en tout cas, où, avec leurs alliés
verts et ex-communistes, ils remportent 53,2 %
des voix, devançant ainsi de 10 points la coalition de droite, à la grande surprise des instituts
de sondage qui annonçaient un score bien plus
serré. Les sondages n’avaient pas prévu en effet
l’effondrement du Parti conservateur, qui n’a recueilli que 15,2 % des voix, soit presque 8 points
de moins qu’en 1998, un déficit de voix dû notamment à sa baisse de popularité dans l’électorat jeune. Avec 30 sièges de moins au Parlement,
le Parti conservateur s’est retrouvé presque au
niveau du Parti libéral qui, avec 13,2 % des voix
(4,7 % en 1998), a été promu, en moins de deux
mois, au rang de troisième force politique. C’est
par cette promotion soudaine du Parti libéral,
qui doit beaucoup au thème de l’immigration
que son leader avait lancé début août dans le
débat politique, que les élections suédoises
rejoignent une constante populiste observée
dernièrement dans les processus électoraux
d’autres pays européens, certes avec la modé-
ration de ton propre à la Suède. Car si le thème
de l’immigration et de son corollaire presque
obligé, la sécurité, a permis aux libéraux de faire
une percée spectaculaire dans les sondages
puis dans les urnes et constitue une concession au populisme en vogue dans d’autres pays
européens, ce parti de tradition humaniste peut
difficilement être accusé de xénophobie et fait
toujours figure de garde-fou présentable à une
extrême droite qui vient de montrer ailleurs, aux
Pays-Bas et en France par exemple, sa capacité
de mobilisation.
Piètre résultat pour les Verts
En tout état de cause, ces bouleversements
à droite de l’échiquier politique suédois ne
semblent menacer en rien la prééminence du
Parti social-démocrate, qui est toujours, et de
très loin, la première force politique du pays et
entend bien le rester, d’autant plus que le piètre
score des Verts lui permet de se passer du soutien d’alliés écologistes qui se sont montrés bien
encombrants au Parlement depuis quatre ans.
Antieuropéens convaincus, ce qui les plaçait souvent en contradiction avec des sociaux-démocrates en phase avec Bruxelles même s’ils se sont
accordé un délai pour l’entrée dans le club de
l’euro, les Verts avaient fait monter les enchères à
la veille du scrutin en exigeant un poste ministériel en échange de leur soutien. Le chantage, auquel le Premier ministre avait adressé une fin de
non-recevoir, ne s’est pas avéré payant et, dans
ce pays où l’écologie est intégrée à la culture politique, les électeurs ont surtout voté en faveur
de ceux qui leur semblaient les mieux à même
de défendre un « modèle suédois » fondé sur une
répartition équitable des richesses, auquel ils
restent très attachés, contre vents et marées de
la mondialisation. Même les arguments fiscaux
avancés par la coalition de centre droit, qui avait
fait de la baisse des impôts, parmi les plus lourds
des pays occidentaux, son cheval de bataille,
n’ont pas ébranlé la foi des Suédois en leur « modèle ». D’autant que la défense de ce solide système de protection sociale allait de pair avec un
bilan économique et politique plutôt favorable
au gouvernement de G. Persson qui, en quatre
ans, a redressé les finances publiques et ramené
l’inflation à 2 %. Si les Suédois ont par ailleurs
apprécié les efforts du Premier ministre pour remodeler une image souvent taxée de dirigisme,
ils lui ont surtout su gré d’avoir tenu sa promesse
électorale de 1998 de réduire le chômage de
moitié. Touchant 4,1 % de la population active,
le taux de chômage en Suède est l’un des plus
bas d’Europe. Ils l’ont aussi jugé sur la stature
internationale qu’il a acquise depuis les attentats
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
100
du 11 septembre 2001, en rangeant la Suède aux
côtés des États-Unis, au prix de sa sacro-sainte
neutralité. Alors qu’avec leurs alliés ex-communistes les sociaux-démocrates disposent désormais, avec 175 sièges, de la majorité absolue au
Parlement de Stockholm, G. Persson pouvait se
permettre d’adresser ses encouragements aux
« camarades allemands », qui devaient passer
l’épreuve des urnes le 22 septembre, en espérant
que sa victoire sera un autre modèle suédois,
cette fois pour les élections à venir en Europe.
Confirmant le ressaisissement de la gauche, la
victoire à l’arraché de Gerhard Schröder et des
sociaux-démocrates allemands lui donnera
raison.
ULYSSE GARO
GÖRAN PERSSON
À cinquante-trois ans, Göran Persson est le
principal artisan de la victoire des sociauxdémocrates. En deux ans, il est parvenu
à troquer son image de « décideur solitaire » contre celle de « père de la nation »,
d’autant plus respecté après la présidence
suédoise de l’UE en 2001 et après son soutien aux Américains dans leur lutte contre
le terrorisme. Né en 1949 dans une famille
modeste de Vingaaker, il devient le président des jeunes sociaux-démocrates dès
dix-sept ans. S’il renonce à ses études
de sociologie, il persévère dans la carrière politique, devenant député à trente
ans. Dix ans plus tard, il devient ministre
de l’Éducation, avant d’être nommé aux
Finances en 1994. Il y reste deux ans, le
temps d’accompagner l’entrée de la Suède
dans l’UE, puis Ingvar Carlsson lui passe
le relais, à la tête du gouvernement et du
Parti social-démocrate. Son budget d’austérité est à l’origine du mauvais score des
sociaux-démocrates en 1998, le pire depuis
la Première Guerre mondiale. G. Persson
doit alors composer avec les Verts et les
ex-communistes pour former un gouvernement minoritaire.
16
Irak
Saddam accepte la venue des
inspecteurs de l’ONU
Soumis à de fortes pressions diplomatiques internationales sur fond de menace d’offensive militaire
américaine, le président irakien Saddam Hussein
déclare accepter le retour sans condition des inspecteurs en armement des Nations unies, absents
de l’Irak depuis quatre ans. La Maison-Blanche et son
alliée, la Grande-Bretagne, réagissent avec scepticisme à la proposition de l’Irak, y voyant une tactique
vouée à l’échec, et affirment qu’une nouvelle résolution de l’ONU reste nécessaire pour forcer Bagdad à
désarmer. La Russie juge quant à elle qu’une nouvelle
résolution n’est pas nécessaire.
France
Arrestation du chef militaire de l’ETA
Le chef présumé des commandos de l’ETA, Juan
Antonio Olarra Guridi, âgé de trente-cinq ans, est
arrêté, avec sa compagne Ainhoa Mugica, à Talence,
près de Bordeaux (Gironde). Juan Antonio Olarra
Guridi, alias « Oskarbi », de nationalité espagnole,
était recherché par les polices française et espagnole
depuis plusieurs années. Alors qu’il appartenait au
commando Madrid de l’ETA, il serait mis en cause
dans l’assassinat en 1991 du colonel Luis Garcia Gorritio et plusieurs assassinats de gardes civils, d’un
policier, ainsi que dans des attentats qui ont coûté
la vie au socialiste Fernando Mugica et au magistrat
Martinez Emperador. Sa compagne est suspectée
de participation à l’assassinat d’un magistrat du tribunal constitutionnel, Francisco Tomas y Valiente, en
1996 et à l’attentat contre le lieutenant colonel Jesus
Agustin Cuesta en 1997. Le 20, deux autres membres
présumés de l’organisation séparatiste basque sont
interpellés à Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne).
Madrid fait part de son intention de demander aux
autorités françaises l’extradition temporaire immédiate des membres présumés de l’ETA afin de les
juger rapidement en Espagne.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
101
17
Japon/Corée du Nord
Le Premier ministre japonais en Corée
du Nord
Le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi effectue une visite historique en Corée du Nord, où
il rencontre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il
à Pyongyang. Les deux dirigeants conviennent
de rouvrir des discussions pour normaliser leurs
relations. Mettant fin à des années de déni, Kim
Jong-il confirme à son homologue que des espions nord-coréens avaient enlevé onze ressortissants japonais il y a trente ans et déclare qu’au
moins quatre d’entre eux sont toujours vivants.
Ce dossier des Japonais disparus constituait le
problème le plus délicat divisant les deux pays.
Le Japon et la Corée du Nord n’ont jamais eu de
relations diplomatiques formelles et des pourparlers de normalisation avaient échoué il y a deux
ans précisément sur ce dossier des enlèvements.
De son côté, le Japon présente des excuses officielles à la Corée du Nord pour l’occupation de la
péninsule de 1910 à 1945.
France
États généraux de la sécurité routière
Jacques Chirac demande au gouvernement de
préparer un plan d’action global contre l’insécurité routière, ce fléau « indigne d’un grand pays
moderne », à l’occasion des États généraux de la
sécurité routière organisés à Paris par le ministre
des Transports Gilles de Robien pour engager
la concertation avec les différents acteurs : sept
ministres, les représentants des principales administrations et ceux des associations, des professionnels, des élus, des experts. Trois thèmes ont
été débattus : comment mieux faire respecter les
règles ? Comment équiper les véhicules pour les
rendre plus sûrs ? Comment renforcer la mobilisation des acteurs de la sécurité routière ? Ces
États généraux constituent le point de départ de
l’action gouvernementale. Elle se poursuivra par
la réunion du Comité interministériel de sécurité
routière (prévue fin novembre), dont les décisions,
celles ne pouvant faire l’objet d’une application
immédiate, seront développées dans le cadre
d’un projet de loi présenté à la session parlementaire de printemps. Avec plus de 8 000 morts et
26 000 blessés graves chaque année sur la route, la
France occupe la position de lanterne rouge de la
sécurité routière en Europe. Le président de la République préconise la mise en oeuvre d’une « nouvelle politique de sécurité routière englobant tous les
aspects du problème » : formation et responsabilisation des conducteurs, prévention des accidents
et organisation des secours, renforcement des
contrôles et de l’efficacité des sanctions. En juillet
dernier, Gilles de Robien avait évoqué la création
d’une police de la route. Le gouvernement pourrait également rendre obligatoire l’installation de
boîtes noires dans les automobiles et abaisser
à zéro le taux d’alcoolémie autorisé au volant,
contre 0,5 gramme par litre actuellement. Le 27, le
président se prononce pour un durcissement des
sanctions pour les usagers de drogues conduisant
une voiture.
18
France
Papon remis en liberté
Maurice Papon est remis en liberté pour raisons de
santé. Soulignant les conclusions « convergentes »
des experts, qui ont estimé que Maurice Papon présentait « un faisceau de pathologies engageant le pronostic vital », la cour d’appel a suivi à la lettre la loi
du 4 mars 2002 sur le droit des malades et ordonné
la « suspension » de sa peine. Ses avocats, Jean-Marc
Varaut et Francis Vuillemin, ont donc obtenu gain
de cause après avoir multiplié recours en grâce et
requêtes devant la Cour européenne depuis trois
ans. Âgé de quatre-vingt-douze ans, l’ancien fonc-
tionnaire de Vichy n’aura effectué qu’un peu moins
de trois ans de prison, soit moins d’un tiers des dix
années de réclusion que lui avait infligées la cour
d’assises de Gironde en 1998, pour « complicités de
crimes contre l’humanité ». En juillet dernier, la Cour
européenne des droits de l’homme avait condamné
la France pour « procès inéquitable », pour avoir obligé
Maurice Papon à se constituer prisonnier à la veille de
son pourvoi en cassation. Le 19, le garde des Sceaux
Dominique Perben donne son accord au parquet
général de Paris pour former un pourvoi en cassation
contre la décision de la cour d’appel de remettre en
liberté Maurice Papon pour raisons de santé : « Le
ministre considère que la décision n’est pas suffisamment explicitée ou motivée. » La chancellerie insiste
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
102
également sur la gravité des crimes qui ont conduit à
l’incarcération de Maurice Papon.
Pakistan
Arrestation des auteurs de l’attentat
antifrançais de Karachi
Le gouvernement pakistanais annonce l’arrestation
de 7 personnes liées au terrorisme. L’une d’elles « est
soupçonnée d’avoir conçu l’attentat contre un autobus près de l’hôtel Sheraton à Karachi » qui avait fait
14 morts, dont 11 ingénieurs français de la Direction des constructions navales de Cherbourg (DCN)
le 8 mai dernier à Karachi. Cet acte terroriste, qui
n’avait pas été revendiqué au moment des faits,
montre une nouvelle fois que les États-Unis ne
sont plus l’unique cible du terrorisme international et que le Pakistan, voisin d’un Afghanistan en
voie de pacification, abrite des groupes extrémistes
très actifs en dépit de sa politique antiterroriste affichée. Toutes les personnes appréhendées appartiendraient, selon les autorités pakistanaises, à une
branche de l’organisation Harkat-ul-Mujahdeen
qui combat l’armée indienne au Cachemire et qui
est réputée avoir des liens avec le réseau al-Qaida
d’Oussama Ben Laden.
19
Côte d’Ivoire
Tentative de coup d’État en Côte
d’Ivoire
Des militaires insurgés attaquent les résidences du
président Gbagbo et des membres du gouvernement ainsi que des bases militaires et d’autres sites
d’Abidjan. Le ministre de l’Intérieur Émile Boga Doudou est tué lors de ces attaques. D’autres attaques
sont signalées dans au moins trois villes du centre
et du nord du pays. Le général Robert Gueï, accusé
d’avoir joué un rôle dans le soulèvement, est tué
par des gendarmes loyalistes dans le centre d’Abidjan. Ancien responsable de l’armée ivoirienne, le
général Gueï avait pris le pouvoir en décembre
1999, lors du premier coup d’État militaire perpétré en Côte d’Ivoire, considéré autrefois comme
une oasis de stabilité en Afrique occidentale. Après
les élections organisées l’année suivante, le général Gueï, accusé d’avoir voulu manipuler le scrutin
pour voler la victoire, avait dû abandonner la tête
du pays sous la pression de la rue. Au troisième
jour de la tentative de coup d’État en Côte d’Ivoire,
Abidjan reste sous le contrôle des forces loyalistes,
alors que Bouaké et Korhogo, deux grandes villes
de l’intérieur du pays, sont toujours tenues par les
rebelles. Sur les instances pressantes de plusieurs
chancelleries étrangères, les autorités ivoiriennes
cherchent à trouver une sortie négociée à cette
crise, pour éviter un bain de sang. Côté français, on
indique que la France n’était pas impliquée jusqu’à
présent dans une quelconque médiation entre le
gouvernement et les mutins.
Proche-Orient
Reprise des attentats-suicides en Israël
Six personnes sont tuées, dont le kamikaze, et
66 blessées lors d’un attentat-suicide perpétré à bord
d’un autobus dans le centre de Tel-Aviv. L’action est
revendiquée par la branche armée du mouvement
intégriste palestinien Hamas, les Brigades Ezzedine
al-Qassam. La direction palestinienne la condamne
et demande à tous les mouvements palestiniens
de faire de même, mais sans appeler à un arrêt des
attentats-suicides. Le dernier de ces attentat remontait au 4 août. Un kamikaze du Hamas avait alors fait
sauter des explosifs dans un bus, provoquant sa mort
et celle de neuf Israéliens. En riposte, l’État hébreu attaque le quartier général de Yasser Arafat à Ramallah,
en Cisjordanie. Pour la troisième fois depuis le mois
de mars, le président de l’Autorité palestinienne est
isolé dans son QG. Tout en réaffirmant qu’il n’a pas
l’intention de s’en prendre physiquement au président de l’Autorité palestinienne, Israël souhaite l’inciter à choisir l’exil. Mais comme lors des précédentes
fois, Yasser Arafat réaffirme qu’il préférerait mourir les
armes à la main que de quitter une nouvelle fois la
terre de Palestine.
20
Slovaquie
Élections législatives
La Coalition démocratique (SDK, centriste) de Mikulas Dzurinda remporte 28 des 150 sièges du Parlement, et son principal partenaire, le parti de la Coalition hongroise (SMK), 20 sièges. Avec le Mouvement
chrétien-démocrate (KDH) et l’Alliance du nouveau
citoyen (ANO) de Pavol Rusko, qui obtiennent chacun 15 députés, la coalition de ces quatre partis
donne une majorité de 78 sièges à Mikulas Dzurinda.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
103
Le Mouvement pour une Slovaquie démocratique
(HDZS) de l’ancien Premier ministre Vladimir Meciar,
qui recueille 19,5 % des suffrages, soit 36 sièges, est
en recul de sept points par rapport au scrutin de
1998.
21
France
Autodissolution du RPR
Après plus d’un quart de siècle d’existence, le Rassemblement pour la République (RPR) s’autodissout
pour se réincarner dans l’Union pour la majorité
présidentielle (UMP), le nouveau parti du président
de la République. Au cours d’assises extraordinaires,
quelque 3 000 mandataires et élus du RPR votent à
une très large majorité (86,51 % des voix) la « transformation du rassemblement pour entrer, par voie
de fusion avec les autres formations qui la constitueront, dans l’UMP lors de son congrès fondateur » du
17 novembre. M. Jacques Chirac, qui créa le RPR le
5 décembre 1976, leur a adressé un message vidéo :
« Aujourd’hui, comme hier, le pays a besoin de vous. J’ai
besoin de vous. Je compte sur vous. »
22
Allemagne
Victoire de Schröder et Fischer
Avec un total de 306 sièges au Bundestag, la chambre
basse du Parlement allemand, la coalition du Parti social-démocrate (SPD) et des Verts conserve la majorité (de 9 voix – la plus courte depuis 1976 – contre
21 auparavant) à l’issue des élections législatives.
Le scrutin est resté indécis jusqu’au bout, puisque
le SPD et l’alliance CDU-CSU d’Edmund Stoiber ont
réuni chacun 38,5 % des suffrages. Le SPD, qui perd
2,4 % par rapport à son score de 1998, ne s’impose
que de 8 864 voix comme le premier parti allemand.
Avec 251 sièges contre 298 quatre ans plus tôt, trois
sièges seulement le séparent désormais de la CDUCSU (248 sièges contre 245). Grands vainqueurs du
scrutin, les Verts (Die Grünen) réussissent une nouvelle percée qui leur permet de gagner 8 sièges, avec
8,6 % (contre 6,7 %) et 55 sièges, et d’offrir la victoire
à la coalition de centre gauche.
Fable allemande : le lièvre de
Bavière défait par la tortue de
Basse-Saxe
Mal en point au printemps, le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder
a conservé le pouvoir en devançant de
8 000 voix son adversaire chrétien-social
Edmund Stoiber.
Jamais dans l’histoire récente de la jeune
république allemande, un scrutin n’avait eu
une issue aussi serrée que celui du 22 septembre
2002. Dans les 298 circonscriptions que compte
l’Allemagne réunifiée, 61,5 millions d’électeurs
étaient appelés aux urnes. À la fermeture des bureaux de vote, les instituts de sondage laissaient
entrevoir un très faible écart entre les deux principaux partis, avec un léger avantage pour la
coalition conservatrice CDU-CSU conduite par le
président du Land de Bavière Edmund Stoiber.
Celui-ci en profita pour rapidement faire une déclaration publique dans laquelle il se proclama le
vainqueur du scrutin. Quelques heures plus tard,
l’opposition au chancelier devait déchanter. Une
nouvelle fois, l’homme du Sud avait fait preuve
de trop de confiance et, à l’image de sa campagne électorale, il était intervenu mal à propos.
En effet, au-delà des préventions possibles que
nourrissent de nombreux électeurs d’Allemagne
du Nord pour le catholique bavarois, c’est bien
la suffisance et le dogmatisme libéral d’une certaine droite que l’électorat allemand a choisi de
rejeter in extremis. En effet, au début de l’été,
tous les signaux étaient au rouge pour la coalition rouge-verte au pouvoir depuis 1998 : le
SPD Schröder était à plusieurs points derrière
la CDU-CSU de Stoiber et on s’interrogeait sur la
capacité des Verts (Die Grünen) du ministre des
Affaires étrangères Joschka Fischer à franchir la
barre des 5 % des voix exprimées aux prochaines
élections.
Les inondations et George W. Bush au
secours de Schröder
Tout allait mal pour le chancelier jusqu’au mois
d’août et aux grandes inondations qui ont ravadownloadModeText.vue.download 106 sur 380
JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
104
gé l’est et le sud du pays. Très réactif, Schröder fit
admirer ses qualités de chef d’État, déploya une
énergie débordante pour mettre les ressources
de l’État à la disposition des sinistrés et profita
d’une large couverture médiatique. D’un naturel plus réservé que son rival au pouvoir, Stoiber
continua à dénoncer le bilan économique et social catastrophique du chancelier. Démontrant
moins d’empathie pour les malheurs de millions
d’Allemands, Stoiber commença à perdre du terrain. Fin août, Schröder talonnait désormais son
rival. Puis vinrent septembre et... le président
américain Bush. Schröder et Fischer décidèrent
de résister à la pression américaine qui voulait
enrôler l’Allemagne – allié particulièrement
docile depuis 1945 – dans la croisade contre
l’axe du mal. Quand Schröder et Fischer disent
non à Bush, Stoiber attaque l’irresponsabilité
des dirigeants du pays et... perd des électeurs.
La menace de guerre fait renaître le sentiment
pacifiste fortement ancré dans une partie de la
population de l’Ouest ainsi que l’antiaméricanisme dans lequel ont vécu les « Ossis » (ceux de
l’Est). Les bruits de botte de la nouvelle croisade
conservatrice américaine ont pour conséquence
le renforcement du ministre des Affaires étrangères (depuis plusieurs mois en tête des sondages de notoriété nationaux) et l’effondrement
électoral à l’est des anciens communistes du PDS
au profit des sociaux-démocrates.
Vainqueurs et vaincus
La lecture des résultats dès lors devient plus
claire. Même si le SPD reste le premier parti d’Allemagne pour quelques milliers de suffrages, la
CDU-CSU a été le grand triomphateur du scrutin
en augmentant son pourcentage de 3,4 %. Elle
est encore loin (près de 3 points) de son pourcentage de 1994 (41,4 %). Le deuxième vainqueur
est sans conteste les Verts, qui ont augmenté
leur capital de près de 2 %, passant de 6,7 %
en 1998 à 8,6 %. Paradoxalement, le parti sorti
le plus meurtri du scrutin est le Parti libéral de
MM. Westerwelle et Möllemann (ce dernier ayant
vu dès le mois de juin sa réputation et sa crédibilité ternies par des propos jugés antisémites
par l’opinion publique et par des financements
douteux de sa campagne électorale) qui en 2001
avait nourri un projet insensé : ne représentant
que 6,2 % de l’électorat, les deux dirigeants déclaraient vouloir atteindre 18 % ! La déception
n’en fut que plus dure pour les militants : le gain
de 1,2 % passe pour ridicule. Autres victimes,
les ex-communistes du PDS : ils passent sous la
barre des 5 % qu’ils n’avaient que légèrement
franchie en 1998 (5,1 %) et ne doivent le maintien de deux députés qu’aux deuxièmes voix.
Ils subissent l’hémorragie de voix la plus importante, perdant 28 sièges au total. Au Bundestag,
la chambre basse du Parlement, la SPD dispose
désormais de 251 mandats contre 248 à la CDUCSU. Comparé aux dernières élections, celles
de 1998, cela signifie une perte de 47 sièges (et
pour la CDU-CSU un gain de 3 sièges seulement).
Mais le recul social-démocrate fut en grande
partie compensé par la progression des Verts,
qui grâce à leur « locomotive » Joschka Fischer
ont remporté 55 sièges, contre 47 en 1998.
Gerhard Schröder dispose d’une majorité de
sept voix. Un capital très réduit qui laisse espérer au battu de septembre des élections anticipées au cas où la coalition rouge-verte ne réussirait pas à régler le problème économique très
grave (taux de chômage à + de 10 % et déficit
public supérieur aux critères de Maastricht) que
connaît l’ancien géant économique allemand.
SERGE COSSERON
COMMENT VOTE!T!ON EN ALLEMAGNE ?
Le Bundestag dont les Allemands ont renouvelé la composition le 22 septembre
était constitué de 598 sièges. Le scrutin
est à la lois majoritaire et proportionnel,
chaque électeur disposant de deux voix.
Il exprime sa première voix au suffrage direct pour l’élection d’un des candidats qui
se présentent dans l’une des 299 circonscriptions électorales qui forment le pays.
Avec sa seconde voix, l’électeur est invité
à se prononcer sur une liste proposée par
chaque parti au niveau du Land. Tous les
partis qui recueillent au moins 5 % des deuxièmes voix ou qui gagnent trois mandats
directs obtiennent selon les voix recueillis
un certain ombre de sièges défini par leur
importance proportionnelle. Si un parti
obtient dans un des Länder plus de mandats directs que ce que la proportion des
secondes voix lui apporte, ces mandats
directs « supplémentaires » restent acquis
au parti. C’est pourquoi le nombre définitif
des députés peut être supérieur à 598. Pendant la prochaine législature, il sera de 603.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
105
24
Espagne
Nouvel attentat à Bilbao
Une explosion survenue dans une voiture à Bilbao
(Pays basque, nord de l’Espagne) fait deux morts qui
pourraient appartenir à un commando de l’organisation séparatiste basque ETA « s’apprêtant à commettre
un attentat ». Si l’enquête confirme que les deux victimes sont des membres de l’ETA, cela porterait à
sept le nombre des activistes de cette organisation
décédés au cours des deux dernières années en manipulant ou en transportant des explosifs.
Irak
Dossier à charge de Tony Blair
Un dossier baptisé « Les armes de destruction massive de l’Irak : l’évaluation du gouvernement britannique », publié par le gouvernement britannique,
affirme que le régime irakien serait en mesure de
fabriquer l’arme atomique dans un ou deux ans,
s’il obtenait de sources étrangères suffisamment
de matière fissile. Faute d’une telle aide extérieure,
il faudrait cinq ans au régime de Saddam Hussein
pour obtenir l’arme nucléaire. « Le tableau dressé par
le comité [britannique] conjoint de renseignement est
devenu plus inquiétant depuis quelques mois », affirme
le Premier ministre Tony Blair dans une introduction
écrite au dossier. M. Blair, seul dirigeant sur la scène
internationale à soutenir la volonté américaine
d’intervention militaire contre l’Irak, met clairement
en doute la sincérité de l’offre de Bagdad, faite la semaine dernière, de laisser revenir les inspecteurs en
désarmement de l’ONU.
25
France/Maroc
Tentative d’attentat aérien
Une charge d’une centaine de grammes d’un mélange explosif à base de pentrite, dépourvue de système de mise à feu, est retrouvée par des chiens des
douanes à bord d’un Boeing 737 qui venait d’effectuer la liaison Marrakech-Metz avec environ 170 passagers. Des poursuites sont ouvertes pour « tentative de destruction d’aéronefs par explosifs, détention
d’explosifs et association de malfaiteurs terroriste ». En
l’absence de revendication, le choix de ces incriminations indique que « l’hypothèse de la tentative d’attentat est privilégiée ». À l’appui de cette hypothèse, les
magistrats soulignent que la pentrite, un explosif très
puissant, a déjà été utilisée par exemple par le Britannique Richard Reid, maîtrisé le 22 décembre dernier
en plein vol entre Paris et Miami alors qu’il essayait de
faire sauter une charge cachée dans ses chaussures.
27
Maroc
Élections législatives
Les élections législatives sont marquées par une forte
poussée du vote islamiste, mais confirment l’Union
socialiste des forces populaires (USFP) comme première force politique du Maroc. La formation du
Premier ministre Abderrahmane Youssoufi conserve
50 sièges à la Chambre des représentants sur les 57
qu’elle détenait. Le parti nationaliste-conservateur
de l’Istiqlal, dirigé par Abbas el-Fassi, arrive en deuxième position, avec un total de 47 sièges (+ 4). Les
islamistes « modérés » du parti de la Justice et du
Développement (PJD) obtiennent 42 sièges, au lieu
de 14. Le PJD milite pour « l’authenticité » arabo-musulmane du Maroc. Il rappelle qu’il avait décidé de ne
présenter des candidats que dans 56 circonscriptions
sur les 91 que compte le pays, pour éviter « un razde-marée qu’on aurait été incapable de supporter politiquement aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’étranger ».
Le taux de participation de 51,65 % est le plus faible
de l’histoire électorale du Maroc, la moitié à peine
des 13,9 millions d’électeurs ayant pris le chemin des
urnes pour le premier scrutin organisé depuis l’intronisation du roi Mohammed VI, en juillet 1999.
28
Sénégal
Tragique naufrage
Un ferry public sénégalais, le Joola, qui assurait la
liaison entre la Casamance (sud du Sénégal) et Dakar,
chavire au large de la Gambie sous l’effet conjugué
de la tempête et de négligences accumulées. Le
naufrage fait 970 victimes. Il y avait officiellement
1 034 personnes à bord (dont 52 membres d’équipage), principalement des Sénégalais, mais plus
d’une quarantaine étaient des étrangers, issus d’une
dizaine de pays : Guinée-Bissau, France, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Suisse, Niger, Liban et Burkina Faso.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
106
Le président sénégalais Abdoulaye Wade reconnaît la
« responsabilité de l’État ».
29
Proche-Orient
Levée du siège d’Arafat
Cédant à la pression internationale, Tsahal évacue
les alentours de la Moukataa à Ramallah, permettant
ainsi au président de l’Autorité palestinienne de quitter brièvement son QG en ruines, pour la première
fois depuis dix jours. Si elle se « retire du voisinage »
de la Moukataa, l’armée israélienne reste redéployée
et ne renonce pas à mettre la main sur les terroristes
qui, selon elle, s’y trouvent avec Arafat depuis le
19 septembre : 18 personnes ayant « du sang sur les
mains », et qui seront arrêtées si elles tentent une sortie. Environ 200 personnes se trouvaient à l’intérieur
des bureaux de la présidence, où un seul bâtiment
est encore debout, les autres ayant été démolis par
Tsahal. Par ailleurs, Israël allège les restrictions sur les
territoires palestiniens : en vertu des nouvelles dispositions, 25 000 travailleurs palestiniens, contre 15 000
auparavant, seront autorisés à entrer en Israël chaque
jour. Le contingent de Palestiniens autorisés à venir
pour affaires passera de 5 000 à 8 000.
30
Union européenne
CPI : l’Europe lâche du lest
Les ministres des Affaires étrangères des Quinze
acceptent que les citoyens américains ne soient pas
jugés pour crimes de guerre devant la Cour pénale
internationale (CPI). Ils déclarent qu’ils renonceront à
extrader vers la CPI des soldats ou responsables gouvernementaux américains à condition que Washington garantisse que tout Américain soupçonné de
crime de guerre serait jugé aux États-Unis. L’administration de George W. Bush exigeait une telle mesure,
craignant que des citoyens américains ne fassent
l’objet de poursuites aux motivations politiques à la
suite des opérations militaires dans les régions en
crise.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
107
Octobre
4
Biologie
Avancée dans la lutte contre le
paludisme
Un consortium international de chercheurs annonce
le décodage du génome de l’anophèle, moustique
responsable de la transmission du paludisme. Cette
maladie est également appelée malaria (« mauvais air », en italien), en raison de sa prédominance
dans les régions humides et marécageuses. À terme,
l’étude des gènes de l’anophèle devrait déterminer
un réel contrôle de la transmission du paludisme –
notamment par une utilisation plus rationnelle des
insecticides – ainsi que la mise au point de nouveaux
répulsifs. « Deuxième tueur » de la planète – après le
sida –, le paludisme fait chaque année entre 1,5 et
2,7 millions de victimes, principalement en Afrique.
6
France
Le maire de Paris agressé
Le maire de Paris Bertrand Delanoë est agressé à l’Hôtel de Ville par un individu qui lui a porté un coup de
couteau à l’abdomen. L’agresseur Azedine Berkane,
trente-neuf ans, est mis en examen pour « tentative
d’homicide volontaire ». Il affirme avoir commis un
acte « isolé et sans préméditation » et déclare « ne
pas aimer les hommes politiques et particulièrement
les homosexuels ». En novembre 1998, M. Delanoë
avait publiquement révélé son homosexualité. Sérieusement atteint, il devrait rester hospitalisé une
dizaine de jours et observer une convalescence d’au
moins un mois.
Patrick Henry interpellé avec 10 kg de
haschich
Patrick Henry, âgé de quarante-neuf ans, en libération conditionnelle par décision de la juridiction
régionale de Basse-Normandie depuis mai 2001, est
interpellé à Valence, en Espagne. Il était en possession de 10 kg de haschich. Il avait déjà été condamné
en 1989 pour trafic de drogue alors qu’il était en
prison, puis le 22 août dernier à une amende de
2 000 euros par le tribunal correctionnel de Caen
pour vol à l’étalage dans un magasin de bricolage
de la ville. Condamné en 1977 à perpétuité à Troyes
(Aube) pour l’assassinat du jeune Philippe Bertrand, il
avait échappé à la peine de mort grâce à l’intervention de son avocat Robert Badinter, ardent ennemi
de la peine capitale. Le 7, alors que les autorités judiciaires françaises étudient son éventuelle extradition
vers la France, un juge espagnol ordonne le maintien
en détention provisoire de Patrick Henry, ce dernier
ayant déclaré qu’il s’opposait à une extradition.
C. Mégret battue à Vitrolles
Catherine Mégret, la maire sortante de Vitrolles,
dans les Bouches-du-Rhône, est battue à l’élection
municipale partielle par le candidat de gauche Guy
Obino, qui obtient 54,05 % des voix. Son élection en
mars 2001 avait été invalidée par le Conseil d’État. Sa
défaite met fin à cinq ans de gestion du Mouvement
national républicain (MNR) à Vitrolles, qui perd ainsi
son dernier fief.
Brésil
Lula en tête du premier tour de la
présidentielle
Le principal candidat de gauche à l’élection présidentielle brésilienne, Luiz Inacio Lula da Silva, arrive
en tête avec 47 % des suffrages exprimés. Le candidat du parti des Travailleurs (PT), qui se présente
pour la quatrième fois à la magistrature suprême,
devra vraisemblablement se représenter devant les
électeurs dans trois semaines, le 27 octobre, face au
candidat le mieux placé, José Serra, soutenu par la
coalition de centre droit au pouvoir, qui obtient 24 %
des suffrages, devant l’ancien gouverneur de l’État
de Rio de Janeiro, Anthony Garotinho, avec 17 %. Le
candidat de centre gauche Ciro Gomes réunit pour
sa part 12 % des suffrages. Le scrutin présidentiel est
suivi de près dans toute l’Amérique latine, dont de
nombreux pays traversent actuellement une période
de turbulences économiques. Washington et Wall
Street considèrent une possible victoire de la gauche
comme porteuse d’une menace de rupture par rapport au modèle économique libre-échangiste soutenu par les États-Unis.
Vatican
Béatification du fondateur
de l’Opus Dei
Jean-Paul II canonise Josémaria Escriva de Balaguer.
Né le 9 janvier 1902 à Barbastro, dans la province de
Huesca (nord de l’Espagne), fils d’un marchand de tissus, ce prêtre espagnol est le fondateur de l’Opus Dei.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
108
L’institution, fondée en 1928, est l’un des plus puissants groupes d’influence laïcs de l’Église catholique,
fort de plus de 80 000 membres et d’innombrables
sympathisants actifs sur les cinq continents. En 1982,
Jean-Paul II lui a conféré le statut – unique dans
l’Église catholique – de prélature personnelle, ce qui
a fait de l’Opus Dei un diocèse à part, sans territoire,
régi à la fois par le droit canon et ses propres statuts.
Le pape a souligné que « les incompréhensions et les
difficultés ne manquent pas pour ceux qui cherchent à
servir avec fidélité la cause de l’Évangile » : allusion probable à l’attitude du père Balaguer durant la période
franquiste, qui avait suscité des polémiques à son
égard. Encore en 1992, des députés italiens avaient
demandé la mise au ban de l’institution en tant que
société secrète.
Côte d’Ivoire
Gbagbo refuse de signer un accord sur
le cessez-le-feu
Le président ivoirien Laurent Gbagbo refuse en
l’état de signer un accord de cessez-le-feu avec les
militaires rebelles qui contrôlent le nord du pays. Il
« estime que son gouvernement est légitime et qu’il ne
doit pas être considéré sur un même pied d’égalité que
les rebelles ». La signature de l’accord de cessez-lefeu, « amendé et accepté » par les deux parties, avait
déjà été par deux fois reportée. Le refus de Laurent
Gbagbo intervient alors que des combats opposent
les troupes gouvernementales et les rebelles, notamment à Bouaké, la deuxième ville du pays sous le
contrôle des mutins depuis le 19 septembre.
7
France/Yémen
Attentat contre un pétrolier français au
Yémen
Un pétrolier français, le Limburg, est frappé par une
explosion qui déchire la coque sur d’une dizaine de
mètres de diamètre, alors qu’il se trouvait à environ
cinq kilomètres de la côte, au large du port de Mina
al-Dabah, où il devait effectuer un chargement. En
septembre dernier, le bureau de liaison maritime,
qui coordonne depuis le Bahreïn la communication
entre la marine américaine et la marine marchande
dans le golfe Persique et en mer d’Oman, avait lancé
une mise en garde concernant la possibilité d’attentats contre des pétroliers perpétrés par le réseau
terroriste al-Qaïda d’Oussama Ben Laden. Le Yémen,
berceau de la famille Ben Laden avant qu’elle émigré
en Arabie saoudite, est considéré comme l’une des
principales bases d’al-Qaïda.
Médecine
Prix Nobel 2002
Le prix Nobel de médecine 2002 est attribué
conjointement à Sydney Brenner (Grande-Bretagne),
soixante-quinze ans, H. Robert Horvitz (États-Unis),
cinquante-cinq ans, et John E. Sulston (Grande-Bretagne), cinquante-huit ans, pour leurs découvertes
sur « la régulation génétique de l’organogenèse et de
la mort cellulaire programmée », qui a des applications directes dans la lutte contre le cancer. Ces
découvertes ont permis de mieux comprendre les
origines de toute une série de maladies liées à la
dégénérescence des cellules, notamment le cancer
ou le sida. Les trois lauréats, qui recevront leur prix le
10 décembre à Stockholm, se partageront la somme
de 10 millions de couronnes suédoises (1,10 million
d’euros).
9
UE
Oui à l’UE à 25, non à la Turquie
La Commission de Bruxelles recommande l’entrée
dans l’Union européenne de dix nouveaux pays –
huit de l’ex-bloc de l’Est (Estonie, Hongrie, Pologne,
République tchèque, Slovénie, Lettonie, Lituanie et
Slovaquie), plus Malte et Chypre – en 2004, malgré
les difficultés que soulève l’élargissement. Les législatures des pays membres de l’UE et des pays candidats ainsi que le Parlement européen devront d’ici-là
ratifier les traités d’accession des dix prétendants à
l’Union. En revanche, la Roumanie et la Bulgarie, qui
ont également entamé les négociations, devront patienter jusqu’en 2007. Quant à la Turquie, elle devra
attendre l’ouverture de négociations. L’exécutif européen estime qu’Ankara a « accompli des progrès considérables » mais insuffisants au regard des principaux
critères économiques et politiques de l’UE, ainsi que
sur les droits de l’homme. Avec l’élargissement à 25,
l’UE sera confrontée à de nombreux problèmes, dont
celui des aides à l’agriculture, celui d’un possible rejet
de l’ouverture par les électeurs irlandais le 19 octobre
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
109
prochain, ou encore celui des relations entre la Grèce
et la Turquie au sujet de Chypre.
Physique
Prix Nobel 2002
Le Japonais Masatoshi Koshiba, soixante-seize ans,
et les Américains Raymond Davis, quatre-vingt-sept
ans, et Riccardo Giacconi, soixante et onze ans, partagent le prix Nobel de physique pour leurs « travaux
pionniers dans le domaine de l’astrophysique » qui ont
« modifié notre conception de l’Univers ». Les lauréats
2002 ont travaillé sur les éléments les « plus petits
de l’Univers » – les neutrinos pour Davis et Koshiba,
les rayons X pour Giacconi – dont ils se sont servis
« pour améliorer notre compréhension des plus grands :
le Soleil, les étoiles, les galaxies et les supernovas ». À
chaque seconde, des milliers de milliards de neutrinos traversent notre corps. Le neutrino se forme lors
des processus de fusion dans le Soleil et les autres
étoiles lorsque l’hydrogène se transforme en hélium.
Son existence, prédite par le Nobel 1945 Wolfgang
Pauli en 1930, n’a été démontrée que quarante ans
plus tard par un autre Nobel, celui de 1995, Frederick
Reines. Les neutrinos, qui « ne réagissent presque pas
avec la matière », sont en effet très difficiles à détecter.
10
États-Unis
Le Congrès soutient Bush contre l’Irak
Le Sénat, contrôlé par les démocrates, et la Chambre
des représentants, dominée par les républicains,
votent deux résolutions permettant au président
George W. Bush d’utiliser la force « comme il le juge nécessaire et approprié pour défendre la sécurité nationale
contre la menace continuelle posée par l’Irak » et « faire
appliquer toutes les résolutions du Conseil de sécurité
des Nations unies concernant l’Irak ». Les démocrates,
qui ont octroyé au président américain une autorité
étendue pour un recours éventuel à la force, soulignent que son projet prévoit d’épuiser autant que
possible les voies multilatérales avant d’en venir aux
armes. En outre, en cas d’intervention militaire, le président devra informer le Congrès au moins une fois
tous les soixante jours de la conduite des opérations.
Littérature
Le Hongrois Kertesz prix Nobel 2002
Le romancier hongrois Imre Kertesz obtient le prix
Nobel 2002 de littérature « pour une oeuvre qui dresse
l’expérience fragile de l’individu contre l’arbitraire barbare de l’histoire ». Âgé de soixante-treize ans, survivant du camp d’Auschwitz, Imre Kertesz a écrit sur
son expérience de l’Holocauste et notamment publié Être sans destin, Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra
pas et le Refus.
Économie
Prix Nobel 2002
Le prix Nobel 2002 d’économie est décerné aux
Américains Daniel Kahneman, soixante-huit ans,
et Vernon L. Smith, soixante-quinze ans, pour avoir
introduit respectivement des acquis de la recherche
psychologique et de l’expérience en laboratoire
dans l’analyse économique. Les travaux de Daniel
Kahneman, précise l’Académie Nobel, « ont inspiré
une nouvelle génération de chercheurs en économie et en finance, qui ont enrichi la théorie économique grâce à des acquis de psychologie cognitive
sur la motivation intrinsèque de l’individu ». Vernon
L. Smith est notamment un « précurseur pour son utilisation du laboratoire comme wind-tunnel tests où les
règles du jeu des nouveaux marchés – tels que les marchés déréglementés de l’électricité sont testés en laboratoire avant d’être appliquées en pratique ».
Chimie
Prix Nobel 2002
Le prix Nobel de chimie 2002 est attribué conjointement à l’Américain John Fenn, quatre-vingt-cinq
ans, et au Japonais Koichi Tanaka, quarante-trois ans,
ainsi qu’au Suisse Kurt Wuethrich, soixante-quatre
ans, pour leurs travaux sur des méthodes d’analyse
des molécules ayant fait de la biologie chimique
la « grande science » de notre temps. Grâce à leurs
découvertes, les chimistes peuvent maintenant
connaître dans les plus brefs délais la nature des
protéines que contient un échantillon. Les trois lauréats se partageront la somme de 10 millions de couronnes suédoises (1,10 million d’euros).
Cachemire
Élections législatives
Le parti pro-indien de la Conférence nationale
(membre de la coalition au gouvernement fédéral),
qui dominait l’Assemblée depuis l’indépendance
indienne en 1947, ne recueille que 26 sièges, au lieu
des 44 nécessaires pour détenir la majorité à l’Assemblée régionale du Jammu-et-Cachemire, ce qui
pourrait le renvoyer dans l’opposition si elle ne forme
pas d’alliance. Ses deux principaux rivaux, le Congrès
(opposition nationale) et le parti démocratique du
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Peuple (pro-indien), remportent respectivement 20
et 16 sièges, ce qui ne leur permettra pas d’avoir
la majorité même s’ils forment alliance comme ils
disent en avoir l’intention. Aucun de ces partis politiques n’a l’aval des militants islamiques, qui combattent depuis 1989 pour l’indépendance de cette
région à majorité musulmane, ou son rattachement
au Pakistan. Les 20 sièges attribués aux indépendants
et à de petites formations devraient être cruciaux
dans la formation du nouveau gouvernement de la
province himalayenne.
13
Indonésie
Attentat contre des touristes à Bali
Un attentat à la bombe fait 190 morts et plus
300 blessés, dont de nombreux étrangers, dans la
station balnéaire de Kuta Beach sur l’île touristique
de Bali, en Indonésie. Cet acte n’est pas revendiqué,
mais la plupart des puissances occidentales accusent
le réseau islamiste al-Qaïda d’Oussama Ben Laden,
instigateur présumé des attentats du 11 septembre
2001 aux États-Unis, d’en être l’auteur. Washington
considère l’Indonésie, le pays musulman le plus peuplé du monde, comme le maillon faible de la lutte
contre le terrorisme en Asie du Sud-Est. Al-Qaïda a
été mis en cause dans trois des attentats les plus
récents : l’explosion de Bali, celle du 6 octobre sur
le pétrolier français Limburg au large du Yémen (un
mort) et l’attaque du 8 octobre contre des soldats du
corps des Marines au Koweït (un soldat tué).
Serbie
Annulation de l’élection présidentielle
L’élection présidentielle est annulée en raison d’une
trop forte abstention. Seuls 45,9 % des 6,55 millions
d’électeurs inscrits se sont déplacés pour voter, un
chiffre en deçà du minimum de 50 % requis pour que
les résultats du scrutin soient validés. L’élection devra
donc être de nouveau organisée dans quelques
mois. Selon les projections d’un institut de sondage,
le Centre pour les élections libres et la démocratie, le
nationaliste modéré Vojislav Kostunica, actuellement
président de la Fédération yougoslave, est arrivé
en tête avec 66,7 % des suffrages, contre 31,3 % à
Miroljub Labus, un économiste libéral occupant le
poste de vice-Premier ministre yougoslave. L’issue du
scrutin a pour conséquence de laisser à la tête de la
Serbie, jusqu’à la prochaine élection, le président Milan Milutinovic, un proche de Milosevic actuellement
jugé pour crimes de guerre par le Tribunal pénal
international pour l’ex-Yougoslavie, basé à La Haye.
Bali, une saison touristique
en enfer
Le 12 octobre, l’explosion d’un fourgon piégé devant une discothèque de Kuta Beach,
au sud de Bali, fait au moins 190 morts,
surtout des touristes australiens. Ce carnage semble confirmer que l’Asie du Sud-Est
constitue un front majeur de la guerre
contre le terrorisme islamiste.
La saison touristique bat son plein le 12 oc-
tobre à Kuta Beach quand une série d’explosions secouent cette station balnéaire fréquentée surtout par des touristes anglo-saxons.
Devant le Sari Club, qui n’est plus qu’un amas de
pierres et de tôle, une énorme crevasse atteste
la violence de l’explosion. Les sauveteurs retireront des dizaines de corps atrocement mutilés
des décombres de la discothèque, des dizaines
d’autres n’ayant pu être identifiés.
La piste des milieux islamistes
L’ampleur du bilan – au moins 190 morts et des
centaines de blessés, en majorité des Australiens – contraindra le gouvernement indonésien
à prendre des mesures immédiates contre les
milieux islamistes, sur la piste desquels conduira
aussitôt l’enquête. Sous le feu des critiques de
la communauté internationale, qui jugent le
laxisme des autorités indonésiennes à l’égard des
islamistes d’autant plus impardonnable qu’elles
auraient été prévenues par les services américains, depuis le mois d’août, de l’imminence
d’une attaque terroriste, la présidente Megawati
Sukarnoputri ne peut plus se permettre d’ignorer
les militants radicaux de l’islam sous prétexte de
ménager une opinion publique sensible aux prédications des oulémas intégristes et animée par
une hostilité croissante envers les Américains.
Mme Sukarnoputri, qui avait été le deuxième chef
d’État à être reçu par G. W. Bush au lendemain
des attentats de New York et de Washington,
avait offert à son homologue américain le soutien de son pays et en avait obtenu l’assurance,
à l’attention de l’opinion indonésienne, que la
guerre annoncée contre le terrorisme n’était pas
dirigée contre le monde musulman. La nouvelle
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
111
conjoncture internationale risquait de mettre le
feu aux poudres dans une Indonésie au climat
délétère, où la crise économique persistante
amplifie les risques d’implosion liés aux tensions
interethniques. Mais le premier État musulman
de la planète semblait avoir résisté à l’épreuve,
laissant espérer aux autorités que l’alarme était
passée. Les islamistes ont pourtant relevé le défi
américain avec une violence sans précédent
dans la région, déjà affectée par les activités terroristes des séparatistes musulmans du groupe
Abu Sayyaf, au sud des Philippines. Là aussi, ces
activistes s’en étaient pris à des touristes occidentaux, dont une vingtaine avaient été retenus
en otages deux ans plus tôt au large de Bornéo
et détenus dans l’île de Jolo jusqu’à ce qu’ils
soient libérés contre une forte rançon.
Le paradis transformé en enfer
En s’en prenant à Bali, la seule île majoritairement hindouiste de l’archipel indonésien, les
auteurs de l’attentat ont délibérément attaqué
l’un des rares symboles d’une cohabitation harmonieuse entre communautés, transformant en
enfer le paradis touristique balinais, qui représente, plus pragmatiquement, une importante
source de devises pour l’économie malade du
pays. Frappée de plein fouet par les ondes de
choc tardives du 11 septembre, l’Indonésie ne
peut plus se contenter de déclarations d’intentions face à cette surenchère de violences et ne
peut se dérober à ses obligations devant la communauté internationale. Longtemps montrée
du doigt par les Américains, qui l’ont inscrite sur
leur liste noire des organisations terroristes les
plus nuisibles, la mystérieuse Jemaah Islamiyah
(Communauté islamique) militant en faveur de
la création d’un grand État musulman dans le
Sud-Est asiatique est au coeur de tous les soupçons, et son leader présumé, Abou Bakar Baashir,
un ouléma dirigeant une école coranique à Solo,
est placé en détention début novembre, tandis
que l’enquête débouche assez vite sur l’arrestation des auteurs directs présumés de l’attentat.
Au-delà, les soupçons se portent sur al-Qaïda,
mais le fil de l’enquête semble devoir s’arrêter
à une poignée d’activistes locaux, illustrant le
caractère très cloisonné de l’organisation. Car,
si l’attentat de Kuta Beach s’inscrit dans une
dynamique « internationaliste » du terrorisme
islamique, la logique et les enjeux en sont aussi
nationaux. En visant des Australiens, l’attentat
a frappé la puissance régionale à laquelle les
islamistes ne pardonnent pas d’avoir parrainé
le processus d’indépendance de la population
chrétienne du Timor-Oriental. En s’attaquant à
l’Occident, les auteurs de l’attentat ont cherché
bien sûr à mettre en difficulté le gouvernement
indonésien, qui ne pourra plus compter pendant
un temps sur les revenus du tourisme et dont
la coopération avec le FMI, qui lui octroyait en
août de nouveaux crédits, est de plus en plus
critiquée. Au nombre, enfin, des victimes de
Kuta Beach, il faut inclure le processus de démocratisation en cours à Djakarta, où l’Assemblée
consultative du peuple (MPR) a franchi un pas
décisif le 10 août en décidant que les prochains
président et vice-président seraient élus au suffrage universel en 2004. Des échéances électorales limitant la marge de manoeuvre du pouvoir,
qui ne veut pas se risquer à attaquer de front la
mouvance islamiste.
GARI ULUBEYAN
LES PREMIERS RÉSULTATS DE L’ENQUÊTE
La police indonésienne, aidée par des
experts internationaux, arrêtait le 21 novembre à Java Imam Samudra, présenté
comme le cerveau de l’attentat de Kuta
Beach. Cet informaticien de trente-cinq
ans, dont les enquêteurs ont pu remonter
la trace grâce aux aveux d’Amrozi, un mécanicien très tôt arrêté qui avait été chargé
d’acheter le véhicule et les ingrédients
pour la bombe de Bali, serait le bras droit
de Hambali, chef opérationnel présumé
de la Jemaah Islamiyah. Il présenterait le
parcours type des islamistes, avec un passage dans l’Afghanistan des taliban via la
Malaisie, où il aurait rencontré Hambali et
Abou Bakar Baashir. L’enquête ne semble
pas devoir révéler des implications étrangères. L’attentat aurait été planifié lors de
réunions fin août à Solo, fief d’Abou Bakar
Baashir, dans le cadre d’une stratégie définie par Hambali après les coups portés
fin 2001 contre ses réseaux en Malaisie
et à Singapour, délaissant les cibles officielles, dites « dures », au profit des « cibles
molles » tels les sites touristiques. Comités
réduits et petit budget donc, mais terrible
capacité de nuisance !
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
112
15
Irak
Plébiscite à 100 % pour Saddam
Le président Saddam Hussein obtient 100 % de
« oui » et 100 % de participation à un référendum
national portant sur sa réélection pour un nouveau
mandat de sept ans. Les exilés irakiens et les ÉtatsUnis contestent la valeur de cette consultation au
cours de laquelle les Irakiens devaient répondre par
« oui » ou « non » à la question de savoir si Saddam
Hussein devait servir un nouveau mandat de sept
ans. Pour « remercier le peuple » de son soutien au
référendum national, Saddam Hussein proclame une
amnistie « totale, globale et définitive pour tout citoyen
condamné ou détenu pour des raisons politiques ou
toute autre raison, qu’il se trouve à l’intérieur ou à l’extérieur du pays ».
