Programme pédagogique - Ali Alaoui

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Programme pédagogique - Ali Alaoui
Enseignement des percussions et des musiques
du Monde Arabe
Programme pédagogique d'Ali Alaoui
Ali Alaoui, [email protected]
http:// www.alialaoui.free.fr
http:// www.myspace.com/ moultaqasalam
Tel : +33 (0)6 178 394 13, Maroc : +212 (0)67 948 552
Résumé
Maître des percussions arabes et ancien soliste de l’Orchestre National du Maroc, Ali
Alaoui1 enseigne à Toulouse dans différents établissements reconnus pour la qualité de
leur formation tels l’Ecole de Jazz et de Musiques Actuelles Music’Halle, l’Université de
Toulouse 2, le Conservatoire de Musiques Traditionnelles et Occitanes et l’Institut de
Formation des Maîtres. Il anime des Master Classes en France : Conservatoire Supérieur
de Paris, Rencontres Internationales de Percussions à Lyon, Conservatoire de Région
de Toulouse, etc. et organise régulièrement des stages au Maroc, notamment au Conservatoire National de Musique Arabo-Andalouse de Fès2 mais aussi en partenariat avec le
festival de Fès de la Culture Soufie (2008-2009) et le Festival de Fès des Musiques Sacrées
du Monde (2008). Ce document présente le programme et les objectifs pédagogiques mis
en place par Ali Alaoui dans le cadre de son enseignement :
. Cursus de formation professionnelle pour l’obtention du diplôme “Prix
d’Honneur de Percussions du Monde Arabe” au Conservatoire National de Musique et de Danse de Rabat
. Master classe de Culture Rythmique et de Musiques du monde arabe en
France ou au Maroc.
Mots-clés
: musiques et percussions du monde arabe, pédagogie, body rhythm, polyrythmie, classes d’orchestre, formation diplômante, master classe.
1
Voir la biographie complète d’Ali Alaoui en annexe A
Voir le reportage de la télévision marocaine 2M sur Ali Alaoui et le stage de musique organisé en
2007 à Fès : http://www.dailymotion.com/video/x3t96d_marocain-du-monde_music
2
1
1
Objectifs
Le monde arabe couvre un vaste territoire où l’on trouve une grande diversité de genres
musicaux que l’on peut classer en plusieurs catégories : les musiques savantes et classiques,
les musiques traditionnelles, les musiques sacrées et les musiques de transe, les musiques
folkloriques, les musiques populaires et enfin les musiques modernes. Chaque pays et même
chaque région possède un ou plusieurs styles caractéristiques selon leur contexte socioculturel, historique ou géographique (désert, montagne, côte ou zone urbaine). De même, on
compte un nombre important de percussions aux sonorités et techniques d’utilisation très
différentes.
L’objectif d’Ali Alaoui est de transmettre à ses étudiants un patrimoine musical qu’il
souhaite pérenniser et intégrer dans le paysage interculturel d’aujourd’hui. En effet, la
confrontation des musiques orales avec le monde moderne mène souvent à la perte de
répertoires qui s’étaient transmis durant des siècles.
Fig. 1 – Ali Alaoui au Conservatoire Traditionnel Dâr Adîl de Fès (stage d’été 2007).
Au cours de son enseignement, Ali Alaoui initie ses étudiants à une liste, non exhaustive mais très complète, des musiques et percussions du monde arabe. C’est une pédagogie
qui allie structure, oralité, imprégnation et développement artistique. Elle vise à savoir
identifier, analyser, ressentir et pratiquer ces musiques (style, mode, pulsation, localisation
géographique, types d’instruments, structures rythmiques et mélodiques, improvisation,
etc.) car le rôle du percussionniste y est prépondérant, il doit connaître la musique sur le
bout des doigts.
2
Tableau de présentation des objectifs pédagogiques
d'Ali Alaoui
. Cursus de formation professionnelle (cours annuels)
. Prix d’Honneur de Percussions du monde arabe
Master Classe de culture
rythmique et de musiques du
monde arabe3
Histoire
Approche historique d’un style de
musique ou d’un rythme selon son
contexte socioculturel et géographique
Approche historique d’un style de
musique ou d’un rythme selon son
contexte socioculturel et géographique
Culture
rythmique
– Pratique de rythmes corporels
“Body Rhythm”
– Pratique de rythmes corporels
“Body Rhythm”
– Maîtriser les différentes métriques, figures et variations
rythmiques (pulsations binaires
ou ternaires, syncopes, contretemps, anacrouses, constance et
variations de tempos, etc.)
