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Écoutons comme ils se conjuguent
et se déclinent.
Je capitonne
Écoutons comme ils
Tu chariotes
Il décore se conjuguent et se déclinent.
Je capitonne
Elle dessine
Nous estampillons Tu chariotes
Il décore
Vous modelez
Ils et elles cisèlent Elle dessine
Et solutionnent. Nous estampillons
Vous
modelez
Je fais, donc je suis,
disent-ils.
Ils et elles cisèlent
Et solutionnent.
Je fais, donc je suis,
disent-ils.
PH
Les gestes portent en eux l’ U nion du corps et
du mouvement. Les creux des mains ne sont plus
jamais oisifs. Les coudes sont arrondis sur l’établi.
Les têtes se penchent. Les cerveaux sortent de
la friche. Les gestes sont féconds, dès lors qu’ils
se L ient. L ibres sont les artisans-artistes
quand ils deviennent E xigeants.
IS
TO
C’est qu’elle doute en même temps qu’elle rêve.
B rouillonne et confectionne.
Il nous faut faire ce que nous sommes,
dit la sagesse des Arts.
O ser s’ouvrir à l’obstination.
L’actualité est terrible et nous ramène toujours aux
questions de fond pourvu qu’on ait de la chance,
qu’on tombe sur le bon article ou sur une voix
qui nous touche.
Patrimoine. Un article du journal, dans Le Monde
du samedi 31 mai, a fait tilt. Protéger le patrimoine oui mais jusqu’où ? Le genre de question
qui agite souvent l’école Boulle et sa mission de
préservation. Certains, en architecture, à force
de vouloir toujours protéger, transforment Paris
en ville-musée. Le risque est maintenant réel.
Alors que faire ? Que faut-il exactement protéger ?
Soyons clairs, l’école Boulle veut conserver et
transmettre les gestes et les techniques, cela est
indiscutable. Mais, et c’est tout le débat, on peut
restaurer et figer des objets, pas les esprits.
Et s’il faut dire et annoncer la volonté de l’école
sur cette question, alors disons le : comme
pour le Paris usé qu’on ne voudrait pas figer,
il serait mortifère de vouloir fixer les métiers
d’art aux seuls critères de la conservation et
de la transmission. Le mouvement nécessaire
à la vie et à la création demande de se défaire
au contraire des habitudes, et non des gestes,
des tics et des répétitions visuelles paresseuses,
et avancer sur la prise de risque technique et
plastique : l’innovation.
Chômage. Autre nouvelle, la hausse du chômage,
comme une maladie incurable, qui progresse,
qui s’étend, qui diffuse et saisit la population,
parfois résignée, qui détruit des régions et
des villes, défait le tissu social.
Au cœur de la question, parmi d’autres : la déficience grave de formation des jeunes. Des
dizaines de milliers de jeunes sans diplôme
chaque année, l’inadaptation de certaines
formations professionnelles, l’insuffisance de
l’alternance et de l’apprentissage, la méfiance
réciproque parfois entre le monde de l’entreprise
et l’école.
L’école Boulle s’interroge elle aussi : comment
mieux préparer les étudiants à l’entrée dans
le monde du travail ? Elle le fait déjà mais
dans le contexte actuel, l’école doit encore
insister, c’est une grande responsabilité, sur
cet enchaînement apprentissages/entreprises.
Sans idée préconçue, resserrons encore nos relations avec les sociétés, les entreprises, assurons
davantage le lien entre les futurs employeurs
et nos élèves, travaillons à ces contacts, sans
naïveté, avec réalisme et efficacité. Des dispositions importantes existent à l’école, via le travail
des équipes, les partenariats et par les mesures
prises au sein des formations non diplômantes.
Les étudiants doivent sortir de notre système
informés, armés, avertis, juridiquement prêts.
Élections. Europe. Le repliement sur soi ?
La pire des solutions et pour résoudre quoi ?
Nous sommes tous citoyens d’ici et d’ailleurs,
même si on peut comprendre les colères et
les souffrances sociales de régions entières
(voir la question ci-dessus). Pour l’école Boulle,
il n’y a pas de débats, découvrir le monde et
connaître l’Europe ne se discutent même pas. ¶
R
Considérons cette ruche chercheuse, affairée
et artiste. Elle écrit sa geste en même temps
qu’elle la raconte. Vive. Appuyée. Agitée.
Va et vient. Donne des yeux et de la voix. Elle
n’est que perpétuelle impulsion. Pourvoyeuse
d’actes, d’allures et de pas à pas. C’est ainsi
qu’elle marche et avance. Esquisse. Rature.
Fabrique. Trace et tourne. Crée et recommence.
Patrimoine, chômage, Europe…
H
Boulle écrit sa geste…
C
P—2
B
BILLET
D’
HUMEUR
INSERTION DANS
LE MONDE DU TRAVAIL
ET PRÉPARATION
À L’EMPLOI…
L’ÉCOLE BOULLE A
DES RESPONSABILITÉS.
QU’EST-CE QUE
LA FORMATION
COMPLÉMENTAIRE
NON DIPLÔMANTE
(FCND) ?
L’école Boulle inscrit de
nombreux étudiants dans
l’école hors des parcours
diplômants. Pourquoi ?
L’école Boulle considère
qu’elle a une responsabilité dans la capacité
des étudiants à s’insérer
dans le monde du
travail ou pour aider
à la poursuite d’études
par des compléments
nécessaires de formation,
soit en entreprises, soit
dans des modules d’apprentissage spécifiques.
Tous les étudiants peuvent
donc bénéficier du
soutien de l’école par
une réinscription après
l’obtention d’un diplôme,
quel qu’il soit. Pendant
un an. Il existe plusieurs
situations selon les choix
proposés par l’école :
1 — LA FCND - STAGES
Les étudiants peuvent se
réinscrire à l’école Boulle
afin de suivre un ou
plusieurs stages dans
l’année suivant leur
diplôme. Il faut trouver
l’entreprise et proposer
cette activité au secrétariat du proviseur. Ces
stages peuvent se dérouler à l’étranger.
2 — LA FCND-ATELIER
COMPLÉMENTAIRE
DE MÉTIER D’ART
Les étudiants de DMA
peuvent poursuivre
leur apprentissage dans
un atelier différent de
leur métier d’origine
en vue de la recherche
de complémentarité
des compétences. Dans
ce cas l’année sera divisée en deux : un semestre
en stage et un semestre
dans l’atelier d’accueil.
