In me thou seest the twilight

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In me thou seest the twilight
In me thou seest the twilight
Images de la vieillesse dans
les Sonnets de William Shakespeare
Séminaire d’analyse textuelle :
Renaissance et Baroque
Elena Maramotti
Université de Bologne
1
Introduction
Le corpus des Sonnets1 (1609) de William Shakespeare fait l’objet de cette analyse
textuelle assistée par l’outil informatique. On a choisi d’utiliser la dernière version du
logiciel AntConc2, programme développé par Laurence Anthony3, pour une première
tentative d’analyse des sonnets du dramaturge anglais qui se propose d’inaugurer une
collaboration féconde entre analyse textuelle et outils informatiques au cours du
travail de recherche.
A coté de AntConc, on voudrait mentionner le site Open Source Shakespeare:
http://www.opensourceshakespeare.org/. Il s’agit d’un site qui contient un programme
d’analyse textuelle spécifique pour l’œuvre shakespearienne. Le site permet de
télécharger l’œuvre complète de Shakespeare (des pièces théâtrales aux poèmes), bien
qu’il ne considère pas les pièces écrites en collaboration avec d’autres dramaturges,
comme dans le cas de The Two Noble Kinsmen (1613) ou celles de paternité
incertaine comme The Book of Sir Thomas More (1592-95). Malgré cela, c’est un
logiciel très précis, en ce qui concerne la recherche de l’occurrence des mots, du
nombre des caractères, des mots clé et des syntagmes. En manière différente par
rapport à AntCong, Open Source Shakespeare ne souligne pas seulement le mot
indiqué pour la recherche, mais les lemmes et les occurrences de mots en les
considérant comme des morphèmes. Il faut ajouter que le logiciel Open Source
Shakespeare peut être utilisé seulement lors qu’on est connecté à Internet, là où
AntConc peut être téléchargé gratuitement.
Parmi le complexe et stratifié réseau de sens que le corpus des drames
shakespeariens a engendré au cours des siècles, plusieurs études critiques4 ont été
menées dans leur recherches à analyser les images poétiques qui se réfèrent au
1
Shakespeare, William, Sonetti, texte italien édité par Alessandro Serpieri, Milano, Rizzoli, 2004.
On a téléchargé le logiciel du site www….
3
Le site Internet pour télécharger le logiciel est le suivant : www.antconc3.2.0w.beta3.exe .
4
Pour une bibliographie des études sur la vieillesse dans l’oeuvre de Shakespeare, on cite: F. David
Hoeniger, Medicine and Shakespeare in the English Renaissance, U of Delaware P, 1992, notamment
dans Part II: Major Medical Philosophies and Systems, pp. 71-117; Vita Fortunati, Aging and Utopia
through the Centuries," Aging, Clin. Exp. Res, Vol. 10, No. 2, 1997, pp. 77-82. Vita Fortunati, “Il
corpo anziano: un immaginario controverso”, in Letteratura e Arti visive nel XX secolo, a cura di
Daniela Carpi, Bologna, Re Enzo Editrice, 2001, pp. 51-64; De Beauvoir, « La vieillesse dans les
societés historiques, in La vieillesse, Paris, Gallimard, 1970, pp. 141-343; edizione italiana La terza
età, traduzione di Bruno Fonzi, Torino, Einaudi, 1988.
2
2
concept de vieillesse et à proposer une confrontation entre la représentation de la
vieillesse donnée par Shakespeare et celle décrite par les auteurs du XVIe siècle. La
critique a premièrement consacrée son attention à l’analyse des personnages âgés des
grandes tragédies shakespeariennes, c'est-à-dire des pièces composées entre la
dernières années du XVIe siècle et la première décade du siècle suivant. Grâce à
l’étude des tragédies de Hamlet (1600-01), Othello (1602), King Lear (1605-06),
Anthony and Cleopatra (1606-08) et à celle des romances qui constituent la dernière
saison de production artistique de Shakespeare, comme A Winter’s Tale (1608-11) et
The Tempest (1611)5 on peut bien constater que la description de la vieillesse n’est
pas monolithique, mais qu’elle change par rapport au personnage et à son historie
personnelle. L’évolution elle-même qui caractérise l’approche de l’auteur au sujet
qu’on considère donne quelques suggestions pour l’interprétation du concept de
vieillesse tel qu’elle était conçue par Shakespeare. Même s’il n’est pas possible
d’analyser les différentes représentations de la vieillesse dans l’œuvre de
Shakespeare, l’étude des Sonnets confirme, selon le but de ce travail, l’approche
polyédrique de l’auteur sur ce sujet déterminé par la volonté de décrire les diverses
significations que ce passage de l’existence humaine engendre. Comme l’on vient de
souligner, la conceptualisation de la vieillesse chez Shakespeare garde certains
aspects tirés du domaine médical (comme la doctrine galénique des humeurs en ce
qui concerne les métaphores liées aux éléments) ou de la littérature classique (les
Métamorphoses d’Ovide, parmi d’autres œuvres, influencent tant la pensée que la
poétique shakespearienne), mais cet héritage se mêle à la poétique de l’auteur en
engendrant une vision de la vieillesse toujours en profonde évolution. Comme le
souligne Vita Fortunati dans son essai, La vecchiaia in Shakespeare tra mito e
scienza, “Shakespeare costituisce un esempio emblematico di come un grande
scrittore abbia affrontato la rappresentazione della vecchiaia servendosi non solo di
modelli mitologici che la tradizione dell’antichità classica gli forniva, ma anche delle
conoscenze scientifiche del suo tempo 6. In questo senso Shakespeare offre una sorta
di summa enciclopedica del sapere rinascimentale sulla vecchiaia, ma al contempo,
5
En ce qui concerne la périodisation des pièces shakespeariennes, on se réfère à celle proposée par G.
Melchiori dans W. Shakespeare, I Drammi Dialettici (vol. III), Le Tragedie (vol. IV), et I Drammi
Romanzeschi (vol. VI) Milano, I Meridiani-Mondadori, 1982.
