OUVROIR DE THEÂTRE Ateliers professionnels

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OUVROIR DE THEÂTRE Ateliers professionnels
OUVROIR DE THEÂTRE
Ateliers professionnels
Saison 2010-2011
Le Mesureur, cie de Théâtre est une compagnie de théâtre professionnelle
travaillant en Suisse et en Belgique. Outre les spectacles qui émaillent la vie de la
compagnie, la formation permanente de l'acteur est un axe majeur de
développement. La formation permanente et les spectacles se répondent et se
complètent les uns les autres par le fait que la pratique du métier se base sur la
rencontre entre les actants. Les mises en chantier(s) sont prospectives et
préparent le futur.
Aussi la compagnie propose-t-elle l'Ouvroir de Théâtre.
Des modules de formation de deux à trois semaines dirigés par des professionnels
et destinés aux professionnels permettent de mettre en pratique des savoirs et
incitent aux échanges.
Ainsi Benoît Blampain, Cédric Dorier et Jacques Roman sont-ils les premiers à
diriger ces stages de formation abordant textes et genres avec une réelle exigence.
« L'acteur est un poète qui écrit sur le sable » disait Antoine Vitez. L'acteur est
créateur. Comment sa personnalité (ce pourquoi on l'a engagé) s'épanouit et se
modifie-t-elle au contact des autres acteurs et des divers paramètres de jeu.
Si le corps est libre, la voix (voie) est libre. Au-delà du jeu de mots, l'implication du
corps doit être totale. Il s'agit ici du phénomène de physication : la digestion par le
corps de l'acteur de tous les ingrédients composant la représentation à venir.
Dans la relation triangulaire entre l'acteur, le partenaire et le spectateur, le
protagoniste retrouve les impulsions de jeu, les recrée, avec et au-delà de la forme
donnée, afin d'obtenir une sensualisation de l'émotion. L'unicité du moment
interpelle fortement le spectateur présent.
L'Ouvroir est un lieu de travail. C'est là où les dames ou religieuses se réunissaient
pour exécuter des travaux pour les pauvres ou pour réaliser des ornements
d'église.
Lieu où se réunir, le théâtre n'est rien sans l'ensemble des actants qui le font. Des
dames ou des religieuses, c'est-à-dire des personnes du même sexe, (des
personnes du sexe), miroir d'un groupe de personnes de même obédience, qui ont
les mêmes affinités.
Exécuter des travaux pour les pauvres. Cela est amusant de penser que le théâtre
est destiné aux pauvres (en argent ou en connaissances ou en émotions) tandis
que l'aspect rituel de l'ornement d'église répond au rituel du théâtre.
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CHANTIER CORNEILLE RACINE
BENOÎT BLAMPAIN Metteur en scène
Du 24 janvier au 11 février 2011
PRESENTATION
Ils étaient rivaux.
Deux des plus grands auteurs de théâtre de langue française ont lutté toute leur
vie à coups de tragédies et d'alexandrins.
Les voilà lancés tous deux sur le même sujet. Qui va gagner? Quelques trois cents
ans après ces faits, aucun n'est vraiment vainqueur. Il nous reste deux pièces
étranges et magnifiques.
Bérénice de Jean Racine, le lustre du théâtre, l'épure de la tragédie puisque sans
sang, une fable de pure tourmente où coulent les vers.
Il nous reste aussi la presqu'oubliée Tite et Bérénice de Pierre Corneille dont la
fable se complique d'une deuxième intrigue amoureuse et dont les vers
chantournés sonnent dans leur complexité baroque. Une perle perdue dans l'océan
du théâtre, un archipel à redécouvrir.
À l'aide de la prononciation restituée et des découvertes les plus récentes en la
matière, l'alexandrin se propulse en un langage contemporain étonnant. À l'instar
de la parole proférée, le corps s'émeut dans la sensualité.
Nous nous interrogerons sur la manière dont le vers rend le corps de l'acteur
sensuel. Il s'agit bien d'un phénomène de physication, avec, à la clé, le plaisir de
souffrir dans la dignité propre à la tragédie.