16
France
Projet de loi sur la décentralisation
Le Conseil des ministres adopte le projet de loi
constitutionnelle réformant la décentralisation, « clé
de voûte d’une nouvelle architecture des pouvoirs »,
selon le chef de l’État, promoteur de la « République
des proximités ». Ce projet de loi constitutionnelle,
qui doit être présenté aux sénateurs le 29 octobre,
proclame que la République française est désormais « décentralisée ». Une affirmation qui figurera
dans l’article I de la Constitution. Le texte constitutionnel vise à renforcer l’autonomie financière et le
champ des compétences des collectivités locales.
Principal artisan du projet, le Premier ministre JeanPierre Raffarin déclare que ce texte « donnera cinq
grands leviers de changement : transferts de compétences, droit à l’expérimentation, devoir pour l’État
de péréquation, respect de l’autonomie financière et
mettre le citoyen au coeur même de la décentralisation,
par les référendums locaux ». Quant à l’organisation
d’un référendum national sur la réforme elle-même,
Jean-Pierre Raffarin estime qu’il est trop tôt pour savoir si Jacques Chirac choisira la voie du référendum
ou du Congrès.
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ONU
Bras de fer franco-américain sur l’Irak
À l’issue d’un entretien avec le président égyptien
Hosni Moubarak, Jacques Chirac assure que le pays
« prendra ses responsabilités » si le Conseil de sécurité
des Nations unies adopte une résolution présentée
par les États-Unis et la Grande-Bretagne prévoyant
un recours automatique à la force contre l’Irak. Il estime que l’option militaire contre l’Irak n’est « pas une
fatalité » mais un « ultime recours ». La France réclame
une approche en deux temps pour sortir de la crise :
l’utilisation de la force ne serait décidée que si l’Irak se
refusait à coopérer pleinement. Le 19, les États-Unis
acceptent que la résolution du Conseil de sécurité de
l’ONU ne fasse plus mention du recours automatique
à la force en cas de problème avec les inspecteurs
des Nations unies.
Côte d’Ivoire
Cessez-le-feu en Côte d’Ivoire
Près d’un mois après le début des troubles dans le
pays, le président Laurent Gbagbo accepte la trêve
signée la veille par les rebelles – qui contrôlent la
moitié nord de la Côte d’Ivoire – avec le gouvernement ivoirien. Ces derniers réclament notamment la
démission de Laurent Gbagbo et la libération de tous
les prisonniers politiques et militaires. Le 27, les médiateurs de la Communauté économique des États
d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) organisent à Lomé,
au Togo, des négociations de paix avec les rebelles
ivoiriens. Ils décident d’envoyer en Côte d’Ivoire une
force régionale de 2 000 hommes pour remplacer les
soldats français. Le déploiement de cette force soulève quelques réserves, notamment de la part des
partisans de Laurent Gbagbo, qui estiment que le
conflit devrait être réglé de manière interne.
19
Irlande
Les Irlandais approuvent le traité de
Nice
Les électeurs irlandais disent « oui » à l’élargissement
de l’Union européenne lors d’un référendum pour
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
113
le traité de Nice : le « oui » l’emporte avec près de
62,89 % des voix et aucune des 42 circonscriptions
irlandaises n’a voté contre ce traité nécessaire à
l’élargissement de l’UE. Ce résultat est accueilli avec
soulagement par les dix pays candidats à l’UE et à
Bruxelles. Il constitue une revanche pour les partisans
de l’élargissement européen emmenés par le Premier ministre Bertie Ahern, qui avaient essuyé un revers inattendu lors d’un premier référendum en juin
2001, 54 % des électeurs ayant alors voté « non » à un
traité qui pouvait menacer la neutralité militaire de
l’Irlande, son économie et son influence à Bruxelles.
Indonésie
Arrestation d’un chef religieux islamiste
Abou Bakar Baashir, soixante-quatre ans, chef spirituel présumé de l’organisation islamiste indonésienne Jemaah Islamiyah, soupçonnée d’être à
l’origine de l’attentat contre une discothèque de
l’île de Bali, est arrêté dans le cadre de l’enquête sur
une série d’attentats à la bombe contre des églises,
qui avaient fait 19 morts il y a deux ans. Abou Bakar
Baashir a démenti tout rôle dans ces attentats.
21
Israël
Nouvel attentat meurtrier
Au moins 14 personnes sont tuées et une cinquan-
taine blessées dans l’attentat palestinien à la voiture
piégée perpétré contre un bus dans le nord d’Israël.
L’explosion s’est produite au sud de la ville de Pardès
Hanna, située à quelques kilomètres au nord-est de
Hadera, théâtre de nombreux attentats palestiniens,
et à une dizaine de kilomètres environ de la « ligne
verte », la ligne de démarcation qui sépare Israël de
la Cisjordanie. L’attentat contre le bus survient alors
que le Premier ministre israélien Ariel Sharon s’efforce
de faire preuve de retenue vis-à-vis des Palestiniens
pour ne pas gêner les États-Unis dans leurs préparatifs de guerre contre l’Irak.
22
France
Vente de VUP à Lagardère
Vivendi Universal retient l’offre de Lagardère pour la
reprise de son pôle édition (VUP), à l’exception de
l’éditeur américain Houghton Mifflin qui sera vendu
séparément. En concurrence avec deux consortiums
– l’un emmené par PAI (associé à Apax Partners,
Blackstone et quatre éditeurs français indépendants),
l’autre par Eurazeo –, Lagardère va s’emparer du
numéro un français de l’édition, valorisé à 1,25 milliard d’euros. Déjà propriétaire de Hachette, Stock,
Grasset ou encore Fayard, Lagardère ajoute à son
portefeuille le leader de la littérature générale en
France (Plon-Perrin, Pocket, Robert Laffont), un géant
dans l’édition scolaire et universitaire (Nathan, Dalloz,
Dunod...), sans oublier les dictionnaires Larousse ou
encore Le Robert. Si la reprise de VUP suscite l’inquiétude des éditeurs indépendants, ainsi que celle des
salariés de Vivendi Universal en raison des risques
de doublons, elle réjouit en revanche le gouvernement qui a, depuis le début, soutenu cette solution
tricolore.
23
Russie
Prise d’otages à Moscou par des
Tchétchènes
Un commando formé d’une cinquantaine de Tchétchènes, hommes et femmes, prend en otages plusieurs centaines de spectateurs à l’intérieur d’un
théâtre de Moscou et menacent de le faire exploser
si la police lance un assaut. Le commando demande
une solution à la guerre dans la province séparatiste
de Tchétchénie.
24
États-Unis
Arrestation du sniper de Washington
La police américaine arrête deux hommes – John
Allen Muhammad, quarante et un ans, et son gendre
John Lee Malvo, dix-sept ans – dans la région de
Washington, sur le parking d’une aire de repos d’autoroute, à 80 km au nord de la capitale fédérale. Ces
derniers sont accusés d’avoir commis huit meurtres
et blessé trois personnes, dont un enfant, entre le 3 et
le 22 octobre dans le Maryland, en Virginie et dans le
District de Columbia. Une arme, trouvée dans la voiture des deux personnes au moment de leur arrestation, un fusil de calibre 5,56 mm, est celle qui a été
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
114
utilisée pour les onze précédentes attaques, précise
la police.
Union européenne
Accord franco-allemand sur la PAC et
sur l’élargissement de l’UE
Les Quinze concluent un accord au sommet européen de Bruxelles sur le financement de l’élargissement de l’Union européenne. Cet accord lève l’un
des obstacles majeurs qui se dressaient sur la voie de
l’adhésion de dix nouveaux pays à l’UE en 2004. Les
Quinze sont désormais en mesure de présenter une
offre financière globale aux dix pays candidats. Le
traité d’adhésion des nouveaux entrants devra ensuite être approuvé par chacun des quinze membres
actuels de l’UE, soit par voie parlementaire, soit par
référendum. Par ailleurs, le sommet de Bruxelles
accède à l’exigence du président français Jacques
Chirac d’une intangibilité du budget fixé jusqu’à fin
2006. Les « règles du jeu » de la PAC sont ainsi préservées jusqu’en 2006. Pour les années 2007-2013,
les subventions directes seront plafonnées au niveau
de 2006, augmenté au maximum de 1 % pour tenir
compte de l’inflation.
26
Russie
Fin de la prise d’otages de Moscou
Les forces spéciales russes donnent l’assaut contre
les indépendantistes tchétchènes retranchés dans
le théâtre où ils retiennent quelque 800 personnes.
Cent vingt otages décèdent au cours de l’opération,
en raison de l’inhalation d’un gaz incapacitant utilisé
lors de l’assaut. Les rebelles tchétchènes ont tous
été abattus. Le président Vladimir Poutine demande
pardon à la nation pour n’avoir pu préserver la vie
de tous les otages. Si la majorité de la presse russe
et les hommes politiques s’abstiennent de critiquer
l’assaut des forces spéciales, l’utilisation du gaz incapacitant, dont la composition demeure un mystère,
est mise en cause, notamment à l’étranger.
Moscou, le théâtre aux otages
La guerre en Tchétchénie n’est plus, pour
les Moscovites, ce conflit certes impopulaire mais lointain qui s’éternise aux
confins de l’empire russe. Le 23 octobre,
cette guerre sans témoins a fait irruption
au centre même de la capitale sous la
forme d’une prise d’otages.
L’un des membres du commando, qui exige le
retrait des troupes russes de Tchétchénie, déclarera à l’un des quelque 800 spectateurs pris en
otages dans le théâtre de la Doubrovka : « Nous
aurions pu faire comme en Israël, entrer dans
un wagon de métro et tout faire sauter. » Ils
ne l’ont pas fait. C’est pourquoi l’opération n’est
en aucun cas comparable à l’attentat aveugle
survenu onze jours plus tôt à Bali. Le président
Vladimir Poutine affirmera pourtant le contraire
dès le lendemain, attribuant au « terrorisme
international » cette prise d’otages préparée
selon lui « dans des centres à l’étranger » :
une façon de placer la gestion de la crise sous le
signe de la lutte antiterroriste qui, depuis les attentats du 11 septembre, tient lieu de politique
étrangère à Moscou comme à Washington. Au
Kremlin, l’emploi de la force est aussitôt envisagé. Cependant, l’option diplomatique progresse.
Poutine évoque la possibilité de « contacts ».
Un médiateur est annoncé. Moins d’une soixantaine d’heures après son déclenchement, la crise
est dénouée. À la manière russe.
Le mépris de la vie humaine
L’assaut du théâtre par les forces spéciales, le 26
au matin, sera justifié par l’affirmation, démentie
par les témoins, que les rebelles ont commencé
à tuer des otages. Précédée de la diffusion massive de gaz neutralisant à l’intérieur de bâtiment, l’intervention tourne au carnage. Tous les
membres du commando ainsi que deux otages
sont tués par balles. Les cent vingt-sept autres
otages qui mourront au cours de l’assaut ou à la
suite de celui-ci seront victimes du gaz. Les autorités ne révéleront la nature exacte de ce gaz
que quatre jours plus tard, privant les médecins
des informations nécessaires au traitement des
malades. Elles affirmeront alors qu’il s’agit d’un
simple anesthésique dont l’effet malencontreux
s’expliquerait par l’état de faiblesse dans lequel
se trouvaient les otages, hypothèse aussitôt
rejetée par les experts. Or il existait un antidote
connu des forces spéciales, dont les membres
ont agi sans masque.
La vie de quelques Russes importait peu au
regard de l’enjeu : rétablir l’autorité du Kremlin.
L’objectif a été atteint par le biais d’une utilisation brutale et sans scrupule de la force, par
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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le recours au secret et au mensonge, moyens
qui illustrent le mépris de la vie humaine sur
lequel, en tout lieu, repose l’autocratie. Poutine
commentera : « Nous avons prouvé qu’il est
impossible de mettre la Russie à genoux [...]
Nous n’avons pas pu sauver tout le monde.
Pardonnez-nous. » Les preneurs d’otages
étaient lourdement armés – fusils d’assaut, grenades, explosifs – et déterminés. Comment une
cinquantaine de combattants tchétchènes équipés d’un tel arsenal ont-ils pu parvenir jusqu’au
centre de Moscou, et y préparer leur opération,
« pendant deux mois » selon l’un d’entre eux,
sans être inquiétés ? Cela demeure l’un des
mystères de cette affaire qui en comporte bien
d’autres. Pourquoi n’ont-ils pas fait exploser
le théâtre lors de l’assaut ? S’agissait-il d’une
simple menace qu’ils ne comptaient pas mettre
à exécution ? N’en ont-il pas eu le temps ou n’en
ont-ils pas reçu l’ordre ? Autre mystère.
Qui a utilisé Movsar Baraev ?
La prise d’otages est un acte terroriste condamnable dans son principe même, quelle que soit
la cause défendue par ce biais. En Tchétchénie,
la prise d’otages est l’une des activités traditionnelles de l’économie de guerre – guerre de clans
ou guerre contre les Russes. Le chef du commando, Movsar Baraev, était le neveu du chef d’un
« bataillon islamique » spécialisé dans l’enlèvement d’étrangers. Sur l’échiquier complexe
du conflit tchétchène, Arbi Baraev semblait en
délicatesse avec le président indépendantiste
Aslan Maskhadov, mais en bons termes avec le
FSB... Arbi a été tué en mai 2000, Movsar a pris
sa suite. Il aurait agi sous les ordres de Chamil
Bassaev, qui avait dirigé la prise d’otages de
Boudennovsk, en juin 1995, et qui a revendiqué
celle de Moscou en assurant que Maskhadov
n’en avait pas été informé. Celui-ci s’est désolida-
risé de l’opération. Officialisant sa rupture avec
Maskhadov, Bassaev a annoncé qu’il prenait la
tête d’une organisation de martyrs chargés de
frapper aveuglément « derrière les lignes adverses ». Ce schéma ne colle pas avec la prise
d’otages de Moscou. Alors, qui a utilisé Movsar
Baraev ? Les « partis de la guerre » aux intérêts
convergents : Bassaev d’une part, les généraux
russes corrompus, de l’autre ?
La lutte antiterroriste ne sort pas grandie de
cette crise. Certes, al-Qaïda est présent en
Tchétchénie. Mais cela fait un siècle et demi
que les Tchétchènes luttent contre les Russes.
L’islamisme radical n’aurait pas trouvé un terreau fertile en Tchétchénie si Moscou n’y entretenait pas une guerre d’épuration fort éloignée
de la lutte contre le terrorisme. Et les dirigeants
occidentaux, qui ont félicité Poutine, portent atteinte à la crédibilité de la lutte antiterroriste en
encourageant l’amalgame entre celle-ci et des
conflits régionaux comme en Tchétchénie ou au
Proche-Orient.
MARC LESCURIAUX
LE PRÉCÉDENT DE BOUDENNOVSK
Le 14 juin 1995, lors de la première guerre
en Tchétchénie, deux cents rebelles investissent Boudennovsk, à une centaine de kilomètres en république de Russie. Dirigés
par Chamil Bassaev, ils affirment vouloir
obtenir l’arrêt des combats en Tchétchénie, et déclarent agir – déjà – sans l’aval du
président tchétchène Djokhar Doudaev. Le
commando se replie dans l’hôpital de la
ville, où il retient un millier de personnes
en otages. Ordonné le 17 par le président
Boris Eltsine, l’assaut de l’hôpital est
meurtrier – cent cinquante morts – et vain.
Il suscite de vives réactions de l’opinion.
Le lendemain, le gouvernement cède. Il
promet l’instauration d’un cessez-le-feu,
accepte l’ouverture de négociations avec
les indépendantistes et met des autocars
à la disposition des Tchétchènes qui regagnent leurs montagnes, emmenant des
otages qu’ils relâcheront à leur arrivée. Les
négociations aboutissent le 31 juillet à la
conclusion d’un accord militaire. La guerre
durera encore plus d’un an.
27
Brésil
Lula président
Luiz Inacio Lula da Silva est élu à la présidence de la
République brésilienne avec 61,5 % des suffrages.
Son élection fait naître un immense espoir de réduction des inégalités sociales, de créations d’emplois
et d’une amélioration rapide des systèmes d’éducation et de santé. M. Lula s’est engagé à respecter
tous les engagements du Brésil, notamment avec
le Fonds monétaire international (FMI), à contrôler
l’inflation, à défendre la monnaie locale, le real, et à
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maintenir un excédent budgétaire. Dans ce contexte,
sa marge de manoeuvre paraît assez faible d’autant
plus qu’il ne dispose pas d’une majorité parlementaire. Avec 91 sièges, son parti, le parti des Travailleurs
(PT), est devenu le premier groupe parlementaire à
la Chambre, mais ne dispose pas – même avec les
voix de ses alliés communistes et socialistes et celles
du Parti libéral (PL, droite) de son vice-président José
Alencar – d’un soutien suffisant pour faire passer ses
réformes.
Lula, un président de gauche pour
le Brésil
Les élections présidentielles brésiliennes
du 6 octobre dépassent le cadre du simple
combat partisan. La presse parle même du
« scrutin le plus disputé depuis la restauration
de la démocratie dans les années 1980 ».
À la veille du scrutin, le président Fernando
Cardoso décide, et c’est une première, de
réunir les différents candidats en lice. Parmi ces
derniers, deux personnages canalisent toutes les
attentions : José Serra, soixante ans, à la tête du
PSDB (centre droit), dauphin social-démocrate
du président sortant Fernando Cardoso, et Luiz
Inacio Lula da Silva, dit « Lula », ancien syndicaliste virulent, rompu aux luttes politiques et
récemment converti à un discours plus modéré.
Le président Cardoso souhaite qu’ils s’engagent
à respecter l’accord signé avec le Fonds monétaire international (FMI).
Tourmente financière
Depuis le début de l’année, la monnaie locale, le
real, a perdu près de 40 % de sa valeur par rapport au dollar. Une certaine défiance s’est emparée des investisseurs qui redoutent que, comme
le laissent entendre les premiers sondages, les
deux candidats de l’opposition arrivent en tête
et ne tirent brusquement un trait sur de longues
années de politique de rigueur.
Derrière le choix du président de la République,
les Brésiliens attendent donc également un réel
engagement en termes de politique économique : le nouveau président devra enrayer le
chômage, engager une réforme profonde des
conditions de travail, réduire les inégalités (1 %
de la population détient 53 % des richesses). Par
ailleurs, depuis la fin des années 1980, le pays ne
parvient plus à surmonter la charge de sa dette,
estimée à plus de 32,7 milliards d’euros par an
et dont le paiement des seuls intérêts absorbe
une part de plus en plus grande du budget. La
politique économique de rigueur de Cardoso a
conduit à une financiarisation de l’économie et à
une précarisation des relations de travail.
C’est dans ce contexte que s’ouvrent dès le mois
d’août les premiers débats télévisés entre les
candidats.
Tableau des différents candidats
La télévision joue un rôle essentiel dans le scrutin alors que, en septembre, 13 des 115 millions
d’électeurs se déclarent encore indécis sur leurs
choix. Le temps d’antenne est proportionnel à
l’importance en sièges de la formation politique
au Congrès. Le dauphin du président sortant,
José Serra, jouit ainsi d’un temps de parole deux
fois plus important que les autres candidats.
Parmi eux, le populiste Ciro Gomès, soutenu
par une myriade de petits candidats de centre
gauche, reçoit 19 % des intentions de vote et
le centriste Anthony Garotinho, gouverneur de
Rio et candidat du Parti socialiste (PSB), oscille
autour de 10 %.
Le duel s’annonce toutefois serré entre Serra, le
dauphin social-démocrate, ancien ministre de
la Santé, favori des milieux d’affaires, et Lula,
le candidat du parti des Travailleurs, parti de
gauche (PT), crédité de 34 % des intentions de
vote. Âgé de cinquante-six ans, le harangueur
des foules en colère a mis de l’eau dans son vin.
Il a également tiré leçon de ses trois défaites
passées (en 1989, 1994, 1998) en élargissant ses
alliances et en choisissant comme candidat à la
vice-présidence un industriel de poids, le sénateur du parti libéral, José Alencar, soixante et
onze ans. Tout en se ralliant au pacte de transition de Cardoso, il se veut clair dans sa ligne politique en proposant au Brésil un modèle alternatif au néo-libéralisme.
La marche de Lula vers la présidence
À la veille du scrutin, plusieurs pronostics
laissent entendre que ce dernier pourrait l’emporter dès le premier tour. Pourtant, la victoire
est ajournée. Il faudra attendre le second tour
du 27 octobre, Lula ayant recueilli 46,67 % des
suffrages contre 23,59 % à José Serra. Ce dernier paie son manque de charisme et apparaît
comme la victime d’une volonté de changement
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
117
d’une grande partie des Brésiliens. Les deux
autres candidats de l’opposition ont recueilli respectivement 16,1 % pour Anthony Garotinho et
12,4 % pour Ciro Gomès. Lula espère un report
de leurs voix. Déjà, les sondages donnent raison à Lula avec 58 à 60 % d’intentions de vote.
Outre le président, les Brésiliens élisaient également 27 gouverneurs, 54 sénateurs, 513 députés
fédéraux et 1 024 députés des États. Là encore,
le PT sera la formation la mieux représentée à la
chambre basse avec 91 députés sur 513 sièges.
Finalement, au soir du second tour et le jour de
son 57e anniversaire, Luiz Inacio Lula da Silva
l’emporte avec 61,5 % des voix. Conscient des
chantiers qui l’attendent, le nouveau président,
qui sera investi en janvier 2003, a invité les
Brésiliens à « construire un pays solidaire »,
ajoutant avec lucidité : « La partie difficile commence maintenant. » Outre le renversement de
tendance sur le plan économique, les attentes de
la société civile brésilienne sont nombreuses : la
baisse du chômage, évalué à 7,5 % (et qui atteindrait jusqu’à 20 % en comptant le sous-emploi),
source de criminalité pour les jeunes des favelas, la relance de la croissance, l’augmentation
des exportations pour réduire la dépendance
du pays au capital étranger, une réforme fiscale
visant à redistribuer les richesses et enfin une réforme agraire pour résoudre le conflit opposant
les paysans aux latifundistes, les grands propriétaires terriens. Une tâche particulièrement ardue
quand on sait que Lula devra par ailleurs rassurer
les marchés et honorer les engagements passés
avec le FMI, comme celui de dégager un excédent budgétaire de 3,75 % du PIB pour honorer
le service de la dette publique.
CÉLINE CABOURG
UN GÉANT AUX PIEDS D’ARGILE
– 170 millions d’habitants, dont 50 millions
vivent au-dessous du seuil de pauvreté,
115 millions d’électeurs
– 11e économie mondiale en termes de PIB
– 1,75 % de croissance annuelle en
moyenne depuis 1998
– 260 milliards de dette publique, soit 62 %
du PIB
– Le flux de capitaux étrangers en direction du Brésil est passé de 43,3 milliards
d’euros en 1995 (6 % du PIB) à 201,5 milliards d’euros en 1999 (21,6 % du PIB).
– 7,5 % d’inflation et un taux directeur de
18 %
– 8 milliards d’excédent commercial en
2002
28
Littérature
Prix Goncourt pour Quignard
Le prix Goncourt est décerné à Pascal Quignard
pour les Ombres errantes, publiées chez Grasset, au
troisième tour de scrutin, par six voix contre deux à
Olivier Rolin pour Tigre en papier, au Seuil, et deux à
Gérard de Cortanze pour Assam, chez Albin Michel.
Les Ombres errantes sont une suite de fragments, sans
fil conducteur apparent, mi-érudite mi-personnelle,
d’une exigence évidente mais a priori non destinée
à un grand public.
30
Israël
Crise politique
À la suite d’un désaccord budgétaire lié au financement des colonies de peuplement en 2003, les ministres travaillistes, dont Shimon Pérès (Affaires étrangères) et Binyamin Ben Eliezer (Défense) quittent le
gouvernement de coalition nationale, qui réunissait
notamment le Likoud (conservateur) et le Parti travailliste. Le Premier ministre Ariel Sharon ne dispose
plus que d’une étroite majorité, qui inclut des petites
factions d’extrême droite. Cette crise politique survient alors que l’État hébreu doit prendre des décisions essentielles concernant notamment le nouveau plan de paix soutenu par les États-Unis et sur la
manière de réagir à une éventuelle attaque irakienne
en cas de guerre américano-irakienne.
France
La perpétuité pour les auteurs des
attentats de 1995
La cour d’assises spéciale de Paris condamne à la
réclusion criminelle à perpétuité Smaïn Aït Ali Belkacem et Boualem Bensaïd, deux Algériens reconnus
coupables d’être les auteurs principaux ou complices des attentats de 1995 à Paris, au musée d’OrdownloadModeText.vue.download 120 sur 380
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say et aux stations de RER Saint-Michel et de métro
Maison-Blanche.
Italie
Séisme meurtrier
Un tremblement de terre de 5,4 sur l’échelle de Richter frappe la région de San Giuliano di Puglia, dans la
province de Campobasso, dans les Abruzzes. Vingtquatre personnes trouvent la mort dont 21 enfants,
victimes de l’effondrement de leur école.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
119
Novembre
1
France
Disparition de Lionel Poilâne
Le boulanger Lionel Poilâne et son épouse décèdent
dans l’accident de leur hélicoptère, qui s’est abîmé en
mer entre l’île des Rimains, où le couple possède une
propriété, et la côte de Cancale, en Bretagne. Lionel
Poilâne était le fils de Pierre-Léon Poilâne, qui avait
fondé en 1932 la boulangerie parisienne de la rue
du Cherche-Midi dans le 6e arrondissement de Paris.
Pierre-Léon Poilâne avait « inventé » le pain Poilâne et
son fils Lionel a fait connaître la célèbre boule de pain
à mie grise dans le monde entier.
3
Turquie
Victoire des islamistes
Le parti islamiste de la Justice et du Développement
(AK) remporte une victoire sans précédent aux élections législatives, avec 34 % des voix. Il obtient la
majorité absolue au Parlement, soit 362 sièges sur les
550 que compte l’assemblée. Le parti républicain du
Peuple (CHP, social-démocrate), une formation laïque
dirigée par Deniz Baykal, recueille 19 % des suffrages
et 179 sièges. Aucun des 16 autres partis en lice – y
compris ceux de la coalition gouvernementale tripartite sortante du Premier ministre Bülent Ecevit, le
Parti démocratique de gauche (DSP, gauche nationaliste), Action nationaliste (MHP, ultranationaliste),
Mère Patrie (ANAP, centre droit) – n’obtient le minimum nécessaire de 10 % des voix pour être représenté à l’Assemblée. Fondé il y a un peu plus d’un an,
le parti islamiste de la Justice et du Développement
participait pour la première fois à des élections. Il est
dirigé par Recep Tayyip Erdogan, un ancien maire
d’Istanbul déclaré inéligible par la justice en raison
d’une condamnation pour « incitation à la haine religieuse ». Le chef du parti islamiste de la Justice et du
Développement déclare que son parti oeuvrera en
faveur de l’« accélération » de la candidature turque à
l’Union européenne et que le programme de redressement économique conclu avec le Fonds monétaire international (FMI) sera poursuivi. Il reste que
l’arrivée de l’AK au pouvoir à Ankara suscite bien des
interrogations dans les chancelleries européennes.
Islam et démocratie : la Turquie
interroge l’Union européenne
La victoire des « islamistes modérés » du
parti de la Justice et du Développement
(AKP) aux législatives de novembre pose
deux questions majeures : l’islam est-il
soluble dans la démocratie ? Un pays dont
le gouvernement se réfère à l’islam, fût-il
démocratique, est-il soluble dans l’Union
européenne ?
En un sens, les Turcs ne font pas exception. De
même que les électeurs d’autres pays musulmans où se sont déroulés des scrutins relativement honnêtes au cours du second semestre
2002 – Pakistan, Algérie, Maroc, Bahreïn... –, ils
ont propulsé au pouvoir des « islamistes modérés », selon une expression en vogue en Occident, c’est-à-dire des politiciens qui se réfèrent
au message coranique tout en acceptant le jeu
démocratique. Grâce à une loi électorale très restrictive, où seules les formations ayant obtenu
plus de 10 % des voix étaient admises à prendre
place dans l’hémicycle, le parti de la Justice et
du Développement (AKP), grand vainqueur
des élections législatives, s’est octroyé 364 des
550 sièges du Parlement turc, avec seulement
34 % des voix. Tandis que le parti républicain du
Peuple (CHP), créé par Mustafa Kemal Atatürk
lors de la fondation de la Turquie moderne en
1923, s’adjugeait tous les autres sièges avec seulement 19 % des suffrages exprimés.
Inquiétudes au sein de l’UE
Les partis de la coalition précédente sont balayés. La formation du Premier ministre sortant,
Bülent Ecevit, ne recueille qu’un peu plus de 1 %
des voix, payant notamment pour une crise économique qui a vu le PIB décroître de 9,4 % en
2001, la monnaie perdre la moitié de sa valeur
par rapport au dollar et le nombre de chômeurs
grimper à deux millions. Le vote prend d’autant
plus l’allure d’une sanction que l’État turc moderne a toujours affirmé la laïcité comme une de
ses valeurs phares. À tel point qu’en juin 1997,
l’armée avait contraint Necmettin Erbakan, Premier ministre issu du parti islamiste Refah, à la
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120
démission. Et que Recep Tayyip Erdogan, actuel
leader de l’AKP et ancien maire d’Istanbul, avait
été condamné à dix mois de prison et à l’inégibilité définitive pour avoir lu en public, en 1997, un
poème jugé « islamiste ».
Au sein de l’Union européenne, dont la Turquie
demande à être membre plus ou moins explicitement depuis 1963, ces résultats sont accueillis
très fraîchement. Quatre jours après le scrutin du
3 novembre, Valéry Giscard d’Estaing, président
de la Convention appelée à élaborer un projet
de Constitution pour l’Union, jette un pavé dans
la mare. Lors d’un entretien accordé au quotidien le Monde, il remarque que la capitale de
la Turquie « n’est pas en Europe », que « 95 %
de sa population se situe hors d’Europe » et
qu’elle est porteuse d’« une autre culture, d’un
autre mode de vie ». Il souligne le poids politique d’un pays qui, avec 66 millions d’habitants
et une démographie dynamique, pourrait rapidement devenir le plus peuplé de l’Union, avec
des pouvoirs de décision proportionnels. Frappé
par la pauvreté du débat sur l’élargissement de
l’Europe au-delà de ses limites conventionnellement admises, il conclut que l’adhésion de
la Turquie signifierait « la fin de l’Union européenne ». Certes, les propos de Valéry Giscard
d’Estaing sont rapidement dénoncés par les plus
hautes instances de l’Union. Günter Verheugen,
commissaire chargé de l’élargissement, précise
notamment que « l’opinion personnelle » de
l’ancien président français ne remet nullement
en cause la candidature de la Turquie à l’adhésion, candidature officiellement acceptée lors
du sommet européen d’Helsinki en décembre
1999. Ces propos rencontrent pourtant un écho
favorable auprès de nombreux politiciens européens. Prononcés une semaine après une entrevue que le président de la Convention a eue avec
le pape Jean-Paul II, ils rappellent les déclarations d’un ancien chancelier allemand, le démocrate-chrétien Helmut Kohl, qui, en son temps,
voulait faire de l’Europe un « club chrétien ».
Un islam eurocompatible ?
Face à ces réticences, les dirigeants de l’AKP
affirment que leur première priorité reste d’intégrer l’Union européenne, sur la base des critères strictement politiques définis au sommet
européen de Copenhague en 1993. Ils annoncent leur volonté d’« en finir avec la torture »
et de développer la « liberté d’expression »,
continuant l’oeuvre du Parlement sortant qui,
durant l’été, avait voté l’abolition de la peine de
mort et la reconnaissance de la langue kurde.
Sur les dossiers hautement épineux de Chypre
et de la coordination entre la future défense
européenne et l’OTAN, ils se disent également
prêts à coopérer. Enfin, sur le plan économique,
ils entendent « suivre le programme élaboré
avec le Fonds monétaire international, mais
en y apportant peut-être des modifications
dans les domaines agricole et social », et ce
afin d’« alléger le coût social de la politique
de rigueur ».
Reste l’islam, c’est-à-dire – peut-être – l’essentiel.
Sur ce point, Recep Tayyip Erdogan a annoncé
plusieurs fois sa volonté d’oeuvrer pour élargir le port du foulard aux sphères de la société
d’où il est, pour l’heure, banni. Quant à Abdullah Gül, nouveau Premier ministre issu des rangs
de l’AKP, il se déclarait certes, dès 1996, prêt à
se battre contre « cette laïcité qui se distingue
pour le moment en Turquie par son opposition
systématique à la religion ». Mais c’était pour
la remplacer par « une laïcité à l’américaine,
dans laquelle la religion et les communautés
religieuses se trouvent sous la protection de
l’État ». Bref, rien de bien incompatible, à l’heure
des annonces, avec des sociétés européennes
qui se pensent de plus en plus multiculturelles.
Les actes du nouveau gouvernement sont attendus avec d’autant plus d’espoir, ce que confirme
l’homme d’affaires turc Sedat Aloglu : « J’ai
toujours pensé que la Turquie était un bon
exemple pour montrer que la démocratie et
l’islam sont compatibles. C’est maintenant à
l’AKP de le montrer. »
BENJAMIN BIBAS
CHYPRE, DÉFENSE EUROPÉENNE :
SOLUTIONS EN VUE
Deux différends diplomatiques minent
encore le parcours d’entrée de la Turquie
dans l’Union européenne. Concernant l’île
de Chypre, dont la partie nord (environ
33 % du territoire) est occupée depuis 1974
par l’armée turque, un projet de réunification sur le modèle des cantons suisses a
été déposé le 11 novembre par Kofi Annan,
secrétaire général de l’ONU. Recep Tayyip
Erdogan, le leader de l’AKP, y a réagi favorablement. Plus complexe est la position
turque concernant la future défense européenne. Membre de l’OTAN, la Turquie
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
121
s’oppose pour l’heure à ce que les installations militaires de l’organisation puissent
être utilisées par des unités concertées
des armées nationales de l’Union. Mais les
dirigeants de l’AKP ont émis le souhait de
trouver une solution avant le 15 décembre,
date à laquelle les Quinze devaient prendre
le relais de l’OTAN en Macédoine.
5
États-Unis
Succès des républicains aux élections de
mi-mandat
Le Parti républicain remporte une victoire historique
aux élections de mi-mandat, en conservant la majorité à la Chambre des représentants (227 élus sur
435, et 203 pour les démocrates) et en reprenant le
contrôle du Sénat (51 sièges sur les 100). La participation électorale frôle les 40 %. C’est la première fois depuis un demi-siècle que les républicains contrôlent à
la fois la Maison-Blanche, le Sénat et la Chambre des
représentants. Et c’est seulement la troisième fois en
un siècle que la formation du président en exercice
améliore ses positions à la Chambre à mi-mandat, la
première fois en deux décennies au Sénat.
Israël
Vers des élections législatives anticipées
Le Premier ministre israélien Ariel Sharon se résigne
à convoquer des élections anticipées après la défection des travaillistes, qui contestaient les sommes
allouées aux colonies juives de peuplement dans le
projet de budget. Le départ des ministres travaillistes
la semaine précédente a fait voler en éclat la coalition
gouvernementale, d’autant que le parti d’extrême
droite Israël Beitenou (Union nationale), qui compte
7 députés, a rejeté l’offre de la rejoindre. Le chef du
gouvernement, Ariel Sharon, n’est donc plus soutenu
que par 55 des 120 députés que compte la Knesset.
Les élections législatives devraient avoir lieu à la fin
de janvier 2003.
Un nouveau départ pour
George W. Bush
Mal élu à l’élection présidentielle de
novembre 2000, George W. Bush remporte
un succès net aux élections de mi-mandat : renouvellement de l’ensemble de
la Chambre des représentants, de 36 des
50 gouverneurs d’État et du tiers du Sénat.
Traditionnellement, ces élections sont défavorables au président nouvellement élu, les
Américains profitant de cette occasion pour rappeler à l’équipe en place ses promesses de campagne. Là, il n’en a rien été : les républicains ont
repris la majorité au Sénat, accentué la leur à la
Chambre des représentants et gagné plusieurs
postes de gouverneurs (Géorgie, Maryland,
Ohio), même si les démocrates l’ont emporté en
Pennsylvanie, au Michigan, au Wisconsin et en
Illinois. Sur ce dernier point, plusieurs observateurs font remarquer qu’il s’agit peut-être d’un
cadeau empoisonné, ces États ayant en commun
d’avoir des finances publiques en net déficit, ce
qui impliquera forcément des choix impopulaires aux nouveaux gouverneurs. La victoire des
républicains est d’autant moins contestable que
la participation électorale – toujours faible aux
États-Unis – a été, cette fois, tout à fait honorable
pour ce type d’élections, soit 35 % des inscrits.
Une opposition hésitante
Les analystes politiques hésitent quant à l’explication de cette vague républicaine : revirement
des électeurs ou modification de la composition
de l’électorat ? Sans soute un peu des deux. Une
chose est sûre, cependant : depuis le 11 septembre 2001, le pays s’est soudé autour de son
président, tandis que la poussée à droite de l’opi-
nion s’est confirmée. D’autant que l’opposition
démocrate n’a pas su trouver de langage alternatif. De fait, tout candidat ayant le front d’émettre
des réserves à propos de la politique américaine
vis-à-vis du terrorisme, de l’Irak ou des contrôles
policiers à l’intérieur même du pays se trouvait immédiatement soupçonné d’esprit « non
patriotique ». Ainsi, dans le Maryland, Kathleen
Kennedy Townsend, propre fille de Robert Kennedy et gouverneur adjointe sortante de cet État
acquis aux démocrates depuis trente-six ans, a
subi une lourde défaite : elle avait osé axer une
partie de sa campagne sur le contrôle des armes
vendues aux particuliers...
Pour George W. Bush, la voie est libre désormais pour appliquer son programme, dont plusieurs éléments avaient été bloqués jusque-là
au Congrès par les démocrates. À court terme,
il va pouvoir instituer ce ministère de la Sécurité
intérieure ; il va également pouvoir autoriser le
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
122
versement de subventions publiques aux organismes privés à caractère confessionnel, ce qui
n’était pas légal jusqu’alors du fait de la séparation de l’Église et de l’État.
Quatre autres champs d’action s’ouvrent aussi
après la victoire du 5 novembre.
La poursuite de la baisse des impôts : mesure
fétiche du président conservateur, cette baisse
a été mise en application dès 2001, contribuant
à provoquer le déficit du budget fédéral, pourtant excédentaire lors des années précédentes.
Plusieurs démocrates avaient voté en faveur de
la diminution de la pression fiscale, mais s’opposaient à sa pérennisation. L’administration en
place va donc confirmer la baisse des impôts,
malgré la hausse programmée des dépenses
publiques, notamment dans le domaine militaire. Il est prévu d’ailleurs de financer en partie
ce déficit en ponctionnant le système de retraite
par répartition, garanti par l’État.
On touche là à la deuxième mesure prioritaire
de l’administration Bush : la privatisation des
retraites. Pendant sa campagne, le candidat
républicain s’était prononcé en faveur d’une
privatisation complète du régime des retraites,
dont le financement devrait être assuré pour
chaque salarié par un plan d’épargne individuel.
La chute brutale de la Bourse et des scandales
d’entreprises comme Enron (dont les salariés
ont tout perdu, leur emploi, leurs actions et leur
régime de retraite) avaient poussé le président à
mettre son projet en veilleuse. D’autant que l’opposition démocrate s’était beaucoup dépensée
sur ce point. L’entourage du président réclame
maintenant une accélération résolue de cette
privatisation. La loi sur l’énergie constitue un des
autres objectifs majeurs de G. W. Bush, lui-même
lié aux milieux pétroliers texans. Cette loi prévoit, entre autres choses, une accentuation des
forages, notamment en Alaska. Jusque-là l’opposition avait réussi à bloquer le projet en faisant
valoir les risques écologiques consécutifs à ces
nouveaux forages dans une vaste région jusquelà préservée.
Le système politique américain confère une
grande importance à l’appareil judiciaire, notamment à la Cour suprême, qui peut bloquer
efficacement de nombreuses mesures politiques. Les nominations des juges principaux par
le président sont soumises au contrôle du Sénat.
Le basculement à droite de celui-ci va autoriser
M. Bush à choisir des juges très conservateurs, ce
qui lui avait été interdit jusqu’alors.
Fermeté internationale
Sur le plan international, George Bush sort également renforcé. Sans parler de son engagement
résolu au côté d’Ariel Sharon, le Premier ministre
israélien, et de sa détermination à éliminer Saddam Hussein, le président américain fait vite
sentir à ses partenaires étrangers que le vote de
novembre lui donne plus que jamais le champ
libre. Dans les semaines qui suivent la consultation, M. Bush confirme sa volonté de doter les
États-Unis d’un bouclier antimissiles. Européens,
Russes et Chinois avaient fait savoir qu’ils étaient
hostiles à un tel bouclier, dont ils estimaient
qu’il allait relancer la course aux armements.
Par ailleurs, fin novembre, lors du 19e sommet
de l’OTAN à Prague, les dirigeants américains
ne se sont pas gênés pour faire comprendre à
leurs partenaires que l’Alliance atlantique devait
à l’avenir être mise au service de l’action mondiale des États-Unis. Le rôle de l’OTAN devrait
donc être celui d’une organisation permettant
aux Européens de mieux coordonner leurs équipements militaires (de fabrication américaine de
préférence) afin de pouvoir jouer plus efficacement un rôle de forces supplétives des Américains. Il est à noter qu’un tel projet va directement à rencontre de la constitution d’une force
militaire européenne d’intervention rapide.
GEORGES CHEVRON
UN MINISTÈRE DE LA SÉCURITÉ INTÉRIEURE
Cette nouvelle structure administrative,
dont certains craignent, par ailleurs, le rôle
exorbitant du droit commun, pourrait embaucher des agents en dehors des normes
régissant le statut des agents fédéraux.
L’administration Bush fait valoir qu’elle a
besoin d’une grande souplesse pour mieux
lutter contre le terrorisme. Les syndicats
s’inquiètent d’un mode de fonctionnement
mettant en cause tous les acquis du statut
de la fonction publique.
6
France
Hue quitte la tête du Parti communiste
français
Robert Hue annonce qu’il quitte son poste de secrétaire général du Parti communiste français et met fin
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
123
à sa cohabitation à la tête du PCF avec Marie-George
Buffet. Il revient donc à celle-ci d’assurer seule la
direction du parti. Robert Hue tire ainsi les conclusions de son dernier échec à l’élection présidentielle,
où il n’a recueilli que 3,37 % des suffrages, un score
particulièrement calamiteux, puisqu’il se retrouvait
ainsi derrière les deux candidats trotskistes, Arlette
Laguiller (Lutte ouvrière) et Olivier Besancenot (Ligue
communiste révolutionnaire). En prenant la tête du
Parti communiste en 1994, succédant à Georges
Marchais, Robert Hue avait pour ambition de moderniser le PCF, de l’adapter à l’évolution de la société
française et de le relancer pour lui redonner toute sa
place dans la vie politique. Il avait obtenu un résultat
honorable (8,64 %) à l’issue de la présidentielle de
1995. Mais force est de constater qu’il n’a pu enrayer
le déclin de son parti, dont il rejette la responsabilité sur les contraintes liées à son appartenance à
la majorité plurielle du gouvernement dirigé par le
socialiste Lionel Jospin. Le 22, le Conseil constitutionnel annule l’élection de Georges Mothron (UMP) qui
avait battu Robert Hue dans la 5e circonscription du
Val-d’Oise (Argenteuil), lors du scrutin législatif de
juin 2002. L’ancien secrétaire général du Parti communiste pourrait retrouver son siège à l’Assemblée
nationale à l’occasion de la nouvelle élection partielle.
7
Gibraltar
Non à la souveraineté partagée
Les quelque 20 500 électeurs de Gibraltar répondent
par la négative à la question : « Approuvez-vous le
principe selon lequel la Grande-Bretagne et l’Espagne
devraient se partager la souveraineté sur Gibraltar ? » :
98,97 % d’entre eux ont donc répondu « non » à
l’instauration éventuelle d’un condominium hispano-britannique sur le rocher, et 1,03 %, « oui ». 12 %
des électeurs se sont abstenus. Ce projet de souveraineté est donc massivement rejeté par les « Llanitos »,
alors que ni Madrid ni Londres ne reconnaissent la
validité de ce vote organisé par les autorités locales.
Ce scrutin a été décidé après que le chef de la diplomatie britannique Jack Straw eut annoncé en
juillet dernier que son pays était prêt à partager sa
souveraineté sur Gibraltar avec l’Espagne, à condition que les 35 000 habitants du rocher l’approuvent
par référendum. Lors du précédent référendum de
1967, seuls 44 électeurs (sur 12 182) avaient déposé
le bulletin « oui » dans l’urne. La Grande-Bretagne a
conquis Gibraltar en 1713. Depuis, l’Espagne tente
de reprendre le contrôle du rocher, Madrid affirmant
que l’existence d’une colonie britannique est un anachronisme dans l’Europe d’aujourd’hui.
8
Italie
Forum antimondialisation à Florence
Florence accueille pour cinq jours le premier forum
social européen, rendez-vous de milliers d’opposants à la mondialisation libérale. La ville est placée
sous haute surveillance policière. La mère de Carlo
Giuliani, un jeune Italien de vingt-trois ans tué d’une
balle dans la tête par un carabinier lors des manifestations antimondialisation en marge du G8 à Gênes
en juillet 2001, lance un appel à la tolérance devant
les manifestants venus du monde entier. Une grande
marche pacifiste réunissant quelque 150 000 personnes arpente les rues de la capitale toscane pour
protester contre la guerre potentielle en Irak et
contre les impacts négatifs de la mondialisation. Le
premier Forum social européen se veut une « articulation » entre l’Europe et le reste du monde dans la
lutte, menée depuis Seattle, aux États-Unis, en 1999,
contre la mondialisation marchande et financière et
pour construire une « autre Europe » dans le respect
des normes sociales, à la veille de l’élargissement de
l’Union européenne.
9
ONU
Résolution sur le désarmement irakien
Le Conseil de sécurité des Nations unies adopte à
l’unanimité la résolution 1 441 portant sur le désarmement irakien. Il rappelle que le cessez-le-feu de
février 1991 mettant fin à la guerre du Golfe reposait
« sur l’acceptation par l’Irak » de la résolution 687 (prise
en avril 1991) lui demandant d’éliminer ses armes de
destruction massive sous l’égide de l’Organisation
des Nations unies ; il décide « d’accorder à l’Irak par la
présente résolution une dernière possibilité de s’acquitter des obligations en matière de désarmement qui
lui incombent » et « d’instituer un régime d’inspection
renforcé », l’Irak disposant de « 30 jours » pour faire
« une déclaration à jour, exacte et complète sur tous les
aspects de ses programmes de mise au point d’armes
chimiques, biologiques et nucléaires, de missiles balistiques et d’autres vecteurs tels que véhicules aériens sans
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124
pilote et systèmes de dispersion » aux inspecteurs en
désarmement de l’ONU.
Union européenne
Giscard contre la candidature de la
Turquie
Dans un entretien au journal le Monde, le président
de la Convention sur l’avenir de l’Europe Valéry Giscard d’Estaing se prononce contre l’intégration de la
Turquie à l’Union européenne. Il déclare que ce serait
« la fin de l’Union européenne » et que la Turquie « n’est
pas un pays européen ». En cas d’adhésion, la Turquie
serait le plus grand « État membre de l’Union européenne » et disposerait « du groupe parlementaire le
plus nombreux au Parlement européen », souligne-t-il.
De son côté, la Commission européenne assure que
le statut de candidat à l’Union européenne accordé à
la Turquie est une « bonne chose ». Selon elle, M. Giscard d’Estaing a émis une « opinion personnelle ».
Un porte-parole de la Commission européenne
déclare que Bruxelles n’a « aucunement l’intention »
de remettre en cause le statut de candidat donné
officiellement à la Turquie par le sommet européen
d’Helsinki en 1999. La victoire des islamistes modérés aux élections législatives qui se sont déroulées
le 3 décembre en Turquie a été accueillie avec prudence par les Quinze, qui assurent vouloir « juger sur
pièces le futur gouvernement turc avant de se prononcer
sur l’ouverture de négociations d’adhésion d’Ankara à
l’Union européenne ».
12
Qatar
Un nouveau message de Ben Laden
La chaîne qatarie al-Jazira diffuse un enregistrement
audio attribué à Oussama ben Laden, dans lequel le
chef du réseau terroriste al-Qaïda se félicite de l’attentat de Bali ainsi que de la prise d’otages de Moscou et adresse des menaces aux pays qui pourraient
participer à une intervention armée contre l’Irak. Les
analyses des experts en renseignement laissent entendre que la voix serait bien celle du chef terroriste,
prouvant que le cerveau présumé des attentats du
11 septembre a survécu à la campagne américaine
de bombardements menée l’an dernier sur l’Afghanistan. Néanmoins, il reste à vérifier si le message n’a
pas été réalisé a posteriori à partir d’extraits de discours du chef d’al-Qaïda.
13
Après que le Parlement irakien a rejeté la résolution 1 441 sur le désarmement votée par le Conseil
de sécurité des Nations unies, le président Saddam
Hussein accepte sans conditions cette résolution
ordonnant à Bagdad de coopérer avec les inspecteurs de l’ONU sous peine de « graves conséquences ».
Néanmoins, l’Irak accuse les États-Unis et la GrandeBretagne de « mensonges » et dénonce les membres
du Conseil de sécurité qui, en votant le texte à l’unanimité, se sont plies aux volontés de Washington. Le
président George W. Bush a exprimé son scepticisme
quant aux intentions de Saddam Hussein. Selon les
termes de la résolution 1 441, l’Irak devra remettre
au Conseil de sécurité une liste complète et exacte
de tous ses programmes d’armements avant le 8 décembre et livrer les armes de destruction massive en
sa possession ainsi que les matériels civils susceptibles d’usages militaires.
Irak
Saddam Hussein accepte la résolution
de l’ONU
Proche-Orient
Tsahal de nouveau à Naplouse
L’armée israélienne investit la ville palestinienne de
Naplouse en Cisjordanie, en riposte à un attentat sanglant contre le kibboutz Metzer, dans le nord d’Israël,
qui a fait cinq morts, dont une femme et ses deux
petits garçons. Le lendemain, les forces israéliennes
pénètrent dans la ville de Gaza.
14
France
Un rapport contre la violence à la télé
La philosophe Blandine Kriegel remet au ministre
de la Culture et de la Communication Jean-Jacques
Aillagon son rapport « Violence et télévision ». Elle
propose de mettre hors de portée des enfants les
programmes violents ou pornographiques par un
système de double cryptage ou de paiement à la
séance, de réorganiser la commission de classification des films interdits aux jeunes, d’établir des
normes de classification proches de la moyenne eudownloadModeText.vue.download 127 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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ropéenne, avec des critères moins laxistes (la France
classe 20 % des films, contre 80 % en moyenne en
Europe), et d’étendre cette classification à tous les
écrans, vidéocassettes, DVD, jeux vidéo et, ultérieurement, Internet.
L’église de Calais évacuée de ses
réfugiés
Les gendarmes évacuent la centaine d’étrangers qui
s’étaient réfugiés depuis cinq jours à l’intérieur de
l’église Saint-Pierre-Saint-Paul de Calais. Ces derniers,
des Kurdes irakiens et des Afghans refoulés du centre
de la Croix-Rouge de Sangatte, n’ont opposé aucune
résistance.
Chine
Hu Jintao, nouveau chef du PCC
Le président Jiang Zemin, soixante-seize ans, abandonne le secrétariat général du Parti communiste
chinois (PCC). Il passe le flambeau à une nouvelle
génération menée par le vice-président Hu Jintao,
cinquante-neuf ans. Ce dernier conserve son siège
au Comité permanent et succédera à Jiang en tant
que secrétaire général, le poste à responsabilité le
plus important en Chine. Ce dernier est le seul des
sept membres du Comité permanent actuel à avoir
été réélu au Comité central, au terme d’un congrès
historique marquant la première succession ordonnée du PCC depuis sa prise du pouvoir en 1949. Seuls
les membres du Comité central peuvent prétendre
siéger au Comité permanent du Bureau politique,
l’organe suprême du pouvoir en Chine.
Le XVIe congrès du PC chinois
Préparé par des débats houleux, le
XVIe congrès du PCC, qui se tenait du 8
au 14 novembre à Pékin, a porté un coup
décisif aux derniers vestiges du maoïsme en
s’ouvrant aux patrons capitalistes.
Cette ouverture, qui traduit les mutations de
la société chinoise, marque le triomphe de
l’orientation imprimée au parti par son leader,
Jiang Zemin, qui passait la barre, comme prévu,
à Hu Jintao, représentant d’une nouvelle génération de dirigeants. Pourtant, si le PC a démontré
sa volonté de ne pas rester à la traîne de la société, il sera contraint de s’adapter à ses exigences
en vue d’une réforme du système politique, dont
il exclut pour l’heure toute démocratisation.