– Maîtriser les différentes métriques, figures et variations
rythmiques (pulsations binaires
ou ternaires, syncopes, contretemps, anacrouses, constance et
variations de tempos, etc.)
– Apprentissage des rythmes :
– Apprentissage des rythmes :
◦ Rythmes binaires, ternaires
et rythmes composés du monde
arabe
◦ Polyrythmies du Maghreb et du
Golfe Persique
◦ Compositions d’Ali Alaoui
◦ Rythmes binaires, ternaires
et rythmes composés du monde
arabe
◦ Polyrythmies du Maghreb et du
Golfe Persique
◦ Compositions d’Ali Alaoui
– Ecoute, analyse et pratique des
enchaînements rythmiques et
changements de pulsation dans
différents styles de musique
– Ecoute, analyse et pratique des
enchaînements rythmiques et
changements de pulsation dans
différents styles de musique
3
Exemples de thèmes possibles pour les masters classes : musique arabo-andalouse, musique
classique arabe, musiques sacrées des confréries populaires marocaines (Gnawa, Aïssawa, Hamadcha,
Jillala, etc.), musiques populaires des femmes du Sud marocain, longas turcs, etc.
3
Techniques
instrumentales
Culture
musicale
. Cursus de formation professionnelle (cours annuels)
. Prix d’Honneur de Percussions
du monde arabe
Master Classe de culture
rythmique et de musiques du
monde arabe
– Apprentissage des techniques instrumentales de base des percussions
arabes (darbouka - rek - tar - bendir - daff - bouznazel - tarija - gwal
- tabla - tbila - tbal - qraqebs - tassa,
etc.)
– Apprentissage des techniques instrumentales de base des percussions
arabes (darbouka - rek - tar - bendir - daff - bouznazel - tarija - gwal
- tabla - tbila - tbal - qraqebs - tassa,
etc.)
– Apprentissage des techniques d’ornementation des instruments solistes (darbouka - rek)
– Apprentissage des techniques d’interprétation pour instrumentistes
(attaques, nuances, ornementations,
phrasés rythmiques)
– Ecoute et analyse de différents styles
de musique du monde arabe
– Ecoute et analyse de différents styles
de musique du monde arabe
– connaître les modes de la musique
arabo-andalouse marocaine et leur
classification car ils sont aussi utilisés dans les musiques traditionnelles, les musiques populaires et les
musiques sacrées du Maroc
– Etude des modes selon le thème du
master classe et les œuvres choisies
– Stage d’imprégnation obligatoire au
Maroc durant 15 jours que l’étudiant peut renouveler s’il le souhaite. Production d’un rapport de
stage nécessaire à la validation du
diplôme final
– Rédaction d’un mémoire de fin
d’étude qui amène l’étudiant à approfondir ses investigations personnelles et à présenter devant un jury
d’experts la synthèse de ses connaissances.