Benoît BLAMPAIN
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BENOÎT BLAMPAIN
BIOGRAPHIE
Comédien et metteur en scène belge, lauréat du
Conservatoire de Bruxelles, Benoît Blampain a
poursuivi sa formation auprès d'Antoine Vitez au
Théâtre National de Chaillot à Paris. Puis sa carrière
l'a mené à brûler les planches des institutions les
plus prestigieuses, du Théâtre National de Belgique
à la Comédie Française, en passant par le Festival
d'Avignon ln et bien d'autres lieux encore.
En Suisse romande aussi il confirme sa présence
tant sur les grandes que sur les petites scènes. Il
collabore avec le Théâtre de Vidy à Lausanne, le
Théâtre Saint-Gervais ou la Comédie de Genève.
Plus récemment, sa mise en scène originale du
Sganarelle de Molière a remporté un franc succès
tant au Théâtre 2.21 à Lausanne qu'à l'Espace
Guinguette de Vevey.
Michel Aumont, Ludmila Mikaël, Patrick Chesnais, Michèle Morgan, Michel Galabru,
Niels Arestrup ou Raul Bova.
De 2002 à 2008, il est directeur artistique de Théâtre au vert, festival d'été dans le
Hainaut, commandité par la Communauté Française Wallonie-Bruxelles.
En 2008-2009, il a mis en scène Les Voix humaines avec entre-autres Jacques
Roman à L'Oriental-Vevey, puis le Klangkabarett avec Wanda Obertova (ea)
toujours pour L'Oriental-Vevey à L'Espace Guinguette cette fois, joué ensuite au
2.21 à Lausanne. En 2010, outre la reprise du Klangkabarett en tournée, il a monté
Le Paradis des côtes de porc de Chester Himes présenté notamment dans la cave
du Bleu Lézard à Lausanne.
Il prépare actuellement les créations de Violet de Jon Fosse à L'Oriental-Vevey et
au 2.21 pour le mois de janvier 2011 et de Hiver du même auteur pour le mois de
mars au Petithéâtre de Sion.
En 1999, il fonde la compagnie Le Mesureur avec laquelle il a déjà monté plus
d'une vingtaine de spectacles (www.le-mesureur.com). Comme metteur en scène,
on retiendra, entre autre, les réalisations de Gouttes sur pierres brûlantes de
Rainer Werner Fassbinder, Dormez je le veux !... et Feu la Mère de Madame de
Georges Feydeau, Abel et Bela de Robert Pinget, La Ménagerie de verre de
Tennessee Williams.
En 2004, il écrit, joue et met en scène L'Amour de Clara (d'après la correspondance
entre Clara et Robert Schumann) avec Cécile de France et Mitsuko Shirai. Puis, en
2006, il crée le spectacle Un Aspic sous des figues, spectacle mêlant comédie et
opéra.
Il a été le professeur, le metteur en scène et le partenaire de Cécile de France. Et,
sur les écrans, il a côtoyé des grands noms du cinéma tels que Nathalie Baye,
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CHANTIER ESCHYLE
JACQUES ROMAN Comédien Metteur en scène Ecrivain Traducteur
Du 21 mars au 11 avril 2011
PRESENTATION
Les Sept contre Thèbes : une traduction « pneumatique »
Eschyle est, selon Engels, « le père de la tragédie » un être, à ce titre, quasiment
seul de son espèce.
Lorsqu'Eschyle écrit, la tragédie en fait vient de naître, elle est désormais en
chantier, un chantier dont Eschyle est à la fois l'architecte et le maçon, exposé,
déjà, peut-être, à un accident de travail.
Dans quelle mesure la stature du dramaturge, dont il ne nous est resté que huit
pour cent de l'oeuvre, aurait-elle été grandie, si l'oeuvre complète nous était
parvenue? Elle n'aurait certes pas augmenté en proportion du nombre des
tragédies qui nous manquent, nous pouvons l'affirmer. Eschyle est le plus grand
perdant, non seulement de tous les écrivains mais de tout le genre humain. Le
dommage qu'il a subi est à la mesure des Titans – comme le trésor qu'il a laissé.
Le fait d'avoir, durant plus d'une année de ma vie, consacré mes forces à traduire
Les Sept contre Thèbes pour les rendre non à la littérature mais bien à l'espace de
la voix et à la voix dans l'espace ne fait pas de moi un enseignant délivrant un
savoir sur Eschyle mais bien comme lui-même un architecte et un maçon retourné
sur le sol de la tragédie. C'est donc en chef de chantier que j'entends travailler en
compagnie des ouvriers qualifiés, loin du péplum (fut-il paré des atours du prêt à
porter contemporain, cher aux metteurs en place).
