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magsacem
n° 87
Le magazine
des sociétaires
Sacem
Mai-août
2013
Réseaux sociaux
Mon univers
incontournable !
Page > 06
11 > Décryptage
Espagne
Copie privée terrassée, culture déglinguée !
16 > Coulisses
Taratata
C’était l’autre télé live !
02 Échos | à la une | décryptage | Portrait | coulisses | Agenda
Échos 03
L’ édito
Rapports
Débat Ircam/sacem
L’heure de vérité
Lescure : globalement positif !
Face à l’oubli
numérique
Le 13 mai, Pierre Lescure a remis son rapport au président de la République. Intitulé­
Contribution aux politiques culturelles à l’ère numérique, ce rapport confirme la garantie de la juste rémunération des créateurs à l’ère numérique. Un signe positif
pour la Sacem qui se félicite de voir prises en compte certaines de ses propositions.
Laurent Petitgirard et Jean-Noël Tronc avaient formulé plusieurs pistes parmi lesquelles la valorisation de l’offre légale, le renforcement du dispositif de la copie
privée et l’adaptation de la fiscalité aux enjeux du numérique. D’autres propositions
figurent dans ce document comme le soutien à la gestion collective ou encore la
volonté affirmée de favoriser l’accès de tous à la culture. La Sacem déplore toutefois que la mission ne se soit pas emparée de la question de l’exposition musicale à
la télévision, via la mise en place d’obligations d’investissement et de diffusion. Un
sujet inquiétant qui mobilise plus que jamais la Sacem.
Eh bien, le rapport Lescure aura au moins le mérite de forcer nos
gouvernants à se prononcer clairement, et nous pourrons apprécier, à la lueur de ce qu’il restera de ses propositions les plus significatives, leur détermination à soutenir la création et sa diffusion.
En attendant, je leur suggère d’écouter Tout un monde lointain, le
magnifique concerto pour violoncelle et orchestre d’Henri
Dutilleux­, immense compositeur, sorte de « trésor national », que
le monde de la musique a salué, lors de son enterrement à Paris,
en l’absence de tout représentant de l’État.
•
Laurent Petitgirard,
compositeur, chef d’orchestre, membre de l’Institut
et président du Conseil d’administration de la Sacem
Contrôle : des progrès remarqués
Dans son rapport annuel, la Commission permanente de contrôle des sociétés de
gestion collective, émanation de la Cour des comptes, souligne les progrès de la
Sacem­sur sa gestion. Elle relève des avancées significatives dans les domaines tels
que la gestion de la trésorerie et les placements, la comptabilité, la politique salariale
et le contrôle des rémunérations, la procédure d’engagement des frais…
Hommages
Henri Dutilleux,
Georges Moustaki,
Teri Moïse
•
\ Pour en savoir plus : sacem.fr.
Triste printemps, avec les disparitions de trois grandes
figures de la Sacem. L’ immense compositeur Henri
Dutilleux s’est éteint le 22 mai. Plusieurs de ses œuvres
ont été créées par des interprètes majeurs du xxe siècle,
dont Mstislav Rostropovitch. Maintes fois récompensé,
Henri Dutilleux a notamment remporté le Grand prix
national de la musique pour l’ensemble de son œuvre.
La Sacem lui avait remis, en 2010, la médaille d’or Sacem,
afin de lui témoigner sa reconnaissance, son admiration
et saluer son exceptionnelle carrière.
Le 23 mai, c’est une autre grande figure de la création
musicale qui nous quittait : Georges Moustaki, dont
le nom restera lié à l’une des plus belles pages de notre
patrimoine. Ambassadeur de la francophonie aux quatre
vents, il est l’auteur de chefs-d’œuvre tels que Milord,
Le métèque ou encore Ma liberté. Parmi les interprètes
célèbres qui ont porté sa parole, Édith Piaf, Barbara, Serge
Reggiani, Henri Salvador, Yves Montand… En 2004,
la Sacem lui avait remis le Grand prix de la chanson.
Autre disparition, celle de Teri Moïse. Cette auteurecompositrice et interprète de talent nous a quittés le 7 mai.
La Sacem lui avait décerné, en 1997, le prix Vincent-Scotto
pour sa chanson Les poèmes de Michelle.
•
Économie
Participez à la vie
de votre société
Votez pour vos représentants ! Le 18 juin, seront élus un tiers des membres du
Conseil d’administration, de la commission des programmes et de la commission
des comptes ainsi que la totalité des membres de la commission prévue à l’article
R. 321-6-3 du code de la propriété intellectuelle.
Rendez-vous dans votre espace réservé sur sacem.fr pour consulter le nom et la
biographie des candidats. Trois modes de vote au choix : en ligne sur sacem.fr du
17 mai 9 h au 17 juin 12 h depuis votre espace réservé 1, par correspondance (pour
les sociétaires professionnels et définitifs jusqu’au 17 juin à 12 h), sur place (lors
de l’Assemblée générale, le 18 juin de 13 h à 16 h, au siège de la Sacem
à Neuilly-sur-Seine).
magsacem | | Le magazine des sociétaires Sacem | Directeur de la publication : Jean-Noël Tronc | Directrice de la rédaction : Catherine Boissière | Comité de rédaction : Olivier
magsacem # 87
Changer
les regards
Assemblée générale
•
•
\ Pour en savoir plus : Tél. 01 47 15 48 48
© J.-B. MILLOT
Bernard, Laurence Bony, Olivia Brillaud, Louis Diringer, Patrick Fontana, Claude Gaillard, Claude Lemesle, Karine Mauris, Alejandra Norambuena-Skira, Laurent Petitgirard, Cécile Rap
Veber, David Séchan, Arlette Tabart et Christophe Waignier | Signatures : Mónica Andrade Pedraja, Philippe Astor, Thomas Blondeau, Éléonore Colin, Laurent Coulon et Éloïse Dufour |
Ont collaboré à ce numéro : Cécile Andries, Bernadette Bombardieri, Claire Giraudin, Olivier Le Covec, Nicolas Pribile et Chantal Romanet | Direction artistique : Jessica Couty
et Marie-Christine Fhrepsiadis | Maquette et mise en pages : Agence 21 x 29,7 | Impression : Corlet Roto – BP 46 – 14110 Condé-sur-Noireau | Magazine imprimé sur
du papier recyclé | Le magazine des sociétaires Sacem est publié tous les quatre mois | No ISSN 2108-8802 | Sacem – Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique |
Société civile à capital variable immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Nanterre sous le numéro D 775 675 739 | Siège social : Sacem – Département relations
professionnelles et communication – 225, avenue Charles-de-Gaulle – 92528 Neuilly-sur-Seine Cedex | Tél. : 01 47 15 47 15 | Couverture : © Marc Chesneau |
« Postérité, devenir, oubli : l’œuvre du
numérique ». C’est le thème des premières
répliques Art-Science organisées par l’Ircam
en partenariat avec la Sacem du 12 au
14 juin 2013. Quelle pérennité pour les
œuvres conçues avec une technologie dont
on connaît l’obsolescence ? Quelles
stratégies face à l’oubli numérique ? Artistes,
ingénieurs et scientifiques internationaux
échangeront sur ces questions, qui
concernent tous les domaines de la
connaissance et de l’art, de l’archivage
et de la création, les 12 et 13 juin à l’Ircam
et le 14 à la Sacem. Parmi les nombreux
intervenants, Régis Debray, Pierre Boulez,
Jean-Michel Jarre, Pierre Lemarquis, Bruno
Racine… La ministre déléguée à l’Innovation
et à l’Économie numérique, Fleur Pellerin, a
été invitée à venir clore ces trois journées de
débat s’inscrivant dans le cadre du festival
pluridisciplinaire Manifeste.
1. Pour les sociétaires ne disposant pas encore d’un code d’accès : connectez-vous sur sacem.fr et
cliquez sur le lien « Pas de code ? » afin de demander votre identifiant et votre code confidentiel.
Vous les recevrez par courriel.
mai-août 2013
Et si les industries culturelles et créatives
étaient des remparts à la crise ? Elles sont
en tout cas bénéfiques à l’économie
française selon une étude réalisée par
le cabinet Ernst&Young, qui devrait être
publiée à la rentrée. Commandée par les
représentants des industries culturelles,
et initiée par la Sacem, cette étude montre
le rôle majeur de ces industries
dans la création de valeur et d’emplois
– généralement, non délocalisables –
pour notre pays.
