Sécurité face aux abordages en mer

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Sécurité face aux abordages en mer
technique
Sécurité face aux abordages en mer
Le marché propose plusieurs moyens d’améliorer la sécurité contre les abordages
en mer. Considéré individuellement, aucun n’offre une sécurité parfaite. Quoique complémentaires, tous ensemble, ils n’apportent cependant pas de solution
idéale. On privilégie donc la veille visuelle, en oubliant trop vite que l’erreur est
humaine. Si elle existe, quelle est la stratégie optimale ? Voici un point de vue.
Il me semble adapté à mon programme de navigation en solitaire.
Quand on navigue,
il faut parfois avoir de la chance !
Qui n’a pas été surpris par un bateau tout proche sorti du
néant ? Je me souviens d’avoir évité de justesse une collision frontale avec un autre voilier furtif qui n’avait pas vu
que nous étions tribord amure. Nous étions trois à bord de
Thoè, dont deux participants à la Route du Rhum… Nul
n’est parfait !
Dépendre de soi ou de l’autre ?
Photos © Pierre Lang
Je ne conçois que ce que je vois et je privilégie les systèmes
qui me permettent de ne pas laisser aux autres le soin de
veiller sur ma propre sécurité. Je classe donc les systèmes de
veille en trois catégories :
1. ceux permettant de ne dépendre que de soi-même :
veille visuelle éventuellement assistée par des instruments
(réveil, radar, détecteur radar, AIS) sans oublier le contrôle
manuel périodique du bon état de fonctionnement des
instruments.
2. ceux entraînant une dépendance totale de la veille sur
l’autre bateau, en l’aidant éventuellement grâce à notre
propre équipement : réflecteur radar passif ou actif (transpondeur radar), transpondeur AIS.
3. entre les deux, on trouve les systèmes entraînant une
dépendance partielle de l’autre : radar (l’autre bateau doit
produire un écho suffisant), détecteur radar (il doit avoir
allumé son radar), récepteur AIS (il doit être équipé d’un
transpondeur AIS allumé).
Incompatibilités et limitations
L’efficacité des radars dépend de la capacité de réflexion des
cibles (les réflecteurs passifs dont on équipe les voiliers ont
plus d’effet psychologique que réfléchissant électromagnétique) et des échos parasites (vagues et pluie). Un détecteur
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radar devrait idéalement être sensible aux deux bandes de
fréquences utilisées par les cargos. En bande S, utilisée en
haute mer, les échos parasites sont limités mais le système
est moins sensible aux petits objets (voiliers). La bande X,
utilisée en navigation côtière, permet de détecter les petits
objets, au prix d’interférences avec la pluie et les vagues.
Pour être alerté (ou réveillé), on ne sait pas utiliser à la fois
les alarmes sonores d’un détecteur radar et d’un radar, car
le bateau se détecte lui-même. Les réflecteurs passifs bon
marché sont très dépendants de la gîte. En bande S, leur
pouvoir de réflexion est 10 fois plus faible qu’en bande
X. Les réflecteurs actifs, saturés par le radar d’un bateau
trop proche, pourraient être rendus inopérants. L’utilisation
d’un transpondeur AIS n’est obligatoire que sur les cargos
de bonne taille et les navires de passagers. Le choix d’un
système tient donc de la quadrature du cercle. Se poser la
question d’augmenter sa sécurité contre les abordages en
mer est un moyen infaillible de faire pousser des cheveux
gris sur la calvitie naissante d’un navigateur solitaire.
Niveaux de dépendance et sécurité
Le tableau suivant donne une évaluation de sa dépendance
en matière de sécurité contre les abordages.
Limitations Dépend de soi Dépend de l’autre
Veille visuelle Radar Réflecteur passif Réflecteur actif Détecteur radar Récepteur AIS
Transpondeur AIS
Intempéries Suis-je attentif ? Interférences Type + Gîte Inefficace Saturation X et/ou S ? Gros bateaux Est-il attentif ?
Gros bateaux
Inefficace
Est-il attentif ?
Radar actif ?
AIS actif ?
Est-il attentif ?
Sécurité face aux abordages en mer
Mon choix ?
Veille assistée par ordinateur !
Comme l’a montré le tableau précédent, le transpondeur AIS occupe une position privilégiée. La transmission
d’informations d’un niveau de précision égal à celui des
GPS dépasse largement l’efficacité du radar (qui conserve
cependant son monopole par manque de visibilité, en
particulier près des côtes). Grâce AIS, une alarme nous
prévient plusieurs dizaines de minutes à l’avance que nous
sommes sur une route de collision. Si nous utilisons un
transpondeur, nous transmettons, comme un gros navire,
notre position et notre route aux gros bateaux (et de
nombreux petits) pour leur permettre à eux aussi de savoir
qu’ils se trouvent sur une route de collision.
J’ai choisi le logiciel Yacht-AIS (www.y-tronic.com) pour la
Au large de Gibraltar (logiciel Yacht-AIS)
principale raison qu’il permet de définir plusieurs niveaux
d’alarme sonore. Son seul inconvénient, qui est mineur
à mon avis, est de positionner les bateaux sur une sorte
d’écran radar et pas sur une carte marine.
Le transpondeur AIS (Comar 200), qui est la base de mon
système de sécurité, est complété par un radar d’entrée
de gamme (Raytheon), un détecteur radar bandes S et X
(C.A.R.D) et deux réflecteurs radars tubulaires installés
dans les haubans (je ne compte pas dessus, mais ils ne
sont pas chers).
• Pierre Lang
AIS (Automatic Identification System)
AIS a fait l’objet de plusieurs articles dans divers magazines. Pour rappel, il s’agit un protocole de communication entre navires, destiné
à prévenir les abordages.
Depuis juillet 2007, un
transpondeur (émetteur/
récepteur) Classe A est
obligatoire à bord de tous
les navires de plus de 300
tonneaux et les navires de
passagers. Il est aussi installé sur certains phares et balises
et utilisé par les stations côtières pour surveiller le trafic
maritime. Un bateau non
soumis à réglementation peut, soit être équipé d’un
récepteur seul, soit d’un transpondeur Classe B. Connaissant la position, la route et la vitesse des bateaux
alentour, le récepteur intégré ou le logiciel PC calcule
les risques de collision et, si nécessaire, déclenche une
alarme, longtemps à l’avance. Quel confort !
Remarque au sujet des récepteurs AIS
Le système AIS est reposé sur l’utilisation de deux fréquences VHF. Les
meilleurs récepteurs
écoutent
simultanément sur
les deux fréquences. Les autres,
peu onéreux, qui
écoutent alternaRécepteur AIS connectable sur un PC
tivement sur ces
deux fréquences, peuvent manquer la réception des
messages de certains bateaux. À mon avis, privilégier les
premiers est un choix qui ne se discute pas.
Journal et eBook sur Internet : www.thoe.be