Le nom de chantier vient du terme latin tardif de cantherius. On peut le
rapprocher du grec kanthôn, « baudet », ou de kanthelios onos, « âne bâté ».
Cantherius désigne un cheval, animal de charge. Le sens du mot a glissé vers la
fonction de support d'une charge vers le tréteau (pensons à cela), le chevalet.
« Mettre sur le chantier » ou « mettre en chantier » c'est donc placer des pièces
sur un support afin d'attaquer un travail.
Ma passion pour le théâtre me voit aujourd'hui à soixante-deux ans dans
l'obligation de renoncer au mot théâtre recouvert qu'il est aujourd'hui par le mot
spectacle, lequel résonne avec jeux du cirque (gladiateurs et non acteurs).
Un chantier Eschyle à ouvrir, un chantier et tout aussi bien une énigme : que s'estil passé pour qu'il y ait là ces débris, ces traces? Quelle action peut-on
reconstituer? Chantier, mise en examen, analyse méticuleuse en vue de
reconstitution et d'hypothèses. Indices d'une embrouille dans l'acte de traduction,
témoignage d'un plan idéologique, restes involontaires d'une surprise ou d'une
déprise, d'un dérangement du coup monté. Nécessité de suppléer, de combiner, de
calculer, comme ils ont fait, déjà ceux qui ont opéré là puis ont déguerpi ou bien –
qui sait – ont été eux-mêmes chassés par d'autres monteurs de coups ou de
trafics.
Il me faut remonter à l'origine de la tragédie, en amont de sa présence écrite. Il
me faut remonter à l'origine du chant et du chant aller au poème et du poème
entendre la voix. Il me faut marteau-piqueur, détruire la croute dure et retourner
où le mouvement dit le magma au coeur de la tragédie. Ce n'est pas la
représentation de la tragédie qui occupe ma pensée, mes recherches, mais bien la
tragédie de la représentation.
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Devant la tragédie, une question : quel est le lien entre la douleur et la langue?
Comment la parole surgit-elle de l'expérience fondamentale de la souffrance?
Partant de ce que l'on pourrait désigner comme la « scène originaire du deuil »
observons l'homme primitif auprès du cadavre aimé (c'est tout l'enjeu du dernier
acte de la tragédie d'Eschyle : Les Sept contre Thèbes).
Observons : celui-ci est abasourdi par ce qu'il découvre douloureusement : l'aimé
n'est plus animé, son souffle s'est arrêté. L'endeuillé primitif est dominé par
l'emprise de l'ambivalence des sentiments (nous sommes encore des primitifs!)
D'un côté, effondré, il souffre de la perte de l'aimé comme de la perte d'une partie
de soi-même ; de l'autre, il hait le mort qui l'abandonne, il le craint, parce que ce
cadavre lui fait découvrir qu'il est lui-même mortel. Il le hait encore parce que,
auprès de lui, il reconnaît la part étrangère et inconnue qui habitait le mort aimé. Il
comprend dans la douleur que l'aimé était aussi un étranger. Il découvre en lui
l'inquiétante étrangeté qui l'habite, celle d'aimer et de haïr, le même objet, la
même personne. Je dis IL, je pourrais dire Etéocle, je pourrais dire Polynice. Avant
même que ne se lève le chant, le personnage tragique est plongé dans cette scène
originaire!
Le mort aimé est le prototype du héros : il a subi l'épreuve la plus difficile, la
traversée vers l'au-delà de la vie. Il est ainsi à la base de la formation de l'idéal :
l'idéalisation de l'âme héroïque se confondra avec les figures multiples des dieux
païens, encore « trop humains ».
Nous pouvons prolonger, développer cette scène du deuil originaire, qui est aussi
celle de la naissance de l'âme et de l'activité poétique et métaphorique de la
pensée. Nous pouvons imaginer que c'est auprès du cadavre de l'aimé que le cri, la
lamentation, le gémissement déchirant de l'endeuillé (le choeur des femmes dans
Les Sept contre Thèbes) se sont transformés en chant. La déploration privée et
solitaire est devenue rite et choeur partagé et collectif. C'est autour du défunt aimé
par le groupe que s'est consolidé le lien social, le noyau de la future polis, la cité.
