1 - Shodhganga

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1 - Shodhganga
Chao it re VI : La place occupee par Robert Challe
dans la pensee religieuse franpaise.
n
tre
La "1 ace occurie ..ar Bobert Chslle
Ians la oensee relig euse fr-vHc ai se
Alin de aarouer la Diace de Robert Chaile dans la nensee
C
li.-'ieuse franc aise il faudra indiauer l'influence
sur
n
U * ^
1 a exercee
certains des eerivains frangais oui le suivalent ou mt-me sur ses
con temro rams.
Mais l’influence dfun auteur sur 1* autre n’est pas la question de
la d -''non strati on a athemati oue. En toute rigueu r, on no peut pas demontrer
cue c’est Challe et non aueun autre auteur qui a influence la pen see
religieuse de Voltaire. On ueut 3eulement le sentir ou au olus en *tre s$r«
*
Avant d1anurofonair cette question, il faudra ieter un couo d*oeil
v.
t-K
ir la nlnce oue la critique mode me a accordee a Challe dans le deisme
O
rang ais.
o n analysant le systeme de ,freligion naturelle" qui appar&it dans
le auatileme cadder des Difficultes sur la religion, certains critiques
:onsiderent Chaile comme le fondateur du deisne f rang sis. Ira 0* Wade ,
Roland Mortier,
F. beloffre, M. Menemencioglu ont mis en valeur
1'inoortance du deisme tel aufon lfa conpu en France vers 1710•
Au
second chapitre de son livre The clandestine organization and diffusion
n
nhilosoohic ideas in France from 1700 to 17?Q, Ira 0. V/ade dofLnit
1 * ori rinalite des Difficulties sur la religion dans les temes oue void :
It represents_one_of the most complete analysis of criticalL a;Oo
well as one' of the'most detailed exposition of constructive deism.
It was unusual in these essays for the critical deists to pay much
attention to constructive deism, or for the constructive deists to
expend their time and energies upon critical deism. The author of
the Sifficultis, -however, conceived his work in^such a way that
the section on constructive Seism became the'logical result' of his
attack against the Christian"religion, fhus his critical deism_is.
one of the fullest documents we have, .whlle~his constructive deign
represents better than any documents we have seen the creed and tenets
of constructive deign.
" Jela reordsente 1* analyse la plus complete, aussi lien oue 1* exposi­
tion la olus detaillle du deiane critique ainsi que constructif. C'Ytait
rare, dans ces essais, pour les deistes critiques de prfeter attention
au deisme constructif, ou pour les deistes constructifs de consacrer
ieurs temps et energie au deiane critique. L! auteur des Difficultes
a ceoendant congu son oeuvre de telle maniere que la partie sur le deisme
constructif est de venue le resultat logique de son attaque contre la
religion chretienne. Ainsi son deiane critiaue est 1 *un des documents
les plus detailles dont on dispose, alors que son deisme constructif
rerresente, mieux oue tout autre document deja vu, le principe et la
doctrine du deiane constructif. n
Dans 1 'Introduction de son edition des Difficulties sur la rel :r-n
^ on
noiano ..or tier •.■•cn
ri'ooos ce ce livre ainsi
La er-cmiere oririnaiite du mili taire, cf est d 1 avoir place son rro/jet
sur ie seul plan du raisonnement theorique, sans recourir a la critique
nistorique ou philosophique a :.e pratiaueront
1 rbret, Levesaue de
.ort- oieer. rn en ci>0 -i- : • ■■rue,
■ciri. ny et consorts \ !fr f e >.a:nir
eon en
-194-
est un travail infini et qui ne dit rien, mais en philosophe. #. '
I, 14). L'autre originality, c'est dfavoir associy a sa critique des
'religions factices* 11 etablissement d'un system© de religion fondy
metaphysiquement sur les Lumieres naturelles, et non sur des faits
(Gahier IV)f aboutissant ainsi k yiaborer le premier systfeme cohyrent
de deisme qui ait ety congu en France# 2
Cette observation s'est confirmee par F. Deloffre dans son article
" Robert Challe, pere du deisme frangais " publiy dans la Hevue d 'Histoire
litteraire de la France,
1979, pp# 947-980 et puis dans l'edition des
bifficultes sur la religion,
1983;
ia Postface le prycise ainsi : "
Un
systeme aussi fortement congu et aussi clairement exprimy n'a pas son pareil
dans la nensee frangaise avant 1710, et mfeme largement au-delk. "
3
Mais Michele Weil, ecrivant sur la contribution de Challe a
la pensee frangaise, constate : " Plusieurs critiques accordant k Challe
ou a ses predecesseurs l'honneur d’inventions qui appartiennent en fait
k
A
un tres ancien heritage."