C’est notamment à travers elles que se joue
l’avenir numérique de la France.
Une publication qui devrait changer les discours
et les regards sur les métiers de la culture.
À suivre…
•
©René Pichet
N
ous connaissons enfin les conclusions du rapport de la mission
Lescure.
Chacun les interprétera selon sa sensibilité,
mais elles ont le mérite de prendre clairement position sur des points qui avaient alimenté tous les espoirs et toutes les craintes.
La fin de l’Hadopi, par le biais d’un transfert au CSA (Conseil
supérieur de l’audiovisuel), est un épiphénomène ; c’est le maintien du concept de riposte graduée qui est essentiel. La suppression de la coupure de l’accès à Internet comme sanction, qu’un
juge n’aurait de toute façon jamais prononcée, peut aider à renforcer la légitimité de la sanction, que celle-ci soit judiciaire ou
administrative.
Les échanges illicites à but non lucratif (appellation qui semble
plus juste que celle, très laxiste, « d’échanges non marchands »)
resteraient donc passibles d’une sanction, voilà qui a le mérite
d’être clair.
Le soutien affiché à la copie privée est réconfortant ; l’idée d’une
nouvelle taxe destinée à soutenir la musique et l’audiovisuel
semble, pour sa part, ne convaincre personne, à commencer par
le ministre de l’Économie et des Finances.
À force d’attendre ce rapport, tout le monde a l’air d’avoir oublié
que ce ne sont là que des propositions, qui devront être validées
par un Gouvernement, puis un Parlement, pour lesquels la musique paraît ne pas être une telle priorité, sans parler des nombreuses pistes évoquées, qui devraient être validées par Bruxelles.
Car oublions les colloques, les réunions de travail, les rapports,
les projets, et examinons en détail ce qui a été réalisé.
Depuis des mois, la musique fait les frais d’une rigueur budgétaire adossée à un manque de vision à long terme, dont les
conséquences sont déjà tragiques pour les créateurs, leurs éditeurs, leurs interprètes et leurs producteurs.
Le projet du CNM a vécu et la protection de notre système éducatif
s’est arrêtée à la porte de nombreux conservatoires, qui voient la
dotation du ministère baisser drastiquement, comme si l’enseignement artistique était moins sacré que les autres, et aucune mesure
concrète d’envergure n’est venue soutenir la filière musicale.
Ceux qui sont prêts à tout encaisser en se disant que grâce à
ces sacrifices, le régime des intermittents du spectacle sera
préservé dans son intégralité, risquent d’être bien déçus dans
les semaines qui viennent.
04 Échos | à la une | décryptage | Portrait | coulisses | Agenda
Échos 05
Exception culturelle
L’ appel des créateurs !
Vidéos YouTube : vos
droits d’auteur le 5 juillet !
\ Pour en savoir plus : pétition en ligne sur sacem.fr
Plusieurs dizaines de milliards de vidéos contenant du
répertoire Sacem ont été visionnées sur YouTube
depuis 2010. Les droits d’auteur correspondants seront
répartis cet été, de manière individualisée.
Répartition du 5 avril 2013
Tendance
générale
89,3 M€ ont été mis en répartition par
la Sacem le vendredi 5 avril 2013, soit
une évolution de + 7,85 % par rapport
à avril 2012. Près de 50 % du montant
total correspondent aux droits en
provenance de l’étranger. Le secteur
des usagers communs progresse
de 72,1 %, essentiellement à la suite de la
mise en place d’une autorisation
multiterritoriale délivrée à la société Mood
Media pour les œuvres de sonorisation de
lieux publics. Le secteur des droits
phonographiques connaît une
progression de 25,1 %, due à
l’augmentation des droits en provenance
des contrats types producteurs
indépendants et des autorisations œuvre
par œuvre. La copie privée est
en hausse de 22,7 % (bonne tenue du
marché sur les disques durs externes
et les téléphones mobiles multimédias).
La vidéo baisse, en revanche, de 20,3 %.
Enfin, le online continue de progresser,
en partie grâce à des régularisations :
les ringtones (+ 49,7 %), le
téléchargement (+ 137,4 %) et le
streaming (+ 10,6 %).
•
•
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•
•
\ Prochaines répartitions : vendredi 5 juillet
2013 et vendredi 4 octobre 2013.
\\ Informations sur les répartitions
précédentes : sacem.fr > Mon espace
> Ma répartition > Données des répartitions.
magsacem # 87
•
2010, 2011, 2012. Les droits d’auteur
générés par les vues sur YouTube
pendant ces trois années seront répartis
le 5 juillet. Ce jour-là, les sociétaires
de la Sacem verront apparaître sur leurs
feuillets le détail de ce qu’ils ont gagné.
La qualité des données fournies par
YouTube permet en effet d’afficher sur
les feuillets de répartition les titres des
œuvres réparties avec les montants
correspondants ainsi que le nombre
de vues.
Sur un pied d’égalité
Le contrat qui couvrait cette période
porte exclusivement sur les visionnages
ayant eu lieu en France pour l’ensemble
du répertoire géré par la Sacem.
YouTube a fourni des informations
détaillées pour chaque vidéo,
notamment le nombre de visualisations
par type de contenus – Premium Music
Partner, Premium Non Music Partner
ainsi que les contenus générés par
les utilisateurs (UGC) – sans toutefois
être en mesure de préciser le niveau de
monétisation de ces différents services.
C’est pourquoi les données de ces trois
années sont traitées sur un pied
d’égalité, chaque visualisation se voyant
attribuer le même montant de droits.
La répartition des droits est
individualisée par titre et par ayant droit.
Le partage entre droit d’exécution
publique et droit de reproduction
Ils ont dit
Je crois que l’art
est indispensable
à l’être humain,
que l’art est la
nourriture de l’âme, tout ce
que l’homme peut et l’animal
ignore. Je crois que la copie
privée fait partie de la
solution et non du problème. »
mécanique s’effectue selon la clé
75 %/25 %.
Un seuil minimal
Sur la base des informations recueillies
et en supposant que chaque vidéo
contienne du répertoire, une vue serait
rémunérée six millièmes de centime
d’euro (0,00006 euro). D’où la nécessité
de fixer un seuil minimal de vues à partir
duquel les données doivent être prises
en compte pour effectuer une répartition
économiquement viable. Ainsi, seules
les vidéos qui ont été vues au moins
cinquante mille fois (ce qui équivaut
à 3 euros de droits) en France au cours
des trois années seront prises en
considération, pour autant qu’elles fassent
appel au répertoire de la Sacem.
Réalisateurs
Les droits des réalisateurs seront payés
un peu plus tard… lors de la répartition
d’octobre 2013. La complexité
des opérations liées au traitement des
données remises par YouTube oblige
à clairement identifier les réalisations
déclarées à la Sacem pour effectuer
une répartition dans des conditions
aussi précises que pour les œuvres
musicales. Un décalage calendaire
pour une rémunération qui se veut
toujours plus juste pour les ayants
droit !
•
Diane Tell, auteur, compositeur et interprète.
\Retrouvez la vidéo sur www.dianetell.com/la-copie-priveeca-sert-a-quoi/
Les coups de cœur de…
Didier Varrod
directeur de la Musique à France Inter.
Album
The Golden Age
Woodkid
C’est un grand disque, ambitieux
et généreux à la fois. Une épopée
fantastique, où le passage douloureux
de l’enfance à l’âge adulte est raconté
en musique avec une véritable vision
moderne, où toutes les stylistiques
musicales d’aujourd’hui se croisent de
façon inconsciente : la pop, le hip-hop,
la musique électronique et orchestrale.
Des ténèbres, Woodkid touche la lumière.
Concert
Olivia Ruiz à l’Olympia
Elle a remis son titre en jeu et nous a
offert un concert à la fois abrasif et d’une
pure poésie. Éclairage et magnifique
scénographie qui ont porté Olivia vers de
nouvelles contrées, où son album baroque
Le calme et la tempête a pris toute
son ampleur.
Découverte Internet
Fauve
Ce n’est plus une surprise. Le collectif
Fauve a réussi à enflammer la toile pour
de bonnes raisons. L’ urgence du
désespoir, une écriture dense et incisive,
une musique entre pop et hip-pop qui
invente une nouvelle définition de
la chanson hexagonale. Prodigieux.