4
– Imprégnation musicale au Maroc ou
en France au contact de musiciens
spécialistes d’un style de musique
Pratique
collective
. Cursus de formation professionnelle (cours annuels)
. Prix d’Honneur de Percussions
du monde arabe
Master Classe de culture
rythmique et de musiques du
monde arabe
– Pratique collective à travers le
concept de polyrythmie
– Pratique collective à travers le
concept de polyrythmie
– Apprentissage de chants du répertoire traditionnel marocain que les
étudiants doivent savoir combiner
avec la pratique instrumentale
– Apprentissage de chants du répertoire traditionnel marocain que les
étudiants doivent savoir combiner
avec la pratique instrumentale
– Pratique collective sur des œuvres
variées (maîtriser la structure
rythmique du morceau)
– Apprentissage d’œuvres du répertoire arabe (instrumentistes, chanteurs, percussionnistes)
– Adaptation de rythmes du monde
arabe sur des percussions occidentales et utilisation conjointe de
percussions
Ex : batterie / bendir
Darbouka / congas
Cajon, cymbales
– Adaptation d’une ou plusieurs
œuvres du répertoire arabe pour
une classe de musique classique,
traditionnelle ou de Jazz (arrangements : Ali Alaoui)
– Orchestration et mise en place
d’un répertoire scénique
– Orchestration et mise en place de
répertoires scéniques
Développement – Développement de l’arrangement
rythmique
artistique
– Développement du rôle de soliste
– Développement de la direction musicale avec un instrument
– Développement de la composition
et de l’improvisation
– Développement
tion :
de
l’improvisa-
Art du Bughia : improvisation
écrite non mesurée sur un mode
particulier dans la musique araboandalouse
Art du taqsim : improvisation libre
sur un ou plusieurs modes (bon niveau requis)
Art du tubu’ : savoir souligner tout
en nuance l’improvisation des solistes (bon niveau requis)
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. Cursus de formation professionnelle (cours annuels)
. Prix d’Honneur de Percussions
du monde arabe
Master Classe de culture
rythmique et de musiques
du monde arabe
Développement Un des objectifs de cet enseignement
pédagogique
est de former des pédagogues. Les étudiants apprennent donc à :
– Maîtriser au mieux leur instrument
et la culture musicale qui y est associée
– Structurer une séance en fonction du
niveau des élèves
– Garder des objectifs clairs
– Développer une gestuelle de direction
claire
– Mettre en place un répertoire scénique
Diplômes et
attestations
Préparation au diplôme “Prix d’Honneur de Percussions du Monde Arabe”
délivré par le Ministère de la Culture
du Maroc.
Conditions nécessaires :
– Suivre le cursus de formation avec
Ali Alaoui dans un établissement
d’enseignement musical agréé par le
Ministère de la Culture Française
– Passer les évaluations annuelles devant un jury d’experts pour valider
le passage des différents niveaux de
formation (remise d’une attestation
annuelle de formation)
– Suivre un stage d’imprégnation musicale au Maroc (production d’un
rapport de stage obligatoire)
6
Une attestation de participation
au master classe d’Ali Alaoui est
remise aux étudiants par son association (Ali Alaoui - Arts &
Développements)
– Rédiger un mémoire de fin d’étude, synthèse des connaissances et des expériences
de l’étudiant durant sa formation. Ce document fait l’objet d’une notation comprise dans la note finale de l’examen
2
Préparation à une séance
Chaque séance débute par un échauffement d’une dizaine de minutes basé sur un
travail de respiration, de détente et de concentration. Il se déroule dans un climat très
apaisant avec un fond sonore musical. Les étudiants reproduisent les gestes effectués par
Ali. Ces gestes préparent les principales parties du corps sollicitées par la pratique des
instruments. L’échauffement repose sur l’extension des épaules et des bras, la posture de
la colonne vertébrale et enfin le relâché des mains et des poignets.
L’objectif est de mettre l’étudiant dans les meilleures conditions de détente physique
et mentale pour aborder la séance.
3
Body rhythm
Le “Body rhythm” est l’expression du rythme à travers le corps et le chant. Les exercices de “Body rhythm” proposés par Ali Alaoui sont le préambule de son enseignement
et peuvent être utilisés en introduction d’un spectacle. Cette étape est basée sur le ressenti physique de la pulsation et des rythmes en utilisant les différentes sonorités du corps
(voix, mains, pieds, cuisses, thorax). Notons que ces éléments corporels sont omniprésents
dans les musiques traditionnelles du monde arabe. Ainsi par cette pratique, les étudiants
sont déviés du cadre d’apprentissage conventionnel pour accéder à une pratique musicale
qui engage l’ensemble du corps.
7
Dans un premier temps, Ali propose une phrase rythmique chantée à base d’onomatopées. L’étudiant répète en boucle cette phrase en marquant différentes pulsations avec
les pieds (croche, noire, blanche, ronde). A chaque onomatopée correspond une “frappe”
jouée sur le corps : par exemple, DOM signifie un coup joué par la main sur le thorax,
T AK un coup joué par la main sur la cuisse, FRAP un claquement de main. Une fois que
la phrase est assimilée au chant, l’étudiant effectue sur son corps la “frappe” correspondant à l’onomatopée chantée. La Fig. 2 représente un exemple d’exercice de Body rhythm.