4
De mfcme, Setts n'accepte pas l'honneur que Roland
Mortier attribue au militaire philosophe. En plus de Gilbert, on peut songer,
a ce propos, d’.-ipres Setts, a Lahontan et aux deistes australs, sans oublier
1* auteur anonym e de l'axamen de la religion : " The 1 system ' of the Militaire
pnilosophe, if not the first full exposition of deism in French - Gilbert's
Calejava has tne prior claim - is certainly the most interesting
in the first twenty years of the 18th century." ("Le systeme du Militaire
philosophe,
si ce nfest pas la premiere plus grande exposition du
deisme en frangais - L'histoire de Calejava de Gilbert tient la premiere
place - est certainement la plus interessante des vingt premieres annees
du XYIII® siecle. "P
cetts ecrit encore
That the transition from enlightened Christianity to deism should have
been made first by him was partly due to chance, since other deiste
works are very close in date to his, but shows too that the conditions
the appearance of deist thought were fully present. The special
reason for Gilbert’s move into deign was unouestionably the huguenot
background, indicated injnany passages of the Histoire de Oalejcva.
(ff Que la transition du christiani-:me eclaire au deisme ait Gt<? faite
tout dfabord par lui (Gilbert) est due, en partie, au hasard ,
puisque la parution des autres oeuvres deistes est proche de la
sienne; mais cela montre aussi la presence de conditions favorabies
L 1 ’ apparition de la pen see deiste. Les raisons spe dales oui font
cue jriloert sfinteresse au deisme Gtaient, sans doute, son nasse
Ox
..uguenot, indique dans plusieurs passages de I’dstoire de Calejava* ' )
w
*
V'J
C<*•
* •
x
exprimer not re opinion sur ce sujet, urocedons a determiner
avec plus ou moins de certitude a quel point d1autres aurdent subi l’influence de hobert Challe.
d- nnni les livres antichretiens oui circulaient en France dans
seconde moitie du XVI11
1a
siecle, ce sont les Difficultes sur la religion 1
qui oarurent a Voltaire one oeuvre de qualite excep tionnelle. ho land
Mortier presente un tableau de 1’influence exercee par cette oeuvre sur
des ecrivains francais. H se refere a une douzaine de lettres ou Voltaire
a mentionne cet ouvrage dazi3 les termes les plus elogieux. Oi-dessous.,
nous on citons ouelaues extraits.
“ 1p O-
voltaire ecrivit a Bpjnilaville ie 18 novembre 176? (rest.
13o_?’) j en void 1* essential :
" II est excellent ; le p.
-edebranche nfaurait j serais pu y reoondre. Il fait une tres
grande impression dans tous les pays ou l*on aime a misonner ".
A un correspond .ant inconnu, vers le '0 fevrier l7o- (nest,
1 3'-24
»» Y a-t-il rien de plus vigoureux, de plus pro fond enent rai sorme,
dfecrit avee une doauence plus audacieuse et plus terrible cue le
dlitaire philosophe, ouvrage qui court toute lf Europe ?
Au Marquis a’Argence (le :2 janvier 1?b8, Best.
13720) : Saves-
vous bien ou!on a imp rime en noil and e un petit livre intitule
le
Philosophe nilitaire ? ... Il n'est Das orthodoxe, rds il est tres
bien mi sonne,
•
Best.
”... qui est beaucoup plus fort, et qui est tres bien
13806) :
Encore dans une lettre a Saurin (3 fevrier l7o6
ecrit. "
Voltaire ne se borne pas a louer ie livre, il en recommande aussi
l1 achat. Bans la lettre au marauds d'Arrence il explicue comment on pent
se le procurer
(best. !>/20) :
n il suffira de passer Par un libraire de
Bordeaux et de
faire acheminer le paauet oar 1 *entremise du secretaire du
marichal de hichelieu ou de celui de l1 in tend ant de la Suyenne. Mais les
ouvrares inteidits content cher et aoraraissent souvent comme un luxe
reserve a des rrivilegies ".
