Ilot du verdelet - VivArmor Nature

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Ilot du verdelet - VivArmor Nature
2003
Les dossiers...
...de VivArmor
L’îlot du verdelet et la
pointe de Piégu
L’îlot du Verdelet et la pointe de
Piégu (Pléneuf Val-André)
par Michel GUILLAUME
A la pointe de Piégu, sur la commune de
Pléneuf Val-André, se dresse un îlot nommé le
Verdelet. Son nom lui vient-il de l’herbe qui
pousse par endroits entre les chicots rocheux ?
On ne le sait pas trop mais l’îlot est intéressant
à plus d’un titre ainsi que la région alentour.
Vivarmor a signé récemment une
convention avec la commune de Pléneuf ValAndré concernant la gestion de cet îlot du
Verdelet. Mais notre intérêt pour ce site est
aussi vieux que l’association puisque dès 1975,
nous avons travaillé avec une association locale
de protection de la nature.
Cette association qui avait d’abord pour
nom “Association pour l’Etude et la Protection
de la Nature et des Oiseaux (A.E.P.N.O.)” est
devenue ensuite l’A.P.O.N. Fondée par de jeunes
pléneuviens soutenus par le président du Syndicat
d’Initiatives de l’époque, Edmond TRANIN, cette
association avait réussi à obtenir de la
municipalité de l’époque la mise en réserve de
l’îlot avec interdiction de chasser aux alentours.
En 1976 et 1977, le G.E.P.N. (c’était le nom
de Vivarmor à l’époque) a organisé des soirées
d’information et des expositions en liaison avec
l’A.P.O.N., comme en fait foi l’article ci-dessous.
Un premier problème s’est alors posé :
l’îlot, devenu réserve pour la protection des
oiseaux, ne figurait pas sur les plans cadastraux et
n’avait pas de propriétaire.
Le Verdelet était considéré de ce fait
comme faisant partie du Domaine Public
Maritime (D.P.M.). Dès 1982, la commune en
revendique la propriété et la préfecture l’appuie
mais rien ne se décide. En 1984, la commune,
faisant comme si elle était propriétaire, publie
un arrêté réglementant l’accès entre le 1er avril
et le 31 août.
Les choses restent en l’état pendant une
dizaine d’années. L’association locale elle, se
met par contre en sommeil, son président (J.P.
COCHIN) étant devenu directeur de la Maison
de la Baie.
C’est dans ces conditions que la
S.E.P.N.B. d’abord
(en 1992), puis le
Conservatoire du Littoral ensuite (1993),
revendiquent la gestion de l’ilôt et des environs.
Comme en témoigne l’article de presse ci-
dessous
(O.F.du 19 novembre 1993), la
municipalité de Pléneuf en la personne de son
maire, Guillaume GUEDO, monte au créneau,
déclarant haut et fort qu’elle “ne se laissera pas
déposséder de son îlot”.
Un historien est alors appelé en renfort.
Il s’agit de J. Pierre LE GAL LA SALLE. Son
travail est publié en 1995 dans le bulletin de la
Société d’Emulation des Côtes d’Armor. (Tome
CXXIII - Mémoires de l’année 1994)
Outre qu’elle apporte des précisions très
intéressantes sur le plan historique (voir plus
loin au chapitre histoire), cette publication met
un terme à la polémique : la propriété de la
commune de Pléneuf sur le Verdelet ne sera
plus contestée.
Une roche spéciale
La géologie du lieu
Formée par une roche appelée
microdiorite, la pointe de Piégu protège
au Nord-Est le site du Val-André. Cet
éperon rocheux forme en effet écran dans
le paysage. Une cale, construite
perpendiculairement
à son extrémité,
forme abri à bateaux cependant que la
partie de la plage qui lui est contiguë
bénéficie d’une exposition plein Sud très
appréciée des baigneurs.
Dans microdiorite, il y a diorite.
C’est le nom d’une roche qui est grenue
comme le granite1 mais de couleur plus Quatre roches grenues de la région allant du granite au gabbro.
Le magma originel est de plus en plus basique de gauche à droite.
sombre que celui-ci (voir photo cicontre).
La raison en est que le
magma qui est à l’origine de la
diorite est plus “ basique ”.
L’adjectif basique utilisé en
géologie signifie pauvre en
minéraux siliceux (de couleur
plutôt claire) et riche en minéraux
ferro-magnésiens (de couleur plus
sombre).