Le poète, ce héros de la communauté qui chante la mémoire et le destin d'un
peuple, est souvent le seul à établir un lien, un dialogue entre ceux qui sont restés
et ceux qui sont partis. Il parle aux morts. Les morts s'adressent à lui. Dans le
temps de la détresse, le poète contemporain semble réincarner les fonctions les
plus primitives de la parole poétique.
Dans la tragédie il ne peut y avoir de mystère ni pour l'auteur ni pour le lecteur,
mais seulement pour le personnage. Et il ne faudrait pas oublier que même au
coeur d'une tourmente politique et dans la pire des tragédies historiques tout
drame est un drame intérieur.
Il me faut retourner aux tréteaux, aux poutres (autre nom d'un cheval), il me faut
refaire à l'envers ce chemin qui mène de la caverne à la tragédie célébrée en plein
air, qui mène du deuil au chant. Il me faut arracher le masque du visage pour
retrouver le sens du visage du masque. Il me faut retourner aux mots sonnants
dans l'enceinte de marbre, retourner à l'étude de l'intensité, de l'enjeu avant le jeu
et la mise en scène obsolètes et inconnus en l'utérus de la tragédie. Il me faut, il
nous faut.
Tout le reste est art, de la peur qu'on n'ose pas avouer.
Je le répète, un chantier où se perdre avec plaisir dans du plaisir...
Jacques ROMAN
La conversation née des livres de Jean-Luc Nancy et de Edmundo Gômez Mango a nourri
cette adresse.
Le chant et le poème originaires surgissent entre les morts et les vivants.
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JACQUES ROMAN
BIOGRAPHIE
Né le 1er juillet 1948 à Dieulefit (Drôme), Jacques
Roman est installé depuis de nombreuses années à
Lausanne où il travaille pour le théâtre et la radio.
également publié de nombreux recueils qui, tant par leur forme que par la poésie
qui se dégage des textes, démontrent l'originalité de sa démarche.
Formé auprès de Samson Fainsilber et de Tania
Balachova, il arrive en Suisse romande en 1970 et
fonde Le Groupe Théâtre Animation à La Chaux-de
Fonds.
On le voit, son parcours se caractérise avant tout par un appétit sans cesse
renouvelé de rencontres avec l'Autre. Autre personne, autre culture, autre langage
poétique, autre regard sur une réalité qu'il ne cesse de questionner.
En 1981, André Steiger le met en scène dans
Victor ou les enfants au pouvoir de Vitrac au
Théâtre de Vidy. Par la suite, il travaillera, entre
autres, sous la direction de Matthias Langhof,
Martine Paschoud, Hervé Loichemol, Stuart Seide,
Benno Besson et Manfred Karge.
Dès 1984, il réalise et interprète des mises en
scène sous la forme monologique d'abord puis avec plusieurs acteurs. De 1989 à
1991, il participe aux spectacles de Matthias Langhoff au Théâtre de VidyLausanne, notamment La Mission de Heiner Muller ou Macbeth de Shakespeare. De
1998 à 1999, il met en lecture plusieurs textes au Théâtre Arsenic de Lausanne.
Avec François Marin, il réalise en 1999 Tamerlan de Michel Deutsch. En 2003, il
participe au projet commun de la Cie Marin et de la Bibliothèque cantonale et
universitaire de Lausanne visant à faire entendre les voix de la création littéraire
contemporaine de Suisse romande.
Au cinéma, il apparait dans des réalisations de Francis Reusser, Alain Tanner,
Patrice Leconte ou Dominique Maillet.
Acteur, metteur en scène, réalisateur, animateur et auteur, ce passionné des mots a
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CHANTIER PIERRE NOTTE
CEDRIC DORIER Comédien Metteur en scène
Du 13 juin au 24 juin 2011
PRESENTATION
Cet atelier sur Pierre Notte a pour objectif de questionner et de développer un
travail sur:
- le travail sur les adresses : je parle à quelqu’un et tout d’un coup je me parle à
moi-même ou je parle au public ou à qui ? (voir aussi l’alternance chez la plupart
des personnages entre la parole active, dialogue ou soliloque et la parole narrative
cf Clémence, Les Couteaux p.51-52)
- le rapport à l’imaginaire des personnages : de l’absence totale à l’excès
d’imagination
- le rythme du récit ou comment définir un axe principal et ne pas le perdre en
route malgré les digressions et les changements de cap
- le principe dominant de la contradiction:
- dans les rapports entre les personnages
- dans le rapport avec soi-même
- entre l’acte et la parole
- la vitesse d’exécution
- l’immédiateté de la parole : je ne réfléchis pas une seconde, je dis, je parle et
éventuellement, ensuite, je réfléchis et je commente tout haut ce que je viens de
dire pour confirmer, infirmer, préciser ou changer d’opinion
- comment jouer l’aparté (chez Pierre Notte, la parenthèse est omniprésente) ?