Cet •doge dedent tout de suite significatif, compte tenu de son
:::annue de ccnnaissance de I’identite de i hauteur. Somme tout** lf auteur
ues -dfficultes sur la relirion lui on rut vers 1 ,;oS celui aui out bn11re
en hreche la forteresse de la relid on.
>
s
197-
-
^ -us ces conditions, comment s'etonner cue les Lifficultes sur la
r-di Ion aient exercd une influence certaine sur la pensee de l1 auteur
v*4.
e Canuide ?
f. L el off re et
.'.enemencioglu ont note, a ce propos, des
pages oonsacrees par Ghalle dans ce livre aux " pemicieux exemples "
ou bien aux M actions detestables louees et attributes a des inspirations
nivines.” Les exemples qu’il y aonne, signalent-ils, avec justesse,
seront presque tous repris par Voltaire, comme celui des fils dfHeli ou
celui de David.
Afin de montrer aue 1 1 argumentation employee par Challe dans les
Difficultes sur la religion a influence la maniere de raisonner de Voltaire,
nous grenons ses Lettres ohilosophiques* En 1986, une edition du second
ouvrage susin&iaue a etc presentee, etablie et anno.'tte par Frederic Deloffre.
7
ii s'exit des remaraues critiaues au’il fait sur les Pensees de Pascal* On
ne v.n • oint suggerer cue 1'attitude de Voltaire y est celle d'un disciple,
lout ce ou'on voud rai t faire remarauer, c'est oue la methode de rai sonnement
urilisee car Gh-lle ainsi que son approche de la religion ont fraye le chemin
de voltaire aui a sans doute fait etat en m&me temps de son superbe genie pour
en attauuer le fort ekUfice. Le courts extraits iue nous citons ont sour l'objet
de faire ressortir un ceu de ce que Voltaire doit au militaire philosophe. Nous
laissons au lecteur le soin d*en riuger :
-198-
En bonne foi, le peuple le plus spirituel de la terre lfaurait-il entendu
autrement? Ils etaient esclaves des
Remains; ils attendaient un liberateur
qui les rendrait victorieux et qui ferait respecter Jerusalem dans tout le
monde. Comment avec les lumieres de
leur raison, pouvaient-ils voir ce vaili­
queur , ce monarque , dans Jesus pauvre
et mis en croix ?
(Lettres philosophiques, p.
166)
Je nfai qu'ecrlre dans toutes les
ties de I'ArcMpel que je suis le
liberateur qui leur a 6t6 promis ,
que je viens sauver et d£Livrer de
la servitude ou languid le reste de
ce peuple autrefoi s^celfebre, etc .
Ils entendront sans doute que je
vaincrai les Turcs et leur rendrai
leur place, leur liberte. Point du
tout, je ne ferai lien* Ils resteront le jouet dfune nation barbare qui
les pille, leur enleve leurs bien3,
leurs femmes, leurs enfants, mais je
leur d^biterai des paraboles et je
leur dirai ensuite: C»est de vos peches que je viens vous d£Livrer, cfest
de la servitude de Satan o
Djfficultes sur la religion , p. 178.
Commeneez, pourrait-on dire a M. Pascal
, par convaincre ma raison. Jfai int£rfet, sans doute, qu'il y ait un dieu;
mais si dans votre systeme Dieu nfest
venu que pour si peu de personnes , si
le petit nombre des elus est si effrayant, si je ne puis rien du tout par
moi-mfeme, diteo-moi, je vous prie ,
quel interftt jfai a vous croire ? Nf
ai-jeAun interfet visible a fetre pers­
uade du contraire? De quel front
osez-vous me montrer un bonheur infini
, auquel, dfun million df homines* a
peine un seul a droit dfaspirer ?
(Lettres philosophiques, p* 161)
... je confesse que si je suis de ce
petit nombre, on peut me demander cet
amour de Dieu, mais il y a cent mille
fois plus h craindre qu'k espdrer ...
