FLORILEGE DE TEXTES LITTERAIRES

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FLORILEGE DE TEXTES LITTERAIRES
HISTOIRE DES ARTS
FICHE DE REVISION POUR l’EPREUVE ORALE
Dire l’horreur de la guerre
FLORILEGE
DE TEXTES LITTERAIRES
1
Séquence A : Dire la guerre : témoignages sur la grande guerre.
Séance 1 : La vie quotidienne des soldats.
Texte 1 : Les rats, Erich Maria Remarque (1898-1970),
Ecrivain allemand, Erich Maria Remarque est contraint d' interrompre ses études d' instituteur
pour partir à la guerre. À son retour, il exerce de nombreux métiers avant de devenir journaliste
sportif et de publier en 1928 son roman le plus connu, À l' O uest rien de nouveau, roman pacifiste
qui rencontre un succès planétaire (plus de vingt millions d' exemplaires vendus en cinquante
langues) et provoque la colère des nationalistes allemands.
Lors de l' avènement de Hitler, Remarque quitte l' A llemagne pour s' exiler aux Etats-Unis. II
obtient la nationalité américaine en 1947.
Le passage suivant montre aux lecteurs les soldats calfeutrés dans leurs tranchées. Entre deux
attaques ennemies, ils doivent faire face à un autre type de danger...
Il nous faut veiller à notre pain. Les rats se sont beaucoup multipliés ces derniers temps, depuis
que les tranchées ne sont plus très bien entretenues. Detering prétend que c' est le signe le plus
certain que ça va chauffer.
Les rats sont ici particulièrement répugnants, du fait de leur grosseur. C' est l' espèce qu' on
appelle « rats de cadavre ». Ils ont des têtes abominables, méchantes et pelées et on peut se trouver
mal rien qu' à voir leurs queues longues et nues.
Ils paraissent très affamés. Ils ont mordu au pain de presque tout le monde. Kropp tient le sien
enveloppé dans sa toile de tente, sous sa tête, mais il ne peut pas dormir parce qu' ils lui courent
sur le visage pour arriver au pain. Detering a voulu être malin; il a fixé au plafond un mince fil de
fer et il y a suspendu sa musette (1) avec son pain. Lorsque, pendant la nuit, il presse le bouton
électrique de sa lampe de poche, il aperçoit le fil en train d' osciller : un rat bien gras est à cheval
sur son pain.
Finalement, nous prenons une décision. Nous coupons soigneusement les parties de notre pain
qui ont été rongées par les bêtes ; nous ne pouvons, en aucun cas, jeter le tout, parce que
autrement demain nous n' aurions rien à manger. Nous plaçons par terre au milieu de notre abri les
tranches de pain ainsi coupées, toutes ensemble. Chacun prend sa pelle et s' allonge, prêt à frapper.
Detering, Kropp et Kat tiennent dans leurs mains leurs lampes électriques.
A u bout de quelques minutes, nous entendons les premiers frottements des rats qui viennent
mordiller le pain. Le bruit augmente; il y a là maintenant une multitude de petites pattes, alors les
lampes électriques brillent brusquement et tout le monde tombe sur le tas noir, qui se disperse en
poussant des cris aigus. Le résultat est bon. Nous jetons les corps des rats écrasés par-dessus le
parapet de la tranchée et nous nous remettons aux aguets (2).
Le coup nous réussit encore quelques fois. Puis les bêtes ont remarqué quelque chose ou bien
ont senti l' odeur du sang. Elles ne viennent plus. Cependant, le lendemain, le pain qui restait sur le
sol a été emporté par elles.
Dans le secteur voisin, les rats ont assailli deux gros chats et un chien qu' ils ont tués et mangés.
E. M. Remarque, À l' O uest rien de nouveau. © Stock, 1929, 1993, pour la traduction
française
(1) Musette : sac de toile
(2) être aux aguets : surveiller
2
Questions : A i-je bien compris ?
1)
2)
3)
4)
5)
Ici, quel problème rencontrent les soldats ?
Relisez le deuxième paragraphe, comment le qualifier ? Relevez les tournures péjoratives.