quel code théâtral emprunte-t-on ? Faut-il en imaginer un nouveau ?
- comment négocier avec justesse les bifurcations les plus abruptes de la pensée et
du raisonnement
- l’écoute sélective ou comment les personnages rebondissent sur un mot, un ton,
une opinion plutôt que sur le vrai fil de la conversation ou de l’histoire
- la caractérisation rapide : un comédien, une comédienne pour de multiples rôles
- le concret des situations et des propos : le Théâtre de l’Absurde est toujours
métaphysique «vivre, enfin, quand même, il doit bien y a voir un moyen» (Les
Couteaux p.27) comment demeurer concret et pragmatique sans évacuer la gravité
de la question ?
- Travailler l’outrance vraie, pas la caricature
- L’entière disponibilité du comédien face au texte et au partenaire
À peu près tous ces points me ramènent à une idée directrice :
comment aborder aujourd’hui le théâtre de l’Absurde ?
Scènes choisies dans “Moi aussi je suis Catherine Deneuve” - “Les Couteaux dans
le dos” - L’Enfant et le Loup” - “Deux petites dames vers le nord”.
Cédric DORIER
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Ce que peut la parole…
par Christine Montalbetti
IL EST QUESTION ICI de ce que peut la parole. Le seul moyen qu'ils ont, et qui
n'est pas un moyen. La parole qui avive, agace, cherche le baume pourtant, flirte
avec la catastrophe, bute sur des énigmes. Confrontation, reproches, constat que
ça patine. Sans compter qu'il suffit parfois de répéter un mot pour qu'il se mette à
signifier autre chose. Un léger glissement de contexte, et hop, l'affaire est faite.
Les personnages de Pierre Notte s'adonnent malgré eux au scandale de
l'homonymie ou de la pluralité des acceptions, qui obligent à entendre un autre
dans le même, et qui font affleurer les secrets, apercevoir les strates enfouies qui
les constituent.«Rapport»,«toucher»,«tenir», ou encore «tourner» (pour la terre et
pour le lait) véhiculent malgré ceux qui les emploient des doubles sens qui les
révèlent.
laquelle elle procède, et l'effort douloureux de la transformer en un fragile moyen
de résolution animent la voix de l'auteur. Le monde chaotique que Pierre Notte met
en scène, et dont le désir de solution (qui s'exerce tout azimut, dans une étrange
énergie tragi-comique) est d'abord contrarié, puis finalement sauvé par ce désir.
Et la parole revient à la charge, qui interroge, et qui s'efforce en vain d'interdire
(une expression ou un geste), la parole qui cherche à modifier l'autre, et échoue,
qui cherche à comprendre, et échoue; et qui ressemble à des battements de bras
désordonnés pour se maintenir à la surface.
Pierre Notte est né en 1969 à Amiens. Il est l'auteur de plusieurs pièces parmi
lesquelles: Clémence à mon bras; Moi aussi je suis Catherine Deneuve; Journalistes
(petits barbares mondains); J'existe foutez-moi la paix; Deux petites dames vers le
Nord; Et l'enfant sur le loup ; Se mordre. Ses pièces ont été mises en scène par
Anne-Laure Liégeois, Patrice Kerbrat et Jean-Claude Cotillard. Elles ont été
traduites et présentées en France, en Allemagne, en Angleterre, au Japon, en
Bulgarie ou en Russie. À Tokyo, il donne chaque année avec Marie Notte et
Machiko Yanase, au piano, des récitals de chansons, dont Dans la boue dans la
boue en 2008, ou À la mémoire de Gérard Philipe en 2009. Pierre Notte est aussi
l'auteur de romans et de pièces radiophoniques pour France-Culture. Il a été
rédacteur en chef de Théâtres; journaliste pour Epok, L'Événement du Jeudi, Le
Nouvel Observateur et La Terrasse. Il est intervenant artistique d'un lycée de ViryChâtillon depuis 1997. Depuis 2006, il est chevalier dans l'ordre des Arts et
Comment donc se rencontrer ? Dans la famille, la parole piétine. Et ceux qu'on
croise au-dehors exhibent des panoplies mal déchiffrables, délivrant eux-mêmes
une parole qui recense les formes diverses des figures que le monde contient, sans
parvenir vraiment à initier nos jeunes gens en quête de savoir comment s'y
prendre avec les heures, avec les limites de sa propre temporalité, avec le temps
dont on dispose et qu'on ne sait pas comment appeler.