(Difficultes sur la religion , p. 34.
ou
La religion chretienne nous met en
bien pire etat, surtout par rapport
a la predestination, qui nous porte
quasi dans le desespoir du salut ,
puisque le nombre des elus nfest
presque rien en comparaison de celui
des rdprouves, sans compter qu*il
y a pas de proportion des bien aux
maux. Lfetemit£ bienheureuse n'est
point a mettre en parallel© avec lf
1* eternity malheureuse, les maux sont
oires aue les biens ne sont bons :
vous-m&ne aimeriez mieux fetre aneanti
que de tirer au sort pour le paradis
ou pour l'enfer, n*y ay ant qu'un bon
billet contre cent mille de mauvais .
(Difficultds sur la religion , p. 57)
-199-
Cette sincerite (pour gainer le livre
sacr£) a partout des exemplea, et n'a
sa racine que dans la nature. L'orgueil
de chaque Juif est intdressd a croire
que ce n'est point sa detestable politi­
que, son ignorance des arts, sa grossieretd qui l'a peidu; mais que c'est la
col ere de Dieru qui le punit. Il pense
avec satisfaction qu'il a fallu des
piracies pour l’abattre; et que sa nation
est toujours la bien aimee du Lieu qui
la chatie .
Ce peuple garde de nfcme le Talmud ,
rempli de folies bizarres et monstreuses; tous les autres peuples de
la terre gardent eux-mtmes et leurs
livres et leurs traditions chargees
de comm and ements onereux •
(Tjfficulte3 sur la religion^ p. 154)
(Lettres philosophlques, p. 164 )
Qu'aurait repondu M. Pascal a un homme
qui lui aurait dit : " Je sais que le
mystere du pdche originel est l'objet
de ma foi^et non de ma raison. Je conpois
fort bdenA
mystdre ce que c'est que 1'
homme. Je vois qu'il vient au monde
comme les autres animaux; que 1'accouchonent des meres est plus douloureux a
mesure quelles sont plus deli cates; que
quelquefois des fames et des animaux
fanelles meurent dans 1'enfantement .
(Lettres philo sophlques, p. 1 58)
Que la fame flit condamnee a enfanter
avec douleur, la cause etant unique,
cette douleur aevrait fetre egale a
toutes les femmes; celles des sauvages
n’en sentent presque pas. Mais les
femelles des animaux ont-elles participd a cette belle sentence? Elies sont
tout de m&ne malades en faisaJit leurs
petits, jusqu’k en mouiir, comme il
arrive tous les jours. Cela marque
manifest ement que ces inconvenient s
sont une suite naturelle de la constr­
uction de la machine. Il y a done
beau coup d'apparence que les douleurs
de 11 enfant ement ne sont si grandes
que par la nature* c’est la manie^re
de vivre des femmes et des animaux .
Cela est si vrai que les femelles des
animaux sauvages sont incontinent
delivrees et que lfon n1 en voit point
mouiir en travail, ni mtme y rester
longtemps, comme celle de ceux que nous
avons rendu domestiques. Te m&me les
femmes de nos pay sans sont quittes h
bien meilleur marche que les duchesses;
et enfin les sauvagesses, comme je 1*
ai dit, ne souffrent que tres peu .
(bjffjcultes sur la religion , p. ibjj)
200-
-
... L’homme n’est point une enigme
comme vous vous le figurez pour avoir
le plaicir de la deviner. L*homme paralt
fetre a sa place dans la nature ...
il
est comme tout ce que nous voyons , mfele
de mal et de bien, de plaisir et de
peine# Il est pourvu de passions pour
agir, et de raison pour gouvemer ses
actions# Si 1 fhomme etait parfait , il
serait Lieu, et ces pretendues contrailetes que vous appelez contradictions
sont les ingredients necessaires qui
entrent dans le compose de fhomme. qui
est ce qu'il doit %tre •
(Lettres philo so phi ques , p#
1 59)
Les homines sont tels qu’ils peuvent
et qu’ils doivent £tre par leur nature
et par rapport au dessein de celui qui
les a faits# Ils ne sont pas plus
corrompus que la matiere qui est etendue et impenetrable, que les nombres
impairs qui n’ont point de moitie ,
que les triangles, que les astres,
que tous les corps, que les pierres
aui sont froides et cassantes, au
lieu que la laine est chaude et
flexible
...