Quel est l’effet produit sur vous à la lecture d’un tel texte ?
Comment qualifieriez-vous les conditions dans lesquelles vivent les soldats ?
Montrez que ce texte est un témoignage.
3
Texte 2 : Le courrier de guerre
Henri Jacquelin avait trente ans en 1914. Il habitait Q uimper. A grégé de lettres et d’histoire,
ancien élève de l’ENS (Ecole normale supérieure), il avait été réformé pour myopie lors de son
service militaire, mais il s’engagea comme simple soldat dès le jour de la mobilisation, à l’exemple
de ses trois frères. Gravement blessé pendant la première bataille de la Marne en septembre 1914,
il fut soigné pendant plus de deux ans et renvoyé au front comme mitrailleur en mars 1916.
27 septembre 1915
Cher père,
Ta lettre m' est arrivée dimanche et je te remercie, mon cher Papa, de la tendre et de
l' ingénieuse affection avec laquelle tu essayes de me donner le plus ingrat des courages, celui de
n' être qu' un pauvre malade inutile, à l' heure où mes frères sont au danger et où de grandes choses
glorieuses s' accomplissent. Les souvenirs de l' an passé ne sont point faits pour me rendre patient.
J' ai connu la joie héroïque de se battre, de remonter la route victorieuse. C' est ce qui me donne le
mortel regret d' être ici.
Mais je tâche d' oublier ces nobles heures, et de m' oublier pour ne sentir que la joie, presque
l' ivresse de nos derniers communiqués. Je suis comme hors de moi. Je ris et je trinque avec mes
compagnons de maladie. Nous chantons ensemble La Marseillaise.
Dix mille puis vingt mille prisonniers ; notre terre reconquise. Tout ce cliquetis me donne la
fièvre et m' ôte le sommeil, et Dieu me garde de faire le poète quand j' écris à mon père, mais je
sens tout ce qu' il y a de France qui se lève en moi, comme le brouillard du matin sur la terre
obscure, et jamais je n' ai éprouvé un sentiment si vif, si passionné et si délicieux d' être un homme
de mon pays. Pourquoi, pourquoi suis-je ici loin de la bataille ? Mon vieux régiment est au cœur de
la fête, du côté de Mesnil, et déjà il paraît qu' il a bravement fait son devoir. On cite des blessés et
des morts. Mon cœur est là-bas avec eux... et j' envie Marcel qui est dans la mêlée, et Charles qui
est dans le canon. Parle-moi d' eux dès que tu auras de leurs nouvelles, je sais trop qu' ils ne sont pas
moins au danger qu' à l' honneur. J' ai une telle envie de guérir qu' elle commence à opérer. Peutêtre, en dépit du plus galonné des majors, ne sera-t-on pas obligé de me rouvrir et de me recouper.
Chaque jour, je rends en détail quelques parcelles de ma côte avariée. II passe de fréquentes
inspections et ce matin encore un médecin m' a recommandé la patience et promis la guérison. Je
l' ai cru aussitôt sur sa croix de commandeur et ses étoiles de brigadier. Je suis prêt à tout pour en
finir. Mais si je puis m' en dispenser, j' aime autant ne pas repasser sur la table d' opération ! Sur le «
billard » comme l' appellent nos poilus. On me panse tous les matins, on me sature d' iode. Je passe
ma matinée dans les journaux et l' après-midi sur la grande plage d' automne, pluvieuse et désolée.
La mer est belle, d’ une beauté triste. L' équinoxe roule ses lourdes marées jusqu' au pied des falaises.
Henri
Henri passé ensuite dans l’infanterie d’accompagnement des chars d’assaut, fut tué à Tahure
le 26 septembre 1918, moins de deux mois avant la fin de la guerre. Sa femme Henriette resta
seule avec son fils Riquet, né en novembre 1911.
Un autre témoignage
4
Gaston Biron avait vingt-neuf ans en 1914, quand il s’engagea dans un bataillon de chasseurs
à pied. Pendant deux ans de guerre, Gaston n’a cessé d' écrire à sa mère Joséphine et a attendu en
vain une permission qui ne venait pas.
