Catégorie : 15-18 ans Opération Batman dans le Smoothie J`habite

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Catégorie : 15-18 ans Opération Batman dans le Smoothie J`habite
Catégorie : 15-18 ans
Opération Batman dans le Smoothie
J’habite une petite ville au nord du Bronx, inconnue, désertique,
et où il y a plus de chiens errants alimentés au carton
d’emballage que d’habitants, tous restés dans le XIXème,
époque Western. Je suis, non pas à la conquête de l’Amérique
pour décrocher de la reconnaissance ou un chèque à six chiffres,
mais à la recherche du premier amour, enfin du second, après
une histoire de tout de même une heure et demie avec Clara en
primaire, assez compliquée. Je ne suis ni le fils de Will Smith, ni
le mari de Miss Univers, encore moins l’ex-petit ami de Naomi
Campbell. Je suis juste un être humain composé de tout ce qu’il
faut pour mettre un pied devant l’autre, regarder le football,
manipuler ma manette, ingérer des sodas et aller aux toilettes. Je
suis ce genre de personnes figurant dans ces pubs pour
cacahuète apéritive et dont on ne comprend pas l’utilité. En ce
qui concerne mes parents, ils sont remplis de joie de vivre,
riches, ils se brossent les dents cinq fois par jour et hésitent à
acheter soit une Maserati soit trente-deux Toyota Corola, non ça
c’est nos voisins les Richard, dont le fils aîné est un fils à papa
et a toutes les filles du lycée à ses pieds. Les miens sont ceux qui
adorent regarder Les Feux de l’amour. J’ai ce genre de parents
qui, en plus de cette passion, hésitent entre des yaourts en
promotion ou ceux avec un voyage en croisière à gagner. Notre
seul lien d’intérêt, à part le sang et le nom de famille, sont les
céréales du matin : on arrive à débattre une heure sur qui est le
personnage sur la boîte de corn flakes. Enfin, les personnes
m’ayant conçu nous proposent le dimanche soir depuis le
Nouvel an, une nouvelle pratique qui permettrait de nous
purifier : « le ramadan ». Mais j’ai découvert que c’est notre
frigidaire vide qui causait cette pratique qui me provoquait des
crampes d’estomac. Le travail de mon père est de tester la
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résistance du canapé en cuir du salon grâce à son fessier. Avec il
pourrait rendre jalouse Jennifer Lopez. Mon père est directeur
de la maintenance technique de la télévision qui ne capte que six
chaînes aussi inintéressantes et idiotes les unes que les autres, et
s’est nommé coach des Chicago Bull, il croit pouvoir leur
donner des conseils derrière son téléviseur qui marche une fois
sur deux. Ma mère travaille à l’hôpital de la ville, ce n’est pas
cette personne que vous voyez porter la parfaite panoplie du
célèbre docteur que l’on adore dans vos séries télévisées, avec
une blouse blanche, des lunettes, un stéthoscope autour du cou
et une seringue à portée de main. Non ce n’est qu’une simple
infirmière qui s’occupe de l’accueil et vous donne le numéro de
la chambre de votre proche qui est hospitalisé.
Pour revenir à ma vie ennuyeuse et sans avenir grâce au peu de
moyens intellectuel et financier que j’ai, je suis actuellement en
couple avec une elfe des bois niveau quarante-trois mais elle ne
me correspond pas et puis, elle me trompe avec un nain niveau
cent-cinquante. Je n’ai pas la vie rêvée de DiCaprio à Wall
Street. Je suis plus l’individu suspect que vous voyez le
mercredi soir à sortir les poubelles qui sentent encore les
carcasses du poulet du dîner. Je n’ai jamais mis les pieds dans
un avion, à part dans « Air plane simulator » mais, à Noël le
père Noël était trop occupé derrière sa télé pour pouvoir acheter
non pas la version de cette année, mais celle de l’année dernière.
Mon seul voyage par bateau a été à Cuba mais il faisait trop
chaud. La nourriture était fade, mon père n’avait pas ramené la
crème solaire et ma mère n’avait pas pris de short de bain à ma
taille. Malgré toute cette biographie qui a détaillé ma vie
minable j’ai peut-être un objectif ultime, celui de conquérir
Stéphanie, cette jeune brune, assez grande, un visage qui ne peut
qu’être apprécié, un sourire ravageur, des formes parfaites et des
yeux verts. On avait le même âge et, cette année, on était dans la
même classe comme les ans passés depuis le collège, mais elle
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ne me remarquait jamais, j’ai ni le physique d’un mannequin ni
celui de George Clooney, je n’ai aucune technique d’approche
ni le sens de l’humour et encore moins de connaissance sur
l’amour. Ma situation sociale sur Facebook devait à tout prix
changer.