Les candidatures sont
à déposer auprès de
M. Laurent Bailly en juin.
3 — LA FCND - MADE
(MÉTIER D’ART DESIGN
EXPÉRIMENTATIONS)
Ce projet permet à une
dizaine d’étudiants de
DMA de poursuivre leurs
apprentissages autour
d’un projet de recherche
et d’innovation, tout
en suivant des apprentissages scientifiques,
linguistiques, de marketing. Deux stages en
entreprises sont prévus
dans l’année également
ainsi que des rencontres
avec des sociétés partenaires de l’action. Chaque
étudiant sera parrainé
et accompagné par un
trinôme, Design / artisan
d’art / tuteur d’entreprise.
Les candidatures sont
à déposer auprès de
M. Bailly en juin.
4 — LA FCND - POST DSAA
Ce projet s’adresse aux
étudiants de DSAA.
Il s’appuie sur une triple
action : un stage en
entreprise de 5 mois ;
la conduite d’un projet
de recherche ; la participation à trois workshops
proposés par les écoles
partenaires, Duperré,
Estienne ou Boulle.
Les candidatures sont
à déposer en juin auprès
des professeurs de
DSAA. ¶
P ART E N
ARI A
S
T
D
O SSIER
O
La pédagogie de partenariat,
c’est faire un double
saut périlleux arrière en
se réceptionnant dans un filet…
Mais je pense que la pédagogie de partenariat
ne doit pas être la seule dans la formation.
Il faut développer à côté des projets intramuros et des « abécédaires » de nos métiers
qui doivent être enseignés à tous niveaux.
Selon les formations l’équilibre entre ces trois
pôles diffère. Par exemple si je compare mes
niveaux d’enseignement en classe de FMA, les
partenariats représentent 25% de la pédagogie,
contre 50% en première année de BTS DCEV,
et 75% voir 90% en DSAA.
Ce qui permet cette approche, c’est l’existence
d’une structure porteuse au sein de l’école,
avec les chefs de travaux et la direction,
ordonnateurs des projets, en maillage avec
le projet d’établissement.
Quand on fait de la recherche et du développement,
on a tout intérêt à s’engager si possible sur
la durée. On peut envisager une approche
prospective quand notre relation au partenaire
P—4
L’ambon et l’autel
Les acteurs du partenariat sont le Père Lainé de la paroisse Sainte-Anne de la Butte aux Cailles, Marc Verdure conservateur pour la mairie de Paris, initiateur de la rencontre. Les 1re FMA 2
sous la houlette des enseignants, My Mach, Marie-Pierre Daugé, Dominique Robert. Le projet choisi est celui de l'équipe, Marie Frigoult, Charlotte Heckly et Flavian Garnier qui a posé les
bases du concept. Les MANAMA sous la houlette de Patrick Vastel. Mireille Cot-Bédigis chef des travaux, à la baguette !
On fait du partenariat pour entrer dans le réel.
Sachant que dans la vie lorsqu’on fait un double
saut périlleux arrière, on retombe sur du béton,
dans ce cadre on se réceptionne dans de
la mousse ou des filets.
C’est une association active qui permet de viser
un objectif commun, tout en maintenant
l’autonomie des différents partenaires à
savoir l’entreprise, l’école, les professionnels,
les étudiants, les enseignants, la direction. Mon
rôle d’enseignant dans ce dispositif, consiste
à irriguer le projet d’une démarche pédagogique
afin qu’elle assure une construction de fond.
Ainsi, que le projet aboutisse ou non, ce travail
restera positif et formateur. Dans la mesure
où le partenariat permet d’optimiser une vision
de la réalité, il peut accélérer le processus
de formation en interne.
est établie depuis longtemps (deux ans, voire
cinq ans) ; permettant que le discours s’affine,
que nos particularités soient plus clairement
identifiées.
Les partenariats n’ont pas toujours le même
rapport avec le réel. Ils peuvent être vrais à 100%,
ou vrai-faux. S’il y a une convention, la démarche
sera péremptoire, nous obligeant à aller au bout
de quelque chose de défini. Mais le projet tout
en étant lié à une réalité peut-être hors contrat,
faisant parfois l’objet d’une rencontre à la fin
avec les partenaires concernées qui feront
un audit sur ce qui s’est passé. C’est cette métacorrection qui est drôle, quand on confronte
nos différentes visions du monde. Car dans une
classe, de DCEV notamment, il y aura 18 réponses
possibles, qui valideront ou non la pertinence
du cahier des charges.
Le partenariat est par excellence le lieu de la
complexité. On peut démarrer de manière très
simple, en faisant la carte de vœux pour l’école ;
jusqu’à construire des projets plus complexes,
comme par exemple, le voyage que l’on a fait
au Japon avec les DSAA DP, en janvier 2014 avec
A. Fermey et V. Rossin. Sur place on a rencontré
des gens importants, des directeurs d’usine,
on a monté un workshop de trois jours tout
en anglais, traduit en simultané en japonais
avec les étudiants in situ. C’est une pédagogie
du réel qui assume une forme de risque, mais
c’est surtout très vivant ! ¶
O Petit lexique
des gestes à Boulle
P—5
D’ARTS APPLIQUÉS
A
ADMIRER — Il est plaisant de contempler la ruche qu'est l'atelier d'ébénisterie. Lorsque l'on en franchit la
porte, on ressent une multitude de
sensations exaltantes. 80 apprentis
y fourmillent, affairés, concentrés
sur leur établi, surmenés et attentifs,
aux démonstrations de l'un des trois
professeurs. Trois piliers, six puissantes mains et un millier de gestes
soutiennent ce temple du savoirfaire. Jour après jour, ces maîtres
du mime avec patience et passion
transmettent leur soif de perfection.
Après tant d'années, il est émouvant
de constater la satisfaction que leur
procure un ciseau affûté « aux petits
oignons », ou le sifflement du fer de la
varlope lorsque le copeau se dégage.
Quand une scie devient prolongement de leur corps, le trait dans le
hêtre descend avec précision, force et
délicatesse à la fois. Et c'est l'admiration du geste : un geste de magicien,
d'alchimiste, de savant, l'art de métamorphoser de la matière brute en
lui offrant une lettre de noblesse.
ALICE CAMBOIS, 1 FMA 1 - ATELIER
RE
D'ÉBÉNISTERIE
AFFLEURER — Le panneau plaqué
serré dans la presse de l’établi
attend que le ciseau vienne l’affleurer.
Tenu avec les deux mains, l’une sur
le manche et l’autre sur la lame, le
ciseau tranchant s’approche du placage qui dépasse. La main tenant
la lame se pose sur le panneau
et le ciseau commence son travail.
En partant d’un angle, il s’insère
délicatement dans le placage en
espérant ne pas le casser jusqu’au
panneau et coupe tout ce qui
dépasse à quelques millimètres.