La différence entre diorite et
microdiorite vient de la mise en
place du massif et du mode de
refroidissement du magma qui en
est à l’origine. Si le refroidissement
se fait en un seul temps et à grande
profondeur (plusieurs kilomètres),
tous les cristaux formés seront gros
car ils auront eu le temps de se
développer et on aura une diorite.
Par contre si, après formation
des premiers cristaux de grande
taille en profondeur, le magma
monte rapidement vers la surface et
s’arrête à seulement quelques
centaines de mètres de celle-ci, Schéma établi d’après la carte géologique de Saint-Brieuc au 1/80.000
autrement
dit
s’il
y
a
(sauf en ce qui concerne le Pentévrien)
refroidissement en 2 temps, les
derniers cristaux formés seront microscopiques et
( amphiboles sombres avec un aspect un peu
formeront à l’œil nu une sorte de pâte
verdâtre et feldspaths plagioclases blanchâtres)
relativement homogène.
noyés dans une sorte de ciment de couleur foncée
C’est la présence de gros cristaux
qui définit donc, à l’œil nu, une microdiorite. Par
altération la couleur des feldspaths devient de plus
en plus blanche car ils se transforment peu à peu
en kaolin, cependant que les minéraux sombres
(les ferro-magnésiens) donnent de la rouille
(oxydes de fer) de couleur brune.
L’âge de la microdiorite du Verdelet n’est
pas connu avec précision
(aucun minéral
Une zone de failles sépare l’îlot du
Verdelet de la pointe de Piégu. Plus altérée dans
cette zone, la roche a été enlevée par érosion. La
mer a repris les produits de cette érosion pour en
faire du sable ou des galets. Les galets moins
mobiles que le sable sont restés dans le secteur.
A marée montante les courants poussent
ces galets d’Ouest en Est. A marée descendante,
la dérive littorale s’inverse et pousse les mêmes
galets d’Est en Ouest. Prise entre ces deux
dérives, la grande masse des galets a fini par
former un amas ayant un peu la forme d’un “ S ”
inversé dont les extrémités s’appuient sur les
rochers les plus avancés de la pointe de Piégu,
d’une part, et sur la partie de l’îlot du Verdelet la
plus proche et la mieux abritée, d’autre part. Cela
forme un tombolo simple2.
Aspect de la microdiorite vue à l’oeil nu
sur une cassure fraîche peu altérée
radioactif contenu dans la roche n’ayant permis
une datation en âge absolu). On peut seulement
lui donner un âge relatif entre 608 millions
d’années (âge du Briovérien d’Erquy qu’elle
recoupe) et 472 millions d’années (âge de la série
rouge d’Erquy-Fréhel qui la recouvre).
Le Verdelet : îlot et tombolo
Le tombolo se voit bien à marée basse et
permet le passage sur l’îlot (voir photo cidessous). C’est dans sa partie centrale qu’il est le
moins élevé et c’est donc cette partie qu’il faut
surveiller car c’est elle qui découvre en dernier et
recouvre le plus vite à marée montante.
______________________________
1
Quand les géologues parlent de “ granite ”, ils y
mettent une “ e ” car ils désignent ainsi une roche
bien précise contrairement à l’usage courant où
“ granit ” est pris dans un sens plus large comme par
exemple quand on dit “ Bretagne, terre de granit ”.
“ Granit ” désigne ainsi toutes les roches grenues,
diorite comprise.
2
Il peut exister des tombolos
doubles avec deux cordons de
galets sensiblement parallèles
Une photographie aérienne de la
pointe de Piégu
et de l’îlot du Verdelet
Préhistoire : la région du Verdelet et de Piégu
Si aucun reste n’a été trouvé sur l’ilôt luimême, les traces de passage et même de séjours
prolongés d’hommes très anciens ne manquent
pas dans les environs.
Il y a d’abord eu la découverte d’un
biface, c’est à dire d’un outil en pierre très
primitif, dans l’anse du Pissot entre Pléneuf et
Dahouet.
Le site préhistorique de Piégu
(Val-André)
En 1987, une fouille de sauvetage1 a
confirmé l’intérêt scientifique du lieu. Depuis
plusieurs années déjà des indices et des
découvertes éparses avaient attiré l’attention des
universitaires concernés2.