6
F. David Hoeniger, Medicine and Shakespeare in the English Renaissance, U of Delaware P, 1992.
Si veda in particolare Part II: Major Medical Philosophies and Systems, pp. 71-117.
3
come vedremo, riesce anche a creare figure di vecchi che superano i topoi e gli
stereotipi della tradizione”7.
Notamment, la représentation de la vieillesse implique une conceptualisation du sujet
qui amène des réflexions problématiques parmi des opinions contrastantes8.
La vieillesse, on pense à quelques considérations de la littérature classique sur ce
sujet, a été souvent considérée comme un état de décadence soit physique que
psychique de l’homme et de la femme, où l’esprit et la chaleur qui caractérisaient la
jeunesse s’apaisaient, se refroidissaient en conduisant l’être humain à la conclusion de
sa vie.
L’étude de ce passage de l’existence entraîne domaines de recherche différents,
comme celui sociologique, historique, littéraire et rhétorique parmi d’autres.
Notamment, la vieillesse biologique ne coïncide pas avec celle biographique, puisque
chaque époque en donne sa définition particulière et traduit dans l’art sa propre
perception de ce moment de la vie.
Le corpus de Sonnets, qui est constitué par 154 poèmes, donne la possibilité
d’analyser pas seulement la pensée shakespearienne liée au concept de vieillesse,
mais surtout de découvrir et commenter les réseau de sens et la rhétorique qui
renvoient au domaine de la conceptualisation d’une évolution dans l’art shakespearien
et des métaphores que l’auteur utilise pour exprimer son état, soit celui d’amant,
transfiguré dans l’image du poète méprisé par son jeun ami et aussi dans la relation
entre le désir d’aimer et d’être partagé qui s’affronte avec la perception des signes que
le temps laisse pendant son passage, mais surtout entre l’auteur et la signification de
l’art par rapport au temps et à la mémoire.
Comme l’on va démontrer dans cette étude, Shakespeare paraisse donner dans les
Sonnets deux solutions pour échapper à la condamnation du vieillissement et à la
désillusion engendrée par la vue de la décadence du corps soit physique que
métaphorique: l’une est liée à la procréation, à la vision des fils comme des miroirs
7
V. Fortunati, “La vecchiaia in Shakespeare tra mito e scienza”, dans Il testo letterario e il sapere
scientifico, édité par C. Imbroscio, Bologna, CLUEB, 2003.
8
Il faut rappeler l’opposition entre la réflexion proposée par Platon, qui écrit dans la République un
éloge de la vieillesse, comme le moment où les passions se apaisent en permettant à l’homme de se
consacrer aux aspects les plus importants de l’existence, et celle d’Aristote qui voit le vieillissement du
corps les signes de la corruption de l’âme en donnant une image négative de la vieillesse qui reste
pendant le Moyen Age. On retrouve cette même représentation dans la caractérisations des
personnages âgés de la comédie classique et de son héritage au théâtre de la Renaissance.
4
tournés au passé qui rappellent dans leur jeunesse l’image de la jeunesse de leur
parents ; l’autre solution proposée concerne, au contraire, la création poétique ayant le
pouvoir de rendre immortels l’auteur et la personne chantée dans ses verses9 grâce au
processus créatif qui donne une véritable témoignage de la vie passée en dépit des
menaces du Temps dévorateur des choses mortelles.
1. Les Sonnets de William Shakespeare : définition du corpus et
interprétation de l’édition de Thomas Thorpe.
Le caractère privé des Sonnets, soutenu par des nombreux critiques, comme L. C.
Knights10, G. W. Knight et Bradley a soulevé plusieurs aspects problématiques dans
le processus d’interprétation des poèmes shakespeariens11. Toute lecture à clé privée a
été rediscutée et opposée, parmi d’autres théoriciens, par Alessandro Serpieri dans
son livre sur les Sonnets de Shakespeare, I sonetti dell’immortalità12, et par le courent
structuraliste, qui a affirmé, en revanche, la valeur de la rhétorique dans la
construction des verses du chansonnier shakespearien et de la poétique du XVIIe
siècle dans les œuvres des auteurs élisabéthains contemporains au dramaturge de
Stratford, comme le soulignent T. W. Baldwin13, Rosemond Tuve14 et aussi par Peter
Jones15.
Comme Serpieri l’affirme :
9
Sur le concept d’immortalité dans les Sonnets de Shakespeare, on cite A. Serpieri, I sonetti
dell’immortalità. Il problema dell’arte e della nominazione in Shakespeare, Milano, Bompiani, 1975.
10
L. C. Knights, Explorations, London, Chatto & Windus, 1946.
11
W. H. Auden, parmi d’autres intellectuels, soulignait la même position dans son introduction aux
Sonnets du 1946 : « Shakespeare li scrisse, ne sono del tutto certo, come uno scrive un diario, solo per
se stesso, senza pensare a nessun pubblico », A. Serpieri, “Introduzione” à W. Shakespeare, Sonetti,
(ed. it.) Milano, Rizzoli, 2004, page 25.
12
A. Serpieri, Oeuvre citée, pages 8-24.
13
T. W. Baldwin, William Shakespeare’s Small Latine and Lesse Greeke, Urbana, 1944.
14
R. Tuve, Elizabethan and Metaphysical Imagery, Chicago, Chicago UP, 1961.
15
“ Research on the Sonnets has often lapsed into a quest for some missing link – usually conceived as
a biographical secret – which, if found, would solve all the problems the poems raise, a key to all the
‘hidden meanings’” dans Peter, Jones, “Introduction”, Shakespeare. The Sonnets, London, Macmillian,
1991 (1977), page 10.
5
« Compito del vero artista, in quest’epoca di paradossi concettuali e linguistici, è una naturale
artificialità o un’artificiale naturalità. […] La “finzione” dell’arte è verità solo a patto di non
essere esibita »16.