La passe finale est décisive, la lame
posée à plat rase le champ du panneau en coupant le reste de placages
et les gouttes de colle, priant pour
ne pas qu’ils éclatent. SÉBASTIEN
BAILLOUX, 1 FMA 1 - ATELIER D'ÉBÉNISTERIE
RE
DOMINIQUE ROBERT – PROFESSEUR D’ARTS APPLIQUÉS
PROPOS RECUEILLIS PAR CAROLINE LAFITTE
le ciseleur frappe la surface des
cuivres à l’aide de ciselets, petites
tiges de section et de formes très
diverses, à tête adaptée aux motifs
souhaités, frappés perpendiculairement à la surface avec le marteau à
ciseler. Ici, on n’enlève pas de matière,
on pousse et on repousse infiniment
le métal pour qu’il s’affine en ornement. CAROLINE LAFITTE, PROFESSEUR
B
BOULLER — Bouller, ou bouler (vieux
français) synonyme de tromper signifiait avant le XIVe siècle « jouer de
la trompe ». Ce verbe neutre, en prenant la forme réfléchie, « se tromper »,
a acquis le sens de « se jouer de »,
puis de « se moquer de ».
BIDOUILLER — Bricoler un petit bout
de truc pour faire une chose ou un
machin. CLÉMENCE ROUGÉ - DSAA 2 DESIGN
D’ESPACE
BISER : Fabrice, 1000 fois par jour.
C
CAPITONNER — Seul, le velours
moiré, la soierie raffinée, ou encore
le cuir patiné attend de retrouver
son camarade, le bouton ! Et hop !
Une simple pression sur la machine
à boutons et les fiançailles ont lieu.
Mais, le fauteuil, leur père, les attend.
L’artisan prend ses ficelles de nylon
blanches et s’apprête à une sentence ;
afin d’obtenir les compliments de
monsieur Napoléon III. Les capitons
s’attachent aux sangles en jute et se
tendent sous les forces de l’ouvrier
averti. Forces nécessaires à la formation des courbes symétriques,
losanges équivalents et plis identiques. L’œil expert se retrouve devant
un savoir-faire exigeant. C’est ainsi
que le fauteuil tout crapaud qu’il
est, gonflé d’orgueil s’expose d’aise
et de confort. QUENTIN DALLIER, 1 FMA 1
RE
ATELIER DE TAPISSIER DÉCORATEUR
CHARRETTER — Pratique intensive
de la charrette, toujours bien torréfiée. IVAN BRÉLIVET, DSAA 2 DESIGN PRODUIT
CHARIOTER — Usiner sur un tour
un cylindre d’un certain diamètre
par déplacement de l’outil de coupe
suivant un axe parallèle à l’axe de
rotation de la pièce.
CISELER — Cette étrange odeur de
cire brûlée qui s’offre à vous quand
vous franchissez la porte de l’atelier,
annonce une histoire de feu. Feu
du métal, feu de la forge, feu brûlant
du ciment rouge… Brodeur de métal,
CONFECTIONNER ­— De mes mains,
je fais de mon mieux pour que le
travail réalisé soit le meilleur possible.
Pour cela, je fais, je défais, je refais,
parfois je me coupe ou me pique mais
je continue. Coudre, couper, coller,
agrafer étape par étape, le travail se
construit petit à petit. Il ne faut négliger aucune étape, sinon la confection
ne sera pas de qualité. JANE DEWILDE,
1 FMA 1 - ATELIER DE TAPISSIER DÉCORATEUR
RE
D
DESSINER ­— « … qu’il s’agisse de
peinture ou de sculpture, au fond,
il n’y a que le dessin qui compte.
Il faut s’accrocher uniquement, exclusivement au dessin. Si on dominait
un peu le dessin, tout le reste serait
possible ». ANDRÉ GIACOMETTI
DONNER SA MAIN ­— Les mains
se marquent à mesure qu’elles
façonnent. L’artisan, le saviez-vous,
est celui qui décide de donner le
maximum d’intelligence à ses mains.
Elles font œuvre de culture et de
savoir-faire. C’est ainsi que les artisans boullistes jettent leurs main
aux loups quand ils prennent le risque
de l’excellence. BIANCA ROUX, 1 FMA 1
RE
ATELIER DE TAPISSIER DÉCORATEUR
DOUTER ­— Morceaux choisis,
Alessandro Mendini, Fragilisme,
Fondation Cartier pour l'art contemporain, 2002. Je ne sais pas si je dois
voler les idées des autres. Je ne sais
pas si je dois tout dire à tout le monde.
Je ne sais pas si je dois avoir des
remords. Je ne sais pas si je dois
sortir de l'ambiguïté. Je ne sais pas
si je dois préférer les lignes droites
ou courbes. Je ne sais pas si je
dois cesser de dire je ne sais pas…
CÉCILE GUILLOU, DSAA 2 DESIGN PRODUIT
DRIVER ­— (mot franglais). Terme
récurrent en DSAA qui consiste à
conduire un projet comme on conduirait une voiture : en évitant le fossé !
CLARA ASCENZIO - DSAA 1 DESIGN PRODUIT
CISELER
E
M
ECHANGER ­­— Dans la cafétéria,
assis autour d’une table taguée, des
élèves parlent, échangent des idées.
Pour certains, cela est anodin de
s'exprimer, cependant c'est important,
dans l’école le partage est de rigueur.
La vie est faite de rencontres, de
contacts, et à Boulle, la simplicité et
l'amitié qui règnent nous permettent
de voir le monde différemment et
de le comprendre. MANCEL RICHARD,
MARIER — Marier les couleurs, les
textures, les tombés… tel est l’univers
du tapissier. Au contact de toutes
ces matières, mon regard compose.
Il imagine, associe, projette tout en
tâtant les tissus uniques qui se présentent à lui. Chaque étoffe semble
révéler une âme ou une histoire. Que
ce soit la douceur d’un velours, l’aspect rêche, râpeux, brillant ou sourd…
je ne sais que choisir. BIANCA ROUX,
1 FMA 1 - ATELIER DE MENUISERIE EN SIÈGES
1 FMA 1 - ATELIER DE TAPISSIER DÉCORATEUR
ESTAMPILLER — Laisser une trace,
s'identifier,
Une fois l'œuvre façonnée
L'artiste peut,
S'il le veut,
Sortir du tiroir
Certaines de ses petites barres
Dessinées et forgées par des maîtres
fériés.
Après avoir été chauffées
et martelées
Elles sont ornementées
À leurs extrémités
D'un chiffre ou d'une lettre
Qui servira peut-être,
En les frappant sur le bois
D'un geste sûr, avec un marteau dont
le son fait écho,
Comme une pierre que l'on jette dans
l'eau,
Sans se taper les doigts, pour éviter
les sparadraps,
Afin que tout le monde voie
Quel maître d'art
Ou artisan phare
Réalisa cela.
Peut-être, on ne le saura pas,
Elle deviendra une pièce de musée
Ou alimentera la décoration d'un
palais richement décoré.