Samedi 25 mars 1916 (après V erdun)
Ma chère mère,
[ ...] Par quel miracle suis-je sorti de cet enfer, je me demande encore bien des fois s' il est vrai
que je suis encore vivant ; pense donc, nous sommes montés mille deux cents et nous sommes
redescendus trois cents ; pourquoi suis-je de ces trois cents qui ont eu la chance de s' en tirer, je
n' en sais rien, pourtant j’aurais dû être tué cent fois, et à chaque minute, pendant ces huit longs
jours, j' ai cru ma dernière heure arrivée. Nous étions tous montés là-haut après avoir fait le
sacrifice de notre vie, car nous ne pensions pas qu' il fût possible de se tirer d' une pareille fournaise.
Oui, ma chère mère, nous avons beaucoup souffert et personne ne pourra jamais savoir par quelles
transes et quelles souffrances horribles nous avons passé. A la souffrance morale de croire à chaque
instant la mort nous surprendre viennent s' ajouter les souffrances physiques de longues nuits sans
dormir : huit jours sans boire et presque sans manger, huit jours à vivre au milieu d' un charnier
humain, couchant au milieu des cadavres, marchant sur nos camarades tombés la veille ; ah ! j' ai
bien pensé à vous tous durant ces heures terribles, et ce fut ma plus grande souffrance que l' idée
de ne jamais vous revoir. Nous avons tous bien vieilli, ma chère mère, et pour beaucoup, les
cheveux grisonnants seront la marque éternelle des souffrances endurées ; et je suis de ceux-là. Plus
de rires, plus de gaieté au bataillon, nous portons dans notre cœur le deuil de tous nos camarades
tombés à V erdun du 5 au 12 mars. Est-ce un bonheur pour moi d' en être réchappé ? Je l' ignore
mais si je dois tomber plus tard, il eût été préférable que je reste là-bas. Tu as raison de prier pour
moi, nous avons tous besoin que quelqu' un prie pour nous, et moi-même bien souvent quand les
obus tombaient autour de moi, je murmurais les prières que j' ai apprises quand j' étais tout petit, et
tu peux croire que jamais prières ne furent dites avec plus de ferveur.
[ ... ]
Ton fils qui te chérit et t' embrasse un million de fois.
Gaston
Gaston était le seul fils d' une famille de sept enfants. Ses sœurs Berthe, Hélène, Blanche,
Marguerite, Madeleine et Marie apprirent sa disparition à la fin de l' été: blessé le 8 septembre
1916, il mourut de ses blessures le 11 septembre 1916 à l' hôpital de Chartres.
Questions :
1) A quel genre appartiennent ces deux textes ? Justifie ta réponse en relevant trois indices
dans les textes.
2) La situation d’énonciation : Qui sont les auteurs des textes ? Les destinataires ? Dans quel
lieu et à quel moment ces textes ont-ils été écrits ?
3) Dans le premier texte, dans quel état d’esprit se trouve l’auteur ? Quelle vision de la guerre
a-t-il ? Cite un extrait pour justifier ta réponse.
4) Dans le second texte, quel est l’état d’esprit de l’auteur ? Justifie ta réponse et essaie de
trouver une explication à cette différence de vision.
5) Dans le second texte, relève le champ lexical de la souffrance. Quels changements la
souffrance a-t-elle provoqué chez l’auteur ?
5
Texte 3 : Sur le front, Erich-Maria Remarque
Le narrateur de ce roman, de l' écrivain Erich-Maria Remarque (1898-1970), est un jeune
soldat allemand, Paul Baümer, qui combat sur le front français pendant la guerre de 1914 -1918. Il
assiste ici à la mort de son ami Franz Kemmerich.
Ce n' est pas le premier que je vois, mais nous avons grandi ensemble et c' est bien différent.
J' ai copié mes devoirs sur les siens. À l' école, il portait le plus souvent un costume marron avec
une ceinture ; les manches étaient lustrées (1) par le frottement. En outre, il était le seul, parmi
nous, capable de faire, à la barre fixe, le grand soleil (2). A lors, ses cheveux flottaient sur son
visage, comme de la soie. Kantorek (3), à cause de cela, était fier de lui ; mais il ne pouvait pas
supporter les cigarettes. Sa peau était très blanche. Il avait en lui quelque chose d' une fille.