L’objectif de cette pratique est de développer l’aisance corporelle et de ressentir le
rythme comme une mélodie à travers les variations de pulsation, les métriques binaires
ou ternaires, les nuances et les figures rythmiques. Les étudiants se familiarisent avec l’indépendance des mouvements de gauche et de droite et l’utilisation de différentes frappes.
Cet exercice instaure rapidement des codes de transmission orale entre l’enseignant et
les étudiants (choix des onomatopées, gestuelle de direction, personnalité artistique du
professeur).
Fig. 2 – Exercice de Body rhythm : création d’Ali Alaoui dont l’objectif est de jouer une
phrase binaire et ternaire en même temps.
8
4
Culture musicale
La formation d’Ali Alaoui passe nécessairement par l’imprégnation de la culture musicale du monde arabe. Il en présente les différents courants musicaux en fonction de la
géographie (Maghreb, Moyen-Orient et Golfe Persique) et du genre socio-culturel auquel
le style est rattaché (musique de cours arabo-andalouse, musiques traditionnelles des artisans, musiques et danses folkloriques des tribus berbères, etc.). Cette “découverte” des
différents styles de musique passe par l’écoute et l’analyse d’œuvres choisies selon une
discographie sélective dont une liste partielle est présentée ci-dessous.
Discographie
. Musiques du Maghreb :
– Musique arabo-andalouse :
Abdelkrim Raïs, “Musique Andalouse de Fès”, Harmonia Mundi, 1993.
Ahmed Zaitouni, “Musique andalouse de Tanger”, Harmonia Mundi, 1999
– Le soufisme populaire :
Saïd Berrada, “Aissaoua de Fès”, Harmonia Mundi.
Hadj Abdennabi Benchekroun, “Musiques du Maroc”, Virgin, 1999.
Hamid El Kasri, Sacav production.
– La musique des Berbères :
Imazighen, “Musiques du Moyen-Atlas”, Harmonia Mundi, 2002.
Ahwach de Telouet, “Chants et Danses du Maroc”, Le chant du Monde, 33T.
– La musique populaire du Maroc
B’nèt Houariyat, “Poèmes d’amour des femmes du Sud Marocain”, Al Sur, 1994.
El Hadj Abdeslam, “La daqqa de Marrakech”, Harmonia Mundi, 1999.
Najat Atabou “Musiques du Maroc”, Virgin France, 1999.
– Le malhun
El Hadj Houcine Toulali, “Le malhûn de Meknès”, Harmonia Mundi, 1999.
Ensemble Amenzou , “Le malhun à Marrakech”, Harmonia Mundi, 2004.
. Musiques du Moyen-Orient :
– Musique classique égyptienne :
Oum Kalsoum, “Ifrah Ya qalbi”, édition Soldore, 2000.
Mohamed Abdel Wahab “Min Gheyr Leh”, Virgin, 2000.
– Musique du Golfe Persique :
Mohamed Abdou, “Al amaken”, Fassiphone, 2007.
– Musique traditionelle :
Iqa’at, “Iraq : Traditional rhythmic structures”, Unesco, 1979.
9
Le développement de la culture musicale comprend aussi l’étude de certains modes :
notamment ceux de la musique arabo-andalouse marocaine car ils sont aussi utilisés dans
les musiques sacrées, les musiques traditionnelles et les musiques populaires au Maroc.
L’étude des modes orientaux (avec quarts de ton) sont destinés aux musiciens confirmés lors de masters classes qui peuvent être conjointement animés par Ali Alaoui et
Azzedine Montasser (directeur de l’Orchestre National du Maroc, luthiste, compositeur
et professeur de luth oriental au Conservatoire National de Musique de Danse de Rabat).
Ali Alaoui propose également des masters classes en France et au Maroc au contact de
maîtres de la tradition pour une imprégnation doublement authentique. Cette transmission ne pourrait être réalisée sans le lien pédagogique qu’Ali établit entre les musiciens
et les étudiants qui n’ont pas la même façon d’appréhender la musique. Il décompose la
musique pour leur permettre de trouver des repères d’apprentissage puis il évolue progressivement vers l’oralité et le ressenti propres à ces musiques.