•
Télex
\ Le 6 mars dernier, l’Académie des Beaux-Arts a élu Gilbert Amy et Thierry Escaich dans la section de composition musicale. Deux
compositeurs qui ont une place toute particulière dans l’histoire de la création musicale. \\ Le Fonds franco-allemand pour la
musique contemporaine se dote d’un comité d’honneur. Les compositeurs Helmut Lachenmann et Philippe Manoury ainsi que les
deux anciens ministres de la Culture, Christina Weiss et Jacques Toubon, en seront les ambassadeurs. Initié et soutenu par la Sacem,
Impuls neue Musik a accompagné près de quatre-vingts projets depuis sa création, en 2009. \\\ Fête de la musique : la Sacem
ouvre ses portes. Pour la première fois de son histoire, la Sacem ouvre ses portes au grand public, le vendredi 21 juin prochain. À
travers un itinéraire d’une heure environ, alliant rencontres avec des créateurs et des salariés, ce sont les missions quotidiennes de la
Sacem au service de la création musicale qui seront présentées aux visiteurs. Quoi de plus naturel, pour cette grande première qui se
déroule au siège social de la Sacem, à Neuilly, de 11 h à 16 h, que d’entrer dans la lumière le jour où la musique est traditionnellement
célébrée ! Inscription sur sacem.fr. \\\\ Le service Accueil et Admissions de la Sacem sera exceptionnellement fermé le 21 juin.
\ Pour en savoir plus : sacem.fr
mai-août 2013
© Christophe abramowitz/RADIO FRANCE
Répartition
Moins de quarante-huit heures après son lancement, mardi 28 mai, plus de cent
cinquante artistes et professionnels de la filière musicale avaient déjà signé la pétition en faveur de l’exception culturelle. Objectif : appeler les chefs d’État et de gouvernement européens à se prononcer pour l’exclusion des services audiovisuels et
culturels des négociations de libre-échange entre l’Union européenne et les ÉtatsUnis. C’est une évidence reconnue et partagée par tous : la culture n’est pas un bien
comme un autre et il est crucial pour les créateurs de musique que l’Union européenne se positionne fermement et clairement en faveur de l’exclusion de ces services, tant dans leurs modes de diffusion traditionnels que numériques, du mandat
des négociations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis. Pour
participer à cette mobilisation et signer la pétition, rendez-vous sur sacem.fr !
Échos |
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À la une 07
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Réseaux sociaux
Mon
univers
incontournable !
Services de musique en ligne, chaînes musicales, téléchargement… Les habitudes d’écoute et de consommation de
la musique ont changé, et dans le même temps, bouleversé l’écosystème musical. Et si, derrière les défis à
relever, le Web cachait un florilège d’opportunités pour la
création musicale ? Créatrice de lien social par excellence,
la musique est en tout cas la première industrie culturelle
à s’être emparée de manière proactive des réseaux sociaux. Reportage.
Q
uelques vaches qui paissent tranquillement au milieu des
champs. Un petit village paisible et sans histoire niché au
cœur du Bocage normand à quelques encablures du MontSaint-Michel. Saint-Laurent-de-Cuves et ses presque
500 habitants. À l’ombre de l’église, dans l’unique rue du
village, une charcuterie et une brasserie. Il faut aller chercher le pain
dans la commune voisine. Une localité rurale française victime, comme
tant d’autres, de la désertification. Sans le grain de folie d’un agriculteur, rien ne destinait Saint-Laurent-de-Cuves à accueillir l’un des plus
importants festivals de musique de France. Treize ans, déjà, que les
Papillons de Nuit offrent une programmation où se côtoient têtes
d’affiche et jeunes talents. Peu de moyens humains, techniques et
financiers, mais un festival dont la communication a profité de l’essor
des réseaux sociaux, et notamment de Facebook. « C’est gratuit, et ça
nous permet de toucher une très large audience et aussi les médias », explique
Marie-Claire Mai, responsable de la communication. La page Facebook,
c’est 30 000 fans, soit 10 000 de plus que la capacité d’accueil quotidienne du festival. Chaque année au mois de mai, le public afflue de
partout, de Normandie, de Paris et d’ailleurs en France. Mais il n’y a
pas que Facebook, dans la vie du festival. Depuis l’an dernier, les Papillons de Nuit ont recruté un community manager bénévole afin d’affirmer encore un peu plus leur présence sur le Web : Twitter, Instagram,
magsacem # 87
mai-août 2013
© Flore-Ael Surun/Tendance floue
06
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| décryptage | Portrait | coulisses | Agenda
•••
« Depuis deux ans, nous avons une forte
stratégie de community management.
Nous sommes présents sur de nombreuses
plateformes et les utilisons toutes.
La plupart de nos artistes sont actifs
sur les réseaux sociaux. Nous les
accompagnons et intervenons sur des
parties plus techniques, comme l’organisation
d’un concours en ligne, par exemple. »
Junior Parado, community manager du label Because.
ASM (A State of Mind) lors
du festival Papillons de Nuit,
en 2012.
34 % des internautes suivent
des artistes musicaux
sur les réseaux sociaux
(Ifop, janvier 2013).
Nouveau marketing
Promue par une publicité sur Facebook pour un
budget d’à peine 75 euros, la vidéo qui annonçait la
programmation officielle de l’édition 2013 des Papillons de Nuit a été vue plus de 70 000 fois sur le mur
des fans du festival et celui de leurs amis quelques
semaines avant le début du festival. Une opération
réussie, bel exemple de la « viralité » positive, propre
magsacem # 87
au Web 2.0 ! « L’avantage de Facebook, c’est qu’on a des
statistiques immédiates, poursuit la responsable de la
communication du festival. L’engagement du public
est visible tout de suite. » Ces statistiques, le festival les
met en avant dans ses négociations : « Il est important
de faire savoir que, lorsque nous postons un message sur
Facebook, il sera vu par 10 000 ou 15 000 personnes ».
Les idées pour développer cette nouvelle dimension
marketing ne manquent pas. Autre format, autre
stratégie. Au cœur de Budapest, en Hongrie, le Sziget
Festival a accueilli, en août 2012, plus de 350 000
festivaliers venus de l’Europe entière pour assister à
plusieurs centaines de concerts sur une cinquantaine
de scènes. À cette échelle, la stratégie numérique
joue un rôle clé pour créer une relation de proximité
entre le festival et son public. Aisément accessible,
le site Internet du festival s’affiche en vingt langues
différentes. Les comptes Twitter et Facebook se déclinent également par pays et permettent aux organisateurs de garder un contact direct avec les internautes tout au long de l’année. « Notre public vient de
plus en plus de l’étranger, explique Andras Derdak, le
responsable de l’antenne française. L’an dernier, pour
la première fois, il y avait plus d’étrangers que de Hongrois ! » La page Facebook de Sziget France agrège, à
elle seule, plus de 20 000 fans. Sur Flickr, service de
gestion et de partage de photos en ligne, le festival
propose de nombreuses photos. Sur Soundcloud, ce
sont les sons de ses tremplins et sur YouTube, une
quantité de vidéos. « YouTube est très important, estime
Andras Derdak, d’autant que nous avons été le premier
festival diffusé en live sur la plateforme l’an dernier, avec
4 millions de vues. Nous y diffusons aussi beaucoup de
captations et des vidéos de nos artistes. » Andras Derdak
surveille au quotidien les analyses de fréquentation
Un peu maso ?