MARQUETER — De magnifiques
traités existent, mais la transmission
des techniques se fait ici oralement,
par l’exemple et la démonstration.
L’ « approximatif » et « l’épate » sont
proscrits, nous sommes dans l’univers
de l’exigence.
M AQ U E T T E R
RE
MANCEL RICHARD, 1 FMA 1 - ATELIER
RE
DE MENUISERIE EN SIÈGES
F
FAÇONNER — C'est une manière de
travailler le bois afin de lui donner une
forme particulière par enlèvement de
matière. L'outil enlève la matière mais
c'est l'élève qui apporte la technique
et la confiance qui façonne la pièce
finale. ARTHUR GILBERT, 1 FMA 1 - ATELIER
RE
D’ÉBÉNISTERIE
FLÂNER — C’est à la fois déambuler
et fouiller ; observer et questionner.
C’est aussi collecter et comprendre ;
pour enfin apprécier et designer.
G
—
6
TO U R N E R
CHARLINE ROLLET, DSAA DESIGN D'ESPACE
P
GRAVER — Un simple trait d’incise
sur le métal, et voilà l’impensable
capture : l’ombre se voit contrainte
par la lumière au fond d’un sillon.
Pointe sèche, burin, gouge, échoppe
sont les outils de la traque. Ils opèrent
par une attaque incisive, poursuivie
par une tenue ample de la ligne,
enfin retenue par une finale tranchée.
CAROLINE LAFITTE, PROFESSEUR D’ARTS
G R AV E R
APPLIQUÉS
I
IMAGINER — Penser à hier pour
demain. JUDITH LASRY - DSAA 2 DESIGN
PRODUIT
RE
MONTER — Monter quoi ? Le bronze,
c’est évident. Avec ses deux forges
en action, l’atelier de Monture en
Bronze transforme les métaux :
bronze, laiton, cuivre, fer mais aussi
l’inox et l’aluminium. Ici, les plaques
de laiton et les profilés arrivent bruts,
ils n’attendent que le geste. Il faudra
prendre son temps pour apprivoiser
le matériau : apprendre à découper
avec justesse, à cintrer avec patience,
à déformer avec passion mais fermeté, à le chauffer pour l’assouplir,
à le peaufiner pour qu’il puisse offrir
le meilleur de lui-même.
P
PARER — L’été arrive, tout le monde
se met à l’aise ! Même le cuir, ayant
gardé son poil hivernal, se rend chez
son artisan tapissier décorateur pour
une coupe claire. Telle une paire de
ciseaux, la pareuse se met en action.
L’ouvrier s’installe devant son outil,
assis sur la petite chaise. Un pied
presseur courbé vient presser la
peau et une cloche aiguisée se met
en branle. Cet objet circulaire vient
tourner sur un axe, situé sous le pied
presseur. La cure de minceur peut
commencer… Les mains de l’artisan
conduisent la peau ou la lanière sur
l’outil et les yeux experts jugent la
perfection de la coupe. Séance terminée, le cuir est fin prêt à profiter de
la pleine saison ! Direction : habillage !
QUENTIN DALIER, 1 FMA 1- ATELIER
RE
DE TAPISSIER DÉCORATEUR
PERSÉVÉRER — Le métier de tapissier est l’aboutissement d’un travail
de finition poussé, résultant de la
précision et de l’entêtement du maître
d’art qui le pratique. Délicat, fin, précis, autant qu’acharné et perfectionniste, celui-ci n’hésitera pas à faire,
défaire, tendre et retendre à l’infini
au vu d’obtenir le résultat souhaité.
La persévérance lui est indispensable.
CAMILLE GUERRACHE, 1 FMA 1 - ATELIER
RE
DE TAPISSIER DÉCORATEUR
PHOTOSHOPER — Consiste à retoucher une image à l'aide du logiciel
Photoshop pour la rendre plus séduisante et fidèle à une réalité inventée.
Photoshoper c'est donc aussi tromper,
donner une illusion de réel. Photoshoper donne lieu à des photomontages
qui associent des éléments tirés
du réel à un projet d'intervention
dont on souhaite donner un aperçu.
MARINA KHÉMIS, DSAA 2 DESIGN D'ESPACE
POCHER — Mise en couleur et
ajout de texture sur un plan avec
Photoshop. CÉLIA DÉRIJARD, DSAA 2 DESIGN
D’ESPACE
PRENDRE-UN-CAFÉ — 9h15 / 11h05 /
12h35 / 14h55 / 23h45, parfois.
CÉCILE GUILLOU, DSAA 2 DESIGN PRODUIT
R
RATER — Meilleure voie à la réussite.
IVAN BRÉLIVET, DSAA 2 DESIGN PRODUIT
RÉCOLTER — Travaillant sur la fiente
de pigeon, la récolte fait aujourd'hui
partie de mon quotidien. N'ayons
pas peur d'y mettre les mains.
IVAN BRÉLIVET, DSAA 2 DESIGN PRODUIT
REGARDER — Le regard est sans
doute l'outil que j'utilise le plus sur
mon établi. Malgré tout cet outil
n'échappe pas à la loi de la concentration car il m'est arrivé à plusieurs
reprises de le mettre en cause pour
des fautes qui lui sont dues. Le mien
est jeune, il progresse de jour en jour.
C'est là une différence que j'ai avec
les anciens qui comprennent, analysent et guident le poignet par le seul
regard. FRANÇOIS BAUDRILLER, 1 FMA 1
RE
ATELIER D’ÉBÉNISTERIE
RENDRE — Ce mot à l’apparence
peu poétique, désigne la création
d’un magnifique visuel destiné à
produire une image réaliste d’un
projet. HÉLÈNE FANDEUR, DSAA 2 DESIGN
D’ESPACE
PARESSER — Un coup de marteau,
une scie qui démarre, quelques
cris très vite relevés par des rires
bruyants, c’est un va et vient incessant de visages connus ou non
qui rythment les heures passées en
atelier. Le tourbillon infernal des enfilades de rouleaux de tissu nous invite
à explorer, chercher et dénicher celui
qui sera le bon. Tandis que là, de tous
les côtés, à ne plus savoir où donner
de la tête, fauteuils et canapés s’évertuent à nous attirer à leurs côtés,
prônant paresse et rêverie et lorsque
enfin nous cédons tout n’est plus
qu’amusement et détente, mais attention… le travail n’attend pas et très
vite nous nous remettrons à l’ouvrage.
RÉTREINDRE — Écoutez le ziiing,
ziiing, ziiing… du maillet qui contraint
la feuille de métal par martelage
répété sur la bigorne à rétreindre.
Puis la reprise du marteau dont les
coups plus nombreux et plus serrés
contraignent la plaque sans jamais
frapper deux fois au même endroit.