Je me suis longuement questionné pour trouver une solution qui
me permettrait d’en apprendre plus et selon des sources fiables
de mon lycée, mes meilleurs amis - Christopher, Mike, Brendon,
et Styven -, il existerait un bouquin historique, légendaire,
poussiéreux comme dans ces films d’aventure, dont la valeur
serait inestimable, et qui se trouverait dans la bibliothèque
municipale à côté de Alice au Pays des Merveilles. J’étais alors
en mission sous couverture grâce a mon costume d’Elton John,
il ne me fallait en aucun cas me faire prendre avec cet objet en
main - qui sera utile pour la suite de ma bataille -, cette créature
qui quand je la vois je transpire. Rentré chez moi, je m’aperçus
qu’il ne s’agissait que de « L’amour pour les nuls ». Déçu par
l’annonce du titre du livre qui se trouve dans toutes les librairies
pour cinq dollars et qui m’a coûté, en guise de couverture, un
déguisement ridicule à 20 dollars. Il fallait rentabiliser cet achat
qui a pris toutes mes économies grâce au fameux pouvoir de ce
livre. L’étape « une » consistait à apprendre sur la personne en
question mais avant ça, je devais apprendre sur l’extérieur,
comment se passe le contact social, la vie pure et dure telle que
je ne la connaissais pas, donc, il me fallait simplement sortir de
chez moi. Réaliser cet exploit rare et historique - traverser la rue
- me valut les applaudissements de ma mère qui me connaît
simplement comme bon à rien à part dans les jeux vidéo. Durant
ce court trajet, je découvrais de nouveaux voisins, que notre
facteur avait changé, qu’une boulangerie était au fond de la rue
et qu’Obama avait encore gagné mais l’odeur unique de ma
chambre me manquait, cet effort colossal m’avait épuisé,
m’avait provoqué des crampes et le soleil me brûlait la peau.
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Le second jour de mon aventure était maintenant de passer à la
pratique que le livre me proposait sur une personne inconnue,
mais je ne connaissais pas encore la femme, ses besoins, ses
attentes, ses caractères. Je n’ai rien pu comprendre de concret
qui pourrait me rapprocher de Stéphanie à part que j’ai attrapé
une migraine insupportable en observant une serveuse cinq
heures, qui se prénomme Aurélie grâce à son badge, qu’elle
adore la limonade qu’elle déguste entre chaque commande,
porte du parfum de première marque à la rose et à la vanille car
ma mère a le même, et qu’elle est actuellement célibataire :
décolleté apparent, cheveux fraîchement coiffés avec soin, rouge
à lèvres mis avec propreté, aucune alliance au doigt. Elle déteste
quand le client ne la regarde pas et vérifie son téléphone si elle a
reçu une offre de rendez-vous sur un célèbre site de rencontres.
Finalement ce temps perdu m’a rendu furieux.
Je devais maintenant appliquer ma compétence sur l’art de
l’observation récemment acquise, non plus sur une inconnue
mais sur Stéphanie qui, à ma grande surprise cache beaucoup de
choses telle que la passion qu’elle a pour la bande dessinée, que
j’affectionne tout particulièrement. Ce n’était pas une fille
ordinaire qui porte le même manteau, le même pantalon, les
mêmes chaussures que toutes les autres filles et passe son temps
à faire les boutiques pour boucher les trous de son dressing.
Stéphanie était tout le contraire, originale, pulpeuse,
mystérieuse. Même sans retouche de beauté ou la dernière veste
à la mode, elle était la plus séduisante.
A chaque fin de journée, elle passait au café, prenait un
smoothie coco à la même place et le dégustait avec le dernier
numéro de Batman accompagné de musique Jazz ou de Pop.
Grâce à ces renseignements, l’étape trois pouvait donc débuter.