© Alain Leroy/L’Œil du Spectacle
Foursquare, Dailymotion, Google+ et YouTube. « On
essaie d’alimenter ces réseaux avec d’autres contenus que la
programmation et les infos pratiques. On poste aussi des
photos, des vidéos ou l’actualité des artistes qu’on a accueillis », commente­Marie-Claire Mai. L’un des effets positifs des réseaux sociaux, pour les festivals, ce sont les
nouveaux fans qu’amènent les artistes eux-mêmes. Pour
les Papillons, 2013 fut un bon cru, de ce point de vue,
avec la programmation des rappeurs de 1995 et leurs
485 000 fans sur Facebook. Leader du groupe 1995,
Antoine Guéna, alias Fonky Flav’, confirme cette tendance. « Pour les 25 dates de notre première tournée, fin
2011, pas d’affiches, pas de flyers et pourtant, c’était complet
partout, y compris au Bataclan, à Paris. » Beaucoup de
programmateurs n’y voient que des avantages. Facebook­
leur permet de limiter les dépenses de promo tout en
obtenant un impact maximal. À Strasbourg, la célèbre
salle de musiques actuelles, La Laiterie, programme
près de 150 concerts chaque année. À son actif, plus de
14 000 fans sur Facebook. « Nous avons compris très tôt
que quelque chose était en train de se passer sur ces réseaux
et essayé de trouver le plus tôt possible la façon d’y répondre
dans notre dispositif de promotion de terrain », confie
Thierry Davet, directeur de la Laiterie. « Les réseaux sociaux s’intègrent dans une stratégie globale et sont complémentaires des autres dispositifs mis en place. »
de Google et de Facebook, et prend le temps de regarder attentivement quel post a été le plus lu ou le plus
commenté, et surtout combien de Français ont l’intention de venir ou revenir à Budapest. « L’animation de
ces réseaux représente la moitié de notre charge de travail
en France et dans les pays francophones », confie le
responsable de Sziget France.
Ces nouveaux canaux de communication ont, de manière générale, transformé le lien entre l’artiste et son
public. La relation est désormais directe et court sur le
long terme. Elle n’est pas déformée ou réinterprétée
par des intermédiaires. Les fans deviennent les « ambassadeurs » de leurs artistes favoris sur le Web. Le premier
album de 1995, Paris Sud Minute, sorti en décembre
dernier, cartonne sur le net. Les réseaux sociaux sont
un levier de promotion majeur pour les jeunes créateurs,
même si certains mettent un bémol. « On pourrait se
demander si on n’est pas un peu maso pour s’engager làdedans ! », commente, toutefois, Pamela Hute, jeune
auteure-compositrice et interprète au sein d’un trio
parisien. « Se confronter seul aux critiques et aux réactions
du public, qui peuvent parfois être violentes, relève d’un
véritable défi psychologique » pour celle qui vient de sortir
son deuxième album, Bandit, sur le label Tôt ou Tard.
Ancienne accro de MySpace, revenue de son emballement premier, Pamela Hute n’est pas dans une stratégie de conquête à tout va de nouveaux followers, fans
ou amis. « Ce qui est important, c’est d’avoir des gens qui
sont là pour de bonnes raisons, qui aiment l’artiste, sa
musique, et qui, du coup, vont réagir, explique-t-elle. Ce
n’est pas une affaire de quantité, mais de qualité. » Outre
cette relation privilégiée, les réseaux sociaux lui permettent d’attirer l’attention des médias traditionnels,
en particulier sur Twitter, où les journalistes sont très
présents et se tiennent à l’affût. En l’absence de single
entré en playlist à la radio, ils restent le meilleur moyen,
pour elle, de gagner en visibilité. Fonky Flav’ se souvient :
« On est parti de nulle part. Au début, on donnait des petits
concerts, mais on s’intéressait peu à nous. On a commencé
à utiliser Facebook pour dire où on jouait, on fournissait un
flux régulier d’informations, quelques vidéos, une phrase de
texte ». En peu de temps, 1995 est devenu l’un des
groupes phares de la scène rap et attire désormais des
milliers de fans à ses concerts comme le mois dernier,
au Printemps de Bourges et au Palais des Sports de
Paris. « Un bon morceau, sur Internet, ça donne une visibilité immédiate et ça ouvre des portes ». Jeune chanteur
de talent à la croisée du rap et du hip-hop, Némir et ses
copains de Perpignan ont créé le projet Next Level, sur
MySpace, il y a un peu plus de trois ans. « Nous avons
mis en ligne sept titres gratuitement. Il nous semblait impossible de réussir à accrocher des maisons de disque, des radios
ou des médias sans être à Paris. Mais on y a cru. Un ordinateur, une connexion Internet, et nous avons nourri la
toile de nos projets », se souvient Nasty, manager de Némir.
« Lorsque le volume 2 est sorti, nous nous sommes tous mis
sur Facebook et nous avons inondé les pages de nos amis
avec l’actualité de Némir ! » Un an plus tard, l’artiste sort
son troisième opus, Ailleurs. Véritable phénomène,
Némir reçoit aujourd’hui de très nombreuses propositions de la part de maisons de disque et a entamé une
tournée d’une soixantaine de dates. Tout s’enchaîne, de
la synchro et France Inter, Nova et bientôt SkyRock, qui
programment l’album en rotation tout au long de la
journée. Jamais en panne d’idées nouvelles et fin
connaisseur de la culture hip-hop , Némir s’apprête à
signer un contrat avec une major. Autre adepte du net
40,5
millions
C’est le nombre de fans de
David Guetta sur Facebook,
artiste le plus suivi.
•••
« Se confronter
seul aux
critiques et
aux réactions
du public, qui
peuvent parfois
être violentes,
relève d’un
véritable défi
psychologique. »
Pamela Hute.
mai-août 2013
© Alain Leroy/L’Œil du Spectacle
8
Échos |
à la une
décryptage 11
| décryptage | Portrait | coulisses | Agenda
•••
Wax Tailor, The Dusty
Rainbow Experience,
à l’Olympia, en mars 2013.
et des réseaux sociaux sur lesquels il a construit sa
notoriété, Wax Tailor, avec ses 200 000 followers, essaime les scènes du monde entier et fait salle comble
partout où il passe. Parmi ses prochains déplacements,
le Sziget Festival mais aussi la Turquie et la Grèce, où
il est une véritable star par le seul effet des médias sociaux. Adepte du « direct to fan », modèle économique
en vogue aux États-Unis, Wax Tailor a choisi la voie de
l’indépendance comme beaucoup de jeunes créateurs
dans le rap ou l’électro. Il a produit lui-même ses quatre
Espagne
albums, le dernier sorti l’an dernier, Dusty Rainbow From
the Dark, pour lequel il a signé des deals de distribution
avec Believe et Pias. « Pour la sortie, j’ai tout axé sur Facebook. Les réseaux sociaux sont, certes puissants, expliquet-il, mais il y circule désormais tellement d’infos que je dois
transmettre le teasing au noyau dur de mes fans de plus en
plus tôt. » Facebook, un réseau dont la place occupée par
la musique fait naître un nouveau genre de publicité.
Il n’est pas rare, par exemple, que des fabricants de jeux
vidéo demandent à des artistes de poster un commentaire sur tel ou tel jeu moyennant rétribution.
Avec les réseaux sociaux, l’écosystème de la musique est
entré dans une nouvelle dimension, qui profite aux
créateurs pour faire connaître leurs œuvres, attirer des
fans dans les salles de concert et sur les festivals. Ils
représentent désormais un investissement rentable qui
participe à la vitalité artistique et favorise la diversité
culturelle. Et le mouvement n’est pas près de s’arrêter !
C’est sur Vine que les Daft Punk ont dévoilé la tracklist
définitive de leur nouvel album, Random Access Memories,
qui est sorti il y a quelques jours. Un joli coup de buzz,
pour la plate-forme vidéo, qui permet de publier des
réalisations de 6 secondes maxi. « Liker », partager, découvrir, explorer… Plus de doute, les réseaux sociaux sont
désormais partie intégrante de la planète musique.
Copie privée terrassée,
culture déglinguée !
•
> Focus
Musique online, ADSL… ça rapporte quoi?
magsacem # 87
visualisation pouvait rapporter au créateur environ 0,006 euro
en 2012, ce chiffre évoluait entre 0,07 euro et 0,12 euro net
tous ayants-droit confondus pour un téléchargement. Autant
dire que les milliards de métadonnées disponibles qui donnent
le vertige ne sont pas synonymes de nouvel eldorado. Il va de
soi que selon les cas, il n’y a pas de rentabilité en-dessous
d’un certain seuil de consultations, qui plus est souvent étalées
dans le temps.
Pour la Sacem, la négociation des taux demeure donc un
enjeu fondamental sur le online, le streaming et le marché
de la publicité en ligne restant les principaux leviers
de croissance de l’industrie musicale. Investissements
(modernisation des outils informatiques…) et stratégie de
développement offensive. Si le numérique continue sa lente
évolution, le modèle de la gestion collective démontre bien
qu’il reste le meilleur garant de la création. À terme, créateurs
et éditeurs doivent également profiter du développement de la
télévision connectée, qui verra bientôt émerger de nouveaux
opérateurs, fabricants de matériel ou éditeurs de services.