Je regarde mes bottes; elles sont grandes et grossières, la culotte (4) y bouffe (5); lorsqu' on se
lève, on a l' air gros et fort dans ces vastes tuyaux. Mais, lorsque nous allons nous baigner et que
nous nous déshabillons, soudain nos jambes et nos épaules redeviennent minces. Nous ne sommes
plus alors des soldats, mais presque des enfants, et l' on ne croirait pas que nous pouvons porter le
sac. Quand nous sommes nus, c' est un moment étrange : nous sommes des civils et aussi nous nous
sentons presque tels.
Franz Kemmerich, au bain, avait l' air petit et mince comme un enfant et voici que maintenant
il est là étendu, et pourquoi cela ? On devrait conduire le monde entier devant ce lit en disant :
« V oici Franz Kemmerich, âgé de dix-neuf ans et demi, il ne veut pas mourir, ne le laissez pas
mourir. »
Mes pensées deviennent confuses. Cette atmosphère de phénol (6) et de gangrène (7)
encrasse les poumons ; c' est une sorte de bouillie lourde, qui vous étouffe.
L' obscurité arrive. La figure de Kemmerich blêmit ; elle ressort au milieu des oreillers et elle est
si pâle qu' elle semble luire faiblement. La bouche remue doucement. Je m' approche de lui. Il
murmure : « Si vous trouvez ma montre, envoyez-la chez moi. »
Je ne proteste pas. C' est inutile à présent. Il n' y a plus moyen de le persuader. Mon
impuissance m' accable. Oh! Ce front aux tempes affaissées, cette bouche qui n' est plus qu' une
denture, ce nez si amenuisé (8) ! Et la grosse femme (9) qui pleure chez elle et à qui je dois écrire.
A h ! si seulement cette lettre était faite !
Des infirmiers passent avec des bouteilles et des seaux. L' un d' eux s' avance, jette sur
Kemmerich un regard inquisiteur (10) et s' éloigne ; on voit qu' il attend. Probablement, il a besoin
du lit.
Je m' approche de Franz et je parle comme si j' étais capable de le sauver :
« Peut-être t' enverra-t-on au Foyer des convalescents du Klosterberg (11), Franz, au milieu des
villas. Tu pourras alors, de ta fenêtre, voir toute la campagne jusqu' aux deux arbres qui sont à
l' horizon. C' est maintenant la plus belle saison de l' année, quand le grain mûrit ; le soir, au soleil,
les champs ressemblent à de la nacre. Et l' allée de peupliers le long du Klosterbach (12) où nous
prenions des épinoches (13). Tu pourras alors t' installer un aquarium et élever des poissons, tu
pourras sortir sans avoir besoin de demander la permission à personne et tu pourras même jouer du
piano, si tu veux. »
Je me penche sur son visage, qui est plongé dans l' ombre. Il respire encore faiblement. Sa
figure est mouillée, il pleure. A h ! j' ai fait du joli, avec mes sottes paroles !
« V oyons, Franz ! »
Je mets mon bras autour de son épaule et j' approche mon visage du sien.
« V eux-tu dormir, maintenant ? »
Il ne répond pas. Les larmes lui coulent le long des joues. Je voudrais les essuyer, mais mon
mouchoir est trop sale.
6
Une heure se passe, je suis assis là, tendu, et j' observe chacune de ses expressions pour voir si
peut-être il veut dire encore quelque chose. S' il voulait seulement ouvrir la bouche et crier ! Mais il
ne fait que pleurer, la tête penchée de côté. Il ne parle pas de sa mère ni de ses frères et sœurs, il
ne dit rien ; sans doute que tout cela est déjà loin de lui. Il est maintenant tout seul avec sa petite
vie de dix-neuf ans et : il pleure parce qu' elle le quitte.
Erich-Maria Remarque, À l' Ouest rien de nouveau, Stock, 1928.