Le site fouillé se trouve entre deux
pointes rocheuses dans un endroit (encore !)
indemne de toute construction3. Il s’agit d’un
placage de dépôts pléistocènes correspondant au
Paléolithique moyen.4
Au cours de la fouille, une partie sableuse
(reste d’une ancienne dune) fut d’abord enlevée.
En dessous, plusieurs zones d’éboulis se sont
avérées particulièrement riches en ossements
divers appartenant, pour la plupart, à de grands
mammifères.
Biface en phtanite (dont la pointe est cassée) . Il a
été trouvé en place juste au-dessus du reste d’une
plage fossile à l’Est de l’Anse du Pissot
Ce biface a été trouvé en place dans la
falaise par Alain GUILLON. C’est l’un des plus
vieux outils trouvés dans le département. Son
âge a été estimé entre 300.000 et 400.000 ans. Il
est en “phtanite” : un microquartzite riche en
carbone (d’où sa couleur noire) une roche
abondante dans le Briovérien de Lamballe.
Dans les falaises de limon de la plage des
Vallées, des restes de chevaux et de
mammouths ont été trouvés. Ils étaient
accompagnés de restes de bovidés (boeufs ou
bisons) et aussi de renards et de fragments
osseux ayant pu appartenir à un blaireau.
Mais
les
découvertes
les
plus
intéressantes et qui prouvent bien la présence
prolongée de l’homme en ces lieux ont été
faites sur la face Sud de la pointe de Piégu.
Une partie de l’outillage en silex trouvé au niveau
d’un sol d’habitat au pied de la falaise de Piégu
(éclats, pointes,racloirs)
Dans les couches les plus anciennes (en
bas de la falaise, en dessous du niveau du quai),
a été découvert un sol ancien avec un grand
nombre de silex.
On pense qu’il y a eu deux campements
distincts : l’un au pied de la falaise (au niveau
de la plage actuelle) et l’autre en hauteur d’où
proviennent les ossements. Ces deux gisements
sont en fait très différents et on ne sait pas s’ils
sont contemporains ou non. Dans le cas où ils le
seraient, on peut imaginer, en bas, le camp de
base (habitat relativement permanent) et, en
hauteur, un camp de débitage des animaux
chassés (d’où proviennent les ossements par
glissement le long de la pente).5
La région à l’époque
Il n’est pas sans intérêt d’essayer d’imaginer
comment se présentait la région à l’époque où les
tout premiers hommes ayant vécu dans la région
occupaient le site.
Une première constatation
s’impose :
depuis 200.000 ans le climat a beaucoup changé.
Lors des périodes les plus froides (maxima
glaciaires), le niveau de la mer était plus bas.
Les hommes de Piégu (vers - 200.000 ans)
Au total, on pense à une occupation
humaine vieille de 200.000 ans au moins (entre
250.000 et 150.000). La faune représentée
comprend surtout des cerfs, des chevaux, des
bovidés divers ainsi que des rhinocéros et des
loups, ce qui indique un climat plutôt tempéré
avec des forêts à proximité mais aussi des zones
de steppe.
Le gisement de Piégu présente un intérêt
considérable pour la connaissance des plus
anciens peuplements humains de Bretagne. Un
projet du genre « site d’animation socioculturelle » avec une partie « éco-musée
préhistorique » (utilisant les couches et
gisements encore en place) serait donc la
meilleure restauration de ce site, inutilement
dénaturé et saccagé il y a une quinzaine
d’années.
______________________________
1
Une fouille de sauvetage est toujours un pis-aller.
Celle-ci fut décidée à cause d’un projet de
construction à cet endroit (projet incluant une base
nautique). La végétation existante fut détruite et le
site éventré. Près de 15 ans après… on discute
toujours pour savoir si la base nautique en question
est bien à sa place en cet endroit !
2
Jean-Laurent MONNIER (Université de Rennes 1)
et Bernard HALLEGOUET (Université de Bretagne
Occidentale – Brest) principalement.
3
Il correspond sur le plan cadastral à la parcelle
340 ; il est encadré, en bas par le quai Célestin
Bouglé et en haut par la rue de la Corniche,
laquelle se trouve menacée (la zone déboisée et
creusée étant devenue instable).
4
Il ne représente qu’une petite partie d’un site
préhistorique beaucoup plus vaste mais détruit par
la construction du Quai Célestin Bouglé et les
aménagements divers effectués sur le D.P.M. dans
toute cette zone.
5
Des traces de décarnation existent en effet sur
beaucoup de ces os.