Anticiper les mutations à venir et partir à la conquête de
nouveaux marchés, au-delà des seuls services de musique en
ligne : telle demeure l’ambition constante portée par la Sacem
afin de garantir une juste rémunération des auteurs,
compositeurs et éditeurs de musique dans un environnement
de plus en plus numérique, qui suppose aussi ses propres
contraintes.
Déjà frappé de plein fouet par la crise économique, assommé par une hausse de 8 à 21 % de la TVA,
le secteur culturel espagnol a récemment reçu le coup de grâce avec la mise à mort de la copie privée,
dont le montant est passé de 115 millions… à 5 millions d’euros. Les importateurs de supports
numériques ont remporté, en Espagne, une première victoire dans leur stratégie visant à démanteler
ce dispositif dans les nombreux pays européens où il est appliqué.
V
ingt-cinq ans après le vote
de la loi sur la propriété
intellectuelle en Espagne,
et la reconnaissance de la
compensation due au titre de l’exception pour copie privée, ce sont les
droits d’auteur eux-mêmes qui se
trouvent désormais menacés. Quant
aux sociétés de gestion des droits
d’auteur, même si certaines ne sont
pas exemptes de critiques pour leur
gestion passée, leur champ d’action
se réduit, dans le meilleur des cas, et,
au pire, c’est toute leur activité qui
pourrait bien disparaître. La suppression de la redevance sur les supports
numériques en décembre 2011 a
entraîné un manque à gagner de
115 millions d’euros, dont 23 millions
d’euros étaient destinés à la promotion et à l’action culturelle.
Petites et grandes manifestations culturelles n’échappent pas aux conséquences de cette décision, dramatique
Ci-dessus :
Chœurs, hearts,
choirs and music
for rebellion.
(Théâtre royal de
Madrid, mars 2012).
mai-août 2013
pour l’ensemble du secteur. La prochaine
édition du Festival international de cinéma de Saint-Sébastien­, en septembre,
verra son budget diminuer, tout comme
la majorité des cours d’été de chant, d’art
dramatique, de scénario ou de guitare
habituellement organisés dans tout le
pays. La présence de créateurs et
d’artistes espagnols sera également
réduite sur les salons internationaux.
•••
© Nathalie Paco/Demotix/Corbis
YouTube, combien de vues, combien de revenus ? Spotify,
iTunes… Et le téléchargement, combien ça rapporte ?
Des questions, et c’est naturel, ils s’en posent, les sociétaires
de la Sacem. Il est vrai que l’accord qui vient d’être signé avec
YouTube relance d’autant plus l’intérêt des créateurs sur
ces nouveaux gisements de valeur, espoir de nouvelles
sources de revenus. Aujourd’hui, le cloud, demain, la TV
connectée. Pour capter ces revenus et les reverser aux
créateurs, la Sacem doit relever en permanence de nouveaux
défis, à l’image de ce qu’elle a su faire par le passé auprès
des opérateurs de télévision par ADSL. Si le numérique ouvre
le champ de tous les possibles et démultiplie les moyens
d’accès à la musique, son instantanéité sème aussi la
confusion en laissant supposer que les modèles économiques
se développent à la même vitesse. Que nenni ! Un business
model sur le online est encore loin. Le numérique se
caractérise avant tout par un éparpillement des revenus,
même si sa progression est constante. Depuis dix ans,
la Sacem a signé plus de 140 contrats dont une quinzaine
avec les principales compagnies que sont Spotify, Deezer,
Amazon, Microsoft… et, maintenant, ce deuxième accord
avec YouTube. L’ an dernier, ce sont plus de 20 millions d’euros
qui ont été collectés et répartis aux créateurs sur le online (3 % des revenus) et plus de 30 millions sur l’ADSL (5 %).
Bien sûr, les montants de répartition peuvent varier selon la
période ou le territoire concerné. Si pour le streaming, une
© Sandrine Cellard/L’Œil du Spectacle
10
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décryptage | Portrait | coulisses | Agenda
décryptage 13
•••
L’engrenage
Petit retour en arrière : fin 2011, et sous
la forte pression des multinationales
du secteur technologique, le gou­ver­
nement de Mariano Rajoy approuve un
décret-loi qui supprime la redevance
sur tous les équipements, appareils et
matériels qui permettent de reproduire
des œuvres musicales et/ou audiovisuelles et de reprographie. La compensation pour copie privée est désormais
financée par le budget général de
l’État, et c’est le ministère des Finances
qui en fixera le montant annuel au premier trimestre de chaque année. Après
plusieurs mois d’hésitation, en décembre 2012, le gouvernement a évalué les « dommages » à 5 millions
d’euros, quand 40 millions d’euros
avaient jusqu’alors été évoqués.
Pour Rafael Sanchez, le directeur
d’Egeda, qui regroupe les producteurs
audiovisuels, « La compensation est
insuffisante ; le nouveau système lèse
les ayants droit et ne garantit pas une
compen­sa­tion équitable. L’ absurdité de
la situation espagnole, c’est que le
ministère des Finances ne tient pas
compte du préjudice subi par les auteurs et remet au ministère de la Culture
la somme qu’il a décidé d’inscrire au
budget général de l’État selon ses
propres critères ».
magsacem # 87
En 2012, l’Agedi a apporté la moitié du
financement pour une cinquantaine de
disques de jeunes auteurs et environ
trente vidéoclips. Une part importante
de ses ressources a aussi servi à financer des listes de vente. « Pour les artistes, c’est important de pouvoir entrer
dans ces listes, et nous voulons poursuivre cette activité, qui était financée
par l’argent de la copie privée. Il va donc
nous falloir trouver une solution », s’inquiète Antonio Guisasola.
Quels que soient les efforts des SPRD,
ce sont 23 millions d’euros d’action
culturelle destinés à la promotion, à la
formation et aux œuvres sociales qui
ont été supprimés. Désormais, avec à
peine un million d’euros, les plus lésés
sont les artistes en début de carrière et
les auteurs âgés les plus défavorisés.
Egeda disposait, de son côté, de
2,8 millions d’euros pour soutenir les
festivals de cinéma comme Saint-Sébastien ou Malaga, aider des écoles de
cinéma, des cours et des chaires universitaires de défense de la propriété
intellectuelle, financer des assurances
médicales et des prestations sociales,
ou encore participer à des salons internationaux. Une grande partie de ces
initiatives a dû être abandonnée.
La situation est d’autant plus critique
que le nombre de créateurs et d’artistes
ayant besoin d’aides ne cesse d’augmenter, en cette période de crise. Viceprésident de la Sociedad de intérpretes
y ejecutantes, Luis Mendo reconnaît
« qu’il existe une grande préoccupation
« Le nouveau système lèse les ayants
droit et ne garantit pas
une compensation équitable. »
Rafael Sanchez, directeur d’Egeda.
Ci-dessus :
Poeta en Nueva
York ,
par la Compagnie
Blanca Li.
« Ce choix va placer la création espagnole dans une situation extrêmement
difficile », confirme l’écrivain Arcadi
Espada. L’ ex-directeur de l’Institut Ibercrea considère que l’ensemble du secteur culturel se trouve désormais
« menacé et sans aucune protection ».
Comme si la grave crise économique
que traverse l’Espagne et l’augmentation de la TVA sur les biens et services
culturels ne suffisaient pas, le secteur
culturel s’apprête à subir un nouveau
coup avec la prochaine réforme de la
loi sur la propriété intellectuelle, en vigueur depuis 1987. Le texte préparé
par le gouvernement prévoit de s’appuyer sur la quasi-disparition de la redevance pour la copie privée afin de
justifier une diminution drastique des
montants réservés aux sociétés de
perception et de répartition des droits
(SPRD) sur les budgets de l’État.
Pour le milieu de la culture, c’en est trop.
Plus d’un million d’auteurs et de créateurs ont demandé la suspension d’un
avant-projet « qui ne respecte pas les
recommandations du médiateur euro-
péen, ne facilite pas la gestion des droits
de propriété intellectuelle et ne permet
pas non plus d’améliorer le niveau de
protection des créateurs ».
Aucun bénéfice pour
le consommateur
Pendant que les auteurs et les interprètes luttent pour le maintien de leurs
droits et de leurs revenus , les multinationales du secteur technologique se
frottent les mains. Elles n’ont plus à
payer la redevance, mais n’ont pas répercuté la suppression de la copie privée sur le prix de vente des appareils.