5
Culture rythmique
La culture rythmique implique le développement de la culture musicale car dans le
monde arabe, une musique est créée en général une fois le(s) rythme(s) déterminé(s) à
l’avance. Chaque rythme porte un nom : le nom d’une région, d’une danse, etc. Ali Alaoui
a répertorié lui-même les différents rythmes du monde arabe en grandes familles. Par
exemple, la famille du Maqsum regroupe des rythmes égyptiens à 4 temps, utilisés dans
des contextes différents (musique folklorique, musique traditionnelle, etc), mais néanmoins
proches entre eux de par le placement des temps forts et des temps faibles dans la mesure.
Ce système de classification est présenté dans les cartes de la Fig. 3.
La culture rythmique est d’abord développée à travers la pratique du “Body Rhythm”
puis à travers l’apprentissage de nombreux rythmes et polyrythmies du monde arabe et
des compositions d’Ali Alaoui. Les étudiants apprennent à pratiquer ces rythmes seuls
ou en collectif, à les ornementer, les enchaîner et les jouer sur des extraits musicaux dans
lesquels ils sont utilisés. Enfin l’écoute et l’analyse d’œuvres choisies permet aux étudiants
d’identifier les différents rythmes utilisés dans plusieurs styles de musique (rythmes binaires, ternaires, rythmes composés, changements de tempo, figures de transition). Ils
découvrent ainsi le rôle de direction du soliste.
10
Fig. 3 – Classification des rythmes enseignés par Ali Alaoui répartis en deux grandes
régions : le Maghreb et le Moyen-Orient. 11
6
Techniques instrumentales
La darbouka et le rek 4 sont les instruments solistes par excellence de la musique du
monde arabe et on les retrouve dans la majorité des pays. Ali Alaoui met l’accent sur
l’apprentissage de ces deux instruments car ils nécessitent un travail approfondi de la
technique instrumentale. Le travail des doigtés vise à interpréter des rythmes sous leur
forme académique, puis sous une forme plus ornementée pour évoluer vers un travail
d’interprétation soliste et d’improvisation. Cette liberté d’expression s’acquiert grâce à la
maîtrise des positions et des sons mais aussi grâce au développement de l’endurance et
de la sensibilité artistique.
Fig. 4 – Apprentissage de la darbouka avec Ali Alaoui lors des Rencontres Internationales
de la Percussion à Oullins (2006, 2007)
Ali Alaoui enseigne également les techniques instrumentales de la majeure partie des
percussions du monde arabe qui sont le plus souvent utilisées dans les polyrythmies :
. Maghreb : bendir - bouznazel - tbila - tbal - tarija - goual - tar - tassa - qraqeb
. Moyen-Orient : dohola - daff - mzher - sagates
. Golfe Persique : tara - bangos - taboul
Il travaille également l’adaptation de rythmes du monde arabe sur des instruments
de percussion occidentaux comme la batterie, les congas, etc. A travers des compositions
personnelles, il intègre le groove et le swing à des polyrythmies du monde arabe. Ainsi
ces univers musicaux se complètent et s’enrichissent.
Côté instruments mélodiques, Ali Alaoui enseigne les techniques instrumentales selon
l’œuvre étudiée lors des masters classes (attaques, nuances, glissandos, ornementations,
phrasés rythmiques).
4
Les instruments sont présentés dans la Fig. 5
12
Fig. 5 – Les différentes percussions du monde arabe enseignées par Ali Alaoui
13
7
7.1
Pratique collective
Polyrythmie
La polyrythmie consiste à jouer simultanément deux ou plusieurs patterns différents.
Dans la musique du monde arabe, cette pratique est très courante, notamment dans les
musiques traditionnelles du Maghreb et du Golfe Persique. Dans certaines polyrythmies,
un pattern en 12/8 peut être joué simultanément avec un pattern en 5/8 (écouter B’nèt
Houariyat). Ali Alaoui propose des polyrythmies de complexité variable en 4/4, 5/8 ou
12/8 comme celle présentée dans la Fig. 6. Les étudiants utilisent généralement la tarija,
instrument marocain qui ne produit qu’un unique son, afin de ressentir que malgré la
simplicité apparente du pattern qu’il joue, il est en parfaite “interaction” avec les autres
patterns et qu’une légère variante pourrait bouleverser l’harmonie qui se passe entre les
différentes phrases.