Auditeurs intolérants les uns des autres, ou à l'inverse les oreilles grandes ouvertes
vers une parole qui ne sait pas leur offrir un message aussi clair qu'ils l'espèrent,
les personnages de Pierre Notte n'ont ni palais ni possessions, ils ne sont
détenteurs de rien, et gardent des choses qui ne leur appartiennent pas. Ils
avancent dans une sorte de nuit-la nuit de Pierre Notte, nous sommes dans sa nuit
- car à nous aussi il est permis d'entendre le travail sourd et secret de
l'homonymie. La violence de la parole, ses hésitations, la mise à nu involontaire à
Pierre Notte fabrique ce théâtre d’aujourd’hui, intime, fragmenté, terrible et léger,
qui exige de toute urgence scène et interprètes, pour qu’apparaisse mieux encore
le petit monde familial, familier et hanté.
Biographie de Pierre Notte
Lettres et secrétaire général de la Comédie-Française. Pour les cérémonies
des Molières, il a été nommé à deux reprises dans la catégorie « auteur
francophone vivant ».
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CEDRIC DORIER
BIOGRAPHIE
Né en 1976, Cédric Dorier est sorti diplômé du
Conservatoire d’Art Dramatique de Lausanne en
2001. Depuis, il a joué notamment sous la
direction de Philippe Sireuil, Marc Liebens, Hervé
Loichemol, Philippe Morand, Martine Paschoud,
Geneviève Pasquier & Nicolas Rossier, Philippe
Mentha, Simone Audemars, Richard Vachoux,
Michel Kullmann, François Marin, Paola Pagani &
Antonio Buil, Jean Liermier, Patrice Caurier &
Moshe Leiser (Hamlet de Shakespeare, aux côtés
de Charles Berling et Christiane Cohendy, Théâtre
Nanterre-Amandiers, Paris, tournée française et au
Théâtre du Nouveau Monde à Montréal 20032004). Il aborde ainsi des auteurs aussi variés que
Laplace, Mallarmé, Molière, Musil, N’Diaye,
Piemme, Racine, Scimone, Tchekhov, Voltaire,
Walser ou Zahnd. Parallèlement à son travail de comédien, il poursuit une
formation en mise en scène. Il est à plusieurs reprises l’assistant de Patrice Caurier
et Moshe Leiser tant au théâtre qu’à l’opéra. Il travaille également aux côtés de
Philippe Mentha, Daniel Wolf, Olivier Py et Philippe Sireuil.
Ressentant l’urgence de faire ses propres choix et d’approfondir un travail de
réflexion sur la scène et le jeu, Cédric Dorier, secondé par Christine-Laure Hirsig,
crée Les Célébrants en octobre 2005. Chercher en racontant une histoire à en
révéler le sens profond. Ainsi, faire surgir à travers chaque personnage l’infinie
diversité de la nature humaine, explorer les textes misant sur les rythmes de la
langue et des mots comme source majeure du jaillissement de l’émotion, réfléchir
à des univers scéniques qui transcendent le réalisme, accueillent la poésie et sont
aussi porteurs de sens, tels sont les trois axes autour desquels s’orientent les choix
artistiques des Célébrants.
Durant la saison 2007-2008, il interprète l’un des deux frères de Moitié-Moitié de
Daniel Keene. Le spectacle est le premier projet des Célébrants réalisé en
coproduction avec le Théâtre Complice à Montréal et la Compagnie Lézards qui
bougent à Bayonne. Il a été créé à l’Usine C en septembre 2007 à Montréal et a
tourné jusqu’en mai 2008 pour 82 représentations en Suisse et en France, en
s’arrêtant notamment au Théâtre Vidy-Lausanne et au Théâtre de la Ville à Paris.