Un débat houleux
En juillet 2001, à l’occasion du 80e anniversaire
du Parti communiste chinois (PCC) dont il est
secrétaire général depuis treize ans, le président Jiang Zemin annonçait solennellement une
grande réforme du parti. Accueillie avec une relative indifférence par les Chinois qui – en butte
aux difficultés liées au grand bond en avant vers
l’économie de marché quand ils n’ont pas su,
comme une minorité d’entre eux, en tirer profit –
se sentent peu concernés par les débats idéologiques d’un parti tendant à se couper de sa base,
cette perspective a mobilisé la classe dirigeante
à l’approche du XVIe congrès. Les préparatifs en
seront marqués par de vives oppositions, qui ont
porté moins sur le principe consensuel d’une
poursuite des réformes confirmant l’ouverture
du pays à la communauté des nations, que sur
les modalités et le rythme de ce processus, et
surtout sur le choix des dirigeants chargés de le
mener à bien, auxquels Jiang Zemin devait passer le relais. Entre-temps, la Chine a été admise
en novembre 2001, au terme d’une longue procédure, au sein de l’Organisation mondiale du
commerce (OMC), une admission qui montrait
que le pays a bien pris en marche le train d’une
mondialisation dont la dynamique irrépressible,
avec ses incidences déjà manifestes sur une
société chinoise en pleine mutation, interdit au
régime de faire machine arrière. Marginalisé, le
dernier carré de nostalgiques de la Révolution
culturelle mène un combat d’arrière-garde sans
effet sur un débat opposant les partisans d’une
refonte plus radicale du système économique,
sinon politique, aux gardiens, certes de moins
en moins influents eux aussi, d’un « socialisme »
dont ils voudraient que les « caractéristiques
chinoises » soient affirmées davantage dans le
respect du marxisme-léninisme. Les premiers
seront déçus. Marquant le triomphe de la ligne
imprimée par Jiang Zemin, la grande réforme
entérinée lors de ce congrès bousculera les derniers piliers du dogme maoïste en ouvrant les
rangs du PCC aux patrons d’entreprises privées.
Cette ouverture sacrilège, confirmant la victoire
des « cols blancs » sur les « cols Mao » des paysans et des ouvriers, dessine les contours d’un
« capitalisme aux caractéristiques chinoises », reléguant au musée le parti de Mao qui s’appuyait
sur une paysannerie aujourd’hui laissée sur le
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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bas-côté de la route d’une modernisation profitant surtout aux villes.
Un grand écart idéologique
Les hiérarques communistes ont enfin pris acte
de l’émergence, à la faveur de l’ouverture économique engagée au début des années 1980,
d’une classe moyenne à laquelle ils se résignent
à concéder quelques responsabilités politiques
en échange du rôle majeur qu’elle s’est vu accorder dans le développement de l’économie. C’est
donc sous la pression d’une société qui s’est engouffrée dans la brèche ouverte par son accession à l’entreprise privée que le PCC a dû effectuer ce grand écart idéologique, au risque sinon
de se laisser dépasser par une évolution des
comportements sociaux inspirés par la mondialisation. De fait, les dirigeants communistes sont
déjà dépassés par les événements, et ils se sont
contentés de s’adapter à une réalité sociale qu’ils
ne pouvaient plus appréhender en termes de
classes, mais de couches sociales, terminologie
aux résonances moins conflictuelles. À soixanteseize ans, au moment de quitter – partiellement
– la scène, Jiang Zemin se flatte d’avoir marqué l’histoire de son parti et de son pays avec
sa doctrine des « trois représentativités », selon
laquelle le parti doit représenter les « forces productives les plus avancées », la « culture la plus
avancée » et les « intérêts des larges masses »,
inscrite désormais dans la constitution du PCC.
Mais l’héritier du « grand timonier », qui passait
la barre comme prévu à Hu Jintao, s’est contenté
de naviguer à vue, pour ne pas rester à la traîne
d’une société civile qui s’exprime déjà à travers
tout un réseau associatif, faute de pouvoir occuper un terrain politique miné depuis la répression de Tian’ anmen en 1989, qui a coupé court
à toute forme d’opposition. Son successeur, qui
ne passe pas pour être un grand réformateur, ne
pourra davantage redonner sa fonction de moteur de la société à un parti qui s’est condamné
à jouer un simple rôle de représentant et de régulateur en excluant toute démocratisation du
système politique. Les réformes économiques,
à l’origine d’une restructuration accélérée du
secteur d’État qui ne représente plus que 40 %
du paysage industriel, ont provoqué une hausse
brutale du nombre des chômeurs (4,5 % selon
les chiffres officiels, de 8 % à 20 % selon d’autres
estimations), que le marché du travail, saturé
aussi du fait d’un exode rural croissant parmi
les 900 millions de paysans, ne peut absorber.
Cette situation de crise, aggravée par l’absence
d’organismes publics en mesure d’y faire face, se
traduit par un climat social explosif, laissant le
champ libre aux démocrates dissidents jusquelà marginalisés. Dans ce climat social délétère,
le PCC, discrédité par une corruption qu’il ne
combat que depuis peu, ne peut repousser indéfiniment la mise en oeuvre d’une autre grande
réforme qui le verrait accepter les règles de la
concurrence, politique cette fois. Tenu par ses
responsabilités devant la communauté internationale depuis son adhésion à l’OMC, qui lui a
imposé des contraintes et des règles, le régime
communiste devra ainsi trouver d’autres solutions que la répression.
ULYSSE GARO
HU JINTAO, UN TIMONIER SORTI DE L’OMBRE
À cinquante-neuf ans, Hu Jintao incarne la
nouvelle génération de dirigeants chinois.
Pourtant, cet apparatchik peu connu,
même si Deng Xiaoping l’avait désigné
comme dauphin, n’a rien d’un libéral. Affichant un parcours modèle au sein du parti,
auquel il adhère en 1965 pour en gravir les
échelons jusqu’au Bureau politique (1992),
cet ingénieur hydrologue avait su prouver
sa loyauté en matant en mars 1989 des manifestations au Tibet, avant de cautionner
la répression de Tian’ anmen. Sa discrétion
durant le règne de Jiang Zemin ouvrira à
ce spécialiste du juste milieu la succession de l’empire. Nouveau timonier depuis
le 15 novembre, Hu Jintao devra encore
ménager Jiang Zemin, toujours président
de la commission militaire, ultime bastion
d’un pouvoir sur lequel il gardera un certain contrôle en ayant fait entrer nombre
de ses fidèles au Bureau politique.
15
Proche-Orient
Embuscade à Hébron
Des activistes palestiniens ouvrent le feu sur des
colons juifs dans la ville d’Hébron, en Cisjordanie, faisant au moins six morts et une trentaine de blessés.
Environ 450 colons juifs vivent au milieu de quelque
130 000 Palestiniens à Hébron, ville divisée en secdownloadModeText.vue.download 129 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
127
teurs israélien et palestinien aux termes d’un accord
intérimaire conclu en 1997.
17
France
Juppé président de l’UMP
Alain Juppé est élu à la présidence de l’UMP avec
79,42 % des suffrages exprimés par les adhérents du
nouveau parti de la majorité. L’abstention est très élevée puisqu’il n’y a eu que 48 171 suffrages exprimés
pour 164 500 électeurs inscrits, soit un taux de participation de 29,28 %. Derrière l’ex-Premier ministre
RPR, le député Nicolas Dupont-Aignant obtient
14,91 % des suffrages exprimés, ce qui devrait lui
permettre de créer un courant au sein de la nouvelle
formation de la droite et du centre droit. Ces résultats sont annoncés lors du congrès fondateur du
nouveau parti qui conservera le même sigle, UMP.
L’Union pour la majorité présidentielle s’appellera en
effet désormais Union pour un mouvement populaire : 36 662 suffrages exprimés par les adhérents se
sont portés sur ce nom, contre seulement 6 467 sur
l’autre choix, l’Union populaire. Le logo choisi par les
adhérents est un arbre blanc sur fond rouge et bleu.
Italie
La prison pour Andreotti
L’ancien président du Conseil italien Giulio Andreotti,
âgé de quatre-vingt-trois ans, et aujourd’hui sénateur
à vie, est condamné à vingt-quatre ans de prison par
la cour d’appel de Pérouse pour avoir commandité le
meurtre d’un journaliste en 1979. Il avait été acquitté
en première instance en 1999 et le parquet avait fait
appel. L’actuel président du Conseil Silvio Berlusconi
dénonce cette décision, estimant que ce verdict
constitue une nouvelle preuve des tendances politiques des magistrats, et déclare que G. Andreotti est
la « victime d’une justice folle ».
19
Espagne
Marée noire en Galice
Un pétrolier appartenant à une compagnie du Libéria et battant pavillon des Bahamas, le Prestige, coule
au large de la Galice (nord-ouest de l’Espagne). Des
milliers de tonnes de fioul s’échappent de ses cuves,
polluant 40 km de côtes, entre La Corogne et le cap
Finisterre. Les immenses nappes de pétrole dérivant
en mer font craindre une catastrophe écologique
majeure. La France et le Portugal sont en état d’alerte,
en prévision d’une éventuelle marée noire qui pourrait toucher leurs côtes au gré des vents et des
courants. Selon l’affréteur du Prestige, le négociant
Crown Resources, basé en Suisse et filiale du puissant holding russe Alfa, le navire transportait environ
78 000 tonnes de fioul Oil M-100. Ce fioul lourd se
caractérise par une densité élevée proche de celle de
l’eau, une forte viscosité initiale, une faible tendance
à l’évaporation et à la dispersion naturelle, selon le
centre français spécialisé dans l’étude des pollutions
maritimes, Cedre.
21
OTAN
Invitation à sept pays de l’Est
Lors de leur sommet de Prague, les chefs d’État et de
gouvernement de l’OTAN invitent sept pays de l’Est à
entamer des négociations en vue de leur adhésion
en 2004. La Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie, la Slovénie, la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie rejoindront
l’Alliance atlantique lors d’un nouveau sommet qui
devrait avoir lieu en mai 2004, portant le nombre de
pays membres à 26. Il s’agira du plus important élargissement de l’OTAN après l’adhésion en 1999 de la
Pologne, de la Hongrie et de la République tchèque,
trois anciens satellites de l’URSS. La Russie accepte
maintenant l’élargissement de l’OTAN aux trois républiques baltes, ce qu’elle considérait comme un casus
belli il y a trois ans.
23
Voile
McArthur, héroïne de la Route du rhum
La Britannique Ellen McArthur franchit en tête la ligne
d’arrivée de la 7e Route du rhum, à Pointe-à-Pitre,
dans la catégorie des monocoques, précédant son
compatriote Mike Golding à la barre d’Ecover d’un
peu plus de neuf heures. Partie le 9 novembre de
Saint-Malo à bord de Kingfisher, Ellen McArthur, âgée
de vingt-six ans, a effectué la traversée dans le temps
record pour un monocoque de 13 jours 13 heures
31 minutes et 47 secondes, soit une amélioration
deux jours cinq heures 52 minutes et 58 secondes
par rapport à l’ancien record établi par Yves Parlier
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
128
sur Cacolac d’Aquitaine en 1994. Entre Saint-Malo et
Pointe-à-Pitre, elle a parcouru 3 968 milles sur l’eau à
la vitesse moyenne de 12,19 noeuds, soit 417 milles
de plus que la route orthodromique (la plus courte)
qui est de 3 540 milles (6 556 kilomètres). Moins de
vingt-quatre heures après Ellen McArthur, le Français
Michel Desjoyeaux arrive troisième sur Géant, le premier multicoque de 60 pieds. Son temps de course
est de 13 jours, sept heures et 53 minutes pile. En
temps absolu, Desjoyeaux a donc été le plus rapide,
mais McArthur a accompli l’exploit de finir première
sur un monocoque, ce que personne n’avait réalisé au cours des six précédentes éditions de cette
transatlantique. Les monocoques s’étaient élancés
de Saint-Malo le 9 novembre, les multicoques, le
lendemain.
24
Autriche
Victoire des conservateurs
Les conservateurs du Parti populaire (ÖVP) du chancelier sortant Wolfgang Schüssel remportent les élections législatives avec plus de 42 % des voix, une progression de près de 16 points par rapport au dernier
scrutin de 1999. Toutefois, ce score ne permet pas
aux conservateurs de gouverner le pays tout seuls.
Le Parti social-démocrate (SPÖ) d’Alfred Gusenbauer
recueille près de 37 %, soit trois points de mieux
qu’il y a trois ans. Malgré cette progression, le SPÖ se
retrouve derrière les conservateurs pour la première
fois depuis 36 ans. Du côté des écologistes, les Verts
obtiennent environ 9 % des voix, un léger mieux par
rapport à 1999.
Seul des quatre grands partis à reculer, le parti de la
Liberté (FPÖ, extrême droite) de Jörg Haider, formation qui participait à la coalition sortante, obtient un
peu plus de 10 %, soit 17 points de moins qu’en 1999.
Équateur
Gutierrez nouveau président
Trois ans après avoir participé au putsch contre le
démocrate chrétien Jamil Mahuad, le colonel de
gauche Lucio Gutierrez, âgé de quarante-cinq ans,
devient le nouveau président de l’Équateur après
sa victoire, 55 % contre 45 %, sur le magnat de la
banane, Alvaro Noboa, un populiste de droite, dans
le premier scrutin national depuis le coup d’État du
20 janvier 2000.
25
France
Coups de filet anti-islamiste
Cinq islamistes présumés, de nationalité algérienne,
soupçonnés d’appartenir à une cellule de soutien
logistique au Djihad, sont appréhendés dans le
quartier de Barbes à Paris et en région parisienne par
les hommes de la Division nationale antiterroriste
(DNAT). Considérés comme des extrémistes gravitant
dans la mouvance salafiste, les suspects auraient notamment participé à la fourniture de faux documents
administratifs à des filières installées en Afrique du
Nord. Le 26, sept islamistes présumés, algériens et
pakistanais, sont arrêtés en région parisienne et à l’île
de la Réunion dans le cadre de l’enquête portant sur
le dossier Richard Reid, ce ressortissant britannique
incarcéré aux États-Unis pour avoir tenté de faire
exploser le 22 décembre 2001 le vol Paris-Miami avec
des chaussures piégées. Parmi ces suspects figure
Slimane Khalfaoui, un Franco-Algérien membre des
filières dites « afghanes », interpellé à Montfermeil
(Seine-Saint-Denis), qui était recherché depuis 1996
par la justice française.
Irak
Retour des inspecteurs en désarmement
Quatre ans après le départ de l’ancien organisme de
l’ONU chargé de désarmer l’Irak, les premiers inspecteurs de la nouvelle Commission de contrôle onusienne et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) arrivent à Bagdad. Ils auront soixante
jours pour remettre leurs conclusions au Conseil
de sécurité de l’ONU. Leur mission est cruciale pour
l’avenir de l’Irak. Le moindre manque de coopération
de Bagdad ne manquera pas de déclencher une
intervention militaire américaine.
26
France
Échec de la grève des routiers
À l’appel de leurs syndicats CGT et CFDT, les chauffeurs routiers installent des barrages un peu partout
en France, filtrants pour la plupart, mais sans provoquer une paralysie du réseau routier. Ces deux moudownloadModeText.vue.download 131 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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vements avaient refusé de signer l’accord négocié
par le gouvernement avec les autres représentants
de la profession. À l’image de Bernard Thibault à la
CGT, le secrétaire général de CFDT Transports, Joël
Le Coq, se disait la veille « prêt à poursuivre l’action
pendant plusieurs jours ». Mais en fin de journée, les
barrages sont tous levés. Le ministre de l’Intérieur
Nicolas Sarkozy avait brandi la menace du retrait de
permis aux chauffeurs routiers, prévu par le Code de
la route en cas d’« entrave à la circulation ».
28
Kenya
Attentats anti-israéliens au Kenya
Un véhicule tout-terrain bourré d’explosifs est précipité sur l’hôtel Paradise de Mombasa, deuxième
ville du Kenya sur le littoral de l’océan Indien. L’hôtel
était fréquenté par des touristes israéliens. L’attentat
fait quinze morts – dont les trois kamikazes et trois
clients israéliens. Pratiquement au même moment,
deux missiles sont tirés sans succès contre un appareil de la compagnie israélienne Arkia à son décollage
de Mombasa. L’avion, qui transportait 261 passagers,
se posera sans encombre sur l’aéroport Ben Gourion
de Tel Aviv. Aucune des deux attaques n’est revendiquée. Mais en Israël, des responsables soupçonnent
le réseau al-Qaïda d’Oussama Ben Laden.
Israël
Sharon remporte la primaire du Likoud
Ariel Sharon est largement réélu lors de la primaire
du Likoud en vue des élections législatives du 28 janvier. Il obtient 58 % des suffrages exprimés par les
305 000 membres du Likoud appelés à voter, Benyamin Netanyahou étant crédité de 38 %. Sa victoire est
une première étape vers une réélection à la tête du
gouvernement le 28 janvier, le Premier ministre sortant devançant nettement le candidat du Parti travailliste Amram Mitzna dans les sondages. Le même
jour, dans la localité de Beït Shéan, dans le nord d’Israël, cinq Israéliens sont tués et une vingtaine de personnes blessées dans une attaque contre un siège
local du parti Likoud en Israël, par deux Palestiniens
qui sont ensuite abattus par la police. L’attaque est
revendiquée par les Brigades des martyrs d’al-Aksa,
mouvement armé clandestin issu du Fatah de Yasser
Arafat, en représailles à la mort la veille d’un de leurs
leaders et d’un autre activiste en vue du Hamas lors
d’une attaque israélienne au missile à Djenine.
29
France
Mort de Daniel Gélin
Le comédien français meurt à Paris à l’âge de quatrevingt et un ans. Il aura tourné avec les plus grands
réalisateurs, de Max Ophüls à Hitchcock, en passant
par Sacha Guitry et Abel Gance.
30
France
Alexandre Dumas au Panthéon
La dépouille d’Alexandre Dumas est admise au Panthéon, à Paris, où elle reçoit l’hommage de Jacques
Chirac et de l’académicien Alain Decaux, président
d’honneur de la Société des amis de Dumas. Auparavant, elle avait quitté Villers-Cotterêts (Aisne), où
est né Dumas, puis avait été exposée au château de
Monte-Cristo à Port-Marly (Yvelines). Alexandre Dumas, le romancier français le plus lu au monde, est la
70e personnalité et le 6e écrivain à entrer au Panthéon
après Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Victor Hugo,
Émile Zola et André Malraux.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
130
Décembre
2
France/Grande-Bretagne
Accord sur la fermeture de Sangatte
Les ministres de l’Intérieur français Nicolas Sarkozy
et britannique David Blunkett signent un protocole
de fermeture du centre de la Croix-Rouge de Sangatte « avant le 30 décembre ». Le texte stipule qu’à
cette date le centre sera restitué à son propriétaire,
Eurotunnel, « qui procédera à sa destruction complète ». Le texte explique que seront proposés aux
Irakiens de Sangatte (Kurdes et Arabes), comme aux
Afghans qui ont des liens familiaux au RoyaumeUni, « des emplois qui correspondent à leurs qualifications pendant une prise en charge de trois mois ».
Rappelant que toutes les personnes résidant dans le
centre seront « prises en charge équitablement et humainement », l’accord de Londres établit donc que
l’ensemble des Irakiens auront droit à « une entrée
exceptionnelle au Royaume-Uni (...) en qualité de travailleurs, non de demandeurs d’asile ». L’idée du Home
Office est d’organiser pendant ces trois mois un programme d’insertion sur la base des informations sur
les compétences professionnelles recueillies par le
Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) lors des entretiens menés à Sangatte. Leur visa de quatre ans
sera renouvelable. M. Blunkett a en revanche exclu
l’octroi du droit d’asile. « C’est un véritable tremblement de terre dans les relations franco-britanniques
sur l’immigration », assure M. Blunkett, qui a dû accepter un nombre important de migrants, quelque
1 400, pour faire fermer le centre de la Croix-Rouge
quatre mois avant l’échéance fixée. Pour afficher
leur volonté d’une « nouvelle ère de coopération », les
deux ministres ont annoncé des mesures de lutte
contre les filières clandestines. Le 5, un premier
groupe d’une quarantaine d’Irakiens et d’Afghans
du centre de Sangatte rejoignent Folkestone en
Grande-Bretagne. D’ici au 30 décembre, 80 % des
1 600 migrants qu’abrite le centre, soit environ un
millier d’Irakiens et 300 Afghans, auront traversé la
Manche.
3
Burundi
Accord entre gouvernements et rebelles
Au terme de cent jours de tractations, et en présence de plusieurs chefs d’État de la région, réunis
pour la 19e fois au chevet d’un pays déchiré, depuis
1993, par une sanglante guerre civile, le président –
tutsi – Pierre Buyoya et le chef rebelle – hutu – Pierre
Nkurunziza, chef du principal mouvement rebelle
– Forces pour la défense de la démocratie (FDD) –
signent, à Arusha (Tanzanie), un accord de cessezle-feu qualifié d’« historique ». Le texte prévoit la cessation « immédiate » des hostilités et la négociation
d’un « meilleur partage du pouvoir » entre Hutus, majoritaires à 85 %, et Tutsis, la minorité qui gouverne le
Burundi depuis l’indépendance. Point de départ des
violences intercommunautaires qui ont fait plusieurs
centaines de milliers de victimes depuis neuf ans,
une éphémère alternance au pouvoir, en 1993, s’était
soldée par l’assassinat par l’armée de Melchior Ndadaye, premier président – hutu – démocratiquement
élu. Les rebelles estiment que « pour des raisons pratiques et politiques », les armes ne pourront « réellement
se taire » qu’à la fin de l’année.
7
Irak
Remise de la liste des sites suspects
à l’ONU
Vingt-quatre heures avant l’expiration du délai d’un
mois imposé par la résolution 1 441 du 8 novembre,
Bagdad adresse à la commission chargée de désarmer l’Irak, l’Unmovic, ainsi qu’à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et au Conseil de
sécurité de l’Organisation des Nations unies, une
copie de la déclaration supposée complète et sincère sur ses programmes d’armes de destruction
massive. Le général Amer al-Saadi, responsable
du dossier de l’armement en Irak, invite Londres
et Washington à fournir à l’Unmovic et à l’Agence
internationale de l’énergie atomique pour vérification sur place les preuves tangibles qu’ils affirment
détenir sur l’existence d’armes prohibées non révélées par l’Irak. Il souligne que les inspections sont
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
131
« une pilule arrière », mais que l’Irak les accepte par
souci de coopération avec les inspecteurs. Par ailleurs, le président irakien Saddam Hussein présente,
pour la première fois en douze ans, ses « excuses »
au peuple koweïtien pour avoir envahi son pays en
août 1990, avant d’en être expulsé quelques mois
plus tard par une coalition internationale commandée par le général américain Norman Schwarzkopf.
Le 9, la déclaration de l’Irak sur ses armements de
destruction massive parvient au Conseil de sécurité
des Nations unies. Pour les dirigeants irakiens, cette
déclaration de près de 12 000 pages, établit que
l’Irak ne possède pas d’armes nucléaires, chimiques
ou biologiques.
Irak : les bonnes résolutions
L’ONU l’a votée, Bagdad l’a acceptée. Le
débat autour de la résolution 1 441 sur le
désarmement irakien aura autant illustré
la guerre de position menée par les ÉtatsUnis au sein de la communauté internationale que celle conduite par cette dernière à
l’égard de l’Irak.
Le président George W. Bush n’a pas attendu
les attentats du 11 septembre pour exprimer sa volonté d’« en finir avec Saddam Hussein ». Cet objectif s’inscrit dans la logique
forgée à Washington selon laquelle le danger
qui menace le gendarme du monde menace le
monde dans sa totalité. Il remonte à la guerre
du Golfe, menée par le père de l’actuel occupant du bureau ovale, événement contemporain de la disparition du « deuxième Grand »,
l’URSS. Après le 11 septembre, le danger irakien
a simplement fait l’objet d’une réinterprétation
de la part des États-Unis. Sanctuaire d’Oussama
Ben Laden, l’Afghanistan constituait une cible
parfaitement lisible dans le cadre du combat
engagé par les États-Unis contre l’« axe du
Mal ». Mais Washington n’a jamais apporté la
preuve d’un quelconque lien entre l’Irak et alQaïda. C’est donc au nom du danger potentiel
que l’Irak ferait peser sur le monde, du fait de
la détention présumée d’armes de destruction
massive, et de l’aide qu’il pourrait apporter au
terrorisme international, poussé par son antiaméricanisme viscéral, que le régime de Saddam
Hussein doit être détruit.
Effet perturbateur
S’il n’avait tenu qu’à eux, les États-Unis se seraient bien passés de l’ONU. L’état de légitime
défense, que l’ONU a reconnu à Washington
après le 11 septembre, ne justifiait-il pas à lui
seul une intervention ? Le débat a été serré, tant
au sein de l’administration américaine qu’entre
les alliés. Une fois la nécessité d’obtenir l’onction
onusienne admise par Washington, les modalités
d’une action contre l’Irak restaient à définir. Les
approches étaient diamétralement opposées.
Les États-Unis souhaitaient faire adopter une
résolution légitimant son intervention armée.
L’objectif des Nations unies était d’aboutir au désarmement de l’Irak prévu par la résolution 687
d’avril 1991, votée au lendemain de la guerre
du Golfe. Le contrôle de ce désarmement avait
été interrompu par le retrait des inspecteurs de
l’ONU, en décembre 1998.
Or en août, Bagdad a invité le chef de la commission de contrôle du désarmement de l’Irak (Unmovic), Hans Blix, à « préparer une reprise de
la coopération » – la résolution 1 284 adoptée
en décembre 1999 exige le retour inconditionnel en Irak des inspecteurs de l’ONU. L’effet perturbateur recherché par Bagdad ne s’est pas fait
attendre. Tandis que le vice-président américain,
Dick Cheney, évoquait l’application de la « doctrine de la prévention » à l’encontre du régime
irakien, le président Jacques Chirac présentait la
position française : « On voit poindre la tentation de légitimer l’usage unilatéral et préventif
de la force, déclarait-il. Cette évolution [...] est
contraire à la vision de la sécurité collective
de la France, [...] qui repose sur la coopération des États, le respect du droit et l’autorité
du Conseil de sécurité. » Si Bagdad refuse le
retour des inspecteurs de l’Unmovic, « il faudra
que le Conseil de sécurité, et lui seul, soit en
mesure de décider les mesures à prendre »,
ajoutait-il.
Une approche en deux temps
En septembre, quelques jours après le débat sur
la crise irakienne devant l’Assemblée générale
de l’ONU au cours duquel le président Bush avait
prévenu que « les exigences justes de paix
et de sécurité seront appliquées, ou l’action
sera inévitable », le gouvernement de Bagdad a
déclaré accepter le « retour des inspecteurs en
désarmement de l’ONU en Irak sans condition ». Dès lors, les États-Unis n’ont eu de cesse
d’exiger l’adoption d’une résolution renforçant
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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le contrôle du désarmement irakien et prévoyant
un recours automatique à la force en cas de violation. De son côté, la France s’en tenait à l’application de « la 1 284, toute la 1 284, rien que
la 1 284 ! ». Chacun a réduit ses prétentions.
La France s’est contentée d’exiger que la guerre
contre l’Irak ne se fasse pas sans l’aval de l’ONU.
Les États-Unis ont fini par admettre l’« approche
en deux temps » prônée par Paris : deux résolutions plutôt qu’une, la première fixant les nouvelles règles du régime de contrôle du désarmement irakien, la seconde, en cas de violation de
ces règles, autorisant éventuellement un recours
à la force. Le 8 novembre, le Conseil de sécurité a
adopté à l’unanimité la résolution 1 441 qui prévoit un régime d’inspection renforcé et impose
à Bagdad de fournir dans les trente jours la liste
de ses programmes d’armements. Placée sous le
chapitre VII de la Charte de l’ONU qui autorise
de recourir à la force pour la faire respecter, la
résolution charge toutefois le Conseil de sécurité de la suite à donner à une violation de ses
obligations par l’Irak. Le 12, en guise d’exutoire
des passions nationalistes, le Parlement irakien
a rejeté la résolution 1 441 qui lui était soumise,
au cours d’une séance très médiatisée. Le lendemain, le gouvernement irakien l’a acceptée sans
réserve, indiquant toutefois qu’il relèverait les
éventuelles « mauvaises intentions » des inspecteurs de l’ONU.
GÉRARD SANIER
EXTRAITS DE LA RÉSOLUTION 1 441 !2002!
SUR LE DÉSARMEMENT DE L’IRAK
« Le Conseil de sécurité, [...]
1. DÉCIDE que l’Irak est et demeure en violation patente des obligations que lui imposent les résolutions pertinentes, notamment la résolution 687 (1991) [...].
1 bis. DÉCIDE [...] d’accorder à l’Irak par
la présente résolution une dernière possibilité de s’acquitter des obligations en
matière de désarmement [...], et décide en
conséquence d’instituer un régime d’inspection renforcé [...].
3. DÉCIDE [que] le gouvernement irakien
[...] fournira, [...] au plus tard 30 jours à
compter de la présente résolution, une
déclaration à jour, exacte et complète
sur tous les aspects de ses programmes
de mise au point d armes chimiques, biologiques et nucléaires, de missiles balistiques et d’autres vecteurs [...].
4. DÉCIDE que la présentation d’informations fausses ou l’existence d’omissions
dans les déclarations soumises par l’Irak
[...] et le fait de ne pas se conformer à tout
moment à la présente résolution et de ne
pas coopérer pleinement à son application constitueront une nouvelle violation
patente des obligations de l’Irak [...].
11. DONNE POUR INSTRUCTION [à] la
Commission et [à] l’AIEA de lui signaler
immédiatement toute ingérence de l’Irak
dans les activités d’inspection ainsi que
tout manquement de l’Irak à ses obligations en matière de désarmement [...].
12. DÉCIDE de se réunir immédiatement,
dès réception d’un rapport conformément aux paragraphes 4 ou 11 ci-dessus,
afin d’examiner la situation ainsi que la
nécessité du respect intégral de toutes ses
résolutions pertinentes, en vue d’assurer
la paix et la sécurité internationales [...]. »
8
Venezuela
Grève illimitée
L’opposition vénézuélienne reconduit « pour une
durée illimitée » la grève générale, qui entre ainsi dans
sa deuxième semaine, et paralyse partiellement les
activités pétrolières du pays, cinquième exportateur
mondial de brut et troisième fournisseur de brut des
États-Unis. Patrons, syndicats et partis d’opposition
veulent obtenir la démission du chef de l’État, Hugo
Chavez, grâce à l’organisation d’un référendum.
Les organisateurs de la grève proclament un « deuil
national dans tout le pays pour le massacre de la place
d’Altamira » où, le 6, des coups de feux tirés sur les
manifestants « antichavistes » ont tué trois personnes
et blessé une vingtaine d’autres. Selon les médias locaux, l’industrie pétrolière du Venezuela est paralysée
à 80 %. Un référendum consultatif est prévu pour le
2 février 2003. Le chef de l’État a déjà annoncé qu’il
refuserait de démissionner, même si la majorité des
votants demandait son départ. En revanche, Hugo
Chavez accepte le principe d’un « référendum révocatoire » qui, conformément à la Constitution, pourrait
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
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avoir lieu en août 2003. Arbitres ultimes, les militaires
sont restés muets depuis le début de la grève.
Serbie
Nouvel échec de l’élection présidentielle
La Serbie se retrouve dans une impasse après l’échec
de l’élection présidentielle, consécutif à une trop
faible mobilisation des électeurs. Ces derniers ont
voulu, par ce vote sanction, tourner le dos à leurs
dirigeants et leurs incessantes divisions. Le taux de
participation de l’électorat inscrit (6,5 millions de
personnes) n’est que de 45 %, soit bien au-dessous
de la barre des 50 % requis par la loi pour assurer
la validité du scrutin. Le président de la Fédération
de Yougoslavie (RFY : Serbie et Monténégro), Vojislav Kostunica, a pourtant devancé, avec 57,5 % des
suffrages exprimés, ses deux adversaires, les leaders
ultranationalistes Vojislav Seselj et Borislav Pelevic. La
présidente du Parlement, Natasa Micic, une proche
de M. Djindjic, doit en principe assumer, pour trois
mois, la fonction de chef d’État par intérim à partir du
5 janvier 2003, date d’expiration du mandat de cinq
ans du président sortant Milan Milutinovic.
10
France
Accord sur une représentation
musulmane
Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy annonce,
après trois ans de laborieuses négociations, un accord pour la création d’un organisme représentatif
des musulmans de France, à l’image de la Conférence des évêques pour les catholiques, de la Fédération protestante ou du Consistoire central pour
les juifs. L’islam est la deuxième religion de France
derrière le catholicisme, avec environ cinq millions
de pratiquants. La création du Conseil français du
culte musulman devrait permettre non seulement
aux musulmans de se faire entendre, mais aussi
à l’État d’avoir un interlocuteur privilégié pour les
questions religieuses liées à l’islam. Le document
d’accord a été signé par la mosquée de Paris (sous
influence algérienne), l’Union des organisations islamiques de France (UOIF, conservatrice, proche des
Frères musulmans, la mieux structurée et la plus influente) et la Fédération nationale des musulmans de
France (FNMF, à dominante marocaine), considérées
comme les trois organismes les plus représentatifs.
Mais cet arrangement est critiqué par une partie de
la communauté musulmane, qui peine à parler d’une
seule voix.
La Serbie se cherche un président
Coup sur coup, le 13 octobre et le 8 décembre, les élections présidentielles ont
dû être invalidées en Serbie, faute de
participants. Une mauvaise nouvelle pour
l’élu éconduit de ce scrutin au rabais, le
président yougoslave Vojislav Kostunica.
Appelés aux urnes le 8 décembre pour élire
leur président, les Serbes ne se sont pas
davantage mobilisés que le 13 octobre, où leur
trop faible participation avait conduit à l’annulation de ce premier scrutin. Cette fois encore, malgré les appels au civisme des candidats, et plus
particulièrement du président de la Fédération
yougoslave Vojislav Kostunica, qui a largement
remporté le scrutin avorté, seuls 45 % des électeurs serbes (trois millions de votants) avaient
pris la peine de se rendre dans les bureaux de
vote, un taux de participation bien en deçà donc
des 50 % nécessaires à la validation du scrutin.
Bis repetita
Ces présidentielles sur l’air du quitte ou double
constituent un sérieux revers pour le président
Kostunica, qui cherchait à l’occasion de ce scrutin, à s’imposer sur la scène politique de Serbie
dont le gouvernement dirigé par Zoran Djindjic lui a tenu tête plus d’une fois, et singulièrement en juin 2001 lors du transfert à La Haye de
l’ancien président Milosevic, que son successeur
nationaliste voulait voir juger à Belgrade. La
déception et l’amertume de M. Kostunica sont
d’autant plus grandes qu’il a remporté haut la
main ces deux élections au rabais, qui confirmaient les sondages successifs désignant son
Parti démocrate de Serbie (DSS) comme la première formation de l’échiquier politique serbe,
face au Parti démocrate (DS) de M. Djindjic,
certes bien implanté dans les villes, mais discrédité par les luttes d’influence internes et les
mauvais résultats économiques du gouvernement. Cette évolution avait encouragé les revendications du DSS en vue d’une représentation
plus importante au sein du gouvernement de
Belgrade, donnant lieu le 18 juillet à un vote du
Parlement qui avancera de trois mois la tenue
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
134
des présidentielles, fixées alors au 28 septembre,
date du premier tour, qui verra M. Kostunica arriver en tête avec 31 % des voix face à son principal rival, Miroljub Labus, un économiste proche
du Premier ministre, (27,3 %), suivi par Vojislav
Seselj, le leader d’extrême droite, chef du Parti
radical serbe (23,2 %). Les appels au boycott de
ce dernier, qui bénéficiait du soutien adressé par
Milosevic depuis sa prison de La Haye, seront en
grande partie responsables d’un taux d’abstention qui conduira à l’invalidation du scrutin du
13 octobre. Le même scénario se répétera donc
le 8 décembre, sauf que cette nouvelle tentative,
à l’avantage cette fois encore de M. Kostunica,
crédité d’une majorité absolue de 58 % contre
35,6 % à M. Seselj. Mauvais gagnant, le président
fédéral yougoslave a imputé la responsabilité de
cet échec à Z. Djindjic, mettant en cause la falsification des registres électoraux et menaçant
d’une dissolution du Parlement. Prenant acte
avec une certaine satisfaction de l’annulation
d’un processus électoral qui tournait au désavantage de son candidat, le Premier ministre
serbe soulignait quant à lui l’urgence d’une nouvelle Constitution remplaçant celle de 1990 toujours en vigueur héritée de Milosevic.
L’influence du nationalisme
Cette impasse politique, qui laisse un vide inquiétant au sommet du pouvoir serbe, occupé
jusqu’au 5 janvier 2003, par l’actuel président
Milan Milutinovic, dernier élément du régime
Milosevic encore en fonction qui devrait s’envoler, sitôt levée son immunité, vers le Tribunal
pénal international de La Haye, laissant l’intérim à la présidente du Parlement Natacha Micic,
proche de M. Djindjic, traduit la désaffection des
Serbes pour la scène politique et ses acteurs,
qui n’ont pas tous rompu avec l’ancien régime.
Le score dont est crédité M. Seselj dans des
scrutins qui font désormais figure de sondages
souligne l’influence du nationalisme dans un
débat électoral qui prétendait mettre l’accent
sur les questions économiques. Les électeurs,
en proie à des difficultés que n’a guère allégé
l’aide économique annoncée par les Occidentaux, n’ont pas été sensibles aux promesses de
M. Labus, qui agitait la carotte d’un accord avec
l’UE en 2003. Pour autant, ils n’ont pas souhaité
donner carte blanche à M. Kostunica, même s’ils
ont davantage écouté ses critiques contre la
politique du gouvernement de M. Djindjic, dont
les réformes, douloureuses sur le plan social,
sont suspectées de vouloir mettre le pays sous
la coupe des institutions étrangères. Si le débat
électoral a donné les coudées franches à M. Kos-
tunica pour étoffer sa rhétorique nationaliste, et
se livrer à une surenchère qui l’opposera dans les
urnes à M. Seselj le 8 décembre, cette évolution a
finalement détourné des bureaux de vote la majorité des électeurs serbes. Ceux-ci n’ont pas été
apparemment sensibles à la campagne menée
par l’entourage du Premier ministre serbe, qui
avait mis à profit un scandale de ventes d’armes
à l’Irak pour tenter de montrer la collusion entre
le président Kostunica et les chefs d’une armée
yougoslave encore sous l’influence de Milosevic.
Début novembre, ce scandale avait conduit le
président yougoslave à limoger deux généraux,
le vice-ministre de la Défense et le directeur de
la société Yougoimport, une mesure qui sera
saluée par les États-Unis mais qui, pour une opinion encore sous le choc de l’offensive militaire
de l’OTAN en 1999, traduit l’influence politique
croissante des Occidentaux dans les affaires du
pays, sans réelle contrepartie dans le domaine
économique. Si ces échecs électoraux à répétition ont souligné les divergences profondes au
sein de la classe politique serbe et yougoslave,
notamment sur la question des relations avec
l’Occident, on ne pouvait néanmoins donner
tort, à Belgrade, au directeur du Pacte de stabilité pour l’Europe du Sud-Est, Ehrard Busek, qui
déclarait au lendemain du scrutin invalidé qu’un
« autre échec de cette élection va rendre la situation politique en Serbie encore plus instable ».
GEORGES CHEVRON
LA SERBIE!MONTÉNÉGRO
Alors que le président de la Fédération
yougoslave postulait la présidence de la
Serbie, la commission mixte chargée d’élaborer une charte constitutionnelle pour
les entités serbe et monténégrine tombait
d’accord le 6 décembre sur une ultime version d’un texte jetant les bases d’un nouvel
État baptisé Serbie-Monténégro. Préparé
sous la pression de l’UE, ce texte a bien sûr
déplu au président monténégrin Milo Djukanovic, qui doit renoncer à ses ambitions
d’indépendance au moins pendant une
période probatoire de trois ans. Une telle
évolution, qui repousse le spectre d’un
éclatement de ce qui reste de la Yougoslavie, constitue une victoire pour M. KostudownloadModeText.vue.download 137 sur 380
CHRONOLOGIES ET ANALYSES
135
nica. Mais sa fonction de président de la
Serbie-Monténégro risque de devenir très
théorique, d’où son empressement à assumer la présidence de la Serbie.
11
Aéronautique
Échec de la première Ariane 5 plus
Le lanceur Ariane 5 plus interrompt sa mission au
centre spatial guyanais à Kourou, alors qu’il se trouvait à 120 kilomètres d’altitude : pour une raison
encore inconnue, il déviait de sa trajectoire. Détruit
volontairement trois minutes après le décollage,
il avait à son bord deux satellites : le satellite de
télécommunications Hot Bird 7 pour le compte de
l’opérateur européen Eutelsat, d’un coût estimé de
250 millions d’euros (lancement et assurance compris), et le satellite expérimental Stentor, lancé dans
le cadre d’un programme mené par le Centre national d’études spatiales (CNES), évalué à 385 millions
d’euros. Arianespace ne remet pas en cause pour le
moment les prochains lancements Ariane : il reste
42 satellites à lancer, dont neuf ATV (Automatic Transfer Vehicle), le véhicule de fret destiné à ravitailler la
station spatiale internationale.
France
Nouveaux renforts en Côte d’Ivoire
La France envoie 2 000 militaires en Côte d’Ivoire, où
ses effectifs comptent déjà environ 1 500 soldats. Le
gouvernement justifie cette intervention, outre par
la protection de ses 20 000 ressortissants en Côte
d’Ivoire, par « l’exigence de stabilité et de sécurisation
du cessez-le-feu » conclu le 17 octobre dernier entre
le gouvernement ivoirien et les militaires insurgés.
12
UE
Budget adopté, Turquie repoussée
Au sommet de Copenhague, les dirigeants de l’Union
européenne approuvent l’enveloppe finale pour
financer son élargissement à 25 pays et remettent à
décembre 2004 leur décision sur l’ouverture de négociations d’adhésion. C’est seulement à cette date
que les Quinze évalueront, sur la base d’un rapport
de la Commission européenne, les avancées démocratiques turques. Si le verdict est positif, les négociations en vue de l’intégration de la Turquie dans l’UE
pourront alors s’ouvrir « dès que possible ».
France
Perquisitions en série dans l’enquête sur
Vivendi
Ouverte par le parquet de Paris le 29 octobre, l’enquête française sur les comptes de Vivendi Universal
s’ouvre par une série de perquisitions, ordonnées
par Bruno Pireyre, René Cros et Henri Pons, les trois
juges parisiens désignés pour instruire l’information
judiciaire ouverte pour « publication de faux bilans
pour les exercices 2000 et 2001 » et « diffusion d’informations fausses ou trompeuses sur les perspectives de
Vivendi Universal en 2001 et 2002 ». Les policiers de la
brigade financière ont perquisitionné au siège du
groupe, avenue de Friedland à Paris, au siège de Cegetel, filiale du groupe, et aux domiciles de plusieurs
dirigeants ou anciens dirigeants de Vivendi Universal, notamment aux deux domiciles de Jean-Marie
Messier, qui avait démissionné de la présidence du
groupe en juillet. L’information judiciaire avait été
ouverte à la suite d’une plainte déposée en juillet par
l’Association des petits porteurs d’actifs (Appac).
Immunité préservée pour le chef de
l’État
Le constitutionnaliste Pierre Avril remet à Jacques
Chirac le rapport de la commission qu’il avait luimême constituée, après sa réélection, pour « examiner » la question du « statut pénal » du chef de l’État.
Adoptées à l’unanimité de ses douze membres, les
recommandations de ce groupe d’experts réaffirment le principe d’« inviolabilité », qui interdit à un
juge de convoquer ou de poursuivre le chef de l’État
en exercice. Ce faisant, elles confortent la situation
inexpugnable de M. Chirac face aux « affaires ». Mais
elles préconisent aussi l’instauration d’une procédure
de type américain, qui permettrait au Parlement,
dans certaines circonstances, de déclarer l’« empêchement » du président, voire de voter sa destitution.
En clair, la commission Avril propose qu’un mécanisme mettant en jeu la responsabilité politique du
président tant qu’il siège à l’Élysée se substitue à sa
mise en cause pénale, si le besoin s’en fait sentir.
Les scientifiques en faveur des OGM
Les Académies des sciences, de médecine et de
pharmacie se prononcent en faveur des plantes
génétiquement modifiées dans deux rapports distincts. Les trois assemblées savantes parviennent à
des conclusions similaires : les plantes transgéniques
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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peuvent être introduites, de façon « raisonnée et
prudente », dans l’agriculture. Au terme d’une « analyse approfondie » réclamée par le gouvernement,
les deux Académies nationales de médecine et de
pharmacie ont estimé que l’utilisation des OGM à
des fins alimentaires ou thérapeutiques ne présentait aucun risque particulier, dans la mesure où l’ADN
des génomes de ces organismes est semblable à
celui des autres génomes existants, car il est, comme
eux, dégradé dans l’intestin lors de la digestion. Selon
elles, le danger potentiel des OGM ne peut être dû
qu’aux protéines dont la synthèse est codée par le
gène introduit. C’est donc, « au cas par cas » et selon
« des protocoles précis et bien définis au niveau national
et européen » qu’il conviendra de vérifier l’absence de
toxicité ou de réactions allergiques, comme cela doit
être le cas pour tous les nouveaux aliments.
Procédure judiciaire
Le rendez-vous de M. Chirac avec la
justice programmé
Le juge de Nanterre Alain Philibeauxi instruit l’affaire
du financement du RPR, un dossier visant expressément le président de la république. Diligentées
contre X..., en raison de l’immunité dévolue au chef
de l’État, ces poursuites visent Jacques Chirac en tant
qu’ancien maire de Paris et président du RPR, sous
les qualifications pénales de « prise illégale d’intérêt »
et de « recel de prise illégale d’intérêt ». Quand il quittera l’Élysée, M. Chirac sera mis en cause par la justice
pour avoir été le bénéficiaire, sinon l’organisateur, du
système qui permettait à la Mairie de Paris de financer les salaires des cadres du RPR. La mise en cause
personnelle de M. Chirac dans cette affaire avait été
provoquée par la découverte, dans les archives de
l’Hôtel de Ville, au début de l’année 1999, d’une lettre
qu’il avait adressée au secrétaire général de la Ville et
signée de sa main. Dans ce courrier, daté du 16 mars
1993, il demandait la promotion d’une secrétaire au
sein des services municipaux, en soulignant le « dévouement exemplaire » dont elle avait fait preuve dans
les « fonctions délicates » qu’elle exerçait au RPR.
Corée du Nord
Le régime menace de reprendre son
programme nucléaire
La Corée du Nord annonce le redémarrage « immédiat » de sa production de plutonium utilisable à
des fins militaires, qui avait été gelée en 1994 par
un accord avec les États-Unis, pour riposter à l’arrêt
des livraisons de mazout imposé dernièrement par
Washington et ses alliés. Cette initiative a été jugée
« très regrettable » à Tokyo et suivie à Séoul d’une
réunion d’urgence du Conseil national de sécurité,
qui a exprimé son « inquiétude ». L’annonce de Pyongyang est perçue chez les deux alliés de Washington
comme une nouvelle étape de la guerre psychologique que se livrent les États-Unis et la République
populaire démocratique de Corée (RPDC).
15
Madagascar
Élections législatives
Le parti du président Marc Ravalomanana et ses alliés
se dirigent vers une nette victoire aux élections législatives. Le parti présidentiel, Tiako I Madagasikara
(« J’aime Madagascar »), est assuré de remporter une
majorité de 60 à 70 % des 160 sièges à l’Assemblée
nationale, le taux de participation étant compris
entre 50 et 60 %.
16
ONU
Famine : sauver 38 millions d’Africains
L’ONU lance une campagne internationale de mobilisation pour sauver 38 millions d’Africains de la famine
en 2003. Selon le Programme alimentaire mondial,
c’est l’Afrique australe qui est la plus menacée, notamment le Zimbabwe, mais aussi la corne du continent avec l’Éthiopie. Sécheresse en 2002, gabegie
gouvernementale, exploitation politique de la faim,
sida ravageur figurent parmi les causes du retour de
la famine en Afrique.
17
États-Unis
Mise en oeuvre du bouclier antimissile
Le président George W. Bush ordonne aux armées
des États-Unis de commencer à déployer, sur terre
et sur mer, pour 2004-2005, les premiers éléments
d’un bouclier antimissile américain. Il s’agit de la
première phase d’un projet plus ambitieux pour,
dans un premier temps, répondre à des agressions
limitées. D’autres phases sont prévues mais n’ont
pas encore été engagées. Cette étape du programme américain n’a d’autre prétention, avouée
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
137
par le Pentagone, que d’arrêter une menace représentée par quelques têtes assaillantes munies
d’aides à la pénétration simples et issues de pays
hostiles ou d’organisations terroristes ayant accédé
à des technologies encore sommaires. Il existe deux
autres phases ultérieures, à partir des années 2010,
beaucoup plus ambitieuses, dans le but de pouvoir
intercepter des dizaines de têtes de missiles offensifs et pourvus d’aides complexes à la pénétration.
Aujourd’hui, le bouclier, qui est apparu au début
comme un système d’armes national et propre à la
protection du territoire américain, est présenté aux
alliés des États-Unis comme devant aussi contribuer
à leur propre défense.
18
France
Sécurité routière : vers des sanctions
plus graves
Le gouvernement annonce un alourdissement
des sanctions pour les infractions routières les plus
graves. L’homicide involontaire sera ainsi passible
de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros
d’amende, voire sept ans de prison et 100 000 euros
d’amende en cas de facteur aggravant. La conduite
avec un taux d’alcoolémie compris entre 0,5 et
0,8 gramme par litre dans le sang sera passible d’un
retrait de six points du permis de conduire au lieu
de trois jusqu’à présent. Lorsqu’un conducteur aura
commis un homicide au volant avec deux circonstances aggravantes (parmi lesquelles : alcool, défaut
de permis, excès de vitesse ou délit de fuite), il risquera dix ans de prison et 150 000 euros d’amende.
L’homicide involontaire sans circonstance aggravante sera désormais passible de cinq ans de prison,
contre trois à l’heure actuelle. Le non-port de la ceinture de sécurité sera également passible d’un retrait
de trois points et l’usage du téléphone portable au
volant de deux points. Le gouvernement a également décidé d’instituer une période probatoire de
trois ans pour le permis de conduire.
Iran
Les étudiants contre le régime
Vingt-trois ans après l’instauration d’une république islamique, le régime de Téhéran est remis en
cause par l’agitation universitaire. Les réformateurs
conduits par le président Khatami sont également
contestés par un mouvement qui réclame la liberté
et la démocratie. Plus de trois ans après la révolte
étudiante de juillet 1999, la république islamique
d’Iran est de nouveau confrontée à un mouvement
contestataire qui a également pris naissance dans
les universités.
Irak/États-Unis
Renforcement du dispositif américain
Réagissant au document irakien sur les armements
non conventionnels, le président George W. Bush
se dit « préoccupé par les omissions que comporte
ce document et par les problèmes qu’il pose ». Selon
le porte-parole de la Maison-Blanche, il faut donc
que les inspecteurs « aient tous les outils dont ils ont
besoin pour faire leur travail » et « puissent utiliser tous
les moyens que leur donne la résolution du Conseil de
sécurité ». Parallèlement, les États-Unis et le RoyaumeUni s’organisent pour donner de nouveaux développements à leurs dispositifs militaires respectifs,
en vue d’une éventuelle intervention en Irak. Ainsi,
l’armée américaine a reçu pour instruction d’informer
quelque 50 000 soldats qu’ils pourraient être envoyés
au début de 2003 dans la région du Golfe. Pour sa
part, le gouvernement français fait savoir, par l’intermédiaire du ministre de la Défense, Michèle AlliotMarie, qu’il n’est pas question que la France participe
à une action hors du cadre de l’ONU.
Nouvelle vague de contestation
dans les campus iraniens
La condamnation à mort le 6 novembre de
Hachem Aghadjari, un intellectuel proche
du président Khatami, accusé d’avoir osé
évoquer l’idée d’un « protestantisme » de
l’islam, a enflammé une nouvelle fois les
campus des universités iraniennes.
Les tentatives de réforme ont été nombreuses
dans l’histoire du monde musulman, et la république islamique d’Iran, issue de la révolution
conduite par l’ayatollah Khomeyni en 1979, en
constitue un exemple encore bien vivace, même
si le régime iranien, enfermé dans ses contradictions, ne semble plus porté par le vent de
la réforme. Pourtant, de la réforme au « protestantisme » de l’islam, il y a un pas, théologique
et idéologique, qu’a osé franchir l’intellectuel
Hachem Aghadjari et qui l’a conduit en prison.
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138
Les mollahs contestés
Particulièrement sourcilleuse pour tout ce qui
touche au dogme de la révolution islamique,
la justice iranienne, entièrement contrôlée par
les éléments les plus conservateurs du clergé
chiite au pouvoir à Téhéran, a sanctionné l’au-
dace de l’universitaire qui avait cru pouvoir
contester l’omniscience des mollahs, qui plus
est en empruntant ses références à l’histoire du
christianisme, en prononçant sa condamnation
à mort le 6 novembre. La sentence de mort a
été assortie d’une peine de prison de sept ans
et de 74 coups de fouet et... pour bien montrer
que le ridicule peut tuer, d’une privation de dix
ans du droit d’enseigner ! M. Aghadjari, qui a
perdu une jambe durant la guerre contre l’Irak,
n’a pourtant pas le profil d’un dissident. Mais
il est l’un des dirigeants de l’Organisation des
moudjahidines de la révolution islamique (à
ne pas confondre avec les Moudjahidines du
peuple, un mouvement armé d’opposition au
régime iranien basé à Bagdad) qui appartient
à la mouvance réformatrice conduite par le
président Mohammad Khatami, réélu en juin
2001. C’est ce dernier que les conservateurs ont
voulu atteindre en faisant arrêter M. Aghadjari,
au mois d’août, lors d’une conférence à huis
clos. Les propos de l’universitaire, qui appelait
à ne pas suivre aveuglément les enseignements
du clergé, ont été dénoncés comme une insulte
à l’islam par les éléments les plus durs parmi
le camp conservateur, où cette condamnation à mort a jeté aussi la consternation. Mais
c’est surtout dans les campus des universités
iraniennes que la décision de justice a suscité
une levée de boucliers, dont l’ampleur a sans
doute surpris les durs du régime islamique. La
condamnation prononcée contre M. Aghadjari
se voulait exemplaire, et avait vocation à intimider les partisans de M. Khatami, tout en accordant le beau rôle au Guide de la république et
réel détenteur du pouvoir, l’ayatollah Ali Khamenei, qui seul a la capacité de commuer la
sentence de mort en peine de prison, une grâce
dont il avait déjà usé en faveur du hodjatoleslam Hassan Youssefi Echkevari, qui avait vu sa
peine capitale pour insulte à l’islam commuée
en sept années d’emprisonnement. Les manifestations qui, depuis, agitent presque quotidiennement les universités des grandes villes
iraniennes, et plus particulièrement Téhéran,
ont contrarié ce scénario.
