La préhistoire de la mode

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La préhistoire de la mode
La préhistoire de la mode
À l'époque baroque
Alors que pendant la guerre de Trente Ans la mode était plutôt variée, la cour du Roi Soleil fut à
l'origine d'une évolution importante.
Deux jeunes filles, par Louis Le Nain.
La mode masculine avait alors un côté « féminin », les hommes portaient des « habits de femmes ».
Au début de cette période, les vêtements incarnaient la facilité, la liberté et ils étaient marqués par
une apparence pittoresque. Des règlements qui existaient depuis le XIIIe siècle déterminaient la
mode : rédigés dans les communes par des magistrats et des seigneurs, ils avaient pour but de
conserver les bonnes mœurs, aider la propre industrie, se protéger des influences étrangères et de
luxe inutile, mais le but principal était de conserver les différences des classes.
Les femmes portaient des cols plus effilés, car le décolleté était élargi jusqu’aux épaules. Elles
portaient le plus souvent des jupes en forme de cloches et des corselets avec un grand décolleté. Les
manches arrivaient jusqu’aux coudes au maximum. À la maison chaque femme portait un manteau
de maison. En France et en Angleterre, les femmes se protégeaient le visage avec un masque, et
beaucoup plus tard avec un voile. L’Italie et l’Allemagne ne se sont pas ralliées à cette coutume.
Autour du cou, les femmes aimaient bien se mettre un col en four, qui était appelé « petit four aux
puces », parce qu’on pensait qu’il était destiné à attirer les insectes. Contrairement aux italiennes, les
femmes en Espagne, Allemagne, France et Angleterre ne montraient jamais leurs vrais cheveux. La
minceur générale des femmes était soulignée par les corselets, qui étaient munis de ressorts d’acier
d’une longueur d’un demi-mètre. À la fin du XVIIe siècle les premières « mouches » apparurent sur
les visages des femmes.
du XVIIIe au XXe siècle
Article détaillé : costume au XVIIIe siècle.
Les « modernes incroyables », satire parue dans les Caricatures Parisiennes en 1810.
Le monde pré-industriel n'était pas indifférent à l'apparence, mais celle-ci avait pour fonction de
théâtraliser la hiérarchie sociale. À l'opposé du rejet contemporain de l'uniforme, la coutume
assignait à chacun son habit en même temps que son rang social. Jusqu'au XXe siècle, le vêtement de
la femme change peu dans sa ligne générale, sauf lors du Directoire, mais les vêtements des
courtisans frappent par leur splendeur. Le grand seigneur porte sur son dos sa richesse foncière, pour
la montrer, au risque de la dilapider. L'indépendance d'esprit de l'aristocratie se manifeste à certaines
époques par la mise en valeur libertine du corps.
En France, c'est au XIVe siècle que commencent à se diffuser dans le pays les usages vestimentaires
de la Cour. La haute couture parisienne sera l'héritière de ce phénomène. Mais la noblesse est
protégée de toute véritable immixtion par ses privilèges, y compris celui de porter talons rouges. Peu
avant la Révolution française, des almanachs de mode illustrés font connaître la mode de Paris aux
lectrices de province et d'Europe. Le même phénomène s'était produit un peu plus tôt en Angleterre.
C'est là l'apparition de la presse de mode, ce vecteur essentiel de la libéralisation de l'habit.
Avec les sans-culottes, le vêtement prend une signification politique. Rayures et pantalons
pervertissent les codes vestimentaires de l'Ancien Régime. Du côté royaliste, Muscadins à la chute
de Robespierre, Merveilleuses et Incroyables sous le Directoire, préfigurent le dandysme, voire les
futures tribus urbaines. Mais l'accent demeure évidemment mis sur l'appartenance à une élite
aristocratique : le droit à l'excentricité est lui-même un privilège.
L'empire de l'éphémère : haute couture et confection
Article détaillé : la mode en 1900.
Le costume de bain tel que pensé dans les maisons de couture en 1912.
La mode se constitue réellement avec l'invention de la haute couture qui, tout en recrutant sa
clientèle parmi les élites classiques, n'a cessé de mettre en scène sa proximité avec la nouvelle
aristocratie des artistes. Le créateur de mode réussit à s'imposer comme un « artiste du luxe », selon
l'expression de Lipovetsky dans L'Empire de l'éphémère.