Il est bientôt l’heure, en plein cours de mathématiques, je devais
établir une diversion pour mettre mon opération en œuvre pour
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aller là où l’action se passerait, c’est-à-dire, au café et de
préférence, avant elle. Il m’était alors obligatoire de mettre mon
talent d’acteur en action grâce à Titanic, mon interprétation de
l’homme malade me valut amplement une nomination pour les
Oscars de cette année. Après cette première partie de
l’opération, il fallait me rendre au café, à la place habituelle de
Stéphanie (et non pas accompagné d’un smoothie coco car je
déteste ça mais d’un soda) et, pour gagner plus de points, le
dernier numéro de la Ligue des justiciers qui m’a tout de même
coûté vingt-cinq dollars. Stéphanie arriva, son verre à la main,
j’angoissais à l’idée de lui parler, la dernière fois que j’ai pu lui
adresser la parole était à l’oral d’anglais. Elle s’installa en face
de moi, un sourire au bout des lèvres en voyant que je
m’intéressais aux mêmes passions que les siennes. A côté de
moi, mon lecteur musique mettait une ambiance détendue grâce
à mon ami Stevie Wonder. Sa première phrase fut que ma bande
dessinée datait de 2003, ce n’était donc pas le dernier numéro, je
m’étais encore fait avoir, au lieu de l’avoir pour cinquante cents,
j’ai perdu vingt-cinq dollars. Mais cette erreur me valut son
sourire unique, ma bêtise était la flamme qui déclencha une
conversation maintenue sur nos vies, nos angoisses, nos projets,
ce moment était unique et se répétait plusieurs fois dans l’année.
Grâce à Stéphanie, je m’étais repris au niveau du physique, mon
corps flasque était devenu mieux dessiné, ma chevelure longue
et laide était maintenant courte et fraîche, mes vêtements
délavés, fripés, ternes et vieux étaient modernes et simples.
Toutes les cartes étaient en ma possession pour conquérir son
cœur bien que mon pantalon me serrait, que mon nouveau
shampoing me grattait et que mon parfum me piquait les yeux.
Pour arriver à mes fins il fallait des sacrifices. A force de passer
du temps avec elle, j’apprenais sur elle, je me sentais meilleur
mais il fallait surtout passer à l’étape quatre : le passage à l’acte.
Ce genre de fin où la Belle et la Bête, Superman et Wonder
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Woman s’embrassent à la fin. Mon Odyssée m’avait pris une
année scolaire et soixante-cinq dollars. Je la voyais s’avancer
vers moi et moi vers elle : cette sensation de poser mes lèvres
sur les siennes me procurera-t-il du plaisir, de la joie ? Mais
Ulysse n’a pas terminé son voyage, elle ne m’a, non pas
embrassé, mais dit qu’elle était avec quelqu'un. Je me suis senti
mal, une douleur à la poitrine et la honte me rongeait. Mais
l’empire devait prendre sa contre-attaque, l’opération avait
échoué mais la bataille n’était pas perdue.
Je m’aperçus que son compagnon était le fils des Richard, c’était
le parfait cliché du blond qui réussit tout et a tout pour lui, je le
voyais tous les jours, mais je ne connaissais pas la personne. Or,
je devais chercher la faille, l’erreur, la fuite, le défaut, la
moindre chose sur lui qui pourrait le séparer de ma dulcinée. Cet
ennemi me nargue tous les matins avec de nouvelles voitures de
luxe, des montres qui coûtent le prix de ma maison et veut
rendre ma vie plus embarrassante en ramenant son chien sur
notre pelouse pour qu’il fasse ses besoins. Mais le pire dans tout
ça, c’est le jour où il a envoyé le S.W.A.T pour embarquer mon
père car il allait trop de fois aux toilettes la nuit or, nos
canalisations sont liées aux leurs. La vengeance devait alors se
mettre en place, je l’ai filé jour et nuit jusqu’au moment où j’ai
découvert la chose la plus étonnante de mon existence. Geoffrey
Richard était gay, les preuves étaient en ma possession.
Quelques clics sur l’ordinateur et ma découverte était publiée
sur le journal du lycée et, quelques secondes après cet
événement qui causa le déménagement de mon rival, mon
téléphone avait sonné, mon rendez-vous avec Stéphanie se
passerait au seul restaurant de la ville, un italien. Une pâte
commune allait-elle nous faire nous embrasser ou devais-je
attendre la fin du repas ? J’ai choisi l’option « une »,
romantique, en ayant précisé au cuisinier qu’il fallait un plat
pour deux mais il n’y eut finalement aucune pâte commune.
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Alors à la fin du repas, le moment qui devait arriver arriva, je
pris mon courage à deux mains et goûtai au plaisir de poser mes
lèvres sur le siennes. J’étais l’homme le plus heureux, mais je
m’aperçus que Stéphanie n’était pas brune mais blonde.
Je déteste les blondes.
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