« Les prix des supports n’ont pas baissé d’un centime », constate Antonio
Guisasola, président de l’Agedi, entité
qui gère les droits des producteurs de
musique. Cette société qui, auparavant,
percevait 5 millions d’euros au titre de
la copie privée aidait les artistes débutants à enregistrer un disque, finançait
des vidéoclips produits par de petites
maisons de disque et s’efforçait de lutter contre la piraterie, un mal qui touche
particulièrement le marché espagnol.
dans le secteur : le travail a diminué et
les SPRD ont dû réduire leur activité.
Auparavant, nous financions environ
cent quatre-vingts concerts par an et
maintenant, nous n’en soutenons plus
que cent trente. Nous avons, toutefois,
maintenu presque 100 % des aides aux
artistes, car les temps sont très durs
pour eux », ajoute Luis Mendo.
Des contentieux en cours
Dans la tourmente, le Centre espagnol
de droits de reprographie ne sait plus
à quel saint se vouer. Il ne fait pas payer
de cotisations à ses membres et la
copie privée représentait 95 % de son
financement ! Le Centre, qui regroupe
plus de vingt et un mille auteurs et maisons d’édition, pourrait bien devoir
mettre la clé sous la porte.
Alors, les créateurs conservent-ils encore un espoir de renverser la vapeur et
de sauver la copie privée ? Au plan européen, les SPRD espagnoles ont déposé
plainte, en août, contre leur gouvernement auprès de la Commission européenne. Au plan national, le Centre espagnol de droits de reprographie ne veut
pas encore rendre les armes et a
contesté la décision du gouvernement
auprès de la Cour de Cassation.
« Ce sont les entreprises
du secteur technologique
qui, pour l’instant, ont gagné
la partie. Ils ont choisi
l’Espagne pour tester leur
stratégie visant à démanteler
la copie privée avec le soutien
de l’État avant d’exporter
ce modèle vers d’autres pays. »
Antonio Guisasola, président de l’Agedi.
Les artistes mobilisés
Quarante écrivains espagnols, parmi
lesquels Antonio Muñoz Molina, Almudena Grandes, Fernando Savater ou
Rosa Montero, sont également montés
au créneau pour demander au gou­ver­
Copie privée :
le combat de David contre Goliath
© Agathe Poupeney
12
Il n’y a pas qu’en Espagne ou en France
que les fabricants de matériel sonnent
l’hallali contre la copie privée. L’ entreprise
de déstabilisation est généralisée, en
Europe. En Allemagne, ce sont quatrevingts contentieux qui ont été portés au
niveau national devant les juridictions
européennes. Objectif : paralyser
le système en déposant différents types
de recours portant sur tous les aspects
de la copie privée (calcul du préjudice,
exonération des usages professionnels,
prise en compte des copies illicites,
action culturelle). Ces fabricants sont en
réalité des importateurs dominés par des
compagnies asiatiques ou américaines
telles que Samsung ou Apple. La plupart
des sociétés du vieux continent ont été
intégrées dans des groupes extraeuropéens, Ericsson avec Sony Japon,
Siemens avec BenQ, Alcatel avec Lucent
ou encore Philips avec TPV Technologie.
Dernier irréductible européen, l’Astérix
finlandais Nokia est en difficulté.
mai-août 2013
nement de revoir sa position. La disparition de la redevance sur les supports
numériques, écrivent-ils, signifie « une
diminution de la protection juridique » de
la propriété intellectuelle, « la légalisation
politique et sociale d’une certaine forme
d’expropriation des droits de propriété
intellectuelle » et « un retour en arrière
pour le livre et la culture espagnole ».
En attendant le verdict des différents
recours qui ont été déposés, cette
mobilisation est restée lettre morte, et
le gouvernement continue de faire la
sourde oreille. Pour Antonio Guisasola,
« Ce sont les entreprises du secteur
technologique qui, pour l’instant, ont
gagné la partie. Ils ont choisi l’Espagne
pour tester leur stratégie visant à démanteler la copie privée avec le soutien
de l’État avant d’exporter ce modèle vers
d’autres pays ».
Le pianiste et compositeur José de
Eusebio est encore plus pessimiste et
redoute que le gouvernement ne veuille
« liquider les industries culturelles », qui
représentent presque 4 % de la richesse totale du pays. « Après la hausse
de la TVA et la remise en cause de la
copie privée présentée comme un vestige du passé, alors même qu’elle est
totalement intégrée dans la législation
de plus de vingt pays européens, nos
autorités ne renoncent pas seulement
à une partie du PIB, elles contribuent
aussi à détruire définitivement des
centaines de milliers d’emplois ainsi
que notre potentiel culturel et notre
patrimoine ».
•
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portrait 15
Bio
1992
Arrivée à Paris, premières scènes,
premier album : La fossette.
1995
2013
Mémoire neuve, vendu
à 100 000 exemplaires.
Meilleur artiste masculin de l’année
aux Victoires de la musique.
Dominique A
Dans la lumière
Couronné artiste masculin de l’année aux Victoires de la musique après vingt ans de carrière, l’électron libre
de la chanson française s’est offert un joli coup de projecteur avec l’album Vers les Lueurs. Entretien.
« La culture
n’est pas un luxe,
c’est un besoin
vital. »
C’
est un artiste lunaire. Une
comète dans la sphère musicale hexagonale. Débarqué de Nantes en 1992, le
très discret Dominique A a
tracé dans l’ombre les sillons d’une chanson
française exigeante et décomplexée, amoureuse de sa langue mais héritée de la pop
anglo-saxonne. Celle-là même qui verra
émerger son ami Philippe Katerine, Autour
de Lucie, puis Miossec, entre autres. L’an
passé, le jeune quadragénaire célébrait ses
vingt ans de carrière avec l’intégrale de son
œuvre et la sortie de son dixième album,
l’éblouissant Vers les lueurs. Un titre prédestiné… Trop longtemps éclipsés par le grand
public, son beau vibrato éthéré, ses harmonies poignantes et sa puissance poétique
n’allaient pas tarder à passer de l’underground à la lumière.
La saga des Victoires
Le miracle s’est produit le 8 février 2013, aux
Victoires de la musique. Boule à zéro et costume sombre magnifiant sa large silhouette
terrienne, Dominique A est nominé dans la
catégorie Artiste masculin de l’année. Mais,
entre M, Benjamin Biolay et Orelsan, la
concurrence s’annonce redoutable. On ose à
peine y croire. Et pourtant… Ce soir-là, il remportera le Graal, à la surprise générale. « Je
suis banalement très, très ému. Je suis ébahi, estomaqué », rougit-il dans un sourire extatique.
« Je voudrais juste faire un petit signe aux salariés de Virgin Megastore, qui manifestent à l’extérieur, et leur apporter un soutien moral. » Si
fugace soit-elle, cette intervention en dit long
sur la psyché du Nantais : un songwriter magnifique à la modestie dévorante, doublé d’un
éternel insoumis. Flash-back : en 1995, les
Victoires de la musique l’avaient nominé
comme Révélation masculine. Seulement
voilà, Dominique A comptait déjà trois albums
magsacem # 87
à son actif – dont le chef-d’œuvre lo-fidelity,
La fossette. Agacé par cet anachronisme éhonté, il détournera son tube Le Twenty-two bar («
À la télévision française, je chantais… En face de
moi, les gens dormaient »), guitare au poing.
Avant de tirer sa révérence, bredouille, mais
bien droit dans ses bottes.
L’ouverture au monde
Difficile de savoir dans quelle mesure ce
crime de lèse-majesté a eu une incidence sur
sa carrière. Toujours est-il qu’il devra attendre 2010 et La musique – un neuvième
opus dans la veine électro-minimaliste de La
fossette – pour monter à nouveau sur la scène
des Victoires. Second échec à la clé. « J’assume mon passé. Je me suis toujours senti libre
et quand quelque chose me déplaît, je suis incapable de me taire », s’explique-t-il en pleine
tournée de Vers les lueurs. Enluminé d’un
quintette à vents et d’une formation rock, ce
nouvel album marque « le sommet d’une
longue pente gravie durant deux décennies ».