(1) lustrées : rendues brillantes par l' usure.
(2). le grand soleil : figure acrobatique consistant à faire le tour de la barre fixe, bras et jambes
tendus.
(3). Kantorek : un de leurs professeurs.
(4). culotte : pantalon.
(5) bouffer : être trop large, trop grand
(6) phénol : désinfectant.
(7) gangrène : maladie qui entraîne la pourriture des membres. Franz a été amputé d' une jambe
pour tenter d' éviter la gangrène.
(8) amenuisé : aminci.
(9) « la grosse femme » : la mère de Franz, qui avait recommandé au narrateur de veiller sur son
fils.
(10) Inquisiteur : qui cherche quelque chose.
(11) Klosterberg : ville d' A llemagne.
(12) Klosterbach : rivière proche.
(13) épinoches : petits poissons.
Questions :
I. L' approche de la mort
a) Relevez les observations du narrateur concernant les transformations physiques causées par la
mort qui approche.
b) Quelles sont les réactions de Franz face à la mort (plusieurs réponses) ?
c) La mort de Franz est racontée par l' un de ses amis : citez des phrases ou des expressions qui le
montrent.
II. Une série de contrastes
a) Dans le premier paragraphe, le narrateur décrit Franz écolier : en quoi ce portrait s' oppose-t-il à
ce que la guerre a fait de lui ?
b) Relevez les antithèses* (= oppositions) dans le deuxième paragraphe. Quelle est l' intention de
l' auteur quand il fait ainsi la description de ces jeunes soldats ?
c) Notez les contrastes* (= différences) entre l' attitude de Paul et celle des infirmiers. Expliquez le
« regard inquisiteur » de l’infirmier.
III. Une mort bouleversante
a) Pourquoi ce décès vous paraît-il particulièrement bouleversant ?
b) Que fait le narrateur pour apaiser son ami ?
7
c) Le récit de cette mort est un témoignage particulier et en même temps, cette mort a une valeur
universelle : que cherche à dénoncer le narrateur avec ce récit ?
8
Texte 4 : La propagande patriotique
Dès le début de la guerre, les feuilletons romanesques qui paraissent dans la presse se mettent
au service de la Patrie. Marcel A llain, Maurice Leblanc, A rthur Bernède ou Gaston Leroux écrivent
des romans remplis de poilus héroïques, de mères dignes dans le sacrifice et d' espions sournois à la
solde des «Boches». Même la bande dessinée, de Bécassine aux Pieds Nickelés, exalte le courage
guerrier. Un poilu de douze ans, d' A rnould Galopin, enseigne aux enfants les vertus du
patriotisme...
Quelques heures auparavant, l' officier qui commandait cette poignée de braves avait dit :
« - Par un boyau qui n' est pas encore comblé, nous pouvons peut-être regagner l' arrière...
Etes-vous d' avis
d' abandonner la place ? »
Personne ne répondit.
« - Que ceux qui veulent sortir d' ici lèvent la main, dit encore l' officier. »
A ucune main ne se leva.
« - C' est bien... nous tiendrons... nous tiendrons jusqu' à la mort... »
Un immense cri lui répondit :
« - V ive la France ! »
Et ces hommes électrisés, comme s' ils sentaient planer sur leurs têtes l' âme de la Patrie,
entonnèrent tous d' une voix vibrante le chant sublime qui d' un simple paysan suffit à faire un héros
: « La Marseillaise! »
Là-bas, dans leurs tranchées et leurs abris, les Boches l' entendirent, ce chant, et ils comprirent
aussitôt que le fortin qu' ils croyaient déjà tenir, et qu' un dernier assaut devait enlever, leur
résisterait longtemps encore.
A rnould Galopin, Un poilu de douze ans.
Questions :
1. Quel message veut donner ce texte ?
2. Quels symboles et quelles idées utilise-t-il pour y arriver ?
3. Quelle image des combattants allemands veut-on donner dans le dernier paragraphe ?
4. Qu’appelle-t-on de la propagande ? (Si besoin, cherche ce mot dans un dictionnaire)
5. Pourquoi peut-on dire que ce texte est un texte de propagande ?
9
Texte 5 : Georges Brassens, La Guerre de 14-18.