Fig. 6 – Polyrythmie traditionnelle de la Daqqa de Marrakech
14
7.2
Classes d’Orchestre
Ali Alaoui travaille avec des classes d’orchestre de musique classique, traditionnelle ou
encore de Jazz avec des enfants, des adultes et même des enseignants et anime également
des master classes pour musiciens amateurs ou professionnels. Il enseigne principalement
des œuvres du répertoire marocain (musique savante arabo-andalouse - musique classique
- musiques sacrées - musiques traditionnelles ou populaires) mais peut également aborder
d’autres styles du Moyen-Orient jusqu’à la Turquie comme les longas turcs. Il consacre
une partie du travail à l’apprentissage des textes (travail de la langue arabe et du phrasé
poétique) et crée des arrangements qui privilégient le dialogue et la technique instrumentale ainsi que l’improvisation. Ali Alaoui travaille à partir de transcriptions inédites pour
allier écriture et oralité (voir par exemple le relevé de la Fig. 7).
Fig. 7 – Extrait du répertoire Malhun marocain
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Quelques exemples :
Au cours du premier trimestre de l’année 2008, Ali Alaoui a mis en place un répertoire
de musique arabo-andalouse pour un choeur et un ensemble d’instrumentistes composés
d’enfants, d’adultes et de professeurs de l’Ecole Intercommunale du Sud-Est Toulousain5 ,
pratiquant des instruments aussi divers que le violon, l’accordéon, le piano, la flûte ou
le violoncelle. Ce travail entrait dans le cadre du projet “Découvertes de Musiques du
Monde” qui fut présenté sur scène à l’Espace de Congrès Diagora de Toulouse-Labège.
Chaque année, Ali Alaoui dirige à Toulouse des master classes avec les étudiants du
cycle professionnel de l’Ecole de Jazz et de Musiques Actuelles “Music’halle”. C’est un
véritable travail de création qui née autour de la musique arabo-andalouse, des musiques
des confréries populaires du Maroc (Gnawa, Hamadcha, etc.), des musiques traditionnelles
et populaires (chants des femmes houariates), des longas turcs et des pièces instrumentales classiques marocaines (Saïd Chraïbi). Les basses, piano, batterie, cuivres, guitares
électriques et autres instruments de la musique moderne occidentale se mettent au service
d’une musique riche et complexe arrangée par Ali Alaoui. C’est l’émergence d’un nouveau
style où la mélodie rythmique est à l’honneur.
7.3
Répertoire scénique
Chaque année de formation et chaque master classe se clôture généralement par la
présentation d’un spectacle. S’il est rythmique, le répertoire est le plus souvent basé sur
des compositions d’Ali Alaoui qui mettent en valeur les sonorités et le rôle des différents
instruments. Les polyrythmies sont très présentes surtout celles basées sur des rythmes
ternaires et des rythmes composés.
Pour la présentation d’œuvres instrumentales et chantées se reporter au paragraphe
7.2.
5
Voir le second reportage d’Ali Alaoui de la télévision marocaine 2M sur ses projets en France, http:
//www.dailymotion.com/video/x5nwdk_ali-alaoui-reportage-marocains-du-m_
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8
Développement artistique
L’improvisation tient une place prépondérante dans les musiques du monde arabe qui
sont essentiellement modales. Les arrangements se caractérisent souvent par des dialogues
instrumentaux très rythmés. L’instrument de percussion soliste sert à maintenir la dynamique, les changements de pulsation et les variations rythmiques du morceau. L’orchestre
est donc très à l’écoute de cet instrument.
Ali Alaoui enseigne l’art de diriger la musique tout en improvisant. Ce travail ne peut
être développé qu’à partir de la maîtrise de l’instrument, de l’œuvre étudiée et de la
culture musicale qui y est associée. Les étudiants apprennent aussi à souligner l’improvisation d’autres instruments solistes ou encore des solos de danse.