En cernant la pensée de Rosemund Tuve, Serpieri considère l’art élisabéthain comme
une technique, poetry as a craft, selon les prescriptions de la littérature classique,
pour remarquer sa position critique qui s’oppose à celle qui considère le Sonnets
comme un corpus des poèmes adressé au circule des amis de l’auteur, ou seulement
au destinataire interne, qui constitue un autre élément controversé du débat sur ce
sujet. On ne connaît pas l’idéntité du jeun homme auquel les sonnets ont été
consacrés, comme l’on aperçoit de la dédicace de la première édition de l’œuvre par
Thomas Thorpe en 1609 :
TO. THE. ONLIE. BEGETTER. OF.
THESE. INSUING. SONNETS.
Mr. W. H. ALL. HAPPINESSE.
AND. THAT. ETERNITIE.
PROMISED.
BY.
OUR. EVER-LIVING. POET.
WISHETH.
THE. WELL-WISHING.
ADVENTURER. IN.
SETTING.
FORTH.17
T. T.
La dédicace qu’on vient de citer représente toutefois un énigme à résoudre pour la
plupart des critiques qui ont cherché à définir l’idéntité du begetter mentionné par
Thorpe. On ne sait pas s’il s’agit d’une technique utilisée pour la présentation de
l’œuvre au public élisabéthain ou si l’éditeur avait tout simplement le devoir de
cacher l’identité du gentilhomme qui était le destinataire des verses du poète
immortel. La connaissance du nom du begetter pourrait, cependant, aider les critiques
en ce qui concerne la datation de l’œuvre, bien que la critique contemporaine
concorde en la situer dans les dernières années du XVIe siècle (autour du 1592-95 ou
1598-99). L’édition de Thomas Thorpe du 1609 présente des sonnets qui étaient déjà
16
17
A. Serpieri, oeuvre citée, page 12.
Dans A. Serpieri, “Introduzione”, oeuvre citée, page 12.
6
inclus dans les miscellanées Palladis Tamia : Witt’s Treasury, compilées par Francis
Meres (1598)18 et aussi dans le recueil The Passionate Pilgrim du 159919.
Dés ces considérations d’ordre chronologique et éditorial, l’hétérogénéité qui soustende à l’édition de Thorpe a souvent soulevé des doutes en ce qui concerne la
succession des 154 poèmes qui font partie du chansonnier. Dans la critique
contemporaine20, il y a la tendance à retrouver un ordre précis sous la surface d’un
recueil apparentement asystématique des poèmes. Serpieri considère le chansonnier
shakespearien comme un macrotexte où chaque poème, bien qu’autonome et
accompli en soi-même, établit une relation étroite avec les autres, aussi bien du point
de vue sémiologique que sémantique21.
La conviction que l’ordre des Sonnets présent dans l’édition de Thomas Thorpe ne
soit pas accidentel est partagée aussi par Stanley Wells et Kenneth Muir. Cette même
conviction a permis de remarquer une tripartition thématique dans le corpus des
poèmes. Thème de la première partie, qui comprend les sonnets 1-17, serait donc le
mariage, la deuxième tout en étant liée à la première, concernerait la série des sonnets
consacrés à l’ami du poète (1-126), pour conclure avec la troisième partie consacrée à
la femme, la dark lady (127-154).
Bien qu’il est possible de distinguer plusieurs micro-séquences thématiques dans les
sonnets, comme celle de l’immortalité (par exemple, le sonnet 15) mentionnés avant,
ou celle concernant le rival poet (sonnets 76, 84), ou, encore, celle de l’autoaccusation du poète (sonnet 35), on préfère garder la macrostructure qu’on vient de
délinéer afin d’approfondir l’étude du thème choisi pour cette analyse, la vieillesse et
sa conceptualisation dans la poésie de Shakespeare.
Tout d’abord, le même destinataire interne des sonnets, le fair youth montre une
caractéristique fondamentale pour la compréhension du concept d’amour dans les
sonnets : la jeunesse comme prêt de la Nature qui est menacé par la frénésie
dévoratrice du Temps. Notamment, la jeunesse de l’ami constitue un élément
18
Notamment, Francis Meres louait dans la même année les sonnets « sucrés » de Shakespeare.
Ce recueil (publié de nouveau en 1612) contient vingt brefs poèmes, dont deux versions des sonnets,
les CXXXVIII et CXIV, ont été insérés dans le corpus des Sonnets.
20
Parmi de nombreux critiques, G. Melchiori, P. Jones et Serpieri ont soutenu la défense de l’ordre des
sonnets de l’édition publiée par Thorpe.
21
T. W. Baldwin, en outre, remarque une structure rhétorique commune dans le corpus. Il démontre
qu’on peut retrouver le schéma argumentatif de la rhétorique classique : chaque sonnet s’ouvrerait
toujours avec une propositio (les premiers quatre verses), pour continuer avec les rationes (verses 5-8)
et se terminer avec la complexio (le distique final).
19
7
dialectique, parce qu’elle engendre l’amour et, en même temps, la conscience du
temps et de la mort. La vue de l’aimé, dans la double signification de voir la personne
aimée et d’être regardé par lui, force le poète à prendre conscience des changements
que le passage du temps entraîne. Pour une première analyse du rôle joué par le
Temps et de sa définition du point de vue dramatique, le sonnet 123 peut être
considéré un exemple de ce que Alessandro Serpieri a appelé la « bataille [poétique]
contre le Temps » (l’agone col Tempo). Selon Serpieri, en effet, il est possible de
retrouver dans la marcostructure textuelle des sonnets la présence d’une séquence de
scènes qui reproduisent, dans la progression des sonnets, une succession de scènes
théâtrales (sequenza attanziale22). Le dialogue intertextuel qui se déroule pendant la
mise en scène se partage donc entre le poète (qui joue le rôle du protagoniste), le jeun
homme (protagoniste passif qui devient archétype du sens de la jeunesse contre le
vieillissement et la mort) et le Temps (antagoniste absolu ou archi-antagoniste)
dévorateur et destructeur de toute vérité. Le Temps se moque des désirs des hommes,
de la beauté, de la constance des sentiments et il change l’extériorité des chose et des
personnes aimées, parfois il triche en montrant comme nouveau ce qu’on connaît de
longtemps. Le sonnet CXXIII23 définit le défi du poète à l’égard du Temps tricheur :
No, Time, thou shalt not boast that I do change:
Thy pyramids built up with newer might
To me are nothing novel, nothing strange;
They are but dressings of a former sight.