Cette carte indique l’emplacement des rivages ainsi que
les limites de l’énorme glacier qui s’étendait sur tout le
Nord de l’Europe pendant la période la plus froide du
Quaternaire (vers - 80.000 ans)
ont dû connaître une région assez différente de la
nôtre. Le climat plus froid que l’actuel (fin de
période glaciaire) et donc le niveau marin
inférieur à ce qu’il est aujourd’hui (sans être aussi
bas cependant que celui qui est figuré ci-dessus)
faisaient de la région une crête entre deux plaines .
Le Verdelet n’était donc pas un ilôt séparé
de Piégu comme aujourd’hui mais constituait sans
doute un bon observatoire pour voir au loin les
troupeaux de bovidés, de chevaux et de cerfs qui
parcouraient à l’époque l’endroit devenu la baie
de St-Brieuc.
Quant à la partie Sud de Piégu, elle
constituait un excellent emplacement, la haute
falaise de microdiorite offrant un abri contre les
vents du Nord avec un ensoleillement maximum
en hiver. Déjà une “station climatique” en quelque
sortepour les “ancêtres” pré-néanderthaliens !
Histoire : le Verdelet au cours des siècles
Le Verdelet des moines
Le premier document historique relatif
au rocher nommé plus tard ilôt du Verdelet est
une charte datée de 1132. Elle mentionne une
“église St-Michel de la Roche Tanguy”
donnée aux moines de Marmoutiers par
l’évêque Jean de St-Brieuc.
En 1216, une autre charte précise que
“l’église St-Michel de la Roche” a été donnée
aux bénédictins qui y auraient établi des
pêcheries. Un lieu dit “la Moinerie” existe
d’ailleurs entre Pléneuf et le Val-André.
Jean Pierre LE GAL LA SALLE
explique que cette “Roche Tanguy” doit
correspondre au rocher du Verdelet pour 4
raisons:
- le terme “acumine rupis”
employé dans la charte de
1132 signifie “pointe du
rocher” et notre ilôt est
effectivement très pointu
- la pointe de la Ville Pichard,
face au Verdelet a toujours été
nommée “Chateau Tanguy”
- un aveu de 1585 mentionne
sur “le rocher du Verdelay,
une chapelle à présent en
ruine...” dont on peut croire
que les quelques substructures
observées de nos jours font
partie des fondations.
- une carte marine de 1693,
mentionne
un
bâtiment
nommé
“St-Michel
du
Verdelet” au sommet de l’ilôt.
Le Verdelet féodal
Un acte mentionne
qu’en 1369, un certain Olivier
du
VAUCLERC
tenait
féodalement le Verdelet sous
la seigneurie de Lamballe.
En 1469, la propriété
féodée est passée à la seigneurie pléneuvienne
du GUEMADEUC. Elle tombe aux mains de
la famille RICHELIEU pendant les guerres de
la Ligue puis “est vendue en 1679 au sieur
François BERTHELOT, Conseiller du Roi,
Commissaire Général des poudres et salpêtres
de France pour la somme de 100.000 livres”.
L’îlot revient finalement à la famille du
GUEMADEUC qui le revend à Etienne
BAUDES, marquis de la Vieuville pour la
somme de 257.000 livres cette fois !
Dans un document de 1722, il est
mentionné : “Les isles et rochiers du Verdelet
ou Verdelay auxquels il y avait autrefois
forteresse, chapelle, garenne à connils qui
sont maintenant ruinés”.
Le même document mentionne aussi
“le droit de pêcher aux environs d’iceux du
poisson et prendre devoir de havagen sur
tous ceux qui y pêchent et prennent du
poissson”, “de lever une havée à deux mains
sur tous ceux qui emportent des moules des
rochers du Verdelet, passant par les graviers
du Guémadeuc, depuis la Moinerie jusqu’au
havre de Dahouet”.
Arrive la révolution : “le 4 août 1789,
l’Ordre de la Noblesse... propose l’abolition
de la Féodalité...Le problème des
anciens communs féodaux ne fut
réglé que par la loi du 28 août
1792”. C’est alors que la
commune de Pléneuf devint
officiellement propriétaire des
lieux.
On voit toujours actuellement, sur
l’estran rocheux entourant l’ilôt (comme le
montre la photo ci-dessous) des restes de
murets en “V” et des sortes de rectangles qui
sont des restes d’anciennes pêcheries.