Les bassidji sur le pied de guerre
Les revendications estudiantines, en prenant un
tour nettement politique, allant jusqu’à la remise en cause des fondements de la république
islamique, ont illustré la fracture toujours plus
accentuée entre le pouvoir et une société civile
qui ne se reconnaît plus dans les luttes de clan
aux enjeux troubles entre des conservateurs arcboutés sur le dogme khomeyniste et sur leurs
privilèges et des réformateurs qui ne cessent de
l’appeler à la patience dans l’attente d’hypothétiques réformes. Tandis que se profile le spectre
d’une réédition des manifestations de Téhéran
de l’été 1999, qui avaient été étouffées au prix
d’une brutale répression qui avait fait officiellement trois morts et entraîné 1 500 arrestations,
le pouvoir cherche à tout prix à éviter que le
mouvement ne se propage cette fois à la rue iranienne. Les bassidji (les mobilisés), cette milice
islamique créée en 1979 par l’ayatollah Khomeyni pour protéger le nouveau régime et qui serait
composée de plusieurs millions de membres,
sont sur le pied de guerre pour canaliser le mouvement à l’intérieur des campus et en empêcher
la propagation au sein de la population. Dans
un contexte international marqué par la guerre
contre le terrorisme lancée par les États-Unis,
dont le président G.W. Bush a inscrit en janvier l’Iran au nombre des trois pays composant
« l’axe du mal », aux côtés de l’Irak et de la Corée
du Nord, l’ayatollah Ali Khamenei n’a eu aucun
mal pour ressortir la rhétorique du « complot »
fomenté par les puissances étrangères « ennemies » avec l’aide des « perturbateurs » étudiants. Mais plus que cette rhétorique usée, c’est
la lassitude de la population qui pourrait étouffer dans l’oeuf le mouvement de contestation.
La population est fatiguée de la révolution et
de la guerre et les hésitations du président Khatami à appliquer des réformes pour lesquelles
elle l’a presque plébiscité lors des deux scrutins
présidentiels ont brisé la vague d’espérance qui
l’avait animée. Un an et demi après sa réélection
en juillet 2001, les chances d’amender le système se sont réduites aux yeux d’une opinion
iranienne désabusée et en proie à des difficultés
économiques croissantes. Plus qu’un mouvement organisé, ce sont des flambées d’agitation
incontrôlées, nées des frustrations accumulées
pendant des années, qui risquent de déstabiliser
le régime, avec tous les dangers que cela signifie
pour la paix civile.
ULYSSE GARO
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
139
UN MALAISE SOCIAL GRANDISSANT
À défaut de pouvoir participer à un débat
politique qui donne toujours le dernier
mot aux mollahs, la société exprime son
opposition au régime en empruntant des
voies que réprouve la morale islamique. Si
les bassidji veillent à ce que la contestation
politique sur les campus ne contamine pas
le reste de la société, ils ne peuvent plus
lutter sur tous les fronts : la drogue, qui est
devenue un problème de société majeur en
Iran, où l’on compterait de 2 à 3 millions
de toxicomanes, mais aussi la prostitution,
elle aussi en plein développement, expriment à leur manière le malaise d’une société qui ne se reconnaît plus dans le régime
islamique et la religion qui en a été le fer de
lance. Privés de projet, les jeunes Iraniens
se sentent de plus en plus attirés par le modèle occidental. On comprend pourquoi le
régime a interdit la réalisation en Iran de
l’enquête sur l’image de l’Amérique dans
le monde, menée à la fin de l’année sous
l’égide de Madeleine Albright. L’hostilité à
l Amérique y aurait été sans doute moins
marquée que dans bien d’autres pays
musulmans...
19
France
Accord sur la composition du futur
Conseil du culte musulman
Les participants à la consultation lancée depuis
novembre 1999 pour organiser l’islam de France –
7 fédérations, 5 grandes mosquées et 6 personnalités qualifiées –, réunis par le ministre de l’Intérieur
Nicolas Sarkozy, s’entendent sur l’élargissement de 11
à 16 membres du futur Conseil du culte musulman
(CFCM). Ils se mettent d’accord sur la composition
du bureau du CFCM, pour y intégrer notamment
Soheib Bencheikh, le grand mufti de Marseille, et une
femme, Bétoule Fekkar-Lambiotte.
Corée du Sud
Roh Moo-hyun, nouveau président
Roh Moo-hyun, cinquante-six ans, le candidat du
parti au pouvoir, remporte l’élection présidentielle
avec 49 % des suffrages, contre 46,5 % pour le
chef de l’opposition conservatrice, Lee Hoi-chang,
soixante-sept ans, ancien juge à la Cour suprême et
ex-Premier ministre. Sept candidats étaient en lice
pour la succession, en février 2003, du président Kim
Dae-jung, ancien dissident devenu homme d’État.
Lauréat en 2000 du prix Nobel de la paix pour sa politique de réunification, celui-ci, ne pouvait, du fait de
la Constitution, briguer un second mandat.
France
Assouplissement du droit de
licenciement et des 35 heures
Le Parlement entérine les deux projets de loi présentés en octobre par le ministre des Affaires sociales,
François Fillon : le texte relatif « aux salaires, au temps
de travail et au développement de l’emploi » et celui
« portant relance de la négociation collective en matière
de licenciements économiques ». Les élus de la majorité sont allés plus loin que la proposition de M. Fillon
sur le second projet, qui vise à geler pour 18 mois les
dispositions encadrant le licenciement collectif et les
droits des salariés (droit d’opposition des syndicats,
obligation d’études d’impact social et territorial, renforcement des prérogatives de l’inspection du travail,
etc.). Deux articles supplémentaires ont été suspendus : l’obligation de négocier les 35 heures avant
un plan social et l’obligation d’informer le comité
d’entreprise avant toute annonce publique d’un plan
social.
L’opposition dénonce le « sectarisme »
du gouvernement
Après Arnaud Montebourg, député socialiste de
Saône-et-Loire, et Jean-Pierre Balligand, député PS
de l’Aisne, l’ancien ministre de l’Économie Laurent
Fabius interpelle à l’Asemblée Jean-Pierre Raffarin sur
le remplacement du directeur général de la Caisse
des dépôts et consignations (CDC), Daniel Lebègue.
Il accuse le Premier ministre de faire preuve de « sectarisme », qui pose « le problème de l’État impartial ».
Le remplacement à la tête de la CDC, qui s’ajoute à
d’autres nominations contestées, notamment dans
la magistrature, alimente les attaques de l’opposition.
« Au bout de cinq ans, il n’est pas scandaleux de procéder au renouvellement des équipes », justifie M. Raffarin
en évoquant une « rotation normale dans l’exercice des
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
140
responsabilités ». Il dénonce par ailleurs l’agressivité
de l’opposition sur le sujet des nominations.
20
États-Unis
Démission du chef des sénateurs
républicains
Cédant à la pression qu’exerçaient sur lui depuis
plusieurs jours ses collègues du Sénat et la MaisonBlanche, le chef de la majorité républicaine au Sénat,
Trent Lott, soixante et un ans, démissionne de son
poste. Il se trouvait sous le feu de la critique pour
avoir dit regretter, le 5 décembre dernier, que Strom
Thurmond, sénateur ségrégationniste du Mississippi,
n’ait pas été élu président des États-Unis en 1948. Le
23, les sénateurs républicains élisent le sénateur du
Tennessee Bill Frist, cinquante ans, à la présidence du
groupe républicain au Sénat américain.
France
Interdiction de la diffusion télévisée du
procès Papon
Le tribunal de grande instance de Paris interdit à la
chaîne câblée Histoire de diffuser des images du
procès de Maurice Papon devant la cour d’assises de
la Gironde, au terme duquel il avait été condamné
à dix ans de réclusion pour complicité de crimes
contre l’humanité. Les avocats de Maurice Papon
demandaient au tribunal d’interdire cette diffusion
en expliquant que la condamnation de M. Papon
n’était pas définitive et que des magistrats de la Cour
de cassation seraient amenés à se prononcer sur ce
dossier en début d’année. Au sens strict du terme,
la condamnation est définitive puisque la Cour
de cassation a statué en octobre 1999, mais entretemps, la Cour européenne des droits de l’homme a
condamné la France et M. Papon est en droit de redéposer un dossier devant la commission de réexamen
des condamnations pénales.
21
France
Évasion d’un chef présumé de l’ETA
militaire
Un important responsable de l’organisation séparatiste basque ETA, Ibon Fernandez Iradi, arrêté le 19
à Saint-Martin-de-Seignanx (Landes), s’échappe dans
la nuit du commissariat de Bayonne, où il se trouvait
encore en garde à vue. L’homme d’une trentaine
d’années, identifié par les services secrets espagnols
comme étant le « plus haut responsable des commandos logistiques » de l’ETA, s’est faufilé à travers une
petite lucarne de sa cellule au moment où il était
censé dormir. Il allait être transféré à la 14e section
antiterroriste du parquet de Paris. Cet homme est
également soupçonné d’avoir fait partie du commando Buruntza ou Donosti qui a perpétré un atten-
tat manqué contre la direction du Parti populaire
(PP, droite) le 9 janvier 2001, au cimetière de Zarautz.
Invoquant de « très graves négligences », le ministère
de l’Intérieur suspend cinq policiers du commissariat
de Bayonne, au moins à titre provisoire, dans l’attente
des conclusions de l’Inspection générale de la police
nationale (IGPN).
UE
Accord sur la réforme de la pêche
Les Quinze votent une réforme de la pêche après
cinq jours de négociation repoussant la limitation
du nombre de jours passés en mer. Le commissaire à l’agriculture, Franz Fischler, a dû faire de très
nombreuses concessions au groupe des « amis de la
pêche » (France, Espagne, Portugal, Italie, Grèce et Irlande) pour aboutir à un accord, qu’il a toutefois qualifié d’« historique ». L’Allemagne et la Suède ont voté
contre la réforme. La Commission de Bruxelles, se
fondant sur des avis scientifiques, qui constatent que
les stocks de poissons diminuent dangereusement
dans les eaux européennes, concluait que la flotte
de pêche est trop importante par rapport à la ressource disponible. Elle préconisait de sévères réductions de captures de certaines espèces. Pour garantir
que ces quotas de captures seraient bien respectés
par les pêcheurs, Bruxelles réclamait une limitation
du nombre de jours passés en mer. Mais les « amis
de la pêche » rejetaient cette limitation, parce qu’elle
reviendrait à mettre leurs pêcheurs au chômage
plusieurs jours, voire plusieurs semaines par mois.
Elle préconisait aussi la suppression immédiate des
aides publiques destinées à financer jusqu’en 2006 le
renouvellement et la modernisation de la flotte.
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CHRONOLOGIES ET ANALYSES
141
22
France/Koweït
Décès du journaliste Patrick Bourrat
Le journaliste Patrick Bourrat, quarante-huit ans, envoyé spécial de la chaîne privée française TF1, décède
au Koweït après avoir été blessé lors de manoeuvres
américaines. Patrick Bourrat a été heurté par un char
Abrams alors qu’il tentait d’écarter son cameraman
du chemin du blindé, a souligné le porte-parole français. De nombreux journalistes se trouvent au Koweït
pour couvrir les mouvements de l’armée américaine
qui vont en s’intensifiant dans le nord du territoire
koweïtien où les soldats s’entraînent à tirs réels.
24
Venezuela
Poursuite de la crise politique
Alors que le mouvement de grève générale entre
dans sa quatrième semaine, la veille de Noël est
marquée à Caracas par la multiplication de manifestations et de protestations. Les manifestants continuent de réclamer le départ du président Hugo
Chavez et l’organisation d’élections, confirmant que
la crise politique dans le pays est au moins égale à la
polarisation de la société, divisée entre les opposants
et les partisans de M. Chavez. Cette polarisation de la
société se vérifie alors que les effets de la grève générale se font sentir maintenant dans tout le pays, avec
de longues files d’attente dans les magasins. Le président de la société pétrolière du Venezuela (PDVSA),
Ali Rodriguez, reconnaît que la société a perdu plus
de 1,3 milliard de dollars depuis le début de la grève
générale.
26
États-Unis
Une secte revendique le premier bébé
clone
La scientifique française et membre de la secte
des raéliens Brigitte Boisselier affirme avoir mis au
monde une petite fille, baptisée Ève, obtenue par la
technique du clonage. Si cette naissance d’un clone
humain était confirmée, il s’agirait du premier bébé
obtenu par la technique controversée du clonage
humain. De nature ufologique et areligieux, le mouvement des raéliens a été fondé en 1973 par un ancien journaliste français, Claude Vorilhon, installé au
Québec et qui se fait appeler Raël.
29
Kenya
Victoire pour la délocratie
L’opposition kenyane remporte une victoire historique aux élections générales avec l’élection de Mwai
Kibaki, qui devient le troisième président du pays, et
le rejet du parti au pouvoir depuis l’indépendance,
en 1963. C’est un camouflet pour le président sortant, Daniel Arap Moi, dont le candidat, Uhuru Kenyatta, est largement devancé.
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143
Dossiers
Art et
Culture
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
144
Même si la nouvelle semble déjà ancienne,
c’est il y a un an à peine, au premier janvier
2002, que la France a officiellement troqué sa
monnaie, le franc, contre une nouvelle devise
européenne, l’euro.
La révolution
monétaire de l’euro
FRANÇOISE LAZARE
JOURNALISTE AU Monde
Les craintes suscitées par l’idée d’un tel
changement étaient très fortes, et d’aucuns pressentaient que le pis allait forcément arriver. Les personnes âgées ne s’y
feraient jamais, les enfants n’y comprendraient rien,
les entreprises ne seraient jamais prêtes à temps.
Sans parler des arnaques prévisibles dans les magasins, des braquages inévitables de camions chargés
de nouveaux billets... En fait, en peu de temps, les
pièces et les billets d’euros ont envahi les portefeuilles, et, quelques mois plus tard, on n’entend plus
guère parler du franc.
LE FRANC DISPARU, DÉJÀ PRESQUE OUBLIÉ
– La création du franc français remonte à 1360,
époque de longs conflits avec l’Angleterre, qui
avaient beaucoup détérioré la santé financière de
la France. Le monarque Jean le Bon (1350-1364)
choisit d’émettre de nouvelles pièces d’or portant
l’inscription Francorum Rex (franc étant alors synonyme de libre). Auparavant, diverses appellations
(sou, livre, écu, denier) avaient été données aux
pièces d’or ou d’argent.
Après la Révolution de 1789, les pièces d’or ou
d’argent furent remplacées par des assignats
révolutionnaires, un papier-monnaie théoriquement gagé sur la valeur future des biens nouvellement nationalisés. Mais leur valeur s’effondra rapidement, tandis qu’une hyperinflation se
développait. Ce n’est qu’en 1795 qu’une nouvelle
devise, le franc germinal, apparut pour participer
à l’élimination des assignats. De là, le mot franc
allait survivre jusqu’à l’euro, malgré les conflits et
changements de régime successifs.
– En 1803, les premiers véritables billets de
banque apparurent, peu après la création de la
Banque de France, unique émetteur. Le franc fut
dévalué de 80 % par le Premier ministre Raymond
Poincaré en 1928, rattaché à l’or dans le système
monétaire international de Bretton Woods, amputé de deux zéros avec le nouveau franc de 1960,
rallié à plusieurs autres monnaies européennes
avec la création du SME (système monétaire européen) en 1979. La tête de Marianne (symbole de
la Révolution) fut parfois redessinée, mais est toujours restée présente, jusque sur la face nationale
des pièces de un, deux et cinq centimes d’euro.
La semeuse, autre figure mythique, apparaît sur
les pièces de 10, 20 et 50 centimes d’euros. Aucun
attribut national ne figure en revanche sur les
7 types de billets, caractérisés par leur taille croissante en fonction de leur valeur. Ils reproduisent
au verso une série de ponts stylisés, censés représenter les liens entre les membres de la zone.
● Mobilisation des agences de
communication
« L’euro, c’est plus facile ensemble »
8 milliards de nouvelles pièces, soit plus de
30 000 tonnes de métal
À l’été 2001, confrontées à la mauvaise humeur et
à la faible motivation des citoyens, les nombreuses
agences de communication mobilisées avaient cherché à convaincre le public du bien-fondé du passage
à l’euro, comparant la transition à un grand événement sportif qu’il s’agissait de remporter à tout prix.
Plusieurs banques assuraient par exemple à leurs
clients qu’elles allaient « leur faire gagner le défi de
l’euro ». Le succès de la Coupe du monde de football en 1998 était encore proche, la défaite de 2002
n’avait pas encore eu lieu. Sur les écrans de télévision,
une écolière prénommée Lise répétait avec conviction que « l’euro, c’est plus facile ensemble ». Des
opérations spéciales étaient organisées au profit des
« populations fragiles », enfants, personnes âgées,
malvoyants. Des Monopoly-euro, avec Paris choisie
comme capitale la plus luxueuse de l’Europe, étaient
mis en vente dans les magasins de jouets.
À la rentrée 2001, les entreprises établissaient les
feuilles de paie dans les deux monnaies, les banques
en faisaient de même avec les relevés de compte de
leurs clients. Puis, en décembre, des « sachets premiers euros » d’une valeur de 100 francs (15 euros)
étaient mis en vente, même si pièces et billets ne
pouvaient encore être utilisés. Les commerçants,
approvisionnés en « kits » de 222 euros, s’exerçaient
avec angoisse à manier deux fonds de caisse différents, car pour une période de six semaines il était
prévu que francs et euros auraient tous deux cours
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DOSSIERS ART ET CULTURE
145
légal. Des calculatrices-convertisseurs d’euro avaient
fait leur apparition dans les entreprises et chez les
commerçants. De nombreux Français s’évertuaient
à opérer de tête la complexe conversion (un euro =
6,559 57 francs), en ajoutant par exemple la moitié
du prix en francs, puis en divisant par dix (100 francs
deviennent 150 puis 15 euros). Les Français découvraient aussi le logo de la nouvelle devise, un Epsilon
grec remis au goût du jour par le graphiste Robert
Kalina. À la surprise générale, au 1er janvier 2002, la
nouvelle monnaie entrait finalement sans encombre
dans les consciences et les porte-monnaie. Le plus
souvent à travers les distributeurs de billets, miraculeusement approvisionnés en euros pendant la nuit
du réveillon. Depuis plusieurs semaines, les banques
et la plupart des commerces avaient reçu leur quota
de nouvelles pièces et de billets, en provenance
de Pessac pour les premières (usine de la Direction
des monnaies et médailles, située en Gironde) et de
Chamalières pour les seconds (établissement de la
Banque de France chargé, avec la papeterie de Vic-leComte, de l’impression des 2,5 milliards de nouveaux
billets). Au fil du temps, les 8 milliards de nouvelles
pièces (pesant plus de 30 000 tonnes, soit environ
quatre fois le poids de la tour Eiffel) devaient s’avérer
trop nombreuses, mais mieux valait éviter tout risque
de pénurie...
● « Assécher les francs »
Au lancement de l’euro, un « bas de laine »
évalué à 150 milliards de francs
Février 2012 : fin de la conversion gratuite
des billets en francs
Dans les premiers jours de janvier, bien que toujours
déconcertés par des formules sibyllines telles que « la
somme des arrondis n’est pas égale à l’arrondi de la
somme », la majorité des citoyens cessa, presque
immédiatement, d’utiliser le franc. Soit bien avant la
date fatidique du 17 février 2002. La commission européenne, qui avait autorisé à ses membres des périodes
transitoires de trois mois, estimait qu’à la mi-janvier
90 % des paiements en liquide intervenaient en euros
et non plus en francs, surpassant encore les prévisions
optimistes du ministre de l’Économie d’alors, Laurent
Fabius, qui tablait pour sa part sur 80 %. Seuls les prix
élevés, comme ceux des automobiles, continuaient,
au moins mentalement, à être évalués en francs. Ils
le seront sans doute longtemps. La valeur des biens
immobiliers est d’ailleurs parfois encore exprimée en
anciens francs (10 000 francs deviennent 100 « nouveaux » francs en 1960) par les propriétaires un peu
âgés. Troquant le franc pour l’euro à partir du 1er janvier
2002, la France aurait-elle pu se passer entièrement de
cette « période de double circulation », à l’instar de
l’Allemagne, et de certains des autres membres de la
« zone euro » (12 pays, Allemagne, Autriche, Belgique,
Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, 304 millions d’habitants au
total) ? En France, le gouvernement avait choisi une
transition de six semaines, suffisamment courte pour
ne pas laisser s’établir un double système de change,
mais assez longue pour rassurer la population. De fait,
ces six semaines ont eu le mérite d’« assécher » les
francs plus paisiblement, les commerçants acceptant
les paiements en francs, mais rendant la monnaie en
euros.
Le « bas de laine » – pièces et billets de francs cachés
sous les matelas, en tous cas en dehors du système
bancaire – était évalué à 150 milliards francs au lancement de l’euro. Au premier janvier, les conversions
discrètes ont été stimulées par l’annonce que les
banques ne seraient plus contraintes de déclarer les
échanges de francs contre euros pour les montants
inférieurs à 10 000 euros. En tout état de cause, si les
échanges de monnaie ne peuvent plus se faire dans
les banques depuis le 1er juillet 2002, ils restent possibles auprès des guichets de la Banque de France
jusqu’en février 2005 pour les pièces et 2012 pour les
billets.
Quant au franc, dont la disparition, après plus de
deux siècles d’existence ininterrompue, avait été tant
décriée, il ne fait plus beaucoup parler de lui. Effacé
du territoire français, y compris des départements
d’outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion) ainsi que des collectivités territoriales de Mayotte et Saint-Pierre-et-Miquelon, son nom reste accolé au sigle CFA (communauté financière africaine)
dans 14 pays d’Afrique francophone, à celui de CFP
(communauté française du Pacifique) en NouvelleCalédonie, en Polynésie, à Wallis et Futuna (franc-CFA
et franc-CFP). Les « micro-États » européens de Monaco, d’Andorre, de San Marin et du Vatican ont aussi
choisi l’euro comme monnaie officielle. La Suisse
conserve quant à elle son propre franc suisse, dont la
parité reste indépendante de celle de l’euro, comme
elle l’était du franc français. L’euro circule aussi largement sur le territoire helvète, enclavé dans la zone
euro ainsi que, par exemple, en Grande-Bretagne,
dont le sud est tout proche de la France et dont la
côte ouest jouxte l’Irlande.
TRENTE ANNÉES D’EFFORTS
– Mars 1971 : l’ancien Premier ministre du Luxembourg, Pierre Werner, présente un rapport à la
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
146
Commission européenne de Bruxelles, qui trace
les premières lignes de la création d’une monnaie
unique.
– Mars 1979 : démarrage du système monétaire
européen, qui unit les monnaies de six pays par
un taux de change « stable, mais ajustable ». Les
marges de fluctuations entre monnaies se situent
à 2,25 % de part et d’autre d’un « taux pivot ».
– Février 1992 : signature à Maastricht (Pays-Bas)
du traité fondateur d’une Union économique
et monétaire (UEM) centrée sur une monnaie
unique. Le traité est ratifié en France par un référendum, en septembre 1992. Le Communauté
économique européenne (CEE) est transformée
en Union européeenne (UE).
– Janvier 1988 : entrée en fonctions de la Banque
centrale européenne chargée de mener la politique monétaire unique des pays de l’Euroland
(maniement des taux d’intérêt, conservation des
réserves de change, gestion de la parité de l’Euro...). Son premier président est le Néerlandais
Wim Duisenberg. La Banque est située à Francfort
(Allemagne).
– Janvier 1999 : naissance de l’euro scriptural,
monnaie officielle d’écritures utilisée par les entreprises des onze pays de la zone euro.
– 1er janvier 2002 : démarrage de l’euro fiduciaire,
apparition des pièces et des billets. Les monnaies
nationales des douze pays de la zone euro sont
retirées.
– 17 février 2002 : le franc français n’a plus cours
légal. C’est la fin de la période de double circulation franc/euro.
– 30 juin 2002 : fin de l’autorisation d’échange
francs/euros dans les banques.
– Février 2005 : fin de la conversion gratuite des
pièces de francs en euros à la Banque de France.
– Février 2012 : fin de la conversion gratuite des
billets en francs.
● Faible hausse des prix
Le passage à l’euro n’a officiellement pas engendré,
malgré les constatations amères des consommateurs, de hausse générale des prix. Après le léger
sursaut du premier trimestre, les évolutions mensuelles des indices de prix à la consommation sont
redevenues faibles. Certes, de nombreux commer-
çants ont profité de l’euro pour relever leurs prix, en
arrondissant à leur profit le taux de change complexe
de 6,559 47 francs pour un euro, plutôt que de laisser
simplement deux chiffres après la virgule, comme il
était demandé. À Paris, il est devenu difficile d’acheter en début d’année une baguette de pain au prix
recommandé de 61 centimes d’euro, qui correspondait aux 4 francs antérieurs. Si, au total, les hausses
de prix déguisées, les « arrondis » souvent abusifs,
ont eu peu d’effet sur l’inflation, c’est sans doute
grâce à la forte concurrence entre commerçants, la
surveillance menée par les autorités monétaires qui
avaient bloqué les prix jusqu’au 1er avril. Selon la règle
dite des « arrondis », les montants convertis du franc
à l’euro au taux officiel de 6,559 57 étaient arrondis
à deux chiffres après la virgule, au centime d’euro
supérieur si le troisième chiffre après la virgule était
inférieur à 5, au centime supérieur sinon. Un timbre
à trois francs vaut 0,457 347 €, soit 0,914 694 pour
deux timbres, arrondi à 0,91. Or, ce timbre ordinaire
coûte 0,46 €, soit 0,92 € les deux. De plus, le climat
économique, très morose en 2002, s’est traduit par de
moindres dépenses de consommation. Même outreRhin, les prix renchéris ont souvent été dénoncés.
L’euro avait le mérite d’être pratiquement égal à deux
deutsche Marks, donc très facile à convertir, mais il
a souvent été rebaptisé « teuro » (teuer signifie cher
en allemand). Dans certains pays, comme l’Italie ou la
Grèce, les protestations contre les hausses de prix ont
été plus vives encore. À Rome, les consommateurs
ont engagé différentes formes d’embargo, comme
celui des pizzas, devenues trop chères. Le gouvernement d’Athènes est allé jusqu’à demander l’addition
de billets de un et de deux euros à la place des pièces
actuelles, afin de rendre plus visibles les renchérissements exagérés.
Le « petit gris » de 5 euros (32,80 francs) ne sera-til plus, un jour, le plus petit de la gamme des sept
coupures de la gamme européenne ? Il est en tout
cas peu probable que les autorités aillent plus loin
que le « grand rose » de 500. Cet argot familier n’est
pas fortuit, puisque les sept coupures ont chacune
leur couleur, et vont en grandissant : 12 cm pour le
5 € ; gris (12,7 cm) pour le 10 € ; rouge (13,3 cm) pour
le 20 € ; bleu (14 cm) pour le 50 € ; orange (14,7 cm)
pour le 100 € ; vert (15,3 cm) pour le 200 € ; rose violet
(16 cm) pour le 500 €.
Ce dernier, d’une valeur de 3 279,79 francs, est rarement visible en France ; un seul billet suffirait pour
égaler les revenus mensuels les plus faibles ! Les
coupures de 200 et 500 euros ne sont d’ailleurs
pas, comme les autres, fabriquées par la Banque de
France, mais acquises à des imprimeries étrangères,
« en raison des faibles quantités nécessaires ». La plupart des distributeurs automatiques bancaires fournissent des coupures de 10, 20 et 50 euros.
Les craintes liées à la sécurité se sont aussi révélées
largement infondées. Dans les banques, obligées de
gérer des fonds en francs et en euros, dans les transports routiers, responsables de l’acheminement des
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DOSSIERS ART ET CULTURE
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anciennes et des nouvelles coupures, le nombre et
le montant des infractions ne semblent pas avoir
dépassé la moyenne des années précédentes. Et ce
n’est qu’en juillet 2002 que le premier réseau important de faux billets a été dénoncé. Il faut dire que les
concepteurs de l’euro s’étaient vantés d’une qualité
de billets pratiquement impossibles à contrefaire,
grâce à l’utilisation d’hologrammes, d’encres à effets
d’optique, et à la présence obligatoire de sept signes
de sécurité distincts, décourageants pour les faussaires. Les anciens billets de francs allaient pour leur
part être « trouillotés » (perforés) par les banques,
puis détruits pas la Banque de France.
Quant aux pièces, avec leur face nationale différente
dans chacun des douze pays, mais pouvant circuler
dans toute la zone, elles n’ont pas non plus subi de
contrefaçons notables. Les emblèmes étrangers,
comme le « ecce homo » de Léonard de Vinci sur
les pièces italiennes d’un euro, sont même devenus des objets de collection pour les jeunes Européens. La Direction des monnaies et médailles s’est
pour sa part chargée de fondre et d’écouler dans les
Domaines publics les stocks de métal issus des anciennes pièces. Les survivantes font déjà le bonheur
des numismates (les collectionneurs de monnaies).
Quelques mois après cette révolution monétaire,
l’euro a donc été bien accepté des populations. Il
faut dire qu’il avait commencé en janvier 1999 à
prendre sa place, sur le plan scriptural (des écritures),
dans les entreprises et parmi les instruments financiers traditionnels : comptabilité, salaires, assurances,
instruments bancaires, titres boursiers.. Même la
Grèce, dernier pays accueilli dans la zone euro (janvier 2001), a bien réussi la transition. L’Espagne et,
surtout, l’Italie en ont profité pour retrouver une plus
simple valeur de leur monnaie (il fallait 166,38 pesetas, 1 936,27 lires pour acheter un euro).
À l’extérieur de la zone euro, la faiblesse tant déplorée du cours de change en début d’année (un dollar
valait 1,16 euro en janvier 2002 et 0,85 à peine en
avril) était pratiquement enrayée au deuxième semestre 2002, avec le franchissement de la barre psychologique de un euro pour un dollar, bien pratique
pour les touristes. Compte tenu du succès rencontré
par l’euro, les trois pays de l’Union qui avaient choisi
de ne pas participer à l’opération (Grande-Bretagne,
Suède et Danemark) réfléchissent à leur intégration,
à l’image de l’enthousiaste Premier ministre britannique Tony Blair.
L’introduction des pièces et des billets (l’euro fiduciaire) a tout de même donné lieu à des erreurs et à
des incompréhensions nouvelles. Les Européens ont
découvert que l’usage international de l’euro n’était
pas encore total, même au sein de la zone. Que les
Français par exemple, grands utilisateurs de chèques,
ne s’avisent pas d’utiliser leurs nouveaux carnets en
euros avec l’étranger, ils devraient payer des commissions bancaires très élevées : 13 euros pour un
chèque postal émis au profit d’un bénéficiaire hors
de France. Qu’ils ne profitent pas non plus de leurs
vacances passées en Italie pour se constituer un
stock de timbres moins chers : de retour chez eux,
le bureau local refuserait d’acheminer leurs envois,
la Poste française n’ayant pas perçu le montant des
vignettes (un timbre ordinaire coûte 46 centimes
d’euros en France, 41 centimes en Italie, 55 en
Allemagne).
● Les « critères de convergence »
Le taux de change des candidats à l’UE est
déjà arrimé sur l’euro.
Si tous les citoyens européens semblent avoir facilement adopté l’euro, la balle revient, courant 2002,
dans le camp des économistes. La Banque centrale
européenne, basée à Francfort (Allemagne) et dirigée par le Néerlandais Wim Duisenberg, avait promis
que l’euro serait une monnaie forte, face au dollar
notamment. Unanimement reconnu comme l’une
des trois premières devises mondiales, aux côtés
du dollar et du yen, l’euro n’a peut-être pas encore
trouvé sa valeur idéale.
Au moment où, fin 2002, la croissance économique
est très faible en Europe aussi bien qu’en Amérique,
la première ne s’est-elle pas privée, avec sa monnaie unique, de la possibilité d’influer sur le taux de
change afin de doper le commerce international,
donc l’activité générale ? Et surtout, comment respecter en période de ralentissement économique
les stricts « critères de convergence » énoncés dans
le « Pacte de stabilité et de croissance » signé en
1997, qui exigent de chacun l’élimination du déficit
budgétaire, la maîtrise de la dette publique, celle des
taux d’intérêt et de l’inflation. Plusieurs pays, dont
l’Allemagne et la France, ont déjà fait savoir qu’ils
ne pourraient respecter le Pacte en 2003. L’influent
hebdomadaire britannique The Economist qualifiait
ironiquement la promesse mutuelle des membres
de la zone euro de « pacte d’instabilité et de dépression ». Et l’élargissement de l’Europe à dix nouveaux
membres, même s’ils ne font pas partie initialement
de la zone euro, promet un avenir douloureux pour
le Pacte. C’est pourtant la convergence de toutes les
économies qui, seule, permettra d’assurer à l’euro un
rôle international majeur. Parmi les dix pays en cours
d’admission dans l’Union européenne (Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, RépudownloadModeText.vue.download 150 sur 380
JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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blique tchèque, Slovénie, Slovaquie), plusieurs ont
déjà arrimé leur taux de change sur l’euro. Bruxelles
a rappelé que leur appartenance à l’Union, prévue en
2004, ne signifiait pas automatiquement l’adhésion
à la zone euro.
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DOSSIERS ART ET CULTURE
149
Hormis quelques grands investissements,
comme le Synchrotron Soleil, et la médaille
Fields attribuée au mathématicien Laurent
Lafforgue, l’année 2002 n’a pas été très faste
pour la recherche française.
La recherche
scientifique en
France
ANNIE KAHN
JOURNALISTE AU Monde
En effet, l’année s’est terminée par le vote
d’un budget en baisse pour la recherche
publique en 2003, faisant suite à une
moindre croissance de la recherche privée
durant l’année précédente. L’environnement aura
donc paru peu favorable pour la nouvelle ministre de
la Recherche et des Nouvelles Technologies, la spationaute et médecin Claudie Haigneré.
Les conjonctures économiques moroses ne sont
jamais très favorables aux investissements scientifiques. 2002 n’échappe pas à la règle. Même si l’impact est cette fois-ci moindre que dans le passé. Les
budgets de recherche et développement (R & D) des
entreprises n’ont ainsi pas globalement baissé. Mais
leur croissance s’est ralentie. Elle n’a été que de 5 %
en 2001, soit deux fois moins que durant les trois années précédentes selon l’enquête annuelle réalisée
par le Monde. Une tendance qui devait se poursuivre
pour l’année 2002.
Il est en particulier remarquable que les entreprises
du secteur de l’informatique et des télécommunications, particulièrement touché non seulement par le
ralentissement économique global, mais aussi par les
conséquences de l’éclatement de la « bulle Internet »
l’année passée, aient maintenu, voire accru, leurs
budgets. Les recherches menées dans le domaine
du mobile, à l’aube de la commercialisation des téléphones de troisième génération (3G) ou UMTS (Universal Mobile Telecommunications Systems), tirent les
budgets vers le haut. Ces systèmes permettront de
transmettre de vrais films ou des jeux vidéo à partir
ou vers des téléphones mobiles. L’autre secteur pour
lequel on observe de fortes augmentations est celui
d’entreprises liées à l’aéronautique et à la défense.
Les menaces terroristes ont, en France comme sur
le reste de la planète, fait repartir ces budgets à la
hausse. Cette moindre croissance n’obérerait pas les
chances de parvenir à atteindre en 2010 un niveau
de dépenses (publique et privée) en recherche et
développement égal à 3 % du PIB, objectif du gouvernement français après avoir été celui de l’Union
européenne.
En effet, selon les dernières données calculées par
l’OCDE, la dépense nationale en recherche et développement était en France de 30,15 milliards d’euros
en 2000. Pour atteindre l’objectif fixé, et compte tenu
des dépenses publiques budgétées, il faudrait que
les entreprises accroissent leurs dépenses en R & D
de 3 % en 2002 et de 6 % en 2003. La part revenant
aux entreprises devrait ensuite aller croissant et rattraper ainsi le retard accumulé par rapport aux autres
pays développés. Car malgré le coup d’accélérateur
donné à la recherche par les firmes françaises ces
dernières années, celles-ci ne participent qu’à hauteur de 56 % à l’effort de recherche national, soit
beaucoup moins que dans la plupart des autres pays
européens, qu’au Japon ou qu’aux États-Unis.
LAURENT LAFFORGUE
Les « chtoucas de Drinfeld », autrement dit les
« trucs » de Drinfeld (puisque chtouca signifie
« truc » en russe), et la « correspondance de Langlands » : tels sont les intitulés des deux publications qui ont valu au Français Laurent Lafforgue –
trente-six ans – de recevoir la médaille Fields. Une
médaille partagée avec Vladimir Voevodsky, un
Russe installé aux États-Unis. Si le système éducatif
français n’avait pas accordé une telle importance
aux mathématiques, peut-être le talent de Laurent
Lafforgue dans cette discipline ne se serait-il jamais
exprimé. « Je rêvais de devenir écrivain, mais j’étais
très bon en maths », déclarait-il en effet au journal
le Monde. Après les classes préparatoires, il entre à
l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et passe
l’agrégation en 1986. Il entre ensuite comme chercheur au CNRS, et après un séjour à Coëtquidan
en tant que professeur de mathématiques, au titre
du service militaire, il revient au CNRS, et passe sa
thèse en dix-huit mois. Il est le septième Français
lauréat de la médaille Fields, créée en 1936 par un
mathématicien canadien, après Laurent Schwartz
(1950), Jean-Pierre Serre (1954), René Thom (1958),
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
150
Alain Connes (1982), Christophe Yoccoz et PierreLouis Lions (1994).
● Un budget public de recherche parmi
les plus élevés du monde
La France : en tête des pays pour son taux de
docteurs ès sciences
Autre face de la médaille : le budget public de
recherche français est en revanche, ramené au PIB,
l’un des plus élevés au monde. Son taux (0,93 %) est
supérieur à celui des États-Unis (0,82 %), et dépasse
de loin la moyenne de l’Union européenne (0,73 %),
sans parler du Japon (0,64 %). Ce qui n’a pas empêché que l’annonce du budget public de recherche
pour 2003 soit violemment critiqué. Ce budget régresse en effet de 1,3 % malgré la présentation qui en
a été faite par la ministre de la Recherche Claudie Haigneré. Celle-ci inclut en effet dans ses chiffres les crédits non dépensés en 2002 tant par les organismes
de recherche que par le ministère. Une présentation
peu classique qui lui a permis d’annoncer un budget
de 9,5 milliards d’euros, en augmentation de 5,3 %
sur l’année précédente. Un affichage que diverses organisations de scientifiques, syndicales ou non, n’ont
pas tardé à dénoncer comme étant des chiffres en
trompe-l’oeil. Il est vrai que cette baisse survient alors
qu’aux États-Unis le mouvement est inverse. Les budgets publics de recherche américains ont connu une
très forte hausse en 2002. Certes, suite aux attentats
du 11 Septembre, la recherche militaire s’est arrogée
la part du lion, pour des travaux destinés à financer
de nouvelles armes, mais aussi de nouveaux réseaux
de communication. Or on sait quelles ont été les retombées des recherches sur le précurseur d’Internet,
le réseau Arpanet, qui fut financé par le ministère de
la Défense aux États-Unis.
Dans le domaine de la recherche médicale, le National Institute of Health a vu son budget augmenter de
15 % en 2002, taux qui devrait être encore dépassé
en 2003 pour atteindre plus de 27,3 milliards de dollars (27,8 milliards d’euros).
Mais, comme l’a très précisément expliqué Olivier
Postel Vinay, directeur de la rédaction du magazine
la Recherche dans son livre le Grand Gâchis. Splendeur
et misère de la science française (Eyrolles), la science
française ne souffre pas tant d’une insuffisance de
moyens publics que d’une mauvaise utilisation
de ces moyens. Outre une forte dépense publique
rapportée au PIB, la France est également dans
le peloton de tête des pays pour son taux de docteurs ès sciences par million d’habitants, loin devant
la moyenne européenne, les États-Unis et le Japon
(selon les indicateurs 2002, publiés par la Direction
Recherche de la Commission européenne). Or les
résultats ne sont pas à la hauteur. Selon les indicateurs cités précédemment, le nombre de publications scientifiques dues à des chercheurs français est
inférieur à celui de la moyenne européenne. Et, plus
inquiétant, la croissance de ce nombre de publications, calculée entre 1995 et 2001, a été en France
l’une des plus faibles des pays répertoriés. Même
constat pour les brevets : la France dépose auprès de
l’Office européen des brevets moins de brevets par
million d’habitants que les autres pays européens en
moyenne, moins aussi que les États-Unis ou le Japon.
Et la tendance est extrêmement inquiétante, puisque
la France a eu, entre 1995 et 2000, en la matière, le
taux de croissance le plus faible.
CLAUDIE HAIGNERÉ
Rendue internationalement célèbre à la suite de ses
deux missions dans l’espace, Claudie Haigneré (exAndré-Deshays), quarante-cinq ans, a été nommée
ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles
Technologies le 17 juin 2002. Qui mieux qu’elle
pouvait en effet incarner à l’étranger l’image scientifique et technologique de la France ? En visite officielle en Chine durant le mois d’octobre 2002, elle
et son mari, le spationaute Jean-Pierre Haigneré,
furent reçus non seulement par son homologue le
ministre de la Recherche, mais aussi par le Premier
ministre Zhu Rongji : une entorse notoire au protocole, sans doute davantage due à son expérience
de femme française dans l’espace que de troisième
femme responsable de la recherche dans l’Hexagone. Sur le territoire national, où les diplômes ont
une importance primordiale, surtout auprès des
scientifiques, son curriculum vitae ne peut qu’impressionner. Celle que l’on appellerait « Bac+19 »
est en effet docteur en médecine (titre décroché à
vingt-quatre ans), dans trois spécialités : biologie
et médecine du sport, médecine aéronautique
et spatiale, et rhumatologie. Elle est également
titulaire d’un DEA de biomécanique et physiologie
du mouvement et titulaire d’un doctorat en neurosciences. Après deux séjours dans l’espace – le
premier en août 1996, d’une durée de seize jours
à bord de la station orbitale russe Mir, et le second
en octobre 2001, à bord de la station spatiale interdownloadModeText.vue.download 153 sur 380
DOSSIERS ART ET CULTURE
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nationale –, elle semble s’être mise à son troisième
métier, femme politique, avec aisance.
● Des ressources mal utilisées
Un chômage plus élevé chez les docteurs que
chez les BTS
Plusieurs raisons expliquent ces mauvais scores. L’affectation des fonds publics continue d’aller prioritairement aux grands groupes et non aux PME. Ces dernières ne reçoivent que 9 % des fonds publics contre
15 % pour la moyenne européenne. Et la tendance
est encore à la baisse. Mais aussi, et peut-être surtout,
le mode de recrutement des chercheurs, son inertie,
le manque d’évaluation réelle, le recrutement à vie, le
manque de mesures incitatives nuisent à une bonne
utilisation des ressources. Autant de faiblesses également identifiées dans un rapport du plan paru en
novembre 2002 sur le thème très vaste de « La France
dans l’économie du savoir : pour une dynamique collective ». Issu du travail du groupe Économie de la
connaissance présidé par Pascal Viginier, directeur de
France Télécom R & D, il attribue « les performances
décevantes de la recherche française, moins au niveau des ressources engagées qu’à un manque de
coordination du système et à un déficit en termes
d’élaboration de stratégies à long terme ». Le système
de recrutement « opaque » des chercheurs y est également souligné, entre autres. D’un côté, on s’alarme
devant le manque d’intérêt qu’auraient les jeunes
pour la science. D’un autre, on observe que le taux
de chômage des docteurs est plus élevé que celui
des détenteurs de BTS. Et que seulement la moitié
des docteurs en science qui ont un emploi travaillent
dans la recherche.
● Des délocalisations menaçantes
Ces constats sont d’autant plus inquiétants que la
recherche, à l’instar des autres secteurs d’activité,
se mondialise. Et tout comme un territoire doit se
montrer attractif pour encourager de nouveaux investissements industriels, il doit aussi faire valoir ses
atouts pour attirer des centres de recherche d’entreprises ou pour attirer des chercheurs de qualité, qu’ils
soient français ou étrangers. Or, en plus des critères
qui prévalent en matière d’investissement industriel
(subvention, fiscalité, qualité de vie, etc.), il en est un
spécifique à l’investissement recherche : celui de la
présence sur le territoire d’une recherche publique
de qualité. C’est ainsi que le groupe pharmaceutique
Aventis a, d’une part, réduit ses activités de recherche
en France pour un certain nombre de maladies qui
n’entraient plus dans son périmètre d’activité, et
d’autre part, a choisi Vitry, en région parisienne, pour
son centre mondial de recherche en génomique
fonctionnelle, production de protéines, et son centre
de toxicologie, en raison de l’expertise française en
matière de génétique et de génomique, et de la qualité de la recherche clinique.
Si la recherche publique française souffre globalement d’un manque d’évaluation, les directeurs de
recherche d’entreprises françaises seraient ainsi, eux,
assez à même de repérer les bons laboratoires avec
lesquels ils nouent des collaborations fructueuses.
Des délocalisations massives de labos privés ne sont
donc pas envisagées pour demain. Mais la menace
est réelle. Certains responsables en entreprise regrettent déjà que les collaborations entre chercheurs
publics et privés soient trop ponctuelles et critiquent
en particulier le manque d’intérêt des chercheurs
publics de haut niveau pour l’activité qu’ils mènent,
pour preuve la très grande difficulté à les faire venir
en année sabbatique dans leurs laboratoires.
Pour remédier à cette situation, les mesures annoncées à l’occasion de la présentation du budget
de la recherche pour 2003, comme la création de
400 contrats temporaires pour des post-doctorants
font l’effet d’une goutte d’eau.
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« Aucune preuve de l’effet de la DHEA sur
les symptômes liés au vieillissement n’a
été apportée à ce jour. Cela est vrai pour
l’évaluation globale du “bien-être” mais aussi
pour les autres paramètres étudiés, fonctions
cognitives, effets cutanés et osseux. »
Les médicaments
contre le
vieillissement
PAUL BENKIMOUN
JOURNALISTE AU Monde
Ainsi résumées dans un courrier adressé le
10 août 2001 aux professionnels de santé
par Philippe Duneton, directeur général
de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), les conclusions
du groupe d’experts sur les effets bénéfiques allégués de ce précurseur hormonal, que d’aucuns ont
présenté comme quasiment miraculeux, ont dû faire
des déçus. D’autant que les experts pointaient des
risques potentiels chez les utilisateurs de ce produit :
stimulation de la croissance de cancers hormonodépendants (prostate, sein, utérus) et effets cardio-vasculaires négatifs possibles du fait de la baisse du HDL-
cholestérol (le « bon » cholestérol). Ce qui a été vanté
comme une molécule particulièrement prometteuse
pour lutter contre les effets du vieillissement serait
donc encore loin d’avoir fait la démonstration de son
efficacité et pourrait même se révéler nocif en cas
d’usage au long cours. Sans être un raz-de-marée,
l’engouement pour la déhydroépiandrostérone (c’est
le nom scientifique complet de la DHEA) est bien réel
en France et plus encore aux États-Unis, où le produit
est librement accessible grâce à son statut de complément alimentaire. Des personnalités n’ont pas caché qu’elles avaient adopté le produit, son caractère
« naturel » laissant supposer qu’en tout cas cela ne
pouvait pas faire de mal.
● D’étranges précédents
La DHEA : des risques potentiels chez leurs
utilisateurs
Cette vogue n’est que la manifestation contemporaine des tentatives de faire aboutir une piste
hormonale déjà exploitée au XIXe siècle. Fondateur
de l’endocrinologie moderne, le Français Charles
Édouard Brown-Séquard annonçait le 1er juin 1889 à
la Société de biologie de Paris qu’il avait mis au point
un traitement rajeunissant du corps et de l’esprit et
qu’il se l’était personnellement appliqué. Prenant la
suite de Brown-Séquard, le physiologiste viennois
Eugen Steinach proposa la vasectomie (c’est-à-dire
la ligature des canaux par lesquels passe le sperme
venu des testicules) comme traitement « autoplastique » du vieillissement. À défaut d’avoir des succès,
la méthode eut des adeptes, et non des moindres :
Sigmund Freud et le poète irlandais William Butler
Yeats. Ce fut aussi le cas de la technique pratiquée
dans les années 1920 à Paris par le Russe Serge Voronoff, qui consistait à greffer un testicule de singe, ou
tout au moins une partie de la glande, dans le testicule d’un homme receveur. Finalement, la disponibilité d’androgènes de synthèse à partir du milieu
des années 1930 fit s’éteindre de sa belle mort cette
étonnante chirurgie de rajeunissement. En 1939, le
prix Nobel de chimie alla à Butenandt et Ruzicka pour
leur découverte de la préparation artificielle de la testostérone à partir du cholestérol.
C’est toujours à partir de ce précurseur que notre
organisme, et plus précisément la petite glande surrénale (située au-dessus du rein), synthétise la déhydroépiandrostérone ou DHEA. La DHEA existe dans
l’organisme sous deux formes : libre (DHEA) et conjuguée sous forme de sulfate de DHEA (DHEA-S), les
deux formes étant en interconversion permanente.
La mise en évidence de cette sécrétion corticosurrénale chez l’homme comme chez la femme remonte
au milieu des années 1960, grâce aux travaux menés
dans le laboratoire de Max-Fernand Jayle, notam-
ment par Étienne-Émile Baulieu (Inserm U33, Le
Kremlin-Bicêtre). La substance avait cependant déjà
été isolée dans l’urine en 1934 (dix ans plus tard pour
le DHEA-S), tandis qu’il avait fallu attendre les années
1950 pour qu’elle soit retrouvée dans le sang périphérique. Les travaux du professeur Baulieu l’amenèrent
à constater que le taux de DHEA-S dans le sang s’accroît au cours de l’adolescence (l’hormone apparaît à
l’âge de 7 ans) pour atteindre un maximum vers 2530 ans ; il décroît inéluctablement pendant le reste
de la vie, pour ne plus atteindre que 10 % de sa valeur
à partir de la huitième ou de la neuvième décennie.
Il faut toutefois souligner la très grande disparité de
ce déclin selon les individus, explicable, au moins en
partie, par l’hérédité. Dans la même tranche d’âge, les
taux de DHEA-S varient d’un facteur de 1 à 20. Le suivi
sur huit ans de personnes âgées de plus de 65 ans en
Gironde, incluses dans l’étude prospective PAQUID
(conduite par le professeur Jean-François Dartigues,
Inserm U330), a même permis de constater que le
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taux de DHEA-S avait augmenté en sept ans, chez
environ 30 % des sujets. Déjà constaté dans une
autre étude sur des personnes âgées, le phénomène
ne semble pas lié à des paramètres de santé et n’a
pas trouvé d’explication.
UNE ÉTRANGE THÉRAPIE PAR LES
ANDROGÈNES
En 1889, alors âgé de soixante-douze ans, le physiologiste français Charles Édouard Brown-Séquard fit part de l’amélioration considérable de
son état à la suite de l’injection sous-cutanée d’une
préparation liquide à base de testicules de chien
et de cochon d’Inde. Il avait ainsi ressenti après
dix injections une augmentation de ses capacités
physiques et mentales, ainsi qu’une amélioration
de son « jet urinaire » et de sa « puissance de défécation ». Malheureusement pour Brown-Séquard, les
effets qu’il décrivait étaient réversibles et avaient
disparu quatre semaines après la fin de sa série
d’injections. Il n’en était pas à son coup d’essai pour
tenter d’imposer la thérapie par les androgènes,
les hormones masculines. En 1869, par exemple,
Brown-Séquard avait eu l’idée d’injecter du sperme
dans le sang de vieillards afin d’améliorer leurs performances mentales et physiques. Il passait ensuite
à l’expérimentation animale en 1875, avant sa tentative infructueuse sur sa propre personne.
● Une « augmentation du bien-être »
Du DHEA-S isolé en 1981 dans le cerveau du
rat et de la souris
La DHEA, un complément alimentaire aux
États-Unis
Le professeur Baulieu isola du DHEA-S en 1981 dans
le cerveau du rat et dans celui de la souris, des animaux chez lesquels la substance n’est pratiquement
pas retrouvée dans le sang, ce qui l’a fait parler de
« neurostéroïde », fabriqué directement dans le cerveau. Cependant, selon les experts de l’Afssaps, « les
fonctions propres » de ce précurseur des hormones
masculine et féminine « n’ont pas été établies ». Le
groupe d’experts affirmait : « Il n’est pas possible, en
l’état actuel des connaissances, d’identifier une concentration de base de DHEA en deçà de laquelle un déficit
avec retentissement clinique justifierait un traitement
substitutif. »
Partant de l’idée que la diminution de plusieurs
fonctions cérébrales pouvait être en rapport avec
la baisse du DHEA-S, le professeur Baulieu entreprit
d’étudier avec son confrère Samuel Yen, de l’université de Californie à San Diego, les effets d’un apport de
DHEA par voie orale en quantité modérée, sachant
qu’elle serait largement transformée en DHEA-S dans
l’organisme. Il appliquait en quelque sorte la même
stratégie que celle du traitement hormonal substitutif de la ménopause. La DHEA était administrée à
faible dose (pas plus de 50 milligrammes par jour)
afin d’éviter « la formation d’hormones sexuelles actives
circulantes », risquant de favoriser certains cancers.