Our dates are brief, and therefore we admire 524
What thou dost foist upon us that is old,
And rather make them born to our desire
Than think that we before have heard them told.
Thy registers and thee I both defy,
Not wondering at the present nor the past, 10
For thy records and what we see doth lie,
22
En ce qui concerne la définition du concept de « attanzialità », voir Greimas, Sémantique
Structurale.
23
Dans le dernier livre de Remo Bodei, (Piramidi di tempo. Storie e teorie del déjà-vu, Bologna, Il
Mulino-Intersezioni, 2006) le sonnet 123 devient métaphore du même sens du déjà-vu.
24
Il est très important, à notre avis, de souligner le commentaire de Serpieri sur ces verses: Serpieri : la
seconda quartina (quatrain) riconosce l’effimerità della vita e la conseguente ansia umana della
rivelazione del nuovo – un’ansia che però fa solo il gioco del tempo. Evitare i guasti dello scorrere dei
giorni, sottrarsi al mutamento, non equivale pertanto a negare l’evidenza naturalistica del flusso e della
decadenza, ma consiste piuttosto nell’affermare di non stupirsi, di non lasciarsi abbagliare dagli
inganni delle forme, restando costanti, fedeli a se stessi e all’immutabile centro semantico del mondo
(cioè il mondo delle idee platoniche o della trascendenza cristiana), dans W. Shakespeare, oeuvre citée,
page 716.
8
Made more or less by thy continual haste.
This I do vow and this shall ever be;
I will be true, despite thy scythe and thee. 1425
Tout d’abord, la première quatrain, qui commence avec une réplique très directe à
l’égard du temps considéré comme un personnage d’un drame, se construit comme un
dialogue dramatique entre le protagoniste (le poète) et l’antagoniste (le Temps). De la
part du poète, il y a la volonté d’affirmer la constance de ses sentiments par rapport à
la faiblesse humaine, qui est coupable de rechercher une fausse nouveauté dans les
choses et de s’étonner par le changements ouvrés par le Temps sur l’image, sur
l’apparence de la réalité. Le poète connaît la véritable forme du réel qui se cache
derrière les différentes travestissements avec lesquels le Temps cache son image. S’il
faut rappeler l’importance de la philosophie néo-platonicienne dans la poétique
shakespearienne, dont la distinction entre idées (immutables) et formes (mutables) du
réel qui constitue un sujet constant dans le chansonnier, il faut aussi reconnaître
l’interrelation qu’il y a entre poésie et mémoire chez Shakespeare. Notamment, c’est
la mémoire qui permet au poète de rendre immortel son souvenir, en dépit des
éphémères flatteries du Temps. Comme le souligne Remo Bodei dans son livre,
récemment publié, sur le phénomène du déjà-vu26, Piramidi di Tempo, la conscience
des illusions crées par le Temps n’est pas seulement liée à la remembrance des
événements passés, mais surtout au subtile échange qui se produit entre passé et
présent au moment où ce qu’on considère présent est en train de se manifester et
pourrait donc encore appartenir au futur. La mémoire chez Shakespeare, n’est pas
seulement liée au souvenir du passé, à une forme de mélancolique nostalgie, puisque
sa valeur, la plus véritable, consiste dans la perception du présent qui vivifie l’homme
et lui permet de re-connaître les jeux du Temps et de les défier.
25
26
W. Shakespeare, Sonetto 123, oeuvre citée, page 312.
R. Bodei, oeuvre cité, premier chapitre.
9
2 Les images de la vieillesse dans les Sonnets : analyse assistée
par le logiciel AntConc
En ce qui concerne l’analyse textuelle assistée par le logiciel AntConc, on
commencerait avec la recherche des occurrences des mots appartenant au champ
sémantique lié au concept de vieillesse. On peut d’abord reporter quelques résultats
obtenus grâce à l’emploi de AntConc dans le processus d’individuation des parties du
discours qui ont une valeur sémantique27 : substantifs, adjectifs, verbes qui ont un
contenu sémantique fort, important au sens de l’analyse28.
Les mots proposés pour cette première étape de l’étude sont : l’adjectif old (22
occurrences), les substantifs : time (70), age (17), wrinkles, face (19), days (17),
year(s)(5 occurrences au pluriel, 2 au singulier), lines (8), signs (une
seule
occurrence, sonnet LXVIII), les verbes : to change (12 et 2 occurrences au participe
présent, aussi en fonction d’adjectif verbal, changing), to grow (9, 5 au passé grew 2
occurrences au gérondif growing),
Résultats de la recherche de l’occurrence du mot old (vieil, 22 occurrences) :
1 air child of mine Shall sum my count and make my old excuse,' Proving his beauty by succession thine!
(Sonnet II)
And see thy blood warm when thou feel'st it
2 thine!
This were to be new made when thou art old,
(Sonnet II)
3 my papers yellow'd with their age Be scorn'd like old men of less truth than tongue, And your true
righ(Sonnet XVIII)
4 pattern to succeeding men. Yet, do thy worst, old Time: despite thy wrong, My love shall in my
(Sonnet XIX)
5 not to sell. My glass shall not persuade me I am old, So long as youth and thou are of one date; But
(Sonnet XXII)
6 hastly night, Makes black night beauteous and her old face new. Lo! thus, by day my limbs, by night
(Sonnet XXVII)
7
sigh the lack of many a thing I sought, And with old woes new wail my dear time’s waste: Then can I
(Sonnet XXX)
8 he tenth Muse, ten times more in worth Than those old nine which rhymers invocate; And he that calls
(Sonnet XXXVIII)
9
in character was done! That I might see what the old world could say To this composed wonder of your
(Sonnet LIX)
27
A ce propos, on ne considérera pas les conjonctions, les pronoms personnels et les adjectifs
possessifs, puisqu’on croit que la valeur sémantique des mots concerne plutôt des éléments moins
marqués dans le texte. Cependant, il faut en remarquer les occurrences suivantes: I (352), Thou (235),
Me (164), Thee (162) My (364), Thy (266), Mine (63), Thine (44). Dans le livre de G. Melchiori,
L’uomo e il potere, l’analyse de la distribution de pronoms personnels et des adjectifs possessifs dans
le texte des Sonnets constitue un élément fondamental.