Au XIXe siècle, Charles Frédéric Worth invente les mannequins vivants et, au début du XXe siècle,
Jeanne Paquin les défilés de mode. Il existait une vingtaine de maisons de couture à Paris en 1900
(une centaine en 1946, 14 actuellement après les dernières fusions). Le grand couturier n'est plus un
artisan au service de ses clients, il fait partie de leur monde, un monde plus mélangé qui se constitue
sous le second Empire et se cherche une âme en même temps qu'une légitimité. Avec le dandysme,
théorisé par Baudelaire, il les trouve : la correction de l'élégance tient lieu de naissance, tant
l'esthétique constitue en fait une éthique, inimitable pour celui qui n'est pas déjà un élu.
Au début du XIXe siècle, la confection (le futur prêt-à-porter) apparaît, en même temps que les
grands magasins. Elle sait populariser la mode, utiliser des imitations bon marché des matières
nobles. Elle possède ses propres créateurs talentueux, comme Cacharel ou Jean-Paul Gaultier.
Depuis la création par Yves Saint-Laurent de sa collection Rive gauche, on peut parler d'un prêt-àporter de luxe, qui n'est pas un simple succédané de la haute couture. La haute couture, qui travaille
pour un nombre très réduit de clientes, semble hésiter entre le statut d'art pur et celui d'un outil de
promotion pour les accessoires de mode et les parfums.
Pour se diffuser, la mode a su faire alliance avec l'image, de l'illustration à la télévision. Coco
Chanel conclut en 1930 un accord avec Samuel Goldwyn pour habiller les stars d'United Artists. À
partir de 1985, les top models deviennent des vedettes médiatiques à part entière.
Le grand brouillage
Marlon Brando sur scène dans la pièce Un tramway nommé Désir de Tennessee Williams, en 1948.
Après la Seconde Guerre mondiale, la production est surtout marquée par l'émancipation du corps de
la femme, préparée par Paul Poiret, puis Coco Chanel, l'invention des « jeunes » et l'industrialisation
accrue. La démocratisation du vêtement va de pair avec une prolifération des mouvements de mode
adolescents, inséparables des courants musicaux. Il n'est plus si facile de réduire la mode au prestige
d'une élite définie, serait-ce celle du spectacle, ni au souci de distinction au sens sociologique du
terme. L'anglais différencie utilement ce qui est de l'ordre de la mode bourgeoise, ou fashion, et ce
qui est vécu comme subversif, ou fad.
Grâce aux médias, la caste spectaculaire, vedettes, artistes et, finalement, top models, fournit à la
société des modèles de consommation. Cette bourgeoisie de l'apparence appartient toujours, en fait,
à la réalité socio-économique, mais semble en être détachée. De plus, le rapport de la mode à la rue
est devenue complexe. Qui imite qui ?
On peut, en effet, noter que le port de tel ou tel vêtement, de tel ou tel accessoire, devient souvent à
la mode après qu'une personnalité (people, acteur, top-model, etc.) l'a porté. C'est ainsi que sont
devenues à la mode de nombreuses façons de se vêtir. Par exemple :
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le port du T-shirt s'est rapidement développé après que les acteurs de cinéma John Wayne,
Marlon Brando et James Dean en ont porté à la télévision. Le public fut tout d'abord choqué,
pour finalement l'accepter avec le temps. Brooke Shields a contribué a lancé la marque
Calvin Klein avec sa célèbre phrase : "savez-vous ce qu'il y a entre mon jean et moi ?"
Le port du bikini a pris un essor très important lorqu'en 1956, Brigitte Bardot le rendit
populaire dans le film « Et Dieu… créa la femme » dans lequel elle le portait en toile vichy.
Le port du col roulé s'est rapidement développé après que l'acteur de cinéma Noel Coward en
a porté.
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Le sac conçu par la société Hermès, est devenu très à la mode sous le nom de sac Kelly après
que la princesse Grace Kelly l'a porté. La photo publiée par la revue Life magazine en 1956
qui montrait Grace Kelly cachant sa grossesse derrière un grand sac Kelly fut à l'origine de
ce mythe.
Le top à col roulé présentant un décolleté est devenu à la mode après que la Princesse
Stéphanie de Monaco s'est fait photographier ainsi vêtue.