Les murets en “V” canalisaient le
poisson à marée descendante vers des nasses
où il était piégé. Les enclos rectangulaires
devaient constituer des réservoirs d’eau.
Comme le montre l’étude de Jean-
Les habitants de la Ville
Pichard y envoyaient paître leurs
moutons. “En 1834, 30 de ces
animaux, saisis tout à coup d’une
peur panique, se jetèrent à la mer
et s’y noyèrent”.
Nouvelle catastrophe en
1849: “Dans la soirée du jeudi 29
juin... 109 moutons... abandonnés
depuis plusieurs jours voulurent
tenter le passage à marée haute...”
Photo prise en 2001 - sortie du Réseau des Naturalistes
Plus dramatique encore : “Le premier
avril 1862, huit jeunes gens de St-Aaron,
venus cueillir des moules avec une charrette
attelée de deux chevaux. Surpris par la
marée, ils tentèrent de passer alors que la
mer recouvrait déjà le pont (c’est à dire le
tombolo). Trompés par la courbe de ce
dernier, les chevaux tombèrent dans l’abime,
entraînant avec eux la charrette et les
personnes qui étaient dedans... Aucun ne
savait nager, tous se noyèrent...”
Plus cocasse : “un jour d’août, raconte
notre historien, les herbes sèches du Verdelet
s’enflammèrent. Une épaisse fumée s’éleva
dans le ciel ; un journaliste, Théophile
JANVRAIS, ne manqua pas de se lancer dans
un article intitulé “une île en feu dans la baie
de St-Brieuc”où il compara le Verdelet à un
volcan en éruption !”
Des pêcheries au Verdelet
Pierre LE GAL LA SALLE, (voir document
ci-dessous) ces pêcheries sont pour certaines
d’entre elles très anciennes.
A l’origine de la protection des oiseaux du Verdelet,
cette lettre ouverte du 6 novembre 1972 de Monsieur Edmond TRANIN,
Président du Syndicat d’Initiatives de Pléneuf Val-André
Je vis sur un cap qui, d’Erquy à Bréhat domine - quel privilège - l’incomparable baie de SaintBrieuc. A portée de ma main (disons... à un demi mille nautique) émerge de la mer dolente ou coléreuse,
une île rocheuse, Accessible à pied sec aux grandes marées basses, l’île est la propriété communale de
Pléneuf Val André. Une herbe moussue, de teinte “verdelette” au printemps, emplit les creux du roc. Un
ou deux milliers d’occupants ailés (1)s’y aménagent un nid distant de celui du voisin de deux fois la
longueur du cou plus le bec. Pour la paix, chacun chez soi !
Dès avril (mi-mai pour certaines espèces) ils fondent une nouvelle famille : un oeuf chez le
puffin, le guillemot, le pétrel, le pingouin torda ; deux chez le Cormoran huppé, la Sterne, le Goéland
argenté, la mouette rieuse ; les Tridactyles préfèrent se grouper en petits clans et pondent deux oeufs dans
des nids périlleusement plaqués au flanc des rochers abrupts battus par les vagues. 26, 31 et même 55 jours
selon les espèces, s’écoulent avant que les poussins sortent de leur coquille. Les petits pingouins volettent
au bord de l’eau une quinzaine de jours plus tard, mais six semaines s’écoulent avant que les jeunes
cormorans esquissent leur premier envol. Je ne sais que dire du couple d’eiders arctiques et des non moins
rares fous de Bassan (1) qui honoraient le Verdelet de leur présence : des chasseurs sont passés par là.
Les oiseaux du Verdelet ne demandent rien aux humains sinon la paix, le respect de leur nid,
la liberté de pêcher matin et soir la pâture que la mer leur offre depuis la naissance du monde. Mais certains
hommes leur contestent ce droit pour le plaisir de “faire un carton”.
Il y a cinquante ans, une affiche touristique vantant les plaisirs des
vacances sur la côte bretonne, proposait “Chasse abondante aux oiseaux de
mer”.
Que les oiseaux se cachent dans leurs nids ou au soleil sur nos plages, la menace est
constante ; elle ne vient pas que du progrès et d’un possible naufrage d’un autre Torrey Canyon mais de
l’homme dont la méchanceté n’a d’excuse que l’imbécillité. Que dire de ces estivants croisant en bateau
aux abords du Verdelet et tirant “au nid”, avec fusil à lunette et silencieux, 21 cormorans dont certains ne
moururent que lentement vidés de leur sang ?