Les premiers essais chez des personnes âgées montraient une augmentation du « bien-être », effet que
Baulieu attribua à l’action stimulante exercée par le
DHEA-S, qui se lie et agit sur les récepteurs des neurotransmetteurs. Appuyés par l’Inserm, Émile-Étienne
Baulieu et ses collaborateurs avaient apporté « leurs
voix à la candidature du sulfate de DHEA comme marqueur individuel du vieillissement humain » dans un
article publié à la toute fin de l’année 1994.
Dès 1994, les autorités sanitaires américaines autorisent la DHEA comme complément alimentaire, ce
qui entraîne « la commercialisation d’un produit non
soumis à des normes pharmaceutiques au plan de la
qualité, sans précision de dose ou de population cible »,
comme le résume le rapport du groupe d’experts de
l’Afssaps du 3 juillet 2001. À partir de 1995, l’un des
pionniers de la recherche sur la DHEA aux États-Unis,
Arthur Schwartz (université Temple, Philadelphie),
s’est d’ailleurs élevé contre l’engouement pour la
prise de ce produit et sa promotion. Il a dénoncé le
fait que les industriels, soutenus par certains médecins, exposent un grand nombre de gens à une
molécule dont on ignore les effets à long terme.
Substance naturelle et découverte depuis plusieurs
dizaines d’années, la DHEA n’est pas brevetable en
tant que telle. Sa synthèse est aisée et peu onéreuse,
d’où l’explosion des propositions sur le marché américain et sur l’Internet.
● Pilule de jouvence ?
Dans un article publié en janvier 1995 dans les
Comptes-rendus de l’Académie nationale des
sciences (France), Étienne-Émile Baulieu reconnaissait prudemment que « la baisse d’un seul composé
ne peut être, au plus, responsable que d’une partie des
difficultés survenant au cours du vieillissement, et que
tout le monde ne répondra pas de la même façon à sa
compensation ».
Soutenus notamment par l’Institut national de la
santé et de la recherche médicale (Inserm), l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, mais aussi par un
producteur de champagne et le fabricant de cosmétiques L’Oréal, les travaux du professeur Baulieu
allaient se poursuivre avec la mise sur pied de l’essai
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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« DHE-g ». Sous l’égide de la Fondation nationale de
gérontologie, les professeurs Étienne-Émile Baulieu
et Françoise Forette lancèrent en mars 1998 un appel
public à des volontaires âgés de 60 à 80 ans pour tester l’action de la DHEA sur les effets du vieillissement.
Les 280 candidats ne devaient pas recevoir de traitement par des hormones sexuelles et ne devaient
pas présenter de cancer du sein, de l’utérus ou de la
prostate. La moitié d’entre eux, tirés au sort, prirent
quotidiennement 50 milligrammes de DHEA, tandis
que les autres reçurent un placebo, mais aucun candidat ne fut informé du produit qui lui était donné.
Cette étude était la première de grande envergure
sur le sujet. Les résultats au bout d’un an de traitement furent publiés en avril 2000 dans la revue de
l’Académie des sciences américaine.
Le critère principal de jugement de l’étude DHE-ge
était l’amélioration du score sur l’échelle de sensation
de bien-être. De ce point de vue, « aucun effet positif
n’a été mis en évidence ni dans la population globale, ni
dans aucun des sous-groupes étudiés », ont rapporté
les experts de l’Afssaps. Ils ajoutaient : « Des effets positifs ont été mis en évidence pour des critères secondaires,
dans des sous-groupes particuliers, avec des résultats
parfois discordants (densité osseuse, peau, libido). On
ne peut éliminer que ces effets bénéfiques soient liés au
hasard, compte tenu de la multiplicité des paramètres
étudiés et comparaisons effectuées. » En l’occurrence,
les experts ne partageaient pas la présentation des
résultats par les auteurs de l’étude, car l’analyse des
données n’était pas effectuée sur l’ensemble de la
population, mais seulement sur des sous-groupes.
Les auteurs de l’étude aboutissaient ainsi à 120 comparaisons initiales, dont une seule – l’augmentation
de la production de sébum sur la peau des femmes
de plus de 70 ans prenant de la DHEA – atteignait
une puissance statistique suffisante pour être significative. Or, plus on multiplie ces comparaisons, plus il
y a de chances de trouver des différences statistiquement significatives, même si cela est dû au hasard.
● « Aucune preuve formelle d’efficacité »
Entre 30 000 et 40 000 personnes sous DHEA
en France, en 2002
C’est pourquoi le rapport de l’Afssaps du 3 juillet 2001
concluait : « Au total, aucune preuve formelle d’efficacité dans les pathologies associées au vieillissement
n’a été établie, même si des pistes peuvent mériter des
études ultérieures. » Concernant la sécurité d’emploi
de la DHEA, le rapport notait : « Toutes les données
de tolérance analysées confirment que la DHEA diminue le HDL-cholestérol : cet effet peut être expliqué par
l’effet androgène du produit. Les conséquences cardiovasculaires potentielles d’une telle baisse sont à évaluer
et à prendre en compte pour une substance destinée
à être utilisée au long cours. » Par ailleurs, les experts
signalaient que « le risque d’induction et/ou d’aggravation de cancers hormono-dépendants (sein, endomètre
[utérus] et prostate) ne peut être exclu, notamment
dans des situations d’utilisation à long terme. Ce risque
justifierait un dépistage et une surveillance adaptée de
tous les sujets exposés à la DHEA. »
Sur la base des données disponibles, le groupe d’experts concluait « que les effets potentiels défavorables
d’une baisse du HDL-cholestérol ainsi que les risques
potentiels de cancers hormono-dépendants ne sont
pas contrebalancés par un effet clinique actuellement
démontré. Dans l’attente d’une telle démonstration, il
n’est pas possible de recommander l’utilisation proposée
aujourd’hui de la DHEA dans la lutte contre le vieillissement. » Sur la base de ce rapport, l’Afssaps estimait
que « l’utilisation de la DHEA doit être assujettie à la
réglementation du médicament et qu’une information
des professionnels de santé et du public doit être faite. »
Les professeurs Baulieu et Forette se déclarèrent
« heureux » que l’Afssaps ait « enfin fait le choix » de
considérer la DHEA comme un médicament, statut
permettant de mieux garantir la qualité du produit
et de mieux le contrôler. La réglementation française
n’interdisant pas l’utilisation de la DHEA en tant que
matière première, chacun pouvait jusque-là faire
effectuer par son pharmacien une « préparation magistrale » sur la base d’une ordonnance médicale. Un
industriel de la région parisienne, la société Cooper,
avait fait savoir qu’il était en mesure de répondre à
la demande en grande quantité de la matière né-
cessaire à la préparation de DHEA. De son côté, le
Conseil national de l’Ordre des médecins recommandait la prudence aux consommateurs éventuels de la
DHEA et « aux médecins de ne pas répondre favorablement aux sollicitations de ces demandeurs », rappelant
aux praticiens « qu’ils engagent leur responsabilité par
leur prescription si des complications ultérieures étaient
attribuées à la prise de ce produit ». Ministre délégué
à la Santé, Bernard Kouchner suivit l’avis de l’agence
et, depuis juillet 2001, la DHEA a le statut de médicament, même s’il n’est autorisé pour l’instant dans
aucune indication précise.
Ces données scientifiques susceptibles de doucher
l’enthousiasme n’ont pas connu la même médiatisation que les espoirs mis dans la DHEA. Cependant,
les mesures prises par les autorités françaises ont,
semble-t-il, contribué à limiter la consommation
« sauvage » de DHEA, en tout cas celle de DHEA produite en France. Philippe Duneton, directeur général
de l’Afssaps, indiquait que les importations officielles
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de la matière première nécessaire à la fabrication de
DHEA étaient en diminution en avril 2002. « Nous
ne pouvons certes pas, à partir de ces seuls chiffres,
situer avec une très grande précision le nombre de personnes qui, en France, consomment aujourd’hui cette
substance, déclarait-il au journal le Monde. On peut
aujourd’hui estimer que quelques dizaines de milliers
de personnes – peut-être entre 30 000 et 40 000 – sont
actuellement en France sous DHEA. En toute hypothèse,
le nombre des consommateurs n’est pas de plusieurs
centaines de milliers. »
En attendant d’autres études, qui permettront d’en
avoir le coeur net sur les éventuels effets de la DHEA
sur les manifestations associées au vieillissement,
d’autres médicaments ont été proposés avec plus ou
moins de bonheur dans cette indication ; en sachant
que le vieillissement de notre organisme est provoqué par deux facteurs, l’un génétique, inclus dans
notre patrimoine et notre horloge biologique, l’autre
lié à notre environnement et à ses agressions. Deux
voies ont fait l’objet de recherches, les plus nombreuses portant sur le facteur environnemental.
● D’autres voies de recherche
Tout d’abord, sans qu’il soit possible de parler d’action antivieillissement, la prise d’un traitement hormonal substitutif par les oestrogènes pour remédier
aux effets négatifs de la ménopause est souvent
accompagnée d’effets positifs sur la peau, le tissu
osseux et même sur le plan psychique.
Certains travaux ont évoqué le rôle de l’hormone
de croissance (ou somatotrophine) dans le vieillissement. La sécrétion de somatotrophine par l’hypophyse diminue avec l’âge. Cette hormone agit par
deux biais : d’une part, directement sur certaines
cellules, d’autre part, en faisant fabriquer par le foie
certains facteurs de croissance, comme le facteur de
croissance ressemblant à l’insuline (IGF-1). Compte
tenu des risques potentiels d’un excès d’hormone de
croissance (diabète, douleurs articulaires...), des essais
ont eu lieu aux États-Unis avec l’IGF-1, médiateur de
nombreuses actions de la somatotrophine sur les
tissus osseux et musculaires, sur le système nerveux
central et le système immunitaire. Ils n’ont pas été
probants, et l’administration d’IGF-1 s’est parfois accompagnée d’un gonflement des glandes parotides,
d’une hypertrophie des tissus sous-cutanés associée
à des oedèmes. Il n’est pas exclu que la prise d’IGF-1
puisse favoriser des processus cancéreux. L’hypothèse du bénéfice de la prise de mélatonine, une hormone participant à notre horloge biologique, pour
lutter contre les effets du vieillissement ne repose sur
aucun argument scientifique solide.
Des scientifiques se sont intéressés à l’autre mécanisme de vieillissement, celui lié à des facteurs
génétiques. Ils se sont en particulier penchés sur
une enzyme, la télomérase, elle aussi naturellement
présente dans l’espèce humaine, mais aussi chez
l’animal. Le rôle de cette enzyme est de réparer les
extrémités de nos chromosomes (les « télomères »),
qui raccourcissent à chaque division de nos cellules,
phénomène responsable du vieillissement cellulaire.
Des expériences de greffe du gène de la télomérase
sur des cultures cellulaires ont permis d’obtenir des
cellules ayant une vie apparemment indéfinie : au
lieu d’entrer dans le processus de sénescence après
quelques dizaines de cycles de division, elles paraissent « immortalisées ». L’expérience a été menée
sur différentes lignées cellulaires : fibroblases (tissu
conjonctif), cellules de la peau, de la rétine, de la
paroi vasculaire...
Les espoirs se portent vers une utilisation ciblée pour
empêcher certaines dégénérescences comme celle
des cellules de la rétine, responsable de cécité chez
les personnes âgées. Cependant, l’utilisation de la télomérase pourrait être une arme à double tranchant.
Le processus normal de sénescence à pour intérêt
de limiter les risques d’accumulations de mutations
de l’ADN des cellules, responsables de cancers. En
rendant « immortelles » des cellules, on pourrait ainsi
favoriser le processus cancéreux.
Finalement, il apparaît que la pharmacopée pour lutter contre les effets du vieillissement est encore bien
pauvre. En attendant des percées scientifiques, les
meilleures armes contre le vieillissement restent la
prévention par la poursuite d’une activité physique
et d’une activité intellectuelle, sans excès, et le maintien autant que possible des relations sociales. On le
comprend, la lutte contre les méfaits de l’âge ne se
résume pas à une question médicale et renvoie bien
davantage à des questions économiques et sociales.
LES TRAITEMENTS ANTIOXYDANTS
Des espoirs ont été mis dans les traitements antioxydants. Produits par l’organisme en particulier
lors du catabolisme (consommation d’énergie), les
radicaux libres oxydent les molécules qu’ils rencontrent (lipides, protéines ou même ADN), exerçant une action néfaste. C’est ainsi qu’ils jouent un
rôle dans l’athérosclérose en favorisant les dépôts
de graisse dans la paroi des artères par oxydation
du LDL-cholestérol (le « mauvais » cholestérol). Ils
ont été également mis en cause dans la maladie
d’Alzheimer, ce qui a suscité l’essai de molécules
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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antioxydantes comme la vitamine E, sans conclusion favorable. S’il paraît acquis qu’une alimentation riche en fruits et en légumes, qui comportent
des substances antioxydantes se liant aux radicaux
libres, peut représenter un bénéfice global pour
l’organisme, on ne saurait pour autant recommander la prise d’une supplémentation par des vitamines ou par des oligo-éléments, dont la prise à
dose excessive comme la prise prolongée peuvent
s’accompagner d’effets toxiques.
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L’opération « Lindbergh » a réussi. Sous
ce nom de code se cache une ablation de
la vésicule biliaire pas comme les autres.
L’intervention s’est en effet déroulée par
l’intermédiaire d’un robot chirurgical dont
les commandes étaient tenues à 7 500 km de
distance par le professeur Jacques Marescaux.
La chirurgie assistée
par ordinateur
PAUL BENKIMOUN
JOURNALISTE AU Monde
La patiente à Strasbourg et le chirurgien
à New York
Ce vendredi 7 septembre 2001, le professeur Jacques
Marescaux, chef du service de chirurgie endocrinienne et digestive des hôpitaux universitaires de
Strasbourg, et fondateur de l’Institut européen de
téléchirurgie (IETS) et de l’Institut de recherche
contre les cancers de l’appareil digestif (IRCAD), vient
de terminer son intervention chirurgicale. Il s’agissait
de l’ablation de la vésicule biliaire – une « cholécystectomie » – chez une patiente âgée de 78 ans, qui a
très bien supporté l’intervention de 45 minutes pratiquée sous anesthésie générale. L’opération n’aurait
rien eu que de très banal si la patiente ne se trouvait
pas à Strasbourg et le chirurgien à New York. D’où
l’évocation du nom de Charles Lindbergh, auteur du
premier vol transatlantique. L’intervention a été réalisée grâce à un partenariat avec France-Télécom et la
société californienne Computer Motion, qui a mis au
point le robot baptisé Zeus.
LE ROBOT ZEUS
Ce robot chirurgical se compose de deux parties.
Dans le bloc opératoire de Strasbourg avait été
placé le socle muni de trois bras articulés portant à leur extrémité, l’un une caméra miniature,
les autres les différents instruments chirurgicaux
(scalpel, pince, ciseaux, porte-aiguilles pour les sutures...). La minicaméra et les instruments ont été
introduits dans le ventre de la patiente, qui était
volontaire, à l’intérieur de fines canules. À New
York se trouvait le pupitre de commande : outre
un écran de contrôle affichant une image de haute
définition, il comprenait des manettes permettant
de télécommander les deux bras porteurs d’instruments, le troisième, porteur de la caméra, étant
gouverné par commande vocale. Bien entendu, à
titre de précaution, une équipe chirurgicale était
à pied d’oeuvre à Strasbourg, prête à reprendre la
main en cas de problème.
● Une prouesse technique
Une amélioration de la précision
du geste chirurgical
Racontée dans le journal le Monde du 20 septembre
2001, cette intervention chirurgicale, précédée de
six répétitions sur des porcs, était la première réalisée dans des conditions où l’opérateur était à longue
distance du malade. Il fallait une prouesse technique
pour permettre dans un délai suffisamment court
le retour d’informations visuelles à l’opérateur. Pour
les spécialistes, un intervalle de plus de 300 millisecondes entre la commande et le retour d’information
sur le mouvement effectué par le bras télécommandé présenterait des dangers pour le patient. Pas
question donc d’utiliser les liaisons par satellite car
leur temps de latence est de l’ordre de 600 millisecondes. France Télécom a eu recours au réseau sousmarin de fibres optiques qui traverse l’Atlantique et
possède un débit de 10 mégabits par seconde, ce
qui a permis un retour d’informations visuelles (avec
codage et décodage de la vidéo et transmission du
signal) à l’opérateur en 155 millisecondes.
S’il est encore trop tôt pour définir la place que ce
type de pratique occupera, elle illustre les progrès
réalisés en quelques années par la chirurgie assistée
par ordinateur (CAO), dont elle découle. La CAO a
commencé à être utilisée à partir de 1996. La première intervention robotisée au monde a été réalisée
en mars 1997 à Bruxelles par l’équipe de chirurgie
viscérale du professeur Guy-Bernard Cadière (hôpital Saint-Pierre) et la technique reste encore limitée
à quelques grands centres hospitaliers publics ou
privés. Ce caractère « émergent, voire expérimental »,
rend encore impossible un bilan de son efficacité et
de sa sécurité. En France, l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (ANAES) a cependant souhaité présenter en mai 2002 un rapport
d’étape sur ces techniques déjà appliquées dans
plusieurs domaines de la chirurgie : cardiaque, urologique, digestive et viscérale. « La chirurgie assistée par
ordinateur, précise le rapport de l’ANAES, a pour objectif
d’assister le chirurgien dans la réalisation de gestes diagnostiques ou thérapeutiques les plus précis et les moins
invasifs possibles, sous sa supervision. Elle fait intervenir
le traitement numérique de l’image et l’utilisation de
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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“robots” chirurgicaux. » Les avancées conjuguées de la
chirurgie « mini-invasive » et des techniques d’imagerie médicale rendant possibles des reconstructions
virtuelles ont permis de mieux répondre aux objectifs d’une meilleure reproductibilité et d’une amélioration de la précision du geste chirurgical.
● Des pontages coronariens assistés par
ordinateur
Robodoc est utilisé pour la révision des
prothèses de hanche.
En thérapeutique, la CAO s’applique aussi bien à
la chirurgie des tissus mous (chirurgie digestive et
viscérale, chirurgies urologique et cardiaque) qu’en
orthopédie. Dans la chirurgie des tissus mous, les
procédures mini-invasives ont permis de grands progrès, mais elles requièrent encore la présence d’un
assistant au chirurgien, les déplacements des instru-
ments sont limités et l’opérateur doit se contenter
de la vision bidimensionnelle que lui offre l’endoscope introduit dans le corps du malade. La CAO vise
à réduire ces difficultés techniques grâce à un bras
articulé à commande vocale, porteur d’une optique
permettant des images en trois dimensions, et aux
deux bras manipulateurs d’instruments (en l’occurrence le système Zeus et son concurrent – lui aussi
américain – da Vinci, mis au point par la société Intuitive Surgical).
En chirurgie cardiaque ont ainsi été accomplis plusieurs pontages coronariens. Les pionniers au niveau
mondial en ont été au printemps 1998, à l’hôpital
Broussais (Paris), le professeur Alain Carpentier et le
docteur Didier Loulmet. Ils ont effectué le prélèvement de l’artère mammaire interne, puis l’ont utilisée
pour irriguer le muscle cardiaque, en court-circuitant
les artères coronaires bouchées. La même équipe a
également réalisé des fermetures de communications anormales entre les deux oreillettes du coeur,
ainsi que le remplacement de quatre valves mitrales.
À la fin de l’année 2001, le professeur Villemot et ses
collaborateurs (CHU de Nancy) avaient eux aussi déjà
pratiqué des pontages coronariens sans ouverture
du thorax chez dix patients après plus d’un an de
préparation.
Les urologues y ont également eu recours pour disséquer des ganglions lymphatiques du pelvis, pour
effectuer une ablation complète de la prostate ou
encore celle d’un rein. C’est en particulier le cas de
l’équipe du professeur Guy Vallancien, à l’Institut
mutualiste Montsouris, un hôpital privé parisien participant au service public, et des professeurs Mangin et Hubert (CHU de Nancy). Enfin, les chirurgiens
digestifs, comme le professeur Marescaux mais aussi
l’équipe nancéenne des professeurs Boissel et Bresler,
ont notamment réalisé des ablations de la vésicule
biliaire et certaines interventions sur l’estomac. Pour
les chirurgiens orthopédiques, l’apport essentiel de
la CAO est de les aider à se conformer avec une plus
grande précision à la planification préopératoire
qu’avec la méthode traditionnelle. Ils disposent de
deux robots, Caspar (pour « Computer Assisted Surgical Planning and Robotics ») et Robodoc. Nécessitant
la pose avant l’opération elle-même de vis servant de
repères, le robot Caspar sert à l’implantation de tiges
fémorales dans le cadre de la pose d’une prothèse
totale de hanche ou encore à la réparation chirurgicale d’une rupture du ligament croisé antérieur du
genou. Robodoc, qui ne nécessite pas la pose de vis
repères, est utilisé pour la révision des prothèses de
hanche. Les deux systèmes sont également applicables à la pose de prothèses du genou. Certains instruments utilisés en chirurgie orthopédique assistée
par ordinateur ont commencé à être employés dans
d’autres domaines. C’est le cas d’un microrésecteur
dont peuvent se servir des chirurgiens ORL, soit pour
la chirurgie des sinus, qui s’effectue au contact de
zones sensibles (orbite oculaire, nerf optique, artère
carotide interne, méninges, etc.), soit pour celle de
l’oreille.
● La navigation chirurgicale
La CAO autorise ce qu’on appelle la
navigation chirurgicale
La CAO est utilisée à différents temps opératoires. Elle
permet tout d’abord l’aide au diagnostic et la préparation de l’intervention. À partir de leur plate-forme,
les chirurgiens peuvent acquérir des données anatomiques en provenance de toutes sortes de sources
d’imagerie (scanner, imagerie par résonance magnétique, échographie, etc.) et reconstruire un modèle
tridimensionnel. Il est alors possible d’explorer cette
représentation virtuelle et de réaliser des simulations
préalables. Le chirurgien va ainsi pouvoir simuler les
mouvements du robot dans la zone opératoire pour
vérifier que ce dernier pourra évoluer correctement.
De même, l’opérateur répète les gestes qu’il aura à
accomplir et détermine ceux qui seront les mieux
adaptés.
Le repérage se fait le plus souvent par des systèmes
infrarouges (caméras, cadres ou marqueurs fixés sur
le patient). Les outils chirurgicaux sont équipés de
diodes repérées par des caméras infrarouges qui
suivent la pointe de l’instrument dans ses déplacements. Ce repérage par des diodes infrarouges
autorise la mise en correspondance entre l’image
et le malade. L’orthopédiste va identifier avec une
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DOSSIERS ART ET CULTURE
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précision millimétrique le point idéal pour la pose
d’une vis d’ostéosynthèse dans une vertèbre, le plan
du cartilage de croissance chez un enfant devant
être opéré pour une déformation du genou (genu
valgum), ce qui évitera la réalisation des nombreuses
radiographies au cours de l’intervention (jusqu’à une
vingtaine), ou bien encore le volume osseux à enlever ou à ajouter. Ces fonctions peuvent, bien entendu, servir à la formation de chirurgiens.
Pendant l’opération elle-même, la CAO autorise la
navigation chirurgicale. L’opérateur est assis à sa
console, la tête dans une sorte de cockpit, les yeux
collés au système de visualisation binoculaire en 3D
(ajoutant la profondeur aux images traditionnelles de
l’endoscopie). Ses mains commandent les « joysticks »
qui transmettent ses gestes aux instruments du
robot. Le joystick peut être réglé pour démultiplier
les mouvements de la main. Le tout étant géré par
l’ordinateur avec des filtres pour éliminer les tremblements, les mouvements parasites ou aberrants. Un
geste trop brusque, par exemple la main de l’opérateur qui glisse, sera analysé comme indésirable par
l’ordinateur et ne sera pas transmis aux instruments
en place.
Dans son rapport d’étape de mai 2002, l’ANAES analysait les données expérimentales actuellement disponibles sur la CAO. Du point de vue du chirurgien, les
avantages potentiels sont doubles. D’un point de vue
thérapeutique, ce sont la réduction du tremblement
et de la fatigue, la plus grande précision du geste, le
traitement informatisé de l’image et le fait d’avoir une
image en 3D nette pendant toute l’intervention, la
fiabilité plus importante du système et la meilleure
précision du positionnement des prothèses. Les
autres avantages sont « éducationnels » : « formation
des chirurgiens à des techniques opératoires complexes
et planification précise d’interventions chirurgicales délicates ». « Cette amélioration potentielle du geste chirurgical serait susceptible de profiter aux patients », précise
l’ANAES. L’Agence cite plusieurs limitations, soit liées
aux difficultés propres à chaque discipline chirurgicale, soit « d’ordre plus général : temps d’installation
du système, nécessaire mise à jour des logiciels, formation des équipes chirurgicales ». Bien entendu, « la
complexité et l’encombrement des systèmes robotisés
obligent à repenser les gestes chirurgicaux et l’aménagement des salles d’opération », ajoute l’ANAES. À cela
s’ajoutent des limites financières. Au CHU de Nancy,
les comptes ont été faits : 1,22 million d’euros pour le
seul robot da Vinci, 230 000 euros pour la salle d’opération qui lui est dédiée, 137 000 euros de maintenance annuelle et 230 000 euros de surcoûts de
consommables annuels. Un facteur qui freine l’accès
à cette technologie et sa diffusion.
Néanmoins, l’ANAES estime qu’il faut encourager
la recherche clinique sur la CAO et qu’elle doit ellemême assurer une veille scientifique sur cette technique. Au niveau de l’État, Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la Recherche, avait installé en 2000
un Réseau national des technologies pour la santé
(RNTS), qui a inclus les recherches sur la CAO dans
son appel à projets.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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De débat juridique, l’arrêt Perruche, rendu le
17 novembre 2000 par la Cour de cassation,
et qui indemnise un enfant né porteur d’un
handicap à la suite d’une faute médicale, est
devenu débat législatif et débat de société sur
le handicap tout au long de l’année 2001 et
jusqu’en 2002.
L’arrêt Perruche
PAUL BENKIMOUN
JOURNALISTE AU Monde
D’un côté, certains ont dénoncé un jugement revenant à indemniser l’enfant
du « préjudice d’être né ». L’arrêt introduirait, selon eux, une discrimination
entre les handicapés nés après une faute médicale,
pouvant à ce titre obtenir une indemnisation pour
eux-mêmes, et ceux pour lesquels ce ne serait pas
le cas et qui devraient donc se contenter de ce que
leur verse la solidarité nationale. À l’inverse, leurs
opposants défendent une décision qui « permettra
à l’enfant de vivre, au moins matériellement, dans des
conditions plus conformes à la dignité humaine sans
être abandonné aux aléas d’aides familiales, privées ou
publiques », ainsi que le précisait l’arrêt de principe de
la Cour de cassation. Le débat a paru être conclu avec
la loi du 4 mars 2002, dite « loi Kouchner sur les droits
des malades ». Résultant d’un amendement proposé
par Jean-François Mattei, l’article premier de ce texte
vise à mettre un terme à la jurisprudence Perruche,
en affirmant notamment que « nul ne peut se prévaloir
d’un préjudice du seul fait de sa naissance ».
● « Une faute médicale »
En 1999, la cour d’appel d’Orléans rejette
l’indemnisation.
L’affaire Perruche remonte à 1982. Enceinte, Josette
Perruche est atteinte d’une rubéole, une maladie bénigne pour l’adulte, mais susceptible d’entraîner de
graves malformations congénitales chez l’enfant. Elle
demande à son médecin de pratiquer des examens
pour savoir si le foetus est touché et lui fait part de son
intention de demander un avortement si tel est le cas
pour ne pas prendre le risque de mettre au monde
un enfant handicapé. Après trois séries d’analyses, le
médecin rassure Mme Perruche, qui est encore dans
les délais légaux de l’interruption volontaire de grossesse (IVG). La grossesse va donc à son terme et, le
13 janvier 1983, Nicolas Perruche naît. Dans les mois
qui suivent, l’enfant présente des troubles neurologiques graves, une surdité, une maladie de la rétine
et une atteinte cardiaque. Un expert les attribue à la
rubéole de sa mère. Les parents Perruche assignent
en justice le médecin qui a suivi la grossesse et le
laboratoire d’analyses biologiques.
Ils obtiennent gain de cause le 13 janvier 1992 devant
le tribunal d’Évry (Essonne), qui reconnaît l’existence
d’une faute médicale. En conséquence, le tribunal
accorde des indemnités à M. et à Mme Perruche.
L’existence d’une faute est confirmée par la cour
d’appel de Paris, le 17 décembre 1993, mais cette
instance conteste l’existence d’un préjudice pour
l’enfant : « Les séquelles dont [il] est atteint ont pour
seule cause la rubéole que lui a transmise in utero sa
mère. » Les parents de Nicolas Perruche se pourvoient
en cassation. Le 26 mars 1996, considérant que dans
ce dossier les fautes médicales « sont génératrices du
dommage subi par l’enfant du fait de la rubéole de sa
mère », la première chambre civile de la Cour de cassation cassait l’arrêt de la cour d’appel de Paris et renvoyait l’affaire devant la cour d’appel d’Orléans. Mais
celle-ci rejetait à son tour en 1999 l’indemnisation de
Nicolas Perruche. D’où un nouveau pourvoi en cassation en son nom.
● Le « besoin indemnitaire »
La Cour de cassation examina l’affaire, le 3 novembre
2000, dans le cadre d’une assemblée plénière. Pour
les parents de Nicolas et leur avocat, la cour d’appel
d’Orléans avait adopté une position revenant, « de
manière totalement paradoxale, à priver de toute réparation la principale victime, à savoir l’enfant » (le Monde
des 5 et 6 novembre 2000). À l’opposé, l’avocat général, Jerry Sainte-Rose, fustigeait ce qu’il appelait le
« besoin indemnitaire ». À ses yeux, le handicap était
la conséquence de la seule rubéole. Tenir le handicap
pour une conséquence directe des fautes médicales
« puisque sans celles-ci il n’y aurait pas eu d’infirmité car
le foetus aurait été avorté » reviendrait à reconnaître
que « la suppression du malade était la seule méthode
envisageable pour éviter la maladie ». Pour l’avocat général, condamner les médecins à indemniser l’enfant
handicapé conduirait « tout droit à justifier l’euthanasie, la mort miséricordieuse ». Selon lui, les praticiens
seraient dès lors incités à proposer un avortement
« devant le plus léger doute ».
Suivant les conclusions formulées par le conseiller Pierre Sargos dans le rapport qui a servi de base
de discussion à la Cour, l’arrêt de principe, rendu le
17 novembre, prenait le contre-pied de cette argumentation. La Cour de cassation estimait que « dès
lors que les fautes commises par le médecin et le laboradownloadModeText.vue.download 163 sur 380
DOSSIERS ART ET CULTURE
161
toire dans l’exécution des contrats formés avec [la mère
de Nicolas Perruche] avaient empêché celle-ci d’exercer son choix d’interrompre sa grossesse afin d’éviter la
naissance d’un enfant atteint d’un handicap, ce dernier
peut demander la réparation du préjudice résultant de
ce handicap et causé par les fautes retenues ». Rejetant
d’envisager « biologiquement » le lien de causalité –
entre la faute commise et le dommage subi –, les
magistrats estimaient que Nicolas Perruche était un
tiers au contrat entre le médecin et sa mère enceinte.
Réfutant les accusations d’« eugénisme » de l’avocat
général, le conseiller Sargos expliquait que « l’eugénisme implique une dimension collective, nécessairement criminelle, alors que [la loi Veil du 17 janvier 1975
sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG)] est
pour la femme une loi de responsabilité » que « tous
les habitants de notre pays doivent respecter ». Pierre
Sargos invoquait un autre « principe de base », « celui
de réparer le préjudice causé à autrui par une faute ». Le
dénier dans le cas de Nicolas Perruche serait « nier
l’atteinte du potentiel humain qui résulte du handicap et
nier par là même son préjudice ». Défendant le principe
de l’indemnisation en refusant de dissocier le handicap de la faute, le rapport suivi par les magistrats de
la Cour de cassation précisait que le préjudice réparable était « exclusivement celui qui résulte du handicap
qui va faire peser sur l’enfant pendant toute son existence des souffrances, charges, contraintes, privations et
coûts de toute nature » et non pas « la naissance et la
vie même de l’enfant ».
● Le « préjudice d’être né »
« Certaines vies ne vaudraient pas la peine
d’être vécues. »
Malgré ces précisions, les réactions hostiles se sont
cristallisées sur ce qui était dénoncé comme la
reconnaissance d’un « préjudice d’être né » ou du fait
que « certaines vies ne vaudraient pas la peine d’être
vécues ».
Jusqu’à l’arrêt Perruche, en cas de faute médicale
ayant conduit à ne pas déceler un handicap au
cours de la grossesse, la jurisprudence accordait des
indemnisations aux parents mais pas aux enfants. Le
Conseil d’État avait, avec l’arrêt Quarez, contourné la
difficulté. Rendu le 14 février 1997, cet arrêt concernait l’enfant Mathieu Quarez, dont la trisomie 21
n’avait pas été diagnostiquée au cours de la grossesse à la suite d’une faute médicale. Le Conseil d’État
avait refusé d’indemniser l’enfant, mais avait inclus la
charge de son entretien dans l’indemnisation accordée à ses parents, sans que cette décision soulève
des protestations.
Deux semaines après l’arrêt de la Cour de cassation,
un « Collectif des parents contre l’handiphobie »,
regroupant une centaine de familles, en appelait
aux parlementaires. Le Syndicat national des ultrasonologistes diplômés (qui regroupe des médecins
pratiquant l’échographie) se tournait également vers
la représentation nationale : « Il faut que vous soyez informés que l’échographie obstétricale est actuellement
menacée de disparition pure et simple par un récent
arrêt de la Cour de cassation. » Même si, dans l’affaire
Perruche, il n’est pas question d’examens d’échogra-
phie, ces praticiens s’inquiétaient de voir leurs rangs
se clairsemer en raison des risques judiciaires et de
l’augmentation exponentielle des tarifs pratiqués par
les assureurs : d’une année sur l’autre, les tarifs vont
ainsi être multipliés par huit ou dix.
À l’Assemblée nationale, le 9 janvier 2001, le député Démocratie libérale Jean-François Mattei faisait
adopter par la commission des affaires sociales,
avec le soutien du communiste Maxime Gremetz,
un amendement au projet de loi de modernisation sociale du gouvernement : « La vie constitue le
bien essentiel de tout être humain, nul n’est recevable à
demander une indemnisation du fait de sa naissance. »
L’amendement précisait cependant que « lorsqu’un
handicap est la conséquence directe d’une faute et non
de la nature, il ouvre le droit à réparation dans les termes
de l’article 1382 du Code civil ». Lors du débat à l’Assemblée, le lendemain, Jean-François Mattei mit en
garde contre les « risques de dérive, suscités par le désir
de plus en plus affirmé d’avoir des enfants “parfaits” ». Le
député socialiste Claude Évin lui répondit : « Cet arrêt
a permis la reconnaissance d’un droit pour les handicapés et, à ce titre, il mérite d’être défendu. » La proposition
de M. Mattei fut repoussée.
Sollicité par la ministre de l’Emploi et de la Solidarité, Élisabeth Guigou, le Comité consultatif national
d’éthique (CCNE) considérait dans son avis du 15 juin
2001 que « la reconnaissance de la responsabilité des
professionnels dans un préjudice dont l’enfant serait victime conduit à la déduction qu’il eût mieux valu qu’il ne
naquît pas, voire qu’il avait un droit à ne pas naître handicapé, compte tenu de la piètre qualité de vie qui lui est
proposée ». Cela « risquerait de faire peser sur les parents,
les professionnels du diagnostic prénatal et les obstétriciens une pression normative d’essence eugénique »,
soulignait le Comité d’éthique, dont deux membres,
Henri Caillavet et Jean-Pierre Changeux, se sont abstenus en exprimant de « sérieuses réserves » sur l’avis.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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LA JURISPRUDENCE PERRUCHE
Le 6 juillet 2001, l’assemblée plénière de la Cour
de cassation examina trois affaires où des malformations portant sur le système nerveux ou sur un
membre supérieur n’avaient pas été décelées lors
des examens échographiques en cours de grossesse, mais, contrairement à l’affaire Perruche,
après le délai légal d’IVG. Estimant que les conditions prévues dans la loi de 1975 pour un avortement thérapeutique n’étaient pas réunies, la Cour
de cassation rejetait les demandes d’indemnisation des enfants. La haute juridiction confirmait
cependant la jurisprudence Perruche, en précisant
que « l’enfant né handicapé peut demander la réparation du préjudice résultant de son handicap si ce
dernier est en relation de causalité directe avec les
fautes commises par le médecin dans l’exécution du
contrat formé avec sa mère et qui ont empêché celleci d’exercer son choix d’interrompre sa grossesse ».
● La « solidarité nationale »
L’Union nationale des associations de parents et
amis de personnes handicapées mentales (Unapei)
demanda un débat au Parlement : « Le législateur doit
faire un signe pour montrer au pouvoir judiciaire qu’il
ne le laisse pas seul face à ces questions. » Pour sa part,
l’Association des paralysés de France (APF) rejetait les
accusations d’eugénisme : « C’est l’impact de la faute
médicale qui est condamné. La cour indemnise l’enfant
parce qu’il est handicapé et pas parce qu’il est né. Le vrai
débat porte sur les moyens qu’une société donne aux
personnes handicapées pour qu’elles vivent correctement », déclara la présidente de l’APF, Marie-Sophie
Desaulle.
Le 5 décembre 2001, à l’initiative des professeurs
René Frydman et Israël Nisand, plusieurs spécialistes
du dépistage prénatal annonçaient qu’ils cesseraient
toute activité de dépistage des malformations au
1er janvier 2002. La menace ne sera finalement pas
mise à exécution du fait de l’évolution du débat
parlementaire.
Le 13 décembre 2001, les députés examinèrent une
proposition de loi déposée par Jean-François Mattei,
reprenant son amendement battu en janvier de la
même année. Les députés du PCF « approuvaient sur
le fond ce texte ». Le Mouvement des citoyens avait
déposé en septembre une proposition de loi allant
dans le même sens. Au sein du RPR, l’ancien garde
des Sceaux Jacques Toubon et Patrick Devedjian
s’interrogeaient. « Il serait assez paradoxal de considérer que celui qui subit le handicap de plein fouet soit
le seul à être privé de réparation », indiquait M. Devedjian. Les débats furent renvoyés au 10 janvier 2002,
dans le cadre du débat sur le projet de loi relatif aux
droits des malades. Ayant non sans mal arrêté une
position, le gouvernement présenta un amendement au texte de M. Mattei, afin de limiter le cadre
de la responsabilité médicale aux situations où existe
« une faute qui a provoqué le handicap, qui l’a aggravé
ou ne l’a pas atténué » et de préciser que, dans les
cas analogues à ceux de l’affaire Perruche, « seuls les
parents peuvent demander une indemnisation ». Le
texte de M. Mattei amendé par le gouvernement fit
consensus à l’Assemblée, mais à la suite d’amendements des sénateurs, le texte définitivement adopté
par le Parlement, le 19 février 2002, a restreint le droit
à réparation au seul préjudice moral des parents. Il
précise que le préjudice « ne saurait inclure les charges
particulières découlant, tout au long de la vie de l’enfant,
de ce handicap » et que « la compensation de ce dernier
relève de la solidarité nationale ». Ainsi, l’article premier
de la loi sur les droits des malades, visant à mettre
fin à la jurisprudence Perruche, a-t-il, du même coup,
mis un terme à la jurisprudence Quarez du Conseil
d’État. À présent, tant parmi les politiques que parmi
les associations, des voix demandent à revoir le dispositif d’indemnisation des handicaps congénitaux.
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DOSSIERS ART ET CULTURE
163
L’observation de la Terre est devenue l’un des
champs d’application privilégiés des satellites.
Des dizaines d’engins spatiaux scrutent
désormais en permanence l’atmosphère ou
la surface de notre planète à des échelles
variées.
Les satellites
d’observation
de la Terre
PHILIPPE DE LA COTARDIÈRE
ÉCRIVAIN ET JOURNALISTE SCIENTIFIQUE
Ces satellites couvrent les besoins de la
météorologie, de la climatologie, de
l’océanographie, de la cartographie, de
l’agriculture, de l’aménagement du territoire, de la gestion des ressources naturelles, du renseignement militaire, etc. Dans le seul domaine civil,
ils sont une soixantaine, et cette famille s’est enrichie
en 2002 de trois satellites européens : Envisat (surveillance de l’environnement), Spot 5 (télédétection)
et MSG1 (météorologie).
● Météorologie
Les satellites géostationnaires orbitent à
quelque 36 000 km d’altitude.
Le programme Météosat est financé par
l’organisation Eumetsat.
Avec les télécommunications, la météorologie a été
l’une des toutes premières applications des satellites,
qui se sont rapidement révélés des outils irremplaçables pour suivre le déplacement et l’évolution des
systèmes nuageux. Dès 1960, les États-Unis lancèrent
le premier satellite météorologique, TIROS 1 (Television and InfraRed Observation Satellite). Placé en orbite
à 700 km d’altitude, cet engin de 120 kg fonctionna
pendant 78 jours et transmit près de 25 000 vues de
la surface terrestre prises par ses deux caméras de
télévision. Chaque image couvrait environ 1 000 km 2
et montrait des détails de l’ordre du kilomètre.
Les satellites météorologiques se répartissent en
deux catégories : des satellites géostationnaires, qui
conservent une position pratiquement fixe par rapport à la Terre, dans le plan de l’équateur, à quelque
36 000 km d’altitude, permettant l’observation continue d’une région très étendue, mais toujours la
même ; et des satellites à défilement, généralement
placés en orbite quasi polaire, héliosynchrone (c’està-dire dont le plan conserve toujours la même orientation par rapport à la direction Terre-Soleil), entre
600 et 900 km d’altitude, qui survolent de manière
répétitive l’ensemble du globe en repassant toujours
à la même heure solaire au-dessus d’une région
donnée.
Les satellites météorologiques géostationnaires ont
pour mission principale la surveillance des phénomènes à développement rapide (orages, cyclones,
nappes de brouillard) et la mesure de leurs déplacements. Ils permettent notamment d’alerter désormais suffisamment à l’avance les populations menacées par le passage d’un cyclone. Ils fournissent
également la seule base de données disponible pour
l’étude du rôle de la couverture nuageuse à l’échelle
mondiale. Ils ont enfin une mission accessoire de
collecte de données émanant de plates-formes de
mesures situées dans des zones d’accès difficile. Depuis les années 1980 a été mis en place un système
de veille météorologique mondiale composé de cinq
satellites géostationnaires répartis autour du Globe :
deux GOES (États-Unis), un Météosat (Europe), un
GMS (Japon) et un Insat (Inde).
Engagé dès les années 1970 par l’Agence spatiale européenne (ESA), le programme Météosat est, depuis
1987, financé et administré par l’organisation intergouvernementale Eumetsat, mais l’ESA continue de
superviser la construction des satellites, lancés par
des fusées Ariane. Trois satellites préopérationnels
ont été mis en orbite, de 1977 à 1988, suivis de quatre
satellites opérationnels, de 1989 à 1997. Leur relève
doit être progressivement assurée par des satellites
Météosat de seconde génération (MSG, 3 prévus).
Le premier représentant de cette nouvelle génération de Météosat, MSG1, a été lancé avec succès le
27 août 2002 ; positionné à 0° de longitude en 2003,
il prendra la relève de Météosat 7 pour couvrir l’Europe, l’Afrique, l’océan Atlantique et l’océan Indien,
avec une durée de vie espérée de sept ans.
Avec ses satellites Insat, l’Inde dispose depuis 1982
de satellites destinés à la fois aux télécommunications et à la surveillance météorologique. Le 12 septembre 2002, elle a mis en orbite son premier satellite géostationnaire ayant une mission exclusivement
météorologique, Metsat 1 ; celui-ci doit remplacer
le satellite Insat 1D en poste à 74° de longitude est
depuis 1990. Complémentaires de leurs homologues
géostationnaires, les satellites météorologiques en
orbite polaire ont pour mission de fournir les données quantitatives nécessaires à la compréhension
de la dynamique de l’atmosphère et de l’océan
superficiel. Ils sont équipés de radiomètres opérant
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dans l’infrarouge ou les hyperfréquences pour reconstituer la distribution de température et d’humidité dans l’épaisseur de l’atmosphère. Ils disposent
également de radiomètres imageurs permettant de
déterminer la température superficielle des océans,
l’étendue des glaces de mer, etc. Depuis 1969, la Russie dispose, avec ses satellites polaires Meteor, d’un
réseau opérationnel de météorologie spatiale bien
adapté à l’étendue de son territoire. L’Europe, quant à
elle, développe le programme Metop, qui comprendra trois satellites, lancés à quatre ans d’intervalle à
partir de 2005 et placés en orbite polaire à basse altitude pour favoriser les prévisions météorologiques à
moyen et long termes.
● Télédétection
Dès les années 1960, la surface terrestre a commencé à faire l’objet d’observations depuis l’espace
à bord des premiers vaisseaux pilotés, notamment
lors des vols américains Mercury et Gemini. L’intérêt
des images satellitaires a été établi pour de nombreuses applications : cartographie, aménagement
du territoire, étude du couvert végétal ou neigeux,
inventaire des cultures et des forêts, suivi de la croissance urbaine, exploration minière ou pétrolière,
surveillance de la pollution marine, hydrologie... On
a mis en évidence l’utilité de la technique d’imagerie multibande, qui consiste à prendre des vues
d’une région donnée simultanément dans plusieurs
gammes de longueurs d’onde, chacune faisant ressortir certains traits particuliers de la zone observée.
● L’imagerie optique et infrarouge
Le lancement du satellite américain Landsat 1, le
23 juillet 1972, a marqué un tournant dans le développement des applications spatiales. Pour la première fois, un engin spatial était entièrement voué à
l’observation de la Terre à des fins civiles. Satellisé à
900 km d’altitude, sur une orbite quasi polaire héliosynchrone, Landsat 1 emportait un ensemble de trois
caméras de télévision fournissant des couleurs dans
le domaine visible, et une chambre multibande à
balayage prenant des vues en continu dans quatre
domaines de longueurs d’onde (trois dans le visible,
un dans le proche infrarouge). Il photographiait sous
sa trajectoire une bande de terrain large de 185 km et
couvrait la totalité de la surface terrestre en 18 jours.
Les plus fins détails visibles (la résolution des images)
mesuraient 80 m sur les vues en couleurs et 40 m sur
celles en noir et blanc.
Landsat 1 a fonctionné pendant huit ans. Six autres
satellites de la même famille ont été lancés pour lui
succéder et améliorer progressivement la qualité du
service fourni. La mise en orbite de Landsat 6, en
1993, échoua, mais le satellite le plus récent, Landsat 7, lancé en 1999, fournit des images ayant une
résolution de 30 m en couleurs et de 15 m en noir
et blanc.
● La filière Spot
Spot : l’acronyme de satellite pour
l’observation de la Terre
La commercialisation des images Spot est
assurée par Spot Image.
La France a montré son savoir-faire avec la filière
Spot. Engagé en 1978 par le gouvernement français,
avec la participation de la Suède et de la Belgique,
le programme Spot est devenu opérationnel avec
la mise en orbite du satellite Spot 1 le 22 février
1986. Celui-ci a été suivi de Spot 2 en 1990, de Spot 3
en 1996, de Spot 4 en 1998, et enfin de Spot 5, le
3 mai 2002, qui doit assurer la continuité du service
jusqu’en 2007. Les satellites Spot décrivent une orbite quasi polaire, héliosynchrone, à 830 km environ
d’altitude. Le système d’observation initial, équipant
les trois premiers engins de la série, comprend deux
instruments de prise de vues à haute résolution, permettant d’obtenir soit des vues en couleurs (résultant d’un enregistrement dans le vert, le rouge et le
proche infrarouge) avec une résolution de 20 m au
sol, soit des vues en noir et blanc avec une résolution de 10 m, privilégiant la finesse géométrique de
l’image. En visée verticale, le champ d’observation
de chaque instrument couvre 60 km de large au
sol ; le champ total pour les deux instruments est de
117 km, ce qui assure la couverture complète de la
Terre en 26 jours. Mais on peut faire varier la direction
d’observation en décalant l’axe de visée jusqu’à 27°
de la verticale du satellite par rapport au plan de l’orbite. Des images précises en relief peuvent être obtenues à partir de couples d’images stéréoscopiques
d’une même scène, prises sous des angles différents.
Ce mode d’exploitation est appelé « visée en oblique
de part et d’autre de la trace du satellite ».
Spot 4, développé en synergie avec le satellite d’observation militaire Hélios 1, a été rendu plus performant grâce à l’adjonction d’une bande spectrale
d’observation dans le moyen infrarouge et à une capacité d’enregistrement accrue. Spot 5, encore plus
performant, peut fournir des images d’une résolution
de 2,5 m seulement en noir et blanc ou de 10 m en
couleurs, et dispose d’un instrument lui permettant
d’acquérir de manière quasi instantanée des couples
d’images stéréoscopiques à haute résolution. Les
deux visées sont réalisées depuis la même orbite, en
avant et en arrière du satellite, et couvrent des zones
de 120 km sur 600. On obtient ainsi des images en
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DOSSIERS ART ET CULTURE
165
trois dimensions et en relief, qui peuvent avoir de
nombreuses applications : cartographie pour l’implantation de réseaux de téléphonie cellulaire, cartographie institutionnelle, simulation de l’approche
d’aéroports par des avions, etc.
Depuis 1999, la société américaine Space Imaging
commercialise des images à très haute résolution
(0,8 m) obtenues par le satellite privé Ikonos 2. Mais
ces images ont, en contrepartie, un champ étroit
de 10 km seulement. À l’inverse, les images Landsat offrent un champ large mais une résolution
moyenne. Les images fournies par Spot 5 présentent
l’avantage de combiner une haute résolution avec
un champ large.
● L’imagerie radar
Les satellites d’observation scrutant la Terre en lumière visible souffrent d’un handicap. Leur regard ne
peut traverser les nuages. Pour s’affranchir de cette
contrainte, il faut recourir à des satellites dotés de
capacités radar. Le satellite émet des ondes radar
vers la zone qu’il survole et enregistre les échos ; les
informations reçues sont transformées en images. Le
premier satellite civil d’observation de la Terre équipé
d’un radar fut le satellite océanographique américain
Seasat, en 1978. Depuis, des systèmes d’imagerie
spatiale radar ont été développés aux États-Unis, en
Russie, au Japon, au Canada et en Europe.
L’Agence spatiale européenne a développé, avec succès, le programme ERS (European Remote sensing Satellite), qui comprend deux satellites, lancés en 1991
et en 1995 respectivement et placés en orbite polaire
héliosynchrone à quelque 780 km d’altitude. Pesant
2,4 t, ils emportent, entre autres instruments scientifiques, un radar à synthèse d’ouverture, un altimètre
radar, un radiomètre à balayage et un rétroréflecteur
laser permettant des observations permanentes, par
tous les temps, des océans, des terres émergées et
des glaces polaires ainsi que des mesures de géodésie spatiale. Au Canada, le programme Radarsat
constitue, lui aussi, un succès, illustré à ce jour par
deux satellites : Radarsat 1, lancé en 1995, auquel est
venu s’ajouter en 2001 Radarsat 2, dont les images
ont une résolution allant de 3 m pour des scènes de
25 km 2 à 100 m pour des scènes de 500 km 2.
● Océanographie
Occupant 70 % de la surface de la Terre, les océans
ont un rôle géochimique, biologique et économique
considérable. En recueillant de façon régulière sur
de longues périodes et sur l’ensemble du globe des
données sur leur température de surface, les courants qui les traversent, la hauteur des vagues, etc.,
les satellites contribuent à une meilleure connaissance des océans. L’observation spatiale des océans
a commencé véritablement en 1978 avec le lancement du satellite américain Seasat 1. Bien que celuici n’ait fonctionné que trois mois, il a fourni une riche
moisson de données pour l’étude des courants océaniques. Des avancées significatives ont été obtenues
ensuite notamment grâce au satellite franco-américain Topex-Poséidon, placé le 10 août 1992 sur une
orbite circulaire à 1 330 km d’altitude, inclinée de
66° sur l’équateur. Avec ses deux altimètres radar,
permettant de mesurer la hauteur des vagues et la
vitesse du vent, son radiomètre permettant de déterminer la quantité de vapeur d’eau atmosphérique et
ses trois instruments d’orbitographie précise, l’engin,
toujours opérationnel en 2002, a permis de suivre en
détail le phénomène El Niño, d’observer la variabilité
surprenante des océans, de suivre des ondes océaniques de plusieurs milliers de kilomètres de large
poussées par les vents, de mettre en évidence une
hausse du niveau de la mer de un millimètre par an...
● Climatologie, surveillance de
l’environnement
Envisat : satellite européen d’observation de
la Terre et de surveillance de l’environnement
Ce sont les données recueillies par un satellite météorologique américain, Nimbus 7, qui ont pour la
première fois attiré l’attention, en 1985, sur la diminution alarmante de la teneur en ozone de la stratosphère (le « trou d’ozone »).