Il est de 1’essence de l’homme d*
avoir et de sentir des contrarietes,
puisqu’il ©3t compose de parties
differentes essentiellement : mais ce
compose pris en total et dans un juste
equilibre, fait un fetre parfait et
son genre, comme un arc qui tend incessamment a se redresser, quand sa
corie tend incessamment a le tenir
courbe. ^a coide tend incessamment
a £tre lache, l1 arc tend incessamment
a la tenir tendue : voila un monstre
de contradiction nour les sots aui
voudront crier et trouver un mauvais
sujet a faire des declamations, four
des esprits raisonnables , ’l’arc
est une tres belle machine naturelle
et simple , dont les contradictions
constituent lfessence
...
*
■+■
.k.
( biffieultes sur la religion , p.
2477
“
“
201 _
L'influence de Clialle sur la pensee et 1’argumentation de Voltaire
est done suffisamment demontree par lea ertraits que nous avons citds plus
haut . Il est a noter que le raisonn orient dans le dernier exanple ou il
^agit de la raison et des passions procede de la m&ne maniere^ quoiqu'il soit
fomule dans les Djfficultes sur la religion d'une faqon encore plus frappante . Clialle fait nieux ressortir 1’interaction de la raison et des passions
dans 1'esprit humain en comparant les passions au bois d’un arc qui " porte
8
toute3 les parties de la corde vers ses extranites " et la raison a cette
corde qui " resiste a 1'effort et a l'impression de l'arc , le retenant dans
9
son juste etat " .
Quant aux persecutions contre les chretiens , Challe les explique
par leurs " actions pureoent fanatiques " qui " meiitent des punitions dans
10
tout etat police "
voici : "
• voltaire en foumit une explication sonblable • La
parce qu'ils tendaient a abattre la religion et l’Snpire
dont ils vinrent enfin a bout , comme les protestants se sont rendus les
mai tres dans les m&nes pays , ou ils furent longtonps bars , persecutes et
massacres.
11
U
de trouve-t-on pas dans cette explication le mfcne raisonne
m ent ?
Peut-'fetre ne serait-il pas correct de signaler que chez Voltaire
e’est la seule pensee religieuse qui ait ete influencee par les Difficultes
sur la religion . Une influence imperceptible semble s’exercer aussi sur
certaines idees gcnerales de Voltaire . Par exemple , il sera dispose h.
souffrir le aespotisme , des que le aespote sera vigilant , laborieux ,
-
202
-
devoue a la Grandeur de l'Etat . Autrenent dit , ses idees de bonne
administration l'inclinent plutftt a aimer le despotiane . Cette
conception semble s'fetre insinuee dans son esprit sous 1 influence
«
du m€me episode que Cliaile conte a titre d'experience personnelle .
I»T'ai-je qu'a dire qu'un gouvemeur de place ne doit point
doroir, (...1 ? Il serait plus divin de dire qu’un gouverneur doit veiller de toutes ses forces, ne donnir qu'autant
que la nature le dec and e absolument et qu'il doit eviter les
debauches et les exercises violents et inutiles, qui causent
t ft
un long sommeil x
A c&te de Voltaire , x'autres encore semblent avoir subi
1'influence 4* Robert Challe. -Done, il faut le voir par rapport
- a Montesquieu
- a Gi bbon
- a Diderot
- a d'Alanbert
- a Rousseau
hi verses allusions que Challe fait dans les Djfficultes sur la
religion
a Rome , aux Romains et a leurELmpire indiquent bien qu'il
aurait approfondi l'histoire romaine ♦ Montesquieu paralt porter plus
loin ce3 rapides indications de notre auteur •
G. Lanson eciit dans l'histoire de la Litterature frangaise
pour signaler que la partie des Conslderations ou Montesquieu parle de
la grandeur romaine indique une lecture serieuse du Piscour3 sur l'Hjatoire
universelle de Bossuet . Mais en ce qui en conceme la decadence , id
203-
-
Montesquieu, selon lui, " marche seul ".