Que dire de ces gens de Plougonven qui suspendirent par les pattes, à des piquets, en plein
champ (pour servir d’épouvantails) cinq goélands qui moururent lentement... lentement, bêtement
martyrisés ? Que dire de ces tirelots d’Hillion qui, le 24 septembre dernier, embusqués sur la grève de BonAbri (la mal nommée) fusillèrent à bout portant - pour “faire un carton”- cinquante sept oiseaux migrateurs
venant du Grand Nord et se reposant sans méfiance dans une vasière déserte ? J’ai vingt autres exemples de
cruauté ou de sottise.
Trop d’espèces d’oiseaux sont en voie de disparition. L’Ouest est une terre privilégiée pour
l’ornithologie. Par brume ou cie1 opaque, elle est l’étape de choix des grands migrateurs qui, de la Terre
François-Joseph à la Terre de Feu, dit le Professeur Jean Dorst, franchissent 20.000 kilomètres en se
repérant sur le mouvement des étoiles... Les Syndicats d’Initiatives de la baie de Saint-Brieuc se doivent
d’instruire estivants et ignorants. A Pléneuf Val André, avec l’approbation du Maire, s’est créée une
Association de “Jeunes amis des oiseaux marins” ; une infirmerie accueille, au château de Nantois, les
blessés.
Je demande au Préfet des Côtes du Nord de défendre la vie et la
liberté des oiseaux du Verdelet en faisant sienne notre demande d’y créer une
réserve protégée. Et les touristes lui en sauront gré !
Les oiseaux du Verdelet
La protection de l’îlot :
C’est l’intérêt ornithologique qui à permis
dès 1973 sous l’impulsion de l’Association pour
la Protection des Oiseaux et de la Nature
(APON) et de Edmond Tranin (grand reporter)
son classement en Réserve de Chasse Maritime.
Le dos du goéland est de couleur gris
argenté (d’où son nom), ses pattes sont couleur
« chair ». Son bec jaune, comme la plupart des
goélands (mais pas tous), est ornementé d’une
tache rouge à son extrémité inférieure.
Puis, en 1984, la commune de PléneufVal-André, propriétaire, prend un arrêté
municipal afin d’interdire l’escalade de la partie
supérieure de l’îlot entre le 1er avril et le 31 août
afin d’éviter tout dérangement pendant la
période de nidification des oiseaux.
Plus tard, en 1989, il est également classé
en Zone de Protection Spéciale (ZPS) au titre de
la Directive européenne ‘’OISEAUX’’.
Dernièrement, le Verdelet, à la demande de
VivArmor Nature a été raccroché à la zone
Natura 2000 ‘’baie de Saint-Brieuc’’.
Période d’observation :
Le goéland argenté : pattes rose chair - dos gris pâle
Une multitude d’espèces d’oiseaux
fréquente, à différentes périodes de l’année, l’îlot
ou ses abords. Cependant la période la plus
propice à l’observation des oiseaux est le
printemps, période où l’activité va bon train sur
le caillou.
Aussi bizarre que cela puisse paraître, ce
goéland était au début du XXème siècle un des
oiseaux les plus rares de Bretagne. Puis, suite
aux mesures de protection prises dans différents
pays, suite aussi à l’apparition de nos décharges
et à l’arrêt des prélèvements (œufs et individus),
ses effectifs ont très nettement augmenté.
Les différentes espèces nicheuses :
Aujourd’hui, même si la répartition de
l’espèce est importante et n’est plus cantonnée
exclusivement au littoral (les Rennais par
exemple ont aussi leurs colonies d’oiseaux
‘’urbains’’ nicheurs) la tendance s’inverse et, en
dix ans, le nombre de goélands argentés
costarmoricains a pratiquement diminué de
moitié (49% d’après Bernard Cadiou dans ‘’Les
Oiseaux Marins Nicheurs de Bretagne’’).
Cinq espèces d’oiseaux marins nichent
sur le Verdelet :
1 -Le goéland argenté :
Très souvent confondu avec sa cousine la
mouette rieuse, le Goéland argenté à la tête bien
blanche tout au long de l’année alors que la
mouette, elle, revêt au printemps un joli
capuchon noir qui une fois la période de
reproduction terminée s’effacera pour ne laisser
alors qu’une simple tache noire au niveau de la
tempe de l’oiseau.