Les missions spatiales représentent une composante
majeure des programmes internationaux de recherche visant à décrire, comprendre et modéliser les
processus essentiels qui régissent le système géosphère-biosphère et à mieux apprécier l’influence des
activités humaines sur le climat.
Dans le prolongement du programme ERS, l’ESA a
développé le satellite Envisat. Lancé le 1er mars 2002
par une fusée Ariane 5 et placé sur une orbite polaire
héliosynchrone, à quelque 800 km d’altitude, qu’il
décrit en 101 minutes, cet engin de 8,2 t emporte
dix instruments (radar à synthèse d’ouverture, radiomètres, spectromètres, altimètre radar, etc.), pour
mesurer la concentration des gaz à effet de serre
dans l’atmosphère, suivre les variations de la couche
d’ozone, observer la déforestation, détecter les traces
d’hydrocarbures en haute mer, étudier les vagues
et les courants marins, fournir des données sur le
réchauffement de la Terre et l’évolution du climat et,
plus généralement, sur les interactions entre l’atmosphère, les océans, les calottes polaires, la végétation
et les activités humaines. Sa mission doit durer cinq
ans au moins.
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● Défense
L’URSS a dû attendre 1983 pour
disposer de satellites de reconnaissance
photographique.
Si l’observation de la Terre depuis l’espace connaît
de nombreuses applications civiles, elle joue aussi
un rôle important pour les besoins de la défense.
Aux États-Unis, l’US Air Force dispose de son propre
réseau de satellites météorologiques, DMSP (Defense
Meteorological Satellites Program). Lors de la guerre
du Golfe, en 1991, ces engins ont aidé à la planification des opérations militaires, permis d’évaluer
certains risques particuliers tels que les tempêtes de
sable et permis également de détecter et de suivre
les fumées des puits de pétrole incendiés.
Les satellites sont devenus des outils précieux pour
recueillir des renseignements d’ordre tactique ou
stratégique. Cette application, la reconnaissance,
permet aux responsables militaires et au gouvernement des puissances qui y ont recours d’obtenir
discrètement des informations sur les équipements
militaires et les grands équipements technologiques
des autres pays, et de surveiller les mouvements de
troupes et de matériels, les zones de conflits, etc. Tous
les grands conflits des dernières décennies (guerres
israélo-arabes, guerre Irak-Iran, conflit d’Afghanistan,
guerres du Golfe et de Yougoslavie...) ont été étroitement surveillés par des satellites de reconnaissance
photographique. Aujourd’hui, les satellites les plus
performants fournissent des images sur lesquelles
on peut distinguer des détails d’une dizaine de centimètres seulement.
Les premiers satellites de reconnaissance photographique ont été lancés au début des années 1960, par
les États-Unis et l’ex-URSS. Les Américains utilisèrent
d’abord des satellites Discoverer, dotés d’une caméra
à haute résolution dont le film revenait au sol dans
une capsule munie d’une rétrofusée, qui pouvait être
récupérée à l’aide d’un avion pendant sa descente
en parachute, et des satellites SAMOS (Satellite And
Missile Observation System), équipés pour transmettre
leurs images par radio chaque fois qu’ils survolaient
les États-Unis. À partir de 1971, ils disposèrent de
satellites Big Bird, évoluant entre 160 et 250 km d’altitude et recueillant d’une part des images à moyenne
résolution transmises au sol par radio, d’autre part
des images à haute résolution (quelques décimètres)
envoyées au sol dans des capsules récupérables,
chaque satellite disposant de six capsules larguées
successivement à des intervalles de trois à quatre
semaines. Depuis la fin des années 1970, les Big
Bird sont remplacés par les engins de la famille Key
Hole (KH), à l’orbite plus haute (plus de 300 km) qui
leur confère une durée de vie plus longue (deux ans
environ). Ils transmettent leurs images au sol sous
forme numérisée (donc, sans aucune dégradation) et
possèdent, par ailleurs, des détecteurs opérant dans
l’infrarouge. Leur lancement est assuré par la navette
spatiale.
Dans l’ensemble du programme spatial de l’ex-URSS,
les satellites de reconnaissance photographique
constituent, de loin, la famille la plus nombreuse :
plusieurs centaines ont été lancés depuis 1962 dans
le cadre du programme Cosmos. À la différence des
Américains, les Soviétiques, jusque dans les années
1980, ont utilisé exclusivement la technique de récupération des clichés obtenus par leurs satellites.
Cette procédure leur permettait d’obtenir des clichés
de très bonne qualité avec des caméras classiques,
à défaut de maîtriser les technologies optiques et
électroniques nécessaires à la transmission au sol
d’images par radio. Mais, comme les satellites concernés avaient un périgée très bas (pour accroître la
résolution des images), leur durée de vie était très
courte (une douzaine de jours, en moyenne), et il fallait donc en lancer beaucoup pour assurer une surveillance permanente. Il a fallu attendre 1983 pour
que l’ex-URSS dispose de satellites de reconnaissance
photographique ayant une durée de vie de plusieurs
mois et capables de transmettre leurs images par radio. La France, forte de l’expérience acquise avec les
plates-formes Spot, a développé les satellites Hélios.
Décidé en 1986, réalisé en coopération avec l’Italie
et l’Espagne, chacun des trois pays disposant sur son
territoire de ses propres installations de réception et
de traitement des images, le programme Hélios 1
comporte deux satellites, lancés respectivement en
1995 et en 1999.
La continuité du service sera assurée par le programme Hélios 2, engagé en 1995 et auquel sont
venues se joindre en 2001 l’Allemagne et la Belgique.
Celui-ci comportera également deux satellites,
mais qui bénéficieront de plusieurs améliorations :
l’adjonction d’un moyen d’observation infrarouge
autorisera la surveillance nocturne et la détection
des activités sur les sites observés, les prises de vues
seront plus nombreuses et les images obtenues présenteront une meilleure résolution. Le lancement du
premier satellite, Hélios 2A, est prévu en 2004.
Comme dans le domaine civil, l’observation radar est
indispensable pour assurer une surveillance « tous
temps » et de jour comme de nuit. De 1967 à 1988,
l’URSS a ainsi lancé des satellites – dénommés Rorsat (Radar Ocean Reconnaissance SATellite) par les
Américains – pour localiser les bâtiments des flottes
militaires adverses et suivre leurs déplacements en
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DOSSIERS ART ET CULTURE
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mer. Les États-Unis utilisent, pour leur part, depuis
1988, de gros satellites Lacrosse (15 t environ), dont
les images radar auraient une résolution de 1 à 5 m
pour une largeur couverte de 20 km. Pour l’avenir,
l’Allemagne développe une constellation de cinq
satellites d’imagerie radar, SAR-Lupe, dont la mise
en orbite est prévue entre 2005 et 2007, tandis que
la France et l’Italie préparent conjointement un système dual (civil et militaire) associant le programme
français Pléiades (2 satellites d’imagerie optique,
lancés en 2005 et 2006) et le programme italien
COSMO-Skymed (4 satellites d’imagerie radar, lancés
entre 2003 et 2005).
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L’année 2002, qui avait mal commencé pour
la fréquentation, a connu une belle embellie
à la fin de l’année. On estimait à 155 millions
le nombre de spectateurs à la fin du mois
d’octobre 2002, soit une augmentation de
4 points par rapport à 2001.
Le journal du cinéma
RAPHAËL BASSAN
CRITIQUE DE CINÉMA, REVUE Europe
En revanche, la part de marché français,
stabilisée autour de 39 %, est apparue en
baisse de 4 points par rapport à l’année
passée. Les entrées devraient se stabiliser
autour de 185 millions comme l’année passée.
On ne constate aucune surprise, cette année, comparable au Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, de Jean-
Pierre Jeunet, un petit film qui devint champion du
box-office. En 2002, c’est bien Astérix et Obelix : mission Cléopâtre, d’Alain Chabat, qui caracole en tête
des entrées, suivi, mais en huitième position seulement, par Tanguy d’Étienne Chatiliez, un autre film
français qui arrive en huitième positon. Toutefois,
comme Amélie Poulain, Tanguy doit son relatif succès à son sujet, proche du quotidien et traité avec
pittoresque.
Si au niveau de la production française, l’année 2002
s’avère sans vraie surprise, divers phénomènes, tels
que l’émergence en masse d’un nouveau cinéma
expérimental, de recherche, qui génère lui-même
ses laboratoires, et, à l’autre bout, la rédaction du rapport de la philosophe Blandine Kriegel sur la violence
à la télévision, qui peut handicaper le cinéma dans
son ensemble, redessinent imperceptiblement, mais
sûrement, le paysage audiovisuel hexagonal.
● Le cinéma français
2002 marque le retour d’Isabelle Adjani dans
la Repentie.
Sex is comedy décrit la fabrication d’un film
pornographique.
Aucun mouvement de fond n’a caractérisé les films
français de cette année, qui se sont dispatchés en une
multitude d’oeuvres personnelles. Le drame intimiste
où la vie, envisagée comme un trajet chaotique, habite le beau film de l’acteur Jean-François Stévenin,
Mischka, et le dernier opus de l’ex-Géorgien Otar
Iosseliani, Lundi matin. Ces films, qui laissent les personnages dériver au gré de leurs humeurs, inventent
de nouvelles formes plastiques donnant au cinéma
l’équivalence de l’impressionnisme et du pointillisme
pictural. On peut rattacher à ce « mini-courant » le
deuxième film de l’acteur Mathieu Amalric, le Stade
de Wimbledon, adapté du roman homonyme de
Daniele Del Giudice. On y croise l’actrice Jeanne Balibar en voyage en Italie sur les traces fantomatiques
d’un grand amateur de littérature n’ayant quasiment
rien écrit, mais qui fut le mentor de divers romanciers
et poètes. Une forme d’interrogation sur le désir de
créer tout à fait aboutie.
Enfermée dans son image de fille lunaire, Audrey
Tautou, l’héroïne d’Amélie Poulain, a eu du mal à se
recomposer une personnalité. C’est chose faite avec
À la folie... pas du tout, de Laetitia Colombani : les
aventures d’une femme psychotique qui poursuit
un homme de ses assiduités. Un rôle difficile qui
prouve le talent de cette jeune actrice. L’année 2002
est celle du retour d’Isabelle Adjani dans la Repentie,
de Laeticia Masson. Film intrigant, jouant sur des clichés, il prend tout son sens si on l’interprète comme
un documentaire, rude et sans faux-semblants, sur la
star elle-même : à la dérive, déboussolée, poignante.
Adjani revient, peu après, en vedette dans Adolphe,
de Benoît Jacquot, d’après Benjamin Constant, un
pensum pesant et académique où elle redevient la
diva intouchable qu’elle s’est parfois complu à être.
Deux remarquables films d’auteur s’imposent :
Wesh Wesh, qu’est-ce qui se passe ? de Rabah AmeurZaïmeche, et Marie-Jo et ses deux amours, de Robert
Guédiguian. Le premier est un film remarquable et
sans concession sur la vie dans une cité de la banlieue parisienne. Ce long-métrage montre avec
acuité les mécanismes – voisinage, police, famille
– qui empêchent un jeune délinquant de se réinsérer. Cinéaste engagé, Robert Guédiguian trouve
une inspiration plus quotidienne en décrivant, de
manière sensible et ludique, la vie d’une femme
partagée entre deux hommes qu’elle aime. Le film
est à la fois très physique, mais exprime, également,
un grand bonheur de vivre. Astérix et Obélix : mission
Cléopâtre, d’Alain Chabat, s’il ne se détache pas des
autres productions du même type, détourne, grâce à
la superbe Monica Bellucci, la commande. Les mères
qui accompagnent leurs enfants, toutes éblouies
par les exploits comiques de Jamel Debbouze, ne
remarquent pas les tenues plus que suggestives de
la star.
Sorti au mois d’avril, Féroce, de Gilles de Maistre,
connut un bref succès d’estime entre les deux tours
des élections présidentielles. Un jeune beur infiltre un
parti d’extrême droite pour tuer son chef. Jean-Marc
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Thibault trouve, ici, un extraordinaire rôle de composition en interprétant le leader de la Ligue patriotique
dont les discours populistes rappellent étrangement
ceux de Jean-Marie Le Pen. Une intrigue amoureuse
entre le héros et la fille du chef gâche un peu ce
film, pourtant assez tonique. Pensant que les moeurs
avaient suffisamment évolué, un grand nombre d’auteurs se sont mis à évoquer différents aspects de la
sexualité. Catherine Breillat, qui avait ouvert la brèche
avec Romance (1999), récidive cette année avec Sex
is comedy, qui décrit les aléas de la fabrication d’un
film pornographique. À vouloir être trop explicite, la
réalisatrice rate son but et le film devient le simple
récit d’un tournage. Deux films, Demonlover, d’Olivier
Assayas, et la Chatte à deux têtes, de Jacques Nolot,
abordent la sexualité de manière opposée mais tout
aussi stylisée. Assayas se situe dans la représentation,
le virtuel, la cyberculture. Des membres de deux multinationales se disputent, sur un scénario proche du
polar, un produit japonais (dessin animé érotique)
très porteur. L’auteur examine, avec humour, les divers degrés de permissivité en oeuvre dans chaque
pays considéré : ainsi la violence est mieux tolérée
au Japon mais pas le sexe. Nolot est, lui, attaché au
concret le plus sordide. Son film se passe dans une
vieille salle diffusant du porno, et décrit les aventures
fugaces de quelques homosexuels esseulés. C’est un
cinéma à la fois distancié et d’acteurs, à l’instar d’un
Paul Vecchiali.
Trois films vont néanmoins provoquer polémiques et
débats : Irréversible, de Gaspar Noé, Choses secrètes, de
Jean-Claude Brisseau, et la Vie nouvelle, de Philippe
Grandrieux. Ce trio d’oeuvres ambitieuses aborde, à
des degrés divers, le thème de la violence sexuelle
et de la soumission. Des trois longs métrages, Irréversible est probablement celui à qui l’on a fait le plus
mauvais procès. Il raconte, en commençant par la fin,
les conséquences d’un viol meurtrier sur une femme.
Nous suivons son ami, flanqué d’un compagnon, qui
recherche le coupable, avant de voir l’agression et la
vie antérieure du couple. Noé travaille aussi la forme.
L’ouverture du film est photographiée avec une caméra très mobile et frise l’abstraction, puis s’épure et
devient d’une rare limpidité à la fin (c’est-à-dire au
début de l’action où la femme est assise dans un jardin avant les événements qui vont suivre).
La Vie nouvelle, de Philippe Grandrieux, est plus pernicieux, quoique plastiquement séduisant. Le cinéaste
ne porte pas de jugement sur l’univers qu’il filme : le
milieu des souteneurs. On y voit une femme profondément humiliée et battue. Les défenseurs du film
parlent d’un travail sur les pulsions, les autres d’une
trop grande complaisance dans la description des
rapports de soumission. La Vie nouvelle est un film
difficile à gérer et à critiquer. Certes, l’auteur (à qui
l’on doit le magnifique Sombre) n’est pas suspect de
complaisance à titre personnel, mais son film travaille
avec des matériaux ambigus.
Jean-Claude Brisseau, avec Choses secrètes, réalise
probablement le meilleur film sur le sujet en mettant
en scène, sur un canevas de type sadien, les rapports
de pouvoir entre deux jeunes femmes arrivistes et un
patron ivre de pouvoir. Les femmes ici ne sont plus
des pantins, et le cinéaste réussit un film très fort.
● Répressions et résistances
Le cinéma expérimental fait un retour en
force remarqué.
L’arrivée d’une nouvelle majorité présidentielle au
mois de juin a entraîné un certain nombre de mesures au profil liberticide. Le CSA (Conseil supérieur
de l’audiovisuel), se fondant sur une prétendue
recrudescence de la violence et de la pornographie à la télévision, met en place, à partir du mois
de novembre, une nouvelle signalétique plus visible
et plus durable, inventant l’interdiction aux moins
de dix ans. Cela est d’autant plus incompréhensible
que cette mesure s’applique également aux chaînes
câblées et payantes dotées d’une télécommande qui
indique, à tout moment, le titre et l’interdiction de
tout film projeté. Le Syndicat français de la critique
de cinéma s’en est indigné, sans résultat apparent
jusqu’ici (mi-décembre).
Un autre phénomène, indirectement lié à celui-ci, a
tiré la vedette à lui. La volonté de ce même CSA d’interdire, sous la pression de femmes et d’hommes politiques de la nouvelle majorité, le cinéma X à la télévision. De Libération aux Cahiers du cinéma, une vaste
campagne a été menée et le « danger » a été écarté
jusqu’à présent. Mais c’est une fausse victoire. La signalétique demeure et, à la demande du ministère
de la Culture et de la Communication, la philosophe
Blandine Kriegel a remis, au mois de novembre, un
rapport destiné à interdire complètement le passage
des films interdits aux moins de douze ans et plus en
prime time (ce qui est déjà le cas sur les chaînes hertziennes) et de réformer totalement le mode de classification des films. Le ministre, Jean-Jacques Aillagon,
a rejeté la plupart des propositions de ce rapport.
Néanmoins, associations familiales et hommes politiques ne désarment pas.
Face à cette crise, un type de cinéma qu’on voyait
peu depuis les années 1970, le cinéma expérimental, ressurgit de plus belle. Les choses ont commencé
en 2000 avec la rétrospective (suivie d’un livre de
600 pages) Jeune, dure et pure ! qui s’est tenue à la
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Cinémathèque française, organisée par deux historiens, Nicole Brenez et Christian Lebrat. Pour la première fois, une historicisation complète du cinéma
d’avant-garde français a été accomplie, qui remonte
aux origines du 7e art.
Cette reconnaissance avait été précédée par la
constitution de coopératives de diffusion indépendantes (le Collectif Jeune Cinéma, la Paris Film Coop
et Light Cone), de laboratoires de développement
artisanaux (L’Abominable, Etna) et de structures de
diffusion dont la plus célèbre est Braquage, qui fait
de l’animation et de la diffusion dans les squats, les
théâtres, les cirques. Au mois de novembre, la quasitotalité des structures françaises de fabrication et de
diffusion de cinéma expérimental se sont réunies à
Pantin lors d’un festival et ont rédigé un manifeste,
L’expérimental ? C’est pas mon genre, qui est diffusé auprès des institutions compétentes afin que
ce cinéma, montré dans les musées, comme de l’art
contemporain à part entière, et acheté par Beaubourg, ait une véritable reconnaissance et qu’une
forme d’aide financière spécifique lui soit apportée.
Donc, le cinéma français se trouve à la croisée des
chemins. Son apparente bonne santé cache de
profonds malaises. Le développement de matériel
léger (le DV numérique) et la constitution de laboratoires indépendants qui permettent de faire un film
à la première personne, avec son argent de poche
presque, et d’être montrés dans des circuits spécialisés (ou plus vastes), risque, à l’avenir, de modifier le
paysage de notre cinéma.
● Ailleurs
Cannes : un palmarès d’une justesse et d’une
diversité sans faille
Le Pianiste, de Roman Polanski, un film en
partie autobiographique
Le palmarès cannois fut cette année d’une justesse
et d’une diversité sans faille, surtout si on envisage
les trois finalistes : le Pianiste de Roman Polanski
(palme d’or, Pologne-France), l’Homme sans passé
d’Aki Kaurismäki (grand prix du jury Finlande), et
Bowling for Columbine, de Michael Moore (prix du
55e anniversaire, États-Unis). Polanski réalise un film
en partie autobiographique. Le futur cinéaste avait
neuf ans quand les nazis envahirent la Pologne, et il
vécut ensuite dans le ghetto de Cracovie. Son film
s’inspire du récit de Wladyslaw Szpilman, un pianiste
juif qui survécut à la révolte du ghetto de Varsovie en
1943. Quoique très romanesque, le film évite toute
boursouflure ou complaisance.
L’Homme sans passé, comme la plupart des films de
Kaurismäki, est un conte social. Un individu, qui a
perdu la mémoire, devient un paria, un SDF. Sans trop
forcer la note, mais avec un humour pince-sans-rire,
le cinéaste nous dévoile l’envers du paradis capitaliste. Le documentariste Michael Moore nous donne
une remarquable étude sur l’Amérique de la peur
dans Bowling for Columbine. À travers une réflexion
sur la liberté de circulation des armes à feu aux ÉtatsUnis, le cinéaste montre comment on façonne des
xénophobes.
Deux films font un écho indirect à ce documentaire :
11′ 09″ 01 September 11 (collectif : Samira Makhmalbaf, Claude Lelouch, Youssef Chahine, Danis Tanovic,
Idrissa Ouedraogo, Ken Loach, Alejandro Gonzalez
Iñárritu, Amos Gitaï, Mira Nair, Sean Penn, Shohei
Imamura) et À l’ombre de la haine, de Marc Forster
(États-Unis).
Le premier est une réflexion parfois humoristique ou
décalée (Shohei Imamura parle de la Seconde Guerre
mondiale) des événements tragiques qui ont mar-
qué le 11 septembre 2001 (dont ce film évoque le
premier anniversaire). Diverses sensibilités du monde
entier s’y donnent rendez-vous pour appréhender,
sous divers angles, ce tragique événement.
À l’ombre de la haine plonge au plus profond des
préjugés américains et met en scène un officier
pénitentiaire profondément raciste qui rencontre
une femme noire et s’en éprend. Il change... Il tente
de changer. Mais y arrivera-t-il vraiment ? À la fin du
film, les deux protagonistes connaissent leur passé et
souhaitent rester ensemble. Ce film a valu à l’actrice
de couleur Halle Berry un oscar. C’est la première fois
qu’une actrice noire reçoit ce trophée pour un premier rôle.
On note quelques découvertes ou confirmations
comme le très beau film du Franco-Israélien établi
aux États-Unis, Raphaël Nadjari, Apartment # 5 C, l’histoire d’une dérive entre un garçon et une fille, mais
traitée avec beaucoup de tact.
Le Fils, des Belges Luc et Jean-Pierre Dardenne,
confirme leur appétence pour un cinéma très sobre,
au plus près des acteurs et des corps : un menuisier
retrouve l’assassin involontaire de son fils, un adolescent qui vient juste de sortir de prison. Il l’engage
comme apprenti et des relations troubles et complémentaires se nouent entre eux.
Parmi les cinéastes confirmés, Woody Allen déçoit
avec Hollywood Ending, l’histoire d’un cinéaste qui
n’arrive plus à tourner. Tandis que David Cronenberg
affine sa problématique en l’épurant dans Spider.
Plus d’effets spéciaux ici, mais la lente analyse d’un
homme (meurtrier présumé de sa mère) sur son passé. L’Iranien Abbas Kiarostami scrute, avec toujours
autant de talent, la société iranienne dans Ten, ou le
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périple d’une femme divorcée qui circule en voiture
et prend en stop des représentants de toutes les
catégories sociales.
2002 aura été une année de transition pour le cinéma français. Nous saurons dans quelques mois si
les politiques et les puritains vont le handicaper. Le
climat politique troublé du monde n’a pas été très
favorable à l’émergence de nouveaux talents comme
d’autres années. Celle-ci se termine sur un point
d’interrogation.
FESTIVAL DE CANNES
– Palme d’or : le Pianiste de Roman Polanski
(coproduction Allemagne/France/Pologne/
Royaume-Uni)
– Grand prix du jury : l’Homme sans passé de Aki
Kaurismäki (Finlande)
– Prix de la mise en scène : Im Kwon-Taek pour
Ivre de femmes et de peinture et Paul Thomas Anderson pour Punch-Drunk Love
– Prix d’interprétation féminine : Kati Outinen
pour l’Homme sans passé de Aki Kaurismäki
(Finlande)
– Prix d’interprétation masculine : Olivier Gourmet pour le Fils de Luc et Jean-Pierre Dardenne
(Belgique)
– Prix du scénario : Paul Laverty pour Sweet Sixteen de Ken Loach
– Prix du jury : Intervention divine d’Elia Suleiman
– Prix du 55e anniversaire : Bowling for Columbine
de Michael Moore
– Palme d’or du court-métrage : Eso utan de Peter Meszaros (Hongrie)
– Prix du jury du court-métrage : The Stone of
Folly de Jesse Rosensweet (Canada) et A Very Very
Silent Film de Manish Jha (Inde)
– Caméra d’or : Bord de mer de Julie Lopes-Curval
(France)
– Mention spéciale du jury : Japon de Carlos
Reygadas (Mexique)
OSCARS 2002
– Meilleur film : Un homme d’exception de Ron
Howard
– Meilleur acteur : Denzel Washington pour Training Day
– Meilleure actrice : Halle Berry pour À l’ombre de
la haine (Monster’s Ball)
– Meilleure réalisation : Ron Howard pour Un
homme d’exception
– Meilleur second rôle masculin : Jim Broadbent
pour Iris
– Meilleur second rôle féminin : Jennifer Connelly dans Un homme d’exception
– Meilleur film étranger : No Man’s Land
(Bosnie-Herzégovine)
– Meilleur film d’animation : Shrek
– Meilleur scénario adapté : Un homme
d’exception
– Meilleur scénario original : Gosford Park
– Meilleure photographie : le Seigneur des Anneaux : la Communauté de l’Anneau (The Lord of
the Rings : the Fellowship of the Ring)
– Meilleure musique : Howard Shore pour le Seigneur des anneaux : la communauté de l’anneau
(The Lord of the rings : the Fellowship of the Ring)
– Meilleure chanson : If I didn’t have you de Randy
Newman dans Monstres & Cie (Monsters, Inc.)
– Meilleur montage : la Chute du faucon noir
(Black Hawk Down)
– Meilleurs décors : Moulin Rouge
– Meilleurs costumes : Moulin Rouge
– Meilleurs maquillages : le Seigneur des Anneaux : la Communauté de l’Anneau (The Lord of
the Rings : the Fellowship of the Ring)
– Meilleur son : la Chute du faucon noir (Black
Hawk Down)
– Meilleur montage sonore : Pearl Harbor
– Meilleurs effets visuels : le Seigneur des Anneaux : la Communauté de l’Anneau (The Lord of
the Rings : the Fellowship of the Ring)
– Meilleur documentaire : Murder on a Sunday
Morning
– Meilleur court-métrage documentaire : Thoth
– Meilleur court-métrage : The Accountant
– Meilleur court-métrage d’animation : For the
Birds
– Oscars d’honneur : Sidney Poitier et Robert
Redford
– Oscar humanitaire : Arthur Hiller
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Faut-il que chaque année un record soit
battu ? 660 romans déferlèrent à ce moment
baptisé « rentrée littéraire », contre 575
l’année précédente. Ajoutez les traductions,
les essais et, pour mémoire, théâtre et poésie,
et ce sont près de 2 000 ouvrages qui ont
envahi les rayons des libraires sur un seul
mois de l’année.
L’année littéraire
GÉRARD-HENRI DURAND
PRODUCTEUR À FRANCE-CULTURE
Quignard : un Goncourt moins consensuel
qu’à l’habitude
Attention à l’inondation ! On est en droit de s’interroger sur cette surproduction. Est-ce la réponse
des éditeurs à cette légère angoisse, commune aujourd’hui (comme si le millénarisme avait laissé une
ombre), que la crise est latente, ou qu’elle va survenir, quand un lectorat lassé abandonnera le dernier
livre au profit de l’image ? Ou est-ce dans la logique
même d’une production de masse qu’il faille sans
cesse augmenter le nombre d’articles proposés au
désir de consommation ? Ce dont on voit les conséquences : dans le flot, les projecteurs de la publicité
isolent tel ou tel nom d’étoile lumineuse et « porteuse » (de promesses de vente). Et c’est au détriment
des autres, invisibles dans la masse. Cependant ceuxlà sont déjà des élus, mais que dire des milliers de
manuscrits en souffrance chez les éditeurs ? Quant
au lecteur, comment peut-il choisir sinon par les indications données, par les fléchages des prix littéraires
qui, du coup, ne sont plus contestés ? Alors, avant les
ravages de la crue, réjouissons-nous : cette année le
plus célèbre d’entre eux, le Goncourt, rompant avec
de précédents choix plus consensuels qu’audacieux,
couronne en Pascal Quignard l’écrivain d’une oeuvre,
ciselant une matière qui ne répond pas aux critères
habituels du roman. Sans doute ce jury a-t-il ressenti
lui aussi le danger, sans cesse plus présent, d’un système à l’américaine, uniquement soucieux de promotion commerciale, couronnant une star pour la
faire s’élever à l’empyrée des ventes.
PRIX LITTÉRAIRES 2001
– Prix Goncourt
Les Ombres errantes, Pascal Quignard
– Goncourt des lycéens
La Mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé
– Prix Renaudot
Assam, Gérard de Cortanze
– Prix Médicis
Pas un jour, Anne F. Garreta
– Médicis étranger
La Tache, Philip Roth
– Prix Interallié
Les Vieillards de Brighton, Gonzague Saint-Bris
– Prix Femina
Les Adieux à la reine, Chantal Thomas
– Femina étranger
Montedidio, Erri de Luca
– Prix de l’Académie française
La Princesse de Mantoue, Marie Ferranti
● Égotisme
Dans le jardin des lettres, l’égotisme n’est pas nécessairement fleur vénéneuse. Et, dans la mesure où la
plupart des ouvrages proposés adoptent, de façon
plus ou moins complexe, la technique du narrateur,
le monde est vu par l’intermédiaire du prisme d’une
subjectivité. Du coup, l’analyse objective s’efface et
l’autonomie du ou des personnages a tendance à
n’être plus qu’un des déguisements, souvent transparents, de l’auteur. Le caractère autobiographique
prend le dessus, directement ou indirectement.
En ce sens, les Ombres errantes de Pascal Quignard est
une composition (combien élégante) des humeurs
fluctuantes d’un écrivain, une musique de l’âme.
Mais l’autobiographie avouée ressurgit avec Archimondain, jolipunk de Camille de Toledo, un nouveau
« mal du siècle ». L’auteur trace la vision désenchantée
d’une génération sans idéal et cisèle les formules satiriques ou agressives : « L’époque me pèse un problème
respiratoire » ou « Pensez-vous que l’on puisse vivre avec
un cimetière comme maternité ? » Tout aussi sombre,
et peut-être encore plus désespéré, le récit d’Alain
Weinstein : l’Intervieweur, retraçant sa (déjà) longue
carrière radiophonique et ses interviews d’auteurs où
le journaliste s’efface devant ces personnages en mal
de célébrité. La vie se perd dans cette représentation
perpétuelle où « la parole de l’intervieweur est comme
en congé d’elle-même ». Pour reprendre goût à l’espoir
et, dans un tout autre registre, Marie Darrieussecq (le
Bébé) se risque à retracer un moment de sa vie, sa
rencontre avec son nouveau-né, combinant émerveillement, étonnement et désarrois. Dans D’amour,
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Danièle Sallenave rend visite à ses portraits de famille
et s’en sert pour peindre son autoportrait avec les
couleurs quelque peu sanguinolentes du peintre an-
glais Bacon. Sensible à cette tendance à se raconter,
Éric Chevillard (Du hérisson) en prend prétexte pour
jouer des registres de l’ironie, voire d’un fantastique
du quotidien. Il part d’un « projet autobiographique
larmoyant » pour s’emparer de l’inspiration fournie
par le hérisson sur sa table, tous piquants dehors !
PASCAL QUIGNARD
Ce qui l’a fait connaître du grand public, c’est sans
doute l’adaptation cinématographique par Alain
Corneau de son roman Tous les matins du monde
(qui s’intéressait à la vie du musicien janséniste Marin Marais, élève de Lully). Les Ombres errantes (titre,
par ailleurs, d’une pièce de Couperin) est le premier
de trois tomes, avec De jadis et Abîmes, qui constituent le début d’un projet intitulé Dernier Royaume
(le dernier royaume est celui de la contemplation).
Né au Havre en 1948, entré au comité de lecture
des éditions Gallimard à vingt-huit ans, il abandonnera ses fonctions chez cet éditeur en 1994.
Le Salon du Wurtemberg (1986), les Escaliers de
Chambord (1989) lui apporteront la reconnaissance de ses pairs, sans pour autant lui valoir de
prix... Il devra attendre d’être couronné par l’Académie française en 1998 pour son Terrasse à Rome.
Son oeuvre se veut à l’écart des modes et son
dernier projet se présente comme un jeu narcissique avec la mémoire, le style et l’idée qu’il peut
se faire de lui-même. C’est une suite de maximes,
d’aphorismes, d’historiettes où il ne se sent pas
contraint par « les commandements du langage ».
Certains critiques voient en lui un descendant de
Montaigne se peignant par ses humeurs, mais si
sagesse il y a, elle est avant tout fondée sur un
retrait des tumultes du monde et sur le charme
de l’écoute des bribes de musique de l’âme.
● Enfermement
La subjectivité est aisément blessée et souvent sans
réponse devant les menaces du siècle. Elle peut se
complaire alors à décrire l’enfermement. Éric Pessant dans Chambre avec gisant pétrifie tout espoir
pour son héros allongé sur son lit et que personne
ne pourra plus lever. La seule réponse à la pesanteur
de l’existence se résume à la question sinistre : « Pourquoi continuer ? » Françoise Chandernagor a recours à
l’histoire dans la Chambre pour décrire avec minutie
l’agonie lente du délaissement du petit Louis XVII.
Dans la Petite Chartreuse, Pierre Péju met son héros
en présence d’une enfant cloîtrée, mais si la violence
faite à l’enfance est présente, une ombre de sérénité
se dégage de cette rencontre, comme si l’enfermement pouvait aussi porter ses fruits et faire oublier les
querelles sauvages du monde extérieur. Alain Roehr
(Chambres obscures) se love dans les replis souterrains du métro pour la marche en aveugle d’un fils à
la recherche de son père.
Par contre, Sylvie Germain (Chanson des malaimants)
permet à son héroïne, enfermée au départ dans un
physique ingrat, de trouver dans le contact avec la
nature ce que le monde lui refuse : l’amitié. Quelques
notes d’espoir peuvent ainsi résonner dans la solitude
imposée, mais le lieu carcéral véritable conduit droit
à la folie dans le roman écrit par un détenu sous un
titre étonnant : Paul des Épinettes ou la myxomatose
panoptique. Jean Marc Rouillan, ancien membre d’action directe, emprisonné à vie, a un talent indéniable
pour décrire cette contagion mortelle qui sévit dans
les cellules sous le regard omniprésent de l’administration pénitentiaire. Amélie Nothomb (Robert
des noms propres) joue élégamment de ce thème :
l’enfermement psychologique de son héroïne est dû
à son étrange prénom, donné par une jeune mère,
meurtrière du père avant de se suicider.
● Exclusion
Si l’enfermement se manifeste d’abord par un décor
unique, que ce soit la chambre, la cellule, le cloître,
ou l’esprit refermé sur lui-même, un autre type d’isolement, de nature sociale celui-là, se rencontre de
plus en plus dans les ouvrages, romancés ou non,
à mesure que les phénomènes d’exclusion se manifestent à l’évidence. Dans l’Isolée, Gwenaëlle Aubry
décrit la vie d’un ancien de Lutte ouvrière et d’une
jeune femme, mais s’attache surtout à faire surgir la
présence d’un « Paris parallèle de la lutte », le Paris des
squats et des espoirs sans cesse déçus de révolution.
Dans la Clôture (nom d’une rue misérable), Jean Robin
explore les coins et recoins du périphérique parisien,
de la porte de Saint-Ouen à celle de Clignancourt,
où vit une population étouffée par la misère, mais il
replace ce qui pourrait être simple témoignage dans
une perspective historique en évoquant le tragique
destin du maréchal Ney inséré dans ces « restes épars
de vie brisée ». Patrick Declerck se contente de pister le
clochard dans un livre qui se veut d’abord un document : les Naufragés. Sur le même thème d’un tissu
social déchiré, Xavier Bazot (Au bord) écrit trois récits
mettant en scène des vagabonds.
L’exclusion sociale conduit aussi, comme naturellement, au soliloque, la parole adressée à soi-même
quand on n’a plus personne à qui parler. Laurent
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Mauvignier (Ceux d’à côté) trame le long monologue
intérieur d’une jeune femme vouée au chômage et
à la solitude, à quoi il ajoute celui du criminel qui
a violé sa seule amie. Cette technique, que nous
retrouvons dans d’autres livres, dans les nouvelles
de Ludovic Janvier (Encore un coup au coeur. Brèves
d’amour et Tue le), par exemple, avec ses trous entre
les mots et l’inaptitude à dire, conduit le texte littéraire vers une dimension théâtrale contemporaine
où le monologue se substitue souvent aux dialogues
jugés trop artificiels.
● Ruptures
Un soir au Club, de Christian Gailly,
prix du livre Inter
La description de l’amour, éternel thème littéraire,
se complaît plus que jamais à insister sur un éphémère tragique, et parfois sordide. Ainsi, sous un
titre racoleur, Faire l’amour, Jean-Philippe Toussaint
accompagne son narrateur et sa compagne dans
un voyage au Japon dépourvu d’exotisme et peuplé
de redoutables hommes d’affaires, où va se jouer la
débâcle affective et érotique d’un couple. L’inévitable
échec est souligné par les brisures du style, si caractéristiques de l’écriture contemporaine, et qui se
retrouve dans d’autres arts, tels que la peinture ou la
musique, comme si toute inspiration artistique était
aujourd’hui d’abord sensible aux dissonances et aux
terreurs qu’elles évoquent. Dans le bruit et la fureur
du langage de la Main du scribe, Bertrand Leclair s’insurge contre une séparation paradoxalement voulue et refusée. Leslie Kaplan (les Amants de Marie) se
contente pour sa part de faire caracoler son héroïne
de rencontres en rencontres, laissant entrapercevoir
l’angoisse de vivre sans certitude : « Sa vie défilait,
chaos, chaos... » Le discours amoureux par bribes
se retrouve dans le livre mesuré de Christian Oster :
Dans le train, où un homme suit une femme dont il a
porté le sac jusqu’à un hôtel. Cependant, une facture
plus traditionnelle, où la nostalgie l’emporte, non
sans charme, peut encore apparemment séduire des
lecteurs non professionnels, et c’est le cas d’Un soir
au Club de Christian Gailly, qui reçut le prix du livre
France Inter. C’est une rencontre amoureuse et sans
lendemain autour d’un piano pour un pianiste de
jazz reconverti.
Sur une mélodie plus soutenue, le beau livre d’Éric
Holder, Hongroise, où la rupture est l’occasion pour
son personnage central, un jeune médecin, de
redécouvrir la « beauté de vivre », fait exception au
désespoir à la mode. Ce serait vrai aussi, mais dans
une dimension en partie initiatique et onirique, de
ce livre (au fond, inclassable) qu’est Retour définitif et
durable de l’être aimé d’Olivier Cadiot, présentant une
quête multiforme de l’être aimé, sans pour autant
que le héros devenu sourd parvienne à entendre la
dernière voix rêvée.
● Épopée
La perpétuation de la littérature antillaise
avec Patrick Chamoiseau
Ce genre romanesque, si séduisant pour nombres
de lecteurs, ne saurait entièrement disparaître, mais
se présente rarement sous sa forme classique, sinon
en se référant à un passé, historique ou imaginaire,
où l’exploit était encore possible. C’est le cas du livre
de Gilles Lapouge, la Mission des frontières, dans lequel on cherche à planter une stèle aux sources du
Rio Negro, entre terrains conquis par le Portugal et
l’Espagne en Amérique dite latine. Épopée encore
que les aventures du jeune marquis Aventino de
Cortanze, parti d’une Italie stendhalienne des années
Bonaparte pour suivre la route de l’opium et du thé.
Cette fois, il s’agit d’un prix Renaudot attribué à Gérard De Cortanze pour Assam, son troisième volet des
aventures, assurément romancées, de ses ancêtres.
L’épopée peut se soumettre à une forme d’inversion dans laquelle il faudrait alors inclure le Dondog
d’Antoine Volodine, qui nous entraîne, en affirmant
bien haut une écriture nouvelle, dans les terres désolées d’un goulag planétaire, assurément évocateur
de l’univers concentrationnaire, malédiction née au
siècle précédent. Ici, l’antihéros, ou héros négatif, ne
survit que par une perte de mémoire continuelle,
une forme d’indifférence aux événements extérieurs,
sans qu’il puisse éviter d’être exterminé à son tour.
Si ce livre est tout entier consacré à l’effacement de
l’être humain, celui de Jean Ferniot, Ce soir ou jamais,
s’interroge sur la confrontation avec le mal par l’entremise d’un général allemand constatant les horreurs
du IIIe Reich et l’enfer de Stalingrad. Quant à l’épopée
minimale, mais savoureuse, elle serait sans doute
celle que raconte Vassilis Alexakis, Grec d’origine et
Français d’adoption, dans les Mots étrangers, où, parti
pour Bangui, il apprend le sango, langue vernaculaire
de Centrafrique, et par la musique de ce langage, il
lui semble renaître, au milieu de la splendeur de la
vie. Mais la véritable et la plus inventive épopée est
l’oeuvre de Patrick Chamoiseau qui perpétue la tradition de la littérature antillaise, terre d’élection du foisonnement langagier, dans son énorme Biblique des
derniers gestes. En plusieurs étapes, nous suivons la
vie gigantesque de M. Balthazar Bodule-Jules, de cet
homme de toutes les luttes qui « voulait seulement
se battre contre les colonialistes et apaiser une vieille
douleur ».
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● Littérature étrangère
Les seules tendances que l’on peut alors dégager
reflètent le choix des éditeurs. Notons, à ce propos,
que le prix Nobel de cette année, l’écrivain hongrois
Imre Kertesz, était, à l’exception de quelques spécialistes, pratiquement inconnu des grandes maisons
d’édition.
Dans les trésors de la littérature mondiale des origines, nous disposons enfin d’une version presque
intégrale du Mahâbhârata, qui représente pour la
traductrice érudite, Madeleine Biardeau, le travail
d’une vie avec ses 2 000 pages d’épopée, et ses
400 000 vers. Postérieurs de près de deux siècles
à l’oeuvre d’Homère, ces manuscrits en sanskrit
racontent la lutte des deux clans, les Kaurava et les
Pândava, à laquelle, comme chez Homère, les Dieux
prennent part. Une nouvelle publication du Guerre
et Paix de Tolstoï nous rappelle que l’écrivain russe
entretenait un rêve comparable, tout au moins celui
de la restauration de la paix entre les hommes et de
la disparition de la folie meurtrière. Toujours dans
ce domaine des grands classiques, la republication
revue de l’oeuvre de Dos Passos, sa célèbre trilogie
USA, qui non seulement inspira l’oeuvre romanesque
de Sartre, mais décrit les méfaits d’une société capitaliste. Violences collectives ou individuelles, le grand
désarroi du monde est encore présent dans de nombreux ouvrages d’origines diverses. L’Albanais Fatos
Kongoli (le Rêve de Damoclès, 2000), instaurant un
dialogue avec l’enfant qu’il fut, retrace l’écrasement
de l’individu dans le chaos de sa société. Le Roumain
Augustin Buzara (Requiem pour salauds et fous, 2001)
ne mâche pas ses mots pour décrire un pays et une
histoire en déroute. Ce cadavre n’est pas un enfant
(posthume, 1999) de Tony Cade Bambara renvoie aux
luttes des Noirs aux États-Unis. Par l’entremise d’une
mère attendant son enfant, l’auteur dénonce les assassinats d’Atlanta en 1979. L’Hispano-Péruvien Mario
Vargas Llosa, avec la Fête au bouc (2000), s’intéresse à
la mort du dictateur Trujillo de la République dominicaine. L’oeuvre se veut plus littéraire en proposant
trois miroirs successifs, la vision d’une femme, celle
du dictateur lui-même, celle enfin des conspirateurs,
mais la conclusion reste pessimiste.
D’autres romans récents, oeuvres de jeunes auteurs,
s’intéressent à la violence individuelle, entre autres
l’Ange boiteux (2000) de Rodrigo Rey Rosa (Guatemala), qui se rapproche de la fable. Dans ce livre,
le héros, kidnappé, rançonné, perd dans l’aventure
un orteil puis un pied. Cette amputation le rendra,
symboliquement, incapable à la fois de se venger et
d’engendrer.
Dans les repères donnés, cette année, le Salon du livre
avait mis l’accent sur l’Italie, qui semblait beaucoup
moins présente depuis quelques années. Ainsi apparaissait une intéressante revue de différentes tendances anciennes ou présentes. Depuis l’hédonisme
érudit de Vitaliano Brancati (mort en 1954) avec son
approche sensuelle dans les Plaisirs (1952), à la ten-
tative de représenter la variété infinie de la vie dans
ces nouvelles inédites d’Alberto Moravia : Histoires de
guerre et d’intimité (1944). Puis le troisième tome des
OEuvres complètes (1984-1989) de Leonardo Sciascia,
acharné à décrire la violence politique et dessinant
une représentation de l’homme comme meurtrier.
À quoi opposer le livre récent d’Antonio Tabucchi, Il
se fait tard, de plus en plus tard, un recueil de dix-sept
lettres d’amour mystérieuses, figures voilées et lieux
précis, toutes de sensibilité et de nostalgie.
Bruno Arpaia, quant à lui, n’hésite pas à mettre en
scène Walter Benjamin dans son Dernière Frontière
(2000), qui, face à un républicain espagnol amoureux
de la vie, n’a que son désarroi à offrir devant la tragédie de la guerre d’Espagne.
Américains ou anglais, ou écrits dans cette langue,
les livres sont trop nombreux pour pouvoir être
tous examinés. Nous nous contenterons de signaler
quelques ténors comme William Boyd, dont À livre
ouvert se veut le journal d’un romancier fictif avec
sept décennies d’un journal intime où apparaissent
des personnages célèbres, tels T.S. Eliot ou Churchill.
L’entreprise est ambitieuse et propose une lecture
personnelle du XXe siècle. John Updike est toujours
présent, avec son écrivain raté Bech aux abois, constitué d’un assemblage de nouvelles où éclate l’allégresse sadique du personnage. Voir encore le Ravelstein (2000) de Saul Bellow, qui propose la biographie
en miettes d’un universitaire de Chicago conseillant
les puissants du monde américain, et qui permet à
l’auteur de poursuivre sa querelle avec le siècle.
IMRE KERTÉSZ
Né le 9 novembre 1929 à Budapest, dans une
famille juive, il est déporté à quinze ans au camp
de concentration d’Auschwitz-Birkenau, puis à
Buchenwald. Il sera libéré en 1945.
D’abord journaliste, il écrit ensuite des comédies musicales et des divertissements théâtraux.
Quinze ans après son expérience de la déportation, il commence a écrire son Être sans destin qui
ne sera reconnu qu’en 1985 lors d’une deuxième
publication.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
176
Ses ouvrages disponibles en France sont aujourd’hui Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas,
Un autre, le Refus, tous publiés chez Actes Sud.
Dès 1989, à la suite des bouleversements politiques intervenus en Hongrie, après une vie dans
l’ombre passée à traduire, entre autres, Nietzsche,
Freud, Wittgenstein, Schnitzler, il put paraître en
public.
Ses essais et ses romans doivent être traduits
bientôt en français.
Écrivain sérieux, d’un abord difficile, il traite du
destin et de son absence, de la liberté et de la
nécessité de survivre. Il se préoccupe de morale,
tant individuelle que politique, mais il n’oublie jamais l’expérience insoutenable du camp d’extermination, où s’est constituée la pénombre dans
laquelle baignent la plupart de ses récits et où
s’enracine son humeur philosophique.
● Essais, documents, histoire
L’événement dans ce domaine, lui aussi foisonnant,
est sans doute la publication pour la première fois en
France de l’Histoire des Indes du dominicain Bartolomé de Las Casas (1484-1566), choisissant sans peur le
camp des victimes et devenant, face à leur génocide,
le défenseur des Indiens.
Tant d’essais pourraient encore aller dans le même
sens. Le Misère de la prospérité de Pascal Bruckner
s’élève contre la mythologie capitaliste et ses méfaits :
« La mondialisation c’est d’abord la mondialisation du
doute, quant à ses bienfaits... » De George Orwell, qui
lutta en son temps contre les dangers guettant les
sociétés contemporaines, ces Essais, articles, lettres,
1945,1950 (date de sa mort) où l’on peut lire cette
pensée toujours d’actualité : « Une bonne part de ce
que nous appelons plaisir n’est rien d’autre qu’un effort
pour détruire la conscience. »
Antidote, peut-être, à cette méfiance vis-à-vis de
l’Amérique, porteuse des valeurs libérales : l’Ennemi
américain, généalogie de l’anti-américanisme français de Philippe Roger retraçant une histoire des
jugements aberrants, des falsifications du mythe
jusqu’à nos jours, qu’explique sans doute l’attitude
ambivalente que les États-Unis suscitent, à la fois haïs
et aimés.
Dans le domaine philosophique, il importe de signaler de Gilles Deleuze la publication de l’Île déserte et
autres textes (qui remontent à 1955), où l’on voit s’affirmer le thème essentiel de la solitude créatrice, ou,
si l’on veut, l’association de la séparation – l’être à part
– et de la création, et donc de la répétition qu’illustre
la métaphore centrale de l’oeuf ou de l’île déserte.
Pour revenir à la littérature, on se devrait de lire
l’ouvrage de Maurice Nadeau qui oeuvre depuis si
longtemps pour la défense des valeurs littéraires :
Serviteur ! Itinéraire critique à travers livres et auteurs
depuis 1945. Il serait bon également de consulter les
Carnets de Marcel Proust, qui vont de 1908 à 1914. On
pourrait alors se livrer à une archéologie de l’oeuvre
littéraire et voir s’esquisser la confusion de la vie et de
la fiction. Ainsi émerge l’épaississement des personnages (leur forme, leur langage spécifique), tandis
que s’assemble la matière sensible et stylistique du
roman. Et puisque cette année célébrait le bicentenaire de la naissance de Victor Hugo, il est utile de
rappeler que l’écrivain croyait encore à cette époque
pouvoir sauver le monde de la misère, éveiller les
hommes par l’écriture de même que par l’action
politique, ce que montre à l’évidence son Choses vues
(Souvenirs, journaux, cahiers de 1830 à 1885).
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DOSSIERS ART ET CULTURE
177
Doit-on craindre les effets secondaires de
l’après-11 Septembre 2001 ? La question se
pose d’emblée pour le marché de l’art, mais
aussi pour l’organisation des grands rendezvous artistiques internationaux.
Le journal des
expositions 2002
PASCAL ROUSSEAU
Le coût des assurances pèse de plus en plus
lourdement sur les budgets d’expositions ;
les prêteurs institutionnels, américains en
particulier, hésitent à se séparer de leurs
chefs-d’oeuvre. Mais la demande est là, croissante,
alors que l’on cherche à optimiser l’organisation des
loisirs culturels. Le public est d’ailleurs au rendezvous des grandes manifestations. Le millésime 2002
des expositions en France l’a encore montré. Les
expositions-événements du Louvre, du Centre Pompidou et du Grand Palais ont fait le plein d’entrées.
● Les grands rendez-vous : des pharaons
aux surréalistes
Plus de 350 oeuvres et objets pour l’exposition
« Les artistes de Pharaon »
Le surréalisme : une exploration des effets
esthétiques de l’image
La seule alchimie d’un titre d’exposition permet
parfois un succès de fréquentation. C’est le cas de
l’exposition « Les artistes de Pharaon », organisée
par le musée du Louvre (19 avril - 5 août 2002). On
le sait : l’Égypte attire, par avance, un large public ;
le titre, très alléchant, n’a fait que renforcer cet effet.
Beaucoup de monde donc s’est rendu dans les salles
d’archéologie du Louvre pour découvrir la production artistique d’un site de Haute-Égypte, Deir el-Médineh, vestiges d’un simple village, avec sa commu-
nauté d’artisans, d’artistes et d’ouvriers ayant travaillé
pendant le Nouvel Empire (de 1500 à 1050 av. J.-C.)
au creusement et à la décoration des tombes de la
Vallée des Rois.
L’exposition réunit plus de 350 oeuvres et objets
(céramiques, papyrus, maquettes...) qui, au contraire
des monuments royaux et religieux de la vie officielle, permettent au public d’entrer dans l’intimité,
l’imaginaire et le quotidien des anciens Égyptiens.
Des ostraca (éclats de calcaire peints) figurés ou
géométriques au mobilier domestique, le spectateur reconstitue le cadre de vie de ces familles. Des
maquettes, en particulier celle d’une maison type,
restituent l’aspect du village, tandis qu’une réplique
grandeur nature du caveau de la tombe de Sennedjem évoque les croyances funéraires de ce monde
enfoui, sur lequel l’influence des thèmes des tombes
de la Vallée des Rois est très sensible. Le parcours,
articulé en trois grandes sections thématiques très
imprégnées d’anthropologie, couvre l’ensemble des
activités de cette communauté : vivre ; créer et travailler ; croire et mourir. On y découvre, dans la deuxième partie, des documents qui relatent l’organisation du travail, les mouvements de grève, les conflits,
tandis que, dans la troisième section, se retrouvent
de beaux témoignages sur la piété populaire, le culte
des ancêtres.
« La Révolution surréaliste » présentée au Centre
Pompidou (6 mars - 24 juin 2002) constituait le deuxième grand événement de l’année. Événement par
l’envergure historique du sujet mais aussi l’ampleur
du parcours défini par son commissaire, Werner
Spies : pas moins de 500 oeuvres, dont 200 peintures, venues de collections publiques et aussi de
collections privées plus confidentielles. Cette exposition, qui privilégie les grandes oeuvres picturales au
détriment notamment de la photographie et de la
littérature, prend le contre-pied de cet iconoclasme.