un peu plus loin, Lanson dit :
" C'est une partie tres neuve, tres etudi^e et tres originale
14
Parmi
les causes de cette decadence, Montesquieu inclut la suite des mauvais
empereurs, le partage de 1'empire, la destruction de 1*empire df0ccident
par les invasions barbar*«f etc.Mais cet aspect en avait retenu 1*attention de
quelqu’un avant lui; cfest, comme le notait Roland Mortier, 1*auteur
des
Difficultes aur la religion. 11 l'explique dans lea termes que voici :
La vie d'un individu depend de 1'organisation de son corps, de
son temperament, et de la dissolution du ressort et des pieces
qui l'agitent; tout cela s’use, par consequent, le jeu doit en
finir, La vie d'une republique ne depend que de 1'uni on morale,
de la volonte des hommes; ce qu'il y a de physique est une multitude
d'hommes qui sont remplaces par d'autres semblables k mesure qu'il
en perit, en sorte que ce peut fetre toujours la mfeme chose. A
force de faire sauter et gam harder Polichinelle, il se rompt un
fil, une chamiere se demonte, mais on en met un autre neuf,
et le jeu entier des marionnettes peut durer etemellement. Il
n'y a done dans la nalssance, la continuation, 1' agrandissement,
le declin, la decadence et la destruction des corps politiques
aucune destinee, fatalite, influences ni autres pareilles causes
chimeriques* L'empire romain a peri par ses desordres et par son
prop re poids, par 1 ' introduction du christianisme qui a sem£ la
discorde et la re volte, par les entreprises des barbares du nord qui se
sont trouves en certaines dispositions aventageuses en m&me temps
que les Romains
etaient dans d* autres contraires. Quand le ciel et
tous les astres
auraient ete dans une autre situation, quand le
nombre des annees de la duree de cette enoime puissance aurait 6t6
plus ou moins grand, tout aurait ete le m^me train; ce sont choses
manifestes que la raison comprend et voit sans repugnance, et dont
1'experience ne
permet pas de douter. Qui cherche d' autresraisons
donne dans le fanatisme et dement ses sens et son jugement; il
p ref ere ce qu'il ne voit ni ne comprend a ce qu'il sent et conqoit
ais&nent. ^
Lous nous referons d ’ ailleurs, en passant, aux generalisations
de Montesquieu. £n voici deux : bn etat dechire par la guerre civile
menace la liberte des autres, et qu'il se forme de grands hommes dans les
-204-
) 1 ^
les^
Certains critiques ont d^ja reproche h. Challe d1 avoir
guerres civa
fait des generalisations. Mais on pourrait peut-fctre le lui pardonner,
com pte
tenu des generalisations de Montesquieu qui ,f conduisent h. 6viger
temerairement,
comme le disait G. Lanson,
une fois dans 1 ’histoi re. "
en lois les phenomfenes apertjus
17
Les idees de Gibbon sur 1* empire romain sont retrouv^es par F.
Leloffre dans la remarque de Challe que nous avons dejk citee (Cf.
no te
or i
p.
203,
i ;). On lui reconnait une excellente histoire de 1*empire romain mais
voit en mfcme temps en elle une sorte de these qu'il soutiendra plus tard#
Diderot n’entend pas moins souligner 1'importance du Militaire
philisophe en le signalant a Sophie Voland des le 24 septembre 1767 dans
a
une liste de six oeuvres antichretiennes.
Il exprime son amertume devant la
politique religieuse du gouvemement dans une lettre a Falconet, datee du 6
septembre 1767 :
et ruineuse,
" Le vous ai-je pas dit que,
grace a une intolerance ridicule
tous nos manuscrits passaient en Holland© et n!en reviennent
imp rimes qu'a des prix exorbitants " ?
18
Diderot aurait peut-fetre lu cet ouvrage
qu’il admirait implicitement. On croit entendre le Diderot des Pens^es
ghilosoghicjues lorsque le Militaire philosophe £crit :
Le christianisme prescrit une perfection impossible.