Georges Brassens (1921-1981) est célèbre par ses chansons souvent très ironiques. S' il n' a
pas connu la guerre personnellement, il est né à une époque où la France se reconstruisait à peine
et portait le deuil de ses morts.
Depuis que l' homme écrit l' Histoire
Depuis qu' il bataille à cœur joie
Entre mille et une guerres notoires
Si j' étais tenu de faire un choix
A l' encontre du vieil Homère
Je déclarerais tout de suite
Moi mon colon celle que je préfère
C' est la guerre de 14-18
Bien sûr celle de l' an 40
Ne m' a pas tout à fait déçu
Elle fut longue et massacrante
Et je ne crache pas dessus
Mais à mon sens elle ne vaut guère
Guère plus qu' un premier accessit
Moi mon colon celle que je préfère
C' est la guerre de 1418
Est-ce à dire que je méprise
Les nobles guerres de jadis
Que je me soucie comme d' une cerise
De celle de 70
A u contraire je la révère
Et lui donne un satisfecit
Mais mon colon celle que je préfère
C' est la guerre de 14-18
Mon but n' est pas de chercher noise
A ux guérillas, non fichtre non
Guerres saintes guerres sournoises
Qui n' osent pas dire leur nom
Chacune a quelque chose pour plaire
Chacune a son petit mérite
Mais mon colon celle que je préfère
C' est la guerre de 14-18
Je sais que les guerriers de Sparte
Plantaient pas leurs épées dans l' eau
Que les grognards de Bonaparte
Tiraient pas leur poudre aux moineaux
Leurs faits d' armes sont légendaires
A u garde-à-vous je les félicite
Mais mon colon celle que je préfère
C' est la guerre de 14-18
Du fond de son sac à malices
Mars va sans doute à l' occasion
En sortir une, un vrai délice
Qui me fera grosse impression
En attendant je persévère
À dire que ma guerre favorite
Celle mon colon que je voudrais faire
C' est la guerre de 14-18
Paroles et musique de Georges Brassens.
V ocabulaire :
1. Colon : colonel. 2. De celle de 70 : la guerre de 1870, à l' issue de laquelle la France vaincue,
dut céder l' A lsace et la Lorraine à l' A llemagne. 3. Satisfecit : félicitations. 4. Grognards : surnom
des soldats de Napoléon Ier. 5. A ccessit : récompense scolaire de second ordre. 6. Mars : dieu
romain de la guerre.
Questions :
1. Georges Brassens parle de la guerre. Quelles guerres sont citées et quelle est la particularité de
chacune ?
10
2. Il compare toutes ces guerres : quel est son point de comparaison ?
3. En lisant le texte, quelle semble être l’opinion de Georges Brassens sur la guerre ?
4. Quelle est son opinion réelle ? Relève dans le texte un indice te permettant de justifier ta
réponse.
5. Comment appelle-t-on la figure de style employé par Georges Brassens dans cette chanson ?
Donne un exemple précis extrait du texte et explique-le.
Séquence A : Dire la guerre : témoignages sur la grande guerre.
Texte 5 : Georges Brassens, La Guerre de 14-18.
Georges Brassens (1921-1981) est célèbre par ses chansons souvent très ironiques. S' il n' a
pas connu la guerre personnellement, il est né à une époque où la France se reconstruisait à peine
et portait le deuil de ses morts.