On y découvre les grandes oeuvres du surréalisme
en peinture, de Miró à Dalí, en présence de Picasso,
moins attendu. Le surréalisme y apparaît comme un
grand mouvement pictural, presque classique, trop
sage pour certains qui trouvent dans cette somptueuse exposition un oubli, voire un déni délibéré, de
la portée proprement révolutionnaire et politique du
mouvement emmené par Breton. Les oeuvres sont là
pour convaincre les plus autorisés de la nébuleuse
surréaliste : le surréalisme fut aussi un mouvement
d’exploration des effets esthétiques de l’image. C’est
peut-être un problème d’intitulé ; Werner Spies
aurait dû appeler son exposition « le surréalisme en
majesté ».
● Les grands face-à-face
Il faut parler d’artistes « en majesté » pour évoquer
les deux autres grands rendez-vous de la saison
2002. Deux vis-à-vis d’artistes majeurs pour ouvrir la
saison automnale parisienne. Hasard du calendrier
ou effet des contraintes budgétaires de la Réunion
des musées nationaux, les expositions de la rentrée
tablaient sur des « têtes d’affiche », à rentabilité assurée. La première, installée dans les Galeries nationales
du Grand Palais, confrontait tout simplement les deux
plus grands peintres du XXe siècle : « Matisse-Picasso »
(22 septembre 2002 - 6 janvier 2003). Paris accueillait
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ces deux géants, dans un dialogue de 160 oeuvres,
peintures, sculptures et dessins, couvrant la période
1906-1960. Portraits, nus, natures mortes et paysages
se côtoient dans un parcours qui relève les moments
clés du dialogue de deux rivaux : débuts intenses de
la relation entre 1906 et 1917, dans le choix commun
du démantèlement de l’espace classique de la peinture (cubisme chez Picasso, fauvisme chez Matisse),
échanges tumultueux puis apaisés des années 1930,
émulation amicale d’après-guerre avec une importante section mettant en parallèle les papiers découpés de Matisse et les sculptures en tôles de Picasso.
Le visiteur se prend au jeu de la comparaison, préfère tantôt la force de Picasso, tantôt la virtuosité de
Matisse. Les règles du jeu manquent cependant de
clarté, tant les commissaires de l’exposition semblent
hésiter entre des rapprochements purement iconographiques (variations sur un même sujet, telle la
nature morte avec violon...) ou plutôt formels (expérimentation des matières et des textures, tels le collage et le papier découpé.). Le spectateur découvre
une suite impressionnante de chefs-d’oeuvre en
butant toutefois sur la logique des rapprochements,
qui lui échappe souvent.
L’autre face-à-face de grands maîtres était orchestré,
de façon plus détournée, par le musée d’Orsay (« Manet/Velázquez. La manière espagnole au XIXe siècle »,
octobre 2002 - 5 janvier 2003). Au-delà de la parenté
entre Manet et Velázquez, il s’agit en fait, comme le
sous-titre l’annonce, d’une étude plus élargie des
influences du Siècle d’or espagnol sur la peinture
française du XIXe : l’exemple d’un réalisme puissant,
l’usage des contrastes et des noirs, la touche emportée. Édouard Manet, qui s’est réfugié à Madrid en
1865, date charnière de l’évolution moderne de son
travail, constitue l’épine dorsale de cette démonstration, avec près d’un tiers des 110 oeuvres présentées. Il s’est déjà inspiré des Vénitiens, de Rubens,
de Rembrandt, mais sa découverte, au musée du
Prado, des oeuvres de Diego Velázquez (1599-1660)
est une révélation : « Tous les autres, à côté de lui, sont
des chiqueurs », écrit-il à son ami Fantin-Latour. Il ne
sera pas le seul. On retrouve ainsi dans l’exposition
d’Orsay des tableaux de Bonnat, Delacroix, Corot ou
Courbet, en vis-à-vis des autres grandes figures de
l’art espagnol du Siècle d’or, Zurbarán, Ribera, Murillo.
Une leçon de peinture qui aurait pu parfois faire
l’économie de tableaux plus anodins.
● La naissance du sentiment : le
romantisme à l’affiche
L’exploration du XIXe siècle fait toujours l’objet d’un vif
intérêt dans le milieu des expositions. Cette année
2002 le confirme une fois de plus, avec un point
d’orgue sur la période romantique. La rétrospective
du peintre Théodore Chassériau (1819-1856) au
Grand Palais ouvrait cet itinéraire (28 février - 27 mai
2002). Peintre d’histoire et de portraits, né à SaintDomingue, inspiré par la mythologie et le voyage en
Orient, Chassériau est un romantique français mal
et peu connu. Partagé entre le dessin et la couleur,
entre les figures tutélaires d’Ingres et de Delacroix, il
a su, au cours d’une carrière abrégée, déployer une
version très colorée de la sensualité romantique, tentant de concilier la pureté néoclassique (science de
la ligne, goût de l’antique...) à la facture plus débridée
du romantisme (science du contraste, appétit des
tons purs...). L’incendie de la Cour des comptes pendant la Commune a détruit son grand oeuvre peint
pour l’escalier monumental de l’édifice, mais il nous
reste, malgré la mort prématurée de l’artiste, de nombreuses toiles pleines de tempérament. C’est ce que
révèle l’exposition du Grand Palais, avec un point fort
autour de la question de l’exotisme, de la troublante
Étude de noir (1838) au portrait très orientaliste d’AliBen-Hamet, kalifat de Constantine (1845).
La surprise est plus décevante, quelques mois plus
tard dans les mêmes salles, avec l’exposition consacrée à John Constable (1776-1837), l’un des artistes
majeurs du romantisme anglais (Galeries nationales
du Grand Palais, octobre 2002 - 13 janvier 2003).
Constable est, avec son compatriote Turner, le grand
rénovateur de la peinture de paysage. On lui doit de
magnifiques études de ciel, de superbes petites parcelles de nature qui prennent sous son pinceau une
allure enchanteresse. Beaucoup y ont vu un précurseur de l’impressionnisme, par son goût de l’instant,
son oeil à l’affût de l’insaisissable mouvement des
nuages. Ce n’est pas le Constable que l’on découvre
ici. Le choix des oeuvres, chose rare, a été confié à un
artiste : Lucian Freud, descendant direct de Sigmund,
mais aussi et surtout grande figure de la peinture britannique actuelle. Choix du coeur ou parti pris alternatif, Freud a décidé de sous-estimer ce pan le plus
« moderne » de Constable (seules quelques études
de ciel sont réunies ici) pour privilégier des pans
moins convenus de l’oeuvre, le portrait par exemple
dans la première moitié de l’exposition. Constable
n’en sort pas grandi, et l’on s’ennuie beaucoup devant des oeuvres bien secondaires que la fameuse
Charrette de foin (1821) ne parvient pas à sauver.
● Max Beckmann et Francis Picabia : les
figures de la peinture
L’esprit romantique se retrouve, à sa manière, dans
l’importante rétrospective du peintre expressionniste allemand Max Beckmann (1884-1950), la réelle
surprise de la rentrée, organisée par le Centre PomdownloadModeText.vue.download 181 sur 380
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pidou (« Max Beckmann, un peintre dans l’histoire »,
octobre 2002 - 6 janvier 2003). Cet artiste que l’on
retrouvait, en 1937, sur les cimaises de la fameuse
exposition « L’art dégénéré », organisée par les nazis, a souffert pendant de nombreuses années d’un
véritable ostracisme en France. En 1968, l’exposition
que lui consacrait le Grand Palais fut un authentique
fiasco, ravivant les vieux fantômes de l’antigermanisme. En 2002, les choses ont, par chance, changé.
On semble mieux disposé devant une oeuvre qui
pose la question de l’histoire et du portrait, avec tout
le sens du mythe dans la représentation du drame
humain. Beckmann, fils de la Grande Guerre, est un
peintre de la « farce tragique ». Ses couleurs et son
contour noir, très noir, impriment une densité toute
particulière aux corps et aux visages. On retiendra les
grands triptyques, où le sujet historique rencontre
la mythologie, mais aussi les fameux et nombreux
autoportraits, où l’artiste, dandy à la pause altière, se
met en représentation, non sans une pointe d’ironie
détachée.
Le principe d’ironie est au coeur de la dernière exposition qui clôt cette année 2002, la majestueuse
rétrospective « Francis Picabia », organisée par le musée d’Art moderne de la Ville de Paris (16 novembre
2002 - 16 mars 2003). Francis Picabia (1879-1953) est
une grande figure de la liberté, affichant un souverain
dédain pour les conventions, jouant avec les styles
(impressionnisme, cubisme, abstraction, figuration...)
et les recyclages (reprises d’images et de sujets historiques...). D’abord peintre néo-impressionniste, salué
et reconnu, il rompt très vite avec cette facture trop
habile, pour lui préférer « une peinture située dans
l’invention pure ». Ce sont les années 1912-1914, durant lesquelles l’artiste peint des oeuvres abstraites,
aux titres mystérieux (Udnie, Edtaonisl...). Puis, avec la
désillusion de la Grande Guerre, Picabia entre dans le
dadaïsme. C’est sa période dite « mécanomorphe »,
très représentée dans l’exposition, avec un bel ensemble de dessins réalisés à partir de photographies
et gravures d’engins mécaniques, puisées dans les
revues de vulgarisation de l’époque. Vient ensuite,
dans les années 1920, la série des Transparences, où
l’artiste se joue d’effets de superpositions d’images,
citant cette fois plus directement l’histoire de l’art,
dans une démarche annonçant nombre d’enjeux de
la peinture postmoderne de ces dernières années.
Suivent les tableaux figuratifs des années 1930, où
Picabia recycle, avec une touche de kitsch assumée,
des images de jeunes femmes nues, trouvées dans
les magazines de charme de l’époque. Le parcours
chronologique s’arrête à la fin des années 1940,
quand l’artiste revient, notamment avec la série des
Points, à une facture abstraite, toujours aussi chargée
d’ironie : « Tout tableau doit être complètement absurde
et inutile », dit-il, non sans une pointe d’amertume.
Les derniers tableaux sont des quasi-monochromes,
ultimes tentatives de lutte contre ce monstre qu’est
la peinture, « point final » d’une confrontation, sublime et désespérée, avec l’énigme de l’oeuvre d’art.
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Au seuil de la « folie Berlioz » annoncée
pour 2003, bicentenaire du plus célèbre des
compositeurs français, l’année 2002 n’a pas
eu de ligne de force, mais confirme, malgré la
défection de plus en plus sensible des médias
et des édiles politico-financiers, combien la
musique est vivante.
Musique 2002, année
de transition ?
BRUNO SERROU
ACADÉMIE CHARLES CROS
La fin de l’année a néanmoins été surtout
placée sous le signe des aventures de
l’Orchestre de Paris, qui, après une implantation réussie au Théâtre Mogador, s’est
vu condamné à l’errance dans les deux mois qui ont
suivi, son lieu d’accueil étant occupé par un spectacle dit « de Noël ». Conférences de presse, pétitions,
menaces de démission du directeur musical Christoph Eschenbach, qui rappelaient les promesses
électorales de création d’une salle de concerts digne
de la vie musicale parisienne, ont fusé de toute part.
À suivre dans les prochains mois...
● Quarante ans de Percussions de
Strasbourg
Les Percussions de Strasbourg :
plus de 700 instruments
Le millésime 2002 s’est ouvert sur le quarantième
anniversaire d’un ensemble, les Percussions de Stras-
bourg, qui a donné à la percussion ses lettres de noblesse, la rendant apte à la musique de chambre, et
suscitant quantité d’oeuvres nouvelles. Riche de plus
de 700 instruments, panoplie qui s’élargit au fur et à
mesure des tournées dans le monde, l’ensemble crée
chaque année une dizaine d’oeuvres nouvelles. Autre
anniversaire, les vingt ans de la Péniche Opéra. Fondée en 1982 par Mireille Larroche, cet opéra-studio
amarré sur les berges du canal Saint-Martin à Paris
reste fidèle à son concept originel, travailler sur l’opéra, genre considéré désuet à l’époque, et lui associer
le théâtre musical. Depuis lors, ce lieu a présenté
132 productions de 95 compositeurs pour 150 levers
de rideaux par an, auxquels il convient d’ajouter
accueils, « coups de coeur », résidences d’artistes. Ce
lieu magique qui exhale une odeur de mazout se
voue également à une réflexion sur la création, non
seulement contemporaine mais aussi sur le répertoire et les oeuvres oubliées ou jugées surannées. Aujourd’hui dirigée par un collège d’artistes, la Péniche
Opéra est aussi en résidence à l’Opéra-Comique.
● Mieux que Paris
L’Opéra de Nancy a inscrit à son répertoire
Jenufa de Janácek.
C’est de province que sont venues les initiatives les
plus originales. L’Opéra de Nantes ouvrait l’année
avec les Soldats de Manfred Gurlitt, opéra inédit en
France. Cinq ans après l’Opéra de Rouen, avec un
Wozzeck adapté en 1923 de la même pièce de Georg
Büchner que celui de Berg, Gurlitt a connu à Nantes
sa seconde création française avec un titre tout aussi
fameux, la pièce éponyme de Jakob Lenz dont devait
aussi s’inspirer l’opéra de Bernt Aloïs Zimmermann
en 1965. Quoique célèbre dans les années 1920, ce
compositeur berlinois classé « dégénéré » par les
nazis s’est non seulement vu interdire l’accès à toute
charge publique et exécution de ses oeuvres, mais
il a en outre joué de malchance en choisissant l’exil
au Japon, alors allié de l’Allemagne hitlérienne, où il
mourra oublié en 1972. En outre, sa musique puise
dans tous les styles accessibles en son temps, ce qui
le rend d’autant plus actuel, puisque les jeunes compositeurs se trouvent aujourd’hui plus ou moins dans
la même situation que lui, Gurlitt utilisant les langages dont il a besoin selon ce qu’il désire exprimer.
Idée a priori saugrenue que de mettre en scène une
oeuvre qui n’a pas été conçue pour la scène, surtout
lorsqu’elle est aussi dense et évocatrice que le Chant
de la Terre de Gustav Mahler. C’est à un Japonais que
l’Opéra de Rouen a confié cette adaptation qui ne
présageait rien de bon. Pourtant, ici, nulle trahison.
Sans doute pour partie en raison du choix de la version porté non pas sur l’original, mais sur un arrangement pour treize instruments de Schönberg, complété en 1983 par R. Riehn. Mais c’est principalement
la mise en scène de Yoshi Oïda qu’il faut saluer tant
elle s’avère d’une finesse et d’une intelligence remarquables, s’épanouissant dans la scénographie de Tom
Schenk qui évoque un mélancolique jardin japonais
où se meut un couple déchiré qui se retrouve autour
de la dépouille de sa fille, dont la cérémonie funèbre
est célébrée par des moines bouddhistes.
L’Opéra de Nancy a inscrit à son répertoire le chefd’oeuvre de Leos Janácek, Jenufa. Cette partition
exceptionnelle par le traitement proprement unique
du verbe qui, l’air de rien, se fait mélodie sur laquelle
se fond l’orchestre, est théâtre authentique, Janácek
ayant écrit une musique si naturellement dramatique
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DOSSIERS ART ET CULTURE
181
que la langue se fait musique. Au point que l’on ne
sait d’où naît le chant. Avoir confié à un homme de
théâtre, Jean-Louis Martinelli, directeur du Théâtre
des Amandiers de Nanterre, sa première mise en
scène lyrique dans un tel cadre est une excellente
initiative.
Dans la vision de Stéphane Braunschweig d’Elektra
de Richard Strauss, présentée à l’Opéra de Strasbourg, l’action se déroule dans les appartements
du palais de Mycènes, qui semblent être les arcanes
de la tête d’Elektra. Le plateau est rouge sang, avec
deux taches immaculées, au fond ou côté jardin, une
porte blanche au miroir sans tain révèle un escalier
sur lequel est tapie Elektra, tandis que les servantes
évoquent sa fureur frénétique. Portée par l’acuité
de l’analyse de Braunschweig, la distribution exalte
l’essence même des héros.
Entre deux volets de l’Anneau du Nibelung, commencé en 1999 et qui s’achèvera au printemps 2003,
Nicolas Joël poursuit au Capitale de Toulouse l’édification de ce qui s’annonce comme une intégrale
Wagner. « Tombé dans Wagner » en assistant Patrice
Chéreau pour le Ring du Centenaire à Bayreuth en
1976, Joël prend dans ce même répertoire le contrepied de son maître, comme pour s’auto-administrer
un antidote. Les Maîtres chanteurs est l’un des opéras
du répertoire les plus difficiles à monter, tant il est
chargé de terribles traditions, puisqu’il s’agit de chanter l’Allemagne ancestrale dont le national-socialisme
a fait son miel pour échafauder l’effroyable concept
de « race supérieure ».
Pour l’ouverture en octobre de sa dernière saison à la
tête de l’Opéra de Lyon, Alain Durel a programmé le
Chevalier à la rose de Richard Strauss, hymne érigé par
le compositeur bavarois et le poète autrichien Hugo
von Hofmannsthal à la gloire de la Vienne capitale
de l’empire triomphant des Habsbourg. Cet ouvrage
aura vingt ans plus tard pour pendant Arabella, dont
le cadre est la Vienne dégénérescente de ce même
empire.
● Musique d’aujourd’hui
Entrée à Bastille de la Médée
de Rolf Liebermann
Si la création s’est faite plus rare sur la scène lyrique
française que l’an dernier, retenons néanmoins
l’entrée à l’Opéra-Bastille de la Médée de Rolf Liebermann. Hugues Gall rendait ainsi à son maître ès direction de théâtre lyrique un hommage à la hauteur du
renouveau que ce dernier impulsa à l’Opéra de Paris,
entre 1973 et 1980. C’est à un autre fidèle du compositeur qu’a été confiée la mise en scène de l’ouvrage,
l’Argentin Jorge Lavelli. C’est la dernière mouture
de l’ultime ouvrage de Liebermann qu’a retenue
l’Opéra de Paris. Jorge Lavelli a été également l’hôte
du Teatro Real de Madrid pour la mise en scène de
l’un des rares ouvrages scéniques de Xavier Montsalvage. Cette production de Babel 46 allait s’avérer être
l’ultime hommage à l’un des grands compositeurs
catalans du XXe siècle, qui devait disparaître le 7 mai.
Création majeure du millésime 2002, Ballata, du
jeune compositeur italien Luca Francesconi (1956),
a été proposé par l’Opéra de Bruxelles. Des grandes
salles lyriques d’Europe, le Théâtre de la Monnaie est
incontestablement l’une des plus novatrices.
Ballata est tiré d’un classique de la littérature anglosaxonne, le Dit du Vieux Marin (1798) de Coleridge.
Contant les mésaventures d’un navire qui, après
avoir fait voile vers l’équateur, fut poussé par les tempêtes vers les régions froides du pôle Sud à la suite
de l’exaction d’un marin sur un albatros, le livret
d’Umberto Fiori a suscité une partition polychrome
de deux heures réparties en deux actes contrastés.
L’efficacité de la mise en scène de l’Allemand Achim
Freyer est singulièrement adaptée à l’ouvrage. La
direction à la fois précise et nuancée du nouveau
directeur musical de La Monnaie, le Japonais Kazushi
Ono, a fait le reste.
● Hauts et bas à l’Opéra de Paris
Un réjouissant Barbier de Séville
mis en scène par Coline Serreau
Pour sa seconde mise en scène lyrique, Coline Serreau, comédienne célébrée, cinéaste à succès, a signé
un réjouissant Barbier de Séville. Pétillant de malice,
mais aussi profond et vrai. Certes prévisible, l’actualisation du chef-d’oeuvre de Rossini était périlleuse,
mais la vision de Coline Serreau ne trahit en rien le
propos de cet opéra-bouffe inspiré de Beaumarchais.
Elle restitue Séville l’Andalouse au temps de sa splendeur de capitale de province arabe. Dans ce contexte
islamique, avec burkas, turbans et barbes afghans, la
cité devient symbole de la claustration de la femme,
qui se libère du joug masculin constitué d’êtres falots
et calculateurs. Chaque personnage est riche en
humanité et touche par son caractère polymorphe.
Brûlant les planches, Joyce DiDonato impose une
rayonnante silhouette de Rosine ; Jeannette Fischer,
voix légère mais égale et sûre, est une Berta un rien
allumée qui conclut son seul air sur un rap décoiffant.
Roberto Saccà campe un Almaviva étincelant, Dalibor Jenis, un Figaro peu sûr de lui. Carlos Chausson,
infatigable Bartolo, et Kristinn Sigmundsson, avec
son air de la Calomnie trahissant un Basilio quelque
peu désabusé, dominent l’escouade masculine. La
direction de Bruno Campanella est sobre et nuancée.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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Un spectacle qui a fait une quasi-unanimité, Rusalka
d’Antonín Dvorák. Cette ouvrage faisait son entrée en
juin au répertoire de l’Opéra de Paris. Avec dix partitions lyriques à son catalogue, Dvorák compte parmi
les compositeurs les plus prolifiques de l’histoire du
genre. Cette part de sa création reste encore à découvrir en Europe occidentale. Le livret de Jaroslav
Kvapil s’inspire à la fois de l’Undine de La Motte-Fouqué et de la Petite Sirène d’Andersen. Dvorák brosse
dans Rusalka une évocation de la forêt bohémienne
saisissante de poésie et de fraîcheur, gorgée de mystère, angoissante et lugubre, mais aussi bucolique,
tendre, voluptueuse. Cette entrée s’est faite dans
d’excellentes conditions, la production bénéficiant
en Renée Fleming de la présence de la meilleure
interprète actuelle du rôle-titre. Magnifique de sensualité et de force expressive, douée d’une voix aux
aigus d’une limpidité absolue, elle transcende ce
qu’a de contenu son interprétation dramatique du
personnage.
Autre entrée d’un ouvrage tchèque au répertoire de
l’Opéra de Paris, Juliette ou la Clef des songes de Bohuslav Martinu. Écrit sur un livret en langue française
adapté par le compositeur lui-même d’une comédie
de Georges Neveux et traduit en tchèque, toujours
par le compositeur, en vue de la création à l’Opéra
national de Prague en 1938, l’opéra Juliette ou la Clef
des songes a été monté à Garnier dans une version
française adaptée du tchèque... Idée d’autant plus
contestable que cette réalisation n’est pas idéalement ajustée à la musique de Martinu, dont il a manqué plus d’un quart d’heure de musique.
C’est dans la version que Modest Moussorgski a lui-
même réalisée en 1872, dans laquelle ont été en
outre réintroduits des éléments de la version 1869,
qu’a été présentée la nouvelle production de Boris
Godounov de l’Opéra-Bastille. Ainsi, l’oeuvre atteint
une dimension épique et humaine particulièrement
bouleversante, soulignée par l’orchestration volontairement mal dégrossie qui donne à l’ouvrage sa
parure à la fois sauvage et flamboyante. Ce que sait
particulièrement mettre en évidence James Conlon.
Le chef américain fait sonner avec éclat les singularités harmoniques et la verdeur cuivrée de cette seconde version, mais pourtant sa vision ne surprend
ni n’émeut. Le scénographe Wolfgang Gussmann et
le metteur en scène femme Francesca Zambello se
contentent d’une mise en place grandiloquente et
primitive, mettant comme il se doit l’accent sur le
peuple et les mouvements de foule. Décors et costumes de Gussmann (rouge boyard, bleu peuple, tsar
argenté, blanc orthodoxe) donnent à ce spectacle
un caractère froid. Excellente dans son ensemble, la
distribution, à majorité russe, avec un zest de bulgare,
d’allemand et d’américain, ne peut rien y faire.
● Contes de fées au Châtelet
Ultime partition de Carl Maria von Weber, fruit d’une
commande du Covent Garden de Londres qui l’a
créé en 1826, à mi-chemin du Singspiel et du drame
wagnérien en devenir, Oberon n’est pas représentatif
de l’évolution de la pensée de son auteur, qui, avec
Euryanthe antérieur de trois ans, a montré sa volonté de se tourner vers le drame lyrique avec récitatif
continu. Écrit sur un texte en anglais, Oberon était
envisagé dès le début pour être remanié en vue de
représentations ultérieures dans les théâtres allemands. John Eliot Gardiner a choisi de donner à Paris
l’original d’Oberon dans une version semi-scénique
avec « mise en espace » réalisée par le chef britannique. Avec le comédien Roger Allam, membre de
la Royal Shakespeare Company, Gardiner a conçu
une approche distanciée, parodique, Allam s’avérant
remarquable récitant, tenant tous les rôles parlés à la
fois avec humour et légèreté, mais tendant à occulter
l’onirisme de l’oeuvre. Côté musique, c’est le bonheur
quasi total. L’Orchestre Révolutionnaire et Romantique, avec ses cuivres naturels exceptionnels, et le
somptueux Monteverdi Choir sont magnifiquement
avivés par un Gardiner qui sait embraser cette partition parfois hétéroclite mais souvent remarquable.
Autre fruit ultime, le dernier avatar engendré par l’extraordinaire collaboration de deux des plus grands
créateurs du théâtre lyrique, le poète Hugo von Hofmannsthal et le compositeur Richard Strauss, Arabella
est un ouvrage trop rare à la scène. Pendant du Chevalier à la rose créé en 1911, cet ouvrage achevé en
1933 a pour cadre la Vienne de François-Joseph en
dégénérescence. Un escalier monumental donnant
accès à des escalators est le cadre de l’action, qui se
déroule ainsi dans le hall d’un hôtel de luxe où tous
les protagonistes sont réunis. Peter Mussbach a ainsi
opté pour l’unité de lieu, de temps et d’action. Ce
cadre Art déco revu par quelque architecte contemporain est d’une totale élégance. Barbara Bonney est
une magnifique Zdenka, et Thomas Hampson un
Mandryka lyrique et émouvant en provincial énamouré. Anna-Katharina Behnke, somptueuse héroïne
straussienne, a imposé sa présence et sa musicalité
en interprétant une Arabella de très grande classe.
Christoph von Dohnanyi dirige de façon trop distanciée, évitant tout débordement.
Pour l’ouverture de sa saison 2002-2003, le Théâtre
du Châtelet a reçu la majestueuse Jessye Norman.
Dans les deux grands monologues Erwartung (1909)
de Schönberg et la Voix humaine (1958) de Poulenc,
elle campe de façon impressionnante la femme
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éperdue d’amour qui se retrouve seule et affronte
la mort, mort de l’amant dans le premier, mort de la
femme abandonnée dans le second. La voix de Norman est encore d’une rare plénitude et, même si l’intonation se fait parfois un rien trop basse, le velours
est somptueux. Pour sa première production lyrique,
André Heller signe une mise en scène sobre et efficace, exploitant intelligemment la silhouette altière
de son interprète.
● Estivales
Seize mille spectateurs pour Roméo et
Juliette de Gounod
Côté festivals, celui de Montpellier a proposé un
ouvrage plus célèbre que véritablement connu, Hary
Janos de Zoltán Kodály. Victime de paraphrénie galopante, Janos est un être touchant et éminemment
sympathique. Le livret de Bela Paulini et Zsolt Harsanyi a inspiré à Kodály un ouvrage plein d’humour
et de dérision puisant dans le folklore hongrois qui
exalte le bon sens du peuple magyar. Plus sobre que
de coutume, Gérard Depardieu ne maîtrisait hélas
pas son texte, mais sa voix a la vérité bouleversante
du mythomane populaire. La distribution est particulièrement cohérente, les chanteurs étant bien dans
leurs personnages et vocalement excellents, tant et
si bien que l’on regrette que Kodály leur ait donné si
peu de place dans sa partition. Dans le rôle du héros
fanfaron, un vaillant Vladimir Petrov, dans celui de
sa promise Ilka, une Nora Gubisch particulièrement
touchante, dans celui de Marci, un Vincent Le Texier
signant un inénarrable numéro de comédien. L’Orchestre national de Montpellier a soutenu l’ouvrage
sans faillir, rendant toute la saveur de cette partition
aux élans exotiques où le cymbalum est roi.
Seize mille spectateurs auront assisté aux deux représentations de Roméo et Juliette de Gounod données
aux Chorégies d’Orange. Il est vrai que les fameux
amants de Vérone étaient incarnés par le couple
« people » emblématique de l’opéra, Roberto Alagna
et Angela Gheorghiu, dans une production sans surprise pour qui fréquente assidûment le théâtre antique, puisque réunissant l’équipe de vieux routiers
du Théâtre du Capitole de Toulouse.
TROIS CRÉATEURS
Peu de créations significatives cette année, du
moins en France, à l’exception notable de deux
pièces du compositeur britannique Jonathan
Harvey. L’une à Musica de Strasbourg, Chu pour
soprano, clarinette et violoncelle sur des poèmes
tibétains, l’autre aux Manca de Nice, The Summer
Cloud’s Awakening (l’Éveil d’un nuage d’été) pour
choeur, flûte, violoncelle et électronique. Cette
grande page de 32 minutes s’appuie sur le motif
du désir de Tristan et Isolde de Wagner intégré à
une vision bouddhiste de la réalité. Il faut aussi saluer l’énergique volonté de l’association ProQuartet dirigée par Georges Zeisel, qui cherche à élargir
le répertoire du quatuor à cordes en commandant
des oeuvres nouvelles à des compositeurs qu’il
associe à de jeunes ensembles. C’est sur un quatuor à cordes d’une longueur inhabituelle depuis
les envolées post-romantiques que s’est ouverte la
5e saison de ProQuartet au château de Fontainebleau. 40 minutes fort denses de musique de Brice
Pauset, qui renouvelle son discours à chaque page
d’une complexité extrême. Autre création majeure
née de l’initiative de ProQuartet, le quintette pour
guitare et quatuor à cordes Envoûtements V de Suzanne Giraud, qui a fait l’unanimité par sa suprême
virtuosité, ses sonorités inouïes, sa prodigalité
de timbres et de couleurs, alliage d’ombre et de
lumière caractéristiques de l’écriture de la compositrice que l’on identifie dès les premières mesures.
L’oeuvre, qui réussit d’extraordinaire façon la fusion
des cordes pincées et des cordes frottées, a été immédiatement donnée dans quatre des principaux
festivals européens de musique contemporaine,
Bruxelles, Marseille, Paris et Alicante.
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Il est des anniversaires bizarres. Qu’on célèbre
la mort ou la naissance d’un grand homme,
et voilà que chacun se jette sur son oeuvre.
On reprend ses « classiques ». On ressort ses
fonds de tiroirs. Le meilleur côtoie le pire, la
surprise est toujours possible.
De Victor Hugo à
Isabelle Huppert
DIDIER MÉREUZE
JOURNALISTE À la Croix
Philippe Noiret, lecteur des Contemplations
L’année 2002 étant celle du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo, on pouvait supposer qu’elle se
révélerait riche en manifestations. Pourtant, si l’on a
pu assister à une avalanche de publications, de biographies, d’analyses, de rééditions de ses oeuvres,
si se sont multipliées les expositions sur l’écrivain
peintre et caricaturiste à la Bibliothèque nationale,
homme politique à la Maison Balzac, dramaturge à
la Maison Victor Hugo, au théâtre, l’esprit de commémoration s’en est tenu essentiellement à des lectures
de ses poèmes. En février, Fabrice Lucchini participa
à un hommage organisé sous la coupole par l’Académie française. Quelques mois plus tard, Philippe
Noiret se fit lecteur des Contemplations à la Comédie
des Champs-Élysées.
Dans la foulée, Marie Carré et Romane Bohringer faisaient partager des extraits de la Légende des siècles
au Théâtre de l’Atelier.
La création des Tables tournantes à la Maison de la
poésie, à Paris, et la mise en scène de Ruy Blas à la
Comédie-Française font quasiment figure d’exceptions. Si les Tables tournantes ne sont évidemment
pas une oeuvre de Victor Hugo, le texte est bien de
sa main : il s’agit d’un montage réalisé par Jean-Marie
Galey à partir d’extraits de procès verbaux dressés par
l’écrivain lui-même, à la suite de ses séances de spiritisme qui le firent « dialoguer » en direct avec Eschyle,
Shakespeare ou Molière, lors de son exil à Jersey.
● Hugo au Français
Précédant l’hommage rendu le 20 octobre par toute
la troupe avec la lecture de la Légende des siècles, Ruy
Blas à la Comédie-Française relève d’un autre registre.
Ce drame historique parmi les plus célèbres de Hugo
est aussi, pour les metteurs en scène, l’un des plus
risqués. La tentation est forte de verser dans le grand
mélo ou le style « pompier ». Tout l’art de la mise en
scène de Brigitte Jaques aura été de donner vie à la
passion hugolienne, sans rien perdre de la virulence
révolutionnaire d’une oeuvre que Balzac (sans l’avoir
jamais vue !) avait dénoncée, au lendemain de sa
création à la Porte Saint-Martin, comme « une énorme
bêtise », « une infamie en vers ». Il est vrai que, inscrit
dans la droite ligne de la préface de Cromwell, Ruy
Blas, qui montrait une « reine » s’amourachant d’un
« valet », renversait toutes les règles de la morale et
de l’écriture, bousculant les lois de la versification,
s’inspirant du modèle shakespearien pour mélanger
tragique et grotesque, puisant, enfin, son sujet dans
l’histoire passée pour parler du présent : à travers la
peinture d’une Espagne moribonde de Charles II,
c’était de la France de Louis-Philippe qu’il s’agissait,
bourgeoise et affairiste, partagée en deux camps aux
forces inégales : les « jeunes » ne rêvant que de rebâtir le monde, et les « vieux » prêts à les en empêcher
toujours, détenteurs obstinés du pouvoir qu’ils ne
veulent pas lâcher.
C’est cette France – qui ne manque pas de faire écho
à la nôtre – et cette opposition « jeunes-vieux » que
Brigitte Jaques a mises en exergue dans des décors
sombres d’Ezio Toffoluti, évoquant superbement des
tableaux de maîtres sous l’effet des lumières d’André
Diot. Dans le balancement permanent entre ardeur
magnifique des amants et poids d’inertie de la Cour
composée de momies, toute sa mise en scène ramenait au coeur du romantisme et à son essence : l’appel
à la Révolution. Sous sa gouverne, les personnages
échappaient à tous les stéréotypes. À commencer
par le couple formé par Ruy Blas et la reine – lui, interprété par Éric Ruf, brûlant de fougue ; elle, jouée par
Rachida Brakni, d’une fragilité d’oiseau pris au piège
qui lui vaudra un Molière 2002 de la « révélation ».
● La nouvelle ère Bozonnet
Par-delà la célébration de l’année Victor Hugo, ce
spectacle est emblématique d’une ligne d’ouverture
décidée pour la Maison de Molière par Marcel Bozonnet, son nouvel administrateur depuis le mois d’août
2001. Décidé à bousculer une image vécue comme
trop académique, ce dernier a su faire le grand écart
entre classiques et contemporains, tradition et expérimentation, voire laboratoire. On l’a vu avec l’Amphitryon de Molière, revu et corrigé par le Russe Anatoli Vassiliev, aux accords de trompes tibétaines ; on
l’a vu avec un Leonce et Lena, revisité par Mathias Langhof, entrelaçant la comédie de Büchner d’extraits de
son roman Lenz au fil d’un voyage fantastique dans
l’univers du poète allemand. De même, à côté de la
reprise d’un magnifique Dom Juan ou d’un joyeux
Malade imaginaire, respectivement mis en scène par
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Jacques Lassalle et Claude Stratz, on a pu assister à
l’entrée au répertoire d’auteurs réputés moins évidents sous les lambris du Français : Marguerite Duras,
avec Savannay Bay, subtilement installée dans la
salle Richelieu par Éric Vigner, le directeur du Centre
dramatique national de Lorient ; Copi, avec la Visite
inopportune, sous la gouverne de Lukas Hemleb, qui
traite de la mort et du sida ; Werner Schwab avec
Extermination du peuple, créée par Philippe Adrien au
Vieux-Colombier – une charge féroce écrite dans une
langue sans retenue par l’un des auteurs les plus sulfureux de l’Autriche de ces dernières années, décédé
d’une crise d’éthylisme la nuit de la Saint-Sylvestre
1993, âgé de 35 ans !
● Le dialogue entre anciens et modernes
Cette ouverture dans le grand écart entre anciens et
modernes, c’est celui que l’on aura retrouvé sur plusieurs scènes de grandes institutions. À commencer
par le Théâtre des Amandiers de Nanterre. Succédant
à Jean-Pierre Vincent depuis le 1er janvier 2002, JeanLouis Martinelli y a présenté deux oeuvres se répondant l’une à l’autre : Catégorie 3 : 1, du Suédois Lars
Noren, explorant les bas-fonds modernes peuplés
de SDF, drogués, alcooliques, séropositifs (le titre de
la pièce correspond au nom donné par l’administration de Stockholm à ses marginaux), et Platonov,
de Tchekhov, qui raconte la course à la mort d’un
homme s’abandonnant aux femmes parce qu’il ne
sait plus qui il est et n’a d’autre vérité qu’un besoin
sans bornes d’aimer et d’être aimé.
À un siècle de distance (Platonov date des années
1880 ; Catégorie 3 : 1 a été écrit dans les années 1990),
les deux oeuvres ramènent à un même monde qui a
perdu toutes valeurs auxquelles se raccrocher. Si l’on
retient plus particulièrement la création de Catégorie
3 : 1, c’est qu’elle aura été pour beaucoup l’occasion
de découvrir un auteur majeur, capable de parler
comme peu des « rejetés », des « oubliés » dans
une langue au verbe crû et à l’architecture savante,
mêlant chants poétiques et mouvements syncopés.
● Le Théâtre de la Commune en
révolution
Au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, Didier
Bezace, lui, après avoir démarré l’année en fanfare
avec la reprise de l’École des femmes – créée l’été
d’avant, lors du Festival d’Avignon (Pierre Arditi était
en tête de la distribution) –, l’a achevée en réunissant
dans un même cycle intitulé Songes et mensonges un
diptyque Brecht (la Noce chez les petits-bourgeois et
Grand’Peur et Misère du IIIe Reich) et une pièce écrite
dans l’Union soviétique des années 1990 par Ludmilla Razoumovskaia, Chère Elena Sergueievna. Là
encore, d’un spectacle à l’autre (présentés en alternance), on retrouvait un même fil conducteur : celui
des illusions perdues et de la nécessité de résistance
à un ordre imposé. Là encore, on s’arrêtera surtout
sur la création : Chère Elena Sergueievna. La pièce
raconte l’histoire d’une femme professeur visitée par
ses élèves ; sous prétexte de lui fêter son anniversaire,
ils tentent de lui extorquer la clé d’un coffre-fort pour
y récupérer les copies d’un examen qu’ils ont raté !
Tournant le dos au réalisme attendu, Didier Bezace
a imaginé une mise en scène d’une audace époustouflante. Supprimant tout décor, il a installé ses comédiens derrière une table, assis, comme pour une
lecture de théâtre à la radio. Porté exclusivement par
le jeu d’échanges des acteurs, le texte, débarrassé de
tout effet, résonnait avec une acuité extraordinaire,
lui donnant une portée émotionnelle universelle.
Concernant tous les régimes qui ont fait de leurs
enfants des orphelins, des révolutions, aujourd’hui
comme hier, en France et ailleurs – notamment celle
d’après 1968 –, telle se présente la Mort de Danton,
mise en scène par Georges Lavaudant. Jouant l’épure
d’une manière formidable avec les trois mots Liberté,
Égalité, Fraternité écrits en lumières de néons tricolores, Lavaudant a su poser à travers ce drame de
Büchner les questions toujours essentielles : qu’estce donc qu’une Révolution qui dévore ses enfants ?
Peut-on l’arrêter – comme Danton – sans la trahir ? La
poursuivre sans cesse – comme Robespierre – n’estce pas prendre le risque de la dévoyer ?
● L’Europe à l’Odéon
Tchekhov à l’honneur avec quatre versions
de la Mouette
Dernier spectacle du directeur du Théâtre national de l’Odéon avant la fermeture provisoire du
bâtiment pour cause de rénovation, la Mort de
Danton succédait à une saison très riche où, à côté
de spectacles « bijoux » proposés dans la salle du
Petit-Odéon (Ah ! Monsieur Armand dit Garrincha de
Serge Valetti, mis en scène par Patrick Pineau), on a
pu retrouver quelques maîtres du théâtre européen,
tel Christoph Marthaler présentant la Nuit des rois
de Shakespeare dans un espace entre paquebot
et théâtre, ou le Polonais Krystian Lupa proposant
sa propre adaptation du dernier roman de Thomas
Bernhard, Extinction. Transformant la matière littéraire
en matière vivante, Lupa a réussi le tour de force de
nous faire pénétrer de manière sensible dans l’univers de l’écrivain autrichien dans un bruissement
permanent de vie. Interprété en polonais (mais avec
sur-titrage !), Extinction durait huit heures. On avait le
sentiment qu’il n’en durait que la moitié ! Autre invité
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« européen », Luc Bondy, avec sa mise en scène de
la Mouette, de Tchekhov, en allemand. C’était la quatrième Mouette de la saison, avec celles proposées
par le Suédois Lars Noren à Nanterre (auteur qui s’est
fait ici metteur en scène) et les Français Stéphane
Braunschweig au Théâtre national de Strasbourg et
Philippe Calvario au Théâtre national de Bretagne. De
quoi épuiser l’attention du spectateur ? Que non !
La vertu des grands classiques tient là : plus ils sont
montés, plus ils se révèlent riches, donnant du grains
à moudre en permanence. C’était vrai de la Mouette
classique, mais d’un regard désespérant sur l’homme
selon Bondy, de celle, toujours classique, mais plus
rieuse, de Braunschweig, de son avatar « déjanté »
chez Calvario, ou de celle transposée dans une salle
de répétions d’un théâtre des années 2000, telle que
l’a montée Lars Noren.
● Écritures contemporaines
De quoi rendre caduques les reproches de ceux qui
se plaignent que l’on joue trop de classiques aux dépens des contemporains. Tout dépend de ce qu’une
oeuvre et sa transposition sur scène ont à raconter.
D’ailleurs, les auteurs contemporains n’auront pas
été en reste cette année. Les créations ont été
nombreuses – pièces à découvrir ou adaptations
de romans et récits. Les pièces à découvrir, c’est par
exemple le mystérieux Ici ou ailleurs, de Robert Pinget, délicieusement exhumé par Anne-Marie Lazarini aux Artistics Athévains, à Paris ; Bobby Fisher vit à
Pasadena, de Lars Noren, mis en scène sur le grand
air du « famille, je vous hais » dans une petite salle
alternative parisienne – le Théâtre de l’Opprimé.
Les adaptations, c’est l’Ivrogne dans la brousse, du
Nigérian Amos Totula, gaillardement transformé en
conte naïf et raffiné par Philippe Adrien au Théâtre
de la Tempête, à la Cartoucherie de Vincennes ;
c’est, toujours à la Cartoucherie de Vincennes, mais
au théâtre du Chaudron, la Femme gelée, coproduite par la Maison de la Culture de Bourges et par
Jeanne Champagne, à partir de l’oeuvre d’Annie Ernaux. C’est, encore, Ishishanga, évoquant au Théâtre
Paris-Villette le génocide du Rwanda à travers les
pages de Jean Hatzfeld. On peut citer, au Théâtre
de la Cité internationale, Interzone, de Laurent Fréchuret – un spectacle aux allures de parcours choc
à travers l’univers de Williams Burroughs –, ou, plus
poétique, au Centre dramatique national de Montreuil, le Gardeur de troupeau, d’après Pessoa, mise
en scène par Hervé Pierre et interprété par Clotilde
Mollet, lumineusement lunaire.
● Le nouveau Rond-Point est arrivé !
Ceci explique-t-il cela ? Après le départ de Marcel
Maréchal, nommé à la tête des Tréteaux de France, le
Théâtre du Rond-Point, à Paris, a été confié à Jean-Michel Ribes qui veut en faire un espace privilégié pour
les auteurs contemporains. S’il est encore trop tôt
pour en tirer des conclusions, on y aura vu, du moins,
l’un des spectacles les plus réjouissants du début de
saison : Les grenouilles qui vont sur l’eau ont-elles des
ailes ? d’Eugène Durif. S’emparant de l’oeuvre de Brisset – lexicographe autodidacte et fou de la seconde
moitié du XIXe siècle –, Durif entraîne sur les chemins
les plus délirants de la logique.
Pour le reste, l’essentiel de la création contemporaine aura été le fait des institutions, comme le
Théâtre de la Bastille, recevant Un jour en été, du
Norvégien Jon Fosse, dans une mise en scène de
Jacques Lassalle, créée à Vidy-Lausanne. Au détour
de la mise en scène de Jean-Michel Rabeux de la
pièce de Copi l’Homosexuel ou la difficulté d’être,
on aura pu y applaudir un jeune auteur à suivre :
Fabrice Melquiot. Un monologue – l’Inattendu – et
une pièce sur la guerre en Bosnie – le Diable en partage – y ont été présentés dans une mise en scène
de Richard Demarcy-Motta, directeur du Centre
dramatique de Reims.
● Le temple de la Colline
Mais c’est, bien sûr, le Théâtre national de la Colline
qui s’impose comme le temple de l’écriture contemporaine. Parmi les nombreux spectacles à son affiche,
plusieurs sont à retenir, à commencer par les Voisins,
de Michel Vinaver, re-mis en scène par Alain Françon (il l’a créé dans les années 1980). Vient ensuite
Skinner, de Michel Deutsch. Sous des aspects de fait
divers (un clandestin, en quête de passeurs pour
gagner l’autre coté de la mer, se trouve pris au piège
d’une organisation tentaculaire), la pièce se révèle
une réflexion sur l’identité et le destin. À travers ces
efforts pour gagner un pays qu’on imagine de cocagne, ne s’agit-il pas de se fuir soi-même, de vouloir
croire à tout prix en un rêve affirmant que l’on peut
abandonner ce que l’on fut pour renaître ? Mais peuton se forger un avenir en se délestant de son passé ?
Comment y parvenir lorsque l’on vous a dépouillé de
vous-mêmes en vous confisquant vos papiers et que
vous n’existez plus pour le monde, puisque vous êtes
sans identité ? L’écriture, riche et complexe, en fait un
poème tragique immense servi par une distribution
exceptionnelle (Jean-Paul Roussillon, Dominique
Valadié) et une mise en scène – toujours signée FrandownloadModeText.vue.download 189 sur 380
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çon – jouant résolument la carte du spectaculaire
pour emmener des lumières aux ténèbres, du ciel
libre aux bas-fonds.
Dans ce même théâtre, Stéphane Braunschweig
aura présenté deux de ses spectacles créés au
Théâtre national de Strasbourg – la Mouette, de
Tchekhov, et l’Exaltation du labyrinthe, d’Olivier
Py –, tandis que Frédéric Fisbach y a poursuivi ses
recherches sur la forme et le sens avec les Paravents
de Jean Genet, interprétés par des comédiens et
des marionnettes – une recherche qu’il développe
à présent au Studio Théâtre de Vitry, où il a repris sa
mise en scène de l’Annonce faite à Marie, célébrant
Claudel dans un hiératisme imposé aux acteurs,
qui donne le sentiment que la parole n’est que
mouvement.
● La leçon du « maître » Fomenko
On ne s’étonnera pas dès lors que le Théâtre de la
Colline ait été le lieu de l’un des temps les plus forts
du Festival d’Automne avec « Auf dem Land », présenté par Luc Bondy, faisant découvrir avec le Berliner
Ensemble l’Anglais Martin Crimp. Autre temps fort du
Festival – et sans doute l’un des plus marquants de la
saison : Guerre et Paix, adapté du roman de Tolstoï par
le Russe Fomenko.
À soixante-dix ans, le maître de la scène moscovite
a donné une véritable leçon d’un théâtre tout en
bruissements et en fluidité. Rarement on aura vu une
telle intelligence dans la manière de mener le récit et
dans la façon de diriger les acteurs (tous ses élèves
de l’Atelier), d’une légèreté de jeu sidérante dans le
grave comme dans le comique, le trivial et le tragique. Mots chuchotes, rires échappés, le souffle des
émotions furtives.
● Les très riches heures d’Avignon
Platonov aura été la première surprise du
Festival d’Avignon.
Bernard Faivre d’Arcier quitte la direction du
Festival d’Avignon.
Miroir de la saison théâtrale en France, le Festival
d’Avignon, lui, avait offert une 56e édition particulièrement remarquable. Fortement contesté l’an
dernier pour une programmation jugée trop axée
sur le succès public et d’une inventivité réduite,
Bernard Faivre d’Arcier a vigoureusement redressé
la barre dès l’ouverture de la manifestation, confiée
à un « jeune » metteur en scène : Éric Lacascade.
Directeur du Centre dramatique national de Caen,
ce dernier a présenté Platonov de Tchekhov, sans
« vedettes », mais entouré des comédiens habituels
de sa troupe. Un spectacle vibrant et charnel, en osmose parfaite avec la Cour d’honneur remise à neuf.
Dans la magie d’une nuit joyeuse et tragique, libérée et oppressante, le Palais des papes se révélait
l’âme de la représentation, un corps vivant absorbant les spectateurs.
Première surprise du Festival, Platonov a été suivi
d’autres spectacles étonnants. En vrac : la Trilogie
de la Villégiature, de Goldoni, mise en scène par
Jean-Louis Benoît, directeur du Théâtre national
de Marseille, avec une allégresse virant imperceptiblement au désenchantement ; Enfants de nuit,
parcours spectacle dans le noir sur la misère des
enfants d’une Afrique aux guerres éternelles ; les
Gûmes, invitation déambulatoire au pays de ceux
qui parlent aux arbres, aux fleurs, aux fruits et aux
plantes ; Visites, de Jon Fosse, mise en scène par
Marie-Louise Bischofberger, avec Dominique Reymond et Hugues Quester, trouble et inquiétant ; la
Vie de Galilée, de Brecht, orchestré avec une ardeur
ludique par Jean-François Sivadier, avec le concours
du Théâtre national de Bretagne.
Les « étrangers », invités réguliers du Festival, étaient
au rendez-vous : le Canadien Denis Marleau avec un
étonnant spectacle pour comédiens « virtuels » (les
Aveugles, de Maeterlinck) ; les Polonais Grzegorz
Jarzyna, avec une adaptation du film Festen, et Kryztof Warlikowki, avec une version hard chic et choc
des Purifiés de Sarah Kane ; l’Italien Romeo Castelluci, avec A#02, introspection toute en visions aussi
éprouvantes que libératrices de l’inconscient et du
cerveau. Mais, surtout, cette édition aura été l’occasion de découvrir un autre Italien hors norme : Pippo
Delbono. Invité pour la première fois par le Festival,
cet auteur, acteur, metteur en scène de quarantetrois ans, proposait trois de ses pièces avec une
troupe de comédiens en partie professionnels, en
parties amateurs. La première, Il Silenzio, était une
évocation d’un village de Sicile recouvert par la lave
de l’Etna ; le second, Guerra, traitait des marginaux
et des « anormaux » ; le troisième, Rabbia, était un
hommage à Pasolini. Renouant avec l’esprit d’un
cinéma militant italien des années 1970, c’est un
théâtre d’artisan, de vie, de générosité. Paradoxalement, c’est à l’issue de cette très riche édition – l’une
des plus belles qu’il ait programmées – que Bernard
Faivre d’Arcier qu’il démissionnait de son poste de
directeur du Festival à la demande du ministre de la
Culture, M. Aillagon.
● Les recettes du « privé »
Le théâtre privé, lui, n’est pas confronté aux changements de majorité. De janvier à décembre, il a donc
poursuivi son bonhomme de chemin en jouant,
comme de coutume, la carte des grandes vedettes
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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sur scène. Alors que Jean-Claude Brialy, en écrivain
célèbre, et Line Renaud, son ancien amour de jeu-
nesse, se retrouvaient en tête-à-tête au Théâtre du
Palais-Royal dans Poste restante, de Noël Coward,
Jacques Weber, en maître du roman policier anglais,
était confronté à Patrick Bruel, l’amant de sa femme,
au Théâtre de la Madeleine dans le Limier, d’Anthony
Schaffer, pendant que Fanny Ardant devenait Sarah
Bernhardt face à Robert Hirsch dans Sarah, de John
Murrell au Théâtre Édouard-VII. À la Renaissance,
Francis Huster a créé avec Michèle Bernier Nuit
d’ivresse, de Josiane Balasko, et au Théâtre de l’OEuvre,
Danièle Lebrun et Francine Berge se sont affrontées sous la gouverne de Marcel Blüwal dans Jeux
de scène, de Victor Haïm, opposant « une » auteurmetteur en scène à la comédienne qu’elle a choisie pour créer son texte. Toujours présent, Laurent
Terzieff s’attaquait à Muuray Schisgall dans le Regard
au Rive Gauche. Aux Mathurins, Anouk Grinberg et
Rufus étaient réunis dans la Preuve, de David Auburn.
À la Gaîté, André Dussolier poursuivait son récital
de textes Monstres sacrés, sacrés monstres. L’exception confirmant la règle, si Marie France Pisier interprétait Liaisons Atlantique de Fabrice Roezie sous la
direction de Patrice Kerbrat dans l’une des salles du
Théâtre Marigny, dans l’autre, John Malkovitch se faisait metteur en scène d’une pièce traitant de Freud
– Hysteria, de Terry Johnson. Et, pendant ce temps, la
Boutique au coin de la rue, créée l’année précédente
et dûment « moliérisée », poursuivait sa carrière au
Théâtre Montparnasse.