Que serait-ce si tout le monde gardait sa virginity,
si tout le monde se donnait a la contemplation ? Le
bel effet qu’a produit cette morale ! ^
De m£me,
le 22 septembre 1767, d'Alembert £orivit k Voltaire i
205-
-
II nous pleut ici de Hollande des ouvrages sans nombre
contre 1*infame . C'est la Theologie portatoire, 1 Esprit
du clerge, les P rfetres demasques, le Militaire philosophe,
le Tableau de 1’esprit humain , etc ... etc.. • etc7 II semble
au’on ait~~resolu de faire le sifege de l'infame dans les formes,
tant on jette boulets rouges sur la place ; il est vrai qu'elle
ne sera pas sitftt prise; car c’est le feld-marechal Riballer
qui y commande.. • 20
done, d'Alembert eut la possibility de lire cet ouvrage . On songe
a
d’Alembert du Rfeve quand le Militaire ecrit a propos de la Resurrection :
11 ne faut pas 6tre grand physicien pour voir que ce corps
raort change de substance, qu’apres avoir et6 herbe, legume
ou fruit, il reaevient chair ou sang d’un autre homme , et
successiYement de plusieurs milliers d'hommes par le mfime
moyen . 21
^1
On voit une influence certaine du Militaire philosophe sur la pensee
•eligieuse de Rousseau . M. Deloffre signale , avec juste raison , que
le
passage 3uivant permettra de rapprocher du debut des Confessions :
auoi qufil en soit, je prends Dieu k temoin, qui est mon createur
et mon juge, que je nfai aucune mauvaise intention. Je me pique
d*equite et de droiture, j ' ai rafeme une humanity tendre qui n’est
au'une vertu de temperament; je ferais avec joie un sacrifice, non
de ma vie, dont je fais peu de cas, mais du repos dans lequel je
m* offeree de passer ce qui m’en reste, pour procurer aux homines une
parfaite concorde et une heureuse paix, qui les rendit tous contents
les uns des autres; je voudrais qu'ils s’aimassent et s'entretraitassent avec justice comme la nature les y engage si fortement et si
cl ai remen t .
Je crois et crains Bleu et me feliciterais beaucoup, quelque chose
qui m*en arrivat, si je pouvais contribuer par I’usage de mes petits
talents a ce que le genre humain donnat a l'fetre parfait, son createur
et son juge, toute la gloire pour laquelle il l’a cr^e . Je ne cherche
ni a me faire riche, ni a me donner un nom dans le monde, je consens
de vivre pauvre et inconnu comme je suis: ce souverain &tre sait si
c’est mon coeur qui parle .
-20o-
a seulo utility, ou pi <tS>t r.a 3eule n^cessit^, m'a enr,ag£
dans ce travail cue je n'ai entreprla que pour moi seul. La
force de 1' Education est si grande que mille raison.s et mille
lunicres qui brillaient de temps en temps et m' dclairaient
l'esprlt, n'-^taient cue comme un eclair qui cissipe ur. instant
l'obscurite de la nuit rnais dor.t on ne fait point d 'usage, au
cor.traire on en reste ;bloui et ^pouvant^; je retombais toujours
■; an s 19 3 travers ~ue causent les affreuses menaces dont on a
4t>' oe r~ ^
je voulais rappeler ce3 raisons et cea lumi&res, m-is
olles ne se rep re sentalent plus*
Je m'avisai ue mettre sur le papier tout ce qui me viendrait h
mo sure que j’en semis franpd, j’y joignis les reflexions qui
n coulaient natorellement, sur quci j’ai depuis meditJ de toutes
res forces; ensuite, j’ai tout dispose dans le meillcur ordre
lue j’ai pu, et en ai enfin compose cet ouvrage, range ant les
chose3 sous quatre titres et les liant aut-ant que j’en suis
c enable, pour consul ter la-dessus 1’auteur de La Recherche de la
V-'ri te. 22
O.alement, Ira- C. bade a montr^ que certains paragraphes du cahier
IV, Lection III, Art. V, sur le nasaitl et la destinee rappelaient les id4es
de Montesquieu dans les Considerations, alors cue ceux de la V
1’instraction et du cult© priv^ a'une reli^gicn naturelle,
0
Section,
de
annonqaient les theses
de Rousseau dans le chapitre Le la Religion civile du Contrat Social-
Conclusion
ans le present chapitre, nous a von s releve des points de comp a raison
«
entre 1'oeuvre de Challe et celle de certains autres ?crivains franqais.
Cn
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peut les multiplier autant qu'on veut. M£me peu de rapprochements
deja indiqu^s font mieux ressortir tout ce que ceg auteurs doivent
au Militaire philosophe et laissent peu de place k une conclusion
differente de celle que nous allons en tirer.
Compte tenu de son influence certaine sur la pensde religieuse
des autres ecrivains frangais, notamment Voltaire et Rousseau, il faut
voir en Robert Challe le "chef" du deisme frangais et le grand penseur
@
qui a ouvert la voie a la philosophie du XVIII
siecle. Cfest sans doute
pourquoi la critique le regarde comme l*un des auteurs de premier plan
dans la periode 1/00-171 q.
La place tres elevee que la critique modeme a accordee k Robert
Challe dans la pensde religieuse frangaise n’est que bien merit^e.