28
Il faut souligner que le mot le plus frequent dans le chansonnier est love, amour, 195 occurrences.
10
10 0 Making no summer of another’s green, Robbing no old to dress his beauty new; And him as for a
map (Sonnet LXIX)
11 still my argument; 10 So all my best is dressing old words new, Spending again what is already spent:
(Sonnet LXXVI)
12 lready spent: For as the sun is daily new and old, So is my love still telling what is told.
(Sonnet LXXXVI)
13 much profane, should do it wrong And haply of our old acquaintance tell. For thee against myself
I’(Sonnet LXXXIX)
14 freezings have I felt, what dark days seen! What old December’s bareness every where! And yet this
tim (Sonnet XCVII)
15 in it. 14 To me, fair friend, you never can be old, For as you were when first your eye I eyed,
Such(Sonnet CIV)
16 f the fairest wights, And beauty making beautiful old rhyme In praise of ladies dead and lovely
knights(Sonnet CVI)
17 ust, each day say o’er the very same, Counting no old thing old, thou mine, I thine, Even as when
first(Sonnet CVIII)
18 day say o’er the very same, Counting no old thing old, thou mine, I thine, Even as when first I
hallow’(Sonnet CVIII)
19 own thoughts, sold cheap what is most dear, Made old offences of affections new; Most true it is that
(Sonnet CX)
20 What thou dost foist upon us that is old, And rather make them born to our desire Than this is to render
thee. (Sonnet CXXIII)
21 in the old age black was not counted fair, Or if it were, it (Sonnet CXXVII)
22 she is unjust? And wherefore say not I that I am old? 10 O, love's best habit is in seeming trust,
And(Sonnet CXXVIII)
Résultats de la recherché du mot age (age, 17 occurrences) :
1
of her prime: 10 So thou through windows of thine age shall see Despite of wrinkles this thy golden tim
(Sonnet III)
2
nly hill, 5 Resembling strong youth in his middle age, yet mortal looks adore his beauty still, Attendi
(Sonnet VII)
3
from highmost pitch, with weary car, Like feeble age, he reeleth from the day, 10 The eyes, 'fore dute
(Sonnet VII)
4
sdom, beauty and increase: 5 Without this, folly, age and cold decay: If all were minded so, the times
(Sonnet XI)
5
And in fresh numbers number all your graces, The age to come would say 'This poet lies: Such
heavenly (Sonnet XVII)
6
y faces.' So should my papers yellow'd with their age Be scorn'd like old men of less truth than tongue
(Sonnet XVII)
7
ht: ’Had my friend’s Muse grown with this growing age, 10 A dearer birth than this his love had brought
(Sonnet XXXII)
8
myself, that for myself I praise,
Painting my age with beauty of thy days. 14 SONNET LXIII Against
(Sonnet LXII)
9
kles; when his youthful morn Hath travell’d on to age’s steepy night, 5 And all those beauties whereof
(Sonnet LXIII)
10
such a time do I now fortify Against confounding age’s cruel knife, 10 That he shall never cut from me
(Sonnet LXIII)
11
11
and defaced The rich proud cost of outworn buried age; When sometime lofty towers I see down-razed
And
(Sonnet LXIV)
12
ud as an enjoyer and anon 5 Doubting the filching age will steal his treasure, Now counting best to be
(Sonnet LXXV)
13
deceived:
For fear of which, hear this, thou age unbred;
Ere you were born was beauty’s summer
(Sonnet CIV)
14
ves assured And peace proclaims olives of endless age. Now with the drops of this most balmy time My
lo
(Sonnet CVII)
15
ve’s fresh case Weighs not the dust and injury of age, 10 Nor gives to necessary wrinkles place, But ma
(Sonnet CVIII)
16
to render thee. In the old age black was not counted fair, Or if it were, it bor (Sonnet CXXVII)
17
O, love's best habit is in seeming trust, And age in love loves not to have years told: (Sonnet
CXXXVIII)
Résultats de la recherché du mot wrinkles (rides, 5 occurrences) :
1
through windows of thine age shall see Despite of wrinkles this thy golden time.
remem
(Sonnet III)
2
in’d his blood and fill’d his brow With lines and wrinkles; when his youthful morn Hath travell’d on to
age’
(Sonnet LXIII)
3
of this book this learning mayst thou taste. The wrinkles which thy glass will truly show 5 Of mouthed
grav
(Sonnet LXXVII)
4
e heart’s history Is writ in moods and frowns and wrinkles strange, But heaven in thy creation did decree
Th
(Sonnet XCIII)
5
But if thou live,
dust and injury of age, 10 Nor gives to necessary wrinkles place, But makes antiquity for aye his page,
(Sonnet CVIII)
Résultats de la recherché du mot face (visage) :
1 Look in thy glass, and tell the face thou viewest Now is the time that face should for (Sonnet III)
2
d tell the face thou viewest Now is the time that face should form another; Whose fresh repair if now th
(Sonnet III)
3
my verse ever live young. 14 A woman's face with Nature's own hand painted Hast thou, the mas
(Sonnet XX)
4
ly night, Makes black night beauteous and her old face new.