Depuis que l' homme écrit l' Histoire
Depuis qu' il bataille à cœur joie
Entre mille et une guerres notoires
Si j' étais tenu de faire un choix
A l' encontre du vieil Homère
Je déclarerais tout de suite
Moi mon colon celle que je préfère
C' est la guerre de 14-18
Est-ce à dire que je méprise
Les nobles guerres de jadis
Que je me soucie comme d' une cerise
De celle de 70
A u contraire je la révère
Et lui donne un satisfecit
Mais mon colon celle que je préfère
C' est la guerre de 14-18
Je sais que les guerriers de Sparte
Plantaient pas leurs épées dans l' eau
Que les grognards de Bonaparte
Tiraient pas leur poudre aux moineaux
Leurs faits d' armes sont légendaires
A u garde-à-vous je les félicite
Mais mon colon celle que je préfère
C' est la guerre de 14-18
Mais à mon sens elle ne vaut guère
Guère plus qu' un premier accessit
Moi mon colon celle que je préfère
C' est la guerre de 1418
Mon but n' est pas de chercher noise
A ux guérillas, non fichtre non
Guerres saintes guerres sournoises
Qui n' osent pas dire leur nom
Chacune a quelque chose pour plaire
Chacune a son petit mérite
Mais mon colon celle que je préfère
C' est la guerre de 14-18
Du fond de son sac à malices
Mars va sans doute à l' occasion
En sortir une, un vrai délice
Qui me fera grosse impression
En attendant je persévère
À dire que ma guerre favorite
Celle mon colon que je voudrais faire
C' est la guerre de 14-18
Paroles et musique de Georges Brassens.
Bien sûr celle de l' an 40
Ne m' a pas tout à fait déçu
Elle fut longue et massacrante
Et je ne crache pas dessus
11
V ocabulaire :
1. Colon : colonel. 2. De celle de 70 : la guerre de 1870, à l' issue de laquelle la France vaincue,
dut céder l' A lsace et la Lorraine à l' A llemagne. 3. Satisfecit : félicitations. 4. Grognards : surnom
des soldats de Napoléon Ier. 5. A ccessit : récompense scolaire de second ordre. 6. Mars : dieu
romain de la guerre.
Questions :
6.
7.
8.
9.
Georges Brassens parle de la guerre. Quelles sont les guerres citées?
Il compare toutes ces guerres : quel est son point de comparaison ?
En lisant le texte, quelle semble être l’opinion de Georges Brassens sur la guerre ?
Quelle est son opinion réelle ? Relève dans le texte un indice te permettant de justifier ta
réponse.
10. Comment appelle-t-on la figure de style employé par Georges Brassens dans cette chanson ?
Donne un exemple précis extrait du texte et explique-le.
12
Texte : Le sac du soldat
Le sac, c' est la malle et même c' est l' armoire. Et le vieux soldat connaît l' art de
l' agrandir quasi miraculeusement par le placement judicieux de ses objets et provisions
de ménage. En plus du bagage réglementaire et obligatoire- les deux boîtes de singe, les
douze biscuits, les deux tablettes de café et les deux paquets de potage condensé, le
sachet de sucre, le linge d' ordonnance et les brodequins de rechange- nous trouvons
bien moyen d' y mettre quelques boîtes de conserve, du tabac, du chocolat, des bougies
et des espadrilles, voire du savon, une lampe à alcool, et de l' alcool solidifié et des
lainages. A vec la couverture, le couvre-pieds, la toile de tente, l' outil portatif, la gamelle
et l' ustensile de campement, il grossit, grandit et s' élargit, et devient monumental et
écrasant.
Le Feu, Henri Barbusse
Texte : , A l' O uest rien de nouveau
Sans savoir que faire, je tiens dans ma main le portefeuille. Il m' échappe et s' ouvre. Il
en tombe des portraits et des lettres. Je les ramasse pour les remettre en place ; mais la
dépression que je subis, toute cette situation incertaine, la faim, le danger, ces heures
passées avec le mort ont fait de moi un désespéré ; je veux hâter le dénouement,
accroître la torture, pour y mettre fin, de même que l' on fracasse contre un arbre une
main dont la douleur est insupportable, sans se soucier de ce qui arrivera ensuite.
Ce sont les portraits d' une femme et d' une petite fille, de menues photographies
d' amateur prises devant un mur de lierre. À côté d' elles il y a des lettres. Je les sors et
j' essaie de les lire. Je ne comprends pas la plupart des choses; c' est difficile à déchiffrer
et je ne connais qu' un peu de français. Mais chaque mot que je traduis me pénètre,
comme un coup de feu dans la poitrine, comme un coup de poignard au cœur...
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