Pour développer leur créativité et leur sens pédagogique, les étudiants apprennent à
composer des rythmes qu’ils doivent ornementer et enseigner au reste du groupe et des
polyrythmies qu’ils doivent orchestrer en utilisant les sonorités de différents instruments
(basses, médiums, sons aiguës ou métalliques).
Au cours des master classes, Ali Alaoui enseigne aux instrumentistes l’art du bughia,
du taqsim et du tubu’. Ces pratiques s’adressent à des musiciens qui maîtrisent bien leur
instrument.
Dans la musique arabo-andalouse, le bughia est une improvisation écrite non mesurée
dont la dynamique est impulsée par le chef d’orchestre (rabab6 , violon ou tar 7 ). Cela sert
d’introduction à la nouba pour poser l’atmosphère du mode.
Dans les musiques du monde arabe, le taqsim désigne l’improvisation instrumentale
soutenue ou non par un ou plusieurs instruments. Le soliste improvise sur le mode principal mais peut naviguer sur d’autres modes pour revenir à celui qui caractérise l’œuvre
interprétée.
Lorsqu’un soliste (chant ou instrument) est soutenu par un ou plusieurs musiciens, ces
derniers pratiquent l’art du tubu’. Cela signifie qu’ils suivent tout en nuances les montées
et descentes dans le mode. Cette pratique est libre mais elle reste en filigrane pour ne pas
dépasser le volume et l’inspiration du soliste.
6
7
Instrument de musique médiéval à cordes frottées, utilisé dans la musique arabo-andalouse.
Petit tambourin à cymbalettes, utilisé dans la musique arabo-andalouse (voir Fig. 5).
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9
Approfondissement
L’approfondissement se fait par imprégnation lors de master classes avec des musiciens marocains. En France, Ali Alaoui peut inviter un ou plusieurs intervenants dans
différents styles (ex : plusieurs solistes de l’Orchestre National arabo-andalou de Fès, de
Tanger ou de Tétouan, des directeurs d’orchestre comme celui de l’Orchestre National
du Maroc, des maîtres “Maâlem” des confréries populaires marocaines (Aïssawa, Hamadcha, Gnawa, Jilalla, Al Touat) seuls ou accompagnés de musiciens de leur troupe, des
orchestres de femmes, etc.) .
Au Maroc, les étudiants ont la possibilité de rencontrer de nombreux orchestres au
contact desquels ils mesurent l’impact de ces musiques lorsqu’elles sont jouées dans leur
environnement d’origine (contexte socioculturel, rituel, ethnique, etc.) Ils développent le
ressenti, la qualité de l’interprétation, la connaissance des modes, les réflexes rythmiques
et l’endurance. Ali Alaoui est le médiateur pédagogique idéal pour accéder à la compréhension de ces musiques. Des échanges entre conservatoires français et marocains peuvent
également être envisagés notamment avec le Conservatoire National de Musique et de
Danse de Rabat.
10
Conclusion
Ali Alaoui propose une formation de professionnalisation aux percussions et aux
rythmes du monde arabe. Etalée sur 10 années d’études, elle permet aux étudiants d’accéder à un diplôme de conservatoire délivré par le Ministère de la Culture du Maroc.
C’est une première car au Maroc et même dans la majorité des pays du monde arabe, les
instruments de percussion ne font pas l’objet d’un enseignement conventionnel dans les
conservatoires. Chaque style de musique emploie différents rythmes qui lui sont propres
et il est rare de voir des percussionnistes maîtriser des styles très différents comme la
musique classique et la musique populaire.
Ali Alaoui a rassemblé de précieuses connaissances en matière de rythmes qui ne
concernent pas seulement le Maroc mais l’ensemble des pays arabes. Il œuvre pour la
préservation et l’évolution de ce patrimoine à travers différentes disciplines : la pédagogie,
la scène, l’orchestration et la création. La récente réalisation d’une méthode pédagogique
d’initiation et de perfectionnement à la darbouka et autres percussions du monde arabe
parue en vidéo dans la collection Le Salon de Musique permet de garder une trace écrite
et visuelle de cet enseignement.