Lo! thus, by day my limbs, by night my
m
(Sonnet XXVII)
5
tain-tops with sovereign eye, Kissing with golden face the meadows green, Gilding pale streams with
heav
(Sonnet XXXIII)
6
clouds to ride 5 With ugly rack on his celestial face, And from the forlorn world his visage hide, Stea
(Sonnet XXXIII)
7
thou break, 5 To dry the rain on my storm-beaten face, For no man well of such a salve can speak That
h
(Sonnet XXXIV)
12
8
It is so grounded inward in my heart. Methinks no face so gracious is as mine, 5 No shape so true, no tr
(Sonnet LXII)
9
thou art true, Like a deceived husband; so love’s face May still seem love to me, though alter’d new; Th
(Sonnet XCIII)
10
But heaven in thy creation did decree That in thy face sweet love should ever dwell; 10 Whate’er thy tho
(Sonnet XCIII)
11
l and argument. Rise, resty Muse, my love’s sweet face survey, If Time have any wrinkle graven there;
(Sonnet C)
12
write! 5 Look in your glass, and there appears a face That over-goes my blunt invention quite, Dulling
(Sonnet CXXVII)
13
wer, 5 Fairing the foul with art's false borrow'd face, Sweet beauty hath no name, no holy bower, But is
(Sonnet CXXVII)
14
t, in good faith, some say that thee behold 5 Thy face hath not the power to make love groan: To say the
(Sonnet CXXXI)
15
e I swear, A thousand groans, but thinking on thy face, 10 One on another's neck, do witness bear Thy bl
(Sonnet CXXXI)
16
sober west, As those two mourning eyes become thy face: O, let it then as well beseem thy heart 10 To
mo
(Sonnet CXXXII)
17
say this is not, To put fair truth upon so foul a face?
In things right true my heart and eyes have
(Sonnet CXXXVIII)
18
have been mine enemies, 10 And therefore from my face she turns my foes, That they elsewhere might
dart
(Sonnet CXXXIX)
19
are is bent To follow that which flies before her face, Not prizing her poor infant's discontent; So run
(Sonnet CXLIII)
Si l’on compare les cas où les mots old, age et wrinkles apparaissent dans le même
sonnets en utilisant l’outil cluster du logiciel AntConc, les cas diminuent et
notamment se réduisent au sonnet CXVII.
SONNET CVIII
What’s in the brain that ink may character
Which hath not figured to thee my true spirit?
What’s new to speak, what new to register,
That may express my love or thy dear merit?
Nothing, sweet boy; but yet, like prayers divine, 5
I must, each day say o’er the very same,
Counting no old thing old, thou mine, I thine,
Even as when first I hallow’d thy fair name.
So that eternal love in love’s fresh case
Weighs not the dust and injury of age, 10
Nor gives to necessary wrinkles place,
But makes antiquity for aye his page,
Finding the first conceit of love there bred
Where time and outward form would show it dead. 14
13
Selon l’herméneutique de la bataille de l’auteur contre le Temps, le sonnet CVIII peut
être considéré comme une tirade, une question qui se conclue dans le sonnet CXXIII29
avec la proposition concernant la confiance dans l’immutabilité des idées (de l’amour,
de la perception de la vérité du réel) et le défi contre les fausses illusions du Temps.
La question que le poète se pose se déroule sur un plan poétique : est-ce qu’il est
possible de décrire son aimé avec des mots toujours nouveaux ? Bien que la réponse,
intrinsèque au poème, soit négative, en réalité, elle se révèle différente sur le plan
existentiel. La constance de l’amour demande la répétition des idées (spirit)
immutables liées à l’objet d’amour qui changent la nature éphémère du poème en
mémoire de ce qui reste en dépit du Temps, comme une liturgie (prayers divine) qui
en se répétant se renouvelle (in love’s fresh case). C’est l’écriture qui a le pouvoir de
se renouveler au-delà de la dévastation du Temps, des rides et de la vieillesse
(antiquity) qui perd son essence et presque disparaisse derrière les raisons d’amour. Il
ne s’agit pas de la négation du réel, mais de l’acceptation consciente de la
corruptibilité des formes et de la volonté de soustraire l’aimé à la finitude de
l’existence. Dans les sonnets analysés, la vieillesse n’est pas niée ni cachée par les
verses du poète, elle existe au côté du Temps.
La vieillesse se manifeste au moyen des rides (wrinkles) qui apparaissent sur le visage
en engendrant un malaise et une souffrance psychique profonde, comme dans le
sonnet CIV , où on retrouve la coprésence des mots old et age :
To me, fair friend, you never can be old,
For as you were when first your eye I eyed,
Such seems your beauty still. Three winters cold
Have from the forests shook three summers’ pride,
Three beauteous springs to yellow autumn turn’d 5
In process of the seasons have I seen,
Three April perfumes in three hot Junes burn’d,
Since first I saw you fresh, which yet are green.
Ah! yet doth beauty, like a dial-hand,
Steal from his figure and no pace perceived; 10
29
On compare les verses 3-5 du sonnet CVIII: “ What’s new to speak, what now to register,/ That may
express my love or thy dear merit?/ Nothing, sweet boy, but yet, like prayers divine,/ I must each day
say o’er the very same” avec les verses 9-12 du sonnet CXXIII : “Thy registers and thee I both defy/
Not wondering at the present nor the past/ For thy records and what we see doth lie”, dans W.
Shakespeare, oeuvre citée.
14
So your sweet hue, which methinks still doth stand,
Hath motion and mine eye may be deceived:
For fear of which, hear this, thou age unbred;
Ere you were born was beauty’s summer dead. 14 30
Dans ce sonnet, la célébration de l’ami s’écrase avec la perception du temps qui a
changé, dés leur première rencontre, la beauté du jeun. On retrouve un mouvement
reparti en trois moments différents : le premier se déroule dans la première quatrain,
où le poète affirme l’immutable beauté (Such seems your beauty still) du jeun qui ne
craint pas les changements apportés par le temps (qui n’est pas mentionné dans le
sonnet, mais qui constitue une présence constante du poème). Cependant, on
comprend que cette affirmation est valable seulement en ce qui concerne la
perception du poète par rapport à son ami (To me, fair friend, you never can be old)
où les lois du temps semblent suspendues. En suite, le poète se souvient du passage
des saisons qui sont passé de leur première rencontre, trois froids hivers, trois étés et
trois printemps. Comme l’été s’est changé en automne et en suite en hiver d’une
même façon son ami a été dérobé d’une partie de sa beauté31. La perception de ces
changements (So your sweet hue, which methinks still doth stand/ Hath motion)
engendre souffrance et mépris à l’égard du temps, juge injuste de destin de l’homme.