La rétreinte permet d’obtenir des
formes creuses, des contenants
luxueux pour l’orfèvrerie. CAROLINE
LAFITTE, PROFESSEUR D’ARTS APPLIQUÉS
CAMILLE GUERRACHE, 1 FMA 1 - ATELIER
RHINOTER — Faire du dessin en 3D
grâce au logiciel « Rhino », ajouter
un décor et des textures, pour avoir
de belles images de produits qu'on
a jamais fabriquées ! CLÉMENCE COUCHOT,
DE TAPISSIER DÉCORATEUR
DSAA 2 DESIGN PRODUIT
RE
PÉDALER — Transformer le vroumvroum, en gling-gling, c’est le défi
de la voiture à pédales ! Étudiants
de tous bords gambergent le soir
pour mettre en route la future boullemobile !
P—7
DSAA 2 DESIGN D'ESPACE
P—8
SCIER — Voilà une machine qui m’a
fait part de sa dangerosité par une
alerte amicale : l’accident. Tout peut
arriver si vite quand on n’est pas
attentif. Je la redoute, je m’en méfie…
et pourtant on n’arrêtera jamais de
l'utiliser. Mon professeur me disait :
« Gardez toujours vos yeux sur l'outil. »
Effectivement… Mais maintenant j'ai
retenu la leçon. La machine à besoin
de l'artisan autant qu’il a besoin
d'elle : et c'est à ce moment là qu'elle
devient la meilleure amie des ébénistes. MARIE SEPRÉ, 1 FMA 1 – ATELIER
RE
D’ÉBÉNISTERIE
SERRER LA MAIN — En entrant
j'avance dans l’atelier, d'une poigne
ferme il me serre la main, signe de
respect derrière cet aspect si sérieux.
La corne de sa main me fait me sentir
si petite. Le rapport est humain. LOLA
MOSSINO, 1 FMA 1 – ATELIER D’ÉBÉNISTERIE
RE
RIGOLER — Dessiner un projet est
un acte optimiste. On a tous un ami
qui nous lance un regard sceptique
lorsqu’on lui parle de notre réflexion
méta-physique sur la porosité de la
limite entre l’espace extérieur collectif
et l’espace intérieur domestique.
Des considérations qui nous valent
beaucoup d’éclats de rire, et parfois
des railleries. Mais ce recul est parfois
salutaire : rire fait avancer notre
projet et rend nos charrettes plus
agréables, entre autres lorsqu’on a les
cernes jusqu’au nombril. Moralité, plus
on rigole mieux on se porte en DSAA.
T
CU S
P
—
9
O
D’ARTS APPLIQUÉS
TRACER — Bon, qu'est-ce qu'on a ?
Une courbe à tracer. Pas de problème,
c'est parti, je me place bien, je prends
mon crayon, je respire et… j'y vais !
Je tire mon trait, doucement, doucement, attention ! Et… c'est raté.
C’est pas grave, je recommence,
une grande inspiration, on souffle,
et c'est reparti. Cette fois c'est bon,
je suis arrivé au bout. Comment ça
une bosse ? Mais non, c'est rien ça,
c'est… je recommence. Cette fois-ci
c'est la bonne, courage, je vais réussir.
Je tire le trait, et.. OUI ! Elle est bonne,
je la garde. De quoi ? Encore 7 autres ?
Heureusement que j'aime ça. ARTHUR
FERRON, 1 FMA 1 – ATELIER D’ÉBÉNISTERIE
RE
TRADUIRE — Passer de l'idée à l'objet /
l'espace. Traduire, c'est aussi concrétiser : donner une forme à quelque
chose d'aussi volatile qu'une idée.
Lui donner une consistance par la
main : ébaucher, esquisser, modeler,
maquetter… MINH-TÂM NGUYEN, DSAA 2
Du geste juste
au geste expérimental
Nous n’avons de cesse d’interroger « Le geste »
dans nos pratiques sans pour autant lui accorder
une pleine et entière attention réflexive. Terme
générique, souvent utilisé pour nos actions, il
nous rend service tous les jours mais nous avons
parfois bien du mal à nous entendre sur ce qu’il
représente alors que nous le convoquons pour
diverses raisons.
Geste juste de l’artisan pour certains, geste expérimental du chercheur pour d’autres, empirique le
plus souvent… Nous avons demandé aux élèves
de terminale de se pencher sur cette réflexion
dans le cadre de leur projet de Baccalauréat.
DESIGN D’ESPACE
TENDRE — Mon travail face à moi,
j’adapte ma position. Une main tirant
le tissu qui me scie les doigts et galbe
mes muscles. De l’autre, mon ramponneau et une semence sur son bout
aimanté, visant la feuillure. Je n’ai pas
le droit à l’erreur car un geste erroné
et c’est mon tissu qui est endommagé.
Tendre n’est pas un travail de tout
repos, on se doit de faire et défaire
afin d’atteindre la bonne tension
du tissu sur le support. ANNA GLONNEK,
Le geste est initial, il est une sorte d’archicommencement d’une action… Ayant la possibilité de soulever tout le corps, il est producteur
de mouvements et révélateur d’un sens, d’une
intentionnalité. Nous avons demandé aux élèves
de le caractériser.
1 FMA 1 – ATELIER DE TAPISSIER DÉCORATEUR
RE
ELSA ESCOBEDO, DSAA 2 DESIGN D’ESPACE
RESPECTER LE MÉTIER — Blouse
ajustée devant mon établi de bois,
je suis prête à travailler. Chacun sait
ce qu'il doit faire et s'attarde sur son
ouvrage. À chaque fois que j’entre
ici je suis fière et heureuse, car pour
moi c'est le plus bel atelier du monde.
U
MARIE SEPRÉ, 1 FMA 1 – ATELIER
RE
D’ÉBÉNISTERIE
S
OO
FO
USINER (LES MACHINES) — La
dégauchisseuse vrombit, la toupie
crisse, les machines outils sifflent,
les scies chuintent…
V
S’APPROPRIER — On l’utilise souvent
pour parler de nos projets, parce
qu’on aimerait bien que les futurs
usagers s’approprient les espaces que
l’on dessine. On l’utilise tellement qu’il
finit par devenir un mot valise, duquel
on a tendance à se moquer gentiment.
Mais en même temps on se rend
compte, en regardant les fanions
qui décorent notre salle, que ce mot,
même s’il est un peu galvaudé, parle
d’un rapport instinctif et spontané
à l’espace (et qui pour tout dire
nous rend bien agréables les charrettes sur le plateau des DSAA).
VARLOPER — La varlope tenue
fermement à l’arrière et à l’avant,
glisse sur les pièces de bois grâce à
la paraffine frottée sur sa semelle.