Dès 2009, à titre de pédagogue et de metteur en scène, il travaille sur Racine avec
les étudiants-finissants de l’Ecole du Théâtre des Teintureries à Lausanne, sur
Sénèque avec ceux de l’Ecole Serge Martin à Genève présenté au Théâtre du
Grütli, et dirige deux spectacles-lecture de texte de Fausto Paravidino et Roland
Schimmelpfennig avec les étudiants de La Manufacture.
En août 2009, il met en scène La Vie de Marie de Rilke au lac souterrain de St.Léonard dans le cadre du Festival Rilke à Sierre.
Il est au côté de Jean-Yves Ruf à titre d’assistant à la mise en scène pour la
création de La Panne de Dürrenmatt au Théâtre de Vidy-Lausanne en mai-juin
2010.
Dès la rentrée 2010-2011, il intervient comme professeur régulier à La Manufacture
pour enseigner la voix parlée et la conduite de la pensée sur divers textes
classiques et contemporains.
Parmi ses prochains projets, il prépare un spectacle-lecture de Titus Andronicus de
Shakespeare au Théâtre du Grütli à Genève en mai 2011 et une mise en scène du
conte des frères Grimm, Hänsel et Gretel au Petit Théâtre de Lausanne et en
tournée suisse romande pour la saison 2011-2012.
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INFORMATIONS PRATIQUES
CRITERES D’ADMISSION
Tous les dossiers sont étudiés et l’intervenant en accord avec Le Mesureur, cie de
Théâtre choisit les participants.
DOSSIER D’INSCRIPTION
Le dossier comportera les documents suivants :



Un CV actualisé
Une photo récente
Une lettre de motivation (facultative)
LIEU
(l’espace mont blanc).
Avenue du Mont-Blanc 3
1018 Lausanne
INSCRIPTIONS
Le nombre d’inscriptions est limité à 12 participants par Atelier. En cas de nombre
d’inscriptions insuffisant, Le Mesureur se réserve la possibilité de reporter ou
d’annuler l’ Atelier. Les candidats retenus seront avertis par email avant le début de
l’atelier.
Il doit impérativement faire valoir la formation professionnelle et/ou l’expérience
théâtrale du/de la candidat-e.

Échéance des inscriptions pour l’ ATELIER RACINE CORNEILLE
dirigé par BENOÎT BLAMPAIN le 14 JANVIER 2011.
DUREE
Les Ateliers se déroulent sur deux ou trois semaines, les lun, ma, jeu et ven de
13h00 à 18h00. Les journées comportent cinq heures de formation. La salle est à
disposition des participants les jours d’Atelier de 10h00 à 13h00.
Avenue du Mont-Blanc 3 / 1018 Lausanne
PRIX

Échéance des inscriptions pour l’ ATELIER ESHYLE
dirigé par JACQUES ROMAN le 7 MARS 2011.

Échéance des inscriptions pour l’ ATELIER PIERRE NOTTE
dirigé par CEDRIC DORIER le 30 MAI 2011.

ATELIER CORNEILLE RACINE
BENOÎT BLAMPAIN du 24 janvier au 11 février 2011.
3 semaines / 60 heures / Fr 600.-

ATELIER ESHYLE
JACQUES ROMAN du 21 mars au 11 avril 2011.
3 semaines / 60 heures / Fr 600.-

ATELIER PIERRE NOTTE
CEDRIC DORIER du 13 juin au 24 juin 2011.
2 semaines / 40 heures / Fr 400.-
PRISE EN CHARGE
Dans certains cas, les ORP peuvent entrer en matière pour une prise en charge
financière des Ateliers professionnels. Les candidat-es sont seuls responsables des
démarches visant à une prise en charge financière partielle ou complète des coûts
de la formation.
Les dossiers d’inscription sont à retourner par email à l’adresse suivante :
[email protected]
www.le-mesureur.com
Pour tout renseignement, veuillez contacter Aurélie Meyer:
+41 79 207 65 28
DESISTEMENT
En cas de désistement la veille ou en cours d’ Atelier, quel que soit le motif,
le montant total est exigé.
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