Surprise ! On aura vu un académicien français joué
sur les « boulevards » : Félicien Marceau. Directeur
depuis peu du Théâtre de la Porte Saint-Martin, Michel Sardou y a repris l’Homme en question, de Félicien Marceau. La pièce, qui date des années 1970, a
vieilli, mais le public est moins venu pour la pièce
elle-même que pour Sardou, chanteur devenu acteur pour l’occasion. Sardou était l’homme « forcé
par sa conscience » (Brigitte Fossey) à se pencher
sur son passé pour relire les épisodes significatifs de
sa vie. Tel qu’en lui-même, il joue « brut ». Les spectateurs ont apprécié, applaudissant chacune de ses
tirades.
● Le grand retour d’Isabelle Huppert
Cependant, les plus grandes vedettes, c’est, paradoxalement, sur les scènes subventionnées qu’on
les aura retrouvées : à Lyon, Michel Bouquet, plus
fabuleux que jamais, joue Minetti, la pièce écrite par
Thomas Bernhard pour le grand comédien allemand
Thomas Minetti. Mise en scène par Claudia Stavisky,
cette divagation sur l’acteur, la représentation et le
monde, a fait halte à travers toute la France, du Festival d’Avignon au Théâtre de la Ville à Paris, pendant
que Fabrice Lucchini s’inscrivait dans les traces de
Louis Jouvet avec la reprise de Knock au Théâtre de
l’Athénée. Mais l’événement le plus marquant a été
le retour d’Isabelle Huppert sur scène avec 4.48 Psychose, aux Bouffes du Nord. Dernier texte aux allures
d’électrochoc écrit par l’Anglaise Sarah Kane, peu
avant son suicide en 1999, l’année de ses 28 ans,
4.48 Psychose raconte par la voix d’une femme la solitude et l’angoisse de la dépression, l’incapacité à être,
à penser, à manger, à dormir, à aimer, la honte et le
refus de son corps, la fascination de la mort et le désir d’être soulagée. Dans l’espace vide, uniquement
habité de lumières plus ou moins sombres, Claude
Régy, metteur en scène, fait entendre cette oeuvre
douloureuse comme un chant profond. Aux côtés de
Gérard Watkins, le « soignant », Isabelle Huppert était
la femme malade d’elle-même et de l’existence. Les
poings crispés qui s’ouvrent et se ferment, les bras
tombant le long du corps, elle restait debout, deux
heures durant, sans bouger – ou presque –, mue
uniquement par la violence de sa tension extrême.
La parole trébuchante, le ton froid, clinique même,
encore enfant et déjà vieille, elle hypnotisait, si fragile
et cependant d’une époustouflante maîtrise de jeu.
Le regard égaré sur des terres où personne, sur scène
comme dans la salle, n’aurait su la rejoindre, elle était
la bouche d’ombre, à l’exacte frontière des royaumes
des morts et des vivants.
XVIes MOLIÈRES 2002
– Molières d’honneur : Annie Girardot, Simone
Valère et Jean Dessailly
– Meilleur spectacle du répertoire : Bent
– Meilleur spectacle de création : la Boutique au
coin de la rue
– Meilleure pièce comique : Théâtre sans animaux
– Meilleur spectacle musical : Frou frou les bains
– Meilleur one-man-show : Philippe Avron avec
le Fantôme de Shakespeare
– Meilleur auteur : Jean-Michel Ribes pour
Théâtre sans animaux
– Meilleur adaptateur d’une pièce étrangère :
Évelyne Fallot et Jean-Marc Zilbermann avec la
Boutique au coin de la rue
– Meilleur metteur en scène : Jean-Marc Zilbermann avec la Boutique au coin de la rue
– Meilleure comédienne : Anne Girardot dans
Madame Marguerite
– Meilleur comédien : Jean-Paul Roussillon dans
le Jardin des apparences
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DOSSIERS ART ET CULTURE
189
– Meilleure comédienne dans un second rôle :
Annie Gregorio dans Théâtre sans animaux
– Meilleur comédien dans un second rôle : Maurice Chevit dans Conversations avec mon père
– Révélation théâtrale féminine : Rachida Brakni
dans Ruy Blas
– Révélation théâtrale masculine : Eris
Elmosnino dans Leonce et Lena
– Meilleur décorateur : Stéfanie Jane avec la Boutique au coin de la rue
– Meilleur créateur de costumes : Pascale Bordet
avec le Dindon
– Meilleure lumière : Jacques Rouveyrollis avec la
Boutique au coin de la rue
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Sports
et
Résultats
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
192
LES « BLEUS » K.-O.
Près de quatre ans après la finale du Stade
de France, après cette victoire historique en
Coupe du monde qui avait « footballisé » la
France, la défaite des Bleus face au Danemark à
l’issue d’un match couperet à Incheon a refermé la
parenthèse du succès.
À l’inverse des Français, le Brésil est éternel. Adjectif galvaudé pour la meilleure équipe du monde ?
Peut-être. Mais ce qu’ont montré les joueurs de Luiz
Felipe Scolari tout au long d’une Coupe du monde
dont ils n’étaient pas vraiment favoris est la marque
des plus grands. Son football au creux de la vague,
la France du sport s’est trouvé d’autres héros : ses
skieurs, ses cyclistes, ses rugbymen, par exemple.
En tennis, Grosjean et Cie ont même été à quelques
points de conserver le saladier d’argent conquis en
2001. Mais l’ambitieuse Russie de Marat Safin était
trop forte, trop gourmande de ce premier titre en
Coupe Davis. Victorieux du Tournoi des Six Nations
de rugby, le XV de France a confirmé son statut
de valeur sûre, à un an de la Coupe du monde
australienne, en montrant un agréable visage lors
de la tournée européenne des nations du Sud, à
l’automne. Sur les routes du Tour de France et de la
Classica San Sebastian, Laurent Jalabert a, lui, offert
un véritable festival à ses supporters avant de tirer
sa révérence nanti d’un palmarès de grand. Préretraité également, l’exemplaire Stéphane Diagana
a triomphé dans le 400 m haies des Championnats d’Europe, répondant ainsi à la victoire de sa
jeune coéquipière Murielle Hurtis sur 200 m. Mais
la meilleure surprise de l’année pour les supporters
français est venue des pistes de Salt Lake City. Aux
jeux Olympiques d’hiver, l’équipe de France de ski
a connu un succès digne des fastes années 1960.
C’est une première également qu’ont vécue, malgré
les relents de scandale, les danseurs Marina Anissina et Gwendal Peizerat en offrant à la France son
premier titre olympique de patinage. Mais les rois
de ces Jeux resteront sans conteste la Croate Janica Kostelic et le Norvégien Ole Einar Bjoerndalen,
vainqueurs respectivement de trois et quatre titres
olympiques. Quatre titres, en quatre ans, c’est également le bilan sans faute de Lance Armstrong dans le
Tour de France. Une domination comparable à celle
de Michael Schumacher sur la formule 1 : champion
du monde pour la troisième année consécutive sur
Ferrari. Les années passent, les héros restent. Même
Pete Sampras a à nouveau marqué l’année du tennis en remportant, lors de l’US Open, son quatorzième tournoi du Grand Chelem. Un bilan que ne
devrait pas tarder à afficher Serena Williams qui
semble taillée pour régner longtemps sur le tennis
féminin. Étoile de l’athlétisme de la fin des années
1990, Maurice Greene a, à l’inverse, marqué le pas
en 2002, abandonnant même le mythique record
du monde du 100 m à un quasi-inconnu, Tim
Montgomery.
LES XIXes JEUX
OLYMPIQUES D’HIVER
(Salt Lake City, États-Unis, 9-24 février)
Trafic d’influence chez les juges, dopage chez
les athlètes, remake de la guerre froide chez
les officiels..., les Jeux de Salt Lake City ont
été placés sous le signe du scandale. Déjà pollués,
avant leur déroulement, par les révélations sur les
conditions douteuses de leur attribution par le CIO
à la capitale de l’Utah, les XIXe jeux Olympiques
d’hiver n’ont toutefois pas trop pâti de cette odeur
de soufre. L’impeccable organisation américaine, la
splendeur des sites et l’excellent niveau atteint par
la majorité des compétitions sont parvenus à faire
oublier les « affaires » olympiques.
Björndalen et Kostelic au Panthéon
Quatre médailles d’or pour l’un, trois en or et une
d’argent pour l’autre, le biathlète norvégien OleEinar Björndalen et la skieuse croate Janica Kostelic demeureront les héros des épreuves de Salt
Lake City, associés au Finlandais Samppa Lajunen,
trois fois sacré en combiné nordique. Distancée en
Coupe du monde, opérée d’un genou en début de
saison, Kostelic, dix-neuf ans, a prouvé, en décrochant des médailles même dans des disciplines où
on ne l’attendait pas, que l’on pouvait tout miser sur
les Jeux et tout gagner. Tout miser sur les Jeux et
tout perdre, c’est, à l’inverse, la trajectoire de l’Américaine Michelle Kwan, quadruple championne du
monde, qui espérait décrocher chez elle le titre qui
lui avait échappé de peu à Nagano. Paralysée par
l’enjeu, la meilleure patineuse du monde a dû se
contenter d’une médaille de bronze, laissant la médownloadModeText.vue.download 195 sur 380
SPORTS ET RÉSULTATS
193
daille d’or à sa compatriote Sarah Hugues, outsider
pimpante et décomplexée.
Le triomphe des outsiders
Les Jeux de Salt Lake City ont d’ailleurs été marqués par la débâcle des favoris. En biathlon, la Suédoise Magdalena Forsberg, intouchable en Coupe
du monde, n’a décroché que deux médailles de
bronze. En saut à skis, le Suisse Simon Ammann a
raflé les deux titres individuels au nez et à la barbe
de l’Allemand Sven Hannawald et surtout du Polonais Adam Malysz. À l’image de l’Italienne Daniela
Ceccarelli en super-G, Carole Montillet a quant à
elle remporté la seule descente de sa carrière, devenant la première championne olympique française
de cette discipline et reléguant l’Italienne Isolde
Kostner et l’Autrichienne Renate Goetschl aux
places d’honneur. Associée au succès de Jean-Pierre
Vidal en slalom, 34 ans après Jean-Claude Killy, cette
victoire a constitué un réconfort pour une équipe
de France orpheline de la championne du monde
de super-G Régine Cavagnoud.
Certains sacres étaient plus attendus. Celui du
Russe Alexei Yagudin, déjà quadruple champion du
monde de patinage, qui a enfin été récompensé
d’un titre olympique venant couronner son formidable talent. En danse sur glace, le titre tant convoité par le couple français Anissina-Peizerat aurait
sans doute eu plus de saveur s’il n’avait été gâté par
les soupçons de collusions entre les juges français
et russes. En snowboard, on misait beaucoup sur les
Françaises, avec raison. Confirmant sa belle saison
en slalom géant, Isabelle Blanc a dominé Karine
Ruby, médaillée d’or à Nagano. Et en hockey sur
glace, le Canada a raflé les titres masculin et féminin,
en toute logique. Que dire enfin de Stephan Eberharter ? Favori de la descente et du super-G après
avoir dominé la Coupe du monde, l’Autrichien,
battu dans ses deux courses de prédilection, a remporté... le slalom géant pour lequel il était outsider.
Un parfum de scandale
C’est l’affaire du patinage artistique qui a ouvert
le bal des scandales. Le verdict très serré en faveur
du couple russe, au détriment des Canadiens, suivi
des déclarations de la juge française Marie-Reine Le
Gougne évoquant des « pressions », a enflammé la
presse nord-américaine. À coup d’éditoriaux vengeurs et d’émissions spéciales sur le skategate, cette
dernière est parvenue à ses fins. Sur la recommandation expresse du CIO, la fédération internationale
de patinage a finalement remis une seconde médaille d’or au couple canadien Salé-Pelletier considéré comme la victime d’un complot franco-russe.
Si l’affaire a eu des effets positifs, à commencer par
la réforme annoncée du mode de notation dans un
sport vicié par la partialité, elle a également créé
un précédent fâcheux qu’ont exploité nombre de
contestataires désireux de se faire attribuer une médaille sur le tapis vert. Le faux pas de Marie-Reine
Le Gougne et ses conséquences ont également
provoqué une tension dans les relations américano-russes. Furieux de la décision d’attribuer une
seconde médaille d’or, les Russes, soutenus par le
président Vladimir Poutine, ont menacé de boycotter la cérémonie de clôture.
Muehlegg au purgatoire
L’ancien pilier de l’olympisme a été confronté à
d’autres affaires, plus infamantes encore. Dans la
galerie des dopés des JO 2002, les Russes arrivent
en bonne place avec les fondeuses Larissa Lazutina
et Olga Danilova. La première a été privée de sa
médaille d’or du 30 kilomètres, conservant ses deux
médailles d’argent, la seconde reste championne
olympique de poursuite et médaillée d’argent du
10 kilomètres classique, mais leur carrière demeurera à jamais entachée par leur suspension pour
deux ans. Mais le « grand dopé » des Jeux a été sans
conteste Johann Muehlegg, trois fois victorieux en
ski de fond. L’Allemand qui court pour l’Espagne a
été convaincu de dopage à la darbepoetin, mais
déchu d’un seul de ses titres au grand regret de
Jacques Rogge. Le président du CIO aurait souhaité
des sanctions plus lourdes. Ajoutés à celui, plus
contestable, du skieur écossais Alain Baxter, privé
de sa médaille de bronze du slalom, et à celui du
hockeyeur belarus Vassili Pankov, ces cas de dopage
ont apporté un nouveau record aux JO de Salt Lake
City. Jamais dans l’histoire des Jeux d’hiver autant
d’athlètes n’avaient été contrôlés positif.
Les Jeux américains ont été ceux de la démesure
dans d’autres domaines. Avec un budget record de
2 milliards de dollars, les organisateurs ont remporté leur pari, malgré les menaces consécutives aux
attentats du 11 septembre : 90 % des billets ont été
vendus et l’audience de la manifestation à travers le
monde a été à la hauteur des espérances.
Chez eux, les Américains ont réussi de grands Jeux
grâce notamment à leurs succès en snowboard, en
freestyle, en short track et en patinage de vitesse.
Pour la première fois, ils terminent, avec un total de
34 médailles, dans le trio de tête au palmarès des
nations, dépassés par l’Allemagne (35 médailles) et
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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la Norvège (24 médailles, mais 11 en or contre 10
aux États-Unis).
XVIIe COUPE DU MONDE
DE FOOTBALL
(Japon, Corée du Sud, 31 mai-30 juin)
La XVIIe Coupe du monde, coorganisée par la
Corée du Sud et le Japon, restera celle des premières : premier Mondial du XXIe siècle, premier
à se dérouler sur le continent asiatique, premier à
réserver autant de surprises...
De Séoul à Yokohama, deux pays divisés par l’histoire ont vibré à l’unisson, à leur façon, pour leurs
équipes respectives, qui ont fait mieux que de la
figuration. Couronnée par la victoire d’un Brésil
donné sur le déclin, la Coupe du monde extrêmeorientale n’a pourtant pas été celle du beau jeu.
Disputée dans la foulée d’une saison européenne
épuisante, elle a mis en lumière la démesure des
calendriers imposés à des joueurs physiquement à
bout, symbolisée par la faillite de l’équipe de France.
Une Coupe du monde exotique
Qui, au soir du match d’ouverture le 31 mai à Séoul,
aurait misé un yen sur le dernier carré d’une Coupe
du monde certes exotique mais promise une fois
encore à la domination des nations de tradition ?
Qui aurait parié sur la Corée du Sud ? Imaginé que
les Sénégalais alignés ce jour-là contre les champions du monde français allaient voyager jusqu’aux
quarts de finale après avoir infligé leur première
correction aux coéquipiers de Zidane ? Défenseur
des « petits », le président de la FIFA, Sepp Blatter, a
été gâté. Jamais les nations émergentes du football
n’ont autant brillé que durant ce mois de compétition : la Corée du Sud et le Japon ont comblé des
supporters néophytes mais exigeants. Dirigés par
des entraîneurs européens déifiés de leur vivant
(Guus Hiddink pour la Corée et Philippe Troussier
pour le Japon), les pays hôtes ont réussi leur opération commando, l’un en ne cédant qu’en demifinale face à l’Allemagne, l’autre en atteignant les
huitièmes de finale. Troisième pays africain sur le
papier, le Sénégal a fait mieux que le Nigeria et le
Cameroun. Enfin la Turquie, plus connue pour ses
équipes de club que pour sa sélection nationale,
n’a cédé que face au Brésil en demi-finale et restera l’une des équipes les plus séduisantes de la
compétition.
Éternel Brésil, inoxydable Allemagne
Emportés par la folie ambiante, certains se sont
même pris à rêver d’une finale abracadabrante
entre la Turquie et la Corée du Sud, mais c’est finalement une affiche beaucoup plus classique qu’a
offerte le match de clôture, le 30 juin à Yokohama.
À un détail près : respectivement quatre fois et
trois fois champion du monde (avant la finale), le
Brésil et l’Allemagne ne s’étaient jamais affrontés
lors d’une Coupe du monde. L’erreur de programmation a été réparée par une jolie finale, équilibrée
jusqu’en milieu de seconde mi-temps et finalement
emballée par un Brésil plus talentueux. Auteurs
d’un sans-faute avec sept victoires en sept matches,
18 buts marqués pour 4 encaissés, les « Auriverde »
ont répondu aux critiques qui avaient éreinté l’entraîneur Luiz Felipe Scolari après des éliminatoires
laborieuses.
Fidèle à son habitude, le Brésil l’a emporté grâce à
ses brillantes individualités – Ronaldo, Ronaldinho
et Rivaldo notamment –, alors que l’Allemagne – qui
n’avait pas non plus été épargnée par les sarcasmes
et s’était présentée en Asie avec de modestes ambitions – montrait un formidable esprit collectif pour
récupérer sa place parmi l’élite du football.
Ronaldo au 7e ciel
Présentée un peu sommairement comme un duel
entre l’attaquant brésilien Ronaldo et l’Allemand
Oliver Kahn, meilleur gardien du Mondial, la finale
a tourné à l’avantage du Sud-Américain. En inscrivant les 2 buts de la finale à Kahn qui n’avait été
battu qu’une fois en six matches, Ronaldo a stoppé
le parcours inattendu des hommes de Rudi Völler
pour devenir le meilleur buteur de la compétition
(8). Quatre ans après le rendez-vous manqué au
Stade de France, en finale de la Coupe du monde
1998 face aux Bleus, et après une longue traversée
du désert consécutive à de multiples blessures au
genou, le Brésilien est ainsi revenu à son meilleur
niveau, montant en puissance à chacun des sept
matches de la Seleçao, pour offrir un cinquième
titre mondial à son pays (1958, 1962, 1970, 1994,
2002), également finaliste lors des trois dernières
éditions.
La France déçoit
Le Brésil et l’Allemagne ont, en fin de compte, permis à la tradition de triompher sur la jeunesse et à
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SPORTS ET RÉSULTATS
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la fougue de nations comme la Corée du Sud ou la
Turquie de s’exprimer. Beaucoup d’autres favoris, en
revanche, ont fait pâle figure, à commencer par les
tenants du titre. Champions du monde chez eux en
1998, les Français sont arrivés avec la prétention de
défendre leur bien. Ils sont repartis de Corée sans
avoir marqué le moindre but. Défaits d’entrée par le
Sénégal, tenus en échec par l’Uruguay, ils ont sombré face au Danemark lors du match qu’il ne fallait
pas perdre. Dès le début privés de Zinedine Zidane,
leur chef d’orchestre blessé lors d’une rencontre
de préparation très contestée face à la Corée, les
Bleus de Roger Lemerre ont été inexistants. Péché
d’orgueil, usure physique et mentale, mauvais choix
tactiques de la part d’un entraîneur limogé à la suite
de la compétition, sont autant de facteurs qui ont
conduit à la débâcle.
Outre la France, sortie sans gloire dès les matches
de poule, d’autres pays ont vite trébuché. L’Argentine, l’un des favoris, n’est pas sortie vivante du
fameux « groupe de la mort » qui comprenait également l’Angleterre, la Suède et le Nigeria. Le Portugal
a buté contre deux révélations, les États-Unis et la
Corée du Sud, cette dernière, portée par une vague
d’hystérie patriotique inédite dans l’histoire de la
compétition, s’offrant également le scalp de l’Italie
puis celui de l’Espagne.
L’arbitrage en question
Outre ces fausses notes sportives qui ont découragé des millions de téléspectateurs déjà victimes
du décalage horaire, la Coupe du monde a souffert d’autres bévues. Les matches se sont souvent
déroulés dans des stades peu remplis, mais c’est
surtout l’arbitrage qui a été le point noir de la compétition. Déjà montrés du doigt lors des matches de
poule – Croatie-Italie, par exemple –, les arbitres ont
continué à commettre de lourdes erreurs, grossies
par le prisme de la télévision. C’est ainsi que la Corée
du Sud a éliminé l’Italie puis l’Espagne grâce à un
arbitrage favorable des hommes en noir. Au point
que le président de la FIFA, Sepp Blatter, a promis
des réformes et stigmatisé le manque d’expérience
de certains arbitres, notamment ceux originaires
des petits pays, privés de sélection à partir des
demi-finales.
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
196
ATHLÉTISME
Montgomery détrône « Mo »
Ce n’est que le fantôme de Maurice Greene qui
s’est aligné dans les grands meetings de la saison 2002. Après six défaites humiliantes pour un
sprinter habitué à tout rafler, le triple champion
du monde a perdu en toute fin de saison l’un de
ses titres les plus précieux : celui de recordman du
monde du 100 m. Le 14 septembre, lors de la finale
du Grand Prix au stade Charléty à Paris, l’Américain
Tim Montgomery est devenu le nouvel homme le
plus rapide du monde en 9″ 78, à un centième de
l’ancien record établi par son compatriote en 1999
à Athènes. Avec un vent favorable de 2 m/s, soit la
limite autorisée, le sprinter de 27 ans, ancien joueur
de football américain, a surmonté le handicap d’un
physique discret (1,78 m pour 69 kg) pour battre
le record de la distance reine de l’athlétisme. Vicechampion du monde 2001, partenaire de Marion
Jones à l’entraînement comme dans la vie, Montgomery s’annonce ainsi comme l’un des principaux
rivaux de Greene, qui tentera en 2003 de défendre
son titre lors des Championnats du monde à Paris.
Autre prétendant au titre, le champion d’Europe britannique Dwain Chambers a battu régulièrement
Greene et égalé, lors de la course de Charléty, le
record d’Europe de son compatriote Linford Christie (9″ 87).
Un Euro bien faible
Tous ces exploits chronométriques de fin de saison
ont fait oublier un début d’été un peu triste sur le
plan des performances. Coincée entre deux championnats du monde, l’année 2002 n’a pas été riche
en records. Les Championnats d’Europe disputés
à Munich, certes sous une pluie ininterrompue,
ont été à ce titre d’un piètre niveau. L’un des rares
éclairs de la compétition est venu de la course de
la Britannique Paula Radcliffe auteur sur le 10 000 m
d’un nouveau record d’Europe en 30′ 01″ 09. Autre
exploit : le Grec Konstandinos Kenteris est devenu le
deuxième Européen sur 200 m, à 13/100 du record
mythique de Pietro Mennea.
Si les Championnats d’Europe ont manqué parfois
de substance, ils ont réservé de belles émotions et
donné lieu à de formidables retours. Stéphane Diagana s’est ainsi imposé sur 400 m haies après avoir
un temps songé à mettre un terme à sa carrière.
Une Turque inconnue, Sureyya Ayhan, a grillé la
politesse à la « grande » Gabriela Szabo sur 1 500 m,
Steve Backley s’est offert un quatrième titre au jave-
lot, alors que sur 800 m le Danois Wilson Kipketer
remportait enfin, un titre européen.
Quatre ans après le piètre bilan des Championnats
d’Europe de Budapest, les Tricolores ont fait meilleure figure en remportant, outre celle de Diagana,
trois médailles d’or : sur 200 m, Muriel Hurtis s’est
imposée en toute logique ; sur 1 500 m, Mehdi Baala
a eu besoin d’une photo-finish pour battre Reyes
Estevez, et le relais 4 × 100 m féminin a conservé
son titre, permettant à Muriel Hurtis de revenir de
Munich avec deux médailles d’or, un doublé réussi
également par le sprinter Dwain Chambers. En tout,
ce sont sept médailles que les Français ont ramenées d’Allemagne. Au classement par nations, la
Russie a repris la main après l’avoir abandonnée à la
Grande-Bretagne lors de la dernière édition de l’Euro. Avec 24 médailles, dont sept en or, les Russes devancent cette fois largement les Britanniques (14/7).
Derrière, l’Espagne a séduit grâce à ses coureurs de
fond, lauréats de 12 des 15 médailles ibériques.
Jones et El Guerrouj toujours
Alors que les Européens en décousaient modestement à Munich, Américains et Africains ont dû se
contenter d’une simple saison de meetings. Pour
quatre d’entre eux au moins, l’été a été faste. En
remportant les sept meetings de la Golden League
dans leur discipline respective, sans pour autant
réaliser d’exploits chronométriques, l’Américaine
Marion Jones (100 m), le Marocain Hicham El Guerrouj (1 500 m), la Cubaine Ana Guevara (400 m) et le
Dominicain Felix Sanchez (400 m haies) ont ramené
chacun plus de douze kilos d’or convertis en dollars.
Défiée par l’Ukrainienne Zhanna Pintusevich qui lui
avait subtilisé le titre mondial du 100 m en 2001,
Jones a pris sa revanche en 2002. Elle a dominé
trois fois sa rivale en trois rencontres et terminé la
saison sur un formidable bilan de 59 victoires en
60 courses depuis 1997.
Outre celui de Montgomery, l’unique record du
monde battu en 2002 est sujet à caution. Le Marocain Brahim Boulami, auteur d’un nouveau record
sur 3 000 m steeple mi-août à Zurich en 7′ 53″ 17,
a en effet été contrôlé positif à l’EPO à la veille de
sa course.
L’autre grosse affaire de dopage révélée au cours
de la saison concerne le Belge d’origine marocaine
Mohamed Mourit, champion du monde de cross,
également contrôlé positif à l’EPO.
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SPORTS ET RÉSULTATS
197
AUTOMOBILE
Schumi tue le suspense
La troisième victoire consécutive de Michael
Schumacher dans le Championnat du monde des
pilotes de F1 était presque écrite. Impérial en 2000
et 2001, l’Allemand bénéficiait une fois encore de la
meilleure des montures. Après avoir mis quelques
saisons à apprivoiser la Ferrari, Schumi en a fait
un bolide invincible au point d’empocher le titre
mondial à mi-saison, tuant ainsi tout l’intérêt de la
compétition. Dans les années 80 déjà, McLaren et
Williams avaient déjà écrasé ainsi le Championnat
du monde de formule 1, mais, à l’époque, à l’image
des célèbres duels entre Alain Prost et Ayrton Senna, deux pilotes se disputaient la suprématie au sein
de ces écuries vedettes.
Onze fois victorieux en 2002, contre neuf la saison
précédente, Michael Schumacher prend désormais
le large au nombre des victoires en Grand Prix (64
dont 45 avec Ferrari), loin devant Alain Prost (51),
et il rejoint le mythique Juan Manuel Fangio au
nombre des titres mondiaux avec cinq couronnes.
Avant de faire triompher trois fois la Scuderia, l’Allemand avait en effet été champion du monde à deux
reprises avec Benetton en 1994 et 1995. Au passage,
il a pulvérisé de nombreux records : le sacre le plus
précoce (à six courses de la fin), dès juillet en France,
le nombre de succès en une saison (11), le nombre
de points marqués dans un championnat (144 sur
170 possibles), ainsi qu’une présence sans faille sur
le podium lors des dix-sept Grand Prix avec cinq
deuxièmes et une troisième places.
Un grand chambardement ? Le Brésilien Rubens
Barrichello, coéquipier modèle et discipliné de
Schumacher chez Ferrari, s’étant adjugé cinq victoires, la concurrence a dû se disputer de bien
maigres miettes : Williams et McLaren se sont imposés une fois chacun grâce à Ralf Schumacher et
David Coulthard. Pis : la stratégie d’équipe de la Scuderia a souvent choqué les observateurs, comme
en Autriche, lorsque Barrichello, en tête, avait laissé
passer son « patron » lors du dernier tour, respectant
ainsi les consignes au détriment de l’esprit sportif.
En retour, Schumacher laissa au moins trois fois (en
Hongrie, en Italie et aux États-Unis) la victoire au
Brésilien pour lui garantir une place de deuxième
au classement général.
Privée de suspense, la F1 version 2002 a connu une
véritable crise. Les audiences télévisées et les entrées payantes sur les circuits ont été en chute libre
au point de provoquer une réflexion en profondeur
chez les responsables de la F1 et la menace d’un
grand chambardement dans les règlements afin de
ménager l’intérêt de la compétition, au risque de
pénaliser l’écurie le plus en pointe de ces dernières
années. Chez Ferrari, on se refuse pour l’instant à
associer une seconde tête d’affiche à Michael Schumacher afin de générer un spectacle né d’une lutte
interne.
Grönholm et Peugeot intouchables
Dans le Championnat du monde des rallyes, le
suspense a été légèrement plus soutenu qu’en formule 1. Sur l’invincible Peugeot 206, le Finlandais
Marcus Grönholm, déjà sacré champion du monde
en 2000, s’est adjugé un deuxième titre lors du Rallye de Nouvelle-Zélande, avant même les deux dernières épreuves. Avec huit victoires (5 pour Grönholm et 3 pour Gilles Panizzi) en quatorze manches,
huit doublés, un triplé, le constructeur français a décroché un troisième titre mondial des constructeurs
consécutif et une deuxième couronne pour Grönholm, marquant la saison 2002 de sa suprématie.
Encore en piste sur les routes des rallyes en 2003, la
206 sera remplacée par la 307 en 2004.
Impérial, Grönholm a surpassé son coéquipier, le
tenant du titre Richard Burns, très décevant malgré
la qualité de sa voiture et qui a privé les amateurs du
duel annoncé entre les pilotes Peugeot.
Burns absent, c’est le jeune Norvégien Petter Solberg, vainqueur à Cardiff du premier rallye de sa carrière sur Subaru, qui s’empare de la deuxième place
du Championnat du monde et décroche le titre de
révélation de la saison.
BASKET
Les Américains à terre
Les États-Unis abordaient avec beaucoup d’ambition les Championnats du monde disputés dans
leur fief d’Indianapolis. Mais ce n’est que l’ombre
d’une Dream Team qui s’est alignée lors des dix
jours de compétition. Finalement sixièmes – la plus
mauvaise place de leur histoire –, les Américains,
qui se présentaient avec un bilan de 58 succès
consécutifs, ont été successivement battus par l’Argentine en match de poule, par la Yougoslavie en
quarts de finale et par l’Espagne lors de la rencontre
de classement.
Basée sur le talent de ses individualités, l’équipe
composée des stars de la NBA – certes privée de
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Shaquille O’Neal blessé – n’a pas su créer l’esprit
de groupe nécessaire dans toute compétition
internationale et a concédé sa première défaite
internationale depuis la participation de joueurs
du championnat professionnel. À l’inverse, la
Yougoslavie de Divac, championne d’Europe, a
su fédérer ses stars pour décrocher le cinquième
titre mondial de son histoire. Privé de nombreux
poids lourds en raison des modes de sélection
et du nombre d’équipes restreint (16), le Championnat du monde 2002 a permis l’émergence
de pays neufs tels que l’Argentine, premier bourreau des Américains et surprenant finaliste, et la
Nouvelle-Zélande.
Chez les dames, en revanche, la logique a été totalement respectée lors des Championnats du monde
disputés en Chine. États-Unis, Russie, Australie...
le podium est le même que celui des Mondiaux
précédents disputés en 1998. Championnes olympiques et désormais septuples championnes du
monde, les Américaines vengent ainsi leurs décevants homologues masculins.
Les Lakers triplent
Absent du Mondial, Shaquille O’Neal a en revanche
permis le triomphe des Los Angeles Lakers dans le
championnat NBA. Victorieux des New Jersey Nets
par 4 victoires à 0 lors de la finale, les Californiens
ont donc réussi un sans-faute pour remporter le
neuvième titre de l’histoire du club et réussir le premier triplé de leur palmarès. Installés à Los Angeles
en 1960, les Lakers s’étaient déjà illustrés en remportant cinq titres dans la ville de Minneapolis. Sacré
meilleur joueur de la finale pour la troisième année
consécutive, Shaquille O’Neal restera le grand bonhomme de la saison. Mais cette nouvelle victoire
est également à mettre au crédit de l’entraîneur
Phil Jackson, désormais neuf fois champion NBA, six
avec les Chicago Bulls et trois avec les Lakers.
Europe : le Panathinaïkos au sommet
Dans l’Euroligue, compétition majeure entre clubs,
les Grecs du Panathinaïkos ont créé la surprise en
dominant une équipe de Bologne qui avait l’avantage du terrain.
Chez les dames, un an après sa défaite en finale
européenne face à Bourges, c’est un autre club français, Valenciennes, qui a remporté l’Euroligue pour
la première fois de son histoire en battant les Polonaises de Gdynia. Championnes de France devant
Bourges, les Nordistes réussissent ainsi une saison
sans faute.
Dans le Championnat de France masculin, Villeurbanne a également renversé la tendance. Le club
de la banlieue lyonnaise, qui s’était incliné face à
Pau-Orthez dans la finale 2001, s’est cette fois imposé sans conteste, 2 victoires à 0, sur les joueurs
pyrénéens.
BOXE
Tyson au tapis
Le Britannique Lennox Lewis a remporté le combat
tant attendu et maintes fois reporté contre Mike Tyson, l’ancien champion du monde des lourds. Il n’a
pas fallu plus de huit reprises au géant britannique
pour démolir le mythe Tyson, qui rêvait de revenir
au sommet après les cahots extra-sportifs de sa carrière. À trente-six ans, Lewis s’est donc offert à Memphis sa quarantième victoire pour deux défaites et
un nul. Tyson, lui, a encaissé là sa quatrième défaite
pour 49 succès. « Tyson a dominé le monde à dixneuf ans mais moi, comme le bon vin, je me suis
bonifié en vieillissant. C’est moi le maître », jubilait
Lennox Lewis après sa victoire.
De retour après quinze mois d’absence, Oscar de
la Hoya a lui aussi frappé un grand coup. Opposé
à son compatriote Fernando Vargas, également
d’origine mexicaine, l’Américain de vingt-neuf
ans n’a pas fait de détail pour reconquérir le titre
unifié WBA-WBC des super-welters au cours d’un
combat qui a tenu toutes ses promesses. De la
Hoya est désormais crédité de 35 victoires, dont
29 avant la limite, pour deux défaites, face à Felix
Trinidad et Shane Mosley. Ce dernier a lui-même
été battu lors d’un autre combat-événement
dans la catégorie inférieure des welters par Vernon Forrest, qui affiche désormais, lui, un palmarès vierge de défaite.
Dans la catégorie des mi-lourds, l’Américain Roy
Jones a par ailleurs défendu victorieusement son
titre unifié en dominant notamment le modeste
Australien Glen Kelley.
CYCLISME
Armstrong, quatrième
L’Américain Lance Armstrong, patron du Tour de
France depuis 1999, n’a pas longtemps laissé planer
le suspense sur la 99e édition de la Grande Boucle,
la plus courte de l’histoire avec seulement 3 277 km
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SPORTS ET RÉSULTATS
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parcourus. À trente ans, le Texan s’est offert une
quatrième victoire consécutive, acquise, une nouvelle fois, avec la manière et grâce à quatre victoires
d’étape. Relégué à plus de 7 minutes, son dauphin,
l’Espagnol Joseba Beloki, n’a rien pu faire. À l’inverse
des autres années où il avait surtout construit ses
succès dans les étapes contre-la-montre, Armstrong a cette fois gagné le Tour dans la montagne.
Il a notamment écrasé ses rivaux dans le plateau
de Beille, trois jours après avoir laissé le Colombien
Severiano Botero créer la surprise dans le premier
contre-la-montre. Assisté par des équipiers de choc
au sein de la formation US Postal, Armstrong s’est
emparé du maillot jaune le jour de sa victoire dans
l’étape pyrénéenne de la Mongie, pour ne plus jamais l’abandonner malgré la froideur manifeste du
public français.
Victime d’un cancer en 1996, Armstrong le miraculé
dépasse son compatriote Greg LeMond, triple vainqueur, et rêve désormais de rejoindre le prestigieux
club des quintuples lauréats de l’épreuve : Jacques
Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel
Indurain. Mieux, de devenir le premier coureur à six
victoires. Une perspective qui n’est pas surréaliste
en l’absence de relève digne de ce nom. Son rival
annoncé, l’Allemand Jan Ullrich, a en effet accumulé
les malheurs en 2002. Après avoir dû renoncer à
l’essentiel de la saison en raison d’un genou douloureux, le lauréat du Tour 1997 a été contrôlé positif
aux amphétamines pendant sa rééducation.
Rumsas jette une ombre
Épargné par les scandales durant les trois semaines
de course, le Tour a été rattrapé par les affaires de
dopage après son arrivée sur les Champs-Élysées. Le
jour de la dernière étape en effet, l’épouse du Lituanien Raimondas Rumsas, troisième de l’épreuve qu’il
disputait pour la première fois, à trente ans, était
arrêtée dans les Alpes en possession de nombreux
produits pharmaceutiques, notamment des corticoïdes, de la testostérone, de l’EPO. À l’issue d’une
garde à vue rocambolesque, durant laquelle elle n’a
cessé de soutenir que les produits étaient destinés
à sa mère, Edita Rumsas était emprisonnée durant
plusieurs mois, et la crédibilité du podium du Tour
de France, sérieusement entachée.
Jalabert s’en va
Mais, du Tour 2002, il restera d’autres images que
celles d’un Armstrong intouchable ou d’un Rumsas
suspecté. Pour de nombreux spectateurs français, et
malgré la formidable victoire du revenant Richard
Virenque en haut du mont Ventoux, le véritable héros de l’épreuve restera Laurent Jalabert. Auteur de
deux longues échappées dans les Pyrénées, « Jaja »
a véritablement animé une course jouée d’avance
avant d’annoncer sa décision de mettre un terme
à sa carrière à la fin de la saison. À trente-quatre
ans, Jalabert s’en va après presque vingt ans de car-
rière et 139 victoires, dont un titre de champion du
monde du contre-la-montre et un Tour d’Espagne.
Privé de victoire d’étape dans le Tour malgré ses
audacieuses tentatives, le Français est finalement
monté deux fois sur le podium à Paris, remportant
les maillots de meilleur grimpeur et de coureur
le plus combatif, comme en 2001. Autre coureur
honoré, l’Australien Robbie McEwen, vainqueur du
sprint sur les Champs-Élysées, a remporté le classement par points et détrôné ainsi l’Allemand Erik
Zabel, six fois lauréat du maillot vert.
L’Italie aux deux visages
Au rayon des déceptions du Tour de France, il faut,
une fois encore, ranger le peloton des Italiens. Victorieux d’un seul Tour en trente ans (Marco Pantani
en 1998), les Transalpins ont une fois de plus brillé
par leur absence dans la Grande Boucle. Seul Dario
Frigo a sauvé l’honneur en décrochant une victoire
d’étape.
Inexistante sur le Tour, l’Italie s’est rachetée lors des
Championnats du monde disputés à Zolder, en
Belgique. Sur un circuit plat, taillé sur mesure pour
les sprinters, Mario Cipollini, vétéran de trente-cinq
ans, s’est offert le titre mondial lors d’une épreuve
qu’il disputait pour la première fois de sa carrière et
a pris la succession de Gianni Bugno, dernier champion du monde italien, sacré en 1992. Sur les routes
des classiques, les Italiens ont également brillé
en remportant six épreuves de Coupe du monde
sur dix. Au classement général, c’est Paolo Bettini,
vainqueur pour la deuxième fois de Liège-Bastogne-Liège, qui s’impose devant le Belge Johann
Museeuw, victorieux de Paris-Roubaix, et un autre
Italien, Michele Bartoli.
Les Français déçoivent sur la piste
Autrefois propriété presque exclusive des Français,
les titres sur piste ont été redistribués lors des championnats du monde disputés à Copenhague, où les
Australiens et les Britanniques ont brillé. Maître de
la vitesse et du kilomètre, Arnaud Tournant a abandonné ses deux titres et la France, championne du
monde en 2001, n’est même pas montée sur le podium de l’épreuve de vitesse par équipes. L’unique
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JOURNAL DE L’ANNÉE - ÉDITION 2003
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titre tricolore a été arraché in extremis par l’équipe
de course à l’américaine. Un mauvais cru.
ÉQUITATION
L’Allemagne en retrait, la France en forme
Les cinquièmes Jeux équestres mondiaux à Jerez
de la Frontera ont été le théâtre de changements
dans la hiérarchie mondiale de l’équitation. Certes
les Allemands, quatre fois médaillés lors des JO de
Sydney, restent les meilleurs cavaliers si l’on se fie
au palmarès final, mais ils ont cédé beaucoup de
terrain à leurs rivaux, notamment en saut d’obstacles et en concours complet. Il n’y a qu’en dressage que les cavaliers d’outre-Rhin ont conservé
leur suprématie grâce à la victoire de Nadine
Cappelmann en individuel et à leur victoire par
équipes.
La France a elle quitté l’Andalousie, riche de succès inespérés qui la placent devant la GrandeBretagne au classement des nations. En concours
complet, Jean Teulère a décroché une médaille
d’or en individuel et une d’argent par équipes.
En saut d’obstacles, douze ans après son titre de
champion du monde, Éric Navet a lui failli rééditer
l’exploit, ne s’inclinant que pour quelques points
devant l’Irlandais Dermott Lennon et remportant
ainsi une médaille d’argent. Une déception vite
oubliée grâce à l’or conquis par l’équipe de France
de saut.
ESCRIME
La Russie en pointe
Avec neuf médailles, dont six en or, la Russie a largement dominé les Championnats du monde d’escrime, profitant par ailleurs de la méforme d’autres
nations de tradition comme l’Italie ou la France. Star
d’une sélection russe souveraine, le sabreur Stanislav Pozdniakov l’a emporté en individuel et par
équipes, comme en 2001. Plus inattendue, la victoire des fleurettistes féminines a sonné le glas de
l’ère italienne. Svetlana Bojko et Ekaterina Youcheva,
médaillées d’or et d’argent en individuel, n’ont laissé
que des miettes à Valentina Vezzali, la double championne olympique de Sydney.
Nation phare lors des Mondiaux de Nîmes en 2001,
la France a été en demi-teinte, réalisant son plus
mauvais score depuis cinq ans, sans doute paralysée par les séquelles de l’affaire Flessel. La double
championne olympique d’épée, porte-drapeau de
sa délégation, a en effet été contrôlée positive au
coramine glucose quelques semaines avant la compétition. Victime d’une erreur de prescription selon
ses dires, la Française a quitté très vite le tableau et
les Tricolores ont dû attendre jusqu’au dernier jour
une première médaille d’or remportée par l’équipe
des épéistes messieurs.
FOOTBALL
Lyon par K.-O.
C’est une finale, une vraie, qu’a connue le championnat de France édition 2002. Au terme d’un
« match K.-O. » inédit opposant les deux premiers
du classement lors de la dernière journée, le deuxième, Lyon, condamné à l’emporter pour s’adjuger le titre, a battu le premier, Lens (3 à 1), à qui un
match nul suffisait.
Dauphin de Lens depuis la quatorzième journée,
Lyon comptait encore huit points de retard à dix
journées de la fin. Mais une fin de saison mieux maîtrisée a permis aux joueurs de l’entraîneur Jacques
Santini de grignoter leur retard sur les Nordistes
pour remporter sur le fil le premier titre national
de l’histoire du club. Équipe la plus régulière depuis plusieurs années, Lyon avait dû se contenter
jusqu’alors de places d’honneur en championnat
(2e en 2001, 3e en 2000 et 1999) et d’un seul succès, en finale de la Coupe de la ligue 2001. Ce titre
est une consécration pour la politique du président
Jean-Michel Aulas, en poste depuis 1987. Remonté
en D1 en 1989 après six ans de deuxième division,
Lyon avait retrouvé les Coupes d’Europe en 1991 et
se signalait depuis par un recrutement ambitieux et
un budget conséquent (91 millions d’euros) dans
un seul but avoué : remporter, enfin, le titre national. Grâce à cette constance, Lyon se qualifie pour la
septième fois en huit saisons pour une Coupe d’Europe – dont trois Ligues des champions. Derrière, le
Paris-Saint-Germain a à nouveau échoué à revenir
au premier plan. Quatrièmes derrière Auxerre, les
joueurs de Luis Fernandez ne sont pas parvenus à
se qualifier pour la plus prestigieuse des compétitions européennes.
À partir de l’édition 2002-2003, l’élite du football français compte deux clubs de plus. Ce sont
vingt équipes qui se disputent le titre national.
Ajaccio, Strasbourg, Nice et Le Havre sont les
nouveaux venus tandis que Metz et Lorient sont
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SPORTS ET RÉSULTATS
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relégués en deuxième division. Un paradoxe
pour le club breton, incapable de défendre ses
chances en championnat mais finaliste de la
Coupe de la ligue et vainqueur de la Coupe de
France.
Zidane au 9e ciel
Sur le front européen, l’année 2002, à défaut de
sourire à de bien pâles clubs français, a encore
été madrilène. Déjà champions d’Europe en 2000,
les Espagnols ont fait respecter la logique en
finale face aux surprenants Allemands du Bayer
Leverkusen, pour remporter la neuvième Ligue
des champions (autrefois Coupe des clubs champions) de l’histoire du club. Ce sacre était écrit au
vu de la composition d’une équipe qui réunit la
plupart des meilleurs joueurs du monde : notamment Raul, Luis Figo, Roberto Carlos et Zinedine
Zidane. Le Français, champion du monde (1998) et
d’Europe (2000) avec l’équipe de France, comble
ainsi la dernière lacune de son immense palmarès
en remportant la compétition de club continentale la plus prisée. Plus grand club du monde, le
Real Madrid s’est en outre offert, au début de la
saison 2002/2003, le meilleur joueur de la Coupe
du monde, le Brésilien Ronaldo, acheté à l’Inter de
Milan. Si la victoire de Madrid dans la C1 n’a pas
vraiment étonné, en revanche celle de Rotterdam
dans la Coupe de l’UEFA était plus inattendue.
Les Néerlandais, qui bénéficiaient de l’avantage
du terrain, ont créé la surprise en dominant Dortmund, champion d’Allemagne.
Les Bleus en reconquête
À peine remis du désastre de la Coupe du monde, les
Tricolores sont repartis en campagne dans l’objectif
de se qualifier pour l’Euro 2004 au Portugal, lors duquel ils défendront le titre continental conquis en
2000. Forcé au départ après le zéro pointé de ses
joueurs en Corée et au Japon, Roger Lemerre a finalement été remplacé, au terme d’un long suspense,
par l’entraîneur de Lyon, Jacques Santini. Ancien de
la grande équipe de Saint-Étienne, Santini a osé un
grand ménage dans le groupe bleu, déjà marqué
par les retraites de Djorkaeff, Leboeuf et Dugarry.
Le mélange des cadres champions du monde (Desailly, Vieira ou Zidane) et des nouvelles recrues a
vite porté ses fruits : après un nul lors d’un match
amical contre la Tunisie et une victoire poussive sur
Chypre lors du premier éliminatoire de l’Euro, les
Français ont retrouvé leurs réflexes et séduit lors des
deux rencontres suivantes, face à la Slovénie puis
à Malte.
GOLF
Woods, toujours
Sept sur treize, c’est le bilan des victoires de Tiger
Woods dans les derniers tournois du grand chelem.
Sept sur treize, soit plus d’un sur deux : un exploit
au golf. En remportant cette année le troisième
Masters de sa carrière, l’Américain de vingt-six ans
a ajouté une ligne à une légende déjà longue. En
2001, Woods avait réussi le grand chelem sur deux
ans, remportant trois tournois consécutifs en 2000,
agrémentés du Masters en 2001. En 2002, le Californien avait l’ambition de réussir la passe de quatre
sur une seule année. Après avoir remporté les deux
premières levées, le « Tigre » a calé, manquant notamment pour un point la première place de l’USPGA, mais a clairement réaffirmé son objectif pour
2003. Derrière, les rivaux de Woods se sont partagé
les titres. Le Sud-Africain Ernie Els a ainsi remporté
son troisième tournoi majeur dans le British Open,
arrachant la victoire au surprenant Français Thomas Levet en barrage. Lors du quatrième et dernier
grand tournoi, l’USPGA, c’est l’Américain Rich Beem
qui a surpris le numéro un mondial.
Malgré sa domination, Tiger Woods n’a rien pu faire
pour empêcher l’Europe de récupérer la Ryder Cup
perdue en 1999. Lors de la 34e édition de cette
épreuve mythique disputée à Sutton Coldfield en
Angleterre, les golfeurs du Vieux Continent se sont
imposés par 15,5 points à 12,5. Invaincus, l’Écossais
Colin Montgomerie et l’Allemand Bernhard Langer,
notamment, ont contribué au cinquième succès
de l’Europe dans cette compétition. Créée en 1927,
la Ryder Cup a d’abord opposé les États-Unis à la
Grande-Bretagne, puis à l’Europe à partir de 1979.
GYMNASTIQUE
Russie et Roumanie impériales
Le scénario des Championnats du monde 2001 à
Gand s’est répété à Patras, en Grèce, lors des Championnats d’Europe. La Russie, impériale grâce à ses
gymnastes féminines, a été moins brillante chez les
garçons. Seul Alexandre Nemov a réussi à emporter
un titre lors de la finale du sol et les ex-rois de la
discipline, encore favoris à Patras, ont dû se contendownloadModeText.vue.download 204 sur 380
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ter d’une deuxième place par équipes. Ce sont les
Roumains qui ont emporté les deux principaux
titres de l’épreuve. Ceux du concours par équipes et
du concours général individuel grâce à Dan Potra.
Les Grecs, portés par leur public, ont décroché deux
titres par appareil.
Chez les dames, en revanche, la Russie n’a laissé
que des miettes aux autres nations en l’absence des
Roumaines. Victorieuses par équipes, les Russes ont
également glané trois des quatre titres des finales
par appareils et triomphé dans le concours général
grâce à Svetlana Khorkina. Âgée de vingt-trois ans,
celle-ci remporte ainsi son troisième titre continental du concours général – agrémenté d’une
médaille d’or aux barres asymétriques –, égalant le
record détenu par la légendaire Nadia Comaneci. En
remportant trois médailles d’or à Patras, la Russe est
par ailleurs devenue la gymnaste la plus médaillée
aux Championnats d’Europe avec 15 médailles – 10
d’or et 5 d’argent.
Signe de l’internationalisation de la gymnastique,
de nouvelles nations ont fait leur entrée au palmarès européen. Les Pays-Bas, deuxièmes chez les
dames, s’offrent ainsi leur première médaille par
équipes dans l’histoire de la compétition, de même
que l’Italie, troisième.
HANDBALL
La Suède immuable
En s’offrant son troisième titre européen consécutif,
la Suède a confirmé sa domination. Si les Scandinaves semblent indéboulonnables au sommet,
la hiérarchie européenne a bougé au regard de la
compétition. Exit les champions olympiques russes
(5e), les champions du monde français (6e), les Espagnols (7e), les Yougoslaves (10e)... En 2002, les places
d’honneur ont été gagnées par des nations inattendues à ce niveau : finaliste malheureuse, l’Allemagne a ainsi failli créer la surprise en poussant les
favoris suédois aux prolongations. Demi-finalistes,
les Islandais et les Danois n’étaient pas plus attendus. La victoire de la Suède n’est pas pour autant
un bon présage pour l’avenir du handball national :
sur les 16 champions d’Europe, 9 ont en effet plus
de trente ans, et les trois stars de l’équipe – Magnus
Wislander, désigné meilleur joueur du siècle par
ses « confrères », Staffan Olsson, Ola Lindgren –
affichent même trente-huit ans. Un renouvellement s’impose donc avant la campagne olympique
où la Suède, championne du monde en 1990 et
1999, tentera de décrocher en 2004 le seul titre qui
manque à son palmarès. Champions du monde en
2001, les Français ont une nouvelle fois démontré
leur inconstance en terminant à un rang indigne
de leur talent, manquant d’une place la qualification directe pour l’Euro 2004. Dans le championnat
national, Chambéry et Montpellier ont continué
leur rotation en tête du palmarès. Cette saison, c’est
le club languedocien qui a pris la première place
devant les Savoyards.
HOCKEY SUR GLACE
Une première slovaque
La Slovaquie a remporté le premier titre mondial
de son histoire dans un sport collectif. Malgré leur
courte victoire sur la Russie en finale des Championnats du monde disputés en Suède, les Slovaques
sont toutefois loin d’avoir comblé le retard sur leurs
anciens frères tchèques, médaillés d’or en 1996,
1999, 2000 et 2001, et éliminés cette fois en quarts
de finale par les Russes. Exsangue après la partition
du pays, le hockey slovaque s’est reconstruit grâce
à l’expatriation de ses meilleurs éléments vers le
championnat professionnel nord-américain (LNH).
La Slovaquie du capitaine Miroslav Satan fait désormais partie du gotha du hockey mondial.
JUDO
Un judo de toutes les couleurs
À Munich, lors des Championnats du monde 2001,
le judo s’était internationalisé avec les victoires inédites d’un Iranien et d’un Tunisien. À Maribor, théâtre
des Championnats d’Europe 2002, la tendance s’est
confirmée. Sur les 39 équipes nationales présentes
en Slovénie, 22 sont reparties avec une médaille. Un
record. Dans ce contexte de plus en plus compétitif,
la France a encore tiré son épingle du jeu en dominant le tableau des médailles devant les Pays-Bas