Son fer tranchant placé à plusieurs
reprises dans la lumière jusqu’à ce
qu’il soit correctement inséré caresse
les pièces dans le sens du fil du bois
en se heurtant à tous les défauts et
les supprime parfois difficilement.
YOHAN DELAHAYE, DSAA 2 DESIGN D'ESPACE
SÉBASTIEN BAILLOUX, 1 FMA 1 – ATELIER
RE
D'ÉBÉNISTERIE ¶
Le geste peut être pensé comme « Geste d’agir »,
le geste comme action.
L’action contribue à façonner notre vie quotidienne,
elle permet d’entreprendre. En agissant, nous
n’avons de cesse de questionner nos manières
de faire, d’exécuter de manière plus ou moins
imparfaite, d’œuvrer avec plus ou moins de
technicité, de procéder de manière plus ou
moins aléatoire, de se comporter, de travailler …
On piste ses propres gestes, on les écoute, on les
remarque chez autrui… Qu’il soit geste physique,
geste appris, geste mimétique, dernier geste,
geste en mutation, geste qui façonne ou
transforme la matière ; le geste est à l’origine
de nos postures actives.
CHRISTINE ROUCH, ENSEIGNANTE
S'EXUTER — Pour être créatif et
mener à bien un projet, il est vital
de s'exuter. S'exuter, c'est évacuer
le « trop-plein » : le trop plein d'idées,
le trop plein d'énergie, le trop plein de
soucis. Sur le papier, on déballe toutes
les idées, bonnes ou mauvaises, on
défoule sa main et sa tête pour faire
sortir tout ce que l'on a intériorisé.
Il n'en ressort au final que du bon :
une tête légère, une main assouplie
et un projet enrichi. JEANNE GUYON,
TOURNER — Les étudiants s’affairent
et se faufilent entre les tours, dans
un dédale mécanique. Ça et là, il
en est un qui, penché, le corps plié,
le pied posé sur l’immense pédale de
commande, les yeux rivés sur la zone
éclairée par la lampe, caresse d’un
geste sûr, de son outil le cylindre
de métal en rotation pour en retirer
de délicats copeaux. Ici, la Machine
est omniprésente et donne l’illusion
de prolonger, de remplacer la main.
Mais c’est bien l’œil et la main qui
gouvernent et président à l’élaboration de ces pièces si subtiles dans
leurs proportions, leurs décors et leurs
patines. OLIVIER BIZERAY, PROFESSEUR
EN ARTS APPLIQUÉS STD2 A ET MÉTIERS D’ART
SCULPTER — Bing, bing, bing… vriiiip.
Aïe !
Le geste c’est aussi, ce qui permet d’être ou de
rentrer en contact pour appréhender le monde.
Tout créateur le sait bien, il est amené à se
pencher sur le rapport épidermique qu’il a
avec le monde, sur cette manière « tangente »
que nous entretenons avec ce qui nous apparaît
comme extérieur.
En design, le geste « haptique » est une notion
ergonomique, psychologique, physiologique
qui revêt toute son importance. Le rôle et la
prégnance du toucher supposent de penser
la réceptivité, la manière dont nous touchons
le monde et le modifions simultanément en
agissant dessus. Notre corps possède divers
types de récepteurs sensoriels dans le derme
qui en fonction des cas ont une sensibilité
aux vibrations, aux pressions, déformations…
En fonction du déplacement, du frottement,
il est d’autant plus important de saisir ou
d’imaginer les interactions que nous pouvons
créer avec le monde extérieur quand nous
envisageons de créer des objets, des espaces,
des environnements, des textiles…
Le Geste image, comme signe qui donne à voir.
Aux travers de nos actions, de nos mimiques,
de nos rituels, de nos codes… nous élaborons
des gestes qui comptent, des gestes qui semblent
l’expression d’un engagement, d’une éthique,
d’une moralité, d’un langage… il est bon de savoir
lire ses gestes et d’en comprendre les subtilités
de communication culturelle, identitaire… pour
imaginer les relations, nos interactions les uns
aux autres.
Voici en quelques mots, les pistes sur lesquelles
se sont penchés les terminales. Nous ne doutons
pas que chacun d’entre nous à l’école Boulle aura
son idée sur la manière singulière de caractériser
dans sa pratique cette large thématique. ¶
R
P
—
P — 10
11
RR
RENCONTRE
O
Design et métier d’art,
rencontre autour
du geste
relations avec des ateliers d’artisans d’art et de réussir à se
comprendre pour réussir à sortir
des pièces vraiment intéressantes
qui ne soient ni un pastiche des
œuvres qui ont déjà été faites dans
le passé, ni des choses qui épurent
tellement le geste, qu’à la fin celuici pourrait être produit industriellement.
ENTRETIEN AVEC LE STUDIO
ST ANTOINE, À L’INCUBATEUR
DES ATELIERS DE PARIS
INTERVIEW RÉALISÉE PAR
CAROLINE LAFITTE ET SOPHIE VALZAN
Quelle a été votre formation ?
Nous nous sommes rencontrés
à Camondo, la formation englobe
l’architecture intérieure et le design
de produits d’environnement,
pendant 5 ans. C’est lié, pour nous
c’est une évidence, car le design
a aujourd’hui beaucoup d’applications différentes. Ce qu’on appelle
designer aujourd’hui, est protéiforme (entre la mode, le graphisme,
l’évènementiel , le produit…). Il y
a 1001 façons d’être designer. Dans
notre façon de faire, le design est
extrêmement lié à l’architecture
intérieure, en tout cas à la notion
de projet, d’espace et de contexte.
Nous sommes amenés à concevoir
des pièces qui sont dessinées pour
un espace, pour un type d’habitat.
C.L.
C.L.
C.L.
Votre projet à l’incubateur
des Ateliers de Paris, c’est quoi ?
C’est d’essayer de mettre en œuvre
une démarche de création, essentiellement sur des questions de
mobilier, d’objet et à plus long terme
espace. Ce qu’on trouve très excitant
dans un projet, c’est la façon dont
il se concrétise. Lassés l’un comme
l’autre des projets qui existent en
image de synthèse ou en prototype
et qui ne voient jamais le jour,
nous nous sommes orientés dans
la démarche des ensembliers.
C’est-à-dire de penser l’ensemble
de l’espace et de tout ce qui le
compose : le mobilier, les revêtements, les objets, les matériaux…
c’est pourquoi cette approche
nous lie avec l’artisanat d’art.
Comment vous est venue cette idée
de Tour de France ?