Au poète ne restent que deux solutions pour échapper à la condamnation de la
vieillesse : garder l’illusion représentée par l’archétype platonicien (à travers la
transfiguration de la jeunesse de l’ami) ou déclarer son immortalité à travers la parole,
l’art32. C’est l’art, enfin, qui peut assigner la condamnation de la vieillesse voire au
Temps dévorateur, comme le montre le sonnet XIX, où le poète lui demande, selon
les caractéristiques du dialogue dramatique qu’on vient de délinéer, de garder son ami
de l’apparition des signes qui marquent le visage lorsque la jeunesse s’éteigne.
SONNET XIX
Devouring Time, blunt thou the lion's paws,
And make the earth devour her own sweet brood;
Pluck the keen teeth from the fierce tiger's jaws,
And burn the long-lived phoenix in her blood;
Make glad and sorry seasons as thou fleets, 5
And do whate'er thou wilt, swift-footed Time,
To the wide world and all her fading sweets;
30
W. Shakespeare, œuvre citée, sonnet CIV.
A ce propos, il est important de remarquer l’assonance entre l’adverbe still et le verbe to steal.
32
A. Serpieri donne une analyse exhaustive et subtile du sonnet
31
15
But I forbid thee one most heinous crime:
O, carve not with thy hours my love's fair brow,
Nor draw no lines there with thine antique pen; 10
Him in thy course untainted do allow
For beauty's pattern to succeeding men.
Yet, do thy worst, old Time: despite thy wrong,
My love shall in my verse ever live young. 14
3. Analyse du corpus du point de vue des occurrences des mots et du
symbolisme dans le chansonnier
On va analyser en suite les occurrences des mots liés aux différents champs
sémantiques auxquels l’auteur se réfère par rapport au concept de vieillisse.
En ce qui concerne la représentation de la description du dédicataire et de la répétition
de sa jeunesse comme prêt de la Nature qui doit être donné aux fils pour vaincre la
mélancolie dans la vieillesse, on a recherché dans les poèmes les sonnets où l’auteur
utilise l’adjectif youth (16 occurrences): II, VII, XI, XV(deux fois), XXII, XXXVII,
XLII, LV, LX, LXXIII, XCIII (deux fois), XCVIII, CX, CXXXVIII.
En ce qui concerne le modèle visuel, le choix chromatiques dans les Sonnets montre
les résultats suivants : red: 16 occurrences (scarlet 1 occurrence, sonnet CXLII),
black (13, synecdoque pour indiquer l’encre, l’écriture, et donc la persistance de la
mémoire et la couleur sombre des yeux et des cheveux de la femme, dark 3), white
(7), green (6, synonyme de jeun), golden (5), yellow (3), golden (5), silver (2). Les
adjectifs golden, gold et silver apparaissent aussi comme attributs de l’aimé en tant
que lié au concept de royauté, d’haut lignage que Shakespeare associe à l’hautesse
spirituelle apportée par l’expérience d’amour, comme le dit G. Wilson Knight dans
son essai sur le symbolisme des Sonnets : « [The main associations] are, on the
natural plane, flowers, especially the rose ; on the human plane, kingship, with gold ;
on the universal, the Sun, with gold, on the spiritual, jewels » 33. Parmi les fleures, la
rose est, en effet, celle plus fréquemment associée à l’image de beauté (rose, 5 fois au
33
G. Wilson Knight, « Symbolism », dans P. Jones, oeuvre citée, page 134. Notamment, en ce qui
concerne l’occurrence des mots liés aux fleurs, la rose est, sans doute, la fleurs qui est plus
fréquemment associée à la beauté du jeun : Les Fleurs: Rose(s) (13 occurrences),Violet (2), Marigold
(1).
16
singulier, 7 fois au pluriel), en dépit des lis (lily, une seule fois au pluriel et deux fois
au singulier), des violets (2) et de marigold ( 1).
Du point de vue du modèle temporel, il est important de remarquer la prédominance
de l’été sur (Summer, 19 occurrences), par rapport à l’hiver (Winter, 8), le printemps
(Spring, 5) et à l’automne (Autumn, 2). La relation entre les différents passages de la
vie et cycle des saisons constitue un thème fréquent dans la poétique et aussi dans
l’art visuelle de la Renaissance. Dans les Sonnets, le printemps devient synonyme de
jeunesse34, été est la saison qui symbolise la chaleur de l’esprit de l’age mure, là où
l’hiver, avec ses paysages nus et froids, représente l’apaisements des passions qui
caractérise la vieillesse. Cependant, dans les Sonnets shakespeariens, l’image de
l’hiver est souvent associée à l’absence de l’aimé ou du même poète, et de
l’interruption du dialogue amoureux qui vivifie l’art.
En ce qui concerne le champ sémantique lié à la perception sensorielle, on retrouve la
une prééminence des verbes qui expriment les différents degrés du verbe « regarder »:
les verbes to see (36 occurrences, 11 au participe passé seen), to look (24), to behold
(7) ; par rapport aux verbes to hear (7), to touch (2), to feel (3, 1 au passé, felt), to
taste (4) et to smell (4).
Les sens liés à la perception de la chaleur (hot 3 occurrences, to dry 1) sont moins
nombreux par rapport à ceux concernant le froid (cold, 7 occurrences) et l’image des
paysages nus et stériles qu’y est souvent associée, comme le montrent les adjectifs
34
Un exemple de la relation entre jeunesse et printemps chez Shakespeare se trouve dans le sonnet
LXIII où on retrouve la présence de la prosopopée du temps et la coprésence des images de signes du
temps, les rides, de l’age allée du Temps. Le trésor du printemps, métaphore de la jeunesse dérobée de
ses biens, peut être sauvé et renouvelé par la poésie, l’encre noir qui rende à l’aimé son age verte.