Style de coiffure plutôt BCBG ; à côté se développent les modes alternatives 1
Dans les années 1960, l'uniformité était plus manifeste que la volonté de se distinguer, qui sert de
grille d'interprétation aux sociologues de la mode, depuis Georg Simmel (1904). Le jeans triomphe
en France à partir de 1967. Il constitue bientôt l'uniforme de la jeunesse mondiale, garçons comme
filles. C'est paradoxalement là une façon de revendiquer l'individualité et la décontraction, en
rejetant le vêtement « bourgeois ». Dans les années 1980, la différenciation reprend ses droits : le
futur critique d'art télévisuel Hector Obalk (alias Eric Walter), Alain Soral et Alexandre Pasche
rencontrent un succès certain en expliquant2 (avec humour) « aux parents » ces mouvements de
mode en concurrence les uns avec les autres. Minets pops, hippies, BCBG (Bon Chic Bon Genre),
baba cools, punks, New Wave, pirates, etc. Ils dressent une anthologie, restée unique, des
différences modes (vestimentaires et culturelles) de 1964 à 1984. L'ouvrage comprend leur
description (panoplie dessinées) mais aussi leur génèse par rapport aux normes établies par les
parents ou les grands frères : passage du conformisme petit bourgeois des années 1960 à l'anticonformisme hippy ou gauchiste des années 1970 ; passage de l'anti-conformisme baba au nihilisme
punk, puis au culte de l'artificiel New Wave.
La compétition dans les looks semble cependant s'être calmée au profit de l'éclectisme inspiré de la
world music. On notera aussi le succès de la silhouette sportive à l'américaine : survêtement, T-shirt,
casquette et chaussures souples, ainsi que le retour aux éléments de mode des années 80.
Enfin, dans les années 2000, deux tendances semblent s'imposer en parallèle : D'un côté, l'aspect des
vêtements tend à devenir moins important que la marque, expression du pouvoir d'achat du
consommateur et de l'image ou philosophie de vie auquel il s'identifie. La mondialisation et la
concurrence ont entraîné la fusion des groupes de l'industrie de la mode et du luxe et un marketing
poussé. Les nécessités liées à la rentabilité et au retour sur investissement ont augmenté le nombre
de collections par an, accéléré le roulement des nouveaux produits, tout en faisant et défaisant les
modes en très peu de temps. A l'inverse, on a pu observer un rejet de la mode en tant que stigmate de
la consommation à outrance, avec le phénomène "No Logo" - en référence à l'ouvrage de Naomi
Klein, figurant en 2000 sur la liste du Gardian Award, puis paru en France en 2001. Cette volonté de
résister aux diktats et aux apparences consuméristes s'est notamment illustré dans le refus de porter
des marques aux logos ostentatoires.
La mode contemporaine exprimerait à la fois une certaine attitude grégaire et le rejet de toute
appartenance à une catégorie déterminée. L'adolescence est une classe qui n'en est pas une, une
classe d'âge éphémère. L'élite des médias semble vivre dans un monde irréel, instable. Il en va de
même pour les mannequins. Comme il existe aussi une fascination récente pour le monde gay, qui
conteste les rôles sexuels traditionnels.
Les années 2000 semblent propices au rapprochement de la mode et l'art contemporain. La mode
emprunte des références esthétiques et des thématiques développées par les artistes, et joue
également un rôle de plus en plus prépondérant dans le financement de leurs oeuvres, via le mécénat
et les commandes d'oeuvres (notamment par Bernard Arnault et François Pinault) pour les
lancements de boutiques et de produits.
Bibliographie
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Histoire de la mode au XXe siècle, Yvonne Deslandres et Florence Müller
Art et Mode au XXe Siècle, Florence Müller, (Éditions Assouline)
Histoire du costume, François Boucher, (Flammarion), Paris, 1965
Baskets , une histoire de la chaussure de ville/de sport Florence Müller, (Regard)
La mode contemporaine, Florence Müller, (Éditions Steidl)
Encyclopédie du costume, (éditions Albert Morancé)
Le Costume image de l'homme, Yvonne Deslandres, (Albin Michel), Paris, 1976
Le Costume, Jacques Ruppert, (Flammarion)

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