Ces dernières années, celui qui s’est toujours
considéré « en marge » a offert une chanson à
Jane Birkin, fait une apparition chez les rappeurs Psykick Lyrikah, tenu une chronique
dans TGV Magazine et même écrit pour
Calogero. Un paradoxe qu’il explique aisément : « J’ai longtemps refusé de travailler avec le
mainstream. Mais je ne me ferme plus aucune
porte. Ça me fait du bien d’entendre Calogero
chanter mes textes à la radio et de m’adresser au
grand public ». Ce n’est plus le même homme.
L’ours solitaire des débuts s’est métamorphosé en bête de scène. Mieux, il a appris à déléguer son art et à s’ouvrir au monde par-delà
ses chapelles musicales.
Provins et Nantes
L’histoire de Dominique Ané débute à Provins, le 6 octobre 1968. « Avec ses champs de
betterave et son côté fin de siècle, la Seine-et-
mai-août 2013
Marne dégageait une tristesse à la Bernanos. »
Dans le salon familial, Brel, Ferrat et Ferré
bercent son enfance. Il dévore des BD, vénère
Le grand Meaulnes, puis découvre – exalté – le
punk et la new wave grâce à la presse musicale. The Clash, Joy Division, The Cure, Marquis de Sade, Sapho, Taxi Girl…
« Adolescent, j’ai vu Daniel Darc en concert et je
me suis dit que je ne pourrais jamais devenir
rockeur. J’étais un flippé total de la vie. » En 1984,
son père, enseignant, est muté à Nantes.
Dominique a 16 ans, l’âge de tous les possibles. Très vite, il fonde le trio rock-newwave John Merrick, en hommage à Elephant
man, de David Lynch. « On jouait comme des
patates, mais ça m’a permis d’expérimenter la
scène dans les pires conditions .» La scène, précisément, il l’arpentera en solo, dès l’aube des
années 90 (« Pour la première fois, je n’avais
plus peur. J’étais comme dans un cocon. ») et
accouchera bientôt de La fossette (« Un disque
sur la fin de l’amour ») dans sa chambre.
Libéralisme sauvage
Sa meilleure vente ? La mémoire neuve, à cent
mille exemplaires en 1995. Vers les lueurs atteint, quant à lui, les cinquante mille. Mais,
par les temps qui courent, c’est une jolie
prouesse. « En tant qu’auditeur, je déplore la disparition du CD. Pas plus tard qu’hier, j’ai en
acheté douze à la Fnac, dont le dernier Murat, et
du krautrock de Cluster & Eno, que j’écoute dans
mon discman, en tournée. Je sais, c’est super old
school. Mais, à l’heure du libéralisme sauvage,
payer pour écouter de la musique relève d’une
véritable démarche politique. » La crise de l’industrie musicale serait « en partie due au
manque de civisme des maisons de disque, qui
ont vendu des albums à des prix prohibitifs ». Il
se prend encore à rêver d’un État providence,
plus généreux envers ses artistes. Car Dominique A n’en démord pas : « La culture n’est
pas un luxe, c’est un besoin vital ».
•
© Frank Loriou
14
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Coulisses 17
Émission phare. Face à l’étroitesse des fenêtres télévisuelles consacrées à la musique live,
Taratata a développé avec succès une stratégie digitale originale en phase avec son identité forte.
L’ émission vient d’être sacrifiée sur l’autel de la rigueur.
Taratata : c’était
l’autre télé live !
— « Il est très difficile de maintenir une émission
comme Taratata, pose d’emblée Nagui, créateur, producteur et animateur de l’émission
depuis vingt ans. Chaque année, le diffuseur
me donne un horaire plus tardif en arguant qu’il
y a moins de téléspectateurs. Mais c’est un cercle
vicieux : plus Taratata est programmée tard, moins
il y a de public. » Recueilli peu de temps avant
l’annonce de la suppression de l’émission, le
témoignage de Nagui était prémonitoire.
Entrée en grande pompe sur France 2 en
deuxième partie de soirée au cœur des années
90, Taratata avait déjà disparu des écrans une
première fois au tournant des années 2000
avant de réapparaître de manière confidentielle
sur France 4, puis à nouveau sur France 2,
mais à une heure plus tardive, encore. La suppression de Taratata, mais aussi de Chabada
sur France 3, illustre une tendance générale,
celle de l’effacement progressif de la musique
à la télévision. Selon une étude publiée par la
magsacem # 87
Sacem en 2010, la diffusion de chansons à la
télévision accuse une chute considérable depuis 2000 (– 60 % sur France 2, – 46 % sur
France 3), tandis que la diffusion de prestations
musicales (hors vidéoclips) n’occupe que 1,30 %
du temps total d’antenne sur les chaînes hertziennes.
Cross-over
— Pour Nagui, la frustration était grande et le
constat simple : « Il est très dommage d’avoir
accès à des artistes comme Muse, M ou Coldplay
et de ne les présenter qu’à deux cent mille téléspectateurs en raison de l’horaire de diffusion ».
Étoffant son offre – reportages en coulisse,
notamment –, Taratata se lance alors sur le
Web avec un site Internet éditorialisé, Mytaratata.com, un fil d’info et un lien direct avec
ses fans via un forum, sur lequel ils peuvent
poster leurs propres vidéos musicales, puis
une appli iPhone. « Au départ, on se demandait
à quel point le Web allait faire du tort à l’émission,
mais il s’est passé exactement l’inverse, puisque
l’émission peut être visionnée dans le monde
entier et sans aucune contrainte horaire. » Dont
acte : Taratata s’offre alors un public international qui affole les compteurs de visionnage
lorsque Coldplay ou Lady Gaga déboulent sur
le plateau. À elle seule, la chanteuse américaine a totalisé près de 3 600 000 vues sur
Mytaratata.com, auxquelles s’ajoutent celles
de la chaîne YouTube Taratata On Air, lancée
en octobre 2012. Un cross-over réussi pour
une émission née à une époque où Internet
n’était encore qu’un vague fantasme.
« Du live, autrement »
— Créé en 1993 pour combler le vide laissé
par la disparition des grandes émissions de
variété, Taratata est née de la volonté de faire
« de la télé live, mais autrement, résume Nagui.
Être prescripteur, aller au-delà des propositions
1,5
million de vidéos vues
par mois sur YouTube.
7,8
millions de vidéos vues depuis
le lancement (octobre 2012).
« C’est un cercle vicieux : plus taratata
est programmée tard, moins il y a de public »
— Nagui
les plus évidentes. Notre programmation se
voulait un mélange d’actualité et de coups de
cœur, le résultat de discussions au sein de
l’équipe ». Au-delà de la programmation, c’est
aussi le format de l’émission et son dispositif qui en ont fait une marque forte : « L’émission est pensée comme un concert, s’enthousiasme 20Syl, homme-orchestre d’Hocus
Pocus et DJ au sein de C2C. Le dispositif, les
lumières, la réalisation, tout confine à un véritable live, ce qui existe très peu en télé. Et surtout, ça joue, les musiciens sont filmés autant
que la star de tel groupe ou tel interprète. Et
évidemment, ce n’est pas du play-back ». Une
authenticité qui en a fait un vrai rendez-vous
musical pour le public. À 21 ans, Manon n’a
pas connu les débuts de Taratata, mais visite
le site chaque week-end : « C’est un vrai
concert, tu vois réellement­les mecs qui assurent
et ceux qui sont moins à l’aise, c’est du live, ça
ne pardonne pas. Et quand ça joue, ça joue
vraiment, c’est beau ». L’équipe ne se gêne
d’ailleurs pas pour mettre les artistes dans
des situations moins confortables que dans
les traditionnelles émissions de variété : en
programmant des duos inédits entre artistes,
Taratata provoque un mélange d’enthousiasme et de trac. « Ces duos, c’est un exercice
mai-août 2013
63 000
abonnés à la chaîne YouTube Taratata
On Air.
sans fil, avec peu de répétitions ; c’est un vrai
travail de musicien, spontané, inattendu, analyse 20Syl. Je garde un souvenir ému du duo
entre Hocus Pocus et Pauline Croze. »
En dépit des arguments des chaînes, Taratata
trouve peu à peu sa place en jouant sur les
logiques de multi-écran, soufflant, dans le
Paf comme sur Internet, un vent de fraîcheur
live encore trop rare. Sans compter un lot de
surprises qui ne peuvent émerger que
lorsqu’on laisse place à une forme de spontanéité : « C’est Richard Kolinka, Jean-Louis
Aubert et Louis Bertignac qui se lancent dans
un morceau de Téléphone alors qu’on en a à
peine parlé ensemble, c’est Sting qui se met à
chanter Roxanne a capella en pleine interview… », se souvient Nagui. Vous avez dit
« télé live » ? On comprend pourquoi artistes
et fans se mobilisent avec autant d’énergie
pour s’opposer à la suppression de la plus
belle émission de musique du Paf.