Against my love shall be, as I am now,
With Time’s injurious hand crush’d and o’er-worn;
When hours have drain’d his blood and fill’d his brow
With lines and wrinkles; when his youthful morn
Hath travell’d on to age’s steepy night, 5
And all those beauties whereof now he’s king
Are vanishing or vanish’d out of sight,
Stealing away the treasure of his spring;
For such a time do I now fortify
Against confounding age’s cruel knife, 10
That he shall never cut from memory
My sweet love’s beauty, though my lover’s life:
His beauty shall in these black lines be seen,
And they shall live, and he in them still green. 14
17
bare (4), barren (5)35. Les images de la vieillesse sont liées souvent au froid, comme
l’on vient de dire à propos du cycle des saisons, à la glace, à la neige, à la stérilité, à
la décadence de la nature36.
Du point de vue du plan temporel, en fin, there (19) et then (75) leur valeur de
souvenir du passé sont plus nombreux par rapport à here (5), là où la présence de
références au passé (dans la double signification d’appartenant au passé du point de
vue existentiel et passé comme adjectif qui se réfère aux choses) le mot anglais past
(9 occurrences) s’approche aux références au présent (dans le sens de « existent » verbe - , de ce qui n’a pas changé) le mot present (6). Notamment, si la deixis spatiale
privilège l’ailleurs, les occurrences des références au passé vs. présent ne registrent
pas une pareille opposition.
4. La vieillesse du poète
Si jusqu’à ce moment, on à considérés les sonnets où le poète représente les menaces
du Temps sur la beauté corruptible de son ami, on voudrait conclure cette étude avec
l’analyse du sonnet LXXIII qui a suggéré le titre de ce travail.
SONNET LXXIII
That time of year thou mayst in me behold
When yellow leaves, or none, or few, do hang
Upon those boughs which shake against the cold,
Bare ruin’d choirs, where late the sweet birds sang.
35
Un exemple qui concerne la présence de l’imaginaire lié aux saisons se trouve dans le sonnet XII,
When I do count the clock that tells the time, dans W. Shakespeare, œuvre citée, page 90.
36
L’image de la stérilité de la nature comme métaphore de la vieillesse se trouve, parmi d’autres
exemples, dans le sonnet XII, sonnet consacré à la célébration du mariage et de la procréation comme
défense contre les injuries du Temps. Il faut citer le sonnet :
When I do count the clock that tells the time,
And see the brave day sunk in hideous night;
When I behold the violet past prime,
And sable curls all silver'd o'er with white;
When lofty trees I see barren of leaves 5
Which erst from heat did canopy the herd,
And summer's green all girded up in sheaves
Borne on the bier with white and bristly beard,
Then of thy beauty do I question make,
That thou among the wastes of time must go, 10
Since sweets and beauties do themselves forsake
And die as fast as they see others grow;
And nothing 'gainst Time's scythe can make defence
Save breed, to brave him when he takes thee hence. 14
18
In me thou seest the twilight of such day 5
As after sunset fadeth in the west,
Which by and by black night doth take away,
Death’s second self, that seals up all in rest.
In me thou see’st the glowing of such fire
That on the ashes of his youth doth lie, 10
As the death-bed whereon it must expire
Consumed with that which it was nourish’d by.
This thou perceivest, which makes thy love more strong,
To love that well which thou must leave ere long. 14
A travers l’analyse assistée par le logiciel AntConc, il a été possible de constater une
particularité dans l’étude concernant l’occurrence des mots dans le chansonnier. Cette
anomalie regarde le mot twilight (crépuscule) qui apparaisse une seule fois dans le
corpus des Sonnets. Comme l’on vient de souligner, les comparaisons entre le cycle
des saisons et l’age de l’homme a constitué un élément constant qui rejoint la
tradition médicale classique à celle de la Renaissance et qui établit, du point de vue
esthétique, un trait d’union entre la littérature classique et celle contemporaine à
Shakespeare. Cependant, dans le sonnet CXXIII le thème de l’éclipse du poète prend
les contours de la vieillesse simulée, de la lumière que s’apaise. Il y a un processus de
décadence qui s’accomplit dans la comparaison entre ce que l’ami connaissait du
poète et ce qu’il pourrait retrouver en le regardant. La vieillesse du poète est
comparée à la stérilité (bare ruin’d choirs) de la nature hivernale qui meure à cause
du manque de chaleur (in me thou seest the glowing of such fire) pendant la froide
nuit (et les songes qu’elle amène, death’s second self) du dernier passage de la vie.
19
BIBLIOGRAPHIE
SOURCES PRIMAIRES
Shakespeare, William, Sonetti, (a cura di) A. Serpieri, Milano, Rizzoli, 2004.
SOURCES CRITIQUES
Jacobson, Roman, Saggi di linguistica generale, Milano, Feltrinelli, 1985.
Jones, Peter (ed. by), Shakespeare: The Sonnets, London, Macmillian, 1991.
Melchiori, Giorgio, L’uomo e il potere, Torino, Einaudi, 1973.
Serpieri, Alessandro, I sonetti dell’immortalità. Il problema dell’arte e della
nominzaione in Shakespeare, Milano, Bompiani, 1975.
ESSAIS SUR LA VIEILLESSE
De Beauvoir, Simone, La vieillesse. Essai, Paris, Gallimard, 1970.
Fortunati, Vita, “La vecchiaia in Shakespeare tra mito e scienza”, dans Il testo
letterario e il sapere scientifico, édité par C. Imbroscio, Bologna, CLUEB, 2003.
Minois, George, Histoire de la vieillesse en Occident de l’Antiquité à la Renaissance,
Paris, Fayard, 1987, trad. It. Storia della vecchiaia dall’Antichità al Rinascimento,
Bari, Laterza, 1988.
20

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