Ce qui nous intéresse c’est la série
limitée, voire la pièce unique, d’où
le lien naturel avec le mode de
fabrication et de relation avec les
métiers d’art. Nous nous sommes
dit qu’au lieu de dessiner des projets pour se demander ensuite
qui va pouvoir les fabriquer et comment, nous allions faire exactement
l’inverse : allons d’abord faire un
tour d’atelier pour savoir ce qui
existe, voir les gestes derrière les
objets. Voir comment ces objets
sont faits nous donne énormément
d’autres idées. Nous avons donc
décidé de faire ce tour d’ateliers
avec des savoirs faire extrêmement
variés, des supports de matériaux
également très variés. Voir ces
gestes, essayer de les comprendre
à notre façon avec notre regard de
designer, pour pouvoir ensuite dessiner avec nos envies, notre culture,
les marchés que l’on vise (l’architecture intérieure) pour les types
de séries qui nous intéressent, c’est
à dire les petites séries, les pièces
uniques.
Notre tour de France s’est fait en
plusieurs moments, mais en continu,
tous les mois nous en visitons.
Il y a bien des façons d’être designer. Notre façon de faire, c’est
qu’on aime bien avoir un point de
départ, parce qu’être designer c’est
répondre à un cahier des charges.
Ainsi, partir du geste, du matériau
ou d’un savoir faire, est pour nous
un point de départ fabuleux ! Parce
que cela donne des possibilités,
mais aussi des limites.
La force des grands architectes décorateurs d’hier et d’aujourd’hui c’est
d’avoir su et de savoir nouer des
B BU ZZ
C
ULTUREL
Avez-vous des exemples où le geste
a guidé la rencontre entre l’artisan
d’art et vous-même ?
Dans le travail que nous faisons
en lien avec les artisans d’art,
on observe leurs gestes d’un point
de vue extérieur, on les analyse
différemment. C’est probablement
l’intérêt de notre démarche.
Ce recul nécessaire nous permet
de réinterpréter les gestes que l’on
voit et de les utiliser à notre façon
avec notre culture. On s’émerveille
de choses qui leur sont tout à fait
naturelles, et au contraire on ne
s’intéresse pas forcément à des
choses qui pour eux sont extrêmement sophistiquées parce que
requérant un travail énorme. Parfois
même des gestes assez basiques
dans leur formation, peuvent
devenir extrêmement intéressants
et très contemporains transposés
autrement.
Chaque artisan maîtrise quantité de
gestes. Vouloir montrer la maîtrise
de tous ces gestes sur une même
pièce conduit à des objets qui
sont techniquement des prouesses
incroyables, mais qui pour nous
esthétiquement n’ont pas forcément
un intérêt fou. Au lieu de tout dire
sur une seule pièce, on peut scinder
les techniques, d’autant plus sur
une logique de petite série, avoir
une pensée plus globale et pas juste
penser une seule pièce comme
un chef d’œuvre.
En allant rencontrer un artisan, on
voit qu’avec tel geste, il réussit à
produire telle pièce, mais notre
travail c’est aussi de se dire qu’avec
ce geste, il peut aussi probablement
sortir un autre type de pièces…
Là se situe le point de départ de
notre discussion, qui nous permet
de voir à la fois les difficultés mais
aussi les limites. Par exemple il nous
dira, « mon four il fait telle taille,
donc, je ne peux pas sortir ce type
de pièce, en revanche je peux en
faire deux que j’assemble de telle
façon… » Ainsi on commence à
rentrer dans le projet…
Prochainement nous allons travailler
avec un céramiste japonais (partenariat entre les Ateliers de Paris et
les artisans de Kyoto), qui maîtrise
une technique très particulière de
fabrication et d’émaillage de tuiles
extrêmement fines. Aujourd’hui,
il fait de la vaisselle car il sait qu’il
peut utiliser cette technique à plat.
Ces carreaux de céramique qui
sont extrêmement fins et légers
nous avons l’idée de les utiliser pour
faire de la marqueterie que l’on utilisera sur du mobilier, des parois…
Notre travail est donc intimement
lié aux gestes et aux savoir-faire.
On ne peut pas avoir des idées
déconnectées de l’atelier, car
elles n’aboutiront pas à un projet.
Cela finira dans les cartons, ou
sur un disque dur.
C.L.
Quel a été l’accueil dans les ateliers ?
On a à faire à des gens généreux,
heureux de partager leur passion.
C’est un investissement en temps
important, parce que les ateliers
sont le plus souvent en dehors
de Paris… Et nous sommes donc
très bien reçus. Je pense que notre
démarche qui est d’arriver volontairement les mains vides lors des
premières visites, sans dessin, sans
projet, et de dire :« voilà on vient
un peu s’imprégner de ce que vous
faites, montrez-nous », donne lieu
à des moments très intéressants.
Parfois l’accueil est un petit peu
plus réservé au départ, mais au
fur et à mesure du temps que l’on
passe avec les artisans, ils ouvrent
beaucoup de portes, ressortent des
archives, des projets, on finit par
dénicher dans l’atelier des objets
qui peuvent être le point de départ
d’un nouveau projet…
La rencontre avec tous ces gens nous
a amené à penser notre future collection non pas à partir de dessins,
mais à partir de gens avec qui on
s’est bien entendu et avec qui nous
avons envie de travailler. Nos projets sont donc intimement liés à des
personnes. Pour nous c’est aussi
une façon de donner un sens à ce
qu’on fait. On a une liste de matériaux, de procédés et de personnes
artisans d’art en face, qui vont nous
motiver pour construire. On dessine
après coup, quand le lien est établi,
on regarde toutes les photos et
C.L.
toutes les notes qu’on a prises.
Aujourd’hui, ce qu’on fait le plus,
pour démarrer notre activité, c’est
de proposer un peu tout ce savoir
faire à des architectes décorateurs
qui ont des projets et qui se disent
voilà moi je voudrais développer
un luminaire, j’ai un croquis, et
qu’est-ce que je peux faire ? On
re-décortique tout ça. Ceci on va le
faire avec untel, de telle façon, du
coup ce ne sera pas cette épaisseur,
ce sera peut-être celle-ci. Donc on
redessine en fonction d’une typologie d’atelier et de fabrication avec
qui on est en lien.
Boulle s’expose
cet été et à la rentrée
CNAM
CONSERVATOIRE
NATIONAL DES ARTS
ET MÉTIERS
292 Rue Saint-Martin,
75003 Paris. Du 10 juillet au
30 septembre 2014. Exposition
des diplômes de Métiers d’art
2012 et 2013 dans les vitrines
du musée et au cœur de
la chapelle. ¶
TADAO ANDO ET LES DSAA DESIGN D’ESPACE AU BON MARCHÉ
24 Rue de Sèvres, 75007 Paris. Du 2 au 5 septembre 2014.
Le 2 septembre au soir : intervention de Tadao Ando à l’École Boulle. ¶
On va souvent voir des ateliers
d’exception qui ont un patrimoine
de savoir faire très important
et confronter à cela une vision
LES JOURNÉES DU PATRIMOINE
contemporaine est intéressant :
AU CARROUSEL DU LOUVRE
c’est se poser la question qu'est99 Rue de Rivoli, 75001 Paris.
ce qu'une pièce de métier d’art
Les 5, 6 et 7 décembre 2014.
aujourd’hui ?