•
© France 2
16
ACADÉMIE
>
Musique
de chambre \
Festival
des Arcs
Au cœur des Alpes,
le festival des Arcs œuvre
depuis quarante ans
à rendre la musique
de chambre accessible au
public. L’ académie permet à
une centaine de stagiaires
Sophie Maurin,
Scène Sacem Klaxon,
13 mai 2013.
magsacem # 87
de se perfectionner aux
côtés de professeurs et
concertistes de renommée
internationale, et donne aussi
l’occasion au public
d’assister à des répétitions
générales et à une
quarantaine de concerts
donnés par les jeunes
musiciens. Pour cette
édition-anniversaire,
la programmation retracera
les différentes résidences et
créations ayant eu lieu au fil
des ans, en présence d’une
vingtaine de compositeurs
dont, notamment, Pascal
Dusapin, Philippe Hersant
et Bruno Mantovani. Deux
nouvelles créations, Trio pour
violon, violoncelle et piano,
de Vincent Paulet, et Acrobat
pour violon seul, d’Oscar
Strasnoy, y seront
présentées.
Les Arcs,
18 juillet-4 août
www.festivaldesarcs.com
Agenda
CONCERTS >
Jeunes talents \
Soirées Klaxon
agenda 19
Tournée \
Cabaret
contemporain
Hommage
>
Avec le temps… avec le
temps, va, tout s’en va…
Mais nous ne les oublions pas !
2013 est placée sous le signe des hommages.
Léo Ferré, Édith Piaf, Charles Trenet ou encore
Boby Lapointe : tous sont célébrés et chantés
par la jeune génération, qui propose des créations dans de nombreux festivals, cet été. Alors
Chante ! à Montauban (6-12 mai) ouvre la
marche avec le spectacle Les enfants de Léo
Ferré, commémorant les vingt ans de la disparition de l’artiste, qui avait participé, pour la
dernière fois, au festival en 1992. Catherine
Lara reprendra son répertoire à l’occasion d’un
concert à Monaco (5 juillet), et Manu Lann Huel
lui rendra également hommage aux Francofolies de La Rochelle (12-16 juillet).
Allain Leprest et Boby Lapointe seront également à l’honneur avec des Scènes Sacem
Chanson et une Scène Francos Juniors. Parmi
les créateurs, notons Yves Jamait, Jean Guidoni, Romain Didier, Nicolas Jules, Presque
Oui et Imbert Imbert.
2013, année… « extraordinaire », donnera aux
spectateurs l’occasion d’assister à une création
célébrant l’univers de Charles Trenet lors du
festival les Suds, à Arles (8-14 juillet) avec les
groupes Lo Còr de la Plana et Moussu T e lei
Jovents. À travers cette série d’hommages, la
Sacem renouvelle son soutien à la création et
au spectacle vivant, et contribue à la valorisation d’un patrimoine musical riche, qui lui tient
à cœur de protéger.
Plus d’infos sur sacem.fr > Actions culturelles
>
« Simplifier pour ne retenir
que l’essentiel : le son. Le son
pour faire danser et naître
les émotions. » Cette
doctrine, le Cabaret
contemporain l’a bien
assimilée et en a fait la pierre
angulaire de sa musique.
Chaque membre développe
une approche singulière
de son instrument avec des
techniques, des préparations
et des modes de jeu
originaux. Dès lors, des sons
appartenant au domaine des
musiques électroniques sont
produits par des moyens
entièrement acoustiques.
Première escapade
outre-Atlantique pour ce
groupe de musiciens atypique :
le Cabaret contemporain
part à New York ! Une
tournée commandée par le
Fonds d’action Sacem.
En partenariat avec les Trois
Baudets, les soirées Klaxon
permettent à un(e) jeune
artiste ayant bénéficié
d’une aide à l’autoproduction,
à la pré-production ou
à l’accompagnement
de carrière, ainsi qu’à
deux artistes issus de la
programmation des Trois
Baudets de se produire
sur scène. Ces soirées
mensuelles contribuent
au renouvellement des
répertoires et favorisent
la professionnalisation
des jeunes auteurs et
compositeurs.
Trois Baudets (Paris)
13 mai-10 juin, 19h30
www.lestroisbaudets.com
Jeune public
New York
10-17 juin 2013
Scène jazz \
Saint-Émilion
Festival
Composition \
La contrebasse
voyageuse
Le Cabaret contemporain.
Festival
>
Film \
Atelier
Ciné-concert
Lieu de découverte ou
de redécouverte d’œuvres
depuis quarante ans,
le festival du film de
La Rochelle est un point
de rencontre entre le public
et les professionnels. De
projections en rétrospectives
et master-classes, il offre
la possibilité à des lycéens
de participer pendant quatre
Thierry Petit poursuit
son voyage musical.
Accompagné de sa
contrebasse, le musicien
est parti à la rencontre
d’enfants issus de tout
18-21 juillet
www.saint-emilion-jazzfestival.com
Opéra Berlioz (Montpellier)
Concerts pour les scolaires :
13-14 juin 2013,
10h00 et 14h30.
Concert familles :
15 juin, 17h00
www.lacontrebassevoyageuse.com
jours à un atelier Cinéconcert organisé par
la Sacem et animé par la
compositrice Christine Ott.
Les musiciens en herbe
prépareront une musique
pour un court-métrage de
Max Linder. Un hommage
sera également rendu
à Jean-Claude Vannier,
avec une leçon de musique
animée par Stéphane
Lerouge, suivie d’un concert
de Jean-Claude Vannier.
La Rochelle
29 juin-8 juillet
www.festival-larochelle.org
Patrimoine
Le Saint-Émilion Jazz
Festival se développe avec
un off intégrant une Scène
jeunes talents Sacem.
Elle valorisera dix groupes,
qui s’y succéderont
dans des concerts gratuits.
le bassin méditerranéen :
la France, bien sûr, mais
aussi l’Espagne, la Tunisie,
la Grèce, le Liban et l’Égypte.
C’est avec eux qu’il a
imaginé ce dialogue musical
tissé d’humanisme.
>
Ouvrage
anniversaire
« Mon destin de poésie a jeté
bas son masque, a déchiré
son costume, a revêtu
le mien et nous sommes
partis, tous deux – et je suis
parti tout seul, sur la voie dont
certains aiguillages me
séparaient souvent du reste
du monde. » Ainsi se
terminait le texte intitulé
Quel est mon destin ? écrit
par Charles Trenet pour son
examen d’entrée à la Sacem,
en 1933.
En 2013, pour fêter son
centenaire, Le Cherche-midi
éditeur publie l’intégrale de
ses chansons, près de cinq
cents textes, pour notre plus
grand bonheur. Le grand
poète chantant aura
accompli son destin :
ses chansons s’inscrivent
pour toujours dans notre
mémoire collective.
Y’a d’la joie, intégrale des
chansons de Charles Trenet,
Le Cherche-midi éditeur,
sortie le 18 mai
Les manifestations culturelles soutenues par la Sacem sont réalisées, notamment, grâce au financement issu
des ressources de la copie privée. Consultez toutes les informations dans l’espace Actions culturelles sur sacem.fr.
mai-août 2013
© G. Cohen
Échos | à la une | décryptage | Portrait | coulisses |
© Emma Picq – Graziano Arici/LEEMAGE
18
La Sacem
en 300 questions
… et autant
de réponses.
www.sacem.fr
La Sacem, première société d’auteurs française et deuxième
au monde par le nombre de ses membres, est à la fois
connue et souvent méconnue dans son rôle et son
fonctionnement. Souvent même, les idées reçues voire
les idées fausses abondent.
Dans un souci de transparence et de pédagogie, Sacem.fr
s’est doté d’une nouvelle rubrique « Nos réponses à vos
questions ». Vous y trouverez les réponses précises et
argumentées à toutes vos questions qu’elles soient d’ordre
général (histoire, gouvernance, gestion collective, droits
d’auteur…) ou pratique.
N’attendez pas, cliquez !

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