18
Pour pouvoir accéder à ce nouveau diplôme, les étudiants devront suivre la formation
d’Ali Alaoui dans un établissement d’enseignement musical agréé par le Ministère de la
Culture française ou marocaine.
A la fin de chaque année d’étude, un examen de passage est obligatoire, il conduit les
étudiants à rejoindre le niveau supérieur ou le cas échéant au redoublement. Les étudiants
sont évalués par un jury d’experts et notamment par M. Azzedine Montasser, Directeur
de l’Orchestre National du Maroc. Ils recoivent alors un certificat de passage délivré par
l’établissement de formation et conjointement signé par le Directeur de l’établissement et
le Président du jury.
Au cours de la formation, un stage d’imprégnation au Maroc est obligatoire ainsi que
la rédaction d’un rapport de stage. A partir de la septième année, les étudiants doivent
présenter un mémoire, synthèse de leurs connaissances et de leurs expériences lors de la
formation. Ce document est compté dans la notation pour l’obtention du diplôme.
Les trois dernières années sont axées sur la préparation au passage de l’examen final
qui se déroule au Conservatoire National de Musique et de Danse de Rabat devant un
jury composé des plus grands musiciens et pédagogues du Maroc. Ce diplôme est agréé
par le Ministère de la Culture Marocaine.
Pour être admissibles, les étudiants devront répondre aux critères suivants : être capables d’une part d’accompagner des orchestres professionnels de musiques du monde
arabe quelque soit le style et d’autre part de transmettre à leur tour le programme pédagogique mis en place par Ali Alaoui.
Bibliographie
Ali Alaoui, “Méthode d’initiation aux percussions du monde arabe” Le salon de musique 8 ,
2006.
8
Voir : http://www.le-salon-de-musique.com/darbouka.htm
19
Annexe A
Ali Alaoui appartient à la famille des
grands maîtres de percussions dont le savoir est inestimable. Son parcours unique
empreint d’une grande mobilité et d’une
formidable capacité à s’imprégner d’autres
cultures en ont fait un spécialiste des rythmes
et des musiques du monde arabe mais aussi
un musicien d’envergure internationale
qui s’intègre aisément aux rencontres et
aux créations avec des musiciens de tous
horizons.
Né à Fès, Ali Alaoui pratique l’art des
percussions depuis son enfance. Il étudie au
Conservatoire National de Musique Araboandalouse et se perfectionne dans de nombreux styles auprès de musiciens émérites.
Très jeune, il intègre l’Orchestre Principal de Musique Classique Arabe de Fès puis
l’Orchestre National du Maroc où il travaille comme soliste, compositeur et arrangeur
rythmique aux côtés des grands artistes de son temps. Ces années à sillonner le monde
auront été pour lui l’occasion de s’inspirer d’autres formes musicales mais aussi de réaliser
à quel point les musiques du monde arabe sont méconnues en Occident.
Installé en France depuis 10 ans, ses projets sont portés par la même ambition : offrir
un rayonnement international à ces musiques et cela passe avant tout par la transmission
mais aussi par le partage de sa culture et de sa créativité avec des musiciens de musique
classique, de jazz, de musique médiévale et de musiques du monde. Tour à tour musicien
et pédagogue, il ne se limite pas à sa seule vocation rythmique mais s’implique dans chaque
projet avec un goût certain pour la composition et l’arrangement.
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En 2006, Il réalise une précieuse méthode pédagogique d’initiation à la darbouka et aux
percussions du monde arabe accompagnée d’un documentaire sur les musiques du Maroc
“Le Pari d’Ali”. Unique au monde, cet ouvrage contribue à la conservation d’un patrimoine musical menacé.
Ali Alaoui enseigne à Toulouse à l’Ecole de Jazz et de Musiques Actuelles “Music’halle”, au Conservatoire de Musiques Traditionnelles et Occitanes, à l’Université de Toulouse II, etc. Il anime des stages en France et au Maroc (Rencontres Internationales de
Percussions à Oullins, Conservatoire de Région de Toulouse, Université de Toulouse II,
Conservatoire Supérieur de Paris, Conservatoire National Arabo-Andalou de Fès, Festival
de Fès de la Culture Soufie, etc.)
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