Exposition des ateliers du métal
Il y a un équilibre à trouver qui est
et du bijou, avec des démonstraextrêmement difficile, assez fragile,
tions in situ pendant trois jouret surtout très personnel. Doit-on
nées consécutives d’étudiants
adapter le savoir faire à ce qu’il
sur des établis. ¶
sait faire ? Jusqu’où faut-il simplifier
les formes pour les rendre
plus contemporaines ?
DUNKERQUE / BORDEAUX,
Ce sont des débats qui
EXPOSITION DES DSAA DESIGN D’ESPACE
nous agitent au quotidien
Dunkerque / Bordeaux exposition des DSAA
et je pense que cette
Design d’Espace. Première quinzaine
tension est très créative.
de septembre. ¶
Notre but n’est pas d’épurer
absolument tout et de se
retrouver avec des objets
qui ne traduiraient plus un
savoir faire, qui de fait ne
L’ESPACE
se voit presque plus. C’est de
D’EXPOSITION
trouver un juste milieu entre une
DROUOT –
tradition d’artisanat d’art où
BOULLE / TASK
il y a un travail de détail et
9, rue Drouot,
d’ornements, et quelque chose
75009 Paris.
de contemporain qui pousse
Du 3 au 11
vers plus de minimalisme.
octobre 2014.
La recherche de cet équilibre
Exposition des
104 - PARIS DESIGN
est passionnante, il y a une
diplômes de
WEEK
infinité de réponses à cela. ¶
métiers d’art
104 rue
2014 de l’école
d'Aubervilliers, 75019
de Task
Paris. Du 10 au 17
au Japon et de
septembre 2014.
l’école Boulle. ¶
Exposition des
diplômes de métiers
d’art 2014 et des
DSAA Design Produit. ¶
CHÂTEAU DE
VERSAILLES
Place d'Armes, 78000
Versailles. Du 23 octobre
au 22 février 2015. Les meubles
du XVIIIe siècle, avec des interventions régulières d’étudiants en
situation d’exercice, en semaine
et certains week ends, qui concerneront les ateliers d’ébénisterie,
de sculpture, de ciselure et
de marqueterie. ¶
P
O RTRAIT
TRAIT
P — 12
INTERVIEW
COLOPHON
Directeur de Publication :
C. Hespel
Rédactrice en chef :
Caroline Laffite
Conception graphique : Müesli
RÉALISÉE PAR CAROLINE LAFITTE
Jean-Pierre, on t’aime…
Dès l’enfance, c’est en construisant des petites
voitures avec des bouchons, des cures dents,
du carton et de la tôle ondulée que Jean-Pierre
a mis tout un monde en maquette ; celui des
« Glups » (petits personnages de caoutchouc,
offerts pour l’achat de 20 litres d’essence chez
Esso, dans les années 70). Bien plus tard,
une « certaine incompatibilité avec le système
scolaire » le mène à passer le Bac « Construction
Mécanique » en candidat libre. Après un détour
d’un an sur les gros cargos flirtant avec les
côtes africaines, il revient en France pour tenter
le concours d’entrée aux beaux-arts de Rennes
qu’il réussit avec succès. La culture lui va comme
un gant. Le DNAT en poche, il enchaîne les
rencontres avec les architectes, photographes,
scénographes, ou publicistes avec qui il s’associe,
travaillant dans une ancienne usine de filature du
Nord-Pas-de-Calais. Jean-Pierre, breton d'origine,
est vite conquis par l’esprit chtimi. Il s’installe
alors en free-lance réalisant les maquettes des
architectes de la région et des prototypes pour
l’industrie. Le travail bat son plein.
La révolution numérique met tout le monde à terre
En 1997, c’est le lancement d’AutoCAD 14, avec
la révolution numérique qui s’en suit. À l’époque,
nous dit-il, pour allumer ou éteindre un ordinateur
il fallait suivre une formation, alors pour maîtriser
un nouveau logiciel ! De plus il fallait réinvestir
dans un nouveau parc machines extrêmement
coûteux. Un bon concours de circonstances lui
permit de bénéficier de cette formation (AutoCAD
et SolidWorks). L’investissement dans un ordinateur portable lui évita le parc machines retrouvant de surcroît son indépendance.
Du free-lance à l’enseignement ça s’est passé
comment ?
« À la même époque, on m’a contacté pour prendre
en charge le poste de maquettiste à l’ESAT
de Roubaix, en BTS ACI (Assistant Conception
Industrielle). J’ai dit oui, et puis, vous savez
comment c’est dans l’administration, ça prend
son temps. Je n’ai plus entendu parler d’eux
pendant un an. Fin août, à la veille de la prérentrée, le proviseur de l’établissement m’a
appelé en disant : « M. Queffelou, je me permets
de vous rappeler, pour vous signifier que
nous comptons toujours sur vous demain… ! »
Ça s’appelle la veille pour le lendemain. Alors
grosse panique, car je n’avais jamais eu d’élèves
à part ceux du canoë. J’y vais, et là un prof arts
appliqués me dit : « T’inquiètes pas, de toute
façon ils en savent toujours moins que toi,
ça se passera bien ! » Et voilà comment je suis
devenu prof.
Et puis les opportunités se sont enchaînées, j’ai
poursuivi l’expérience à Vauréal dans des ateliers
tout neufs. Puis j’ai été sollicité par l’école Boulle.
J’étais impressionné, vous pensez, l’école Boulle
ça devait être une chasse gardée. J’en avais
une image idéalisée, une espèce de château fort
dans lequel on ne peut entrer! Alors je suis arrivé
sur ma moto, c’était en décembre 2006 je crois,
j’avais rendez-vous pour visiter les lieux. Et quand
j’ai vu la façade, je me suis dit : c’est pas possible,
ça doit être l’entrée des matériaux ! »
L’atelier maquettes, le lieu de la dernière chance…
Ce qui frappe à l’atelier maquettes, ce n’est pas
l’étendue du parc machines, mais le nombre
de mots gentils et de remerciements adressés
au maître des lieux. Patron des opérations
impossibles, ici on trouve des solutions. Les
étudiants post-bac issus des différentes filières
du Design et des métiers d’art viennent prototyper,
« trotec-quer », souder, forger, scier, découper,
assembler, thermoformer… Les besoins et les
attentes sont nombreux.
Enfin, face à un trépied forgé de haute lutte, pour
une structure de meuble en ébénisterie, il nous
confia que dans cette opération « one shot »,
« il faut juste se dire que si on ne réussit pas,
le bateau coule ! » ¶