De régime alimentaire varié, le goéland
argenté se nourrit aussi bien de restes de repas
qu’il déniche dans nos poubelles, que de rejets de
pêche, de vers de terre … autant dire qu’il est
omnivore.
2 - Le goéland brun
C’est le cousin migrateur des autres
goélands. En effet, il vient sur le Verdelet pour
se reproduire, ceci après un long séjour hivernal
en Afrique du Nord ou dans le Golfe de
Gascogne.
un lourd tribut, en œufs et en jeunes, pour
satisfaire son appétit.
De taille proche (mais légèrement plus
Le goéland marin : pattes roses - dos bien noir
Le goéland brun : pattes jaunes - dos gris noir
petite) que le goéland argenté, il s’en différencie
par son dos gris-noir, et en vol l’extrémité des
ailes est plus sombre que le manteau (partie
supérieure des ailes). Ses pattes d’un joli jaune
sont également un point clé de sa détermination.
Bien qu’il soit omnivore, ce goéland-ci
fréquente moins les décharges : les rejets de
pêche constituent une part importante de son
régime alimentaire. Cette espèce fréquente
également, mais en nombre beaucoup moins
important que le goéland argenté, les zones
urbaines.
3 - Le goéland marin
Le plus majestueux des goélands du
Verdelet trône avec fierté à son sommet.
Reconnaissable à son manteau uniformément
noir et à ses pattes couleur « chair », c’est le plus
grand des goélands.
Magnifique, il l’est sans aucun doute, bien
que cela dépende du point de vue où l’on se
place : les autres goélands payent chaque année
4 - Le cormoran huppé
LE SELF SERVICE DES GOELANDS
Bien avant nos « fl…ch », nos « q…k » et
autre trucs pas toujours très bons, les
goélands ont inventé le self service.
En effet, dans la plupart des espèces les
goélands sont pourvus, à l’extrémité de la
mandibule inférieure, d’une tache rouge.
Rien n’est plus pratique que cette tache :
qu’un des poussins ait une petite faim, il lui
suffira de donner un coup de bec sur cette
tache pour que l’adulte régurgite une
bouillie nourricière.
Après l’envol on observe encore
régulièrement les jeunes, alors recouverts
d’un plumage marron-gris (d’où leur nom
de grisards), tenter d’obtenir quelque
nourriture, mais à ce stade-là le self semble
vide, le petit doit apprendre à devenir
Plus connu sur les falaises de Fréhel, ce
petit cormoran est aussi un des hôtes nicheurs
du caillou. Reconnaissable pendant la période
de reproduction à son apparat dressé sur la tête
– d’où son nom de huppé – son noir plumage
est uniformément noir à reflets métalliques
verts.
L’œil est d’un vert magnifique, et la
Plus grand que le cormoran huppé, le
grand cormoran s’en différencie aisément, en
période nuptiale, par sa gorge blanche et les
deux taches blanches de ses cuisses.
Cette espèce est apparue (ou réapparue)
sur le Verdelet en 1977, mais il faudra attendre
août 1980 pour que les naturalistes de
l’A.P.O.N. découvrent le premier nid. Cette
découverte faisait de l’îlot du Verdelet le site
de reproduction le plus occidental connu à
cette date en Europe.
Son régime alimentaire se compose en
grande partie de poisson, qu’il pêche en eau
peu profonde (moins de 10 mètres d’après
Bernard Cadiou dans « Les oiseaux nicheurs
de Bretagne ».)
Un couple de cormorans huppés
commissure du bec est jaune.
Cette espèce est en règle générale
exclusivement maritime. Les individus vivent,
hors de la période de reproduction, à quelques
dizaines de kilomètres des colonies.
Ils se nourrissent essentiellement de
vieilles et de tacauds qu’ils peuvent aller
chercher jusqu’à 40 mètres de profondeur.
5 - Le grand cormoran
Pour en savoir plus :
Zoom sur le goéland par Yvon LE GARS
Yvon LE GARS est un cinéaste animalier reconnu. Il
est aussi conférencier, ornithologue, militant de la
protection de la nature en Bretagne. Des cassettes de
ses films (“Falaises vivantes”- “Chronique d’une falaise
sans histoire” ) sont consultables à notre local.
Les oiseaux marins nicheurs de Bretagne
C’est une brochure de Bretagne Vivante - S.E.P.N.B.
qui dresse un bilan des populations d’oiseaux marins de
Bretagne.

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